‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 245 sur 323 · RET 12M · texte numérisé non relu

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galion distinguée du commun des Chrétiens jmr la perfection et l'édification particulière qu'elle se propose.

« Si nous nous appelons mutuellement frira et saurs, c'est que, à l'imitation des j>remiers Chrétiens, qui se nommaient ainsi , nous arous tout quitté pour Jésus -Christ. Pour être parfaitement à lui, nous avons, comme les anciens solitaires, renoncé aux lueos de la terre, h notre pays, a nos inclinations naturelles, et môme à notre volonté {tronre* faisant, quoique toujours libres, une profession publique de pauvreté, chasteté et obéissance, n 'ayant qu'un cœur et qu'une âme, ne formant qu'une môme famille sous une mêmu direction, et ne connaissant plus ni père, ni mère, ni frères ni sœurs, que selon l'esprit de grâce qui nous a retirés du monde, pour servir Dieu uniquement et plus sûrement dans cette retraite.

t La richesse de cette retraite est la jnijvrelé de Jésus-Christ. Sans celte ressource, tout y serait bientôt perdu. C'est dans ce détachement et cet éloignement de toutes les ressources mondaines que nous font assurés toutes les ressources et tous les appuis de la divine Providence.

« On ne souffre chez nous aucune provision d'argent ni de blé, sous aucun prétexte, l«s même sous prétexte de la bâtisse, ou des réparations indispensables.

• Défendu de mendier et de chercher des «u icônes.

« Pour une sainte humiliation en faveur de toute la congrégation, une personne seulement, chaque année (avec les permissions requises), fait des quêtes pour aider à l'entretien des enfants pauvres. Elle rend compte du produit à sa rentrée.

• Tous les fonds appartenant au premier fondateur ne contiennent pas vingt journaux de terre. L'on n'en accepte pas davantage, m aucun revenu ûxe.

< Aucun des solitaires ne possède rien, ne doit garder rien en propre, ni meuble, ni argent, ni cellule, ni habillement.»

Personne n'est reçu parmi eux qu'il n'ait mis ordre à toutes ses affaires dans le monde, et qu'il n'ait renoncé, de cœur et en effet, à tout ce qu'il possédait. Les pauvres sont reçus de préférence.

Si les riches apportent quelque chose, cela est tout de suite, avant leur entrée, même en leur présence, distribué en bonnes œuvres, selon les plus pressants besoins do 1* maison.

Le travail des mains est habituel chez eui, excepté 1* les jours de dimanches et des fêles chômées; 2* le temps de leurs exercices spirituels journaliers, 3* et une grande partie des deux récréations. Par ce moyen, et à l'aide des sacrifices qu'ils s'imposent, comme aussi des offrandes que leur fait la charité des âmes généreuses, non-seulement '1* évitent de fatiguer le prochain par des demandes de secours, mais encore ils pourvoient à leurs besoins et a ceux des enfants pauvres qu'ils élèvent, surtout ils ont le précieux avantage d'imiler Notre-Seigneur

Jésus-Christ travaillant de ses mains a Nazareth; aussi n'ont-ils laissé de dettes nulle part. O miséricordieuse et toujours plus admirable Providence de Dieu, sur ceux qui veulent croire ces paroles de notre divin Sauveur : Quœrite primum regnum Dei.

{Matth. vi, 33.)

Sept fois par jour, ils font des exercices de piété à la chapelle, et, sept fois par jour, ils récitent des prières tout eu travaillant.

Exercices de la chapelle. — 1* Prière du matin (a ou 5 heures, selon la saison), et demi - heure de méditation, terminée par 1 Angélus ou Regina cœti: 2* sainte Messe tous les jours, è 6 h. 1/4. Les dimanches et fûtes chômées, on «ssisle à deux, et la seconde est chantée. Les Vêpres se chantent h 3 heures, et sont suivies d'une instruction. De même, il y a le matin des avis de méditation; 3" examen de conscience, a 11 h. 1/4; 4° Angélus après le dîner; 5" adoration de la Croix, h 3 heures. Cet exercice consiste à réciter cinq Pater et Ave, les bras en croix, demandant è Jésus mourant la contrition de nos péchés et la conversion des pécheurs ; après quoi chacun fait quelques instants d adoration du Saint-Sacrement; 6* Angélus après le souper, et, 7* à 8 heures, la lecture spirituelle, ou une instruction (laquelle se fait par un prêtre, la veille des dimanches et des fêtes, et tient lieu de la lecture spirituelle), et la prière du soir.

Prières de ta salle. — Tout en travaillant, on récite à la salle, à deux chœurs et & diverses heures, 1° le petit Office de la divine Providence; 2* celui de l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge; 3* les Litanies de sainte Thérèse, de la divineProvidence,des saints Anges, de saint Joseph ; V* le Chapelet; 5" quatorze Pater et Ave en mémoire des quatorze Eptlres de saint Paul, et pour demander le zèle pour la gloire de Dieu. Plus, il se fait chaque jour un catéchisme d'une heure.

C'est ainsi que se trouve réalisé un désir de l'intime ami de saint François de Sales, qu'il exprimait eu ces termes (Esprit de saint François de Sales, part, xvin, chap. 21) : « Que je serais consolé, si, avant que de mourir, je pouvais voir en l'église do Dieu une société de tilles et de femmes où l'on ne portât d'autre dot qu'une bonne volonté, et l'industrie de gagner sa vie du travail de ses mains, et qui, pour cela, n'eût point d'autre chœur que la salle du travail, où toutes ensemble participassent à la félicité dont parle le Prophète : Vous serex bienheureux, si vous mangez le fruit de vos travaux. (Psal. cxxvn, 2.) C'est en cela que consiste proprement la pauvreté évangélique telle que l'a pratiquée notre Sauveur, et, h son imitation, la sainte Vierge, saint Joseph et les apôtres, quittant Iihji pour vivre de

leur travail spirituel ou corporel Voici

comme notre Bienheureux parle du travail en l'une de ses lettres : // faut vivre d'une vie exposée au travail, puisque nous sommes enfants du travail et de la mort de notre Sauveur. Amenl Amenl »

Les pensionnaires se lèvent à six heures,

iu:t iuctio:

ei font leurs prières du mnlin pondant In sainle Messe. Files ne sont point astreintes mix prières de la salle; on leur donne tout le temps nécessaire pour leurs études.

Les solitaires de la Uetraite ont une dévotion spéciale a la Croix, au sacré cœur de Jésus, au très-saint Sacrement, à la divine Providence, à la très -sainte vierge Marie, aux saints Anges gardiens, à saint Joseph, aux glorieux apôtres saint Pierre et >aint Paul, saint Ignace de Loyola, sainte Thérè>e, saint François de Sales, saint François d'Assise, saint François Xavier.

L'exaltation de la Sainte-Croix est leur fête patronnale, celle de l'Immaculée Conception de la très-sainte Vierge est la fête principale parmi celles de l'auguste Heine des cieux; leur pratique souveraine de dévotion pour réussir, en tout, c'est la méditation des vérités éternelles.

Ils cherchent leur force dans la digne et fréquente réception des divins sacrements, et ils renverraient de leur société ceux qui passeraient les mois entiers sans se mettre eu étal :1c les recevoir.

Chaque année, les solitaires font une retraite de dix jours, et, chaque mois, une d'un jour.

Ils gardent Un silence habituel, excepté pendant les deux récréations qui suivent lo dîner et le souper.

Ils ont l'adoration perpétuelle du trèssaint Sacrement le jour et îa nuit, et ils la font deux à deux.

La nourriture consistait, autrefois, aux Fonlenelles, eu un pain d'orge, de froment ou de mélange, selon l'éducation, la condition, ou les besoins de chacun. On y ajoutait, une fois par jour, quelques légumes pauvrement assaisonnés, cl un peu de vin pour les personnes qui y étaient accoutumées. Jamais de viande, hormis les jours des exercices spirituels pour les peuples, et le temps de la maladie, ou à moins que la

charité des fidèles n'en eût olfert Plus

tard, M. Receveur crul devoir diminuer ces privations. « Nos austérités, quant à la nourriture, »dil-il,« se réduisenta peu près à ne rien prendre sans permission, hors le temps et le lieu marqués par la Kègle, et à nous conlenler de pauvres assaisonnements. » Il ajoute : « Les jeûnes et les autres austérités ne doivent point s'exercer indiscrètement, et on n'entreprend rien h cet égard sans l'avis des supérieurs. » Le règlement de la retraite ne prescrit point d'autres jeûnes que ceux de l'Fglise, et, chaque jour, il y a trois repas, le déjeuner, le dîner et le souper. Les personnes bien portantes se privent du déjeuner les mercredi, vendredi et samedi; mais elles soupent. On y fait usage de la viande plusieurs lois la semaine.

On fait une lecture spirituelle pendant les repas, et chacun doil s'attendre à en rendre compte. Les malades ont en tout, les secours spirituels cl corporels : ils doivent bien craindre tles consolations humaines, et avoir en horreur les soulagements que le mondo voudrait leur apporter, car les con-

.NAIUE RRT \u

solations humaines éloignent les consoia. lions divines. Le monde a tué Jé<u<- Chrisl.

La grande pénitence et çcllc où l'on réussit le plus dillicilement, c est la mort;lication do la volonté propre, c'est le renoncement a la liberté mondaine, à son propre cœur et à ses capricieuses inclinations, c'o»t l'obéissance, c'est la pratique d'un règlement, c'est l'assujettissement habituel d l'ordre et h la règle. C'est aussi le grand tout, pour attirer les plus amples bénédictions du ciel sur une communauté, el pour répandre au dedans et au dehors la plu* grande édification. Hors de l'accomplissement de la règle, c'esi le monde avec se> scandales, c'est le dérèglement, c'est loervicc des passions; hors de là les plus belles œuvres ne sont pas d'un grand prix.

Ils entretiennent parmi eux une étroit'» charité et union en se supportant les uns!^ autres, et en s'assislant mutuellement. Fji un mot, ils s'efforcent de reproduire dan* ces temps calamilcux, cl comme ils le peuvent, la vie et les vertus des premiers solitaires du désert : tel est du moins le but constant de leurs efforts, pour leur propre sanctification ; tels sont les iprincii^ui moyens employés pour l'atteindre.

Leur but en faveur du prochain. — V Elever chrétiennement les enfants pauvres.de l'un et de l'antre sexe, dans des classes et des maisons séparées. 2° Ouvrir des écoles gratuites attenantes à leur habitation re<pedive, toujours chaque sexe est séparé. Les solitaires s'appliquent à rendre leurs écoles remarquables, non par la variété des sciences, que cependant ils ne négligent pas, mais par une instruction solide sur les dogmes el les préceptes de la religion catholique, apostolique et romaine, et en formant leurs élèves à la pratique des vertus.

3* Procurer aux peuples l'avantage immense do venir dans les maisons de la Retraite vaquer aux exercices spirituels, les hommes dans la maison des hommes, et les femmes dans celle des femmes.

Tel étant le but de la société, il y faut nécessairement des solitaires de l'un cl de l'autre sexe et dès lors des prêtres qui en soient membres. Il est a propos de remarquer, à l'honneur de la grâce de Jésus-Chroi, que c'est principalement au zèle des personnes du sexe faible, à leur dévouement.! leurs sacrifices que l'on est redevable de la naissance, de la conservation et des sucrés de la société; aussi les avantages qu'cl/e présente, tournent-ils plus spécialement en leur faveur.

M. Receveur, plus connu sous le nom de II. Père Antoine, ne jouit pas longtemps en paix du fruit de ses travaux. La lei»|^ révolutionnaire vint éclater sur lui, <* comme il était spécialement recherché \m les ennemis de la religion, il fut obligé de s'exiler pour éviter la mort; il se retira en Suisse, d'où plusieurs fois, au péril de m vie, il repassa en Franco poui consoler, facoura^er les solitaires, noui soutenir le»

DES ORDRES RELIGIEUX

autres fidèles dans la fui et dans l'attachement à l'Eglise romaine.

Il composa alors, fit imprimer a ses frais, puis répandre en Franche-Comté, un opuscule intitulé Confidences de piété, suivies de deux lettres. Cet ouvrage était destiné à préserver du schisme les (ïdèlus , ou à en retirer ceux qui avaient eu le malheur d'y tomber. C'est aussi pendant l'exil , qu'il acheva un autre opuscule, divisé en deux f*rlies. La première est intitulée : Exposition simple d'un établissement de piété commencé aux Fontenelles, diocèse de Besançon, dès lan 1787; l'autre : Mémoire en faveur de. laSociété de la sainte Retraite. Ce dernier opuscule imprimé en français, en allemand et en italien, fut en 1800 examiné h Venise, par les ordres de Pie VU, qui agréa l'hommage de quelques exemplaires Je ce livre, et en permit la propagation.

Le 23 octobre 1793, la maison des sœurs de la Retraite fut envahie par une bande de soldats indisciplinés et de malfaiteurs, qui usèrent de toutes sortes de violences, pour obtenir que les pauvres sœurs de la Retraite abandonnassent leur habit et leur saint état; mais elles opposèrent une résistance invincible. Traînées par les salles et les escaliers, arrachées de leur saint asile, chargées de coups de plats de sabres, réunies enfin sur une portion duterraincommunal, elles furent cernées par ces forcenés et menacées d'être fusillées sur-le-champ, si elles ne rentraient pas sous le toit paternel. De leur côté leurs parents accourus sur le lieu de la scène, conjuraient, les larmes aux yeux, leurs filles de se résigner aux injonctions qui leur étaient faites, et de ne pas les rendre témoins forcés de leur mort. Ces jeunes héroïnes, ni attendries par les larmes do leurs parents, ni intimidées par les menaces des soldais, se mirent toutes à genoux pour recevoir le coup de la mort. Tant de courage désarma ces furieux, et les décida à s'éloi-

fiiier. Les généreuses filles laissèrent écouur la multitude, et ne pouvant plus regagner leurs cellules fermées, elles s'acheminèrent vers la Suisse, en chantant le Te Deum. Elles eurent ainsi l'honneur et le bonheur d'endurer toutes sortes de mauvais traitements pour la bonne cause, et se vouèrent avec joie aux angoisses de l'exil pour rester inséparablement unies à la sainte Eglise romaine. Aucune d'elles, ni des autres solitaires de la Retraite n'eurent le malheur de prendre part au schisme.

Ce .serait trop long de suivre la Société, composée alors de cent vingt membres, dans ses diverses courses et stations sur la terre étrangère pendant plus de dix ans d'exil. Seulement il suffit de remarquer qu'elle y conserva son habitet son règlement; qu'elle eut l'avantage de répandre la bonne odeur de Jusus-Christ sur son passage, que quoiq ue éprouvée par toutes sortes de privations, l»ar les maladies, par les décès fréquents, cependant elle se recruta de sujets généreux, que ses sacrifices héroïquement supportés contribuèrent, avec la grâce de Dieu, à lui Dictiosm. dm Ordres rblig. IV.

attirer. Elle recueillit partout les plus honorables témoignages de la part des autorités ecclésiastiques et civiles. En 1800, elle eut le bonheur d'être admise au bassement des pieds apostoliques à Lorelte. Pie VU donna à sou fondateur des marques précieuses de sa bienveillance et de son approbation, et permit l'établissement de plusieurs communautés de In Retraite è Rome et dans les environs. Son Eniinence Mgr le cardinal d'Espuich se déclara le protecteur cl le bienfaiteur infatigable de la petite société.

En 1802, la France commençant a respirer, après les longues et épouvantables secousses de la révolution, le fondateur de la Retraite crut que sa société pourrait s'y rendre utile, et pensa à l'y ramener. Il demanda et obtint la bénédiction du Saint-Père, qui voulut bien y ajouter des secours pécuniaires, et mit deux colonies de ses enfants en marehe vers le nord do l'Italie, pour se rendre en France, l'une par l'est, I autre par le midi.

Rentrée en France, la Société Tut favorar blement accueillie par Mgr de Cicé, archevêque d'Aix. Ce prélat fonda quatre communautés de la Retraite dans son diocèse, deux a Aix, et deux à Marseille.

L'une des deux maisons établies à Aix est destinée à l'éducation des jeunes gens, à préparer des prêtres è la société; elle subsiste encore. Elle a formé un nombre considérable de prêtres qui ont honoré le sacerdoce. Mgr Imbert, mort martyr en Corée; M^r Ferréol, évêque de Belline, vicaire apostolique, mort en Corée; Mgr Alphonse Vial, prêtre martyrisé; et Mgr Cuénol, évêque de Métellopolis, et actuellement vicairo apostolique en Cochinchine, ont été membres de la Retraite chrétienne.

En 1804 le 7 août, M. Receveur mourut à Cercy la Tour, dans le Nivernais, des efforts iuouïs qu'il fit pour évangéliser les habitants de ce pays. Ses restes transportés a Autun, où quelques mois auparavant il avait

Erôché une mission admirable par le nomre des conversions opérées, y reçurent les plus grands honneurs de la part du peuple et du clergé de la ville, qui fit graver sur la pierre tumulaire de sa tombe, ces paroles : Mort en odeur de sainteté.

Depuis, la Société s'est considérablement accrue sous la direction du T.-R. P. Charles firetenière, prêtre du diocèse de Besançon, successeur immédiat du fondateur, nomme puissant par son éloquence mâle et entraînante; prédicateur infatigable de la parole de Dieu, doué d'une foi vive et d'un zèle aussi ardent que compatissant & réveiller les peuples de leur assoupissement léthargique; il seconda efficacement les évêques de France, qui l'appelèrent dans leurs diocèses, à ramener leurs ouailles è l'unité catholique, ou a les y conserver, et ensuite è les porter aux pratiaues d'une piété solide.

Consumé de fatigues et d'infirmités, il e.»l mort plein de jours et de mérites le 3 juillet

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