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VI. Meubles en marqueterie de pierres

— Les fabricants de meubles de la renaissance, toujours à la recherche de motifs décoratifs, devaient naturellement appliquer aux meubles la marqueterie de pierres, la mosaïque. Il est probable que les premiers meubles incrustés de pierres ont été fabriqués à Florence, comme l'indique, du reste, le nom de mosaïques de Florence, donné à ces travaux, et qu'exécute encore aujourd'hui et presque exclusivement la plus belle des cités italiennes. A l'origine, ce genre de fabrication décora les cabinets d'ébène de plaquettes et de colonnettes de jaspe, de lapis-lazuli, d'agate, de cornaline. (Voy. Stipi.) Le bronze fut également employé à cette décoration ; il servit à faire les bases et les chapiteaux des colonnettes, à sertir les plaquettes de pierres fines et à faire des cadres de panneaux, des poignées, des boutons ou des entrées de serrures. Plus tard le bois ne servit que de bâti dans lequel on enchâssa de véritables mosaïques formées de pierres dures et beaucoup mieux travaillées que les mosaïques entières. Les effets obtenus par la mosaïque de Florence sont très remarquables ; nous devons ajouter que les Florentins emploient toute sorte de petits moyens, de ficelles, qu'on nous pardonne l'expression, pour arriver à produire le plus d'effet possible : ainsi, par exemple, ils teignent les pierres, soit par de la couleur, soit par le feu, car certaines variétés deviennent plus pâles ou se colorent suivant qu'on les chauffe plus ou moins. Faut-il sur un fruit coloré, sur une cerise par exemple, obtenir un point brillant, le coup de gouache, un fer rougi au feu frappe en un point la cornaline rouge qui blanchit sous le fer. En somme, le marqueteur emploie tous les moyens en son pouvoir pour rapprocher le plus possible son travail des objets naturels qu'il représente, et il faut bien avouer qu'un artiste intelligent réussit parfois au delà de toute expression. — La galerie d'Apollon, au Louvre, possède de magnifiques

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meubles marquetés de pierres, fabriqués aux G-obelins sous Louis XI Y.

VII. Meubles plaqués d'écaillé et d'incrustations métalliques. — C'est très certainement Charles Boule qui a perfectionné, sinon inventé le meuble plaqué d'écaillé et de métal. C'est sans contredit le plus beau meuble, le plus décoratif, qui a été imaginé par l'artiste. Tout concourt à rendre ce produit extrêmement remarquable et brillant. Le bois d'ébène est incrusté d'écaillé de sa couleur naturelle ou colorée par des dessous. Ces applications d'écaillé découpée sont accompagnées d'arabesques, de rinceaux et d'ornements de toutes sortes découpés également dans l'étain et dans le cuivre, et toute la partie métallique de ces incrustations est relevée d'un travail de gravure au burin qui classe ce meuble du xvne siècle au premier rang par sa variété, par sa richesse, par le bon goût qui préside à sa conception. Boule fit école : ses fils, ses neveux, fabriquèrent comme lui des meubles marquetés ; mais aucun de ses élèves ne créa des œuvres aussi parfaites que celles du maître. A sa mort, le roi lui donna comme successeur (en 1683 ou 1684) Philippe Poitou; mais les meubles de celui-ci, ainsi que ceux exécutés par les élèves de Boule, se distinguent de ceux du maître par des compositions plus lourdes, des ajustements moins parfaits et par l'application de la corne diversement colorée substituée souvent à l'écaillé. — Notre figure 534 montre un coffret de toilette, monté sur pieds, avec fonds exécutés en écaille et cuivre, par Boule. On voit dans le bas de notre figure, entre les pieds de'ce meuble, un support fait pour recevoir un vase de fleurs.

Technique. — Voici comment procédait l'artiste marqueteur pour donner à son travail d'incrustation toute la précision, toute l'exactitude désirables. Il superposait deux lames de même épaisseur et de même dimension, l'une en métal et l'autre en écaille, et, après avoir tracé le dessin à la pointe sèche sur le métal, il le découpait d'un seul trait de scie sur les deux lames à la fois. Il obtenait de cette manière quatre épreuves : deux négatives et deux positives, si l'on peut ainsi dire, qui s'emboîtaient parfaitement; car le dessin

exprimé par le vide recevait les ornements tracés par le plein et s'y inséraient exactement : on comprend donc que le creux de l'écaillé recevait l'ornement de métal, et réciproquement le creux du métal recevait l'ornement de l'écaiUe. Cette opération fournissait deux meubles à la fois ; l'un, dit de première partie, c'està-dire dont le fond était en écaille avec les ornements métalliques ; l'autre, dit de seconde partie, qui était la contre-partie, c'est-à-dire

Kg. 534. — Coffre de toilette monté sur pieds.

que le fond était en métal et les ornements en écaille. Enfin les meubles mixtes étaient une combinaison des deux procédés, c'est-àdire que le même meuble avait une partie fond d'écaillé et une partie fond métallique ; on peut voir au Louvre un meuble ainsi exécuté. VIII. Meubles plaqués avec appliques de poecelaine. — Ce genre de meuble fait son apparition, sous Louis XVI ; le style rocaille est délaissé, et à tous les genres de meubles adoptés alors on ajoute des médaillons de porcelaine peinte et des camées de faïence de Wedgwood ; souvent même les frises de certains meubles sont également décorées de porcelaine. Mais c'est là, il faut l'avouer, une application malheureuse ; aussi nous contente

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rons-nous de la signaler sans insister sur ce genre qui n'est à sa place que dans le boudoir de certaines femmes.

IX. Meubles en laque. — Sous cette rubrique, nous passerons en revue non seulement les meubles laqués, mais encore ceux vernis au vernis Martin. Les beaux meubles de laque proviennent de la Chine, du Japon, de la Perse , de l'Annam et de l'Inde ; nous en parlerons au paragraphe suivant, Meubles de l'Orient Ici nous ne nous occuperons que des laques, sortes de vernis fabriqués en Europe. Le premier des laqueurs en date est un Hollandais du nom de Huygens ; mais n'ayant signé aucun de ses meubles laqués, il reste confondu dans la foule. Les plus célèbres laqueurs furent ensuite les Martin, auxquels un arrêt du conseil accorde le privilège de la fabrication de toutes sortes d'ouvrages dans le goût de la Chine et du Japon. Le goût des meubles laqués vint en France à la suite de l'emploi que des fabricants de meubles du xvnie siècle avaient fait de panneaux laqués de la Chine ou du Japon pour décorer les meubles qu'ils fabriquaient, soit avec des bois massifs, soit en plaqué. Mais, il faut bien l'avouer, ces laques étaient loin, nous ne dirons pas de valoir, mais même de ressembler aux laques orientales. La plus célèbre , la laque Martin, était un vernis translucide comme tous les vernis, mais qui avait sur eux l'avantage de pouvoir se laver et se nettoyer comme la laque véritable. Ce vernis Martin fut appliqué à tout et sur tout ; on vernissait le bois, le métal, les chaises à porteurs, les voitures, les tabatières, les bonbonnières, les écrins, les étuis, les écrans, les feuilles de paravent, toute sorte de meubles enfin. Quelle était exactement la composition de ce vernis, on l'ignore ; mais ce qui est certain, c'est qu'il était sujet à se fendiller comme tous les vernis gras et épais. (Voy. Laque.)

X. Meubles de l'Orient. — Divers pays de l'Orient ont fabriqué des meubles remarquables : la Chine, le Japon, la Perse, l'Annam, l'Inde. Il n'est pas surprenant que les Chinois soient très habiles dans le travail du bois, puisque cette matière est l'élément essentiel de leurs constructions publiques et

privées. Ils ont façonné les bois les plus durs : le teck, le bois d'aigle et le bois de fer. Les chambres en Chine sont séparées au moyen de cloisons de bois mobiles, dont la partie supérieure est décorée d'ajours fantaisistes qui peuvent manquer d'art, mais qui sont d'un puissant effet décoratif ; la partie basse de ces mêmes cloisons est pleine et décorée de riches sculptures. — Le Japon a travaillé les mêmes bois que la Chine, et principalement le cèdre. Les meubles japonais sont très remarquables par leurs sculptures ou par les travaux de laque dont ils sont revêtus. L'exposition universelle de 1878 a montré à quel haut degré de perfection l'art était arrivé chez les Japonais. Les meubles les plus remarquables sont des cabinets , des étagères et des lits ; les cabinets montrent leurs rangées de tiroirs inégaux, ou les cachent sous des vantaux. Les plus beaux cabinets sont en laque rouge, et plus la teinte de celle-ci est foncée , plus elle indique l'ancienneté du meuble qui en est revêtu. Le ton rouge vermillon clair et brillant, qui ressemble à notre cire à cacheter, indique les meubles modernes. On reconnaît les laques du Japon à la beauté du fond, profond, brillant comme une glace; à la perfection des ornements, de leurs ciselures. — Les Japonais, de même que les Chinois, font également des laques burgautés, c'est-à-dire incrustés de nacre de perle. Ils font aussi des meubles avec incrustations de pierres dures ; mais pour arriver à interpréter plus fidèlement la nature, ils mélangent à leurs pierres du bois et de l'ivoire teints, et jusqu'à des pierres précieuses. Les ivoires verts fournissent les tiges et les feuillages des plantes ; le quartz rose, le jade, la topaze, forment les fleurs ; les vases qui portent les bouquets de fleurs sont souvent taillés dans le lapis-lazuli , dans le jade vert, dans le cristal fumé ou blanc. — Voy. Japonais (Art). En ce qui concerne les meubles incrustés, nous pouvons bien dire que l'Inde et la Perse oht précédé dans ce genre l'Italie , Venise ellemême. Ces mêmes pays ont aussi fabriqué des meubles en piqué, d'ivoire, de nacre et de cuivre. L'ornementation en piqué reproduit des triangles simples ou entrelacés, des croissants, des étoiles, des figures pentagonales.

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