PRO DES ORDRES
qu'elle rend 5 la religion et à l'Etat. C'est de In que date l'eiistcnco légnle d'une des institutions les plus saintes et les plus utiles du xviu* siècle ; c'est de là aussi que date le nouveau nom qu'elle prit de Saur» de ta Providence qu'elle porte aujourd'hui etàjiute titre, car il ne fallait rien moins qu'une suite continuelle de secours de la divine Providence pour la faire subsister depuis 170-2 jusqu'à 1779 sans titre légal et sans appui temporel, sans fonds, sans revenus appartenant à la communauté, sans redevance de la part des parents que celle des minces et chétives fondations de campagne à peine suffisantes aux besoins les plus pressants de la vie, et tout cela au milieu des obstacles et des contradictions.
La congrégation, approuvée par les évôucs et reconnue par l'Etal, semblait être ésorroais établio sur des bases solides et n'avoir plus qu'à se livrer en paii aux saintes fondions auxquelles elle était vouée; aussi prit-elle en peu de temps de nouveaux accroissements, s'étendit au delà du diocèse, et était dans une pleine prospérité, lorsque parurent les premiers signes avant-coureurs de la révolution qui devait tout dévaster et tout détruire. Les Sœurs de la Providence, dévouées à l'instruction des enfants, et au service des pauvres malades, paraissaient devoir être épargnées, il n'en fut pas ainsi : enveloppées dans le tourbillon qui emportait tout, elles se virent obligées de fuir, dépouillées de toutes choses, et de disparaître comme les autres pour échapper à la prison ou à la mort. Les révolutionnaires s'emparèrent de leur maison de communauté et de toutes les propriétés qui en dépendaient, meubles et immeubles; ils saisirent jusqu'aux constitutions et aux règles de la congrégation, qui furent déposées dans les tribunaux révolutionnaires d'Evreux.
' La divine Providence veillait sur une œuvre qui lui était chère, et qu'elle destinait à reprendre un jour une nouvelle vie; elle ne permit pas que le dépôt des constitutions fût perdu sans ressource, et pour les conserver, elle suscita une des sœurs, nommée Charlotte Rouville. Cette généreuse fille, n aimée d'un saint zèle pour son institut, entreprit de sauver ces constitutions et de les arracher aux ravisseurs, s'il le fallait, aux dépens de sa vie. Elle se présenta hardiment devant les agents de la révolution. On l'accueillit d'abord par des injures, elle insista; aux injures succédèrent les mauvais traitements et même les coups; l'intrépide sœur les reçut sans s'émouvoir, résolue qu'elle était d'obtenir à tout prix ce qu'elle réclamait. Tant de courage étonna, puis déconcerta ces hommes féroces : soit par honte de leur emportement, soit pour se débarrasser de sa présence, ils lui abandonnèrent les écrits dout ils s'étaient emparés, au moins pour la plus grande partie. Charlotte Rouville les emporta, doublement heureuse de les avoir achetés au péril de ses jours. Elle comprit qu'après une telle victoire elle n'était pas en sûreté dans Evreux ; elle s'en-
RELIGIEUX. PRO <l'JO
fuit avec son trésor, et alla se cacher dans un village voisin d'Angers, où n'étant connue de personne, elle attendit la tin de la persécution. On ignorerait entièrement à quoi elle s'occupa dans son exil, si des mémoires écrits de sa main, et trouvés après sa mort, ne nous apprenaient qu'elle passa tout ce temps, qui fut de dix années au moins, dans les jeûnes et les austérités, s'offrant sans cesse en holocausto pour obtenir de Dieu le rétablissement de sa chère communauté. Dans celte vue elle s'était imposé des prières et des pénitences réglées, et s'était engagée par vœu à ne cesser jamais qu'elle n'eût été exaucée.
Dieu enfin combla les désirs de son héroïque servante, en lui donnant les movens d'opérer ce rétablissement. Charlotte Rouville partit en 1803 du lieu de sa retraite, et entra dans Evreux le lendemain de l'Ascension avec une novice et trois pensionnaires, sans autre ressource que 50 fr. Arrivées sur la place de la Cathédrale, elle laissa à lia garde de Dieu sa petite colonie, et alla chercher un logis. Elle fut d'abord accueillie par uno fille pieuse et indigente, nommée Charlotte Duhamel ; mais comme celle-ci n'avait pas de place pour coucher tant de monde, il fallut chercher et irouver avant la nuit un autre logement. La bourse commune ne fut pas longtemps à s'épuiser, et les pauvre* étrangères, soutenues par leur généreuso mère, ne s'effrayèrent pas de cet extrême dénûment. Mais fa divine Providence veillait sur ses filles; elle mit bientôt fin à cette épreuve. M. l'abbé de Maillé, ancien chanoine d'Evreux, revenant d'Angleterre sor ces entrefaites, rentra dans sa pairie, et prit chez la sœur Rouville un appartement, où, durant plusieurs années, il servit de pèro spirituel à la communauté renaissante, en même temps que ses bienfaits l'aidaient à subsister. Bientôt on loua sur la paroisse de Saint-Taurin un local pour ouvrir une école, ce oui attira peu à peu un assez grand nombre d'élèves pour procurer quelque moyen d'existence à la petite communauté.
Ce faible noyau ne tarda pas à s'accroître. La sœur Louise de La porte, à la nouvello de ce que la divine Providence faisait À Evreux, y accourut, et se joignit à la sœur Rouville pour la seconder dans sa pieuse et diflicile entreprise. Les autres anciennes professes, à mesure qu'elles apprenaient la renaissance de leur bien -aimée congrégation, se hâtaient de s'y réunir, et regardaient dès lors la restauratrice comme leur supérieure et leur mère. Un tel empressemeut, après un séjour de dix à douze ans dans un monde tel que l'avait fait la révolution, est une preuve manifeste que la congrégation avait toujours conservé son esprit primitif, l'esprit de Dieu, et qu'elle était digne du renaître de ses cendres jetées au vent par la révolution, mais recueillies par celui qui lui préparait une seconde vie plus féconde cl plus glorieuse que la premièie.
Le 24 août 1806, la sœur Charlotte Rou-
noi pro
ville, déjà supérieure naturello d'une œuvre qui lui devait la vie, lo devint de droit par une élection régulière, qui fut confirmée par M. Jean-Baptiste Bourlier, évêquo d'Evreux, depuis lo concordat de 1802. Il serait impossible de donner une juste idée de tout ce que le zèle de celle admirable ûtle lui fil entreprendre de travaux et affronter do peines; ayant chaque jour à lutter contre les inconvénients d'une extrême pauvreté, contre l'impossibilité do réunir et do former les novices sous ses yeux, contre les embarras suscités et renouvelés continuellement dans un temps orageux, où une délîanco inquiète planait sur tout ce qui tenait à la religion, enfin contre la difficulté de remettre en vigueur les anciennes constitutions ou de suppléer à ce qu'elles ne disaient pas. Aidéo des conseils de M. de Maillé et de M. Leroussiel, supérieur tout h la fois du séminaire et de la communauté, puissamment soutenue de l'autorité épiscopale, elle surmonta tous les obstacles; elle obtint même, en 1812, par le crédit de M. Bourlier, un décret impérial qui approuvait l'institut, et lui donnait une existence légale. On ne peut dire combien ce digm; évôque se montra affectionné à la congrégation, et tous les services qu'il lui rendit. Ce fut lui qui fit à toutes les sœurs un point de règle essentiel de se trouver chaque année au mois d'août à la maison d'iivreux, pour y vaquer ensemble aux exercices spirituels , et s'affermir de plusen'.plus dans leur vocation.
Ce fut aussi au milieu des bénédictions que le Seigneur répandait sur la congrégation, sous le gouvernement paternel de Mgr Bourlier, qu'elle se vit frappée par un coup bien sensible en la personne de la sœur Kouville. Ses fatigues, ses peines et ses austérités usèrent sa vie longtemps avant l'époque ordinaire; à peine âgée de cinquante et un ans, une apoplexie foudroyante I euqwrta le 15 septembre 1813. Seconde fondatrice de l'institut, sa mémoire y sera toujours en bénédiction, le souvenir de ses vertus y vivra aussi longtemps que vivra l'institut lui-même. Les sœurs qui l'ont connue se font un bonheur de raconter à celles qui les suivent, sa patience dans les travaux, sa constance dans les épreuves, sa fermeté dans les revers, son détachement dans les besoins de la vie, sa confiance en Dieu dans le maniement des affaires les plus difficiles, sa boulé maternelle toujours égale pour toutes ses filles, son impitoyable sévérité pour elle- même; enfin sa ponctualité à remplir la première tous les devoirs que sa charge l'obligeait d'imposer aux autres.
La sœur Louise de Laporte qui avait concouru si puissamment avec la sœur Bouville à la fondation «le la congrégation , qui en était la principale colonie, qui en fut toujours la bienfaitrice, comme elle en a été le plus beau modèle par ses vertus éminentes, fut appelée à son tour (tour remplir les fonctions de supérieure générale. Jamais choix
(1) Vojj. ù la fin du vol , n" 20*}
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ne fut mieux justifié. Sa réputation attira de toutes parts Je nouveaux sujets à la communauté qu'elle gouverna pendant dix-sept années avec autant de douceur que de prudence. Comblée d'années et de mérites, elle mourut en 1844, laissant dans tous les cœur* de ses enfants les regrets les plus profonds, et les souvenirs les plus doux.
La congrégation trouva dans MgrdeSalmon-Duchâlellier et le prolecteur le plu» zélé et le père le plus tendre. Le 18 avril 1823, il donna une nouvelle approbation, dans laquelle il enchérit encore sur tous les éloges de ses prédécesseurs. Sous son gouvernement et sa conduite, sous l'influence des vertus de la sœur de Laporte, la congrégation pleine d'une nouvelle vie, se répandit rapidement dans le diocèse et dans quelques provinces voisines; Mgr de Sa I mon comprit alors que les Statuts, les Règles, les Coutumes anciennes étant de plusieurs mains, laissaient quelque chose à désirer sous le rappoit de la rédaction; d'ailleurs on y remarquait des points à éclaircir, des lacunes h remplir, des améliorations à faire devenue! indispensables dans un ordre social loutdif férent de ce qu'il était autrefois. Le digne prélat, témoin des services éminents que cette congrégation ne cessait de rendre dans toutes les parties de son diocèse, et du bien immense qui en résultait pour les tidèles confiés à sa sollicitude pastorale, s'intérexsaii vivement aux succès d une œuvre si propre à ranimer la foi et la piété. C'est dans celte vue qu'il chargea un prêtre qu'il honorait de sa confiance de revoir, de toucher et de rédiger non-seulement les Statuts, mais tous les aulres écrits qui avaient rapport a l'institut, et qui n'étaient pas encore munis de l'approbation épiscopale.
L'ecclésiastique chargé de ce travail non moins important que délicat, eut recourt, pour se procurer les documents nécessaires à la supérieure générale, qui fit faire deJ recherches dans Tes archives de la maison; on découvrit par ce moyen des pièces trèsanciennes toutos propres à faire de plus en plus connaître le véritable esprit de la congrégation. Knfin, le zèle aussi actif qu'éclairé du vénérable M. Lambert, supérieur de li communauté, contribua puissamment à réunir en un seul corps, et à mettre en ordre les parties précieuses, mais jusque-là eitersw et confuses des constitutions. D'ailleurs, pendant tout le cours du travail, on ne lit rien sans prendre l'avis de Mgr l'évêqne; ^ lorsqu'il fut terminé, on le soumil de nouveau à Sa Grandeur, qui, y reconnaisse l'exacte exécution de ses intentions, confrma par un acle authentique, daté du f jour de mars 1839. les constitutions et toutceqoi s'y rapporte d'après la nouvelle rédaction, imprima ainsi à la collection complète ce caractère religieux qui en assure l'obserntion dans une société toute dévouée à ue prélat en qui elle roconnatl tout à la foi* son supérieur, son bienfaiteur et »° père. (1)