ÉD1CTINS DU SACRÉ COEUR DE JESUS
rr DU COEUR IMMACULÉ uk marie, RrUgitux du diocèse de Sens (Yonne),
Le R. P. Marie J.-B. Muard, successive- Beat curé des paroisses de Joux-la-Ville et «l'Aval Ion , diocèse de Sens, fondateur de ii société des Pères de Saint-Edme à Ponti-» joy, et du monastère des Bénédictins du Mcré-Cteur de Jésus et du Cœur immaculé de Marie, à la Pierre-qui-vire, vint au monde [« SA avril 1809, dans la plus pauvre maison de Vireaux., l'un des plus modestes villages de la Bourgogne. Lorsqu'il était encore au berceau, sa mère disait de lui: «Mon enfant »V*t montré jusqu'à présent si doux que je ne mis s'il sait pleurer. » Bien jeune encore, Jean- Baptiste manifestait une forte inclination pour la solitude, le silence et le recueillement. Son âme, profondément et comme naturelleoent religieuse, l'entraînait loin des jeux et de» bruvaotes futilités du jeune Age. Son aïeule s en étant aperçue, elle en profita pour développer en lui ces précieuses disposiuoos. Lorsqu'il fut un peu plus âgé, le prêtre qui desservait l'église abandonnée de cette paroisse, ayant remarqué la sagesse exemplaire de Jean -Baptiste, voulut qui il le tenrit à l'autel ; il Ut l'admiration des fidèles par sa modestie dans le lieu saint.
A. mesure qu'il crût en âge, Jean-Baptiste 11) Tof. à la lin dw vol., n«» 10, 19.
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croissait et en grâce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Par l'opiniâtreté de son travail, il conservait toujours le premier rang parmi ses condisciples; mais c'est surtout dans la pratique des vertus qu'il les surpassait de bien loin. Ses petits compagnons d'étude, jaloux d'une vertu si précoce
aui les condamnait et de ses 3uccès, le gratiaient de dénominations injurieuses; mais il demeurait impassible, il cédait toujours pour éviter les contestations cl se montrait pieux sans affectation, sérieux sans tristesse, gai sans dissipation et toujours obéissant. Sa mère, qui vivait dans l'ignorance et la négligence de ses devoirs religieux, le maltraita un jour pour l'avoir trouvé disant le chapelet avec un morceau de bois sur lequel il avait marqué des crans qui désignaient les grains; il avait alors A peine neuf ans. Lorsqu'il allait assister au catéchisme pour se disposer à la première communion, M. l'abbé Rolley avait remarqué Jean-Baptiste, dont la modestie, le visage sérieux, la candeur et la foi naïve l'avaient frappé. Un jour l'ayant pris à part, il lui dit : « Voudrais-tu, mou ami, apprendre le latin pour devenir prêtre ensuite?!— «Lorsque j'entendis celte parole,» disaitencoredeux ans avant sa mort Al. Muard, « i'en éprouvai plus de bonheur que si l'on m eût offert tous les trésors du monde. »
Sa mère le maltraitait de temps eu temps A cause de sa piété et pan e qu'il ne voulait pas travailler le dimanche. Il supportait ses mauvais traitements sans se plaindre, et môme sans pleurer. Dans une circonstance où ils furent encore plus rigoureux, Jean- Baptiste les supporta avec une patience inaltérable, qui réveilla des remords dans le cœur de cette mère irritée ; elle revint bientôt pour voir ce que faisait son fils. Après la scène qui venait d'avoir lieu, elle le trouve à genoux, les mains jointes, priant avec une ferveur inaccoutumée. Elle en est touchée et émue, elle garde le silence jusqu'au lendemain; mais sou cœur était agite de sentiments indéfinissables. « Voyons, dis-moi franchement, pourquoi ne veux-tu pas fréquenter tes petits camarades?—Ma mère, c'est parce qu'ils jurent. — Alors moi qui jure beaucoup, lu ne dois guère m 'aimer? — Je voudrais bieu que vous pussiez ne plus jurer; mais je vous aime toujours, parce qu'un enfant doit aimer Dieu par-dessus tout et ses parents après Dieu.— Eh bien! hier, après avoir élé corrigé, qu'est-ce donc que tu faisais A genoux au milieu de ta chambre? — O ma mère, je priais pour vous, afin que le bon Dieu vous
Krdonnel » Heureuse mèrel c'était IA que tlemlait la grâce; elle se retire pour cacher ses larmes, et, A partir de ce moment, non-seulement elle ne le persécutera plus, mais elle marchera sur ses traces.
La première communion est un des actes les plus décisifs de la vie; l'expérience démontre chaque jour que, selon qu'il est bien ou mal accompli, il pèse d'un grand poids dans la destinée d'un homme pour le temps et pour l'éternité. Jean-Bapliste semblait I a-
DES ORDRES RELIGIEUX
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voir compris; i' se pr«*| ara h celte grande action avec une ferveur < 1 11 e l'on trouve rarement dans un enfant «le son Age; l'on» -lion «le l,i grâce .s'épanouit tellement sur tons les traits de sou visage le jour «le sa première communion que chacun, dans son admiratiou, disait avoir vu ce jour-là un ange en adoration nu <!«••; aut«-ls;ci l'impression qu'il pnuluÎMl l'ut >i grande que, longtemps après, on le niait em oro comme moucle aux cnlauls qui fréquentaient le catéchisme.
Cetto grande action terminée, le jeune Muard se livra avec plus d'ardeur à l'élude rlie/ .M. le nue de Saey. Il aimait beaucoup les récils -impies et sublimes «le la vie des saints; c'est peut-être 5 cette lecture qu'il dut en partie ce courage étoniunt que l'on admira en lui. L'n jour qu'un de ses camarades lui demandait ce qu'il désirait le plus : « Verser mon sang pour Jé>us- Chrisl, i répondit-il sans balancer. Le désir nu martyre n'était point stérile en lui; il lui faisait produire de nombreux actes de mortification ; il était d'un calme unpciturbable an milieu des plus grandes dilli nltés, et >a [lalienee ne si- démentait jamais au milieu des épreuves. A cet ilge, ses jeunes compagnons s'aperçurent qu'il portait déjà un ciliée; tout était pour lui une occasion de se mortifier. M. Holley avant remarqué cette tendance prononcée pour les austérités, et lui vo\ant une santé robuste et une volonté pleine d'énergie, le dirigeait dans cette voie. A eel âge si? révéla pour la première fois sa noble passion pour les missions étrangères. Dans un voyage, il était dévoré d'une Miif ardente , lorsqu'il aperçut un peu d'eau chaude et bourbeuse dans une ornière ; il eu but avidement; puis, se relevant, il dit : o Klle est bien mauvaise, celle eau; mais, si un jour je suis missionnaire chez, les sauvages, je u en aurai peut-être pas toujours d'aussi bonne. »
M. Holley se servait de préférence du jeune Muard pour enseigner le catéchisme aux enfants et pour les préparer à la première communion. Même après sa mon, plusieurs de ceux qu'il avait évang-disés dans un âge si tendre, se souvenaient avec bonheur de sa bonté, de son zèle et de sa douceur à leur inculquer les principes tic la fut et à leur développer les avantages «le la piété. Il rencontra beamoup de diflicultés quand il fallut aller continuer ses études au petit séminaire, mais il pria avec tant do ferveur et montra une telle fermeté que les d illimités s'aplanircn t. Jean-Hapt iste.au comble de ses désirs, entra au petit séminaire d'Auxerre au mois de septembre ISi.'i : M. le curé de Sacy dit en le présentant : « C'est un enfant bien petit encore, cependant il est déjà un grand saint. »ll avait alors quatorze ans. L'esprit de Dieu qui habitait en lui comme dans son sanctuaire lui lit comprendre le double but qu'il devait se proposer; l'étude des sciences divines et humaines, l'acquisition des vertus chrétiennes et sacer dotales.
Son intelligence se développa de jour en jour; il conquit un rang de plus en plus
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éb'véà iiiesiirequ'il avançait dan» la carrière; il lit sa rhétorique avec distinction et remporta .presque toutes les couronnes. Dans une composition de poésie latine sur l.i prise d'Alger, non-seulement il remportait' premier prix sans concurrent, mais il mérita l'honneur, vins précédent, de faire imprimer son travail dans le programme de l,i distribution des prix. Mais pour le jeune Muard la première place était réservée à l'étude de la religion, à la pratique de la vertu. I1 savait déjà que la science des >amis e>t bien plus nécessaire pour procurer la gloire de l'Kgliso et le bonheur du peuple chrétien. Qu'on se représente un jeune homme doué du plus heureux caraetne, observant les règlements en tous points, exemplaire et lervent dans les exercices de piété; ùoux et humble dans ses paroles, comme dans ses manières, studieux, complaisant et aimable avec ses condisciples, puis supposez ues progrès continuels dans toutes ces belles qualités et vous aurez une idée de ce que lut Muard pendant les années qu'il pa^a au petit séminaire d'Auxerre. Mais son attrait pour les missions se manifestait de plus en plu>. 11 fut des premiers à participer à l'œuvre de la Propagation de la foi, et il faisait des Annales sa lecture de prédilection. Il n'avait alors personne à convertir, mais il fallait un élément à son zèle ar.ietit; après avoir bien prié Marie, sa bonne Mère, il proposa à quelques-uns de ses intime» amis de former une petite congrégation sous les auspices de Marie, pour avancer davantage dans la vertu. Il avait alors dix-sept ans. Dans le règlement qu'on a trouvé dans ses papiers on voit qu'il insistait surtout sur l'amour de Dieu, le zèle du salut des âmes, la pénitence et l'humilité. Ce sont ces solides vertus qu'il s'clforça toujours d'acquérir, eu employant pour atteindre ce but une dévotion toute filiale à la sainte Vierge, la persévérance dans la prière, la puissance île l'association.
L'étroite enceinte du séminaire no suffisait pas à celui dont l'âme apo.siolique aurait voulu embrasser le monde entier tie I amour de sou Dieu, il composa une collection de petits sermons à l'usage des gens «le la campagne, que sa mère, devenue «lors Catholique ardente, portait aux veillées nu village pendant les longues soirées de l'hiver et faisait lire par le plus jeune de ><-■* enfants de\anl un auditoire nomoreux, qui en était souvent ému jusqu'aux larmes.
Pendant ce temps Jean-Baptiste ne s'occupait, au milieu du monde, comme dans la solitude, que d'études sérieuses et d'œuvres de charité. Toujours doux, toujours bon et aimable, il faisait la joie de ses parents, l'édilicatiou de la paroisse et de son |>asteur lui-même. Le supérieur du séminaire, qui est devenu vicaire-général de Tours, a *ltl de lut que nul ne lui a laissé un plus tou* chant souvenir; qu'il était le modèle de ceux avec lesquels il vivait. Il lui appliqua ce texte de l'Kcriture : ( unsumituitus in breri, upltiit innju-nt imt'tn (.S<//j. iv, f.'î) : * Eu
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pu de temps il parcourut une longue carrière
Au mois d'octobre 1830 M. Muard entra an grand séminaire de Sens. Un trône vennit de >'écrouler, celui oui le remplaçait devait tofllM disparaître a son tour. L'impiété marchait tête levée, la religion avait à subir d'urçuiétanies persécutions, beaucoup de rotations furent ébranlées; la résolution de M. Muard s'affermit davantage. 11 se livra à fetude de la philosophie avec autant de trie et de calme que si la France n'avait pas tremblé sous ses pieds. Mais le travail de m intelligence, si funeste à tant d'autres, m cuisit point à son avancement dans la itrtu; elle ne ût qu'en bAter les progrès. Ooaod il se dut consacrer d'une manière jgrticulière à Dieu par la tonsure cléricale, il i'f disposa en excitant dans son cœur les «otiœents d'une profonde humilité, et en nnimaot son courage pour répondre à une ii sainte et si sublime vocation. Il éprouva 4e >aiots et doux transports en faisant ce fremier r<as dans ta milice ecclésiastique; >ft résolutions écrites dans cette circonstance sont empreintes d'un fe,u brûlant, d'un zèle ardent. Il s'excii8 à mener une vie litre et acgélique, à pratiquer l'humilité,
I itaégaiiou. la pénitence, l'amour de Dieu, luiou avec Notre-Seigneur pour le payer •ir retour. Ce travail incessant pour la sanct&atioo qui prendra toujours de plus larges ptyoruoiis, ne l'empêcha point de se livrer *rti»lt4es sciences ecclésiastiques avec uoeirdrar qui ne se démentit jamais. Il se
i cdie des Ecritures, de la théologie iopawque, mora'e, ascétique, desSS. Pères, àfiostfodioo ecclésiastique, des orateurs uWntas, des sciences humaines. Il corafio- «itet apprenait par cœur des instructions, « les soumettant à son supérieur ; en le priant de vouloir bien donner son avis et s» conseils. M. Muard se formait de plus tn à la science et aux vertus sacerdoui*$. Il s'adressait à Dieu avec de nouvelles 'osiaaces H réclamait les prières de toutes H (personnes qu'il croymt avoir plus de trfelii auprès de Dieu pour se préparer a j-ttracter avec Dieu, par le sous-diaconat, m engagement irrévocable. Son Ame ar- <W*e le faisait passer des heures entières **» le charme enivrant de ravissantes basées en se représentant les fruits du mi- [Mère .xaterdotal pour la gloire de Dieu, • exaltation <ie la sainte Eglise, le salut des tuteurs, l'augmentation du règne de Jésus*
tiuaod il se fut irrévocablement engagé en <Jwinaui>6r nom à la milice de Jésus-Christ,
II renouvela ,e don de lui-môme, de toutes *) (acuités, de son existence; il se proposa \*<u que jamais de prendre pour modèle *Jui qui a bien fait toutes choses, et il *'«sa un plan admirable de conduite qu'il *'*it (idèiement.
lorsqu'il dut recevoir le diaconat et la prfcnse, longtemps il fut préoccupé de la aetessilé d'un genre de vie plus parfait, l««iadé qu'il n'y a poiul d'amour de Dieu
Diction*, dks Ordrks relig. IV.
sans mortifications ; il était ingénieux à trouver mille moyens invisibles de contrarier ses goûts et de se retrancher quelquefois du strict nécessaire; il se servait encore, pour crucifier sa chair, de toutes sortes d'instruments de pénitence. 11 est facile de se faire une idée des beaux sentiments qui l'animèrent quand il reçut de l'Eglise le pouvoir de servir de plus près au sacrifice de l'autel et de prêcher l'Evangile :
Union continuelle avec Jésus-Christ, — offrande de ses actions à Dieu, — fidélité à tous ses devoirs, — ferveur soutenue dans ses exercices de piété, — amour de l'étude et du travail, — saint emploi de temps, — vigilance très-exacte sur lui-même, — A ban* dou total à la volonté de Dieu,- - oubli complet du monde et de ses biens créés, — sobriété et mortitication, — recueillement intérieur dans les circonstances et dans les occupatious les plus propres à le dissiper, — modestie dans I extérieur et le maintien, — fidélité, douceur, cordialité, charité envers ses frères, — dévotion tendre à la trèssainte Vierge etauxsaints patrons, — amour vif et généreux pour Notre-Seigneur sur la croix et au Saint-Sacrement. — Se proposer Dieu et sa gloire pour unique but de ses actions, y tendre de toutes ses forces, telles sont les vertus et les objets des constants et toujours plus généreux efforts de M. Muard. C'est avec ces sentiments qu'il monta, non sans crainte, les derniers degrés du sanctuaire, le âfc mai 1834.
Aimer Dieu de toutes les puissances de son Ame et croître tous les jours dans cet amour; persévérer courageusement dans la pratique de toutes ses résolutions; réciter son bréviaire avec la plus grande ferveur; offrir le saint sacrifice avec l'ardeur d'un séraphin, voilà ce que fut M. Muard après sa promotion b la prêtrise.
Pendant six mois il mena la vie qu'il aimait tant, la vie d'un vrai missionnaire, prêchant, priant, catéchisant, confessant, préparant à la première communion des enfants qui n'oublieront jamais cette douceur inaltérable, ni ce zèle enflammé qui lui concilièrent l'affection de toute la paroisse de Melissey, auprès de son ancien maître. Le 18 juin il reçut de son archevêque une lettre qui portait cette subscription : h M. Muard, curé de Joux-la-Ville.
Pour beaucoup d'autres ç'eût été un coup de fondre que cette nomination, car tout le diocèse avait retenti des difficultés sans nombre éprouvées dans cette paroisse par plusieurs ecclésiastiques, qui en avaient été successivement les pasteurs. <^e pays était vraiment à V index. Mais c'était précisément pour cela qu'il avait été choisi. Il partit; déjà le bruit de ses vertus l'avait devancé et le jour de son arrivée fut un jour de fête. A la vue de son affabilité charmante, tous comprirent que l'ange de paix était descendu dans la paroisse.
Bien persuadé que le meilleur moyen de régénérer une paroisse, c'est de s'attacher aux enfants, de semer des germes de la