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Cette venueusc fille, ayant perdu sa mère, se trouva, par cette mort et le mariage de sa sœur, a la têlc de la maison, du commerce, et de la fortune de son père. Le désir île mener une vie plus parfaite inspira bientôt è Jeanne le projet de se retirer dans un lieu où elle serait cachée aux créatures : c'était •ne cellule, où elle vivrait comme une recluse. Un saint religieux, dont elle estimait beaucoup la sainteté, et qu'elle écoutait comme un ange, parvint & la faire renoncer à ses projets, en lui persuadant qu'il valait mieux joindre l'action de Marthe au recueillement de Marie.
Le père de Jeanne avançait en âge, et réclamait des soins qu'il ne pouvait recevoir que d'elle. Malgré sa répugnance, elle se livra au commerce et aux affaires temporelles, dont elle s'acquitta avec une facilité et use intelligence admirables,— tant il est vrai que la piété est utile a tout,— et elle prodigua à soo père les soins les plus affectueux et les plus dévoués. Ses nouvelles occupations ne nuisaient {tas à ses exercices spirituels. Elle mait distribuer son temps pour satisfaire è ses différents devoirs. Son père approuvait, avec une merveilleuse bonté, toutes les œuvres de charité qu'elle embrassait, la laissant libre de faire l'aumône à qui elle vou- Uil;et,pourdernière marque de sa confiance, il lui confia l'administration de tous ses biens par ua acte public du k décembre 1636.
Si elle conduisait avec succès et prospérité les affaires temporelles de son père. elieoMOtrait plus d'habileté encore dans les choses spirituelles, et on lui renvoyait les fidèles oui se trouvaient dans quelques emixirras de conscience et des peines d'esprit, et auxquels elle donnait des conseils avec uoe ugesse remarquable. Le P. Huchetle, Jésuite, disait : « Je n'entretiens jamais cette fille sans en recevoir beaucoup de lumière; quand je l'écoute, il me semble que j'écoute ■ne sainte. »
Le» relations que la servante de Dieu enireteu&ii avec toutes sortes de personnes lui fireot connaître une foule de misères. Le cœur de Jeanne, si porté à la commission, (ut tombé de tant de manx, qu'elle découvrit successivement, et elle prit la résolution de n'en laisser aucun sans secours. L Artois, alors sous la domination espagnole, était depuis longtemps le théâtre de la guerre, et éprouvait toutes les calamités que ce Oéau traîne à sa suite. Les pauvres, les malades, les pestiférés, les filles débauchées, les femmes des soldats délaissées, les militaires abandonnés, les pauvres villageois réfugiés, les petites orphelines exposées, les jeunes garçons vagabonds trouvèrent en la personne de Jeanne une mère pleine delenéresse, qui pourvoyait à leurs nombreux besotus. Ses exemples et ses discours furent assez puissants pour engager son père, sa tour, des femmes et des tilles pieuses, des religieuses et des ecclésiastiques, à prendre pari a ses œuvres de charité.
Ce fut surtout en 1636 que l'admirable caamé de Jeanne éclate. La guerre exposa
Dictiomx. dbs Ordres relig. IV.
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le pays aux pius affreuses calamités. Un grand nombre de filles et de femmes allemandes se trouvaient en proie à tous les besoins, et accablées de maux. Leur position était d'autant plus affreuse, qu'elles ne connaissaient pas la langue française. La misère qu'elles éprouvaient en portaient plusieurs à se livrer au désordre. Voyant à quelle extrémité elles étaient réduites, la servante de Dieu loua une maison pour servir d'asile a ces infortunées, e'. chargea trois filles de ses amiesd'aller visiter successivement ces étrangères, qui reçurent, pendant cinq mois, tous les services de la charité la plus empressée et la plus généreuse, jusqu'à ce que ces femmes fussent placées, et pussent pourvoir, par leur travail, à tous leurs besoins.
Ce n'était pas la seule bonne œuvre à laquelle Jeanne s'intéressât. La guerre avait rendu un grand nombre de petites filles orphelines, et ces pauvres enfants, abandonnées, couraient, pour leurs mœurs, les plus grands dangers. Souvent môme de grands désordres ne lui prouvaient quo trop combien ses craintes étaient fondées. De concert avec la mère d'une de ses amies, mademoiselle Jeanne de Ciley, elle réunit, et recueillit, dans cette maison, sept de ces petites filles, afin de les préserver de la corruption, de les élever, de les instruire, de les former à la vertu. Ce fut le jour de Saint- Joseph 1636, que, sous la protection de ee grand saint, elles ouvrirent cet asile à l'inuigence. Elles mirent à la lôte de cet établissement une fille d'Anvers, appelée Michel Dieu-y-soit. et bientôt, le nombre des tilles augmentant, elles lui en joignirent une autre, qui, plus tard, devint supérieure de la maison dArras, connue sous le nom de Sainte-Agnès.
De nouvelles œuvres de charité vinrent occuper Jeanne, sans lui faire abandonner celle des orphelines, dont l'établissement prit le nom d»» Sainte-Famille. La guerre continuait de ravager le pays, et la ville d'Amis se trouvait encombrée de paysans jeunes et vieux, qui venaient y chercher un reluge. Les uns étaient a demi morts de besoin, d'autres étaient couverts de blessures, ou rongés de maladies de la peau. On les trouvait étendus dans les rues, ou sur du fumier. Tant de maux louchèreut vivement le cœur de la servante de Dieu. Elle reçut d abord les plus jeunes dans une maison, pansa leurs plaies, leur procura des remèdes et des aliments, et surtout les fit instruire des vérités du salut. Quand ils furent guéris, elle les plaça en apprentissage, afin de (pouvoir recevoir, dans la môme maison, d'autres malheureux qui avaient également besoin de ses soins et do ses secours. Elle n'oubliait pas les petits garçons qu'elle avait recueillis: il fallait les nourrir, et payer leurs maître*. Son zèle pourvut a tout. Elle les rcuni»s;nt, le soir, pour apprendre le catéchisme, et particulièrement la manière de s'approcher dignement des sacrements de pénitence et d'Eucharistie. Elle s'était personnellement chargée de blanchir leur linge
DES ORDRES RELIGIEUX
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IMCTIOSNAIItfi
(Jui n'eût «tu < 1 1 • o sa charité n'eût «'lé épuisée par tant «le sollicitudes? Mais non. Il se présenta l'on vis ion de .se vouer à «les œuvres plus pénibles encore. Louis XIII ayant pris la résolution «le conquérir l'Artois, une armée vint ramper près «les murs d'Arras. Elle fut bientôt en pr oie à une maladie contagieuse. Chaque matin, on en trouvait un grand nombre qui avaient succombé, sans qu'ils eussent pu recevoir aui'iin secours spirituel ou corporel : c'était près «les portes «le la ville qu'on rencontrait ces malheureuses victimes «le la contagion.
Jeanne lliscoi fut émue d'un spectacle si affligeant, et sa compassion ne fut pas stérile.
Sa sœur et de pieuses femmes se partagèrent les «livers quartiers «le la ville, et rli.teune d'elles donnait ses soins aux soldats qui se trouvaient dans celui qui lui était échu. On les voyait avec admiration, les unes, porter la marmite de bouillons; les antres, de la jwille, pour coucher ces pauvres militaires, qui n'avaient que le pavé; d'autres, entin, munies de linges, de charpie et d'onguent pour panser leurs plaies. Le nombre des blessés était si grand que les soins duraient quelquefois jusqu'à onze heures et minuit.
La guerre continuant avec tous ies maux qu'elle traîne à sa suite, Arras devint une vaste infirmerie. Ces dames tinrent conseil et résolurent «le louer deux maisons où elles tirent transporter les plus malades et les plus accablés do misères. Les sieurs directrices de la communauté des orphelins, établies par Jeanne Biseot, allaient tour à tour rendre aux malades les services dont ils avaient besoin. Le l\ Parmentier, religieux dominicain, qui donnait dans la paroisse de Saint-Céry la station du Carême, s'empressa de remettre à Jeanne toutes les aumônes qu'il put ramasser. Ce fut dans ces circonstances qu'ayant demandé aux magistrats un édifice qui servait autrefois à loger les passants, mais * | il i n'avait plus cette destination, les habitants du voisinage, apprenant qu'on le réparait pour en l'aire un hôpital, chargèrent d'injures ces femmes charitables, et surtout Jeanne (lisent, de laquelle ils disaient tout le mal que la colère et l'indignation pouvaient leur suggérer; mais cette fille forte et généreuse, loin «l'être émue de ces injures, continua tranquillement son entreprise. En peu d'heures le lieu fut nettoyé, et les malades trouvèrent un abri dans cet asile que la charité leur avait ouvert. Comme la plupart «le ces malheureux étaient Allemands et «pie les confesseurs de la ville ne pouvaient les entendre, elle recevait tous les jours chez elle un soldat, nommé Paul, d'une piété remarquable, «pii parlait parfaitement le français cl ralletnau«l, afin «pi'il servit d'interprète aux malades pour se confesser; ce soldat devint ainsi pour un grand nombre d'entre eux l'instrument de la miséricordo divine jusqu'au moment où un Père îésuitc vint desservir l'hôpital.
Ces femmes admirables portaient ellesnftiuc .IcSj.corps à leur dernière demeure.
i, tenant la croix et accompagnée «le deux 1res, qui avaient «les « lerges. Llles irav»-r-
l'ne d'eiiire elles marchait en lèle «lu convoi,
autres, ., ..^ . ... ■ ^.
sai«*nt ainsi h'-, rues sans s'inquiéter «le fetl'et que pouvait produire la nouveauté de ce spe« ia<le. Lllo « ontiuuèrent cette «envre de miséricorde pendant les neuf mois «joe dura la contagion, In autre llé.ni plus terrible encore (pie 1 1- premier vint donner un nouvel éclat à la charité «le Jeanne lliscot : la peste se déclara dau> son hôpital, cl les magisirals elîravés obligèrent tous les malades «l'eu sortir et do se retirer «ians un lieu hors de la ville, où on leur avait construit «les «aboies séparées, dans lesquelles ils était': t renfermés. Kien ne put arrêter la charitabio lille, elle allait assidûment visiter ces maiheureux et leur porter les secours «lont ils avaient besoin.
l'ne autre circoustancedéplorable lui fournit un nouveau mo\en de manifester son inépuisable cîiarilé pour le prochain. La guerre en fut l'occasion. Lu IG.'iV, Arras eut à sotitenir un siège «jui «lura une partie de l'année. Il avait été entrepris par le prince «le Comlé, alors révolté «.«mire la France, et par les Ksp.igimls, qui à cette époque étaient m dires de la Belgique. La belle défense du gouverneur «le la place et le -ecours que lui «lonna le célèbre Tureime forcèr«*nl les ennemis ii lever le siège dans la nuit du î\ ou m2o août, el nos troupes firent d'eux un horrible carnage. L'armée française demeura le reste de l'année dans les environs «le celle ville. Mlle comptait dans ses rangs beaucoup de malades et de blessés tant à Arras que dans le.voisinage. Les religieuses «le l'abbave d'Avesnes avaient cédé leur monastère pour recevoir ces malheureux et on y avait établi un hôpital ; mais tous l- s soldats n'avaient pu y trouver place, plusieurs demeuraient dans les champs, dénués «le tout et exposés îi toutes les intempéries de l'air, attaqués do la dyssenteric, ils étaient privés de nourriture, de remèdes et de sec«>urs.
Les religieuses d'Avesnes s'étaient retirées h Ai ras, niais leur aumônier, le P. Coine de|Mantes, Capucin, était resté dans l'abbaye pour donner les secours de son ministère aux malades. Avant fait à Jeanne un tableau louchant «le leur triste situation, sou cœur charitable en fui si ému, qu'à l'instant elle consacra h ces infortunés ses soins et ceux de ses s«eurs. Elle obtint d'un des nouveaux prêtres de s'adjoindre au P. Corne; d'un bon chirurgien, homme de bien, qu'il donnerait gratuitement ses soins aux pauvres soldats, tjuant à la vertueuse lille, elle partait «le la maison «le Sainte-Agnès avec plusieurs «le ses compagnes pour aller les soulager. Toutes étaient chargées de gros paquets contenant «lu linge, de la charpie, •lu pain, de la viande, «les fruits et «l'aulres douceurs. On ne saurait exprimer toute la joie «pie manifestaient les soldats, lorsqu'ils voyaient venir de loin ces charitables hospitalières qui, pour distribuer ces provisions, se partageaient les ditférenls quartiers th'S cours et des jardins de l'abbaye. Pour no
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pas laitser i* nuit ces malades sans secours, Jeanne fit plus encore, elle prit & gages quelques femmes qui s'obligèrent i les veiller, i»ee deux de ses filles qu'elle leur envoyait, et oui s'acquittaient parfaitement de ce pénible emploi.
Le courage de ces héroïques filles était si grand, que parcourant les rangs des malades la nuit et le jour, elles enlevaient les norts qu'elles trouvaient parmi les moribonds, les ensevelissaient dans des draps qaelles avaient apportés, tt leur donnaient dies- mêmes la sépulture. Leur provision «Je draps s' étant épuisée, elles y suppléèrent par de la paille et du foin, puis elles les |>or- Uieot en terre. Cn jour que Jeanne était occupée dans l'abbaye à surveiller les charitables travaux auxquels ses sœurs se livraient pour le soulagement des malades, un* femme vint l'avertir que plus de 50 soldats, couchés sur le pavé au bord de la rivière, se mouraient. Sans balancer un moment, elle prend une de ses filles afin de voir par quels moyens on pourrait assister ces soldats abandonnés. Ils n'avaient pas même une poignée de paille pour se reposer. Jeanne en Ut apporter une quantité suffisante pour tous ces malades qui étaient itieiots de la dyssenterie et croupissaient dans l'ordure. Avec sa sœur et sou beaufrère, elle lève du milieu de la fange ces rorps fc demi pourris et les couche sur de la paille fraîche; elle donna une somme sufti>aate pour fournir à tous leurs besoins aux jimonnes qu'elle chargea de les veiller ta recommandant de veiller la nuit ceux qai étaient en danger et d'aller l'en informer aân qu elle pût leur procurer le secours îles sacrements, ce qui était l'objet constant de ses sollicitudes.
Chaque jour cette admirable fille partait de grand matin avec deux de ses sœurs et ■liait changer la litière de ces malheureux ■oidais, elle joignait l'aumône spirituelle ant soins corporels, elle les exhortait à la
Piueace et les engageait à recourir à Dieu, o dimanche, après avoir entendu la Messe, elle eut la jiensée d'aller réitérer la visite qu'elle avait déjà faite à ses pauvres soldats, allant de rang en rang, suivant sa coutume, et adressant à chacun d'eux des parole» d'encouragement. S'a percevant qu'un «Je se» malades ne lui répondait pas, elle le prit par la main et s'assura qu'il était mort; il avait succombé à une fièvre pernicieuse. Cet incident la jeta dans une grande perplexité, parce qu'elle craignait de porter la contagion il Sainte-Agnès. Elle passa la journée dans l'indécision, puis elle se décida à rentrer dans la maisoo. Dieu bénit des intentions si pores. Sa maison fut entièrement préservée de la contagion et cependant la charité y exposa souvent les sœurs, car outre les soins personnels qu'elles donnaient aux soldats malades, elles blanchissaient chei elles le linge infect de ces malheureux et le raccommodaient, sans qu'aucune des sœurs se refusât à leur rendre ce *er*j(*, tant elles avaient, à l'exemple de leur
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digne supérieure, d'affection et d'ardeur pour les jiauvres.
Ce ne fut pas la seule occasion où Jeanne Biscot montra de la compassion pour les soldats malades ou soutirants. Arras avant alors une nombreuse garnison, lorsqu'elle rencontrait quelques soldats languissants ou sortant do maladie, elle les faisait venir à la porte de la maison de Sainte-Agnès «t leur faisait servir à dfnerou leur donnant dans la rue une abondante aumône.
Le siège que soutint Arras avait fait autant de malheureux parmi les habitants qu'on en comptait dans la garnison. Ses infortunés compatriotes n'échappèrent pas plus que les soldats à l'active charité de la vertueuse fillo. Elle savait où trouver les pauvres qui avaient le plus besoin de secours; sa compassion la conduisait, accompagnée de ses sœurs, dans les lieux les plus misérables pour y chercher des veuves délaissées, des vieillards infirmes, afin de leur rendre les plus humbles services et d'adoucir ainsi les rigueurs de l'indigeuce, mais ces œuvres de miséricorde ne troublaient en rien l'ordre de la maison. Elle savait si bien calculer ses démarches et mettre à profit ses moments, qu'elle trouvait du temps pour remplir les fonctions de supérieure et donner des soins aux nombreux pauvres, et les filles qui la suivaient dans ses excursions charitables, revenaient ensuite a la maison reprendre avec plus d'ardeur leurs occupations ordinaires.
Tant de bonnes œuvres ne pouvaient se faire sans des dépenses considérables, mais Jeanne Biscot cherchait avant tout le royaume de Dieu et la justice, et attendait le reste comme par surcroît. Elle redoutait plus les biens de la terre qu'elle ne les désirait. Aussi quand il s'agissait des filles dans la communauté de Saint-Agnès, elle regardait surtout leurs bonnes dispositions, c'étaient souvent des orphelines de la maison qui s y fixaient et qui devenaient ainsi ses compagnes, après avoir été ses enfants. El commo elles étaient sans fortune, elles n'avaient à offrir à la maison que leurs vertus, leur bonne volonté et leur travail. Ce ne fut qu'en 1660 que se présenta la première postulante qui put payer une dot. Si Dieu nous donne en abondance, disait-elle à ses sœurs, que ce soit pour en faire plus de bien aux pauvret, car fout ce qu'il y a dans la communauté est le patrimoine du petit Jésu*.
A l'époque où elle opérait tant de merveilles de charité h Arras, elle entendit parler des religieux, des religieuses, des séculiers qui quittaient généreusoment leur patrie pour aller répandre parmi les sauvages du Canada la connaissance du vrai Dieu. Elle prépara tout pour son départ tant tHe aimait à fuir l'éclat, à mener une vie cachée et à chercher l'occasion de se dévouer au prochain, quand la peste ayant cessé à Arras et les douceurs de la paix ayant succédé aux horreurs de la guerre, elle ne trouvait plus les mêmes occasions de se vouer aux bonnes œuvres. Mais deux prô-
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très s'élant fortement o [ ■ | >o < l- s à te * J o s » c i 1 1 , elle v renonça pour m( consacrer ;iu soin et à l'éducation (1rs pauvres enfants, dont elle était devenue la seconde mère. Ces deux vertueuses lilles, Jeanne et Mile, de l/tiley, son amie, sollicitèrent des religieux de Saint-Vaastles haumetils de Sainte- Agnès; quoiqu'elles remontrassent p;irt >ul des difficultés, «Iles réussirent à les vaincre; *-lU*s obtinrent môme dus lettres p;iieutes de Louis XIV en faveur de leur établissement par l'entremise de saint Vincent de l'aul.
La première orpheline qu'elles adoptèrent fut la fille d'un soldat, par lui abandonnée, toute nue, enveloppée seulement d'un peu de paille, couverte, de vermine et d'inlirmilés dégoûtantes, l'ut; autre qu'elle remontra sur la place avait perdu les orteils, tellement elle avait soull'ei t du froid. t> furent les éléments de la nouvelle rommutiaulé, qui s'ouvrit le 7 décembre JCi3. Le nombre des orphelines s'accruT bientôt jusqu'à 18, et dans l'espace de '»:> ans In maison de Sainte-Agnès en reçut 80 avec un nombre presque aussi grand d'externe*, qui fréquentaient les classes. Cinq lilles pieuses vinrent s'adjoindre b elles pour partager leurs soins et leurs sollicitudes.
C'est le propre des uni vi es de Dieu d'éprouver de la contradiction de la part îles hommes; il faut qu'elles soient marquées du sceau de la croix. La communauté de Sainte-Agnès n'en fut pas exemple. Le curé même de Saint-Kiienne, qui n'était séparé que par une rue de la communauté de Sainte- Agnès, en devint lui-même l'ennemi et finit par dénoncer Jeanne aux supérieurs ecclésiastiques comme une personne d'une doctrine suspecte. Klle eut à se justifier sur le catéchisme qu'elle enseignait aux enfants, sur les cinq psaumes qu'elle leur apprenait elsur les cantiques qu'elle leur faisait chanter. Sa justification fut facile. Klle prou* a qu'elle ne se servait que du catéchisme du diocèse, que sou seul but était d'apprendre aux enfants à louer Dieu et à les préserver des chansons déshonuètes. IMus équitable a. leur égard, le chanoine écolAtre de la cathédrale tl'Arras, qui avait été chargé d'aller dans la maison pour examiner la doctrine, qu'on y enseignait, dit à voix basse à M. le curé, mais cependant de manière à être entendu de plusieurs des assistants : « Vous devriez, Monsieur, être mieux informé avant de faire vos plaintes contrées personnes, » ensuite se tournant \ers la supérieure, il l'encouragea cl l'exhorta à continuer, lui représentant l'exemple de Noire-Seigneur Jésus-Christ, des apôtres, des saints, qui avaieut soullert des contradictions dans leurs utiles entreprises, ajoutant qu'un artire s'atlermit et pousse de plus piol'omies racines lorsqu'il est battu des vents et que Noire-Seigneur prendrait leur cause eu ranin. En elfet, celte épreuve servit à fane mieux, connaître la sainteté et l'utilité do cet établissement.
Après avoir solidement établi celte communauté, Jeanne voulut y perpétuer !e bien
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qu'elle avait commencé en lui donnant des règlements, ce qu'elle ne lit qu'après avoir consulté Dieu dans la prière.
La maison était composée de sœurs qui *o consacraient à Dieu par des v«eux «le religion et qui étaient chargées de tous les emplois, selon le bon plaisir de la supérieure, ensuite d'orphelines qu'on aliénait ou tjue les sœurs allaient elles-mêmes recueillir dans les rues. On les élevait et on les gardait jusqu'au moment où elles pouvaient g'gner honorablement leur vie. San** revenus lixes, la communauté ne subsistai t que du casiiel, des aumônes et du produit un travail. Les religieux de Saint- Vaasl leur faisaient régulièrement des .-lumôues. D'auin - habitants les secouraient également ; Mgr tle Sère, évôque d'Arras, portait tant d'intérêt à celte maison, qu'il disait qu'il aurait plutôt vendu ses tapisseries et sa vaisselle d'argent que tle laisser les orphelines manquer de pain, l ue autre ressource était le vi nage que deux sœurs faisaient chaque année à Paris pour y recueillir des aumônes. F.! les y avaient des protectrices aussi puissantes que généreuses, qui plus d'une fois leur rendirent d'importants services. On cite surtout les familles Seschosier et tle Sarin villiers et la fameuse duchesse de Moulespan , qui ne se contenta pas tle leur faire l'aumône, niais qui en obtint encore pour elles de Louis XIV lui-même.
La maison de Sainte-Agnès avait été établie dans un triple but : d'élever les orphelines, de les instruire et de leur apprendre à travailler; elle ménageait si bien les divers intérêts dans les règles et les pratiques qu'elle piescrivit pour toutes choses , qu'on peut y reconnaître , dit sou historien, son atimiruhle char il r . sa prudence extraordinaire , son expérience cl la pénétration de son esprit que Dieu hti avait communiqué.
La charité qui avait dicté les statuts et les règlements avait prévu tous hs besoins corporels et spirituels des enfants qu'elle avait adoptés pour les formel' à la vertu eu leur inspirant la crainte tle Dieu et en leur donnant les habitudes de la piété chrétienne ; enfin , pour en faire des membres utiles à la société , capables de se sullire à elles-mêmes par une vie laborieuse. Après s'être occupée tle ses chères orphelines, elle crut devoir donner une règle à sa communauté naissante: elle la composa avec tant de prudeney et tle discrétion que la vie intérieure ne nuisait pa> aux teuvres tle la charité, et que celles-ci n'empêchaient pas le développement et le perfectionnement tle la vie intérieure. Les aspirantes devaient avoir dixhuit ans et ne pas dépasser vingt-cinq ans; elles étaient éprouvées par une année tle postulat , et deu\ tle noviciat. Après h s v«eux simples, mais perpétuels, la supétieure les appliquait, suit à faire la classe aux internes et aux externes, car les sœurs avaient aussi une école pour instruire les petites lilles «lu quartier, soit à montrer les ouvrages , et surtout la dentelle qui était le
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travail le plus ordinaire des orphelines, soit enfin a remplir les autres emplois de la auison . qui sont communs à toutes les communautés.
Dieu avait appelé à lui sa vertueuse amie, c'esi pourquoi Jeanne Biscot qui n'avait difréréd'éiablirunemaisoiid'orphelinesa Douai, que par déférence pour elle, voulut exécuter «on dessein en 1659; mats elle rencontra d'abord l'opposition la plus prononcée de la part Je la communauté; en 1660, ayant éprouvé aoe usa lad ie qui la conduisit aux portes du tomheaux, elle promit au Seigneur de réali- »<r soo projet , si la santé lui était rendue. Avant obtenu cette grâce, Jeanne demanda !« consentement à la communauté d'une minière si pressante et si humble que toutes les û II es le lui donnèrent en pleurant, parce qu'elles craignaient de perdre pour toujours une si bonne mère. La supérieure lit partir aussitôt, pour Douai , deux des soeurs de Sainte-Agnès, Anne Le ma ire rt Catherine Pottier , pour aller jeter les kadewents Ue celte nouvelle maison. Jeanne »'/ rendu elle-même avec une de ses compiles et deux petites orphelines. Elle fit piu&ieurs voyages h pied, pendant l'hiver «t f*r des chemins que la saison rendait impraticables. Disciple fidèle du divin Maître qui disait & ses apôtres : Ma nourritore est de faire la volonté de mon Père. 'Jvia. iv, 34.) Elle ne s'occupait que de son u»vre et des moyens de la faire réussir. Couiaeelle ne songeait mémo pas* à prendre ^ u»ojTiture , si on lui faisait quelque oblervation sursoit imprudence , elle répondu aussitôt , tout pour Dieu , tout pour Ùum ! Elle rencontra surtout beaucoup de difficultés de la part de plusieurs établissants qui semblaient se proposer le même bei qu'elle, etqui redoutaient la concurrence. La charitable les rassura en leur disant qu'elle d« venait recueillir que les enfants dont les t^reats n'avaient pas les moyens de pyer «tir» mois d'école. Elle nomma dos sœurs, désigna une supérieure, pour devenir la seconde, et prit des mesures pour maintenir i» régularité dan* cette communauté.
Ses tilles qui, à son retour, avaient fait érlrter leur joie» fondirent en larmes lorsdo elles la virent sur le point de retourner à nouai. Die ne put les consoler qu'en leur prorc<rttant d'être supérieure des deux maisons. Mais la Providence en ordonna autrement, et Douai la posséda pendant les quatre années qu'elle vécut encore. Le nombre des entants s'accrut bientôt jusqu'à 30, avec la pertnstion des magistrats ; elle donna un costume s ces petites orphelines le 5 septembre 1(71 Cette uniformité de costume fit que les habitants de Douai appelèrent les orphelines de Jeanne, les filles de l'Enfant-Jésus, Oont la statue était au-dessus de la porte d'entrée; et les Heurs qui les gouvernaient, ks tilles de la Sainte-Famille, nom qu'elles ont conservé dans celte ville, tant que leur oiumunauté y a subsisté.
Le nombre des enfants ayant beaucoup tu^iuenté, la maison qu'elles habitaient fut
bientôt trop petite ; on fut obligé d'en louer une autre. Enfin , Jeanne en acheta une dans laquelle son établissement put être fixé d'une msnière durable.
Si les œuvres de Jeanne Biscot furent si admirables, elles ne purent être que les fruits des vertus dont elle possédait un riche trésor, et qu'elle cultivait sans cesse dans son cœur.
La foi, qui est la première et le fondement de toutes les vertus, fut di.s plus fermes et des plus vives dans Jeanne Biscot. C'est elle qui lui inspira tant d'œuvres admirables. Car si elle n'avait pas cru à ces paroles de l'Evangile : Tout ce que vous faites au moindre des miens, c'est à moi que vous le faites {Mat tk. xxv,40k si elle n'avait pas vu Jésus-Christ dans la personne des pauvresetde tous lesaflligés, elle n'eût paseu certainement ce dévouement qu'on admire dans toute sa conduite. C'était sa foi qui donnait h cette vertueuse fille la vénération profonde qu'elle avait pour les mystères de notre religion, et la méditation de ces mystères fut l'occupation de sa jeunesse et de toute sa vie. Elle se rappelait surtout souvent la naissance, la circoncision, l'enfance de Notre-Seigneur Jésus-Christ; ce fut par dévotion à la sainte enfance qu'elle se dévoua si généreusement à l'éducation des orphelins et qu'elle adopta une couleur fixe pour leurs vêtements.
Jésus-Christ, caché dans le sacrement de son amour, était aussi pour Jeanne l'objet du respect le plus profond. Ce fut pour répandre partout la connaissance de Dieu et de son adorable Sauveur qu'elle consacra la plus grande partie de sa vie et de celle de ses sœurs à l'instruction chrétienne, à instruire sur les devoirs de son étal et sur la réception des sacrements.
Si la foi est nécessaire à la sanctification de l'homme, l'espérance ne l'est pas moins pour assurer son salut. Jeanne Biscot posséda cette vertu dans un degré éminent. Cette espérance qu'elle avait en la bonté divine relativement aux choses qui regardent le salut, était aussi profondément Affermie dans son cœur, lorsqu'il s'agissait de besoins temporels. On peut dire que toute la vie de cette vertueuse fille a été une preuve perpétuelle de son éminente confiance en Dieu. Elle eut besoin d'être continuellement pénétrée de ce sentiment , pour entreprendre et soutenir ces nombreuses œuvres rte charité qui lui durent l'existence; elle disait comme l'Apôtre : Je puis tout en celui qui me fortifie (Philip, iv, 13);- sa maxime était que dans les bonnes œuvres, il faut aller en aveugle et que nous devons ne nous considérer que comme des instruments; aussi sa communauté éprouva, dans une foule d'occasions, les efTels visibles de cette grande confiance dans la Providence. Une simple écuelle de bois nommée le plat de l'Enfant-Jésus lui servait de caisse. Elle y déposait l'argent qu'elle recevait et y puisait pour tous ses besoins. Jamais cette écuelle ne fut vide.
La charité tirant son origine de Dieu même,
#» ! lu eu reçoit il!!»- admirahlç b'-i r j ri ■ 1 :>.é, que ne peuvent avoir les o-uvics pur ■ ment huiuiiiic*. A l.i chanté seule ap| ar to-mienl les in<<!it> purs et eh-v» la f oui |)/!<> ion nmver- >'-:if-, [<• zi.' le que r l'-n ne rehute, la f 1 1 •* rt< •-• jnviji' ible et la pet *év «' rue e <jui [,<• *e la**e point. C'était cette belle, vertu qui était N; n.obile de *a coniuilc et qui .ui 1 1 . «- [ < i f - 1 1 1 ce» action* généreuses dont *a ratncie tut remplie. Ce*t pane qu'elle ailnail Ix-aui oup J)ieu qu'elle aim/ol beaucoup *on firnr haiu, qui en c*t l'image. Attentive à *an. idier toute* se* o uvre*, elle .ivait souvent ce* f ■ rt — rôles à la bouche : f'vu/ pour ijueib tendresse ne inontrait-e le pas pour ie» orphelines; lorsqu'elle en avait remontre quelques-unes, ou i ju'oii lui en amenait qui étaient presque nues, sales et pleines de vermine, elle prenait aussitôt chacune d'elles par la rua in, l'embrassait et l";irruc iîl.iii avec autant de tendresse qu'une uiere qui retrouve son enfant après l'avoir perdue : Venez, mon enfant, lui di»ail-elie, hkmuuj envie dette la fille du petil Jisus et de suinte Agnès? Si cela est, vnez. ma fille! Arec quel respect devons-nous servir Us en finit s. disait-elle à ses Meurs, si nous regardons l'image de Jésus sous va visages d> figuras et sous ces habits déchirer! Sa conduite ré| ondatt à ses paroles; ne vo\ant que Jésu*- Oiri.stdans la personne des pauvres entants, elle leur doiuii constamment la préférence et s'opposa fortement à ee qu'on reçût, dan* la maison, des enfants appartenant a des parents aisé». Kn va m on chercha à vaincre sa résistance sur re point, elle leur répondait que la maison n'était établie que pour les plus pauvres et les plu* abandonnées. Pleine de douceur et d'indulgence, elle voulait que ce fut cet esprit qui animal ses compagnes dans leurs rapport* avec le* enfants.
Cette charité de la vertueuse lit I o pour les orphelins, toujours si affectueuse, augmentait encore lorsqu'elles étaient malade*. Non contente de s'occuper elle-même avec sollicitude de leur étal, elle les recommandait à l'infirmière ei aux autres ollieières. Je m'en décharge sur vous, leur disaii-elle ; je veux que rien ne leur manque, ce sont les membres affliges du petit Jésus, regardez-les dans cet esprit, et, par ce moyen, vous leur rendrez une parfaite charité. Une petite lille de 10 ans avait une fluxion de poitrine et était en danger. Le médecin ne | ronieltait sa guérison qu'autant qu'elle expectorerait beaucoup. La bonne supérieure, qui savait que celte enfant aimait l'argent, lui promit une pièce de monnaie pour chaque crachat qu'elle jetterait. L'appat du gain lit faire tant d'efforts incroyables à cette enfant, qu'elle expectorât abondamment, et pût ainsi échapper à la mort qui la menaçait.
Quand elles élaienl convalescentes, elles éprouvaient les clTets particuliers «le la charité de la lendre supérieure. Elle voulait qu'on leur donnai tout ce qu'il y avait de meilleur. Si elles étaient en danger de mort, la bonne mère ne les quittait plus. Lorsqu'elles avaient rendu le dernier soupir, elle
0 s pieurait amèrement comme si elle leur tut d'Uin*'* le jour.
l-a *o:iicitude de Jeanne ne finissait pas avci ù-ur éducation. Leur placement h la *ortie Oc la maison était pour elle un grave si.jct d'inquiëlude; aussi, moins une enfant
1 u m*] :r,iit de confiance, plu.* elle cherchait à pn.iMU.'er *on séjour dans la maison. L'ne orpheline i e chez de mauvais maîtres, s';, trouva eu grand danger pour son salut. I):c.] le lit «onnaitre aussitôt à la bonne su- I c[]-urç qui en versa des larmes abondani- *: e,;.- envova quelqu'un pour la faire sortir :e la in.t i -ou et la ramener dans celle de Sainte- A. lie* , le retour de cette fille lui •:.uj*a une juif sensible. Elle rendit mille .ict:i.[j* de grâces au Seigneur de ce qu'elle a\a,t pu retirer cette pauvre brebis delà gu-.-ule du loup, et elle la garda encore quatre ans. tant elle avait à cœur que ses chères orphelines conservassent les fruits de l'éduca'.ioti chrétienne qu'elles avaient reçue.
Ses compagnes qui la secondaient dans sa bonne o uvre lui étaient aussi très-chères, et elle leur donnait des preuves continuelle* de l'e*time qu'elle leur portait. Mais si la *oi lieitude de Jeanne étail si grande pour rétablir et conserver leur santé , elle I était bien davantage pour leurs besoins spirituel* et pour leur avancement dans la perfection religieuse. Elle les instruisait par de fréquentes Conférences. L'union des cœurs lui paraissait avec raison un des biens les plus précieux que puisse posséder une couiiiiuuaulé. aussi la leur recommandait-elle constamment. Que ne faisait-elle pas pour pénétrer et embraser du l'eu de sa charité les co urs de se* compagne*. Celle gui d'entre vus, leur disait-elle, dit quelle aime Dieu, est mie menteuse, si elle n'aime pas sa sceur. Ces tien r amours sont les chaînons d'une mime chaîne, ils ne peuvent subsister l'un sans l'autre: fades les uns pour les autres ce que vous m'urez vu faire, disait flotrc-Seigneur, après avoir lave les pieds ei ses upùtres. Le nom de Dieu est charité1, Dieu c'est l'amour, et gui demeure en charité demeure en Dieu. Klle parlait dans ses conférences de cet amour de Dieu et du prochain avec tant d'énergie, avec tant de feu, qu'elle élait quelquefois obligée de dire : « Mes sœurs, je me suis trop emportée; » en ellef, cette charitable lille était hors d'elle-même et faisait partager son émotion à ses compagnes, puis étendant ses bras, elle se niellait a genoux, elle leur disait : Venez, mes pauvres sœurs; puis les embrassant toutes elle les pres*ait sur son cœur et leur disait ; Qui pourra nous séparer noyant qu'un caur dans tous ces corps.' S'apercevait-elle de quelque froideur entre ses sœurs ou les enfants , elle les appelait, les écoutant attentivement; puis elle blâmait la coupable, lui imposait une pénitence et les obligeait à s'embrasser; alors, les serrant dans ses bras, elle leur disait : Voici comment il nous faut être unies l'une avec l'autre, cl nous Iran s porto nuis des montagnes.
Vjii-scuk'Uk'Ut ia sage supérieure s'ao-
I»IUIO.VV\lhF.
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pli quai t à étouffer tous les germes de division qu'elle découvrait entre ses filles, mais elfe faisait aussi de sérieui efforts pour leur procurer la paix de l'âme. Quand elle apercerait àuelque nuage dans quelqu une d'elles, d'un air bienveillant et d'une manière agréable, elle obtenait qu'elle lui fit connaître sa peine; à l'instant elle se sentait soulagée. Personne ne s'adressait à cette Tertueuse ûl le sans en recevoir des consolations, aussi bien ses sœurs auraient souhaité, m ia chose eût été permise, d'avoir souvent des besoin:» spirituels et des blessures dans l'âme pour avoir le plaisir d'être guéries par une main si charitable. Jeanne devinait quand quelqu'une de ses compagnes avait •juelqoe peine; alors elle la prenait en particulier cl lui disait : Feriez ici auprès de mot; asxyez-vous là ; qu'est-ce qu'il y a? que Ai It bon Jésus à votre âme? en est-il le w&trtî découvre z-moi votre pauvre cœur, ear jt ne saurais te voir triste. Quand il est itss te trouble* tenex me voir sans différer, qnaml te serait minuit. Dieu avait favorisé «vite dijme supérieure du don de discerneittQt;elle le posséda, ainsi que la direction de» âmes, dès sa première jeunesse.
Tout dans la conduite de Jeanne prouvait l'amour de la pauvreté qu'elle ne cessait de rfcotntnander h ses sœurs. Sa devise était : Mnrrt, douleur, pauvreté. Son costume était «ii-îi simple que possible, dès l'Age de ik an»; cependant elle aurait pu trouver du I-Uisiràse parer et l'aurait fait avec succès, nr file possédait beaucoup d'agréments naiurfi>. Elle était d'une taille élevée, avait le tri.it délicat, les traits de la Gguro réguliers, I) démarche noble et distinguée; mais persuadée de bonne heure de la vanité de ces fmoles avantages, elle ne chercha jamais à orner un corps qu'elle savait devoir être la pâture des vers. Elle ne porta jamais quo des Tèteoenls usés ; quand on voulait lui en donner de neufs, elle obligeait quelquesunes «Je ses soeurs ou des orphelines à les jortrr. La forme et la qualité de l'étoffe, disait-elle un jour, ne sont que des accessoires, «t'a des habits que pour se couvrir; elle cherchait à inspirer les mêmes sentiments à ses hlles. Tout dans la maison respirait la Mmplicité et ia pauvreté. Il faut être pauvre, lirait-elle, puisque Jésus a tant aimé la pauvreté. Elle estimait tellement celte vertu qu'elle disait sans cesse : Mes pauvres saurs, P**rrtté, mépris, douleur, voilà les trois trrtus que Jésus-Christ a pratiquées jusqu'à « mort. Une âme si éclairéo dans les voies d« la perfection, connaissait trop bien la misère de l'homme pour s'élever elle-même, aussi était-elle aussi humble que détachée des biens de la terre. Elle désirait être rassasiée d'opprobres à l'exemple de son divin Maître. Jeanne cherchait aussi a en pénétrer ses fllles. Elle disait souvent de vive »oii et dans ses lettres : H faut mourir à ***i-mémes ; il ne faut être rten, rien, rien 4«« notre esprit, dans nos paroles, dans "ofr* conduite... Pour Dieu seul, mes filles, pour ùieu seul. Une de ses Glles, qui vécut
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pendant dix ans dans sa compagnie,' a assuré qu'elle ne lui a jamais entendu dire un mot à sa louange; qu'elle cachait soigneusement les grâces qu'elle recevait de Dieu, et qu'elle écoulait les choses qu'elle savait, comme si elle les eût apprises h l'instant môme. Rien ne lui coûtait lorsqu'il se présentait quelque occasion de {s'humilier; elle choisissait dans sa maison les travaux les plus obscurs el les plus abjects. Enlever les immondices était ses occupations les plus ordinaires. Il n'y avait pas de services qu elle ne rendît aux orphelines ; lorsqu'elle les avait chaussées, sa coutume était de leur baiser les pieds, les regardant comme les maîtresses et comme les princesses de la cour de Jésus-Christ. Quand elle était obligée d'aller chez M. de la Tour, gouverneur d'Arras.ellese tenait toujourséloignéedesautres personnes, qui, comme elle, attendaient audience. Sa place était alors dans un coin ou derrière une porte. Mais M. de la Tour, qui avait su apprécier, ainsi que son épouse, ses belles qualités, allait au-devant d'elle aussitôt qu'elle l'apercevait. Madame la faisait asseojr auprès d'elle et témoignait à tout le monde la joie qu'elle éprouvait lorsqu'elle jouissait de sa conversation ; Dieu se plaisait ainsi a honorer sa servante à proportion qu'elle cherchait & s'humilier. Cette vertueuse tille voulut que la simplicité fût une des vertus fondamentales de la communauté de Sainte-Agnès, parce que la simplicité est la compagne inséparable de l'humiélit; tout son soin était d'en inspirer l'amour à ses filles. 7'ou/ pour Dieu, tout pour Dieu, répétait-elle souvent a ses compagnes.
Jeanne, instruite des vérités de l'Evangile, ne se contenta pas de pratiquer et de commander la vertu de simplicité, elle savait que si Jésus-Christ a recommandé à ses disciples d'être simples comme des colombes, il leur dit aussi d'imiter la prudence du serpent. Elle ne perdit jamais de vue cette leçon du souverain Maître; mais sa prudence fut toute chrétienne, et elle se garda bien d'écouler la chair et le sang; ainsi on ne la vit jamais dans cette inquiétude qui tourmente si souvent les prudents du siècle. Les affaires ne troublaient jamais la paix de son cœur et le calme de son esprit se peignait sur son visage.
Cette âme véritablement prudente fut toute sa vie soigneuse d'imiter les vierges sages dont il est parlé dans l'Evangile et de conserver le feu de la divine charité. Elle avait le don de discernement des esprits, et ce don la guidait dans le choix des sujets qui se présentaient pour entrer dans sa communauté. Sa prudence se manifesta dans l'éducation qu'elle donna aux orphelines dont elle était chargée. Elle les accoutuma de bonne heure h l'amour du travail, a devenir laborieuses el à bien servir Dieu. Elle lui fit prendre toutes les précautions pour assurer raffermissement et la conservation de la maison de Sainte-Agnès. Elle s'appliqua en toutes choses à mener une vie commune; elle corrigeait tous les abus, réglait lotis tes devoirs
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