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MISÉRICORDE. — MOBILIER

l'ancienne collection du duc de Blacas. Ce dernier miroir représente deux sphinx à tête de femme, et l'inscription arabe qui se voit en exergue a été traduite ainsi par un orientaliste', M. Reinaud, enlevé bien jeune à la science : « Gloire, longue vie, fortune, éclat, élévation, louange, bonheur, excellence, pouvoir, prospérité, puissance et bienveillance à son propriétaire à jamais ! » On comprendra que, si ces miroirs réalisaient au profit de leur possesseur le quart de tous les souhaits exprimés, ils seraient vivement recherchés et payés

Fig. 529. — Miroir magique japonais.

un prix très élevé; malheureusement ce sont des sceptiques qui les achètent dans les ventes, et ils les paient fort peu, c'est-à-dire la valeur du métal.

MISÉRICORDE. — Dague à lame courte dont nous avous parlé à son rang. (Voy. Dague et Stalle.)

MISSEL. — Livre qui contient le texte des messes pour les principales fêtes de l'année. Au mot Manuscrit, nous avons donné divers prix de beaux missels manuscrits, les seuls qui soient recherchés des amateurs.

MITRE. — Bonnet pointu des évêques catholiques; il est fendu par le haut et porte à la face postérieure deux fanons, comme les tiares des rois assyriens. Une des plus anciennes mitres est celle de saint Thomas de Cantorbéry, qu'on voit à la cathédrale de Sens. Notre figure 531 montre une mitre brodée au petit point; c'est une œuvre d'art moderne sortie des ateliers de MM. Biais et Rondelet, fabricants d'ornements d'église.

MOBILIER. — Terme générique qui comprend l'ensemble de tous les meubles de l'habitation humaine. Les objets mobiliers sont aussi nombreux que variés ; dans le courant de cet ouvrage, nous avons fourni sur la plupart d'entre eux de nombreux renseignements. Ici nous donnerons un aperçu de l'ensemble du mobilier, afin que le lecteur puisse se faire une juste idée de l'évolution accomplie par le meuble depuis son origine jusqu'à nos jours. Il est bien entendu que dans le présent article nous ne parlerons pas des ustensiles du mobilier, des meubles secondaires, si nous pouvons ainsi dire ; nous ne parlerons que des gros meubles, armoires, bahuts, bureaux, cabinets, chaires ou grandes chaises, crédences, fauteuils, huches, lits, tables, etc., etc. Nous définirons côte à côte les divers genres que, clans le langage ordinaire, on confond trop souvent les uns avec les autres.

I. Historique. — Dans l'antiquité le mobilier était peu confortable, et, d'ailleurs, les spécimens qui nous restent de cet art, plus périssable que les arts du métal et de la pierre, sont peu nombreux. Les objets mobiliers les plus anciens qui nous restent ont été trouvés dans les ruines d'Herculanum et de Pompéi. Pour les civilisations antérieures, pour les Egyptiens, les Assyriens, les Etrusques et les Grecs, c'est seulement par des bas-reliefs et des sculptures que nous connaissons quelques rares meubles de ces peuples. Les basreliefs assyriens n'ont révélé que la forme d'un trône, de quelques chaises, d'un tabouret et d'une sorte de palanquin. Les bas-reliefs égyptiens, beaucoup plus nombreux, les caisses ou enveloppes de momies, qui représentent de nombreuses scènes de l'antique Egypte, nous

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ont initiés au mobilier de ce pays ; par exemple, nous connaissons des sièges, des tabourets et des fauteuils, entre autres colui de Rhamsès. De même les bas-reliefs étrusques, grecs et romains nous ont donné des spécimens de lits, de tables, de tabourets, de chaises, de ces divers peuples ; nous possédons même des lits et des sièges en bronze grecs et romains. Cer-

tains tombeaux étrusques nous ont montré les formes de sièges de l'ancienne Étrurie, parce que dans ces hypogées nous avons le meuble entièrement sculpté dans la pierre en ronde bosse et dans sa grandeur naturelle.

Pour les temps modernes, si nous jetons un coup d'oeil sur les richesses mobiliaires accumulées en si grand nombre dans nos musées,

Fig. 530. — Eevers d'un miroir magique.

nous voyons que dès le moyen âge, ainsi qu'à l'époque de la renaissance, la fabrication du meuble prend une grande importance. Cet aperçu nous montre aussi une solution de continuité entre le premier siècle de notre ère et le xine siècle. Mais nous pouvons combler en partie cette lacune par l'étude des vignettes des manuscrits du ixe au xme siècle. Les spécimens du mobilier du 11e siècle au xme nous font donc presque complètement défaut. Pour l'époque romano-byzantine , nous trouvons quelques spécimens de meubles dans

DICT. DE L'ART

divers manuscrits. Dans un manuscrit du Xe siècle (n° 8 du catal. de la vente A. Firmin-Didot), quatre miniatures (feuillets 18 r°, 63 r°, 91 r° et 140 v°) représentent les quatre évangélistes en pied, assis devant leur pupitre de travail. Dans un autre manuscrit du xie siècle (n° 9 du même catal.), on voit un Christ assis sur un trône garni d'un coussin. Dans le manuscrit de la célèbre Herrat de Lansberg, abbesse de Sainte-Odile, manuscrit intitulé : Hortus dâliciarum, qui a été détruit dans l'incendie de la bibliothèque de Stras-

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bourg, 1ers du bombardement de cette ville par les Prussiens en 1870, on voit, entre autres figures, un lit portant sa literie et une draperie ornée. Dans un évangéliaire de l'abbaye de Saint-Martial à Limoges, manuscrit de la première moitié du xme siècle, on voit le trône byzantin de Théodose le Grand. Ce manuscrit appartenait à M. le comte de Bastard, qui, dans son ouvrage intitulé : Peintures et

ornements des manuscrits, a reproduit beaucoup de vignettes qui fournissent des renseignements précieux sur le mobilier jusqu'au xne siècle. — Pendant les xne et xine siècles le meuble est, pour ainsi dire, élémentaire ; c'est un simple assemblage de charpente de petite cognée ; il est formé de bois assemblés et chevillés sans ornements et sans sculptures d'aucune sorte, car il était sujet à de fréquents

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Fig. 531. — Mitre brodée au petit point.

déplacements puisqu'il suivait partout son maître ; à peine si une faible moulure, un filet ou un simple chanfrein viennent rabattre çà et là des arêtes dont la présence serait désagréable au toucher ou à la vue. Les bois étaient alors comme aujourd'hui la matière la plus convenable pour fabriquer le meuble. En effet, les métaux ne sauraient le remplacer; outre que le métal est fort lourd, le bois possède encore sur celui-ci de grands avantages : il n'est pas froid comme le métal ; il se laisse travailler facilement ; ses veines et sa couleur

naturelle sont déjà un ornement ; ensuite l'économie que présente sa fabrication permet de donner des meubles de bois à des prix relativement peu élevés.

Si nous ne pouvons guère juger des meubles antérieurs au xme siècle que par les manuscrits, arrivés à ce siècle, nous commençons à posséder quelques rares spécimens de meubles : ainsi, par exemple, dans le département de la Corrèze, les armoires des trésors d'Aubazines ; celles de Bagneux et de Noyon. Au musée de Cluny,on peut voir (n° 124 ducatal.)

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un superbe bahut en bois de chêne sculpté à quatre faces, orné d'écoinçons et d'hommes d'armes ; le couvercle est décoré de douze médaillons à figures de forme quadrilobée. C'est une œuvre lorraine de la fin du xine siècle. Pendant ce siècle, les chaires à prêcher des églises, ainsi que les grandes chaises dénommées également chaires ou clidières, sont, pour ainsi dire, des réductions de monuments de l'architecture; elles sont décorées de clochetons, d'arcatures, de découpures trilobées ou quadrilobées, tout cela avec une profusion et une richesse qui donnent une grande légèreté et beaucoup d'élégance aux oeuvres ainsi décorées. Les grandes chaires (chaises) ont un dossier élevé surmonté d'une sorte de dais. Pendant le xive et le xve siècle, le meuble est de plus en plus décoré et couvert de sculptures ; le musée de Cluny possède de ces époques des coffres, des chuches et une chaire admirables (n° 1326 à 1339). A partir du xvie siècle, c'est-à-dire de la renaissance, le meuble devient un véritable bijou, parce qu'il ne suit plus son maître dans ses diverses pérégrinations ; c'est une œuvre d'art qui rivalise de finesse et de goût avec tout ce qu'a créé de plus beau cette époque. Quoi d'étonnant? les plus grands sculpteurs dessinent les modèles de meubles ; ils font des lits, des cabinets, des armoires, des bahuts, des crédences, des étagères. Pour la première fois, l'ébène paraît et permet de créer concurremment avec le tilleul et le poirier ces meubles dont les fines sculptures ressemblent aux ciselures exécutées sur métaux. Le Louvre et le musée de Cluny possèdent des meubles de cette époque en assez grand nombre. Voici quels sont les principaux caractères des meubles de la renaissance, c'est-àdire les éléments décoratifs qui caractérisent ce style. L'emploi fréquent de colonnes torses, unies ou décorées de cannelures et de gravures. Les beaux meubles sont couronnés de frontons triangulaires, ronds ou coupés; dans ce dernier cas, une niche protégeant une figurine se trouve au sommet du meuble et dans son axe. Ces frontons sont soutenus par des colonnes, des pilastres ou par des gaines en cariatides. Souvent le centre des cartouches est décoré de marbres, d'émaux, de plaquettes de bronze

ou de gemmes; aussi nomme-t-on ce genre meubles gemmés. Ceux qui sont décorés d'émaux et de marbres sont dits de style vénitien, parce que Venise a créé beaucoup de meubles dans ce goût. Sous Henri II, quelques rares cabinets sont décorés avec des incrustations d'étain ; nous en donnons plus loin un exemple (planche XXII). — Bien que les meubles de la renaissance soient souvent surchargés d'ornements et de sculptures, ils sont rarement lourds et de mauvais goût, parce que l'artiste puise ses inspirations dans les beaux modèles que nous a légués l'antiquité et qu'un sentiment artistique très développé lui permet de transformer à sa guise.

Le meuble Louis XIII est également d'une grande richesse décorative, mais parfois un peu lourd de forme ; il est très recherché des amateurs, et les pièces remarquables de cette époque deviennent de plus en plus rares. Sous Louis XIV, le mobilier reflète le faste du grand roi ; l'ameublement est riche, luxueux, grandiose, et, disons-le, quelquefois criard. L'or est employé à profusion pour sa décoration ; les brocarts et les lampas étincellent aussi bien par leurs riches couleurs que par l'amplitude du dessin, ce sont des rinceaux et des ramages largement dessinés. Le meuble est peu portatif, il faut souvent deux laquais pour avancer un fauteuil ; en un mot, le mobilier reflète le faste, la grandeur, le luxe et l'éclatante pompe que le roi-soleil aimait tant à afficher partout et aux yeux de tous. Les collections publiques et privées possèdent en assez grand nombre des meubles de l'époque de Louis XIV, principalement des meubles de Boule dont nous parlons un peu plus loin.

Sous Louis XV, le style simple est inconnu; si le faste du grand roi a disparu, le genre contourné, chantourné, tarabiscoté, lui a succédé. A la place des riches feuillages pleins d'ampleur aux enroulements magnifiques, à l'acanthe et au laurier, nous voyons substituer des feuilles de mauve, de choux frisés, des chicorées aussi tourmentées qu'exubérantes. C'est le caprice et la fantaisie poussés jusqu'à leurs dernières limites, et le terme de style rocaille a parfaitement qualifié le style Louis XV. En effet, tout est raboteux, rocailleux; pas un pied de table n'est droit ; pas une commode, pas un bureau qui

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ne soient en forme de poire ou de panse. Cependant vers la fin du règne le dévergondage artistique se calme ; la rocaille cascade un peu moins, les chicorées et les roses tournantes sont moins déréglées ; les culots , les chutes de fleurs et de choux frisés, prennent une tournure plus régulière, plus rangée. Cette dernière manière du Louis XV se nomme style à la Reine, parce que c'est la Pompadourqui la première provoqua ces innovations, cette tempérance dans le goût. Malgré tous ses défauts, il faut cependant reconnaître à ce style un mérite : c'est qu'il a créé des ciseleurs bronziers de grande valeur, qui ont formé la magnifique école des bronziers de l'époque Louis XVI. lies bronzes des lustres, des bras de lumière, des girandoles, des chenets de cette époque sont si bien exécutés, si bien rendus qu'on oublie, en les étudiant , leur style et ce que leurs formes peuvent laisser à désirer : on ne voit alors que la perfection du ciseau qui a buriné ces œuvres.

Sous Louis XVI, une réaction s'opère ; on est tellement fatigué du style rococo et rocaille, qu'on rêve un genre plus simple et plus calme. Le meuble est d'une forme sobre, mais il est bien mouluré, bien profilé ; son ornementation est large, gracieuse et coquette tout à la fois. Le laurier et la feuille d'acanthe sont beaucoup employés, ils ornent les tores et les frises ; les bronzes, finement ciselés, sont dorés au mat ; sont seules brunies les graines de laurier, les corolles des fleurettes qui forment les guirlandes et les rubans qui sont les liens de cellesci. Les flambeaux, les girandoles, les bras de lumière, sont formés de riches rinceaux aux formes simples et harmoniques. L'acajou, le bois de rose, le bois de violette, sont décorés de médaillons de bronze doré au mat, de plaques de porcelaine, de trophées musicaux, champêtres ou guerriers. La colonne est cannelée ; souvent ses cannelures sont ornées de culots, de feuilles d'eau ou de lierre, de piécettes ou de perles. Les deux grands artistes de cette époque sont Eiesener, l'ébéniste de Marie- Antoinette, et le ciseleur Gouthière, dont le burin habile a créé ces merveilles dont la galvanoplastie a heureusement tant fait de contrefaçons, qu'elles ont empêché l'éclosion de mau-

vais bronzes modernes. Après Louis XVI, c'està-dire après l'apogée de l'art du meuble, nous entrons dans une époque de décadence. Percier et Fontaine, secondés par David, veulent ramener le style classique ; dès lors tout sera grec, romain et quelque peu égyptien. La découverte de Pompéi vient encore seconder ce mouvement ; aussi les meubles de l'empire, sauf ceux de l'ébéniste Jacob cependant, sont des œuvres de décadence et de mauvais goût. Sous la restauration , quelques esprits avancés veulent enrayer ce mouvement et réagir contre ce style pseudo-classique; leurs efforts sont vains, et il faudra un laps de temps considérable pour créer un nouveau style, le style du xixe siècle. Dès l'exposition universelle de 1851 le mobilier était déjà très remarquable ; mais ce n'est guère qu'aux expositions de 1867 et 1878 qu'on a pu constater de très grands progrès accomplis dans l'art de l'ameublement, dans l'art du mobilier. Nous pouvons le dire hautement et sans fausse modestie, c'est la France qui occupe le premier rang dans cet art ; elle doit sa supériorité au génie inventif de ses artistes, à la diffusion de leur capacité, à l'habileté et au tour de main de l'ouvrier de Paris, de l'enfant du faubourg Saint- Antoine. Cette supériorité a été bien et dûment constatée par les membres des jurys étrangers de toutes les expositions dans leurs rapports officiels ; il n'y a guère que des esprits chagrins qui prétendent que dans quelques années nous serons distancés par des nations étangères, notamment par l'Angleterre : c'est là une profonde erreur. Si les autres nations travaillent, de notre côté nous progressons aussi. Ce qui maintiendra toujours la France au premier rang à la tête des nations, c'est son beau climat ensoleillé; c'est son esprit chercheur et laborieux toujours en quête du mieux, qui n'est pas toujours l'ennemi du bien ; c'est aussi le goût de ses artistes,, de ses acheteurs, de ses collectionneurs, le goût que possède la nation tout entière, ce qui justifie fort bien ce mot de Ne cher : ce Le goût est pour la France le plus habile de ses commerçants. » IL Diverses formes du meuble. — Avant d'étudier les divers genres de fabrication spéciale de meubles, nous devons définir les différentes espèces.

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Le Bahut, nous l'avons vu à son rang, était à l'origine une simple enveloppe de cuir ou d'osier recouvert de toile qui servait à garantir des coures dans lesquels on plaçait de petites boîtes. Plus tard la partie enveloppante donna son nom à la partie enveloppée. Aujourd'hui beaucoup d'amateurs désignent sous ce

terme de bahut des cabinets à deux corps qu'on nomme également meubles à deux corps. Dans un ouvrage tel que le nôtre, nous ne saurions user d'une telle licence ; nous devons être le plus grammatical possible et appeler bahut le coffre à couvercle bombé, et cabinets les meubles à deux corps, à quatre vantaux, tels, par

Fig. 532. — Armoire Charles IX (collection Favre de Thierrens).

exemple, que celui qui est représenté par notre planche XXII. Les conservateurs de musées partagent , du reste, notre manière de voir ; il suffira, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le catalogue du musée de Cluny, du n° 1424 au n° 1436.

Le Coffre est souvent confondu avec le bahut, avec lequel il a, du reste, une grande analogie ; mais tandis que le bahut, dans sa définition stricte, a son couvercle toujours bombé, le coffre a le sien plat. Avec le temps

ce terme est devenu synonyme de malle, de bouge, dtècrin même ; plus loin (fig. 534) nous donnons un coffre de toilette de Boule qui est une œuvre d'art remarquable. Le type coffre est une caisse rectangulaire oblongue dont les six côtés, sont plats, mais l'art a successivement modifié cette forme. (Voy. Coffret, Ivoire, Cuir, Fer, Java.) Quand le coffre avait de grandes proportions, il servait à abriter des coffres plus petits, des coffrets. Le coffre de mariage, qui était fort riche, se nomme en italien cassone.

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La Huche était également une sorte de coffre ou de bahut ; son diminutif était le hncheau. Ces meubles servaient à enfermer toute sorte d'objets, principalement le linge et les habits. On l'utilisait à la fois comme table et comme banc : c'était le meuble le plus employé ; aussi le fabriquait-on eu si grand nombre qu'on donnait le nom de huchiers aux fabricants de coffres, de huches. À leur origine, celles-ci étaient de formes très primitives et fort simples ; plus tard, au commencement du xivc siècle, elles se couvrent d'une riche ornementation.

Les Aemoiees sont des meubles à un seul corps et à un ou deux vantaux ; notre figure 532

Fig. 533. — Armoire de Ch. Boule.

montre une armoire Charles IX, de la collection de M. Favre de Thierrens, à Avignon ; notre ligure 533, une armoire dessinée par Boule.

Le Buffet et le Dressoir sont deux meubles que l'on confond souvent. Ils ont, en effet, plus d'un point de ressemblance ; mais, suivant les époques, ce sont deux meubles complètement distincts. C'est pourquoi nous les définirons ainsi : le buffet est un meuble qui servait à enfermer les viandes et les mets qu'on desservait de la table ; c'était une table à armoire ; quelquefois elle était surmontée d'étagères : c'est donc ici le buffet moderne. Comme sur ces étagères on pouvait placer, dresser des pièces pour le festin ou des pièces de vaisselle en faïence ou en orfèvrerie, on le nommait dressoir; mais ce dernier terme servait à désigner

plus spécialement un meuble d'apparat, fixé au mur, sur les tablettes duquel on plaçait les belles pièces de table du maître du logis. Le dressoir se plaçait aussi au milieu de la salle de festin, comme peut en témoigner la description d'un buffet offert au roi de Naples à l'occasion de son couronnement, en 1495 : « Au milieu de la salle avoit ung buffet qui fut donné au roy, où y avoit linge non pareil, de degré en degré et y estoyent les richesses d'or et .d'argent, qui appartiennent au buffet du roy: aiguières, bassins d'or, escuelles, platz, pintes, potz, flacons, grans navires, couppes d'or chargées de pierreries, grilles, broches, landies, palletes, tenailles, souffles, lanternes, trenchoirs, salières, cousteaulx, chaudrons, chandeliers, tous d'or et d'argent. » (De Laborde, page 178. G los. Emaux et Bijoux, éd. 1853.)

La Crédexce était à l'origine un simple meuble à faire l'essai (credenza), c'est-à-dire à déguster soit les mets , soit les vins, avant de les servir sur la table ; c'était une sorte de table à hauteur d'appui qui plus tard devint une armoire élégante portée sur des pieds ; on ouvrait les vantaux pour déposer les objets sur les tablettes. Généralement les crédences montées sur pieds étaient quadraugulaires, quelquefois à pans ; les panneaux des portes ou des côtés étaient au xvie siècle richement sculptés. La forme du Cabinet a été fort discutée. M. de Laborde {op. cit., p. 180) dit : « Le bahut s'était dressé sur quatre pieds, il s'était empli de petits tiroirs fermés tous ensemble, derrière une porte à deux battants et quelquefois à quatre serrures. On imagina de donner à ce meuble une disposition architectonique à l'extérieur ainsi qu'à l'intérieur, et on forma le cabinet, qui fut, la chose comme le mot, en usage seulement au xvie siècle et en grande vogue au XVIIe siècle. » Cette définition nous paraît fort juste; seulement il y a lieu d'ajouter qu'au xvie siècle le genre cabinet s'est scindé en deux types : l'un était monté sur des pieds et une table, et l'autre a affecté la forme d'armoire dans sa partie basse qui est devenue plus saillante. Il en est donc résulté deux genres de cabinets. Notre planche XXII montre un superbe cabinet, meuble à deux corps de l'époque^ de

Pianche XXII. — Cabinet Henri II.

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Henri II, avec des incrustations de marbre et d'étain ; ce meuble fait partie de la collection de M. Favre de Thierrens, à Avignon. Beaucoup d'antiquaires désignent ce meuble sous le nom d'armoire à deux corps, appellation qui peut être vraie dans le fond, mais qui selon nous a l'inconvénient d'apporter de la confusion dans la nomenclature des meubles. C'est pourquoi nous trouvons qu'il serait désirable qu'on désignât les meubles analogues à celui que montre notre planche sous le nom de cabinet, àemeuble à deux corps, mais non sous celui d'armoire.

La Chaire (chaïère, grande clutise , faudesteuiï) est un grand siège avec dossier portant parfois un dais. Au moyen âge, ce terme servait à désigner depuis le trône jusqu'à une chaise percée. Voici les principales variétés de ce meuble : la chaize sans bras; le faudesteuil, qu'il ne faut pas confondre avec fauteuil; la caquetoire ou caqueteuse, devenue notre causeuse moderne; la chaize à double dossier, la chaize tournante et la chaize brisée.

Corrozet, dans le Blason de la chaize, nous dit qu'on plaçait ce meuble près du lit et nous donne la nomenclature des diverses chaires :

Chaire près du lict approchée ; Chaire faite pour reposer, Pour caqueter et pour causer ; Chaire de l'homme grand soûlas, Quand il est trouaillé et las ; Chaire bien fermée et bien close Où le muscq odorant repose Avec le linge delyé Tant souef fleurant, tant bien plyé.

A partir du xve siècle, ce terme a été définitivement remplacé par celui de chaise et n'a plus servi qu'à désigner le meuble le plus modeste de tous ceux sur lesquels peut s!asseoir une seule personne. Dès lors il y eut le fauteuil; plus tard, le confortable, le voltaire, le crapaud, le pouf, etc., le mot chaire ne servant plus à désigner que les chaires des professeurs ou celles à prêcher. — Comme il ne saurait y avoir de la confusion dans l'esprit du lecteur relativement à la désignation et à la destination d'autres meubles, tels que fauteuils, canapés, divans, dos-à-dos, ottomanes, bureaux, pupitres, etc., nous n'en parlerons pas dans le présent article, ayant décrit presque tous ces

meubles à leur rang, et nous nous occuperons immédiatement des diverses fabrications spéciales du meuble.

III. Meubles d'ébène incrustes d'ivoire. — C'est vers la seconde moitié du xvie siècle que l'Italie imagina de créer des meubles en ébène, de les incruster d'ivoire, et de nommer ces incrustations scaglinola. Quoique bien des personnes trouvent ce meuble triste, mortuaire, il faut avouer cependant que pour un cabinet de travail ce genre ne manque pas de charme ; surtout quand on examine de près les fines arabesques, on est bien obligé d'avouer que leur délicatesse est souvent d'un charmant effet et d'un excellent goût. Un des beaux meubles italiens que nous connaissions est celui de notre compatriote M. Edmond Foule. Probablement vers la même époque, et peut-être en Italie, on a fabriqué quelques meubles en ébène incrustés en étain gravé, véritables précurseurs des meubles de Boule. Parmi ces meubles, les uns sont franchement de l'époque de Henri II et d'autres datent de l'époque de Louis XIII. Il est bien évident pour nous que c'est dans ces meubles que Boule a puisé l'inspiration de ses marqueteries. Cet artiste dut trouver ce décor noir et métal blanc trop triste, trop funèbre ; aussi substitua-t-il à l' étain le cuivre et l'écaillé, qui répondaient beaucoup mieux au goût et au génie français.

IV. Meubles incrustés au piqué. — Les meubles incrustés au piqué, que les Italiens désignent sous le nom de tarsia, lavore alla certosa (travail de la chartreuse), et, par abréviation, certosino, pourraient bien être le même genre de travail que Pline désigne sous le terme de opus cerostrotum. Ce genre de marqueterie prit naissance à Venise et fut très prospère du xme siècle au commencement du xve siècle. Les intarsiatori commencèrent par faire des meubles incrustés en bois noir et blanc ; quelquefois ils rehaussèrent les contours de leurs dessins avec des filets d'ivoire, soit blancs', soit teints en vert : ce sont généralement des travaux de petites dimensions, des coffrets, des étuis, des boîtes à bijoux, etc. Plus tard, vers le XVIe siècle, les Italiens fabriquèrent des coffrets (cassoni), de grandes chaises à dossier (chaïères), des tables et des siège

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pliants, dans lesquels les bois colorés commencent à faire leur apparition ; ce sera bientôt la marqueterie de bois de couleurs diverses. Les plus célèbres intarsiatori du xvc siècle sont Giuliano et Benedetto da Majano, Dominico et Giusto ; au xvi° siècle, Fra Giovanni, Fra Gabriello de Vérone, Sebastiani de Rovigo et Damiano de Bergame.

V. Meubles en marqueterie de bois. — Au mot Marqueterie, nous avons déjà donné quelques détails sur le genre de meubles ainsi décorés ; nous allons les compléter ici. Nous venons de voir dans le paragraphe précédent l'origine de la marqueterie sur bois ; nous avons même dit que ce furent les Italiens, surtout les Vénitiens, qui les premiers paraissent avoir créé ce genre, qui, du reste, s'introduisit d'assez bonne heure en France et atteignit son apogée au xvine siècle. L'Espagne, le Portur gai et l'Italie fabriquèrent également des meubles de marqueterie. On distingue facilement les meubles de la péninsule ibérique par les motifs décoratifs, qui ont beaucoup moins de finesse que ceux exécutés dans la péninsule italique, ensuite par une ornementation de cuivres découpés et dorés ; les travaux espagnols sont plus grossièrement exécutés, mais ils ont parfois beaucoup de cachet. En France, sous Louis XIII, la marqueterie pour meubles n'utilise guère que trois ou quatre sortes de bois qu'elle assemble en ai'êtes, soit en damier, soit en losanges, soit en compartiments ; ces bois sont l'amarante, les bois de rose et de violette, le palissandre et le caroubier pour les larges bandes d'encadrement. Sous Louis XIV et sous le régent, les meubles marquetés sont en très grande faveur. Au début, les artistes créent des décorations fort sobres ; les panneaux de marqueterie sont à peine colorés de trois à quatre couleurs. Mais bientôt la teinture vient enrichir la palette du marqueteur ; aussi le simple vase sans fleurs, qui formait le motif principal des rinceaux et des enroulements, se garnit-il de fleurs ; puis on crée des bouquets de fleurs naturelles noués avec des rubans aux plis ondulants ; plus tard ce sont des trophées d'outils de jardinage ou d'instruments de musique, puis enfin des copies de scènes déjà traitées par la peinture : toutes les bergerades

et les pastorales des maîtres d'alors font les principaux motifs de décoration des panneaux. Beaucoup de meubles marquetés passent journellement dans les ventes, et, bien qu'ayant perdu de leur éclat, ils sont encore fort remarquables et atteignent des prix élevés.

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