XVII
C'était en vertu de ces maximes que saint
«artin de Tours refusa constamment sa cem-
'nunion aux évéques qui avaient pris part à
h condamnation sanglante des priscillianistes
•• -Espagne.
On voit donc l'Eglise placée dans cette question entre deux extrémités, la liberté
* **solue de l'erreur ou sa poursuite à outrance j^v le glaive inexorable de la loi civile.
fji&elques-uns de scs docteurs penchent pour ■** premier parti, aucun pour le second :quel- £**es-uns pour la douceur sans bornes, au-
• V n P°ur ta pénalité impassible et illimitée. I* Eglise est crucifiée là entre deux appréhensions également terribles. Si elle laisse à
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Terreur toute latitude, elle craint l'oppression de ses enfants, si elle réprime l'erreur par Tépée de Yévique du dehors, elle craint d'opprimer elle-même : il y a du sang partout. Le cours des événements augmentait encore cette angoisse ; car les lois portées contre les hérétiques retombaient sans cesse sur les catholiques, et, d'Arius aux Iconoclastes, ce n'étaient qu'évéques et prêtres emprisonnés, exilés, meurtris, refoulés aux catacombes par des empereurs qui ne se lassaient pas d'offrir à l'Eglise le choix entre leurs idées et leurs bourreaux.
Dès que l'Eglise le put, elle songea sérieusement à sortir de cette situation. La phrase de saint Augustin avait eu le temps de mûrir: «Nous désirons qu'ils soient corrigés, mais non mis à mort ; qu'on ne néglige pas à leur égard uno répression disciplinaire, mais aussi qu'on ne les livre pas aux supplices qu'ils onC mérités.» Le pontiGcat conçut, ajoute le père Lacordaire, un dessein dont le dix-neuvième siècle se glorifie beaucoup, mais dont les papes s'occupaient déjà, il y a six cents ans, celui d'un système pénitentiaire. Il n'y avait pour les fautes des hommes que deux sortes de tribunaux en vigueur, les tribunaux civils et les tribunaux de la pénitence chrétienne. L'inconvénient de ceux-ci était de n'atteindre que les pécheurs apportant volontairement l'aveu do leurs crimes; l'inconvénient de ceux-là, qui avaient la force en main, était de ne posséder aucune puissance sur le cœur des coupables, de les frapper d'une vindicte sans miséricorde, d'uue plaie extérieure incapable de guérir la plaie intérieure. Entre ces deux tribunaux les papes voulurent établir un tribunal intermédiaire, un tribunal de juste milieu, un tribunal qui pût pardonner, modifier la peine même prononcée, engendçer le remords dans le criminel , et faire suivre pas à pas le remords par la bonté; uu tribunal qui changeât le supplice en p^nt(cnce,l'échafaud en éducation, et n'abandonnât scs justiciables au bras fatal de la justice humaine qu'à la dernière extrémité. Ce tribunal, c'est ViiH/uisition; non pas Yinquisition espagnole, corrompue par le despotisme des rois d'Espigne et le caractère particulier de celte nation ; mais Yinquisition telle que les papes l'avaient conçue, telle qu'après beaucoup d'essais et d'efforts ils l'ont enfin réalisée en 154-2, dans la congrégation romaine du Saint» Office, le tribunal le plus doux qu'il y ait au monde, le seul qui en trois cents ans de durée n'ait pas versé une goutte de sang (Mém. pour le rctiibl. des frères préch.)[Voyex