‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 279 sur 323 · TRA · texte numérisé non relu

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DES ORDRES RELIGIEUX

Tool n'est-il pas infini dans les promesses et dans les menaces de la religion, et peut -on prendre trop de précaution pour échapper a rdles-ct et pour mériter celles-là T

Les révolutionnaires venaient de supprimer, en 1793, l'abbaye royale Cistercienne, rue Saint- Antoine, a Paris, lors de la proscription générale de tous les ordres religieux; ils en persécutaient les habitants paisibles avec d'autant plus d'acharnement, qu'ils appartenaient tous, par les liens de famille, a la noblesse française. Toute la communauté fut jetée en prison, où elles souffrirent toutes sortes d'indignités, et où «Iles attendaient patiemment leurdélivrance, comme elles le disaient entre elles, c'est-àdire, le moment de monter à l'échafaud, quand la mort de Robespierre leur rendit la liberté. C'est en sortant de sa prison , que Mme Marie-Kosalie-Augusline de Chabanes, qui avait fait na profession religieuse dans celte abbaye, le 3 juin 1787, sous le nom de jour Angélique, se réfugia à la Val -Sainte, eo Suisse, ou le R. P. abbé dom Augustin irait conduit une colonie de ses frères pour sauver Tordre du naufrage qui menaçait de les engloutir, et où vinrent les joindre un grand nombre de religieux et de religieuses des antres monastères supprimés, qui avaient l>ris le chemin de l'exil pour fuir une patrie qui dévorait ses enfants (1).

Olle communauté fut divisée en deux l«rties : Mme de Chabanes fut nommée supérieure des religieuses qui s'établirent, le Il septembre 1796, dans une propriété apl«lée la Riedra, qu'un ancien religieux, dou Gérard, leur céda, près de S«inl-Mauriee, dans le bas Valais, non loin de la Val- Sainte, et elle en fut la fondatrice. Tous les religieux et religieuses réunis en Suisse embrassèrent la réforme, qui fut introduite dans la règ'e à la suite d'un grand nombre de chapitres qui eurent lieu pour l'examen.

Tous, d'un commun accord, embrassèrent la même Règle et les mômes pratiques, c'està-dire la Règle de l'étroite observance de Oieaux dans toute sn rigueur primitive. La pénurie où vivaient les religieuses Trappistines fut telle, que, faute délits, elles étaient obligées de prendre sur la terre nue le peu de repos qu'elles se permettaient. Leur nourriture se composait des produits sauvages de la nature, et, lorsque ces produits uian quaienl, elle* étaient réduites à manger les feuilles des arbres. Malgré cette a tireuse existence, elles aimèrent mieux remplir, toutes ensemble, leurs devoirs monastiques, que d'aller vivre chrétiennement au sein de leurs familles.

Les guerres et ses horreurs eurent bientôt dispersé les religieux et les religieuses de la Val-Sainte. C'est alors que recommença i-ettc vie de tribulations et de souffrances.

(I) C'est là que fut reçue novice, peu de temps »piea, et tous le nom de Marie-Joseph, la princesse Louise de Bourbon -Condé ; elle devint bientôt fugitive avec les membres de son ordre et partagea k>u* ses nialbeujs. Ce fut en sa considération que

Sous la conduite de la Mère Angélique et de Mme de Chabanes, la communauté alla d'à bord en Prusse, puis en Pologne, et jusque dans 1ns déserts de la froide Russie. Enfin, après un court séjour dans la Russie Blam-he, d'où elles furent chassées, Mme de Chabanes résolut de sauver la communauté par le chemin de l'Angleterre, où elle arriva, à travers mille périls, en 1800, avec les religieuses confiées à ses soins. Elle s'établit d'abord près de Londres, à Harmmersmith, puis, de lè, à Burton, près de Christchurch (église du Christ). Enfin, en 1802, le 13 novembre, elle prit possession de la propriété de Stappenchill, dont lord Armdel venait de lui faire cadeau. Dans la nuit du 3 mai 1818, un violent incendie se déclara subitement, et menaçait de consumer l'obbaye. Un vaste hangar, rempli de fourrage, de bois, et d'autres matières combustibles, était la proie des flammes, tandis qu'un toit de chaume, conligu à celui du hangar, n'était pas même atteint. Sorties d'une crainte respectueuse, en assistant à une scène si extraordinaire, les relieuses apprirent bientôt que Mme de Chaînes, leur supérieure, avait, comme par inspiration, saisi un reliquaire de la vraie croix, cl l'avait jeté avec foi au milieu des flammes, précisément à l'endroit où elles s'étaient arrêtées. C'était aussi au même instant que le feu avait cessé, comme jiar miracle. Le monastère de Stappe-Hill fut soumis au R. P. don Augustin jusqu'en 182k, où le Pape Léon XII trouva nécessaire d'apporter quelque adoucissement, parce qu'un grand nombre de religieuses étaient décédées, par suite des privations et des mortifications. Ce prieuré passa sous la juridiction ecclésiastique de Sa Grandeur Mgr l'évôque.

Mme de Chabanes administra ce couvent jusqu'à sa mort, qui arriva le 13 juin 1814, à l'âge de soixante-seize ans, après cinquante-sept ans de profession. (2)

TR El LLE (R BUGiBUses db Notr b-Dam b db la),

Si l'on en croit une ancienne légende, Je protection de Marie, sur cette ville, serait de toute antiquité, puisqu'elle se serait exercée, pour la première fois, sur celui qui devait en être le fondateur. Voici cette légende :

C'était vers l'an 503, Salvaert, prince de Dijon, voyageait en Flandre avec Uerman-

Sarde sa femme. Celte princesse, qui était 'une beauté remarquable, avait inspiré une vive passion au gouverneur de la province du Buck. Phinaert, c'est ainsi qu'il s'appelait, était un tyran dans toute l'acception du mot. Vols, sacrilèges, crimes de toule espèce, rien ne l'é(>ouvantait. Après mille tentatives, qui avatent échoué contre la vertu

l'empereur de Russie donna asile à tout l'ordre ; mais il Tut chassé après de tout l'empire. Devenue

Ïlus tard abbesse des religieuses Bénédictine» do emplc, elle mourut le 12 mars 1824.

(2) Voy. à ta fin du vol., n«« 24$, 2J9.

WS9 THE

d'Ilcrmangardc, lu misérable résolut de so venger d'une manière qui devait faire tomber la femme de Salvaert entre ses mains. Lu jour que les deui époux, accompagnés seulement de quelques hommes d'armes, traversaient une épaisse forêt, située non loin de l'endroit où Lille est bâtie, ils furent attaqués par une troupe do gens envoyés par Phinaert. Le malheureux prince fut "tué en se défendant. Plus heureuse que son époux, Hermarignrdc, profitant de la confusion générale, parvint a se laisser glisser a bas do son cheval, et à prendre la fuite sans être aperçue. Pendant près d'une journée, elle se déroba aux recherches des assassins. Enfin, accablée de fatigue, elle se laissa aller au sommeil. Marie lui apparut en songe : « Hermangarde, » lui dit-elle, « tes souffrances ne sont pas terminées; mais que ton cœur se rassure, de loi naîtra un tils qui vengera son père, et régnera sur ce pays, lui et ses descendants. » Après quoi," la vision disparut.

Lorsque l'infortunée ouvrit les yeux, elle constata son heureuse délivrance; mais force lui fut de renoncer bien vile au bonheur d'être mère; elle entendait, a quelques pas de distance, les cris de ceux qui la poursuivaient; d'un instant a l'autre, elle pouvait être découverte. Mlle donna donc un dernier baiser à l'enfant qu'elle venait de mettre au monde, le déposa au bord de la fontaine près de laquelle elle s'était endormie; remit, dans une prière suprême, son sort et celui do son lils entre les mains de la Mère de miséricorde, et alla se livrer aux gens de Phinaert.

Celui-ci ne fut pas plus heureux auprès de la princesse celte fois que les précédentes. Outré de colère, il la fil jeler dans un « achol infect, où elle séjourna vingt ans. Devenu grand, son lil.* Lydéric appela Philibert en combat singulier, le tua, et délivra sa mère. Il régit la contrée sous le tiire de premier forestier de Flandre, que lui avait conféré le roi Clotaire II. Ainsi s'accomplit la promesse faite par Marie à la femme de Mvaeil.

(Jello légende, que nous n'avons rapporléo ici que pour mémoire, ne doit êlreconsidérée ou à sa juste valeur, c'esl à-dire comme un de ces récits que nos pères inventaient avec tant de facilité, si l'on en juge par le nombre de ceux qui sont parvenus jusqu'à nous, ou encore, comme un simple fait, grossi par cet amour du merveilleux qui se rellôle dans toutes les histoires d'autrefois.

Une seule remarque suffirait pour la rendre très-récusable, ce sont les paroles de la Vierge à Hermangarde : « De toi nailra un lils qui vengera son père. » Comment supposer, en eiret, que la Vierge clémente ait pu, elle qui prêche le pardon et l'oubli des injures, préconiser ainsi la vengeance, et qu'elle n'ait eu d'autre baume à versorsur les

M) I. «s fortin calions de Lille.

tt) Otifi coud cric, une des premières qui ait <-»><< m on France, se composait de vingt membres

TRË UIO

plaies de la malheureuse princesse! Comme preuve de l'ancienneté do la protection de Marie surcetlecité.oous lui préférons la gi/k\qu'elle lui a faite d'entrer une des première-» dans le giron de l'Eglise romaine, et |>ar la suite de ne jamais s en écarter; de l'avnr, dès sa fondation, préservée de ces crises terribles qui font couler tant de larmes et de sang, et qui assaillent presque toujours les villes et les empires naissants.

En 1055, Bauduin V, dit le Pieux, qui venait d'achever la grande œuvre commencée par son père Bauduin IV (1), conçut le projet de doter la ville d'une église digne d'elle, et appropriée aux besoins de la population. Jusqu'alors, les fidèles se réunissaient dans de petites chapelles, tout à fait insuffisantes et qui, multipliant les difficultés de l'éducation religieuse, n'obtenaient, malgré cela, que des résultats inférieurs à ceux que l'on était en droit d'allondre. Les plans du nouvtl édifice furent bientôt dressés, et, onze nus plus lard, le 2 août 1066, la dédicace en fut faite solennellement parle comte Bauduin V, en présence de Philippe 1", roi de France, dont Bauduin avait été le tuteur, et de toute la noblesse de Lille et des environs. Elle fut consacrée pontiûcalemenl parMgrs Bauduin, évêque de Noyon; Cuy, évêque d'Amiens, et Drogon ou Druon, évêque de ïbérouanne, assistés par les abbés des plus nobles monastères.

Une chapelle particulière y avait été réservée à la sainte Vierge. On peut difficilement se faire une idée de la manière rapide dont la dévotion envers Marie s'étendit parmi le peuple de Lille : il semblait qu'une puissance inconnue l'attirât aux pieds de la madone.

Les chanoines de la collégiale, touché? de cet élan (chaque jour croissant), de la piété des habitants, et pleins du désir de développer davantage le principe de foi qui couvait dans toutes les âmes, se décidèrent à fonder une association religieuse, dont le résultat devait rendre plus intime les rap ports qui unissaient déjà la Vierge et k peuple de Lille, en mettant celui-ci sous la protection immédiate de Marie.

Marguerite, comtesse de Flandre, à qui ils soumirent leur projet, déclara s y associor de grand cœur. Les statuts furent posés. La comtesse les ratifia et s'inscrivit la première avec son fils Guy île Dampicrre, sur les registres de la confrérie. A la suite de ces noms illustres se lurent ceux de MM. du chapitre, et d'un grand nombre de personnes laïques recommandables par leur rang *l leur piété. La confrérie prit le litre d« Notre-Dame de la Treille à cause de l« treille de fer qui entourait la statue vénérée.

A cette association se réunit cellequi, depuis 1-237 existait en ladite église sous le titre de Charité de Notre-Dame (2).

Les heureux effets de l'associaliou ne tar-

(femmes) qui offraient aux associes des refiniU prières. La rareté des manuscrits les reniiiioai idi-rs très -précieux aux personne! pieuse*.

DlCTIONNAlftB

U|i TRB DES ORDRES RELIGIEUX. TRB 1443

dérent pas à se faire sentir, et la piété pu- chaque année durablement, par telle» voiet et Muue s'accrut à la vue des miracles qui par tel* lieux que le» rewart et que esche vint éclatèrent sous les voûtes de Saint-Pierre. de Lille deviseront et ordonneront par ou on Ces preuves irrécusables de l'ineffabilitê la peut faire p'.u» convenablement, qui doit de Marie décidèrent MM. les chanoines à commencer le jour que notre »ire Dieu, en porter a la connaissance de Sa Sainteté l'honneur de sa trèt-chere mire, a commencé AleianJre IV les récils authentiques des nouvellement a faire »i glorieux miracle» déniées obtenues par son intercession , le vont l'image que on appelle Nottre-Dame a le suppliant de rendre canonique la confrérie Treille en C église Saint-Pierre devant dite. érigée en l'église Saint-Pierre. Ces demandes C'ett as»avoir le premier dimanche apre» le furent appuyées par la comtesse dans une jour de la Sainte Trinité et doit durer penleitre particulière adressée au Souverain dont ix jour» continuant en perpétuelle mépontife. moire de» miracle» devant» ait», et pour la Le Pape répondit par l'envoi de deux res- raiton de» oraisons, de» aumône», de» biencriis qui accordaient à la confrérie de Notre- faits et de» œuvres de miséricorde que on y Pâme de la Treille les richesses spirituelles fait et fera en avant en l'honneur de Nostredool l'Eglise est la dispensatrice. Seigneur et de sa douce mère par commune Celte laveur de la cour de Rome acheva de dévotion, nous avons octroyé et octroyons a populariser la dévotion envers la Vierge à tou» cettx et a toute» celle» qui en petérinnge la Treille; en moins d'un mois le nombre viendront a Notre-Dame a Lille dedan» le» des confrères et consœurs atteignit un chiffre ix jours devons dit» en l'honneur de la douce presque égal à celui des habitants. Les pa- vierge Marie pour acquérir te» pardon» qui rents faisaient inscrire leurs enfants, même y sont et teront établi» dan» le» ix jour», ceux en bas-Age; les nouveaux époux, bien »nuf-conduit de nou» et de nos gens allant et qu'en en faisant déjà partiechacun de leur côté venant et demeurant franchement et paisible • v faisaient enregistrer ensemble pour appe- ment qu'il» ne feront ni prit ni arrêté» pour 1er sur leur union les bénédictions du Ciel, dette» ni pour autre chose d'arritre faite ou Chacun voulait s'enrôler sous la bannière avenue s'ils ne sont bannis pour laid fait. Et de Notre-Dame de la Treille, et, à voir l'en- demeurer et aller en ta ville de Lille dan» tbousiasme général, on eût dit que hors de voie» et dan» chemin» partout dedan» le» apla confrérie il n'y avait pas de salut possible, partenance» (limites) de Lille si avant que A partir de ce moment, le peuple confondit Tenclos de la procession s'étendra. Et si il le nom de Notre-Dame de la Treille avec advenait que quelqu'un de ceux et de celle» celui de Notre-Dame de Lille. Naïve appel- qui viendront à Notre-Dame de Lille fut arlaiion, qui donne la mesure de sa reconnais- rété pour dettes ou pour autre chose si c* unce et de son amour envers sa généreuse n'est pour vilain fait, dedan» le» ix jour» en protectrice. . l'enclos devant, a la requête du doyen et du Jusqu'alors Marie n'avait été honorée à chapitre de l'église de Saint-Pierre de Lille Saint-Pierre que selon les pratiques généra- devant dite, nous le ferons ce livrer (délivrer) les en usage par toute la chrétienté. Mar- tout quitte de tout comme a nou* et a notre guérite de Flandre, jalouse de lui prouver droiture il appartiendra. sa gratitude pour les effets constants de sa En témoignage et confirmation de laquelle libéralité sur la ville de Lille, décida, d'ac- promets» nous avons fait mettre no» tceaux à cord avec MM. les chanoines, qu'une nro- ce» présentes lettres.

cession générale et solennelle serait faite Et nou* les Rewar» et le» Eschevin» de la

chaque année, par telle voie qu'il plairait à ville de Lille quia ces choses devons dite*

MM. leséchevins le dimanche suivant la fête avons mis et mettons notre octroi et notre asde la sainte Trinité. Voici h quelques traduc- »eur pour ce que nou» voulons qu'elle» soient

lions près le texte de la charte de fondation, bien et fermement tenues a toujours de nou*

f,.„ . . et de nos successeurs, de tout comme a nou*

c uKS-é? W?S£Z £ att; ï'izr. «jxiz

ItoLi |;aachèrea,eDl de ''éalise S»1»1-!"'""» d. 10». «»x qut dncn, ni dit avon, mit no.

sceaux aux prétente» lettres qui furent don- Nou» Marguerite, comte tte de Flandre» et née» en l'an de l'incarnation de nottre Séide Uaynaut, et moi Guy. ton fils, comte d* gneur )n Caisrr MCCLXIX (1269) au moi* Flandres et marchit de ffumur, de febvrier. (Livre de Aoitin, p. 281 .)

faisons savoir a tout que nou», en fhon- Ceux qui liront ces lignes s'étonneront neur du Dieu, Jésus-Christ et de la glorieuse peut-être de la singularité de cette clause, vierge Marie ta mère, et pour le profit de qui pendant la durée de la fettuité nouvelle, l église Saint-Pierre de Lille, qui ett fondée suspendait l'action des lois sur les coupapar not ancétret, teigneurt de Flandret, et bles. De nos jours de pareils actes ne manp our l'avancement de l'œuvre qui ett commen- queraient pas d'être traités de folie. Cepenc/e dam l'eglite devant dite, pour laquelle le» dant, à mon avis, c'était une sage maxime chanoine» Je cette même église de leur rente que celle qui voulait que même pour les cridon* il* doivent vivre te sont beaucoup tour- minels la fête de la Consolatrice des affligés mentés depuit longtemps et le sont encore fût aussi nn jour d'allégresse. C'était la voix chaque jour, avons octroyé et octroyons une de la rejigioo, la voix du cœur, qui avaient procetttona faire autour de la ville de Lille dicté ces lignes, où tout respire la foi et la

fermement à tenir, et pour plut grande sûreté

Iil3 TUE DICTION

clémence. Ceux qui profilèrent île celte permission le comprirent sans «ioule, car jamais ils ne s'en rendirent indignes; ils suivaient pieusement la procession, mêlés à In foule ♦les fidèles, cl personne ne s éloignait d'eux. Autres temps, autres mœurs.

La première procession fut fixée an 2 juin 12G9. Selon le vœu de la fondatrice, le rewart et les échevins eu tracèrent l'itinéraire; il lut décidé qu'elle marcherait, sortant de l'église Saint-Pierre, par les rues royales jusquà la porte des Malades, et que <ie là ferait le lonr de la ville.

Le jour tant désiré parut enfin. A huit heures du matin le cortège se mit en marche dans l'ordre suivant :

Les corps de métiers avec étendards el emblèmes, les membres de chaque groupe portant un cierge h la main; les compagnies d'archers el d'arbalétriers; diverses dépulations de pèlerins venues des villes environnantes, chacune précédée de sa bannière; les confréries des Saints-Lieux elles religieux des ordres de Saint-Dominique, des frères Mineurs et de l'Observance ; les quatre compagnies bourgeoises en armes et habits de parade, suivies de Irompettes et tambours qui sonnèrent pendant le cours de la procession; le clergé do la ville revèlu de ses plus riches ornements sacerdotaux; un groupe de personnes des torches à la main; les châsses el reliquaires, en tôle desquels était portée, par quatre chanoines en élole et en surplis, la fierle (châsse contenant des cheveux de Marie). De chaque côté marchaient deux trompettes portant banderolles aux aimes de la ville; enfin, les qu.-iraule hommes du magistral en robe magnifique.

Le cortège était fermé par le bailli et »es gens h cheval, formant « compagnie de chevau-légers pour la défense de la reine de Gloire. » A la suite, nue grande multitude de peuple, les uns pieds nus, tous lèlo découverte et [triant avec ferveur.

Ainsi qu'on peul en juger par cette description, Lille, par la reconnaissance, fut autant que possible à la hauteur des grâces qu'elle avait reçues. Celte solennité fit bruit par toute la chrétienté, et quelques mois plus tard Mgr Radulphe, évéque d'Albanie, légat du Sainl-Siégc, désireux d'encourager la dévotion des Lillois envers Marie, accorda quarante jours d'indulgence à ceux qui, ayant satisfait à la confession, vieilliraient faire à Saint-Pierre une pieuse visite, (les grâces fuient les premières attachées au tulle de Notre-Dame de la Treille.

En nous reportant à d'anciens comptes do la ville, nous voyons que souvent MM. du magistrat concouraient par des cadeaux à l'embellissement de la procession, lin 1393 ils donnèrent une pièce de drap d'or pour couvrir la Fierle. En 1396 quatre banderoles d'armoisin écarialc brodées aux armes de Lille. A l'année 1397 on remarque l'achat do quatre chapeaux ornés de roses naturelles.

(I) La première fois, on 1213, lor* «lu pillage el ordre» de Philippe-Auguste.

IAIRE TP.E Ui4

Ces coiffures devaient servir à MM. du m«. gistrat a qui était dévolu l'honneur de soutenir le dais qui abritait la châsse principal*.

Au sortir de la procession, le rewart larerêvait des membres du chapitre : il en faisait l'ouverture el inventoriait le nombre de joyaux et objets précieux qui y étaient contenus.

Au retour, le doyen des chanoines, a qui il en faisait la remise, la visitait denoutfau, après quoi il remerciait MM. du magistral de leur bonne garde, et leur offrait les vins d'honneur.

Si nous retournons de quelques année* en arrière, nous trouvons un événement qui à cette époque vibra douloureusement dans le cœur des Lillois. En 134i, un incenr.ie, dont les causes sont restées inconnues, réduisit en cendre la collégialede Saint-Pierre. Les reliquaires el les vases sacrés purent seuls ôire sauvés. C'était (a seconde fois depuis 10G6 que celte église éprouvait un semblahle malheur (11.

Sans se laisser décourager par cette fatalité, les chanoines en firent immédiatement commencer la reconstruction; mais bientôt le manque de fonds arrêta les travaux. Plusieurs années s'écoulèrent pendant lesquelles l'édifice resta inachevé.

Enfin, Philippe, troisième prince de la maison de Bourgogne, que l'histoire a surnommé le Bon, prit cette œuvre sous sa pn>teclion, et en peu de temps la collégiale el particulièrement la chapelle de Notre-Dame do la Treille, objet do tous ses soins, recrurent plus belles et plus gmnuio^es qu'elles ne l'étaient avant le sinistre de 13ii.

La reconstruction de l'église Saint-Pierre fui le prélude des liléralilés el des nobles institutions qui remplirent la vie du duc de Bourgogne.

Quelques années plus tard, Philippe, qui venait d'épouser, à Bruges (10 janvier 1W0-, la princesio Elisabeth, fille de Jean I", mi de Portugal, résolut, a l'occasion de cet événement, de mettre à exécution un projet qu'il nourrissait depuis longtemps. Ce projet consistait dans la création d'un ordre chevaleresque, fondé sur des bases capables de lui cot»crver pendant la durée de son existence le caractère de grandeur el do noblesse que le duc, voulait y attacher. Telles furent les circonstances qui présidèrent à la fondation de l'ordre de la Toison d'or. C'est h tort que quelques historiens ont prétendu que Philippe n'avait eu en ceci d'autre bul que de perpétuer le soutenir de son union. Une semblable eiphcaiion.

fausse par le principe, prive le duc de la gloire que cette institution lui a assurée, en ne faisant de lui qu'un ambitieux, cherchant par un moyen quelconque è imtr.ortaliser son nom; ses actes d'ailleurs protestent éticrgiqucmenl contre une |>areille intention. Nous croyons donc pouvoir afliru<" de nouveau, sans crainte d'être démenti,

i" l'incendie de la ville par l'armée française, h»» b

1445 TRE DES ORDRES RELIGIEUX. TilE 1415

que ce fut sous l'empire des molifs relatés Le jour suivant , les chevaliers se réuniplus haut que Philippe le Bon institua l'or- rcnt de nouveau, et, sur la proposition du drede la Toison d'or, qu'un auteur (F. Va- duc, élurent deux chevaliers, lontin, Histoire des dues de Bourgogne) a Le sieur Frédéric, comte de Meurs, en défini : le plus beau code d'honneur et de remplacement de Robert de Masniières, dévertu chevaleresque qui ait jamais existé. cédé ;

Aussitôt que la charte fondamentale fut Et Simon de Lalaing, en remplacement

terminée, le duc conféra l'ordre à vingt-qua- de Jehan de Montagu, destitué la veille,

ire chevaliers. La consécration religieuse La liste des affaires étant épuisée, Mgr

fut fixée au 29 novembre, jour de la fête de Pévêque de Nevers exhorta les membres de

saint André-, protecteur de la Bourgogne, et l'ordre à persévérer dans la voie de la reli-

l'un des saints patrons de la Toison d or. ligion et du devoir.

Dès le matin les chevaliers se rendirent Avant de se séparer, les chevaliers sus-

ao palais du duc qui les reçut avec grand pendirent autour de l'autel les écussons de

apparat. Lorsqu'ils furent tous réunis, il leurs armes, voulant qu'ils fussent un hora-

leur renouvela en peu de mots la manière mage perpétuel de leurs sentiments envers

dont ils devaient garder et honorer l'ordre la > iergo de Lille.

dont ils faisaient partie. Ainsi se termina le premier chapitre de la

Ce discours terminé, le greffier lut à haute Toison d'or,

voix Ips quatre-vingt-quatorze statuts de la Pour perpétuer le souvenir de cette insli-

rharle; après quoi le duc, suivi des cheva- tution, Philippe le Bon fonda deux Messes

tiers, se rendit à la collégiale. Le chapitre ch ique jour à l'autel de Notre-Dame de la

et tous les membres du clergé les y alten- Treille, par un religieux de Saint François,

daient et les conduisirent processionnelle- et un de Saint-Dominique, et une Messe

ment au chœur où fut chantée une Messe chantée chaque samedi par un chapelain du

solennelle. A la suite du service divin, le Saint-Pierre.

grand maître de l'ordre alla s'agenouiller L'année 1431 fut remarquable dans les an-

«u pied de l'autel de Notre-Dame de Lille, nales de la confrérie paries grâces ecclésias-

sous la protection de qui il plaça tous les tiques accordées parfclgr lecardinal Nicolasde

membres de l'association. Sainte-Croix, prôtreel nonce apostolique.

Les chevaliers furent reconduits par le Deux ans plus lard, sur la demande du duc

clergé avec les mômes honneurs qu'à leur de Bourgogne, Sa Sainteté Eugène IV, par

arrivée et se retirèrent en très-bel ordre. bulles du 17 septembre 1433, attacha de

Le soir, à Vôpres, ils vinrent en habit de nouvelles indulgences au culte de la sainte

deuil pour honorer la mémoire d'un de leurs Vierge de Lille. Une fois encore, en 1455, co

compagnons d'arme, Messire Robert de Mas- prince fil élever en la cbapclle de Notre-Dame

mières, tué à la journée de Pont-à-Bouvines. de la Treille, un superbe tombeau à la mé-

lls assistèrent en pareil costume aux Mes- moire du comte Louis de Malc. Ce monu-

ses et services funèbres qui furent célébrés ment avait cinq pieds de haut : sur le socle

les 30 novembre, 1" et 2 décembre, pour le de marbre noir reposaient les statues du

repos de l'âme de l'illustre défunt. comte, de Marguerite de Brabant, sa femme,

Le lendemain 3 décembre eut lieu en la- et de Marguerite de Flandre, sa fille. Cette

dite église la première assemblée de l'ordre; marque de pieux souvenir termine les IU

vingt-deux chevaliers (1) y assistaient. Ils béralités du duc de Bourgogne. Do tons les

prirent place dans les stalles de MM. les princes qui invoquèrent le litre de servi-

ebanoines; lu duc occupa celle du prévôt; leurs de Marie, aucun peut-être n'en fut plus

celle du sire de Masmières fut laissée vide digne que Philippe le Bon. Nous n'enlrerous

et recouverte d'un drap noir. point ici dans une appréciation des qualités

Le grand maître déclara la séance ou- qui le distinguèrent; qu'il nous sullise de

verie. dire que son règne fut le plus glorieux de

Le greffier relut les statuts, puis on pro- la maison de Bourgogne, et un des plus

céda a la nomination de quatre officiers de heureux pour la religion (2) et la prospérité

l'ordre. Cette opération terminée, le con- publique.

seil appela à sa barre le chevalier Jehan de En suivant l'ordre chronologique des évé-

Neufehastel, sire de Montagu, pour expli- nements, nous avons è mentionner de nou-

Suer, s'il le pouvait, sa fuile à la bataille velles grâces apostoliques accordées à la

Aulhon. confrérie par : Mgr Jean Chevcrot (11 juin

Le sieur Etienne Royant se présenta et 1460), Mgr Guillaume Filasirius (11 juin

la défense du sire de Montagu; mais 1403), Mgr Fcrrv de Cluny (8 novembre

porta les rj

les raisons qu'il fil valoir ne furent pas ac- 1480), tous trois évôques de Tournai, ceptées, et le grand maître, sur le vœu du Ces encouragements ranimèrent la dévoronseil, déclara Jehan de Neufchastel ravé lion un peu ébranlée des Lillois envers Nodu nombre des chevaliers, indigne de porter ire- Dame de Lille, car depuis quelques ailles insignes de l'ordre, et ce pour avoir for- nées la ferveur s'était sensiblemeut allaifait à l'honneur. blie.

(I ) El non pas trente cl un comme l'ont prétendu fit don d'une magnifique statue de Notre-Dame des

quelques historiens. Sept-Douleurs, qui fut placée en la chapelle «le

(S) En 1450, il institua en l'église collégiale de Notre-Dame de la Treille. Saiiii-Pierre la dévotion au* douleurs de Marie, et

Un TltB DICTI

Ce reloVhement, dont on a droit de s'étonucr «près 1er» grâces abondantes versées par Marie sur la cilé, et les témoignages de reconnaissance des habitants , doit-il être considéré comme une conséquence naturelle de cette loi qui place la froideur à peu de distance de 1 enthousiasme , ou de cet autre principe, que Ton peut appeler la loi ilu progrès , et qui semble ne donner de lumières a l'intelligence qu'au détriment de la foi? Question ardue, qu'il est cependant possible de résoudre d'une manière plausible, en mettant de moitié l'influence de ces lois sur reflet produit.

Cette recrudescence de piété fut signaléo par unenouvelle série de miracles, qui s'ouvrit en 1319 et dura jusqu'en 1527. .Nous en citerons quelques-uns :

Catherine de Vos, religieuse a Maubcuge, dans l'ordre des Augustines, dites Sij.irs- Noires, était, depuis près de dix-huit* ans, possédée par l'esprit malin, qui la tourmentait d'une manière horrible. Les exorcistes n'ayant i u parvenir a la délivrer, son père, Jean de Vos, sur le lécil des miracles opérés par l'intercession de Notre-Dame de la Treille, résolut de la conduire devant l'autel de la Vierge de Lille. A cet efret , il se rendit à Maubeutie ; il trouva sa tille dans un étal épouvantable, proférant les plus terribles imprécations. Ce spectacle ne le découragea pas, et sans prendre garde, à la position de Catherine, il partit avec elle. Plus la malheureuse approchait de Lille, plus ses douleurs redoublaient. En lin elle arriva à Saint-Pierre, où on parvint, non sans peine, à la traîner devant l'image miia' ul. use. Ce qui arriva, on le devine, l'esprit du mal fut mis en fuile, et la religieuse regagna sou couvent, remerciant Marie de sa délivrance.

Le fils d'Elie de Planque était tombé gravement malade. Pendant que le père et la mère se désolaient au chevet de leur unique enfant, un voisin, qui se trouvait là, émet le vœu de recourir à Notre-Dame de la Treille. Ces paroles sont un trait de lumièro pour la pauvre mère : elle court prier Mario avec ces larmes que les mères seules peuvent verser. Au même instant son tils, subitement guéri, se lève et vient se joindre à elle pour remercier la Heine du ciel do sa miraculeuse guérison.

Un autre habitant de la ville, Gérard du Chastel, était depuis huit jours paralysé de tous s»'s membre^, par suite d'une attaque d'apoplexie , qui, en même temps, l'avait rendu muet. Quelqu'un propose de recourir i la Vierge do la Treille; il fait comprendro qu'il acceple. L'officieuse personne va implorer la protectrice de la eilé; à son retour elle trouve le malade dans une position moins critique; elle continue ses prières, auxquelles Gérard s'associe de cœur; l'amélioration persiste, et bientôt le pauvre infirme se trouve entièrement guéri.

Jeanne Duforest venait de mettre au monde uneufautqui n'avait vécu que neu d'instants. La malheureuse mère se désolait et pleurait à chaudes larmes; ce qui la peinait le plus

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n'était pas la perte du fils, à qui elle n'avait pas eu le temps île s'attacher par des lien* profonds, mais bien la pensée de le smot mort sans avoir reçu le baptême. Tout à coup, l'idée lui vient île s'adresser à Noiro Dame de Lille. L'un des assistants, dans le but de la contenter, prend le corps de l'enfant et se rend à Saint-Pierre : on célébrait la Messe à l'autel de Notre-Dame de la Treille ; le cadavre est placé sur la table sacrée; mais, 0 prodige! il donne signe de vie; on s'empresse de lui administrer Iq premier sacrement. Cette cérémonie terminée, il pousse un soupir et se rendort dans les bras de la mort.

Barbe Carpentier, vieille femme aveugle, assistait au saint sacrifice , en la chapelle de Notre-Dame de la Treille ; au moment de la Consécration, le voile qui couvrait se* yeux se déchire, et elle recouvre le don précieux de la vue.

Lue vieille femme. Michelle Prévost, était affligée depuis vingt ans d'une hernie double qui l'incommodait vivement; elle s'adresse avec confiance à la prolectrice de la ville, et est délivrée de son infirmité.

Pendant les chaleurs d'un été, une maladie épidémique sévissait avec force dans les ruelles étroites et insalubres du quartier Saint-Sauveur, et faisait chaque jour un grand nombre de victimes. Parmi les |*rsonnes atteintes de la contagion, quel juesunes , soutenues par un vif sentiment de foi, se font porter dans la chapelle de Notre- Dame de Lille. Klles y recouvrent la santé et la vie. Entre autres noms, on cite ceux de Jean Lestoquier et de Catherine Monier, sa femme; île Robert Ulonck.

La nommée Agnès Pollet souffrait de.* douleurs aiguës d'une goutte sciatique; malgré la défense de son médecin, elle se traîne jusqu'à l'autel de Marie; elle revicol parfaitement guérie.

Ces faits, que nous avons pris an hasard entre des milliers, sont authentiques, et l'on sait si la censure ecclésiastique est sévère, pour l'admission des faits surnaturel;.

Mais ce fut surtout sur la ville elle-même que la protection de Notre-Dame de la Treille s exerça d'une manière visible; au sein de l'hérésie protestante qui grondait partout et l'entourait comme d'un réseau, quand Tourna}', Gand, Menin, les Pays-Bas, le Brabant, s'agitaient dans les convulsions et les horreurs de la guerre, la cilé de Lille resta inébranlable au sein de la véritable Eglise. A quelques lieues à peine, les iconoclastes détruisirent, en moins de nuit jours, quatre cents abbayes, églises ou couvents; à Lille, l'ordre ne fut pas mêrue troublé.

En l'an 1602, Sa Sainteté Clément VIII, par bulles datées du 28 septembre, acoorJa à la confrérie l'augmentatiou des indulgences. Ces nouveaux encouragements portèrent d'heureux fruits, si l'on en juge par le nombre des confrères, qui, en très-peu d« temps, s'accrut de seize cent quatre-vingts. A celte occasion, messieurs du chapitre ré-

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plurent de rendre à la procession son cachet religieux et solennel , en réformant les abus gai s'y étaient glissés. L'itinéraire suivi jjtqu'alors la tenait en marche depuis le matin a huit heures jusqu'à trois heures de l'après-midi. Pendant ce temps, bon nombre de membres du cortège, particulièrement 1rs corps de métiers et les compagnies d'arcbers et d'arbalétriers, faisaient de si nombreuses stations dans les cabarets qui se trouvaient sur la route, qu'è la fin, quelquefois même au milieu du parcours de la procession, ils se trouvaient dans un état d'élu-lélé fort inconvenant. Pour parer à ces .«cènes scandaleuses, les chanoines proposèrent a MM. du magistrat de restreindre l'itinéraire, ce qui fut accordé. Voici, d'après un ancien manuscrit, le détail de la procession du 2 juin 1603 :

Le I" juin, veille de la procession de la rillt de Lille, fut rétout par le magistrat Qu'elle commencerait à partir le jour à six heures du matin , au lieu de huit heures.

Les corps de métiers sortirent de l'église collégiale de Saint-Pierre a six heures du matin, puis les quatre serment , auxquels furent ordonné par MM. du magistral de ne pas quitter leur rang, allons ou bon leur tetnbloit, jusqu'à ce que les chasses fussent a pru près rentrées dedans la ville; les arbalétriers , archers et joueurs d'épée eurent leur quartier dans la rue de Fives et les arquebusiers ou canoniers dans la rue des Malades vis-à-vis de leur jardin, après lesquels serment suivirent les confréries et le clergé, élans arrivés a la chapelle de la Ste Trinité, on sortit de la ville par la porte des Malades, on prit le chemin qui mène a Seclin vers le faubourg du Molinel, puis au moulin de le Saux vers lt faubourg de la Barre, a la porte St Pierre au Bacque ltaac, vers le fauoourq de Courtray le long du liez du château, qui fut, pastant près de la porte de Courtray et de la Maison des Orphelins dit enfans de La Grange a présent des Bleuëts, de la a la porte det Reignaux le long de la chaussée des Liftes la chaude rivière , devant la porte de Fives , a la porte de Saint Sauveur et rentrèrent a la porte des Malades. Les pères Jacobins ou frères Prescheurs, les frères Mineurs ou Capucins accompagnèrent la procession avec leur croix, au lieu qu auparavant chacun retournait dans son couvent : lesdits religieux n'avoient encore ete a ladite procession au dehors de ta ville depuis leur établissement, a cause que la procession n'etoit achevé pendant la matinée

Cette organisation ne fut suivie que deux années; le but que l'on se proposait n'ayant pas été atteint, il fut décidé en 1605, que la procession , au lieu de sortir de la ville, suivrait désormais le tour des remparts. ,

Les choses restèrent ainsi |>cndmt vingtcinq années, sans aucun incident digue d'être signalé. Pendant ce temps, la piété publique prit de nouvelles et profondes racines. Les indulgences plénières accordées en 1628 par le Pape Urbain VIII, et surtout la solennité qui eut lieu quelques années

Diction*, dks Okoiu:<: bklic. IV.

plus tard, achevèrent de la porter è son ajiogée. Avant de faire le récit de celte féle, disons les causes qui l'amenèrent.

Au commencement de 163i, une pieuso dame, Jeanne llicart, désireuse de prouver son dévouement à Notre-Dame de la Treille, demanda et obtint de MM. du chapitre la permission de faire restaurer la chapelle. Afin de faciliter le travail et principalement pour éviter les accidents, on enleva la statue du piédestal, où, pour me servir de l'expression d'un ancien poëtc, elle tenait sa cour depuis près de six siècles.

Lorsque les travaux furent achevés, MM.

les chanoines décidèrent de la replacer en grande cérémonie. Les préparatifs furent poussés avec vigueur, et le 1» oetobre une procession générale ouvrit la fêle. Jamais, depuis la fondation de Marguerite de Constanlinople, une procession ne s'était laite d'une façon si splendide , jamais non plus semblable aflluonce de monde n'avait été remarquée; Lille regorgeait d'étrangers. Pendant les neuf jours que l'image de la prolectrice de la cilé fut exposée à la dévotion des fidèles, des dons innombrables furent déposés entre les mains de MM. les chanoines.

Pour donner a cette fêle un caractère exceptionnel , MM. de Saint-Pierre eussent désiré que les membres du magistral profitassent de celle circonstance pour consacrer solennellement la ville è celle que depuis longtemps déjà on appelait la vierge de Lille. Le P. Jean Vincart, de la Compagnie de Jésus, prédicateur ordinaire de la chapelle de Notre-Dame de la Treille, fut choisi ]>our celte délicate mission. Il fut reçu par M ossire Jean Levasseur, mayeur de la ville, remplissant par intérim les fondions de rewart,è qui il exposa les déairs de MM. du chapitre.

Celui-ci, après s'être concerté quelques instants avec les membres présents, réjondit en ces termes :

Messieurs du magistrat vous savent bon gré de ce que vous leur avez proposé, et feront volontiers tout ce que est pour l'honneur de Notre-Dame de la Treille; c'est pourquoi ils accordent de faire chanter une Messe solennelle à l'autel de la même vierge en l'église Saint-Pierre, où ils assisteront en corps et feront porter tes clefs de la ville pour étr<mises sur l'autel et offertes à Notre-Dame à la Messe, l'acceptant de nouveau pour patronne tutélaire de la ville, à cette fin Us feront porter par leur héros le labarum de. la dédicace, lequel demeurera en laditi chapelle pour témoignage de. cette dévotion Textuel. — P. Jean Vicatt , Histoire de Notre-Dame de la Treille, Tournai, 1671.

La cérémonie fut fixée au 28 octobre I63t, dernier jour de la neuvaine.

Ce fut un beau jour que celui-là : dès le malin le canon tonnait sur les rempart-, les cloches sonnaient à toute volée , la. ville avaii revêtu ses habils de fête. Partout des tentures élégantes, partout des fleurs, partout la joie la plus pure.

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li.M 7 Ut DICTI.

a neuf heures du uiatin le cortège se 'mit eu mardiu pour se rendre ù la collégiale; en tôle, h* tiu-neur suivi de MM. seséchnvins; au milieu du groupe, un héros portait lo lidi.ii uni ; sur la fae»; était brodée l'imago île Notre-Dame de la Treille regardant avec tendresse la ville de Lille figurée au bas. Au-dessus se lisait cette exergue.

L'HABITANT 1JE CETTE ll.E IHIIA A OÏL A SOTHE ESlÉlt ANCK .

i:t nu revcr> :

I.B MAtitSTHAT ET LE PEL'PLF. CONSACRENT LILLE A MJTUE - l»AME L»E LA TKI 1LLE

l.a collégiale élail magnifiquement décorée. Les arcades élr.ieut reliées entre elles par de rid es draperies entrelacées avec de iVaichcs guirlandes de verdure ; au fond l'autel apparaissait entouré d'une auréole de cierges, que laisaienl pâlir les rayons d'un brillant soleil; des Ilots d'encens noyaient dans leur couleur bleuâtre la masse des détails, et, entourant la siatuo de nuages mobiles, faisaient rêver laine aux splendeurs célestes.

Messieurs du magistrat prirent place dans le chœur et la Messe commença.

Des morceaux d'harmonie alternaient avec les chants sacrés, au moment de l'Olferloire la musique se tut. M. Jean L.ivasseur vint s'agenouiller devant l'autel tenant en main te laharuin et les ciels de la ville; l'olliciant les prit et les posa sur la table sacrée. Un silence imposant planait sur toute l'assemblée.

Que I on se représente, si on le peut, la sublime majesté de celle scène : ce peuple prosterné, ce magistrat prononçant la formule de la consécration «le la ville à Notre- Dame de la Treille, cl du haut de son trône «le gloire celte mère étendant son égide sur la t né qui l'implore par la voix de son chef, lui présence de pareils tableaux l'écrivain seul sa faiblesse... L'imagination seule peut s'en laite une idée...

Le soir, à v épies, on lisait au haut du jubé ces mots écrits eu lettres de feu :

1NSLLA CIV1TAS MlVGl.NIS

( Lille cite de la Vierge).

Pour rendre celte consécration plus complète, le magistral tout entier se lit inscrire sur les régistres de la confrérie. Dès lors on ne prononça plus le nom de Notre-Dame «le la Treille sans y ajouter le titre de oalionne de Lille.

Peu de jours après cette cérémonie, un miracle éclatant prouva ostensiblement que .Marie acceptait la tutelle de la ville. Lue lille de 27 ans, Marie de l'Lscurie, «le la paroisse Saint-LTienne, lut publiquement guérie de plusieurs maladies et délivrée de l'esprit malin qui la tourmentait d'une manière horrible. Cei'ait inaugura nue nouvelle série •le grâces que de 103» à 1038 Marie se plut a répandre sur la cité. Mgr Maximilien de ♦jaml, Ovèque de Tourna* . en authentiqua

NNA1HE TltE mi

cinquante-trois opérés dans cet espace de quatre années.

Les fêles religieuses de 1634 eurent un retentissement universel; la dévotion envers la vierge de Lille s'étendit aux nations étrangères ; des personnes de tout rang envoyèrent leurs noms pour élr<* portés sur les registres de la confrérie. Parmi ces âmes d'élite pour qui la piété n'a ni limites ni frontières, il faut placer S. M. Ferdinand U, empereur d'Autriche, qui réclama pour lui et loute sa famille la grâce de faire partie de l'association. A cet effet, il envoya (janvier l&Ti), à MM. les chanoines , trois'vélinsqui furent conservés précieusement dans les ar« chi ves de la confrérie.

Le premier portait pour emblème : La globe céleste entouré d'étoiles et le lion «lu zodiaque , l'étoile polaire était marquée du chiffre de Marie avec ces mou audessus :

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