‹ Dictionnaire de l'art, de la curiosité et du bibelotChapitre 269 sur 325 · POMME. — PORCELAINE · texte numérisé non relu

POMME. — PORCELAINE

contraire, un ornement monochrome ou d'une seule couleur.

POMME. — Objet, en forme de fruit nommé pomme, qui termine ordinairement l'extrémité d'un bâton, d'un jonc, etc. Souvent les cannes sont terminées par une pomme en or, en argent, en ivoire , en pierre de prix. Par extension , dans une canne , on nomme pomme l'ornement, quelle que soit sa forme, qui reçoit la paume de la main; souvent c'est la tête

Kg. 594. — Pomme de canne.

d'un animal ou une tête de nègre, etc. Notre figure 594 montre une pomme de canne [en porcelaine tendre de Sèvres, du xvine siècle. Le décor est fait au moyen d'incrustations d'or en relief, rehaussées d'émaux verts , qui représentent un cerf, un chien , des oiseaux, un sauvage, un arbre et des papillons. Cette pomme est dessinée dans sa vraie grandeur ; elle fait partie de la collection Lenoir du musée du Louvre.

POMMEAU. — Ce terme désigne l'extrémité supérieure de la poignée d'une épée ou de la partie inférieure d'un pistolet. Au mot Epée, le lecteur trouvera l'explication \ d'une superbe poignée d'épée, où figure par conséquent un pommeau.

PONCIF et PONCIS. — Procédé par lequel on rapporte rapidement un dessin sur une surface ou sur un objet quelconque. Les artistes emploient ces deux mots comme synonymes : ils le sont devenus aujourd'hui par

un long abus ; mais nous devons dire que le poncif est le papier fort ou le carton mince piqué de trous au moyen desquels, avec le secours de la poncette, on reproduit un dessin , et que le ponds est le résultat de l'opération , c'est-à-dire le dessin obtenu par le papier piqué ou même par le carton découpé dont on a suivi le contour avec un crayon se détachant sur la surface sur laquelle est porté le dessin. La poncette est une sorte de tampon fait avec des morceaux de drap ou de feutre roulés ; on l'imprègne soit d'une poudre blanche, soit d'une poudre noire, suivant qu'on doit rapporter le ponds sur une surface foncée ou claire. La poudre blanche est faite avec un mélange de résine et de céruse ; la poudre noire , avec un mélange de résine et de noir de fumée. On utilise le poncis pour les grands décors, pour les dessins à tracer sur les étoffes, sur les abat- jour de lampe, sur les faïences, etc. La plupart des faïences sont dessinées sur poncis, mais beaucoup sont dessinées directement par l'artiste, par exemple les majoliques.

PONT DE MONTEE. — Ce terme est synonyme de coq, qui est beaucoup plus employé; au mot Montée (fig. 538), le lecteur verra un coq de montre repercé et ajouré.

POECELAINE. — Ce n'est pas un article qu'il faudrait consacrer à ce mot, mais trois ou quatre volumes, si nous voulions décrire tout ce qu'on sait aujourd'hui sur la porcelaine et sur les diverses phases par lesquelles a passé cette belle industrie chez les divers peuples. Comme nous nous adressons à une classe de lecteurs qui savent, nous pourrons en quelques pages fournir des renseignements très utiles même au curieux qui sait beaucoup ; quant au lecteur qui ne connaîtrait absolument rien à la porcelaine (supposition toute gratuite, par suite de ce que nous venons de dire), il saura beaucoup après avoir lu ce qui suit et pourra même acheter toute sorte de porcelaines en connaissance de cause. Voici le sommaire des matières que nous allons traiter dans le présent article : 1° définitions ; 2° porcelaine de Chine : famille chysanthémo-

PORCELAINE

pœonienne, famille rose, famille verte ; 3° porcelaine du Japon ; familles ; 4° porcelaine française ; 5° porcelaine de Saxe ; 6° porcelaines diverses. — Prix de vente.

I. Définitions. — La porcelaine est une poterie fine à pâte grenue légèrement translucide ou opaque ; elle ne se laisse pas entamer par l'acier, elle peut recevoir une couverte ou émail. Il existe deux genres principaux de porcelaine, la porcelaine dure et la porcelaine tendre.

La porcelaine dure a pour base le Icaolin, terre blanche argileuse, et le feldspath presque pur. Cette composition est remplacée quelquefois par un mélange de craie, de feldspath et de sable. La pâte de cette porcelaine est fine et compacte, très dure et légèrement translucide ; on peut y appliquer des couleurs ou de la dorure, soit directement, soit sur la couverte en les fondant avec celle-ci et à la même température; ou bien encore, en employant des oxydes ou des fondants métalliques, on peut les faire adhérer à une température plus basse. La porcelaine tendre, composée d'une fritte vitreuse (1), est rendue opaque et moins fusible par l'addition d'une argile marneuse calcaire. On obtient également la porcelaine tendre par un mélange d'argile marneuse et de minium. Cette porcelaine ne va pas sur le feu, elle se raye facilement et ne supporte pas une brusque transition de la chaleur au froid; mais la dorure et les couleurs s'y fondent à merveille, pénètrent bien la pâte, l'imbibent, pour ainsi dire, et se conservent vivaces très longtemps , pour ainsi dire indéfiniment.

La pâte de porcelaine non couverte fournit une matière charmante , nommée biscuit, avec laquelle on modèle des figures ravissantes très connues et fort appréciées des curieux. On peut aussi, comme du reste l'ont fait les Chinois, modeler le biscuit ou pâte non couverte avec la porcelaine couverte , et obtenir par cet heureux mélange des effets très remarquables. — Nous allons passer en revue la porcelaine fa-

(1) On nomme fritte un mélange de substances salines et de substances terreuses, auquel on fait éprouver un commencement de fusion.

briquée dans divers pays, en commençant par la Chine.

IL Porcelaine de Chine. — La porcelaine de Chine est composée d'une argile blanche très fine qui provient d'une roche feldspathique décomposée, appelée" Icaolin; la couverte en est faite avec • une autre roche à grains cristallins, également décomposée, qu'on nomme pè-twi-tsê.

A quelle époque remonte l'invention de la porcelaine ? Cette question a été vivement controversée par les antiquaires. M. Rosellini a affirmé que d'un tombeau égyptien ouvert devant lui, tombeau de la dix-huitième ou de la vingtième dynastie , on a retiré en sa présence des chinoiseries, de petites bouteilles : ces porcelaines dateraient donc de plus de trois mille six cents ans. D'autres antiquaires, s'appuyant sur des travaux de certains sinologues, placent la découverte de la poterie kaolinique entre les années 180 avant J.-C. et 85 ans après*. Nous savons cependant que sous ïïoang-ti, c'est-à-dire entre 2698 et 2599 avant l'ère vulgaire , on découvrit l'art de la céramique , puisque cet empereur nomma un intendant pour surveiller les premiers essais de cet art. Etait-ce déjà de la poterie kaolinique ? Il est bien difficile de trancher la question. Espérons que de nouvelles découvertes, venant peut-être du côté de l'Egypte, nous fourniront la solution de ce problème jusqu'à présent insoluble. — Quoi qu'il en soit, on peut affirmer aujourd'hui qu'une des plus anciennes, sinon la plus ancienne et la plus célèbre des fabriques chinoises, est King-te-tchin. Voici en quels termes en parlait, au commencement du xviii6 siècle, un missionnaire attaché pendant de longues années au district de King-tetchin (nous donnerons une simple analyse de la lettre du P. d'Entrecolles) : « Si cette fabrique avait des murailles , ce serait une véritable ville, car elle ne compte pas moins de dixhuit mille familles ; ce n'est pas un amas de maisons, comme on pourrait le supposer en pensant à une fabrique ; au contraire, les rues sont droites, tirées au cordeau et se coupent et s'entre-croisent à certaines distances ; le terrain y est occupé par des maisons fort serrées, et les rues sont tellement étroites qu'on se

PORCELAINE

croirait au milieu d'une foire, tant les cris des portefaix s'y font entendre de tous côtés , afin de s'ouvrir un passage au milieu de la foule. Anciennement il n'y avait à King-te-tchin que trois cents fourneaux à porcelaine, aujourd'hui il en existe près de trois mille. Cette vaste fabrique est placée dans une immense plaine environnée de hautes montagnes ; elle est adossée principalement sur une montagne placée à l'orient, les autres donnent issue à deux rivières qui se réunissent en un point et forment un beau port, parce que l'une de ces rivières est considérable. Quand on entre le soir, par l'une des gorges, dans King-tetchin et qu'on aperçoit des tourbillons de flammes et de fumée , on croit voir une vaste ville tout en feu, ou bien encore une immense fournaise qui a de nombreux soupiraux. y> Malgré l'intérêt que présente cette lettre, nous n'en poursuivrons pas l'analyse, pensant que ce qui précède suffira pour donner au lecteur une idée de la production chinoise à cette époque. Aujourd'hui King-te-tchin n'est plus qu'un monceau de ruines ; les Taï-pings , qui ont failli anéantir la dynastie des Taï-thsings, ont détruit et ravagé toutes les usines et complètement ruiné l'industrie de la porcelaine chinoise. Il a existé dans la fabrication de celle-ci des périodes célèbres. La plus anciennement connue de toutes est celle des vases à décors bleus en camaïeu, qui remonterait à l'époque des Song, c'est-à-dire à 1000 ans après J.-C. C'est parmi ces porcelaines bleues qu'on trouve un grand nombre d'indications de règne (nien-hao) ; on nomme ces vases vases des magistrats (Jcouan-lci). Une distance de près quatre siècles sépare celle-ci d'une autre fort connue, celle des Ming (1368), qui fabrique principalement des vases à décors verts ; puis viennent les vases de la période Hong-vou (1368 à 1400) ; puis ceux de la période Yong-lo (1400 à 1425), d'une fabrication assez imparfaite avec des dessins assez grotesques : c'est pendant cette période qu'a été Construite la tour de porcelaine située près de Nankin. — A partir de la période suivante , dite de Sionente (1425 à 1435) , la pâte et le décor de la porcelaine chinoise sont remarquables, ses produits semblent emprunter beaucoup comme

DICT. DE L'ART

ornementation et comme plastique au style persan ; enfin, de 1435 jusqu'en 1490 environ, la poterie chinoise atteint son apogée : c'est la période des Tching-hoa. Yoici, d'après une lettre du P. d'Entrecolles , comment s'exécute la peinture des vases ; ce passage prouve que la Chine pratiquait longtemps avant les autres peuples la division du travail : ce L'un a soin uniquement de former le premier cercle coloré qu'on voit près des bords de la porcelaine ; un autre trace des fleurs que peint un troisième ; celui-ci fait les eaux et les montagnes, celuilà les oiseaux et les autres animaux. » Voilà précisément ce qui fait l'infériorité du décor chinois sur le travail japonais , c'est cette division du travail.

Famille chbysanthémo-pjeonienne. — On désigne sous ce terme les poteries clans la décoration desquelles prédomine la représentation des chrysanthèmes et des pivoines (pœonia). Souvent ces poteries sont avec appliques laquées; la coloration du fond, assez simple et mate, fait ressortir davantage les effets décoratifs appliqués sur ces vases, souvent de forme persane et qui servent pour les usages les plus journaliers.

Famille rose. — On désigne sous ce terme les poteries dont le rose forme relief sur la couverte. La famille rose se compose des pièces blanches les plus parfaites, et si minces qu'on les désigne sous le nom de coquilles d' œuf, porcelaines sans embryon, etc. Ce genre de porcelaine paraît être une imitation de celle du Japon ; les Chinois l'estiment fort ; elle a été principalement fabriquée au XVIe siècle, dans la période Houng-tchy (1490 à 1509) ; mais disons, en passant, qu'il ne faut pas toujours ajouter foi aux dates marquées sous le pied des vases, car en Chine plus qu'ailleurs peutêtre il y a d'habiles faussaires.

Famille veete. — .Cette famille, comme la précédente, tire son nom de l'éclat d'un beau vert qui décore ses vases. En général, tous les décors de cette famille reproduisent des scènes hiératiques ou historiques; dans la période des Ming il a été beaucoup fabriqué de ces poteries vertes.

Vente San Donato. — N° 1163. Vase forme rouleau, en ancienne porcelaine de la Chine de

PORCELAINE

la famille verte, décoré de chimères, d'attributs, de paysages, de fleurs et d'oiseaux dans des médaillons de différentes formes réservés sur fond émaillé vert à fleurs et papillons. Haut., 0m,75. 3,950 lires. — N" 1693. Beau plat de Chine, famille verte ; bordure à médaillons de formes variées contenant des insectes et des fleurs sur fond quadrillé vert ; au centre, une Chinoise et ses suivantes dans un jardin. Diamètre, 0m,35. 115 lires.

Vente Double. — N° 156. Deux vases en forme de balustre, ancienne porcelaine de Chine, décorés d'un sujet familier exécuté en émaux de couleurs, dans le goût des porcelaines dites coquilles d'oeuf; garnis de montures à anses ; couvercle et piédouche en bronze ciselé et doré (style Louis XVI), avec base ornée de plaques de lapis et socle en marbre bleu turquin. Haut, totale, 0m,38. 10,400 fr.

III. Porcelaine du Japon. — Le Japon, nous l'avons dit à son rang, au mot Japonais {Art), a été longtemps un pays fermé : nous le connaissons fort peu, et nous ne possédons aucune notion sur la fabrication de sa belle porcelaine, bien différente de celle de la Chine ; aussi nous ne comprenons pas que l'on confonde si facilement dans le langage usuel deux productions si diverses. Les caractères distinctifs de la porcelaine du Japon sont les suivants : premièrement, les poteries japonaises reproduisent des personnages japonais, dont le costume est bien différent de celui des Chinois ; ensuite, au point de vue de l'art, nous avons vu que les produits de la Chine sont purement des œuvres industrielles, tandis que les œuvres du Japon sont marquées au coin d'une grande individualité, puisque c'est la même main, le même artiste qui crée son œuvre de toute pièce. — ■ Les principales usines du Japon sont dans X île de Mphon, dans les îles Sirok'awadri et Ki, et dans celle de Kiousiou. — Les Japonais fabriquent des porcelaines chrysanthémo-paeoniennes, des porcelaines de la famille rose, des porcelaines vitreuses, enfin des porcelaines dites coréennes, c'est-à-dire fabriquées dans la presqu'île de Corée (Tchao-Siau) , située au nord-est de la Chine. La porcelaine coréenne est parvenue en Europe avec les premiers envois faits dans cette partie du monde par la

compagnie des Indes ; les fabriques de Chantilly, de Saint-Cloud, de Sèvres, et principalement la Saxe, ont copié ces magnifiques produits, si estimés de nos pères, et les ont parfois si bien imités qu'à première vue un œil exercé peut s'y tromper.

Famille rose. — Les porcelaines de cette famille sont émaillées au rouge d'or, qui en s'associant à l'émail blanc passe au rose le plus tendre, celui que les experts qualifient, dans leur langage pittoresque et imagé, de rose cuisse de nymphe émue (il est fâcheux que ces messieurs ne nous disent point de quel genre d'émotion, cela nous fixerait tout à fait sur la couleur du rose). Quand les émaux de cette famille s'enrichissent d'un fin damassé ou d'une mosaïque courante, le rouge vif cerne ou relève le jaune, le vert et le rose; le bleu de ciel est quelquefois cerclé de noir. C'est cette famille qui possède les plus belles porcelaines artistiques, ornées de fleurs, de plantes et d'oiseaux; souvent leur fond est clathré, c'est-à-dire qu'il imite les tresses fines d'une corbeille ; ou mosaïque, ou pavé, c'est-à-dire orné de carrés et d'octogones. Cette famille renferme, aussi les porcelaines dites à mandarins, parce qu'elles sont souvent décorées de ce genre de personnages, c'est-à-dire des employés officiels du Céleste Empire. La porcelaine à mandarins peut être divisée en plusieurs sections : la première comprend les fonds noirs avec sujets peints dans des médaillons cerclés d'or; la seconde, les porcelaines à fonds filigranes ; enfin les autres sections tirent leur nom des mandarins qui les décorent, on les nomme : mandarins chagrinés, mandarins gaufrés, mandarins à fonds variés, mandarins rouges, mandarins camaïeu, etc.

Porcelaine de l'Inde ou des Indes. — On désigne ainsi mie porcelaine de la Chine à pâte dure, du xvne siècle, importée par la compagnie des Indes ; son décor est polychrome et or ; des personnages se détachent souvent sur un fond de paysage. Mais le terme de porcelaine de l'Inde s'applique principalement à des porcelaines du Japon décorées de fleurs, notamment de chrysanthèmes, d'œillets, de roses, d'anémones simples ou doubles, de pavots, etc. Ainsi donc ce genre de porcelaine, qu'on retrouve en si grande quantité dans le commerce

PORCELAINE

de la curiosité, n'a aucun rapport avec l'Hindoustan : c'est bien un produit japonais. Ce genre a été exporté en masse pendant la première moitié du xvne siècle, pendant tout le xvine siècle, enfin de nos jours ; c'est par centaines de mille que l'Europe reçoit chaque année ce produit. On voit que dans quelques années ou pourra l'acquérir à très bas prix, vu l'énorme agglomération qu'il s'en fait chaque jour dans le commerce.

Poecelaine viTEEUSE. — Ce genre de porcelaine est le plus beau de tous ceux qu'a produits le Japon ; la pâte en est fabriquée avec un matériau extrêmement dur et d'une pureté si parfaite que l'émail est d'une homogénéité rare. La matière première est une sorte de grès dur et très compact. On fait principalement avec cette porcelaine vitreuse de petites coupes en forme de cône tronqué, montées sur un pied assez élevé ; elles servent à boire le saki, cette eau-de-vie de grains si chère aux Chinois et aux Japonais, qui se prend chaude parce que l'ébullition lui fait perdre une partie des huiles empyreumatiques ainsi que la partie la plus volatile, la plus alcoolique, car cet esprit de grains marque de 90 à 96 àV aréomètre (1). A côté des coupes à saki, nous devons mentionner de petites tasses en forme de cloche, minces comme du papier et d'un bel émail blanc ; beaucoup de ces tasses représentent une fleur avec ses pétales irréguliers. (Yoy. Tasse.)

Poecelaine laquée. — La porcelaine laquée et lurgautèe est un superbe produit du Japon ; généralement le décor de cette porcelaine représente, sur fond noir d'un velouté parfait, des paysages exécutés au moyen d'une mosaïque. Toutes les pièces formant le feuillage d'un arbre sont découpées une à une avec un soin et une habileté extrêmes, et souvent diversement colorées pour varier les effets de la nacre ou de ses sinuosités. L'artiste qui modèle ces œuvres profite de tous les accidents et les combine pour obtenir des raccourcis, des formes variées, etc. Ajoutons un fait assez important, c'est que les Japonais ont exécuté la

(1) Cf. Journal de la société contre l'abus du tabac, n° 8, août 1881, page 179.

décoration des laques burgautées sur des porcelaines chinoises qui portent des marques et des inscriptions chinoises, de sorte que bien des gens peu versés dans la connaissance de la curiosité ont cru que les Chinois avaient pratiqué ce genre, ce qui est absolument faux. (Yoy. CÉLADON.)

G-EÈs. — Les Japonais ont également fabriqué des poteries en grès qui présentent beaucoup d'intérêt. Une des principales fabriques est Bizen, qui produit des dieux, des personnages, des animaux réels ou fantastiques, enfin de beaux vases. Un autre genre de grès, dit truite, ventre de oiche, se fabrique à Satzuma et à Owari; la pâte en est très fine, presque blanche et recouverte d'un émail jaunâtre, vitreux, fendillé, qui sert de fond à des décorations simples dans lesquelles figurent des bambous bruns ou bleus, des oiseaux, etc. — Un grès également remarquable est celui de Kio ou Kioto, avec lequel ou fabrique des poteries très curieuses, surtout celles faites avec la pâte dite de croquet, qui est extrêmement fine et ferme. Le genre le plus remarquable de Kioto est celui qui sur un fond jaunâtre comporte des reliefs moulés très finement et dont les moulages fournissent des bouquets polychromes, des oiseaux et des papillons. Il ne faut pas confondre ce produit avec celui de Yédo ou Iédo, dont il se rapproche par la délicatesse de ses dessins : les grès de Yédo sont plus blancs et souvent couverts d'un émail truite ; le style des fleurs ne ressemble en rien à celui des vases de Kioto.

IY. Poecelaine eeançaise. — Les principales fabriques de porcelaine française sont Sèvres, Saint-Cloud, Chantilly et Yincennes; mais d'autres villes fabriquèrent des porce laines dures et des porcelaines à pâte tendre. Même une simple nomenclature serait tellement longue que nous devons nous en abstenir ; du reste, les porcelaines françaises sont beaucoup plus connues chez nous des curieux que celles d'autres pays : nous nous bornerons donc à fournir quelques prix, puis nous passerons aux porcelaines de Saxe.

Notre figure 595 montre un vase en porcelaine de Sèvres décoré au grand feu, au moyen de pâtes colorées composées d'oxyde métal-

POKCELAINE.

lique pouvant résister au feu d'un four chauffé à une haute température.

Vente Jules Jacquemart. N° 239. Vase de Sèvres (1866). 405 fr. — Vente San Donato. N° 461. Groupe en biscuit représentant Marie-Antoinette présentant à la France le premier dauphin. La reine est représentée supportée par trois dauphins. Le modèle de ce

Fig. 595. — Porcelaine de Sèvres.

groupe fut commandé à Pajou, le célèbre sculpteur, par la reine elle-même. Haut, totale, 0ra,56. 17,900 lires. — N° 462. Jardinière rose du Barry, caillouté pâte tendre à décor chinois sur la face et médaillon de fleurs au revers. Elle porte la marque I, c'est-à-dire la date de 1761 , et la marque du peintre Dodin. Hauteur, 0m,15; long., 0m,25 ; larg., 0m,13. 4,000 lires. — N° 463. Belle jardinière bleu de roi, pâte tendre avec large médaillon, représentant la Leçon de flûte d'après Boucher, par Chabry, dont elle porte la signature, et bouquet de roses d'or au revers. Lettre M,

c'est-à-dire 1765. Haut., 0m,115 ; long., <>m,25 ; larg., 0m,12. 4,100 lires. — N° 464. Paire de jardinières carrées, forme dite cache-pot, pâte tendre blanche avec décors camaïeu rose, représentant des Amours d'après Boucher, par Michel, dont une des jardinières porte la marque. Lettre C, c'est-à-dire 1755. Hauteur, 0m,18; largeur, 0m,13. 14,000 lires. — N° 465. Jolie tasse, de forme cul-de-poule, pâte tendre blanche, décorée d'un Amour d'après Boucher et de deux bouquets de roses, le tout en camaïeu rose. Peinture de MicheK Haut., 0,n,07. 57 lires. — N° 466. Très joli pot pourri, pâte tendre, bleu de roi, caillouté à décor de deux médaillons de paysage avec oiseaux, et à couvercle de même décor surmonté d'une fleur formant bouton. Monture Louis XV en bronze doré ornée de deux chiens en vieux saxe et fleurettes. Haut, totale, 0m,21 ; diam., 0m,13. 2,500 lires. — N° 467. Superbe garniture de trois jardinières, forme dite commode, pâte tendre vert-pomme, à grands médaillons de sujets champêtres, peints sur les faces par Moiron fils, et aux revers de beaux bouquets de fleurs, très beaux ors. Marque H et K (1760 et 1763) et signature du peintre. Hauteur de la jardinière du milieu, 0m,15 ; long., 0m,255 ; larg., 0m,132. Haut, des deux autres, 0m,125 ; long., 0ra,24; larg., 0,u,12. 44,500 lires. — N° 468. Ecuelle avec son plateau, pâte tendre blanche à décor de paysages et d'oiseaux, signée Moiron fils. Marque G-, c'est-à-dire 1759. 1,150 lires. — N° 470. Solitaire, composé d'un plateau, d'une tasse, de sa soucoupe et d'un sucrier, pâte tendre blanche à décor de paysages et d'oiseaux, par Aloncle, dont il porte la signature. Marque G, c'est-à-dire 1759. 1,420 lires. — N° 471. Une belle paire de vases pâte tendre bleu de roi uni, avec riche monture du temps de Louis XVI, à couvercle et à anses reliées entre elles par des guirlandes, le tout en bronze finement ciselé et doré. Haut, totale, 0m,28 ; larg., 0m,ll. 5,650 lires. — N° 472. Garniture de trois jardinières un peu plus grandes que celles du n° 467. Signée Dodin et marquée F, c'est-à-dire 1758. 94,500 lires. — N° 473. Tasse dite mignonnette avec sa soucoupe en pâte tendre bleu de roi, à guirlande de laurier d'or, paysage et attributs de jardi-

POECELAINE.

nage ; marque du peintre Vieillard. Lettre N, c'est-à-dire 1766. 270 lires. — N° 474. Tasse à anses torses, pâte tendre, fond blanc à colonnes bleues rehaussées d'or, avec ruban d'or qui les entoure et festons de branches de cerisier chargées de fruits ; le haut et le bas de la tasse, brun-rouge à décor doré, servant de base et de chapiteau aux colonnes et d'arceaux pour les réunir. Marque du peintre Thévenet père, et lettre M, c'est-à-dire 1765. 180 lires. — N° 475. Douze assiettes à dessert forme compotier, pâte tendre, fond blanc avec bouquet de fleurs, à large marli bleu turquoise à trois médaillons d'oiseaux dans les cartouches formés de rinceaux et de fleurs d'or. Exécutées par Levé père, Philippe Pàrpette et G-irard pour les peintures ; Théodore et Le G-uay pour la dorure. Marque 0, E, Y (1767, 1770, 1774). Diam. 0m,25. 2,400 lires. — Vente Double. N° 24. Deux magnifiques vases en ancienne porcelaine de Sèvres pâte tendre, à panse ovoïde, reposant sur un piédouche orné d'un tore de laurier et d'un rang de fortes perles, et à couvercle surmonté d'une pomme de pin. Au pourtour de la panse se trouvent quatre médaillons reliés entre eux par des anneaux et des cordons; chacun de ces médaillons est encadré de festons de feuilles de chêne et présente un décor différent ; celui de la face principale offre un sujet de soldats combattant, parmi lesquels se distingue un groupe de gardes-françaises ; celui de la face postérieure présente un trophée d'armes, et ceux des faces latérales trois couronnes enlacées suspendues à un ruban rose et encadrées par deux palmes. Ces vases furent .exécutés pour le roi Louis XV en souvenir de la bataille de Fontenoy. Haut., 0™,42. 170,000 fr. — N° 25. Joli petit vase à couvercle de forme ovoïde, à ouverture encadrée d'ornements saillants; couvercle surmonté d'une fleur; en ancienne porcelaine de Sèvres pâte tendre, fond vert-pomme ; à médaillons de paysages encadrés d'ornements dorés (époque Louis XV). Haut., 0m,20. Lettre F (1759) 4,800 fr. — N° 2Q. Beau vase à gorge évasée, en ancienne porcelaine de Sèvres pâte tendre, fond bleu de Vincennes vermiculé d'or, branches de fleurs en relief servant d'anses et médaillons de fleurs polychromes sur la panse et sur le pied. Le

culot offre des réserves blanches simulant des cannelures. Haut, du vase, 0m,30 ; haut, avec sa monture en bronze ciselé et doré et le socle en marbre rose, 0m,80. 9,100 fr. — N"0 27. Deux vases de forme élancée, à gorge et à deux anses enroulées, en ancienne porcelaine de Sèvres pâte dure, fond gros bleu, à décor d'or représentant des paysages et des jeux d'enfants ; socle en marbre noir. Ces vases avaient appartenu à Louis XVI. Hauteur, 0m,49.

1,550 fr. — N° 28. Deux petits seaux à deux anses, en ancienne porcelaine de Sèvres pâte tendre, décorés de médaillons, de paysages avec figures en camaïeu carmin. Marque au point. Haut., 0m,ll. 900 fr. (Voy. Service.)

Porcelaine tendre. — C'est dans le laboratoire de François de Médicis, au xvie siècle, que fut découverte la première porcelaine tendre, et cependant ce n'est que sous Louis XIV que nous trouvons le premier document français qui ait trait à ce genre de faïence ; c'est un arrêt rendu en avril 1664 en faveur de Claude Révérend pour le seconder dans sa fabrication. Plus tard, en 1673, un Bouennais, L. Poterat, agrandit la fabrique de porcelaine du sieur Saint-Etienne dans le faubourg de Saint-Sever à Eouen ; puis, en 1695, nous trouvons une fabrique à Saint-Cloud, en 1712 à Lille, en 1734 ou 1735 une autre à Mennecy-Villeroy, enfin en 1740 à Vincennes. Ce furent les travaux de cette dernière usine qui engagèrent le roi à encourager cette industrie en France ; en effet, dès l'année 1753 le roi entra pour un tiers dans les frais d'exploitation, et l'établissement prit le titre officiel de manufacture royale de porcelaine de France. Bientôt après, en 1756, la production-prit un tel accroissement qu'on fonda 'dès la même année une nouvelle usine à Sèvres.

V. Porcelaine de Saxe. — On donne trop généralement le nom de porcelaine de Saxe à toute sorte de produits allemands ; beaucoup de fabriques allemandes fabriquent bien des porcelaines dures, mais les plus méritantes sont celles de Meissen en Saxe. L'origine de cette fabrique remonte à l'année 1710 environ.

Prix de vente, collection Bertaux, avril 81, hôtel Drouot. Saxe. N"0 15. Berger et bergère. 1,420 fr. — N° 22. Le tailleur du roi. 1,805 fr. — N° 42. Groupe de bergers, deux

PORCELAINE

parties. 4,350 fr. — N° 44. Vénus et l'Amour. 3,450 fr. — N° 47. Scène pastorale. 2,225 fr.

— N° 48. Scène de carnaval. 2,700 fr. — N° 49. Marquis et marquise. 5,900 fr. — N° 50. Groupe de colporteurs. 4,800 fr. — N° 52. Asiatique sur un éléphant. 3,900 fr.

— N° 53. Char d'Apollon. 7,000 fr. — N° 120. Scapin et Arlequin. 2,875 fr. — N° 170. Deux vases décorés de fleurs. 2,200 fr. — N° 188. Flambeaux. 7,310 fr. — N° 190. Deux candélabres. 3,175 fr. — N° 193. Deux bras-appliques. 1,900 fr. — Vente San Donato. N° 632. Poêlon à semis de fleurs, manche relevé de dorure et couvercle à anneau formé par une branche de fleurs en relief. Diam., 0m,15. 3G0. lires. — N° 634. Petite tasse avec soucoupe, fond blanc à décor de fleurettes' et fumeur lisant auprès d'un bouquet d'arbres. Marque 1770. 40 lires. — N° 635. Douze assiettes à fond citron, à médaillon central où se détache sur fond blanc le blason royal d'Auguste de Saxe, roi de Pologne, et à marli comprenant trois médaillons de fleurs ; deux compotiers carrés, deux compotiers ovales, une pièce milieu ; le tout semblable aux assiettes. 300 lires. — Vente Double. N° 113. Grand surtout de table, de forme oblongue à contours, à fond de glace et galerie composée de plaques cintrées et droites; ancien saxe. Long., lm,35. 900 fr. — N° 114. Belle pièce de milieu composée d'un groupe de deux nymphes et de deux enfants, l'un deux portant une gerbe de blé et l'autre un panier de fleurs. Ce groupe, monté en bronze doré, supporte une corbeille oblongue en ancienne porcelaine de Saxe. Haut., 0ra,83. 1,200 fr. — N° 115. Deux groupes composés chacun de quatre figures d'enfants, ancien saxe. Haut., 0m,16. 915 fr. — N° 116. Joli groupe composé de quatre figurines d'enfants représentant les saisons. Haut., 0m,21. 710 fr. — N° 117. Deux statuettes debout près d'un vase et reposant sur des terrasses rocaille en porcelaine de Saxe ; elles représentent l'été et l'automne figurés par Cérès et Bacchus. Haut., 0m,22. 760 fr. — N° 118. Groupe : Vénus et l'Amour dans un char. Haut., 0m,18. 830 fr. — N° 119. Six jolis drageoirs, formés chacun d'une figurine à demi couchée tenant une corbeille oblone-ue.

Haut., 0m,12 ; larg., 0"',17. 1,810 fr. — N° 120. Deux flambeaux. Hauteur, 0m,15. 560 fr. — N° 121. Deux autres analogues. 520 fr. — N° 122. Deux petites corbeilles quadrangulaires, gaufrées à vannerie. Largeur, O'",065. 390 fr. — N" 123. Deux autres analogues, mais plus petites. Largeur, 0ra,50. 400 fr. — N" 124. Deux autres analogues, mais ovales. Larg., Om,62. 220 fr.

VI. Porcelaines diverses. — On a fabriqué des porcelaines dans beaucoup de contrées ; dans l'impossibilité où nous sommes de les énumérer toutes, nous nous bornerons à indiquer les centres les plus renommés. En France, nous devons mentionner : Sceaux, où Chapelle, le fabricant de faïence, obtint des porcelaines à pâte tendre dans le genre de celles de Mennecy, mais d'un plus riche décor ; Etiolles près Corbeil, dont la marque est M P cou jugés (le fabricant se nommait Monnier) ; Orléans, qui possédait une fabrique royale de porcelaine tendre ; Arras, Bourg-la-Reine, Vaienciennes, avaient également des usines porcelainières. — Dans les Pays-Bas, Tournay eut une fabrique renommée de porcelaine tendre : celle de Péterinck (1750). Ce fabricant inventa une pâte qui possédait une grande ténacité et qui par suite résistait bien à l'usage, parce que sa composition est un mélange d'argile et de marne argileuse ayant pour fondant une fritte. A la vente San Donato, deux vases en porcelaine tendre de Tournay (n° 111) ont été adjugés à 3,150 lires. De forme ovoïde, leurs faces étaient décorées de médaillons représentant des pastorales dans le goût de Watteau ; socle en bronze (Louis XVI). Haut., 0m,94. — Mentionnons, en Angleterre, les fabriques de Chelsea, de Bow, dénommée aussi Stratfordle-Bow, de Bristol, de Plymouth, etc.; en Bavière, celle de Nuremberg ; en Suède, celle de Marieberg. La capitale de l'Autriche, Vienne, posséda dès 1744 une manufacture impériale de porcelaine dure dont la base est le kaolin de Moravie. Ce produit est très estimé à cause de la finesse de sa pâte ainsi que pour la solidité et l'éclat de ses couleurs. — Le palais de San Donato, à Florence, possédait une assez belle collection de faïences de Vienne; un Service de table, dont nous donnons un dé-

Page 1