AVIS PRÉLIMINAIRE
Nous réimprimons la deuxième édition de l’Aré de vérifier les dates, donnée en un volume in-folio par les religieux bénédictins de Saint-Maur. Les limites dans lesquelles nous avons été obligés de nous renfermer pour ne pas donner à ce volume une dimension trop considérable, ne nous ont pas permis d’ajauter aux chronologies dressées par les Bénédictins les additions nombreuses qui figurent dans leur édition postérieure. Nous avons dû même abréger beaucoup les articles de celle-ci. Nous avons conservé cependant tous les éléments essentiels de chacune des séries chronologiques qui la forment; aussi espérons-nous que notre livre aura une réelle utilité pour l'étude et la critique des monuments anciens jusqu’au milieu du ‘dernier siècle. Depuis ce temps, surtout depuis la Révolution française, les anciennes institutions ont été si complétement modifiées, qu'il en est résulté un ordre tout nouveau de faits, d'idées et de lois critiques. Le Dictionnaire de statistique religieuse faisant partie de notre Encyclopédie, est le complément nécessaire de celui-ci. Bien que ce premier Dictionnaire renferme déjà la table chronologique, il nous a paru indispensable de la reproduire ici, afin que l’on ait plus facilement sous la main les instruments utiles à cet art, si nécessaire pour toutes les sciences sérieuses, de vérifier les dates. On nous saura gré d’avoir réimprimé les calendriers différents des trenle-cinq places que la solennité de Pâques peut occuper du mois de mars au mois d'avril. Ces calendriers, qui manquent aux éditions postérieures de l'Art de vérifier, donnent, on le sait, une commodité et une valeur toute particulière à l'édition que nous réimprimons. Nous ne saurions mieux terminer cet avis qu'en extrayant quelques passages de la préface des Bénédictins sur la composition de leur ouvrage.
L'importance de cet art, qui apprend à fixer l'ordre des temps et des événements, est si généralement reconnue, qu'il est inutile d'en relever ici les avantages. Personne n'ignore que la chronologie et la géographie sont comme les deux yeux de l’histoire, que sans elles l’ensemble des faits dont la connaissance est venue jusqu’à nous, n'est qu'un chaos ténébreux qui surcharge la mémoire sans éclairer l'esprit. Combien d'erreurs en effet, par le défaut de ces deux sciences, se sont introduites dans l’histoire, tant ecclésiastique que profane ? Elles sont innombrables. Ce qu’il y a d'étonnant, c'est qu'il s'en soit glissé une, qui subsiste encore de nos jours, sur l'époque du plus grand et du plus merveilleux des événements. Nous voulons parler de la naissance de notre Sauveur Jésus-Christ, qui dans l'ère dont nous nous servons, est placée quatre ans au moins trop tard (1), en sorte qu'au lieu de compter à présent, comme nous le devrions, l'année
(1) Les plus habiles chronologistes du dernier siècle Rome précèdent cette ère de quatre ans. Selon ces chrosont presque unanimement convenus que l'ère dont uous nologistes Jesus-Christ est né le 25 décembre (jour aunous servons est postérieure de quatre ans à la nais- quel toute la tradition a toujours placé sa naissance * }, la sance du Sauveur. Car Jésus-Christ étant né sous le rè. 41° année de l'ère Julienne, ou depuis la correction du gue du grand Hérode, et la mort de ce prince, arrivée calendrier faite par Jules César, la 40° d’Auguste depuis certainement vers Pâques de la 42° année Julienne, de- la mort de César, ou la 27° depuis la bataille d'Actium, la vant tixer la naissance du Sauveur, il s'ensuit nécessaire- 36° depuis qu'Hérode avait été déclaré roi de la Judée, ment, disent-ils, qu’il est né quatre ans ayant l'ère qne la 749 de la fondation de Rome, la 4° de la 195: o'yinpous suivous, puisque la 42° année Julienne et la 750° de
* Ji faut exceprer Clément d'Alexandrie qui la met au 25 mai.
DICTIONN. DE L'ART DE VÉRIFIER LES PATES, f à
il DICTIONNAIRE DE L ART DE VERIFIER LES DATES. 42
1774,ou peut-être même 4773, nous ne comptons que 1770. Une autre erreur non moins surprenante, dans laquelle on est tombé, concerne l'époque de la mort du Sauveur. Saint Augustin remarque que l'ignorance du Consulat sous lequel Jésus-Christ est venu au monde, et de celui sous lequel il a souffert, avait porté quelques personnes à lui donner, par méprise, l'âge de 46 ans, lorsqu'il fut mis en croix (2).
Grâce aux habiles chronologistes (il faut en dire autant des géographes), qui depuis plus d’un siècle se sont appliqués à l'étude de l’histoire dans ses sources, grand nombre de ces crreurs ont été corrigées, ou du moins reconnues. Mais leurs savantes recherches n’ont pas à beaucoup près dissipé tous les nuages, ni éplani toutes les difficultés. Elles ont laissé en souffrance quantité de questions épineuses, dont la soluti n dépend moins de la sagacité de l'esprit que du secours de l’art. C'est donc rendre un service important à Ja république des lettres que d'établir des règles générales et sûres pour vérifier les dates des monuments historiques, fixer les époques des événements, et concilier entre eux, lorsqu'ils peuvent l'être, les auteurs qui ne sont pas d'accord les uns avec les autres, et quelquefois même semblent ne l'être pas avec eux-mêmes. Tel est le but qu'on s’est proposé dans cet ouvrage.
Nous traitons d’abord des principes de la chronologie dans une dissertation sur les dates des anciens monuments historiques.
La Table chronologique qui la suit, en est comme le résultat, ou, si l’on veut, c'est le texte dont la dissertation est le commentaire. On y voit rangées parallèlement et marcher sur une même ligne toutes les ères Aqui ont été en usage depuis Jésus-Christ; les cycles, dans le même ordre, naître, parcourir chacun l’espace de leurs révolutions, finir et se renouveler ; les Pâques enchaînées par ces cycles se succéder annuel= lement aux jours qu'ils leur assignent : sur quoi nous devons avertir ici que pour faire cadrer parfaitement entre elles et avec les années de Jésus-Christ, toutes les ères employées dans cette table, il faut avoir sous
les yeux une table particulière que nous insérons ici (5).
piade, la 4709+ de la Période Jalienne, # ans avant l'ère vulgairè. sous le onzième ou douzième Consulat d’Augusle, et le onzième de Cornélius Sylla. Mais Antoine Cappel a été plus loin et a encore avancé d'une année la naissance du Sauveur. Ses raisons ont été recueillies et mises dans ue nouveau jour par M. Lenoble de Saint-George, dans un écrit imprimé à Paris l’an 1693, sous le titre de Dissertation sur la véritable année de la naissance de Jésus-Christ. Le raisonnement suivant est celui qui nous a paru devoir faire Le plus d'impression. Si Notre-Seigneur était né la 41° année Julienne (comme le prétendent ceux qui mettent sa naissance 4 ans seulement avant l’Ére vulgaire), Hérode n'aurait survécu à cet événement que trois ou quatre mois au plus, étant certain que ce prince mouut l'an 42° de l'Ere Julienne avant Pâques. (Freret l’a depuis démontré dans une Dissertation imprimée au tome XXI des Mém. de l'Acad. des B.-2., p. 278.) Ur, dans cet intervalle il n’y aurait pas assez de temps ponr la fuite de Joseph er Egypte et pour le séjour qu'il y fit. En effet il -est constant, par le témoignage de saint Luc, que la sainte Vierge se soumit à la loi de la purification, après laquelle ce saint évangéliste dit qu'elle retourna à Nazareth. Or, soit que les mages aient adoré le Sauveur dans Nazareth ou dans Berhléem , la purification de la Vierge a dû précéder l'adoration des mages, puisque saint Matthieu assure qu’aussitôt après l'adoration, Joseph fut averti par l'ange de s'enfuir en Egypte avec la mère et l’enfant, Il faut donc prendre d'abord les 40 jours qui s'écaulèrent entre la naissance de Notre-Seigneur et la purilication, avec le temps nécessaire pour faire le voyage de Jérusalem. Il faut ensuite trouver le temps du retour à Nazareth, puis celui de l’adoration des mages, et enfin celui de la fuite en Egypte, qui n’a pu se faire qu’en beaucoup de jours , y ayant cent cinquante lieues de Jérusalem à la frontière d'Egypte. 11 n'est pas aisé de dire combien de temps Joseph demeura en Egypte jusqu'à la anort d'Hérode. Mais il n’est nullement probable que toutes les circonstances qu’on vient de mr puissent se rassembler en aussi on de temps qu’i y en aurait eutre le 25 décembre de la 41° année Julienne, et le mois d'avril de l’année suivante. D'où il s'ensuit que Notre-Sei- #ueur naquit en la 40°; et cela s’accorde parfaitement avec ’ancienue tradilion qui donne deux ans au Sauveur, lorsqu’il retourna d'Egypte, el jhATeEs eut succédé à Hérode; ce qui arriva dans la 42° année de la même époque.
M. de Sain!-George n'est pas le seul qui ait défendu le sentiment de Cappel. Trois écrivains respectables, le Cardinal Orsi, le P. Berti et l’auteur anglais des Nouvelles vies des saints, l'ont embrassé de nos jours.
Du reste, soit qu’on adopte ce sentiment , soit qu’on lui préfère le premier, il est toujours vrai que l’'Ere commune, dont la première année concourt avec la 46° de l'ère Julienne, est trop courte au moins de quatre ans. Mais quoique l'erreur soit démontrée, elle est, pour ainsi dire, sans remède, l'ère vulgaire ayant été si généralement suivie, qu’il n’est pas possible de s’en écarter ; et c'est celle que nous suivons nous-mêmes.
(2) Ignorantia consulatus, quo nalus est Dominus et quo passus est, nonnullos coegit errare, ut putarent quadraginta sex annorum œtate passum esse Dominum (Auc., de doctr. Chr.,c. 28, n. 42.)
On convient aujourd’hui de cette erreur ; mais on n’en est pas plus d'accord sur l’année de la mort du Sauveur. Les uns rapportent cet événement à l’an 29 de l'ère vuigaire, d’autres à l'an 51, et plusieurs à l’an 55. Ce dernier sentiment est celui que nous adoptons; et ce qui nous détermine surtout à le préférer, c’est qu’il s'accorde avec l'époque de la grande éclipse qui arriva, contre l’ordre de la nature, à la mort de Jésus-Christ. En effet Phlégon, affranchi de l’empereur Adrien, réputé pour le plus exact calculateur des Olympiades, disait dans son xm° livre, au rapport d'Eusèbe et de Jean Philopon : Quarto autem anio ec u. Olympiadis magna et excellens inter omnes quæ ante eam acciderant, defectio slis facta est; dies hora sexta i!a in tenebrosam noctem versus, rt stellæ in cœlo v'sæ sint, terræque motus in Bithynia Nicænæ urbis mullas œdes subverterit. Or, la 4° année de la 202° olympiade concourt avec les six premiers mois de la 33° année de notre ère commune, et la 19° de Tibère. Ainsi Jésus-Christ, après avoir vécu 36 ou 37 ans, 3 mois et 9 jours, a souffert le vendredi, 3 avril de cette année, 16° jour de la lune paschale, suivant nous, mais 15°, suivant les Juifs qui ne comptaient la néoménie ou nouvelle lune que du jour de son apparition.
(3) Nous ne reproduisons pas cette dissertation que l'on trouvera dans notre Dictionnaire de Statistique religieuse (Note de l'éditeur de l'EncycLorénis.)
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