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nelle, en reçoit une aumône a la condition de I aller remettre elle-même à l'infortuné; elle marche alors pour la première fois vers le premier de tous les malheureux qu'elle devait secourir. Dès l'Age de sept ans, elle recevait de son père, de l'argent, de la nourriture «t du linge, qu'elle s'empressait do distribuer à de pauvres voisins. Elle leur rendait de plus tous les bons offices que lui permettait son enfance, cl déjà elle eût voulu convertir en asile |K>ur les malheureux la maison paternelle. Ils la surprirent un jour dressant des plans, et marquant avec un couteau la place des 1 ils qu'elle voulait destiner aux malades* A l'Age de onze ans elle entra, pour y recevoir une instruction et une éducation chrétienne, mi couvent de la Visitation de la Flèche. A sa sortie de ce monastère, des maîtres habiles vinrent chez ses parents compléter ses premières connaissances. Mlle Jamin n'avait que quatorze ans lorsque sa mère la conduisit a Tours, l>our y voir une tante, veuve, sans enfants et jouissant d'une très-belle fortune. Celte dame, remplie d'affection pour sa nièce, s'empressa de lui procurer, avec une toilette brillante, tous les autres innocents plaisirs propres à Panacher au monde. Ce fut en vain; la jeune Françoise, loin de céder aux vanités du siècle , redoubla «le ferveur dans la prière, et d'exactitude dans l'observation de ses devoirs. Ce fut à cette époque que la divine Providence lui ménagea dans sa famille des ennuis cruels, les peines les plus poignantes. Elle trouvait alors son unique consolation dans la piété et les conseils de son directeur M. Michel Chapeau, né à Angers, et plus tard noyé à Nantes par les ordres du trop fameux Carrier. Le prêtre vénérable et d'une instruction solide était alors prieur-curé de Sainte-Colombe -lès- la-Flèche. H cultivait avec un tendre soin celte plante précieuse dont Dieu avait orné le champ confié à ses soins. Après avoir admiré dans l'enfance de Mlle Jamin son goût prononcé pour la piété et le service du prochain, la solidité de son esprit et sa pénétration l'élonnèrent. il ne put s'empêcher de voir que Dieu n'avait uni tant de moyens naturels è un aussi grand désir du bien, que parce qu'il destinait la jeune fille à des œuvres de charité extraordinaires; il se fit donc un plaisir de remplacer près d'elle tous les maîtres, et il lui donna successivement à lire les ouvrages
Jiropres à lui faire goûter de plus en plus a beauté de la religion, et a donner a son intelligence toute I activité dont elle était susceptible. Le vieillard conversait souvent avec elle, répondait à ses nombreuses questions, éclaircissait ses doutes et lui inculquait des idées saines et solides sur les hommes et les choses.
Au milieu de ces occupations, Mlle Jamin ne connaissait d'autres délassements que ses visites chez les pauvres et les soins continuels qu'elle leur rendait avec un plaisir toujours nouveau ; elle pansait leurs ulcères, dressait leurs lits, mettait en ordre leur mé-
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nage, leur proeurail des remèdes et des aliments. Pour se rendre plus utile aux malades, Mlle Jauiin voulut, dès l'Age de quinze ans, suivre les leçons de M. Pierre-Augustin le Boucher, natif de Montbason ( Indre cl Loire). Co vieux médecin de l'Ecole militaire de la Flèche était maître ès arts, correspondant de l'ancienne académie royale de chirurgie de Paris, auteur de plusieurs ouvrages de médecine, et exerça sa profession a la Flèche, pendant plus de trente années. Les hommes savants aiment à communiquer leurs lumières. Le docteur ravi de l'intelligence de sa jeune élève, lui donna chez lui régulièrement des leçons pendant environ sept années. Il la conduisait assidûment chez ses malades, s'en faisait aider dans les opératious de son art, et la présentait dans les assemblées de ses confrères. Après ses éludes médicales, Mlle Jamin, renonçant aux distinctions honorables qui eussent pu devenir la récompense de son savoir et de son expérience, se livra exclusivement au service de Dieu et des pauvres jusqu'à la révolution de 1790.
Celte époque désastreuse, loin d'abattre son courage pour la gloire divine et le soulagement de ses frères malheureux, l'enflamma davantage; elle sentait son zèle se rallumer à la vue de l'impiété abolissant le culte catholique en France et détruisant tous les établissements de charité. Au commencement des troubles révolutionnaires, elle recueillit le clergé de sa paroisse dans la maison de ses pareuts; elle s'efforça de préserver toutes les personnes qu'elle fréquentait, du scandale de l'Eglise schismatique établie par la révolution. Lorsque la France fut en proie à toutes les horreurs de l'anarchie, la crainte retenait au fond de leurs demeures les médecins et autres gens de l'art fixés a la Flèche et dans les environs. Mlle Jamin offrait à Dieu, chaque matin, le sacrifice de sa vie, puis elle parcourait avec joie la ville et toutes les communes de l'arrondissement de la Flèche. Partie dès l'aurore avec un peu de pain et de vin, presque toujours bientôt distribués aux premiers nécessiteux, Mlle Jamin ne vivait tout le jour qu'avec un peu de la nourriture grossière des gens de la campagne, et rentrait souvent le soir en sa maison pour y prendre son premier repas du jour. Une grande sobriété, un continuel exercice avaient fortifié son tempérament naturellement délicat.
Pendant quelques années, elle put, dans les visites des malades, faire è cheval dix et quinze lieues |>ar jour. Si l'excès de la faligue l'obligeait à prendre quelque repos, elle descendait de* son cheval, l'attachait a un arbre et dormait quelque temps entre deux sillons, sous la garde d'un gros dogue, qui la suivait ordinairement. Les souffrances physiques du prochain étaient loin d'épuiser un pareil dévouement. Les forces de Mlle Jamin semblaient au contraire se ranimer toutes les fois qu'il s'agissait de procurer aux fidèles, en ces temps de per*éculions, les moyens de partiel per aux
DES ORDRES RELIGIEUX