BEURRIER
BIJOUTERIE
ce terme pour désigner les animaux fantastiques qui figurent dans les sculptures de l'époque ogivale. Beaucoup de boiseries sont décorées de bestions. — On nomme tapisseries à lestions celles qui représentent des animaux.
BEURRIER. — Vase en verre, en cristal, en porcelaine, en faïence, dans lequel on sert le beurre sur la table. Les beurriers en faïence de Delft , gris et bleu , rouge et or sur fond blanc, se vendent jusqu'à 140 et 1G0 francs; ceux en porcelaine de Sèvres, 20 à 25 francs.
BIBELOT. — Ce terme, qui à son origine ne servait qu'à désigner des outils, des ustensiles et des objets très divers et de peu de valeur, est aujourd'hui employé par les amateurs et les antiquaires pour désigner principalement des objets d'art et de curiosité.
BIBERON. — Sorte de cruche avec une anse et un bec placé au haut de la panse. Un des plus beaux modèles est celui de faïence fine dite de Henri II ou faïence d'Oiron qui faisait partie de la collection du comte Georgier de Pourtalès et qui a été acheté par le South Kensington muséum 30,000 fr. Il y a des biberons en faïence de Nevers, de Moustiers, etc.
(Voy. CÉEAMIQUE.)
BIBLIOTHEQUE. — Meuble qui sert à renfermer des livres; nous n'essayerons point de décrire ce genre de meuble qui varie à l'infini connue forme, comme style et comme prix. (Voy. Livres.)
BIJOU. — On désigne sous ce terme de petits objets de luxe faits avec des matières précieuses et ornés ou décorés de pierres plus ou moins précieuses. Les bijoux servent principalement à la parure et à la toilette des daines ; cependant les hommes portent également des bijoux, des bagues, des montres, des chaînes, des épingles de cravate, etc. — Le goût des bijoux remonte à l'antiquité la plus reculée, puisque la tradition et les livres les plus anciens mentionnent des bijoux que portaient certains personnages de la plus haute antiquité. A l'époque du moyen âge, seule la noblesse
avait le droit de porter des bijoux. (Voy. l'article suivant Bijouterie.)
BIJOU D'ACIER. — Les bijoux d'acier sont nés en Angleterre ; ils firent leur apparition en France au milieu du xvme siècle ; ils eurent une grande vogue jusqu'à la révolution. Ce fut un nommé Granchez, mercierbijoutier, qui contribua beaucoup au succès du bijou d'acier. Il avait une fabrique de boutons d'acier, de chaînes et autres bijoux de ce métal , à Clignancourt. Son magasin de vente , qui avait pour titre : Au Petit Dunlcerque était situé à la descente du Pont-Neuf, entre la rue de Nevers et la rue Dauphine à l'endroit même occupé aujourd'hui (1883) par un horloger et un buraliste de tabac. C'était le rendez-vous de la noblesse et de la bourgeoisie ; toute l'Europe du reste voulait acheter ses boutons d'acier au Petit Ditnkerque. Dans son Tableau de Paris, Mercier parle des étagères où « le cristal, l'émail et l'acier brillaient comme des miroirs à facettes ». — La mode des bijoux d'acier passa avec le Directoire. De nos jours divers fabricants ont bien essayé mais en vain de faire prospérer cette fabrication.
BIJOUTERIE. — La joaillerie et la bijouterie se touchent de si près, qu'il ne nous est pas possible de pouvoir les séparer ; mais nous avons dû les distinguer de l'orfèvrerie, bien que les deux arts qui nous occupent empruntent la plus grande partie de leurs procédés à celle-ci. Du reste, la bijouterie n'a été qu'une branche de l'orfèvrerie depuis l'antiquité la plus reculée jusque vers la seconde moitié du xvc siècle. Pendant toute cette longue période, seuls les orfèvres fabriquaient les bijoux, l'argenterie de table et celle du Mobilier. (Voy. ce mot.) Ainsi donc, bien que nous englobions dans le même article la bijouterie et la joaillerie, il ne faut pas confondre ces deux arts malgré leurs nombreux points de contact, malgré leurs nombreuses affinités. Il est bien entendu que la bijouterie emploie principalement l'or, l'argent et l'acier pour créer des parures, et que la joaillerie a pour principal objet de sertir et de monter les diamants, les perles.
BIJOUTERIE
les pierres précieuses en cabochon, taillées, gravées et sculptées. La bijouterie emprunte donc à la joaillerie tout ce qui donne le plus d'éclat à sa riche et brillante décoration. L'or joue le principal rôle dans la bijouterie en vrai. Nous ne nous occuperons pas ici de la fausse bijouterie, dite bijouterie en doublé, qui, du reste, exécute beaucoup de formes créées pour la bijouterie d'or. Nous mentionnerons la bijouterie d'argent, celle d'acier, enfin la bijouterie dans laquelle les coraux jouent le principal rôle, car nous devons ajouter que tous les
Fig. 85. — Épingle d'or étrusque.
genres créés par le caprice et la fantaisie existent en bijouterie, et que tour à tour les métaux précieux sont gravés, ciselés, perforés, filigranes, niellés, incrustés, sertis, et décorés de camées, d'intailles, de coraux, de diamants, d'émaux, de pierres précieuses et de mosaïques. Histoeique. — Aussi loin que nous puissions remonter dans les âges de l'humanité, dès Y âge de la pierre, c'est-à-dire bien avant les temps historiques , nous voyons que l'homme a aimé
les bijoux, si nous pouvons toutefois nommer ainsi les rudiments décoratifs dont il aimait à se parer. Or, dans ces temps reculés, dans ces temps préhistoriques, nous devons nous demander qui de l'homme ou de la femme a été le premier à porter des bijoux. Cette question, qui à première vue semble bien complexe, peut ce-
Fig. 86 et 87. — Pendant d'oreille en or (face et profil).
pendant être résolue d'une façon positive et certaine, étant donné que dans ces temps reculés l'homme, tout à fait à l'état sauvage, devait être d'un égoïsme brutal; il ne devait donc considérer la femme que comme sa chose. Dans ces conditions il est bien évident que lui, le maître, a porté le premier des bijoux, des col-
Pig. 88 et 89. — Pendant d'oreille en or (profil et face).
liers en enfilades , comme signes distinctifs de sa puissance, et que ce n'est que postérieurement que la femme a pu se parer à son tour d'ornements. Du reste, il importe peu d'être fixé sur cette priorité ; un seul fait se dégage pour le penseur ; c'est que la vanité humaine est un sentiment instinctif qui vient, naît et se développe, et n'est nullement moderne. Il est, en effet, à peu près certain qu'avant de s'habiller, l'homme a porté des bijoux rudimentai-
BIJOUTERIE
res, et que le troglodyte n'avait pour costume qu'un collier composé soit de coquillages, soit de dents d'animaux, soit d'éclats de silex. — Plus tard, quand le bronze fît son apparition, l'homme porta des bracelets, des colliers, des torques, des fibules, fondus avec ce métal. Quand l'or apparaît, l'homme l'emploie pour fabriquer des bijoux qui commencent à mériter ce nom, moins par la valeur du travail que par celle de la matière. Enfin, à l'époque du fer,
Fig. 90. — Collier d'or (étrusque).
le bijou est d'argent, de fer ou même d'acier, car l'antiquité de ce métal remonte à une date fort ancienne. Voilà ce que nous pouvons dire du bijou dans les temps les plus reculés. — Si maintenant nous abordons les temps historiques, nous voyons que les Orientaux, aussi
Fig. 91. — Collier en bronze (étrusque).
loin qu'on puisse remonter dans leur histoire , ont toujours eu un grand amour du bijou, qu'ils l'ont considéré comme un complément indispensable de la toilette et du costume et qu'ils ont déployé dans la fabrication de ces parures un luxe inouï, extraordinaire, un luxe oriental. De très bonne heure les Orientaux ont allié les pierres précieuses aux bijoux, ils ont donc confondu en un seul et même art la joaillerie et la bijouterie. Nous n'avons pas dans nos musées de spécimens de la bijouterie de tous
les peuples de l'Orient; mais des bas-reliefs et des sculptures nous montrent souvent des personnages portant des bijoux, et ces monuments figurés nous permettent jusqu'à un certain point de juger de la forme et de la valeur
Fig. 92. — Agrafe en or (art grec).
artistique qu'ils pouvaient avoir; tel est le cas, par exemple, des Cambodgiens (1). Chez presque tous les peuples de l'Orient, les Japonais exceptés, chez les Hindous, les Assyriens, les Babyloniens, les Hébreux, les Egyptiens, les Phéniciens, les Arabes, les Chinois, les Turcs, les Persans, les Siamois, nous trouvons des bagues, des cachets, des boucles d'oreilles, des bracelets, des colliers, des pectoraux, etc. Dans le nouveau monde, chez les Mexicains, les Péruviens, nous trouvons également des bijoux. Au mot Bague,
Fig. 93. — Agrafe en or (art grec).
où nous prions le lecteur de se reporter, nous avons déjà fourni quelques renseignements sur la bijouterie de divers peuples ; ici nous fournirons des renseignements beaucoup plus complets accompagnés de nombreux spécimens de la bijouterie de divers peuples et à diverses époques.
(1) Voy. dans notre Dictionnaire raisonné d'architecture, au motKHMER {Art), les bas-reliefs dans lesquels on voit des ornements et des bijoux cambodgiens.
BIJOUTERIE
Les bijoux de l'époque préhistorique consistent en colliers de pièces enfilées, en silex, en dents d'animaux, en coquillages; on a trouvé de ces colliers dans le diluvium de Saint- Acheul.
Les Egyptiens avaient de fort beaux bijoux,
Fig. 94 et
Pendants d'oreille d'or (art grec).
comme peuvent en témoigner les spécimens que nous possédons dans nos musées : ce sont des colliers, des bracelets, des bagues, des boucles d'oreilles ; quelques-uns de ces bijoux sont
Fig. 96. — Médaillon d'un collier romain.
même décorés de superbes émaux aux couleurs fraîches et aussi vives que le jour de leur fabrication. Mariette a trouvé des bijoux ainsi ornés dans le sérapéum de Memphis; on peut les voir aujourd'hui au musée du Louvre.
Les bijoux étrusques ont une grâce et un ca-
chet particuliers, le lecteur pourra s'en convaincre en jetant les yeux sur nos figures de 85 à 91, qui montrent une épingle, des pendants d'oreilles en or et des colliers. Tous ces objets font partie des collections du cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de Paris. Au mot Collier nous donnons deux autres types de colliers étrusques.
Les Gaulois possédaient des agrafes, des
Fig. 97. — Médaillon camée d'un collier romain.
fibules, des bagues, des épingles, des bracelets, des colliers en bronze et en or. Les Grecs, de même que les Romains, aimaient beaucoup les bijoux et ont copié ceux des Etrusques ; nos figures de 92 à 95 montrent des agrafes et des
Fig. 98. — Pièce de monnaie dans un collier romain.
pendants d'oreilles d'or grecs qui font partie des collections de la Bibliothèque nationale de Paris.
Les Romains poussaient l'amour des bijoux jusqu'au délire et justifient ces paroles de Mazois dans son Palais de Scaurus : « Des éme-
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raudes d'un vert azuré, dit cet auteur, des perles que recèlent les mers profondes de l'Orient, couvrent leurs robes, se balancent à leurs oreilles ou brillent dans leurs coiffures. » Nos figures de 9 G à 98 montrent trois médaillons d'un
Fig. 99. — Épingle gréco-romaine.
collier d'or romain qui témoignent de l'habileté des orfèvres de Rome à tirer partie des camées et des médailles pour l'ornementation de leurs bijoux. Les Gallo-Romains avaient parmi leurs bijoux des colliers en ambre et en verroteries, des bagues à cassolette en bronze, des bagues à chaton en bronze et en or, des boucles de ceinturon faites avec ces mêmes métaux. Au mot
Fig. 100. — Pendant d'oreille gréco-romain.
Email ,1 e lecteur trouvera un type romain émaillé qui fait partie des collections du Louvre. Les Gréco-Romains raffolaient également des bijoux, ils possédaient les mêmes types que ceux des Grecs et des Romains, mais les types pompéiens étaient plus gracieux, plus coquets encore. Nos figures de 99 à 102 fournissent des spéci-
mens de bijouterie gréco-romaine : ce sont des épingles, des pendants d'oreilles, des fibules.
Pendant l'époque byzantine, la bijouterie est peu en faveur, les artistes ne fabriquent exclusivement que de l'orfèvrerie : beaucoup de
Fig. 101. — Fibule gréco-romaine.
châsses dorées, émaillées, car l'émail joue un grand rôle à cette époque. Cependant nous possédons des pièces de joaillerie remarquables : par exemple, la couronne de Charlemagne, celles des rois visigoths découvertes en 1858 à la
Fig. 102. — Fibule gréco-romaine.
Fuente de Guarrazar près de Tolède et qui sont un des plus beaux joyaux, du musée de Cluny. On voit bien dans cette œuvre des Visigoths l'influence de l'art byzantin. Nos figures de 103 à lOSmontrent des bijoux mérovingiens du musée d'Arras ; ils datent de la fin du Ve ou du com-
Fig. 103. — Fibule en or mérovingienne.
mencement du VIe siècle, car ils ont été trouvés dans une sépulture de cette époque. Notre figure 103 représente une petite fibule ovale en or d'un travail assez délicat ; son plat extérieur, contourné à sa base par un cordon filigrane présente un réseau enserrant des lamelles de grenat appliquées sur paillon sans rabattu. Le
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cloisonnage est façonné au marteau et a produit des cavités profondes d'environ trois millimètres. Notre figure 104 montre une sphère en cristal de roche, maintenue par deux frettes d'or filigranées également et ciselées. La croi^
Kg. 104. — Sphère en cristal de roche.
sure supérieure est couverte par une sorte de bèlière à calotte ornée de filigranes. Ce bijou, qui paraît avoir été l'œuvre d'un ouvrier galloromain, se portait au cou au moyen d'une tresse en fils d'or, dont il restait encore quelques débris au moment de la découverte. Notre figure 105 représente une des boucles d'oreilles en or de la même sépulture. Le grand diamètre est formé d'une épaisse torsade en fils soudés ;
Kg. 105. — Boucle d'oreille en or (ive ou Ve siècle).
l'ornement porté par cet anneau est un polyèdre à quatorze pans, dont six sont carrés et huit triangulaires. Quatre des carrés sertissent sans rabattu des grenats en table, couchés directement sur une plaque de fond dans des bâtes. Notre figure 106 fait voir un disque d'or creux,
à bordure filigranée, ayant une grande bâte ronde centrale entourée de huit autres circulaires ou ovoïdes et de huit autres beaucoup plus petites et cylindriques. Dix-sept gemmes
Kg. 106. — Disque d'or mérovingien.
ornaient ce disque, il n'en reste aujourd'hui que quatre. Ce disque devait être cousu sur une bande d'étoffe, une série de trous forés sur la
Kg. 107. — Bijou mérovingien.
circonférence de la plaque témoigne amplement de ce fait. Enfin nos figures 107 et 108 représentent deux griffons ailés passant, découpés dans une plaque d'argent massif ; diverses parties du corps de l'animal, le cou, l'aile et le corps, ont été champlevées pour recevoir des plaques d'or
BIJOUTERIE
couvertes de filigranes et de granules, etc. Le moyen âge fabrique peu de bijoux, quelques agrafes ou fermails, quelques bagues, colliers, etc.; mais il produit de l'orfèvrerie émaillée et niellée. A cette époque on désignait sous le terme de clandains les clochettes qu'on suspendait au cou des animaux et qu'on faisait entrer par imitation dans des colliers et autres bijoux, comme peut en témoigner l'inventaire des ducs de Bourgogne, en date de 1393, où on lit : « Pour deux colliers d'or à deux dandains. » Du reste, comme nous le verrons bientôt, l'usage des bijoux à cloches et à grelots était aussi répandu au Mexique. Notre figure 109 montre un pendant de collier de la fin du XIIe siècle
Fig. 108. — Bijou mérovingien.
ou du commencement du xme siècle, puisqu'il a été trouvé en 1491 dans le cercueil de Constance d'Aragon, femme de l'empereur Henri VI, décédée le 23 juin 1222 à Catane. Ce bijou qu'on nommait aussi Pent-a-Col (Voy. ce mot) fait partie du trésor de la cathédrale de Païenne.
La renaissance a fabriqué des bijoux en quantité et très remarquables, non seulement des colliers, des pendeloques, des ferronnières, des bagues, des boucles d'oreilles, mais encore des coupes en cristal, en lapis, en jade, en
sardoine, le tout décoré d'émail et ciselé avec un art parfait. L'imagination des artistes de la renaissance a créé des œuvres hors pair, bien supérieures à celles des artistes grecs et romains ; il faut remonter aux Égyptiens et aux Hindous pour trouver des bijoux analogues à ceux des artistes du xvie siècle. C'était le beau temps de l'art; c'est alors qu'on
Pendant de collier.
voyait de grands personnages, de haultes dames, comme la duchesse d'Etampes par exemple, se rendre chaque jour chez Benvenuto Cellini pour voir travailler le bel Ascanio à ce fameux lis en diamants, un des plus beaux bijoux sortis de la main de l'homme.
Nous donnons ici (fig. 110)àtitre de curiosité des pendants d'oreilles, tels qu'ils sont tracés dans le manuscrit de François Merlin qui se trouve à la Bibliothèque nationale de Paris. Ces bijoux sont présentés sous forme d'étalage, eii damier et sans commentaires. Il est probable
BIJOUTEKIE.
que le contrôleur général avait fait copier ces bijoux chez un orfèvre rémois, son compère et ami. Yoici le titre exact du manuscrit : <c Recherches de plusieurs singularités par François Merlin , contrôlleur général de la maison de feu madame Elizabeth, fille unique de feu
roy Charles dernier que Dieu absolve. — Portraictes et escrites par X. Jacques Cellier demourant à Reims, commencé le 3e jour de mars 1583 et achevé le 10 sept, mil Ve quatrevingt et sept. »
Notre figure 111 montre un. curieux bijou du
Fig. 110. — Pendants d'oreilles (xvie siècle).
xvne siècle, dit le brillant de la Reine, et qui paraît avoir appartenu à Marie de Médicis, femme de Henri IV. Ses portraits qu'on voit représentés sur ce bijou, dont on ne possède plus qu'une estampe, étaient peints en émail et représentaient vingt-neuf membres de la famille des Médicis. — Un autre bijou du xvne siècle est représenté par notre figure 112 : c'est un médaillon qui renferme le portrait en
buste de Marie d'Espagne, gravé sur coquille au revers d'une turquoise dont la face reproduit les traits de Ferdinand III, son époux. Au xviii6 siècle, sous Louis XIV, la bijouterie et la joaillerie atteignent une grande perfection; c'est, du reste, à partir du roi-soleil que la taille des pierres, notamment celle des diamants, est arrivée à son apogée; aussi tout le monde, hommes et femmes, se couvrent de
BIJOUTERIE
pierreries. C'est alors que l'on vit un ambassadeur d'Angleterre, Buckingham, arriver à la cour avec un costume si étincelant de pier-
reries que les dames ne pouvaient cesser de l'admirer. L'auteur des Chroniques $e l'œil de bœuf nous apprend (t. I, p. 33) qu'un jour
Fig. 111. — Brillant de Marie de Médicis (xvuc siècle).
« il parut à une fête donnée à la cour, vêtu d'un manteau gris brodé de perles magnifiques. Elles avaient été attachées à dessein avec une telle négligence, que le duc ne tarda pas de les
avoir toutes semées dans la salle. Les courtisans lui rapportaient ces perles à mesure qu'ils les retrouvaient ; mais Buckingham , avec un abandon plein de grâce, en faisait aussitôt pré-
BIJOUTEEIE.
sent à ceux ou à celles qui les lui présentaient. » On n'est pas plus galant et plus diplomate à la fois. — Sous Louis XV, la bijouterie se prête à tous les caprices de ce style rococo si prisé alors. Les bijoux sont d'une extrême richesse et flattent merveilleusement les goûts frivoles de cette époque de plaisir et de luxueuse volupté. Le bijou se raffina, tout comme la société qui s'en parait; les bagues, les montres, les chaînes, les châtelaines, les tabatières et
Fig. 112. — Médaillon (xvne siècle).
les bonbonnières étaient couvertes, sinon surchargées de sculptures, d'émaillerie de brillantes pierreries serties dans les ors verts, jaunes et rouges. Ce n'était partout qu'Amours souriants et guillerets, coquillages torses, nerveux, noueux, contournés, rocailles bizarres. Les étuis, les flacons, les nécessaires, étaient faits avec du galuchat ou peau de requin polie et colorée de vert. (Voy. Galuchat.) Le piqué sui\ écaille était fait avec de petites pointes d'or qui par leurs dispositions singulières formaient des dessins très originaux, mais maniérés. Sous Louis XVI , une réaction s'opère dans le bijou, le style rocaille
est délaissé, et au genre criard et maniéré succède un style froid ; l'émail uni et transparent est le plus en vogue, à peine quelques couronnes, quelques guirlandes de fleurs en couleur ou en camaïeu sur des fonds unis. Les couleurs préférées pour ces émaux unis sont le bleu, le gris de fer et l'opale. Les bagues ont pour chatons des miniatures peintes en émail ou sur ivoire ; les boîtes et les bonbonnières sont en écaille brune cerclées d'or rouge ; comme les bagues, elles sont aussi décorées de miniatures sur vélin ou sur ivoire. Le type de la bijouterie se composait de médaillons aux formes diverses, décorées de gouaches sous verre entourées de perles, de brillants, de roses ; les colliers sont formés de plaques réunies par des chaînons unis. Sous le premier empire, la bijouterie fut éclectique, sauf française ; on fabriqua, en effet, des bijoux grecs, romains, étrusques, italiens, égyptiens, et dans quel style! Les anneaux, les colliers, les bracelets avaient la forme de serpents; ils étaient décorés de scarabées, de camées, d'intailles, de fausses médailles : c'est là ce qu'on nommait le style classique, car à cette époque on ne jurait que par les Grecs et Romains.— Sous la restauration, on fabrique beaur coup de bijoux estampés et à l' emporte-pièce ; c'est alors qu'apparaissent les grosses breloques en cachets de diverses formes et les chaînes à gros chaînons et à grosses mailles. A partir de 1845 ou 1846, la bijouterie et la joaillerie françaises réalisent de très grands progrès, qui n'ont fait que s'accroître jusqu'à ce jour. Il nous suffira de mentionner les noms des bijoutiers-joailliers contemporains pour que chacun se rappelle les beaux produits qu'ils ont envoyés aux expositions nationales ou universelles ; ces artistes sont : les Wagner, les Froment-Meurice , les Morel, les Eudolphi, les Lecointe, les Boucheron, les Falize, les Bapst, les Fontenay, les Sandoz, et tant d'autres encore. Du reste, ces arts ont tellement progressé dans ces dernières années, que le commerce de la bijouterie comprend les bijoutiers proprement dits et les joaiUiers.
Bijouterie étrangère a l'Europe. — Nous allons donner un rapide aperçu de quelques bijoux de fabrication étrangère. Ce sont
BIJOUTERIE
d'abord (fig. 113) des bijoux kiviens. Kiva est une ville du Turkestan et la capitale de la province de même nom située entre la mer
d'Aral au nord et la Perse au sud. Les produits de la bijouterie des Kiviens, que montre notre figure 113, ont été exposés aux Tuileries,
Fig. 113. — Bijoux kiviens.
lors de l'exposition de géographie en 1874 ; ces bijoux se rapprochent beaucoup de ceux fabriqués par les Kabyles. Il ne faut pas s'étonner de ce fait, puisque ce sont des juifs
arabes qui les fabriquent et les vendent à Kiva; du reste, dans tout l'Orient le commerce de la bijouterie est entre les mains des juifs. ■ — On voit à droite et à gauche
BIJOUTERIE
de notre figure des pendants d'oreilles en filigrane et, au-dessus, un magnifique frontal.
Ces objets sont de fabrication moderne. Nous venons de parler du filigrane, nous devons
Fig. 114. — Broche en filigrane (art hindou).
dire ici que le filigrane proprement dit est un bijou dont l' ornementation est faite au moyen
Fig. 115. — Collier hindou.
de deux fils métalliques, soit en or, soit en argent, tordus ensemble de manière à former
une cordelette d'une grande finesse. Vu à distance, le filigrane ressemble à un fil gravé.
Fig. 116. — Pectoral (art hindou).
Les Génois, les" Chinois et les Hindous font des bijoux filigranes d'une extrême légèreté,
BIJOUTEKIE.
et cependant on préfère de beaucoup, dans le
Fig. 117. — Collier de Panjab (art hindou).
monde entier, le filigrane français , dont le fil
constitue bien la charpente du bijou, mais <jni est orné de guillochis, de bruni, d'émaux, d'ors de couleur et de dessins gravés et ciselés. Notre figure 114 montre une broche en filigrane de Cuttack ou Kattack (Inde anglaise). C'est un superbe échantillon de l'art hindou, qui produit des spécimens remarquables en bijouterie, comme le lecteur pourra s'en convaincre en jetant les yeux sur nos figures de 114 à 121, qui toutes reproduisent des" bijoux hin-
Fig. 118. — Autre dessin de necklace.
dous. — Notre figure 115 fait voir un collier composé de chaînettes et de plaques émaillées. Notre figure 116 montre un pectoral composé de perles et de pierreries diverses, tandis que notre figure 117 montre un collier de Panjab, d'un genre de fabrication désigné par les Anglais sous le nom de necklace. La figure 118 est un échantillon d'un autre dessin de necklace. Notre figure 119 est un magnifique collier dont le dernier réseau est formé par un rang de perles ; enfin nos figures 120 et 121
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Fig. 119. — Collier à perles (art hindou).
représentent, la première un superbe bracelet de Kachemir, et la seconde une tête de peigne
avec trois rangs de perles. La plupart des spécimens de la bijouterie hindoue que nous
BIJOUTERIE
venons de soumettre à nos lecteurs font partie des collections de South Kensington Muséum. Nos figures 122 et 123 montrent un type de bijouterie de l'art américain ; c'est un grelot mexicain en or. Il a été trouvé dans un tombeau zapotèque vers 1860. Il représente une des va-
Fig. 120. — Bracelet de Kascheinir.
riétés du dieu de la guerre, Huitzilopochtli (de liuitzïlin, colibri, et opochtli, gauche). Ce bijou pèse 257 grammes, il est en or fin, d'un travail à peu près semblable à celui de la plupart des pièces anciennes de ce genre, c'est-à-dire filigrane. L'anneau qu'on aperçoit sur la figure de profil permet de supposer que ce grelot était la pièce de milieu d'un collier qui
devait être porté par un des grands seigneurs de la contrée. En effet, il est impossible de ne pas voir l'analogie qui existe entre l'animal fantastique représenté sur notre grelot et la figure de l'aigle qui, chez les Mexicains, figurait sur l'armoirie des premiers de la nation. Hos que tenian estas armas de aguila y ti-
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Fig. 122 et 123. — Grelot mexicain (profil et face).
gre eran los mastenidos y valentes capitaines (1), c'est-à-dire, « ceux qui avaient ces armes décorées d'aigles et de tigres étaient les capitaines les plus craints et les plus vaillants. y> Ce bijou nous a été communiqué par M. Boban, l'archéologue bien connu. — Nos figures de 124 à 127 montrent quatre bijoux à grelots curieux, trouvés dans le tombeau d'un roi. za-
Fig. 121. — Tête de peigne décorée de perles.
potèque (1) à Tehuantepec, en 1874. Enfin notre dernière figure 128 représente un bijou péruvien : ce sont deux dieux, dont l'un est armé d'un casse-tête. Une grande distance sépare ce bijou de ceux de l'art étrusque et de
(1) Le terme zajiotecoest dérivé d'un mot aztèque qui signifie pays des sapotes, c'est-à-dire d'un arbre qui est le sapotillier domestique ou néflier d'Amérique. dict. de l'art.
l'art grec ; il est difficile, en effet, de voir rien de plus barbare ; nous l'avons donné cependant
(1) Manuscrit mexicain à la Bibliothèque nationale de Paris, fonds mexicain n° (1 Olive Telleriano-Eemensis, 14), volume in-folio, sur papier de chiffon de 50 feuillets, contenant les figures symboliques des croyances [religieuses des anciens Mexicains, accompagnées d'un texte relatant les événements de l'histoire politique du Mexique depuis l'année 1197 jusqu'en 1556.
BILLE. — BISETTE.
parce que c'est un objet de la plus grande rareté. Nous l'avons dessiné d'après un moulage en plâtre que M. Boban a bien voulu nous faire sur l'original même.
BILLE. — Mors de chape en forme de boule. Dans l'inventaire du duc de Bourgogne en date de 14G7, on lit : « Une bille d'or, servant
Fig. 124. — Bijou zapotèque.
à chappées fait à rayes de soleil, garnye de plusieurs perles de rubis de dyamans et n'y fault riens pesant iiij onces xix est. »