‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 305 sur 323 · AI · texte numérisé non relu

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nière période pour la consolidation et le développement des œuvres de la congrégation, il faut mentionner la nomination parle Saint-Siège, après la mort de MgrTruffet, de deux nouveaux évéques de la société préposés à la mission des deux Guinées, à savoir : Mgr Bessieux, vicaire apostolique, qu'on a vu survivre seul aux six premiers missionnaires d'Afrique, et Mgr Kobès son roadjuteur, jeune prêtre distingué du diocèse de Strasbourg.

Cependant le R. P. Libermann touchait à la fin de sa carrière si pleine et si sainte. Au terme d'une cruelle maladie, supportée avec cette patience et celte suavité d'âme qu'on avait toujours admirées dans cet homme de douleurs; après avoir exhorté les siens de ses lèvres mourantes, à la ferveur, à la charité, à l'union, à l'esprit de sacrifice, à la confiance en Dieu, au zèle de sa gloire et du salut des âmes, et désigné entre deux membres qui se défendaient à ses cotés du fardeau de la supériorité, dont l'un ou l'autre était menacé, celui gui devait se sacrifier après lui, il s'endormit dans le Seigneur, a la suite d'une espèce de ravissement ou extase, qui fit couler de tous les yeux des larmes de joie et sembla, pendant plus d'une heure, avoir changé sa chambre mortuaire en vestibule du ciel. C était le 2 février 1852, jour où l'Eglise célèbre laféte de la Purification de la très-sainte Vierge et de la Présentation de Jésus au temple La communauté chantait au chœur les Vêpres de la fête. Lorsque l'on fut arrivé à ces paroles très-distinctement entendues du cantique de Marie : Et exaltavit humiles, sa sainte âme s'envola dans les cieux. Ses enfants qui l'entouraient l'embrassèrent une dernière fois, en disant avec lu chœur le Gloria Patri du saint cantique. Sa vie a été écrite depuis par le R. P. dom Pitra, religieux bénédictin de Solesmes, et se lit avec beaucoup d'édification dans le monde. C'est elle qui nous a fourni les principaux matériaux de cette notice.

Le P. Libermann n'avait que quaranteneuf ans d'âge et douze ans de sacerdoce quand il mourut. Au milieu d'un deuil général et de regrets profondément sentis dans tous les rangs de la société laïque et ecclésiastique , on ne pouvait se familiariser avec l'idée d'une mort si prématurée, tellement on regardait ce saint «fondateur comme encore nécessaire et indispensable a la congrégation, dont il était l'âme et la vie. Toutefois on ne tarda pas à s'apercevoir que le vénéré Père, ainsi que ses enfants se plurent dès lors à l'appeler, ne serait pas moins utile aux siens du haut du ciel, qu'il ne l'avait été naguère sur la terre. Bientôt, en effet, on éprouva sensiblement les effets de sa protection tant sur la congrégation elle-même que sur celui qu'il avait désigné sur son lit de mort pour lui succéder après lui avoir, de son vivant, communiqué

(1) Il csl à remarquer ici ont le plus grand nomb-e des sujets que la Soriéic a nerdns jusqu'à ce Jecr, sont morls, comme le R. P. Libcrmain, un jour

son esprit, et l'avoir de bonne heure initié à l'administration de l'Institut

En effet, depuis la nomination du R. P. Schwindenhammer , élu, à l'unanimité des suffrages, supérieur général actuel de la congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie, qui, lui aussi, avait trouvé sa vocation à Notre-Dame des Victoires, alors qu'il y remplaçait le P. Tisserand en qualité de sous-directeur de l'archiconfrérie, l'institut a reçu une nouvelle approbation de ses règles, désormais en parfaite harmonie avec sa nouvelle situation ; le personnel de ses membres, Pères et Frères, s'est considérablement augmenté ; de nouvelles fondations et œuvres se sont ajoutées aux anciennes, telles que : un séminaire à Rome pour les jeunes ecclésiastiques français, deux petits séminaires en France pour Je recrutement des sujets de la congrégation, sans parler de plusieurs autres nouveaux établissements créés à la Guyane, à la Martinique, à la Guadeloupe, au Sénégal, etc., etc.

Le R. P. Schwindenhammer est le onzième supérieur général de la congrégation, à dater de sa fondation en 1703, par M. Desplaces, et le second depuis sa réunion avec celle du Saint-Cœur de Marie, en 1848.

Après cet exposé sur l'origine et les développements de la congrégation du Saint- Esprit et du Saint-Cœur de Marie, il nous reste à parler de sa fin et de son organisation telle qu'elle existe aujourd'hui, par suite de la fusion précitée et de la dernière approbation de ses règles en 1854, non moins que des œuvres dont elle s'occupe présentement.

Procurer d'abord la gloire de Dieu par la sanctification de ses propres membres, qu'elle s'efforce d'élever , de conserver et de faire avancer de plus en plus dans la piété et la perfection chrétiennes et sacerdotales, telle est la fin générale de la congrégation. Elle a, en second lieu, pour fin spéciale, de travailler a la gloire de Dieu en se vouant au salut des âmes, mais plus particulièrement des pauvres e» des infidèles, des âmes plus ou moins livrées à l'ignorance et à la corruption, ou exposées au danger de se perdre faute de secours religieux. Le théâtre où elle déploie son zèle pour la sanctification du prochain n'est limité, en principe, par aucun lieu ni aucun pays ; elle peut s'étendre partout, soit en Europe, soit ailleurs, soit surtout dans les pays étrangers privés du bienfait de la foi.

Actuellement et en fait, la congrégation a pour œuvre principale l'évangélisation de la race noire, et partant, les lieux où elle se livre surtout aux travaux de l'apostolat, sont les pays coloniaux et les côtes occidentales d'Afrique, berceau primitif de ces millions de noirs, qui peuplent aujourd'hui, outre les colonies françaises, toutes celles d'Angleterre, d'Espagne, de Portugal, etc.

Pour réaliser sa lin spéciale, le salut des âmes, la société n'exclut non plus aucun moyen, mais elle peut employer tous

de féte do la sainte Vierge , on dit moins un samedi, jour consacré à Marie par la niéte des fidèle».

SAI D1CTK

ceux qu'elle croit les plus propres cl les plus efficaces pour procurer la sanctiticatiou du prochain, el qui peuvent s'allier d'ailleurs avec la vie religieuse el de communauté. Toutefois, comme elle s'occupe principalement de la classe pauvre et abandonnée, elle embrasse aussi de préférence, ainsi qu'on le verra plus loin, par l'exposé dus o-uvres el établissements, les p ures de ministères, œuvres cl fondions qui sont humbles, obscures el pénibles, et pour lesquels on trouve plus difficilement des ouvriers dans les rangs du clergé séculier.

La vie des membres de la Congrégation est une viecssentiellementaposiolique. Ils ne sont pas, en règle générale, employés au ministère paroissial et a poste fixe, en qualité de curés ou de vicaires, mais plutôt à des o-uvres spéciales en dehors du ministère ordinaire, ou si, par exception, ils dirigent des réunions de lidèles formant paroisse, ce n'est guère que dans des pays île mission, cl où encore ils sont plutôt missionnaires que curés proprement dits.

Tour atteindre salin générale, c'csl-a-dirc la sanctilication personnelle de ses membres, la congrégation a adopté comme première, base fondamentale, dans ses règles et constitutions, la consécration à Dieu par la vie religieuse. En vertu de ce principe constitutif, les sujets font, à leur entrée, les trois vu-ux de nauvrelé, de chasteté il d'obéissance. On les émet d'abord seulement pour trois ans. Ces premiers vieux expirés, chacun est libre, ou de les renouveler de cinq en cinq ans, ou de les faire à perpétuité, selon qu'il en a le désir, et que les supérieurs le jugent opportun, l.e supérieur général ne peut relever des vieux perpétuels qu'avec, l'autorisation du cardinal-préfet de la Propagande, el avec la dispense du Pape pour celui de chasteté. Quoique l'émission desvo-ux pepéluels ne soil pas obligatoire , les sujets doivent cependant , au moment de leur profession , prendre un engagement de stabilité dans la congrégation , aliu d'y être irrévocablement attachés , du moins par quelque lien.

Im1 vie religieuse , bien que chose essentielle dans la congrégation, n'étant cependant , comme il résulte de ce qui précède, qu'un moyen de plus grande sanctification pour ses membres , plus spécialement voués a l'exercice du zèle apostolique , il s'ensuit qu'on s'y attache moins à la forme et aux pratiques extérieures de l'état religieux, qu'à l'esprit même et à la perfection intérieure de cet étal. Pour ce qui esl en particulier du vœu de pauvreté1 , eu vigueur dans la congrégation, il consiste seulement à n'avoir rien en propre, ni argent, tu objet quelconque pour son usage personn I , « t laisse à chacun la nue propriété de .-.es biens el revenus, avec la faculté d'en disposer à son choix. La règle ne prescrit non plus aucune austérité ni pratique de peniten. e , les missionnaires ayant h \soin de toute k-ur suilé, et trouvant d'ailleurs «-se/ fréquemment , dans l'exercic'î de leur ministcie . des or, a-

NAIHE SAI m

sions de souffrir. Mais, par contre, elle demande un grand esprit de detaclu ui' iit intérieur, et surtout un grand renoncement à son jugement et à sa volonté propre.

Les exercices mêmes de pitié ne sont pas Irès-multipliés dans l'inslitul , el p-miettent à ses membres de vaquer librement à leurs fonctions. Ils le sont toutefois assez, pour entretenir et développer dans leurs âmes la ferveur et le zèle de leur sainte vocation.

Pour assurer davantage le sucrés des travaux des missionnaires , donner plus de stabilité à leurs œuvres, et les préserver cuxznèiues plus efficacement des dangers Je toute espèce , auxquels l'isolement pourrait les exposer, la congrégation a adopté, comme seconde base de son état constitutif, le principe de la vie commune. En vertu de cett'! autre règle fondamentale , ses membres u<doivent jamais êlre seuls, mais vivre toujours plusieurs ensemble, et vaquer ensemble aux exercices de la vie commune et religieuse.

La congrégation n'est pas seulement composée de prêtres ; elle reçoit aussi des u,. libres laïques , sous le litre de frères e. moiteurs. Ceux-ci font les trois vœux de pauvreté, de chasteté el d'obéissance, ihns le même sens que les prêtres. Ils sont destinés à servir d'auxiliaires aux missionnaires, sut en s'occupant du service matériel et temporel des communautés , soit en cxeir.u.t certains métiers les plus usuels, ou en prêtant leurs concours à certaines œuvres si.,- ( iales, telles que l'éducation primaire , agricole et professionnelle des enfants ;-auvres, etc.

Le costume des membres de la congrégation, adopté depuis la dernière approbation des règles, consiste pour les Pères: en une large soutane, un peu échancrée au col, sans boutons extérieurs, avec un cordon ne.tr pour ceinlure;ungrandscapulairede l'Immaculée Conception sous la soutane, un peu visible au cou,mov ennant un collet de couleur bleu-ciel bordé il'une légère bande de batiste, coniniemarqueextéiieurede la dévotion particulière des deux branches de la société envers la très-sainte Vierge conçue sans péché; le chapeau 2:\ pastoral ; puis, pour les sorti' " et les visites , un manteau noir d'étoffe légère, à peu près de la longueur des mank-ktti romaines ; pour les frères , une espèce do soutanelle, avec le scapulaire de l'Immaculée Conception, terminé par un col bleu et blanc, comme pour les Péris, et un chapeau à peu près semblable à celui de ces derniers.

Pour ce qui regarde son organisation, la congrégation, divisée en provinces et <"inmimantes , est placée lout entière îuus » direction et la dépendance d'un supérieur général, élu à vie par la société, qui communique aux supérieurs provinciaux et locaux une partie plus ou moins grande de son autorité, selon qu'il le juge opportun pour 'a bonne administration des provinces et «es communautés.

Vu s du supérieur général sont deux a««is-

SAI DES ORDRES RELIGIEUX, SA

isnts. qui l'aident de leurs lumières dans la direction des affaires courantes et ordinaires de l'institut. 11 est de plus assisté d'un conseil proprement dit, composé de six membres , où se traitent les affaires plus importantes de la société. Enfin, tous les dix ans se tient un chapitre général de la congrégation pour les questions d'un ordre encore plus élevé et d'un intérêt plus général. Ce chapitre a aussi le pouvoir de faire des constitutions, soit pour interpréter, soit pour expliquer ou appliquer les règles approuvées par le Saint-Siège. Les seuls proies des vœux perpétuels peuvent être promus aux diverses fonctions ci-dessus mentionnées , et assister arec voix délibérative aux chapitres généraux, électifs ou autres.

La congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie est sous la dépendance immédiate du Saint-Siège, par l'organe de la sacrée congrégation de la Propagande; en ce sens qu'elle relève directement de lui, quant à l'administration religieuse , disciplinaire et temporelle , comme par exemple, pour les changements des règles , les élections, la tenue des chapitres, l'admission et le renvoi des sujets , la dispense de* vœux, etc.

Pour ce qui est des missions dans les pays ( trangers, dont la direction est ou peut être confiée à la congrégation e'Ie-niôrae , celleci ne fait rien pour les entreprendre ou les diriger, que de concert et sous la dépendance de la sacrée congrégation de la Propagande. Dans les pays , au contraire, où les supérieurs ecclésiastiques ne sont point des membres de la congrégation , les sujets dépendent des ordinaires des lieux, pour tout ce qui concerne l'exercice du saint ministère et I administration des sacrements, mais non toutefois quant à l'administration religieuse , disciplinaire et temporelle des communautés, qui appartient aux seuls supérieurs religieux.

Revêtue de l'approbation du Saint-Siège, la congrégation est aussi reconnue par 1 Etat, faveur dont ne jouissent que peu de congrégations d'hommes, en France.

Etablissements et œuvres de la congrégation. La congrégation est actuellement répandue dans trois parties du monde : l'Europe , l'Afrique et l'Amérique.

UEuvres et établissementt en Europe. La maison mère de la congrégation , résidence du supérieur général et de son conseil, est située à Paris , rue des Postes n* 30 , dans le beau et vaste édifice , berceau et chef-lieu de l'ancienne société du Saint-Esprit. Ce même local est affecté au séminaire des Colonies, dit du Saint-Esprit, que l'on a souvent , et à tort , confondu avec la congrégation elle-même du Saint-Ksprit, dont cependant cetétablissement est et a toujours été distinct, n'étant qu'une œuvre particulière de l'institut. Dans cette maison, une centaine d'élèves, boursiers du gouvernement, se préent à l'exercice du saint ministère dans colonies, en qualité de prêtres séculiers. Cet établissement sert aussi de résidence a

un certain nombre de Pères de la société , plus spécialement employés à l'exercice du saint ministère et aux œuvres du zèle, tels que confessions , prédications , retraites, direction d'œuvres de Sainte-Famille, de soldats, de patronage pour les enfants, desserte de certaines communautés religieuses, et notamment de la maison mère des sœurs de Saint-Joseph de Cluny, et de l'établissement des sœurs de l'Immaculée Conception de Castres. Ces deux congrégations se retrouvent partout avec les Pères de l'institut ; la première, dans les colonies françaises, et la seconde, dans la Mission des deux Guinées , ainsi qu'on le verra plus loin.

Dans un local 'attenant a la maison mère, se trouve le scolasticat de théologie ou grand séminaire, où les sujets de la congrégation font leurs études ecclésiastiques, y compris la philosophie.

A Mons-lvry, près Paris, dans la maison de campagne a l'usage de la maison-mère, est situé le noviciat ecclésiastique de l'institut, où les sujets sont reçus, étant déjà prêtres, ou du moins après avoir terminé leurs études de théologie, soit dans la congrégation même, soit ailleurs. Le noviciat est de deux années.

La congrégation possède en outre deux petits scolasticats ou petits séminaires, pour les études littéraires, dont l'un approuvé par le gouvernement : situés, le premier en Bretagne, à Notre-Dame de Langonnet (Morbihan), le second en Auvergne, à Cellule , près de Riom (Puy-de-Dôme).

Outre ces établissements de formation pour les aspirants ecclésiastiques, l'institut possède encore deux noviciats de Frères, situés dans les mêmes localités que les deux petits séminaires, mais entièrement séparés de ceux-ci.

En dehors de ces diverses maisons de recrutement, la congrégation possède encoro plusieurs autres établissements et œuvres en France, tels que celui de Notre-Dame des Victoires , à Paris, pour lo service de larchiconfrérie du saint et immaculé Cœur do Marie et la confession des nombreux pèlerins qui affluent dans ce sanctuaire vénéré ; celui de Bordeaux, où les œuvres des soldats, des mères de famille, des enfants pauvres, etc., trouvent un point de ralliement et une direction ; les colonies agricoles de Saint-Ilan (près Saint-Brieuc), fondées par le zèle et au prix des généreux sacrifices de M. Achille du Clésieux, largement aidé par le gouvernement , et qui comprennent les trois colonies de Saint-Ilan, de Carlan, du Bois do la Croix, où sont formés a la culture, aux arts professionnels et à l'instruction primaire , grand nombre d'orphelins et de jeunes détenus, entièrement séparés de ceux-ci ; un collège annexé au petit séminaire de la congrégation, a Cellule ; un autre collège également annexé au petit séminaire de Notre-Dame de Langonnet, où se trouve aussi, dans des fermes attenantes à ce domaine, un pénitencier considérable.

A ces établissements , et autres en voie de fondation, il faut ajouter l« séminaire fran-

IM3 S Al DICTIO:

cais, «h Rome, fondé p:tr );i eongiégation en 1853, sous l'impulsion et avec les bienveillants encouragements de N. S. Père le Pape Pie IX et d'un grand nombre d'évèques de France, pour les jeunes ecclésiastiques français qui désirent aller faire ou perfectionner, dans la ville sainte, le cours de leurs éludesecclésiasliques. Celle o-uvre, qui manquait à la France , la seule nation catholique, ou à peu près, qui n'eût pas une institution de ce genre au cintre de la catholicité, a déjà obtenu de grands succès. La première année, le séminaire comptait déjà dix éle\es. L'année suivante , le nombre avait" augmenté de la moitié. On eu compte plus de trente aujourd'hui. Plusieurs de ces élevés, qui suivent les eoursdu collège romain, du séminaire Pie et de la Sapietice, se sont distingués dans les examens publics, et sont revenus en France avec le titre de baclielieis, de licenciés ou de docteurs, soit en théologie, soit en droit-canon il).

OEuvres et l'tablissements en Afrique. En Afrique, la congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie est chargée, comme on l'a vu plus haut, du vicariat apostolique des deux Guinées et de la Sénégambie , Cette mission, qui est l'œuvre principale de l'institut, peut être comptée parmi les plus pénibles et les plus dilliciles du globe. Tel est, en elfet, le spectacle émouvant et bien digue du zele des missionnaires, qu'elle tious présente : une population innombrable (au moins 50 millions d'habitants) dispersée sur une immense surface (plus de 1-00 lieues de eûtes) , adonnée à des enn ances et a des pratiques antichrétiennes grossières , immorales , et souvent inhumaines (mahométisme, fétichisme, métempsycose , esclavage, polygamie, divorce, sacriliccs humains, anthropophagie), presque inaccessible aux missionnaires , par la grande variété des langues, la difficulté des communications, l'insalubrité du climat et la pénurie «les ressources alimentaires de première nécessité pour la vie des Européens.

En présence de cet état si malheureux d'une portion considérable du genre humain, en face de tant et de sj grands obstacles, et vu l'absence complète de tout moyen humain, les missionnaires du Saint-Espri! et du Saint-Cœur de Marie comprirent, des le début de leur entreprise, que la régénération religieuse de l'Afrique occidentale n'était possible qu'avec des secours surnaturels plus qu'ordinaires. Aussi la congrégation a-t-eile établi, avec l'approbation du Saint-Siège, une association unimscllc de prières pour la ronrrrsion de ht nier noire, en union avec l'arcliicordiérie du Saint e4 Immaculé Cœur de Marie de Notro-Dame-dcs-Yictoires , où cette mission lui avait été confiée d'une manière si providentielle, ainsi qu'il a été raconté en son lieu.

Chacun des deux évoques qui la dirigent a établi, dans sou district, plusieurs com-

M) I.pR. p. Cntinnricn l" supérieur de l'éialdis- M'im-ui, est mon à Home, en I8M, \kiimc du

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munautes de missionnaires, échelonnées |,. long des eûtes, dans un rayon assez étendu pour embrasser le plus grand espace possible, et cependant assez resserré pour qu'il puisse y avoir entre elles des communications faciles,' autant , du moins , que le permet la nature du pays. Chacune de ces communautés possède une église ou une chapelle, où les saints Ollices se célèbrent régulièrement les dimanches et fêtes, et où se font les instructions pour les enfants, les calhécumenes et les néophytes. Ces établissements sont :

1" Dakar, les noirs disent N'dakarou (à la pointe du cap Vert , à une demi-lieue environ de File Goive), résidence du chef de la république du même nom; c'est aussi le séjour habituel de l'un des deux évéques missionnaires. l>: vicariat apostolique possède en cet endroit une maison spacieuse, bâtie en pierres, te oui est une merveille pour le pays. C'est l.i demeure ordinaire d'un certain nombre de Pères et de Frères ; elle sert en outre de lieu d'acclimatation pour les nouveaux missionnaires qui arrivent de France , et ceux d»-> anciens qui viennent à tomber malades y trouvent aussi tous les soins que peut réclamer l'état de. leur santé. La mission possède encore à Dakar un autre établissement pour l'instruction des enfants noirs. Ces enfant*, nui y sont élevés et entretenus, au nombre d'environ soixante ou quatre-vingts, sont complètement a sa charge. On les instruit soigneusement, suivant l'attrait, le genre de capacité et d'aptitude de chacun, soit dans les arts et métiers, soit dans u s lettres. Ceux qui donnent des espérances de vocation à l'état ecclésiastique sont instruits et formés dans ce but , la création d'un clergé indigène , dont la mission compte déjà deux membres, étant l'œuvre la plu* importante et la plus essentielle pour la régénération de ce pays. Plusieurs de ces enfants, destinés au sacerdoce, viennent d'être envoyés en France, dans l'un des petits séminaires de la congrégation, pour y continuer le cours de leurs études ecclésiastiques.

A dix minutes de la maison des missionnaires, se trouve un établissement de religieuses de l'Immaculée Conception, de Castres, qui rendent à la mission de très-grands services, nar les soins dévoués et intelligents qu'elles uonnent au soulagement des malades, à l'éducation des jeunes négresses, parmi lesquelles on espère trouver «usm quelques éléments pour la formation d une communauté de religieuses indigènes.

2° Joal, village appartenant autrefois aux Portugais. Les missionnaires vont une chapelle en bois et une école pour les garçons. La chrétienté de ce lieu, qui n'était telle que de nom, lors de l'arrivée des missionnaires, est très-édiliante aujourd'hui et donne chaque jour de nouvelles espérances.

:i Sainte-Marie de Gambie, colonie anglaise, située au cap Sainte-Marie. La mission catholique y a été l'ondée en dépit de

choléra, et y a laisse d<». précieux souvenir! it su\oir et de venu.

|,;or» SAl DES ORDRES

la propagande protestante, en janvier 1847. Elle y possède, avec une belle église, une maison pour les missionnaires, deux écoles de arçons, donl lune pour l'instruction primaire et l'autre pour les arts et métiers , un établissement et une école de religieuses de l'Immaculée Conception. Outre le bien qui se réalise parmi les habitants de la cotonic mime, la religion catholique étend aussi ses bienfaits sur les noirs du voisinage et de l'intérieur. Les religieuses précitées, outre l'instruction qu'elles donnent à plus de soixante jeunes filles, se dévouent encore aux soins des malades, et leurs services sont si bien appréciés que le gouverneur anglais leur a confié dernièrement un hôpital civil qu'il a fait bâtir dans celte colonie.

4' Saint Joseph de Bcnga. au cap Esterias, a huit lieues au nord du comptoir français du Gabon. Celte mission a été fondée en 1847. Elle possède actuellemant une toute petite chrétienté, une école de garçons dirigée par les missionnaires, et une école de Glfes tenue parles religieuses, qui s'occupent aussi, en ce lieu, du soin des malades.

5* Sainte-Marie du Gabon, comptoir français sur la rivière de ce nom , résidence du vicaire apostolique et point central des missions circon voisines. Commencée en 1844, la mission du Gabon s'est continuée sans interruption jusqu'à ce jour. Il s'y trouve un vi'.'age chrétien formé par des noirs! que les Français y ont importés en 1849. Les missionnaires y ont un établissement pour les enfants, dans le genre du celui de Dakar, qui donne aussi quelques espérances de vocations pour un clergé indigène. Les religieuses, de leur côté, sont spécialement occupées, outre l'éducation des jeunes filles, à desservir l'hôpital, donl le local a été fourni par le gouvernement français.

6* Saint-Thomé, ou village du roi Denis, sur la rive gauche du Gabon. Le roi Deni3 est un des plus renommés du pays. Après s'être opposé longtemps à 1 établissement de la mission catholique, il y a appelé lui-même les missionnaires et leur a permis d'établir une école qui donne de grandes espérances.

Li mission des côtes occidentales d'Afrique esi en possession, à Dakar, d'une très-belle imprimerie dirigée par les Pères el les Frères delà congrégation. Les missionnaires ont actuellement en voie d'exécution des travaux sur dix langues diverses. Ils enseignent notre sainte religion en six de ces langues. De leurs presses sont déjà sortis un grand nombre de livres, tels que dictionnaires, dont un exemplaire a été placé à la bibliothèque Impériale, calhéchismes et autres ouvrages de ce genre, à l'usage des néophytes et des missionnaires. Le gouvernement français du Sénégal met aussi quelquefois celle imprimerie à contribution, loin de la mère patrie.

Outre ces résultats déjà obtenus dans la mission des deuxGuinées, et qui, relativement aux obstacles, sont assez considérables, il s'en prépare i1 î plus consolants encore pour IR-

RELIGIEUX. SAl iCOG

venir, vu en particulier l'espérance acquis» par les missionnaires, au prix des plus grands sacrifices, soit sur le climat et les maladies, soit sur les langues, les mœurs et les usages du pays, expérience qui a aussi contribué à former de précieuses traditions, soigneu.eeruent conservées. Il y a donc lieu d^spérer que cette mission, donl les commencements ont été si laborieux et ont coûté à la congrégation tant de sujets, surtout de chefs ecclésiastiques et de supérieurs, sera, d'une part, moins éprouvée, et d'autre part, plus féconde encore en heureux résultats, selon que le demandent à Dieu chaque jour les nombreux associés pour la conversion des noirs , donl on a précédemment parlé.

Sur les mêmes côtes d'Afrique, la congrégation est encore chargée, depuis 1853, de la préfecture aposloliquo du Sénégal, qui comprend actuellement les lies Saint-Louis cl Corée el Bakel à 180 lieues dans l'intérieur du Sénégal. Dans ces divers postes, mais à Saint-Louis en particulier, résidence du préfet apostolique, et à Corée, il existe des chrétientés qui deviennent toujours plus nombreuses et plus édifiantes ; le ïibertin.ige ou mariage à la mode du pays, selon le langage de ces lieux, disparaît sensiblement et fait place à desunions chrétiennes; la moralisation des noirs, en dépit et malgré tous les efforts des musulmans, très- nombreux dans cette colonie, progresse aussi chaque jour, soit au moyen des écoles de garçons et de filles, auxquelles les missionnaires ont ajouté une crèche, pour faire passer les enfants, à peine nés, du sein du paganisme dans les bras de la religion chrétienne, soit par des visites dans les cases des noirs, des catéchismes et instructions en langue Wolof faites exprès pour eux par les Pères, soit par l'éclat et la pompe extérieure du culte, etc. Cette mission, vu en

fiarticulier le développement que doit prendre a domination française sur le fleuve Sénégal, promet de devenir très-florissante.

A Bourbon, merdes Indes, les missionnaires de la société sont chargés de diverses œuvres très-intéressantes et éminemment utiles pour le bien de la religion dans ce pays, telles que la direction de la maison mère et du noviciat de la société des filles de Marie, fondée il y a plusieurs années par les Pères du Saint-Cœur de Marie, qui se recrute principalement parmi les jeunes personnes de couleur el dont le but est surtout le soulagement des pauvres et des malheureux ; la desserte de la léproserie, où près de cent malheureuses victimes de la lèpre, hommes et femmes, sont l'objet constant du zèle consolateur et du dévouement non moins des sœurs que des Pères et Frères qui en sont chargés; la direction, à Saint-Denis, résidence de l'êvéque.de l'œuvre dite de la Providence, comprenant à la fois : un hôpital, un hospice de vieillards, un pénitencier, une école primaire et une école pro fessionnelle d'arts et métiers. — Déplus, ils prêchent des retraites et missions, en qualité d'auxiliaiP3S du clergé séculier. A Bourbon est aussi un petit noviciat de Frères de la congré-

galion, d'où sont sortis plusieurs Frères tic couleur.

A Maurice, colonie anglaise, la première (le, avec Bourbon qu'elle avoisine. qui fut évangelisée par 1rs missionnaires du Saint- Cœur de Marie, ceux-ci forment la majeure partie du clergé et desservent avec grande bénédiction du ciel plusieurs quartiers importants, où, à force de zèle, et bien secondés d'ailleurs par le concours généreux des noirs, dont ilss'occupent d'une manière toute spéciale, ils ont élevé un grand nombre d'églises et de chapelles formé de nombreuses réunions de persévérance, des associations et des œuvres de toute espèce, soit pour ramener à Dieu, soit pour faire persévérer une multitude d'âmes, objet de toute leur sollicitude. Le R. P. Laval, fondateur de cette mission, y rappelle le zèle du B. P. Claver pour ses cliers nègres. Les noirs de Maurice ne jurent que par lui, et ils ont une telle idée de ses travaux et de ses vertus, qu'ils vont jusqu'à dire, dans leur naïve simplicité, pour exprimer à la fois leur admiration et leur reconnaissance, « qu'il n'y a point de saint dans les livres qui soit comparable au P. Laval. »

Okuvres et Etablissements en Amérique. — Les Pères du Saint-Esprit et du saint-Cœur de Marie ont diversétablissemcntsà la Martinique, à la Guadeloupe et h la Guyane.

Ils dirigent, a la Martinique, le grand séminaire de la colonie, et doivent aussi, dans un avenir prochain, prendie la direction du petit séminaire-collège. Chargés de plus de desservir le pèlerinage deN. D.dc la Délivrande,

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et la maison principale des sœurs de Saint- Joseph deClunv, h Saint-Pierre, la ville éj>iseopale, 1rs Pères du Saint-Esprit et du Saint- Cœur de Marie prêchent encore des retraites et missions, sans parler de plusieurs autres OMivresdc zèle.quïlsontfondées et où Dicul»». illégalement leurs efforts, pour sa plusgramte gloire.

Les Pères de la Congrégation sont chargé*, à la Cuadeloupe.de diriger le petit séminaire, collège. Ils y ont aussi commencé une petite école agricole et professionnelle.

AlaOuyane.lesmissionnaircsduSaint-Fsprit et du Saint-Cœur de Marie se livrent a Um Its exercices du zèle : confessions, catéchismes, retraites et missions, pour la conversion des noirs en particulier, tant h Cayenno môme et autres» quartiers importants, mu Mana, où ils desservent la léproserie étaWie en ce lieu, par la fondatrice môme des jnrurs de Saint-Joseph de Cluny, la R. Mère Javoiihey, qui s'est rendue célèbre au commencement de ce siècle, par ses nombreuses entreprises de zèle et de dévouement, surtout dans les colonies françaises. Les Pères de la congrégation ont aussi la direction du collège de Cayennc, et sont à la tète, dans cette ville, résidence du préfet apostolique, de plusieurs associations, confréries et bonnes œuvres qu'ils ont établie» pour toutes sortes de classes de personnes, et pour tous les Ages ; ce qui contribue lx?n )coup au développement de la religion en ce pays.

DICTIONNAIRE DK.S OUDRES RFLIGIblJX.

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