HÉRÉSIE, HÉRÉTIQUE
Vhérésie est une espèce d'inGdélité dont se rendent coupables les chrétiens qui corrompent les dogmes de la religion ; c'est la défiuition qu'en donne saint Thomas : Hœresis est infidelilatis species pertinens ad eos qui fidem Christi pro filent ur, sed ejus dogmala corrumpunt.
Fleury, dans son Institution au droit ecclésiastique, dit qu'on appelle hérésie l'attachement opiniâtre à quelque dogme condamné par un jugement de l'Eglise universelle, soil par les décrets d'un concile œcuménique, comme Vhérésie d'Arius condamnée au concile de Nicée ; soil par la décision du pape reçue de toute l'Eglise, comme celle de saint Innocent contre Pelage; soit par un concile particulier reçu de toute l'Eglise, comme le concile d'Anlioche, qui condamna Paul de Samosate. Celle définition revient à celle du canon : Hœc est 24, qu. 1, qu'un sommiste rend ainsi : Ut autem quis sit hœreticus, est necessarium ut quandoque fidem catholicam sit professus, et deinde in Us quœ sunt fidei erraverit,veletiam determinalionem in concernentibus fidem, falsam putaverit.
llœreticus est, dit le canon 28, de la cause 24, qu. 3, qui alicujus tempofalis commodi, et maxime vanœ gloriœ principatusque sui gratia, falsas ac novas opiniones vet gignit vel sequitur.
Ce n'est pas l'erreur d'elle-même qui caractérise Vhérésie, il faut pour cela qu'elle soit jointe à l'opiniâtreté, de sorte que celui
?[ui, après s'être trompé, reviendrait de bonne oi à la vérité, ne serait pas censé avoir été
DICTIONNAIRE DE DKOIT CANON
hérétique. C'est le canon 29, cliap. 2fc, qu 3, qui le décide ainsi : Sed qui sententiam , etc.
Saint Augustin s'exprime ainsi à cet égard :
« Quant à ceux qui défendent un sentiment faux cl mauvais, sans aucune opiniâtreté, surtout s'ils ne lont pas inventé por utic nudacieusc présomption, mais s'ils lo.it reçu de leurs parents séduits ri tombés dans l'er» rcur, et s'ils cherchent la vérité a» ce soin , cl prêts à se corriger lorsqu'ils l'auront trouvée, on ne doit pas les ranger parmi les hérétiques (L. I, de bupt. contra Donat. % c. 4, n. 5 ). Ceux qui tombent ebrx les hérétiques s?ns le savoir, et en croyant que c'est là l'Eglise de Jésus-Christ, sonl dans un cas différent de ceux qui satcnl que l'Eglise est celle qui est répandue par tout le monde.
(Liv. IV,c.l,n.l). Supposons qu'un homme soit dans l'opinion de IMiotin touchant Jésus- Christ, croyaut que c'est la foi catholique, je ne l'appelle point encore hérétique , à moins qu'après avoir été instruit, il n'ait mieux aimé résister à la foi catholique que de renoncer à l'opinion qu'il avait embrassée [L.deUnii £cc/w.,c. 25, n. 73). »
Aussi d'Sthigue-l-on entre ïhérésie matérielle cl Vhérési* formelle. La première consiste à soutenir une proposition contraire à la foi , sans savoir qu'elle y est contraire, par conséquent sans opiniâtreté, et dans la disposition sinrère de se soumettre au jugement de l'Eglise. La seconde a tous les caractères opposés, el c'est toujours un crime qui suffît pour exclure un homme du salut.
\: hérétique véritablement opiniâtre est celui qui, malgré la défense de ses supérieur-, persiste dans ses erreurs avec connaissance de cause : Pertinax est hœreticus qui contra prohibitionem superioris quasi ex tonlemptuscienler t vel studiose lalia affirmai vel défendit (C '. E xcellentissimus 11, qu. 3; c. fin. extra, de pœnis; c. 2, c, fin. tn fin. de de r. exe. mini s t.).
Des déûnilions que nous avons rapportées ici de Vhérésie, il faut conclure que les crimes, quelque énormes qu'ils puissent être, dès qu'ils sont commis sans intention d'altérer ou de corrompre les dogmes de la religion , la foi de l'Eglise, n'emportent pas hérésie : Ita imagines baptixarc, puerum rebaptizare % dœmonibus thurificare f eosque adorare, et consulcrc, eorum responsa susewere et corpus Christi in luto conculcare, licet omnia nujusmodi sinl horrenda peccala % nisi sit error in intellectu, non faciunt hominem hœreticum (Saint Antonio, tn 111 part. sum. tit. 12, c.k 9 in princ).
Nous nous sommes borné à donner ici la définition de Yhérésie et d'un hérétique, laquelle, selon saint Augustin, ne peut être exactement donnée, parce que nous traitons ailleurs la matière de ces deux mots (Voyez