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FEUILLES

Voy. Quatre-

DICT. DE L'ART

EABABA. — Instrument de musique nubien ; c'est une sorte de guitare à six cordes de même diamètre et de même longueur. Ces cordes s'enroulent sur un rouleau mobile garni de peau , lequel rouleau sert à les tendre à volonté. Une sorte d'écuelle couverte de peau sert de résonnateur. Cet instrument est très répandu dans toutes les contrées éthiopiennes. Les Nubiens chantent des airs assez monotones , principalement des chants religieux^ en s'accompagnant avec le rababa.

RAIS. — Dans le blason , on désigne ainsi des bâtons pommetés et fleurdelisés qui sont disposés sur l'écu comme les rayons d'une roue.

RAMSINGA. — Instrument de musique hindou ; c'est une sorte de trompette en cuivre de grande dimension, composée de trois tubes de métal fort mince qui s'emboîtent les uns dans les autres.

RAPE A TABAC. — Râpe servant à râper le tabac , à le mettre en poudre pour obtenir du tabac à priser. Autrefois, lors des premières importations du tabac en Europe, chacun s'approvisionnait de tabac en carotte et les grands priseurs, qui étaient des grands seigneurs, afin d'avoir toujours de la poudre fraîche, daignaient râper eux-mêmes ces carottes. Notre figure 611 montre une superbe râpe en ivoire de l'époque Louis XIV. C'est en dessous de la face que montre notre figure que se trouve placée une râpe en fin acier. Dans le haut de notre figure, on voit sculptée une coquille à charnière ; elle sert de couvercle

à la tabatière. Quand le propriétaire de la râpe voulait une simple prise, il inclinait la râpe vers la coquille inférieure; le tabac glissait, coulait dans celle-ci, où le pouce et l'index allaient le saisir et le faire aspirer aux narines. Comme on le voit, c'était un véritable travail que de râper une bonne prise ; mais le gentilhomme de la cour ou la douairière à qui devait appartenir cet ustensile d'ivoire avaient à eux tout leur temps : c'était même un moyen de le tuer, ce temps parfois si long pour une vieille douairière.

RAPIÈRE. — Epée longue et affilée avec poignée à coquille. La garde de la rapière , qui était l'arme par excellence du duel , fournissait une bonne défense pour la main, parce que souvent cette garde était en berceau, en corbeille ou en panier hémisphérique; elle était en outre percée d'une grande quantité de trous destinés à arrêter la pointe de l'épée de l'adversaire. Les quillons sont droits et disposés à l'intérieur de la corbeille, qu'ils dépassent. (Voy. Épée.)

REALISME. — Le réalisme, que dans ces derniers temps on a également appelé naturalisme, est l'imitation servile et systématique de la réalité. C'est une méthode ou plutôt un mode de reproduction qui prétend enfermer étroitement l'art dans la représentation brutale de la réalité, de la chose, de la matière que l'artiste voit devant lui. Le réalisme est donc le contraire de l'idéalisme ; le premier ne voit que le terre à terre , le second que la spiritualité dans l'art. Sous prétexte de réalisme , les natu-

EÉALISME,

ralistes, les impressionnistes, comme on les dé-

Fig. 611. — Eâpe à tabac.

signe aussi , ont produit de nos jours des œuvres cocasses, détestables, ridicules. Ces œuvres ont considérablement abaissé le niveau de l'art contemporain et profondément troublé et perverti le goût public. Sous prétexte de réalisme , notre époque a produit en fait de littérature des romans obscènes et orduriers, en poésie des chansons erotiques et idiotes, en peinture d'affreuses compositions. Certes nous ne sommes pas de ceux qui aiment l'art classique froid et empesé ; nous ne trouvons rien de plat et d'atonique comme une peinture bien faite, bien léchée, une peinture qui présente des chairs couvertes de poudre de riz; nous n'aimons pas davantage un morceau de musique bien fait, un livre académiquement écrit. Ces genres de travaux ne montrent point le beau côté de l'art ; le faire n'arrête que le connaisseur, l'idéal frappe tout le monde : c'est l'art véritable ; car ce n'est pas seulement aux yeux que doit parler la peinture, elle a une plus haute mission, elle doit frapper au cœur et émotionnel- l'âme par l'intermédiaire des yeux. — Depuis que nous tenons une plume, c'est-à-dire depuis près de vingt ans, nous avons toujours défendu l'indépendance de l'artiste; elle seule, en effet, peut lui permettre de créer de belles œuvres. Mais si nous repoussons tout ce qui sent Yécole, c'est-à-dire la volonté, le faire, la pratique imposés, c'està-dire encore la suppression de l'individualité, de la personnalité, la liberté que nous avons toujours réclamée et que nous réclamons encore pour l'artiste, cette liberté ne va pas jusqu'à lui tolérer ces œuvres sans talent et sans goût, ces tristes produits qui depuis trente années envahissent notre époque. L'artiste n'a pas le droit de s'affranchir du respect qu'il doit à son pinceau, à sa plume et au public auquel il s'adresse. On a dit, il y a bien longtemps : Maxima deletur puero reverentia; ce que nous traduirons : l'artiste doit avoir le plus grand respect pour le public. Aussi nous ne pouvons que nous récrier en voyant la plupart des productions contemporaines qui pervertissent et corrompent de plus en plus le goût public. C'est à ces œuvres faites seulement dans le but de battre monnaie, comme le dit Auguste Barbier dans Melpxmene, c'est à ces œuvres ,

EEBAB. — EELIQUAIEE.

disons-nous, qu'on pourrait appliquer avec plus de raison toutes les épithètes dont on gratifiait si libéralement les œuvres d'Eugène Delacroix, de ce noble artiste qui a ouvert la voie à l'école éclectique , ayant eu le rare courage de rompre le premier avec les vieilles traditions classiques. Mais un vaste abîme sépare Delacroix de l'école réaliste, et c'est en vain que celle-ci prétend l'inscrire comme son chef. Delacroix fut un maître tout court, et c'est bien suffisant pour sa gloire ; tout qualificatif ne pourrait que l'amoindrir. Ce fut aussi un vaillant lutteur. Quelques lignes de Théophile Gautier {Moniteur du 18 nov. 1864) pourront donner une idée des assauts que l'artiste eut à soutenir. « On ne saurait imaginer, dit Gautier, au milieu de quel tmnulte, dans quelle ardente poussière de combat a vécu Eugène Delacroix. Chacune de ses œuvres soulevait des clameurs assourdissantes , des orages, des discussions furieuses. On invectivait l'artiste avec des injures telles qu'on ne les eût pas adressées plus grossières ni plus ignominieuses à un voleur ou à un assassin. Toute urbanité critique avait cessé pour lui, et l'on empruntait, quand on était à court, des épithètes au catéchisme poissard. C'était un sauvage, un barbare, un maniaque, un enragé, un fou qu'il fallait renvoyer à son lieu de naissance , Charenton. Il avait le goût du laid, de l'ignoble, du monstrueux; et puis il ne savait pas dessiner, il cassait plus de membres qu'un rebouteur n'eût pu en remettre. Il jetait des seaux de couleur contre la toile , il peignait avec un balai ivre ; ce « balai ivre » parut très joli et fit en son temps un effet énorme. Le jury, choisi parmi l'Institut, se donnait tous les ans le plaisir de lui refuser un ou deux tableaux ; on renvoyait marqués au dos de l'infamante lettre E, comme des barbouillages de rapin, ces cadres si estimés aujourd'hui. » On a rendu justice à Delacroix et ses œuvres figureront au Louvre au milieu des chefs-d'œuvre. Mais les mauvaises toiles de nos réalistes ne se vendront même pas la valeur des cadres qui les entourent ; donc Delacroix n'est pas le chef d'école du réalisme. (Voy. Spiritualisme.)

EEBAB. — Instrument de musique arabe ;

il affecte la forme d'une sphère aplatie ; il est monté d'une, de deux ou de trois cordes en crin, droites et non tressées. On joue de cet instrument avec un archet en le tenant sur les genoux.

EEBEC. — Ancien violon à trois cordes qui a été en usage en France jusqu'au xvne siècle; il avait la forme d'un battoir de blanchisseuse dont les angles étaient échancrés au lieu d'être arrondis. Cet instrument était accordé de quinte en quinte.

EEBEL. — Au moyen âge on désignait ainsi la vielle.

EEFEÉDOIE. — Ancien terme signifiant.

Seau a rafraîchie. (Voy. ce mot.)

EÉGENT. — Voy. Diamant.

EEHAUTS. — Terme générique qui sert à désigner, dans les arts du dessin, des touches vigoureuses que l'artiste place sur une œuvre pour lui donner plus de vigueur. Les rehauts dans les pastels consistent en hachures larges et franches posées par-dessus le travail de l'estompe ; sans rehauts les pastels seraient généralement mous. Les décorateurs emploient souvent, pour donner de la vigueur aux camaïeux, des rehauts en or; ils les placent principalement sur les parties de leur dessin pleinement éclairées.

EELIEF. — Ouvrage de sculpture, d'estampage ou de repoussé plus ou moins relevé en bosse. (Voy. Bas-relief.)

EELIQUAIEE. — Vase de toutes formes et de dimensions diverses, tel que boîte, coffret, monstrance, etc., qui sert à renfermer des reliques. Quand le reliquaire est de très grandes dimensions, on le nomme plutôt Chasse. (Voy. ce mot.) — Notre figure 612 montre l'ancien reliquaire dit de la sainte ampoule, qui était autrefois renfermé dans le tombeau de saint Berni à Eeims , mais qui fut brisé en 1793. (Voy. Ampoule.) La fiole qui contient le baume sacré, censé descendu du

Planche XXVII. — Reliquaire espagnol en bois sculpté.

EELIQUAIRE.

ciel ou apporté par une colombe à saint Rémi,

Kg. 612. — Reliquaire de la sainte ampoule.

se trouve placée entre les pattes émaillées de

rouge d'une colombe d'or au bec de corail. Cette colombe est fixée sur une pièce d'orfèvrerie en vermeil, plate et ronde comme une assiette; elle est ciselée et décorée de pierreries. La chaîne qu'on aperçoit est en argent ; elle servait à suspendre ce reliquaire au cou du grand prieur du monastère de Saint-Remi, car la sainte ampoule ne sortait qu'aux jours du sacre des rois et ne passait pas dans des mains étrangères : seul le grand prieur la touchait. — Notre planche XXVII reproduit fidèlement un reliquaire espagnol en bois sculpté si finement qu'on pourrait croire à première vue que c'est une œuvre d'orfèvrerie. C'est probablement un travail du xve siècle. Notre figure 613 montre du même reliquaire un détail qui s'ouvre en quatre compartiments ou lobes , quand on supprime le pélican qui ferme et réunit par sa base creuse les quatre parties de cette sorte de poire au centre de laquelle se trouve la Vierge avec l'enfant Jésus, au milieu de sept pointes figurant les sept douleurs de cette mère. — Vente San Donato. N° 233. Reliquaire en bois des Iles découpé à jour, avec l'inscription : Casarano D. D. D. Il sert d'encadrement à deux miniatures, au

Fig. 613. — Extrémité du reliquaire espagnol de la planche XXVII.

portrait de Bonaparte premier consul, par Isabèy, et au portrait de Napoléon, par Au-

gustin. Haut. 0m,28; largeur, 0m,21. 1,950 lires. — N° 333. Reliquaire en bois sculpté,

RELIURE (ART DE LA)

commandé par le patriarche de Venise à Andréa Brustalon. Ce reliquaire est une œuvre capitale du célèbre ornemaniste ; il est de forme triangulaire et couronné par deux enfants dont l'un soutient les palmes du martyre, et l'autre le Christ en croix. Le centre , qui est mobile en forme de porte, est sculpté en haut relief : il présente deux anges s' élançant vers les cieux; un troisième tient entre ses mains les palmes du martyre et une banderole sur laquelle on lit : Corpus S. Innocenta martiris. Hauteur, 0m,95 ; largeur, 0m,95 ; profondeur, 0m,41.- 6,800 lires.

EELIURE (Art de la). — Art d'attacher, de réunir, de lier des feuilles ou des feuillets et de les mettre sous une couverture pour en former un livre. La couverture a pour but de prévenir la détérioration du livre par un fréquent usage. Quand le carton d'une couverture est entièrement recouvert de peau, c'est la reliure pleine ou entière; si le dos du livre est seul en peau, c'est une demi-reliure, et quelquefois les coins sont garnis de cuir. Suivant la matière employée, on dit que la reliure est en maroquin, en veau, en peau de truie, en basane, en chagrin, en toile. On nomme reliure à l'anglaise la reliure ordinaire; reliure à la Bradel, celle qui conserve les marges du livre intactes. La reliure ne comprend pas moins de douze manipulations, comme on le verra au paragraphe traitant de la technique de cet art.

Historique. — On ne sait absolument rien de l'histoire de la reliure avant le Ve siècle. A cette époque, comme les livres manuscrits avaient un grand prix, c'étaient les orfèvres qui se chargeaient de la reliure, laquelle était faite au moyen de métal perforé, estampé et ciselé, et décorée de pierres précieuses taillées ou simplement en cabochons. Ce genre d'ouvrage, on le voit, était plutôt un travail d'orfèvre qu'un travail de relieur. Le plus ancien spécimen de ce genre de reliure dont il soit fait mention dans l'histoire est celui que Bélisaire trouva dans le trésor de Gélimer, roi des Vandales, en 534 ; il est donc probable que cet évangéliaire,dont la couverture était ornée de pierres précieuses, était du Ve siècle; en tout cas, il était du commencement du VIe siè-

cle. La bibliothèque Laurentienne de Florence possède un exemplaire des Pandectes de Justinien du vne siècle, relié avec des ais de bois recouverts de velours rouge et décorés de coins en argent. Avant l'invention de l'imprimerie, les livres manuscrits étaient rares ; aussi les plaçait-on à plat sur les rayons des bibliothèques , et le titre se trouvait alors sur un des plats de la couverture ; ce ne fut que plus tard, vers le milieu du xvic siècle , quand l'abondance des livres imprimés commença à peupler les bibliothèques, qu'on fut obligé de placer les livres debout et les titres sur le dos. C'est à partir de ce moment que les ais de bois des couvertures furent remplacés par des cartons qui, moins épais que le bois, permettaient de loger un plus grand nombre de livres sur les rayons d'une bibliothèque. Les couvertures en velours furent également délaissées, car la pression que les livres debout exercent l'un sur l'autre aurait aplati le velours. — Hivers musées nous montrent des spécimens de reliure en cuivre émaillé, généralement de la fabrique de Limoges, spécimens qui datent du XIe et du xne siècle. Ce n'est qu'à l'époque des croisades que la couverture des livres est faite avec des cuirs gaufrés dorés et argentés. Les croisés avaient appris des Arabes ce nouveau genre ; antérieurement on employait toute sorte de peaux , mais sans leur donner aucune empreinte. Les principales peaux employées pour la reliure étaient la peau de mouton ou basane, le veau, le maroquin (peau de chèvre ou de bouc), la peau de daim, la peau de truie ; enfin les ouvrages cabalistiques devaient être reliés avec la peau de l'homme : on cite notamment que Hunter, le célèbre médecin écossais, fit relier, au xvnie siècle, un traité des maladies de la peau avec une peau humaine. Les couvertures avec empreintes dorées ou argentées, qui avaient été copiées sur les modèles arabes par les Occidentaux, reçurent le nom d'afa? (ailes), parce qu'elles avaient, dit-on, quelque analogie avec les ailes de l'oiseau , soit par la disposition des empreintes, soit par le riche éclat de leurs couleurs. — Au xve siècle , les beaux manuscrits étaient placés dans des boîtes à livre ou dans des étuis faits avec des cuirs bouillis ou gaufrés, ornés de sujets variés et

ch.goutzwili.eX.

Planche XXVIII. — Eeliure de Thomas Maioli.

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