‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 125 sur 323 · CIO · texte numérisé non relu

CIO

JEA

hKlTlONNAlHb

ces, règles et statuts de leur voeu et profession. A cet effet , pour commencer à donner tiru à iiuf établissement , voulons et nous plaist

!fu'ti# puissent faire bâtir et construire un iô pilai en cette nosire dicte ville de Paris ou ès faubourgs d'icelle; esquels se pourront accommoder avec une église et les logis , cloistres , cellules et autres demeures, logement et bâtiment qui leur seront nécessaires pour y vivre, demeurer et habiter, avec les commodités requises et nécessaires pour dignement vaquer en ce qui dépend de leur dite profession , y faire le service divin, chercher et mendier l'aumône des gens de bien es dicts ville et faubourgs et autres lieux circonvoisins pour la nourriture des pauvres malades, infirmes et nécessiteux , qui se retirent en leur dicl hôpital, et leur nourriture et entretenement avec iceux, de recevoir chacune et toutes les choses qui leur pourront estre volontairement et librement données, annoncées, leguées et délaissées pour leur dit logement, construction d'hôpitaux et des dépendancest vivres, vestiaires, meubles, ustensiles et autres nécessités qui leur seront besoin pour leur dict établissement et duement l'acquitter des fonctions et œuvres pieuses et charitables qui leur sont prescrites par leurs dictes règles, ordres et statuts, et devant jouir et user bien et duement, selon l'intention des donataires, légataires, et aussi ès leurs bienfaiteurs, et les loix, règles et statuts de la dicte congrégation.

Par ces Icllres patentes, Henri de Gondy, évêque de Paris, donna son consentement, le 13 septembre 1602, à l'établissement des frères de la Charité dans la ville do Paris, et plus tard d'autres lettres de chartes du mois de janvier 1610, Henri IV donna encore à ces religieux, pouvoir et permission à perpétuité daller chercher, quesler et menaier, les aumônes des gens de bien, dans les églises parrochiales , autres églises et monastères, et partout ailleurs, soit en notre ville de Paris, eapitallt et principalle de notre dict royaume, faux bourgs et autres lieux circonvoisins d'icelle, que partout notre royaume, recevoir les choses qui leur seraient librement et volontairement annoncées, léguées et délaissées; $e faire recommander aux prônes des dites églises , en icelles avoir des troncs et bassins et personnes dames pour recueillir les charités, ausmoncs et bienfaicts qui leur seraient donnés ; comme aussi d'acheter aux jours de caresme et autres jours de jeûne et d'abstinence commandés par l'Eglise, toutes viandes et choses nécessaires pour la nourriture et traitement desdits malades.

Des lettres patentes du mois d'août et du 22 décembre 1611, données par Louis XIII, accordèrent de nouveaui privilèges aux religieux de la Charité établis en France; ce roi était si favorablement disposé p«iur cet ordre que, non-seulement il les prit, par brevet du 6 juillet 1630 et 6 février 1623, sous la protection et sauvegarde spéciale,

(l) A partir de 1664, celle voie de communication fui appelée ruo dos l'clili Auçuuin*, du nom

* leur donne pour directeur spirituel y très-cher et b:en-aiiné cousin, lu carlin de Uichelieu, » mais encore il leur fiici^ dier du camp de devant la Rochelle, au m< d'avril 1628, d'autres lettres patentes, enr gislées au perlement le 15 février 1631, po tant confirmation et homologation des pru leges exemptions et immunités concédés ai couvents et hôpitaux de l'ordre de la Chan du bienheureux Jean de Dieu.

Les religieux de la Charité ne se bornai pas à l'exercice de l'hospitalité dans leo maisons, ils fournissaient encore à tous y nants les remèdes dont ils avaient Ix-sou ils allaient eux-mêmes visiter les matai qui ne pouvaient entrer dans les hôpital tant dans les villes que dans les campagne jusqu'à deux et quatre lieues à la ronde, ■ oui rendait ces religieux extrêmement utili dans les lieux où ils étaient établis, Inedi principales destinations des religieux de Charité, établis dans les campagnes d royaume était donc de )>anser et dedistribm des remèdes aux pauvres malades desdeu sexes, soit à ccui qui se présentaient a l'M pilai, soit à ceux qui tombaient malad. chez eux , à deux lieues à la ronde. Ces m cours étaient immenses et n'avaient presqu pas de bornes, ce qui produisait un bw infini, en faisant d'un hôpital de cet ordr un hôpital ambulant.

Le premier hôpital de la Charité fut état* dans la rue de la petite Seine (1) qu'on « nail d'ouvrir à travers lePelit-Prô-aux-Clerr> non loin du magnifique palais que la reia Marguerite, première femme de Henri IV tille de Catherine de Médias, et sœur rois François II, Charles IX et Henri III devait bientôt faire construire. Cette pni> cesse voulant agrandir le couvent des Petit* Augustins qu'on bâtissait à côté de son pilais, donna aux frères de la Charité, « échange du terrain qu'occupait le noorr. hôpital, un emplacement, un bâtiment < une ancienne chapelle dédiée a saint Piem ou saint Père, qui, même dès le temps d Philippe-Auguste, était desservie narlecor de Saint-Sulpice, comme paroisse du »u bourg Saint-Germain et était destinée «ff domestiques cl aux vassaux de \'»\t*T Saint-Germain.

Les frères do la Charité inlrodoisirea l'inappréciable amélioration de faire eojj cher chaque malade seul dans un lit sép-'rt immense amélioration à une époque où loi comptait quelquefois, comme à i'Hotal-î11'" huit malades pour un seul lit, ou les lit étaient entassés dans les salles, et lesw* lades entassés dans les lits.

Tous les services étaient cnnvenableroeo disposés, et rien n'est si intéressant que réception des malades, et les soins évtA it étaient entourés. f . .

« Quand un malade est reçu a rbopiW.' dit un Mémoire authentique, « un lui lave les pieds avoc quelques herbes in>

de» religieux qui l'habilaieol; alla vient <M,j:* « c nom, et c'est aujourd'hui la rue Be»»r«rl«

«' ,E* PES ORDRES RELIGIEUX. )GA Cii natifs et le déshabille ; il lui donne une choses, puis chacun se retire en son office rheiinse ou chemisette, une coiffe, le tout «près que le supérieur a dit les ctE' liane, un bonnet, des nantouûes, une robe eicepté ceux qui sont destinés wufrester chambre, et I avertît doucement de se dans les salles et sertir les maK Âi conférer et a purifier son âme, tandis qu'on goûter des malades les religieux vienne» travaillera à guérir les maladies do son do leurs offices pour les servir comme f i rorps; ensuite il le conduit ou le fait porter dîner; on leur donne du bouillon, des confiant garni de draps blancs, d un pot a lures, du biscuit, du pain, des compotes à b ore, d une tasse, d un crachoir, d'un uri- chacun selon l'état de sa maladie ' noir d une chaise de commodité à côté ; on « Dans l'esfiace de temps qu'il y a du koû-

' !au?î 'C U} M1 ftl fro,d» cl ,e ma,ade y ,er aa *°uPer on les instruU de la doctrine

couché seul. Peu de lerops après, un con- chrétienne, ou on fait la lecture à haute

ïesseur tient, il I entend avec beaucoup de .▼oix, et on les entretient séparément à leurs

douceur cl quand il est disposé, on le (îora- ^ Us mettent leur couvert et les Trient d«

munie. On écrit sur uû livre le jour de l'en- dire un paier et un ate pour les bienfai-

irt-e du malade, son nom, celui de son père, leurs, comme avant leur diner ; l'heure étant

,e sa mère, du lieu de sa naissance, de son «onnée, ils apportent les bouillons et les

d locèse, de son épouse, s'il est marié ou autres mets préparés...

îfor, son âge, sa qualité. On dresse une « Environ X huit ou neuf heures du soir

note de ses habits, de son argent, s'il en a, on donne aux uns de la gelée de cornes de

rt du tout on en fait un paquet qu'on lui Çerf, qui *st fort cordiale, et aux autres les

rend quand il sort. A la marge de ce livre juleps qui leur sont commandés. Un religieux

on marque lejourde «sortie oude sa mort, reste dans chaque salle depuis huit heures

• Le matin, au sortir de la chapelle, les \asW *a minuit; it a soin d^être attentif aux religieux vont aux salles des malades, ils besoins des pauvres malades, et de donner leor distribuent des bouillons, des potages, des bouillons, à onze heures, a ceux qui jetonlélat de chacun; ils font leurs lit. s et f°.nt marqués sur-un billet que l'infirmier les consolent; ensuite les uns vont disposer la,sse sur table, ou ce qu'il faut faire a î« appareils et pansent les blessés et les chaque malade qui est marqué. A minuit leurres qui viennent du dehors, les autres d aulres religieux viennentfàire retirer ceux qui sont employés a la pharmacie, vont pré- Qn} onl Teillé ; ces derniers sont chargés du pirer les médicaments, d'autres encore res- s<J,n de nettoyer les vases qu'on n'a pu hon- L#nt dans les salles ou infirmeries pour les "élément nettoyer pendant le jour, et envions besoins des malades, et ceux qui n'ont ron Quatre ou cinq heures du matin, l'on :« d'emploi auprès des malades vont aux donne aux malades les médecines et les auoffices auxquels ils sont destinés pnr le supé- tre? remèdes qui ont été ordonnés. Si ie W|. ™ade devient plus mal , on lui porte le

• Le médecin se trouve aussitôt prêt pour sa,nl Viatique, on lui administre le sacrew:re la visite des malades a laquelle il est mcnt de l'extrôme-onction, on fait larccom- «crompagné par trois religieux, savoir: d'un manriation de son âme; un religieux reste Joumier.d'un chirurgien et d'un apothicaire, Auprès de lui pour l'exhorter a bien mourir. LiDfirroier expose la maladie, ou interroge Quand il est décédé, deux religieux l'ense- I» malade, et ces religieux écrivent chacun dissent honnêtement, on fait son enterrew aa litre ce que le médecin ordonne, et rae.m aVec les prières ordinaires de l'Eglise, 11 1 exécutent au temps marqué. Dans une ef, 'es religieux y assistent avec des cierges f^ure de tranquillité qui précède les exer- allumés; le môme jour ou le lendemain, on aces, on fait la prière à haute voix encha- dit uno Messe pour le repos de son âme, et jne infirmerie, on invite les malades d'y 4ous ,es vendredis on dit une Messe pour

attentifs, puis on dit la Messe aux au- !,ous ms pauvres décèdes aux hôpitaux de

f*'» «loi j sont dressés, afin qu'ils puissent 1 ordro- »

entendre tous les jours. Un peu avant do . *"aut-il s'étonner que les peuples témoins

«ertir le dîner, un religieux donne à laver "R lant de soins multipliés, de tant de solli-

'•?« mains aux malades, et un aulre les essuie citudes, de tant de dévouement dont étaient

'•l les baise humblement, deux autres élen- entourés les malades par les frères de la

leurs serviettes, rangent proprement parité, demandassent a l'envi de pareils

■ ri lits, et les prient de dire un pater et établissements, et qu'on vit ces frères bien-

Jnaefpour les bienfaiteurs. A l'heure du y1 répandus chez les diverses nations de

Jt"er, on sonne le signe, les religieux re- ' Europe et même dans l'Amérique,

'i^nent de leurs offices dans les salles, où Mais »• n> avait pas que le service des

» apportent, en psalmodiant le Laudatê malades qui fût bien organisé dans un hô-

^"laum ou le Miserere, les bouillons, les P'1*'; le soin de traiter Tes malheureux qui

iN>«ges, les œufs, la viande et tout ce qui venaient y chercher la guérison de leurs

»e troute de plus ; le supérieur dit le Bene- maux était confié à de savants médecins, à

et le religieux intirmier envoio è cha- d'habiles chirurgiens. C'est ainsi que t'hô-

jn« malade ce qui lui est prescrit; les autres pital de la Chanté fut le principal thôAtm

• dont les malades h prendre leurs bouillons des nombreuses cures du frère Jacques et

L\^74ttirns nourritures; ensuite Ms ba- du frère Cosme, deux célèbres lilholomis-

»em tes salles, rangent et nettoient toutes tes (t). C'est dans un hôpital que &Iare*chal

(*)Jtan BiMUbae, connu soai l« nom de frèru Cosme, profondément pieux, etoit eutré dans l'ur-

023 jr.A Dlf.TlO

pratiqua ces merveilleuses opérations qui ui valurent par la suite la charge de premier chirurgien de Louis XIV; et plus lard Deschamps, Desbois do Hichefort, Desaull, Corvisart, Boyer y créèrent des cours de clinique qui firent faire de grands pas à la science.

Indépendamment de six praticiens sé< uliers, il y avait un frère apothicaire, et depuis que la uec aialion de 1701 avait rendu aux religieux le droit d'exercer la chirurgie, deux) frères chirurgiens, le premier chef, le second démonstrateur, enseignaient l'art chirurgical à six jeunes religieux, qui étaient chargés de faire le service des consultations et de panser les pauvres blessés de l'extérieur.

Tels étaient tous les hôpitaux dirigés par les frères de Saint-Jean de Dieu. Les soins maternels sont-ils plus intelligents, plus dévoués? Quelle fut féconde et bénie du Ciel la pensée qui inspira saint Jean-de-Dicu, puisque, vers la fin du dernier siècle, 280 maisons étaient déjà sorties de son hôpital de Grenade. Que de maladies guéries, d'infirmités soulagées, de souffrances morales apaisées, consolée^, sur les 10,080 desservis par l'admirable congrégation do Saint-Jean de Dieul Quelle est sublime cette vertu chrétienne de la charité qui animait 2,800 religieux voués à l'accomplissement d'une œuvre si méritoire, d'une œuvre toute de miséricorde.

Dans sa profonde humilité, le saint fondateur de l'ordre de la Charité n'avait jamais eu la pensée d'établir une nouvelle congrégation religieuse dans l'Eglise; il avait voulu seulement former une société de personnes séculières, pour desservir les divers emplois de son hôpital. Ainsi dès son vivant, il n'avait donné d'autre règlement à ses disciples que l'exemple de ses vertus à imiter; et la règle qui porte son nom ne fut faite qu'en 1550, c'est-à-dire six ans après sa mort. Mais le Pape Pie V, en approuvant l'ordre de la Charité, par une bulle du 1" janvier 1571, imposa aux religieux de cet ordre l'obligation de suivre la règle de Saint-Augustin. Il leur prescriviUen outre la forme de l'habit qu'ils devaient porter, les autorisa à faire promouvoir aux ordres sacrés, dans tous les hôpitaux de l'ordre un religieux pour odmmi>trer les sacrements, leur permit de fairedes quôtes et enfin soumit tous les établissements des frères de la Charité à la juridiction de l'ordinaire.

Par un autre bref du 8 août 1571 le môme

NAtfVE 1KA rit

Souverain Ponliîe accorda diverses indulgences h l'hôpital de Grenade. Le successeur de Pie V, lo Pape Grégoire XIII, approuva également l'ordre de la Charité |*r un bref du 28 avril 1576, qui étendait à tout les hôpitaux de cet institut les exemptions et les privilèges dont jouissait déjà celui de Grenade. Puis Sixte V donna, le 1" août 138»i, un bref qui érigeait l'ordre de la Charité en un seul corps sous le litre de congrégation des frères de Jean de Dieu, lui concédait 1rs pouvoirs île tenir des chapitres généraux, d'élire des supérieurs, des provinciaux, un général désigné sous le nom de supérieur majeur, et île plus permit aux religieux de dresser des constitutions. Ces religieux virent le Pape Grégoire XIV confirmer les privilèges de leur ordre; ce pontife les augmenta même, car, par un bref du 19 avril 1591 il donna communication h l'hôpital de Sainl-Jean-Calabite, que les frères de la Chsrité possédaient à Home et aux autres hôpitaux de Uoine de l'ordre, de toutes les exemptions, immunités, libertés, indulgences, et induits dont jouissait l'asile hôpital du Saint- Ksprit-en-Pane (1) et par un deuxième bref du 8 mai de la même année, il désigna comme protecteur de l'ordre, è perpétuité, le cardinal vicaire de Home; mais Clément VIII res treignit, supprima les privilèges des frères de la Charité. Il lui avait paru que les religieux «le la congrégation d'Italie s'écartaient peu à peu du véritable but de leur institut ; il reprochait même a plusieurs d'entre eux de se livrer anx études ecclésiastiques, pour se faire ordonner prêtres et abandonner le service des pauvres. Aussi par un bref du 12 février 1592, il les soumit tîe nouveau a la juridiction des ordinaires, leur enleva tout à la fois le droit d'être gouvernés par un supérieur majeur et le pouvoir de prendre les ordres sacrés, de prononcer des vo'tix solennels : plus tard, il est vrai, le 9 octobre 1596, Clément VIII renot sur sa première décision, et les frères de 1* Charité furent remis en possession du droit d'élire un général.

Mieux disposé que ses prédécesseurs pour l'institut do Saint -Jean -de-Dieu, le Pape Paul V lui accorda par un bref du 19 février 1007, de nouvelles indulgences très-consiiérables. Ensuite, le 12 avril 1608, ce Pae réunit tous les hôpitaux d Espagne en une congrégation séparée, distincte de celle dl* talie, et permit dans chaque hôpital <ic faire conférer la prêtrise à deux religieux, afin de pourvoir aux besoins spirituels des oi#lade>-

dre des f euillants; il s appliqua principalement à la maladie de la vessie, ei reconnaissant lous les dangers de l'opération dite laille latérale, il inventa le liilioiomc-caclié, qui supprimait tous les inconvénient*. Il acquit une si grande haliilrtc, pj'il était considéré comme le premier opérateur •i<* Fi uice, cl pendant de longues années il prodi- P1" ses soins aux riches et surtout aux pauvres, pour lesquels il établit, en 1753, un hôpital où ils l iaient admis, opéi es, servis jusqu'à leur entier rélanlissenieni. Il mourut le 8 juilU 1781, laissait la • collation d'un grand chirurgien et d'un excellent

religieux, à ce point que les portes du ilolin" lurent enfoncées Uois fois par la foule des p*u»rtj qui venaient pleurer sur s<>n Cercueil.

(I) Cet hôpital est le plus ancien de la ville <l< Home, et son nom du Saint-Etvrit-en-Paut tus vient de ce que le pape Innocent III, après Ï«m" n-coictruit, en conlia le soin à l'ordre hospiuli'" du Sami-Esprit, et aussi parce que une ir»dîi'»» veut que le roi Panon Sira, qui aecompau»»11 Clmlcmagne en Italie, ail construit ei cet eadro'l un I opilal pour ses soldats.

C* JEA DES ORDKES

Lancée suivante, un bref du 1" juillet 1609 accorda cette laveur aux religieux d'Italie, qui eurent aussi la faculté d'avoir un prêtre <ie leur ordre dans chacune de leurs maisons. Par Jettres apostoliques du 7 'uillet ioil , la congrégation d'Espagne fut établie en vraie religion, et un bref du 6 août 161 i approuva des constitutions particulières à <*ue congrégation. Un autre bref du 13 fé- Tner 1617 déclara véritablement religieux tes ueiubres de la congrégation d'Italie et les jutuii à faire profession solennelle des trois substantiels de pauvreté, de chasteté, il obéissance, en y joignant un quatrième *œu, celui d'hospitalité; deux mois après, le 15 avril 1617, tes mêmes religieux virent le Saint-Siège approuver des constitutions n-éciales à leur congrégation ( 1 ). Enfin Piul \, par un décret général du 13 janvier 1617, defenuit aux ordinaires des lieux : empêcher les religieux de quêter ; et par un dernier bref, du 1% mars 1619, ajoutant lui privilèges qu'il avait déjà concédé a l'ordre de la Charité, il l'exempta delà juriùirtiou de ces mêmes ordinaires.

Toutefois, le 9 juillet 1638, le Pape UrkinVIll modéra celte exemption considérable, en décidant que les évêques auraient Jfoit de visite et de contrôle sur les hôpitaux delordre qui contiendraient moins de douze religieux. Du reste ce Souverain Pontife fut ùwable à l'institut de Saint-Jean-de-Dieu, •ujttel i! donna d'autres privilèges, d'autres règlements, par plusieurs brefs, des 26 juin 26 novembre 1«27, les 18 avril, 17 juin e* 12 juillet 1728 ; et les Papes ses successeurs montrèrent également toute leur solicitude pour cet ordre, car Innocent X, «««janvier 1648; Alexandre VII, les 15 juin m et 20 mars 1667; Innocent XI, le 7 i»' 1677; Alexandre VIII, le 22 octobre MO; Innocent XII, les 20 juin 1691 et 20 «»' 1693; Clément XI, Jes 20 janvier 1711 «•t «janvier 171»; Benoît XIII, les 3 septembre 1724, 17 septembre 1725, 17 juillet, 6 et tî septembre 1729; Clément XII, les 20 décembre 1732, 18 février et 4 septembre 1736, 27 juillet 1737 et 21 juin 1738; entin Jfnolt XIV, les 31 mars 1741, 5 octobre *7V5 et V juillet 17*6, renouvelèrent les K'riléges et les exemptions, confirmèrent •w indulgences et les immunités déjà autorisées aux religieux de la charité.

Tels sont les principaux actes émanés du saint-Siége, qui établirent d'une manière J*we, qui constituèrent d'une manière déplue I ordre des frères de la Charité, »ndée à tirenade en 1540, par Jean-de-Dieu,

4 Suivant ces constitutions, les religieux doi' '«u le lever deui heures avant le jour, depuis la '"«Nuini jusqu'à Pâques, pour se rendre à la charte; l'office comble, pour ceux qui ne sont pas Kcn-s, j,MS i , récitation d'un terlaiu nombre de M d'Are. Deux fois par jour ils font orai- M* : t* le malin ; *• le soir avant le souper. De- N» Tiquet jusqu'à la Toussaint, celle du malin <-»i nmiise a une heure après-midi. A la fin de l'o- Mai du malin, ils se rendent à l'hôpital pour •Maar km soins aux malades ; ils y restent jus-

RELIG1EUX. JEA C2/5

ce misérable marchand de fagots de bois, si inûrme aux yeux du monde, mais si grand devant Dieu.

En rapportant les bulles, les décrets et les brefs des Souverains Pontifes en faveur des frères de la Charité de Saint-Jean-de-Dieu, nous avons voulu montrer l'importance que cet institut religieux avait bientôt acquis dans toute la chrétienté. L'ordre de la Charité s'était développé si rapidement, que, peu d'années après sa fondation, Sixte V, par un bref du 1" octobre 1586, et Clément VIII , le 9 septembre 1596, avaient réuni en un seul corps; sous le gouvernement d'un môme général, tous les hôpitaux d'Italie, eique, le 12 avril 1608, le Pape Paul V avait été obligé de prendre une mesure analogue pour les hôpitaux d'Espagne.

Tels furent les fruits de bénédiction que Dieu répandit sur l'œuvre de cet humble marchand de fagots do bois, de ce pauvre soldat, de cet Homme obscur, que la charité chrétienne avait transformé, et dont elle lit un saint illustre. Ce ne fut pas seulement après sa mort, mais môme pendant sa vie, qu'il fut entouré des témoignages d'admira- Hun, et des regrets universels se manifestèrent à sa mort. Tous les habitants do la ville de Grenade, depuis le noble seigneur jusqu'à I homme du peuple, vinrent visiter sa dépouille mortelle, que la pieuse Anne Marco avait fait exposer sur un magnifique lit de {«rade.

Le jour de ses lunérailles, le marquis de TarifTa, don Pedro de Bobadilla, le marquis de Terall o et don Juan de Guerera, crurent l'honorer en descendant le corps de la chambre ou il était exposé, pour le placer sur une estrade préparée à la porte du palais; et, au moment de se mettre en marche, les religieux des divers ordres , surtout les Franciscains et les Minimes, se disputèrent le privilège de porter le cercueil. Lorsque l'archevêque eut tranché le différend , le cortège se forma dans l'ordre suivant : les compagnons de Saint-Jean de Dieu et Jes pauvres malades, les filles, les femmes que cet homme de Dieu avait retirés du désordre, suivaient immédiatement, nn cierge à la main ; les confréries, avec leurs croix, leurs bannières, et toutes leurs communautés venaient ensuite ; enfin le clergé de vingt-quatre paroisses de la ville, le chapitre de la métropole, les chanoines de la Chapelle papale, et l'archevôque revêtu de ses ornements pontificaux, précédaient le corps, qui était entouré de vingt-quatre magistrats jurés de la cité, et suivi du prési-

qu'à l'heure de la M«*sc; >U y retournent le soir en sortant du réfectoire, cl nen sortent plus jusqu'au moment du silence. Ils prennent la discipline tous les lundm, mercredis et vendredis (le temps Pascal excepté pour ce dernier jour) ; et indépendamment des jeûnes prescrits par l'Eglise, ils jeûnent encore chaque vendredi et l'A vent tout entier, puis la veille de la fêle de la Nativité de la saiuta Vierge, de saint Augustin et de celle du patron 4o leur chapelle.

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oent <ie la chancellerie royale , d'uno troupe d'huissiers et d'alguazils, et d'une foule immense de peuple. Pendant cette marche funèbre solennelle qui dura plus de deux heures, les cloches de la cathédrale, des églises paroissiales et des monastères, tirent entendre leur glas funèhre.

(-'est ainsi que fut honorée la dépouille mortelle du bienheureux Jean de Dieu. Un siècle n'était pas encore écoulé depuis qu'il l'ossédait le royaume des deux, que le Saint-Siège proclamait authentiquement sur la terre la glorieuse sainteté de cet humble serviteur de Dieu. Ainsi est honoré depuis trois cents ans le patriarche, l'instituteur des frères de la Charité ; ainsi son nom; traversant les siècles, est venu jusqu'à nous, ••barge des bénédictions du pauvre : ainsi furent vénérés, pendant près de six siècles, des hommes dévoués qui, marchant sur ses races» continuèrent les œuvres de son héroïque charité et de son renoncement. Pourquoi fallut-il qu'un torrent dévastateur vînt détruire ce qui avait excité l'admiration de tant de peuples, et fait le bonheur de cette partie si nombreuse qui soutTre et qui est délaissée.

L'ouragan révolutionnaire de 1789 avait dispersé tous les religieux qui composaient

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Ci*

dérable ouvert aux aliénés hommes; car t'en surtout à la guérison des maladies mentales qu'ils se vouent plus particulièrement main, tenant. En etfet, à ré|K>que où l'institut des frères de la Charité se reconstitua en Fran»*, il ne pouvait exister aux mêmes condition» que par le passé. L'assistance publique, mise en possession des fondations qui permettaient autrefois è cet institut de recevoir tant de malheureux dans ses nombreux hùnitaux, avait pris sa place, et les ressources lui manquaient pour édifier d'autres établissements hospitaliers ; mais la divine Providence avait sans doute voulu qu'il en fût ainsi, afin que les nouveaux religieux de la Charité réalisassent parmi nous le vœu du saint instituteur de leur ordre, qui s'écriait à l'hôpital de Grenade : Quand esu$

oir

que Dieu me fera la grâce d'avoir en particulier un hôpital , pour y recevoir le$ pauvret qui ont l'esprit aliéné, et pour les y servir avec tout le soin et l'exactitude dont jt suis capable ? Et la création d'un établisse* ment spécial d'aliénés; à un moment où il n'existait pas encore de méthodes de gué* rison pour les affections de l'esprit, était

un pas de fait dans la voie tracée par les doctes travaux des Pinel, des Esquirol, de< Ferrus, etc., etc. On le sait, pendant long- V\ ""J06. ,a nombreuse congr égation des temps et presque jusqu'à nos jours, l'aliéna* lrôres de la Charité, et depuis longtemps lion mentale avait été considérée comme ua Je souvenir de leur admirable dévouement mal mystérieux, qu'il fallait craindre et s était effacé; ie nom môme de saint Jean de Dieu était tombé dans l'oubli, lorsqu'au mois de mars 1819, de pieux célibataires se rassemblèrent à l'Hôtel-Dieu de Marseille, sous la bannière de ce saint fondateur. Héunis au nombre de douze, ils prirent l'habit des anciens religieux de la Charité,

le jeudi saint 8 avril, et ils eurent bientôt tude ; leurs cours étaient sans ombre penremplacé comme frères inlirmiers les divers dant l'été; le feu, pendant l'hiver, ne réserviteurs des salles d'hommes de l'hôpital, chautfait jamais leurs froides et humides

chercher à guérir. Ce faux système avait en de déplorables enseignements, et tous les malheureux atteints do folie étaient souvent laissés dans un étal d'un complet abandon : ils étaient détenus dans des loges malsaine.*, souvent attachés à des carcans; les fous pauvres surtout n'excitaient aucune sollici-

jamai

demeures. En 1824, quand les frères de la Charité ouvrirent leur premier asile d'aliénés, il y avait peu de traits à changer au sombre tableau des affreux réduits où on les enfermait. La plupart des fous, mal soignas et mal gardés dans les hôpitaux ordinaires ou dans leurs familles, étaient souvent errants et vagabonds; ils troublaient la

Mais ces fonctions présentaient de graves inconvénients pour les nouveaux hospitaliers do Saint-Jean de Dieu, et contrairement aux règles de l'institut qu'ils venaient d'embrasser, ils étaient trop mêlés aux séculiers e t aux femmes. Ils cherchèrent donc à sortir de celte situation pénible, en formant sucressivement plusieurs communautés, et la

congrégation naissante ne larda pas à sentir tranquillité publique, et ils effravaient la Ja nécessité de se rattacher au généralat de société par des accidents les plus désastreux, les [>l us tragiques; ou bien, abandonnés en prison aux soins d'un geôlier, ils devenaient furieux, homicides, incurable*; ils mouraient en désespérés, par le suicide.

En 1837, un document officiel, fait à la Chambre des pairs, dans la séance du 28 avril, montrait les aliénés errants dans les villes et dans les campagnes, tristes objets d'une cruelle dérision, jusqu'au moment

Home. Aussi , en 182$\ quelques frères, partis des diverses communautés, se dirigèrent vers la ville éternelle pour y solliciter le rétablissement canonique en France do l'institut dos religieux de la Charité. On (il droit à leur requête, le 20 août, fêle de saint Bernard, deui ou trois heures après le décès de Pie VII, et ils reçurent les brefs et facultés nécessaires pour la propagation régulière «ie l'ordre sur cette terre française, qui déjà

avait été témoin du pieux zèle des disciples où les prisons s'ouvraient pour préserver

de Saint-Jean de Dieu. Alors les religieux les populations de leurs emportements.

c!e a Charité quittèrent l'Hôlel-Dieu de Mar- C'est en présence de si grands maux et de

seille, où ils ne pouvaient suivre leurs rè- tant de misères que les hospitaliers de Jean-

glcs, et vinrent établir à Lyon la maison de-Dieu résolurent do se consacrerau sou-

pimcipale de l ordre, connue aujourd'hui lacement d'infortunés si dignes de commi-

commel etabliibcmentreligicuxleplusconii- aération. Leur maison compte untpopuli-

DES OI\DnES RELIGIEUX. JEA

tton de cinq eents vingts aliénés, divisés en plusieurs classes. Cet établissement est placé dans one position admirable, au milieu de la campagne; il est entouré de vastes jardins; l'infirmerie mérite une mention toute particulière. La maison de Lyon est le chef-lieu de Tordre, le provincial y réside et en v compte an personnel de soixantesii religieux.

La maison de Lille (Nord), a été fondée en 1636, à Bytîlem Dypres, par Sommelet. Etablie au milieu d'une plaine qui offre des joints de vues aussi variés qu'agréables, c<-tte maison présente de grands avantages par ses jardins, ses parcs, ses prés ombragés, ses bois de haute futaie et ses dépensées agricoles; sa population moyenne est de deux mille quatre cents aliénés qui reçoivent les soins de trente-cinq religieux.

Cest en 1633 que la maison de Dinan (Caies-du-Nord) a été fondée, et elle renferme actuellement quatre cents vingt maladies avec un {>ersonnel de soixante-deux religieux.

La maison de Paris (Seine), ouverte en l&x, ne reçoit pas d'aliénés. Sa situation daos une capitale qui contient un grand nombre d'asiles publics et d'établissements partihers où se traitent les affections mentales rendait moins nécessaire la création d'une institution de ce genre, desservie par des religieux. C'est donc, simplement une maison de santé affectée aux malades ordinaires. Ceux qui y sont admis payent un pris déterminé; mats quoique ce prix constitue a peu près le seul revenu de la maison de Paris, les quatorze religieux qui l'administrent consacrent le sixième et quelquefois le tiers des trente-six lits que contient leur maison a des pauvres malades indigents qu'ils soignent gratuitement.

Enfin les Frères de la Charité ont établi, en 1852, une maison a Marseille (Bouches- •lu-Rhône), et ils y recueillent spécialement les infirmes et i«s incurables. Ces malheureui sont reçus dans quatre-vingts lits dont (••service est confié a quatorze religieux. En résumé Tordre de la Charité compte maintenant en France cent quatre vingts-onze religieux, dont huit prêtres, répartis entre rinq maisons contenant treize cent cinquante-six lits.

C'est ainsi qu'enflammés de l'amour du prochain, les religieux de la Charité se reconstituent lentement au milieu de nous ; c'est ainsi que les enfants de saint Jean de Dieu, qui savent si bien ce que c'est que de souffrir, rouvrent peu è peu leurs hôpitaux. On nn saurait trop applaudir a la restauration d'un institut dont le passé rappelle de si précieux souvenirs pour In religion et |K)ur la France. Ce sont les frères de la Charité qui ont commencé à entourer le «une malade d'un bien-être et d'une solicitude inconnue jusqu'alors dans les établissements hospitaliers. Ces religieux to-.eut également la providence de l'habitoni des camj^g ies auxquels ils prodiguaient des secours, des médicaments, des soins

éclairés, qui trop souvent manquent aujourd'hui aux malheureux cultivateurs abattus par la maladie. Au temps où le service d'administration des armées n'existait pas encore, dans un temps où l'humanité des généraux ne savait pas procurer les prompts soulagements de l'ambulance au soldat tombé sur le champ de bataille, les fières de la Charité, pleins de courage et de zèle, affrontaient la fureur des combats pour remplir cette mission sacrée. D'une main ils relevaient le blessé que la milraillo venait de renverser; de l'autre ils présentaient le crucifix aux lèvres du mourant atteint mortellement. Ainsi, si on comprend qu'une institution semblable puisse se mouiller, subir des changements, disparaître même pendant les orages révolutionnaires, mais on la voit toujours renaître de ses cendres comme le Phénix, ingénieux emblème de la charité, parce qu'elle a pour base immuable la loi divine que Jésus-Christ a promulguée sur le Calvaire, parce qu'elle procède de Dieu qui est tout charité.

JEAN DE FALAISE (Clebcs ou Chanoines

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