DEN
piété dans icurs cœur», M. Muard ne négligea rien pour cultiver ces jeunes plantes. C*e>i surtout pour la première communion qn'il redoublait d'ardeur pour les préparer par des exhortations pathétiques, par de bonnes confessions : il n'ignorait pas que le moment le plus dangereux pour les enfants est celui qui s'écoule entre la première communion et leur établissement dans le monde. Il faisait réunir les jeunes filles sous la surveillance de quelque fille vertueuse et attirait chez lui les jeunes gens. Il cultiva la congrégation de la Vierge avec un zèle qu'enflammait sa tendre piété pour celle qu'il aimait tant a appeler sa mère. Il dirigea ou établit les congrégations de Saint- Vincent de Paul et de Saint-Kloi pour réunir les hommes entre eux. C'était surtout quand ses paroissiens étaient malades, qu'il leur prodiguait les marques du plus vif intérêt. Aussitôt qu'il les savait arrêtés par la souffrance, i« allait s'informer de leur santé, leur témoignait le plus vif intérêt; puis il abordait toujours avec succès la question des sacrements. On ne saurait croire combien celte conduite lui avait promptement concilié tous les cœurs.
Il avait compris rémittente dignité des pauvres dans 1 église. Il en faisait souvent manger à sa table. Les plus nécessiteux recevaient chaque semaine ou chaque mois une aumône fixe, ce qui n'empêchait pas qu'il ne leurdistribuât des secoursdans Tinter* valle. Il calculait si peu avec eux, qu'il craignait quelquefois de tenter la Providence; il avait pour eux une estime singulière. M. Muara continuait l'œuvre de la sanctification de sa paroisse par tous les moyens dont il espérait quelques succès, ne reculant devant aucun sacrifice de temps, de peine ou d'argent. Il s'appliquait surtout à frapper les sens par la majesté du culte. C'est surtout pendant le temps consacré d'une manière spéciale au salut des fidèles, pendant l'Avent et le Carême, qu'il redoublait ses efforts pour faire produire à la divine parole et a son zèle des fruits plus abondants; et comme entre Je bourg principal, il y avait un certain nombre de hameaux dont les habitants ne pouvaient assister aux instructions, le pasteur allait chercher les brebis qui ne pouvaient venir jusqu'à lui; il les réunissait le soir dans une chambre et leur prêchait avec son onction et l'entrain qui triomphaient de toutes les résistances.
La vertu de M. Muard n'était sévère que pour lui-même ; il y avait dans ses manières avec les personnes du monde et avec ses confrères, une fleur de politesse chrétienne exquise; il remplissait les devoirs de la société avec une aisance et une bonne grâce assaisonnées de je ne sais quoi de cordial, d'édifiant qui laissait toujours de salutaires impressions dans les âmes.
C'était au pied des autels que M. Muard allait ranimer sa ferveur; il y passait de longues heures pourdemander la conversion des pécheurs, la persévérance des justes et vour lui la parfaite conformité à la volonté
de Dieu. Il possédait è un degré éminent une autre marque de sa prédestination, la confiance il la sainte Vierge, confiance qui avait quelque chose de si tendre, de si naïf, de si filial, qu'elle portait a la dévotion tous ceui qui le voyaient la prier ou l'entendre parler d'elle. Outre l'oraison qu'il faisait pendant une heure, il était le reste du temps dans un recueillement habituel. Aussi comme il était chéri dans sa paroisse l Quand il rentrait dans le pays après quelques jours d'absence, c'était une sorte de satisfaction semblable à celle que cause la vue d'un père qui revient dans sa famille.
M. Muard faisait de temps en temps des tentatives auprès do Mgr de Cosnac, archevêque de Sens, le conjurant de la manière la plus pressante, la plus humble, de lui permettre d'aller travailler à la conversion des peuples sauvages; ia réponse fut contraire à ses dés.irs, a ses inclinations, à ses projets; il fut nommé à la cure d'Avallon. Il se regarda comme le plus malheureux des hommes; il employa supplications et instances, mais Sa Grandeur, qui connaissait ses vertus et son mérite, ne se laissa point fléchir; saint Martin d'Avallon avait besoin de son zèle et de son expérience pour se renouveler, comme Joux-la-Ville, dans la connaissance et l'amour de ses devoirs.
M. Muard se soumit. Ce fut avec des déchirements inexprimables; le nesteur et le troupeau furent plongés dans la plus profonde douleur. M. Muard ne pouvait plus s'arracher du pied des autels, tant il avait de grâces à demander et pour Ini et pour ceux qu'il abandonnait malgré lui.
Les mêmes raisons qui causaient tant de regrets à Joux-la-Ville, excitèrent une joie indicible a Avallon où l'on connaissait le mérite, la vertu, le zèle, les talents de M. Muard; chacun s'en réjouit comme d'un bonheur public et particulier. Il était tellement pauvre que l'on fut obligé de lui prêter les meubles de son prédécesseur pour son nouveau presbytère.
A cette époque il était quelquefois souffrant, mais il était plus souvent accablé des fatigues que son zèle lui imposait; aux souf frances corporelles se joignaient des épreuves intérieures. 11 dut recommencer à la ville ce qu'il avait accompli avec succès è la campagne; il établit à Avallon des conférences qu'il rendit si intéressantes qu'elles n'attirèrent pas seulement ses paroissiens niais que fréquentaient les habitants des villes voisines. Peu de mois s'étaient écoulés que déjà il était chéri et que sa paroisse était renouvelée.
D'où venait donc à M. Muard ce prestige, qui l'accompagnait partout et qui lui attirait si promptement tous les cœurs? c'était la sublime vertu dont parle saint Paul, la charité cl la fraternité. M. Muard, qui était envers lui-même si austère, si dur, qu'il paraissait être comme le bourreau de son propre corps, le martyrisant par toutes sortes de supplices, était pour les autres fa douceur, l'indulgence, la bienveillauce per
m BEN DES OR DF
Il semblait que toutes les misères humaines se fussent ménagées un écho dans ce («or vraiment sacerdotal.
Le zèle de M. Muard n'était pas limité par lenreiote de sa paroisse. Il donna à Ponttofert une mission qui produisit des fruits nrrreiileui. Elle eut lieu pendant l'Avent «dura jusqu'à l'Epiphanie 1840; il y prêcha tous les jours, tant tes auditeurs du pays et des paroisses voisines furent considérait!»; la commun ion générale fut nombreuse; file fut terminée par la plantation de la cron. Le nouveau missionnaire exalta dans m discours plein d'éclat et d'onction, tous les bienfaits qui s'écoulent de l'arbre sacré rtriTUioul son auditoire. Il avait obtenu te fruits inespérés.
Ce fut dans cette occasion, et après une réfélaiioo qu'il avait eue peu de temps aufuwant, qu'il prit la résolution définitive dévouer aux missions; elles avaient fait toujours l'objet de ses désirs les plus armtsfi de ses suppliques les plus pressan- H auprès des supérieurs ecclésiastiques.
Dans une retraite pastorale que venait de «otoer Mgr l'évôque de Nevers, il avait fait r*sortir avec éclat les avantages des mis- >wm diocésaines et réfuté sans retour les idjfrtioos que l'on opposait à ces moyens « «lot, dont les effets sont cependant si in- ^fli**Ubles:il ne devait donc plus rencontrer '«nemts difficultés |>our obtenir l'auiori- «toQ^ixopale. Sa lettre fit verser des lar- «kejJllïTde Cosnac, qui, vaincu cette fois i<rmit!oochante persévérance, réponditen- Ê«-«0 prêtre que voire zèle est grand! alie/ « lattes, comme Dieu vous l'inspirera.» <Joel sujet de joie que cette parole 1 mais qat de nouvelles angoisses, que de notiwoi sacrifices, que «le nouvelles croix! tour faire taire les plaintes de la nature, IMcard se disait en lui-même : « Dieu le toi., le salut des peuples le demande,» la géwwité de son amour en accepte les sacri- *« .. les missions sont donc une œuvre déil ne s'agit donc plus maintenant que ftmer aux moyens d'exécution; pour ré- 'Jwr en quelques mots les regrets qu'ex- 't** le défiart de M. Muard dans la paroisse fânlloo, nous nous contenions de citer le f^pwd'un témoin, qui. après avoir énu- Bèré tous les titres à l'affection de ses païens, dit : • Enfin je pense qu'il a bien fcildf sortir d'Aval Ion, car on I aimait tant i« il aurait fini |>ar faire tort au bon Dieu. » Codes premiers jours du mois d'octobre, toi missionnaires se dirigeaient vers Ly on ù ils allaient chez les PP. Maristes faire ■te étude préparatoire des missions; ils alitât régler les ardeurs de leur charité à •wle des religieux expérimentés qui délient plus tard leur servir de guides et de
Quinze jours après son arrivée, ils furent «mission à Kive-de-Gier avec quatre autres r«w. On compta 7 à 8,000 communiants ; >!i tarent témoins de conversions qui temww du prodige; peu de personnes, disait-
. i*noi celles qui suivent les missions qui
puissent y résister. Le 16 décembre 1840, ils en terminaient une deuxième, dont le succès fut plus heureux encore, puisque sur 1800 âmes il n'y eut que 15 individus qui refusèrent de se confesser; ils en firent une troisième en janvier qui leur donna encore plus de consolation, à cause de l'affluence extraordinaire des habitants des villes voisines qui attendaient que la porte de l'église fût ouverte pour se précipiter vers les confessionnaux. Presque tous les habitants «le trois paroisses voisines firent leur mission. A 11 heures, les Pères étaient encore au confessionnal. Le 5 février, ils partaient pour une station de Carême. En avril, ils allaient donner les mêmes exercices a Serrières. C'est lui-même qui raconte les fruits merveilleux des missions et les consolations indicibles qu'il éprouvait dans sa correspondance avec ceux de ses confrères qui dovaient s'associer è l'œuvre qu'il méditait.
Pendant les dix mois qu'il passa auprès des PP. Maristes, ces Pères firent leurs efforts pour attacher à leur maison ces deux prêtres si zélés et si embrasés du zèle de procurer la gloire de Dieu et le salut des Âmes. Mais M. Muard avait entendu la voix de Dieu, il devait se vouer entièrement au divin cœur de Jésus dans les missions diocésaines. Avant de les entreprendre, il voulut aller visiter è Rome le tombeau des saints apôtres. Il en obtint la permission de l'archevêque de Sens et partit de Lyon le 21 du mois de mai ; ils furent de retour vers le mois de juillet.
Avant de quitter Lyon, il voulut aller visiter à Louvesc le tombeau de l'apôtre du Velay, saint Jean-François Régis, le prédicateur des pauvres, avec lequel il devait avoir tant de ressemblance, il arriva à Sens au mois d'octobre avec son collaborateur. Quatre missions leur étaient déjà demandées. Ils commencèrent j>ar Meaux, sa paroisse natale, le 20 décembre 1841. Le changement qui s'y opéra excita l'admiration. Il fallait qu on eût une bien haute idée de sa vertu pour devenir prophète dans son pays. Après cet heureux résultat, tous les curés des environs demandèrent des missions pour leur paroisse. M. Muard désirait évidemment que le bon Dieu envoyât des ouvriers pour la culture de sa vigne. Ils en donnèrent plusieurs autres où les fruits ne furent ni moins abondants, ni moins consolants.
La moisson était mûre, quarante-cinq paroisses avaient déjà demandé des missions.
Il fallait une maison pour cette œuvre nouvelle des missions. L'ancienne abbaye de Montigny, à quatre lieues d'Auxerre, célèbre par le séjour de plusieurs saints et illustres personnages, but d'un pèlerinage autrefois très-renommé, où le corps de saint Edine se conservait tout entier, avec sa chfiir, d'une manière merveilleuse depuis plus de cinq cents ans, était à vendre. Il v avait une magnifique église. Que de motifs pour en faire l'acquisition. Après beaucoup d'instances auprès de Monseigneur, l'archevêque donna son consentement.
m hf.n wctk»
En allomlant qu'ils pussent enlrer en jouissance de leur acquisition, nos deux ouvriers évangéliques continuaient leur teuvre, «hacun «le leur côté. Au mois do mai tH*:i, M. Muard évangélisait le chef-lieu «lu «loyonné «le sa paroisse natale, Am y-le-Franc , puis Vermonton; plus do quarante hommes eu ménage eurent le bonheur de faire la première « omtnunion ; le zélé missionnaire fut obligé do passer trois jours ei trois nuils sans presque dormir, tant fut grande ÎVifiluenre des personnes qui s'approchèrent des sacrements. Au mois de juillet de « elle année 18V:t. M. Muard vint prendre délirntivemenl possession de ce qui restait de l'abbave de Montigny, avec son premioi < ollaborateur et deux jeunes prêtres qui étaient venus se joindre à eux pour partager leurs travaux et goûter le bonheur île se dévouer .au salut <les Ame>. Dans ce moment la tempête des révolutions avait punlié l'atmosphère; le ciel commençait 5 s'apaiser. De toutes paris, les ordres religieux germaient au milieu des épines dont le sol de France était couvert. Peu de temps après la petite compagnie se composait de six prêtres tous animés du zèle le plus ardent. On s'occupa alors de donner à la société une existence régulière: M. Muard ne négligea rien pour empêcher d'être .nommé supérieur, mais on n'eut aucun égard à ses supplications. Il *'occti|Wi de dresser les règles indispensables à une communauté bien organisée. Files commençaient ainsi : « Le but que se proposent les prêtres auxiliaires est de travaillera la gloire de Dieu et au salut du prochain par la prédication. Ils foi nient une société sous le patronage îles sacrés tueurs «le Jésus et de Marie, sous l'invocation de saint Edme et de saint François-Xavier et sous la haute direction de Mgr l'archevêque de Sens. Elle sera une dans son but, car tous les membres doivent se proposer la même fin, avoir les mêmes vue-, employer les mômes moyens, enseigner la même doctrine et tenir la même conduite.
« Le prêtre auxiliaire doit rappeler cette parole de l'Evangile -.Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. {Matth. v,'»8.) La sainteté lui e>l nécessaire, non-seulement pour opérer son salut, mais encore pour le succès de son ministère. Ku eMet le plus puissant mnven de conversion, c'est la sainteté du prédicateur. Elle sert plus que les plus beaux, les plus éloquents discours; elle attire sur ses travaux les bénédictions du bon Dieu; elle donne à ses avis, à sa parole, à sa personne ic ne sais quel charme, qui louche, qui ri vil, enlève tous les cieurs el touche les pécheurs les plus endurcis. ». Dans celle règle brillent la sagesse, le /.èh-, la piété. « Les prèiresauxilian es, » continue- t-il. ■ exerçant le même ministère que les apAtre-, doivent avoir un esprit et un nrnr u apôtres. Ce qui distinguait par-dessus tout les hommes apostoliques dans tous les temps, c'était le zèle, mais un zele de feu qui voulait embraser l'univers, lie doit èlro l'objet de touies nos pensées, le sujet de toutes nos
S MUE HEN Kf>
paroles, le mobile de toutes nos actions. > M. Muard passe en revue cnsuiie les vertus qui doivent principalement briller dans sa conduite pour se rendre seuiblab es à leur divin modèle. Il s'étend longuement sur la pénitence. <« N ient ensuite, « dit-il, « l'al>négation, qui doit « lie comme le fond de In vie apostolique, en sorte que le missionnaire pratique aussi parfaitement «pic possible celle profonde maxime de l'Evangile : (Jae celui i/ui vent venir opris moi. renonce à lui-même, (/a il porte sa croix et au' il me suive. {Matth. vu, 2V.]
« Mais ce n'est pasas.se/ pour un prêtre qui tend à sa perfection. Il faut encore qu'il se revête de l'homme nouveau. i|ui est Jésus- Christ, el cela par la vie île foi, si opposée à la vie de la nalure dans ses principes, dans ses moyens, dans ses conséquences. »
Voilà pourquoi M. Muard propose à sesfrèrcs Jésus-Christ pour modèledans toutes leurs pensées, dans tous leurs sentiments, dans lotîtes leurs u.Mivres.
M. Muard allait de temps en temps évangéliser les campagnes, où l'on soupirait après le bonheur «te l'entendre. Il donna des missions aux paroisses de Sermissulle>, d'Island, d'Asnièrcs, de Kresiie, etc.. et t'était partout le même zèle, la inô ne conduite admirable de prudence el de dévouein<nL Le jour anniversaire de soi) baptême, le 25 avril iS'iii, il fut divinement inspiré, il vit une société composée de trois sortes de personnes, qui devaient suivre un genre de vie a peu près semblable, pour la inortilkatiëii à celle des Trappistes, les uns devaient se consacrer particulièrement à la prière, a la vie contemplative ; les autres, A l'élude, à la prédication; les derniers, eu qualité de frères, au travail des mains. Leur vie devait être une vie de victime, et d'immolation continuelle. Ils devaient l'aire pénitence pour leurs péchés et pour les iniquités des autres, el rappeler le> hommes a la niortilicaliou et à la vertu par leurs exemples encore [tins (pie par leurs paroles, etc. Cette société devait dédommager Noire • Seigneur des outrages qu'il reçoit de la paît des pécheurs el surtout des personnes qui luisent spécialement consacrées ; (die «levait prendre pour base la règle de saint Benoit.
Celle vue lit sur M. Muard une impression extraordinaire. C'était un ordre qu'il recevait d'élablir celte société. De graves et milies réflexions lui tirent comprendre que cette institution et ce genre de vie, pa>faitenieui en rapport avec les besoins «Je notre épo«jue, seraient trés-pr«»pres à réparer la justice do Dieu irrilé contre les boulines et un moyeu d'obtenir plus sûrement la conversion «iespécheurs. Il seulit qu'il contenait «l'opposer an suprême orgueil «le notre ieiup> l'humilité la plus pr«don«n*:à l'insatiable lésion «les richesses, la pauvreté la plus al»"lue, et la morUlicaliou delà chair, au sensualisme, «pu plaie «a s«wverainc félicile dans la satisfadnin «les s«ms. A la suite de ces télexions il sentit s'allumer en lui un grand désir d'embrasser ce genre de vie. Il