ART
tations. Du reste, ce qui précède est tellement vrai que, si on ouvre dix volumes de différents auteurs, chacun d'eux formule une définition diamétralement opposée à celle de son voisin ; ce qui prouve, nous nous plaisons à le répéter, qu'aucun auteur n'a trouvé et peut-être ne trouvera une définition suffisante et brève pour la chose indéfinissable et si complexe contenue dans ces trois lettres : Aet (1). Nous terminerons cet article en donnant la définition de ce mot par Dante ; voici comment il s'exprime dans sa Divine Comédie : « L'art humain s'applique à suivre la nature, comme le disciple son maître ; l'art humain est donc le petitfils de Dieu. »
Aet appliqué a l'industrie. — Dans ces dernières années, on a fait beaucoup de bruit autour de ces trois mots : union de l'art et de l'industrie. Les uns ont prétendu que l'art et l'industrie n'avaient rien de commun ; les autres, que l'art ne pouvait se passer de l'industrie ; ceux-ci ont soutenu la thèse contraire ; ceux-là enfin ont pensé qu'il devait exister nécessairement une alliance intime entre l'art et l'industrie, et que dès lors il y avait lieu de rechercher quels seraient les moyens d'opérer cette union. L'Académie des beaux-arts de Paris a même mis au concours en 1872 ce programme : « Exposer les conditions de l'alliance qui doit exister entre les arts et l'industrie ; déterminer les points de contact qui les rapprochent, les limites qui les séparent. Conclure en indiquant, parmi les diverses institutions utiles, celles qui seraient à modifier ou à créer dans l'intérêt du perfectionnement des œuvres de l'art et des produits de l'industrie. » Ce programme, ce qui n'arrive pas toujours à ceux de cette société, avait le mérite d'être clair, mais trois ou quatre concurrents à peine répondirent à l'appel de l'Institut ; l'un d'eux fut récompensé, et l'Académie ne s'occupa plus de cette question. Heureusement qu'à côté de celle-ci, l'Union
(1) Il y aurait un travail curieux à faire, ce serait de relever les définitions sur l'art fournies par les nombreux auteurs qui ont traité cette question : on arriverait à constater une cacophonie indescriptible.
DICT. DE L'ART
centrale des beaux-arts appliqués à l'industrie surveillait ce qui se passait à l'étranger, et cette société organisa des expositions, ouvrit des concours et finalement organisa le Musée des arts décoratifs, car depuis 1878 on ne désigna plus les arts industriels que sous le nouveau terme, beaucoup plus rationnel, d'arts décoratifs. En effet, dès l'instant qu'un artiste crée un objet usuel, un objet qui sert pour les usages les plus ordinaires de la vie, cet artiste crée une œuvre d'art. Peu importe que ce soit une burette, des salières, des seaux à rafraîchir, des carreaux pour pavement ou pour revêtement ; ces créations sont clés œuvres d'art véritables, et, comme l'a fort bien dit M. de Laborde, « en appliquant l'art à l'industrie humaine, loin de rabaisser sa mission, on l'ennoblit ; » de sorte que l'artisan qui fait une poterie d'art est un véritable artiste. Ce n'est guère qu'à notre époque qu'on a voulu établir une distinction entre ces deux travailleurs ; tous les artistes de l'ancienne Grèce et de l'antique Rome étaient à la fois artisans et artistes ; les vases les plus humbles et du prix le plus minime, comme ceux faits avec les matières les plus riches, étaient exécutés par les mêmes hommes ; de là ces merveilleux modèles que nous a légués l'antiquité, qui ne s'occupait pas d'unir l'art à l'industrie, puisqu'elle ne connaissait pas cette dernière. Ce n'est que par une scission regrettable qu'à notre époque une certaine coterie d'artistes a voulu créer un grand art et à côté un petit art; seulement , comme cette épithète eût été absurde, on avait imaginé l'art appliqué à l'industrie, qui, étant une logomachie vide de sens, a été remplacé à son tour par arts décoratifs, qui disparaîtra également un jour de la momenclature , car tous les arts, toutes les œuvres d'art, toutes les productions artistiques sont des œuvres de Y art décoratif, l'art étant, comme nous l'avons dit à son rang, une jouissance de luxe : donc tout ce qu'il produit, n'étant pas une chose utile, nécessaire, indispensable, est une chose décorative et ornementale. (Voy. Aet.)
Aet Améeicain. — Yoy. Améeicain.
Aet Antique. — Yoy. Antique.
Aet de l'Aemueiee. — Voy. Aemueiee.