‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 304 sur 323 · ADDITION · texte numérisé non relu

ADDITION

SAINT -ESPRIT (Congrégation du) ET DU SAINT ET IMMACULÉ CŒUR DE MARIE.

Suite. (Voy. le commencement, col. 1363 al suiv.)

Dès la deuxième année, la congrégation du Saint et Immaculé Cœur de Marie se trouva en état de commencer son œuvre de prédilection , de l'apostolat des noirs esclaves. L'Ile Maurice (colonie anglaise) et l'Ile Bourbon lui furent alors ouvertes n'une manière toute providentielle, et ce fut là le théâtre des premiers travaux de ses missionnaires, ainsi que de leurs premières conquêtes sur le démon parmi ces âmes infortunées. Le Ciel Wnit ces deux missions, et depuis lors jusqu'à ce jour, elles n'ont cessé de produire des fruits abondants de salut auprès des noirs.

Vers la fin de la même année 1843, Mgr Barron, prélat américain .étant venu de Rome à Paris, avec le titre de vicaire apostolique des deux Guinées et de la Sénégambie, et s'étant adressé à N.-D. des Victoires pour obtenir la coopération des missionnaires des noirs, dont on lui avait parlé à la Propagande, sept autres membres de la société partirent, sur sa demande et avec l'agrément du Saint-Siège, pour aller fonder celte importante mission depuis si longtemps abandonnée, bien qu'aux portes de plusieurs nations catholiques, et menacée de devenir la proie de la propagande protestante des missionnaires américains. Mais, au moment où tout semblait marcher au gré de l'institut naissant, une épreuve bien douloureuse vint tout à coup renverser toutes ses espérances, sinon compromettre son existence même.

En effet, sur les sept missionnaires dont nous venons de parler, cinq ne tardèrent pas à être moissonnés par la maladie et la mort dans ces climats brûlants ; un sixième perdit courage, ainsi que le vicaire apostolique lui-même, qui, sur sa demande au S. Siège, reçut une autre destination, et le septième, resté seul, sans secours, sans nouvelles d'Europe, pendant plus d'une année, n'attendait plus, chaque jour, que le sort de ses heureux compagnons, morts victimes de leur dévouement. La congrégation de son côté , n'entendant plus aucunement parler de lui, le comprit pendant dix-huit mois dans la mémoire de ses défunts.

Effrayée par ces portes nombreuses et inattendues, et ne sachant pas encore exactement à quelle cause les attribuer, la petite, société «e vit forcée de suspendre momentanément son œuvre ; elle conservait toutefois l'espérance que la mort de ces marlvrs de la charité attirerait tôt ou tard les regards de Dieu sur cette terre désolée. En attendant, la grâce d'en haut lui vint en lide pour soutenir son courage, et cette épreuve, loin de l'al»aUre, ne servit qu'à lui inspirer un plus grand abandon entre les bras île la divine Providence.

L'année suivante, cinq prêtres du saint Cœur de Marie furent mis à la disposition du la sacrée congrégation de la Propagande, pour la mission d'Haïti ( Saint-Domingue ), où cinq cent mille Ames, remplies d'excellentes dispositions, étaient et sont encore livrées comme eq proie à quelques prêtres indi-

Eies accourus de rïtrérents pays, cl dont vie toute mondaine était un scandale permanent ; mais le temps marqué par les desseins de Dieu pour le salut de ce peuple n'était pas encore venu, et cette nouvelle tentative du zèle des missionnaires du Saint Cœur de Marie fut une épreuve de plus pour la congrégation. Le gouvernement haïtien était alors animé, comme il l'est aujourd'hui, de dispositions malveillantes envers le Saint- Siège ; ses exigences schismatiques obligèrent les missionnaires, à peine arrivés, de quitter le pays. Après mille tracasseries, par lesquelles on semblait vouloir punir leur dévouement au Vicaire de Jésus-Clirist, ils durent larlir, laissant dans la consternation les malicureux habitants, qui n'avaient pas tardé à es distinguer d'avec les prêtres mercenaires dont on vient de parler.

Sur ces entrefaites, de douces espérances renaissaient pour la mission des deux Guinées : M. Bcssieux, qu'on avait cru mort pendant si longtemps, donnait signe de vie ; nonseulement Dieu l'avait gardé, mais on apprenait de lui que les Européens pouvaient plus impunément qu'on nç le pensait, s'établir sur ces côtes, moyennant toutefois certaines précautions exigées par ces climats brûlants. Ce fut donc une grande consolation pour la Société du Saint Cœur de Marie de pouvoir reprendre, vers le milieu de 1845, cette œuvre momentanément suspendue. Mais ce nouvel

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devait encore lui coûter bien cher; Kun de ses trois premiers fondateurs, le P. fisse raud, nommé par la sacrée congrégation de la Propagande préfet apostolique de la mission, périt avant d'y arriver, dans le naufrage du Papin, le S décembre, féte de l'Imma<-ulée-Conecplion de la très-sainte Vierge. Les feuilles publiques de l'époque retentirent du courage liéroïque «Je ce fervent missionnaire du Saint-Cœur de Marie, que l'on vit au milieu des (lots mugissants, prendre en brave Je commandement du bateau en ruines, pour en sauver les âmes s'il ne pouvait sauver les rerps; pui*, fortifié par une prière fervente, s'iuinier tous les pawigers de se préparer à paraître devant le tribunal du souverain Juge , leur donner à tous une dernière absolution, et disparaître dans l'abîme a\ec soixante passagers, au moment où il venait «le convertir et baptiser un pauvre Juif, dernière conquête d" son zèle.

Quelques temps après, la mission des deux limures avant déjà obtenu quelques résultats malgré de nouvelles perles, Home lui donna un vieaire apostolique, «lan-î la personne de l'un de si 's membres, Mgr Trutfet, originaire de Savoie, ancien professeur distingué de rhétorique, qui avait comme miraculeusement trouvé sa vocation à l'apostolat «les noirs, dans l'église de Notre-Dame des Victoires, où il l'ut également sacré le 2F> janvier 1847, fêle de la Conversion de saint Paul.

Sur lui reposaient «le grandes espérances. Cependant une année ne s'était pas encore écoulée, que déjà la Congrégation déplorait la perte de ce savant et pieux Eréque.

Telles sont les pertes et épreuves par lesquelles la divine Providence préparait la Société du S. Cœur de Marie à entrer dans une phase nouvelle «le son existence , soit en la sanctifiant par là davantage, soit en lui faisant prendre, malgré ces revers, plus de consistance et de liéveloppement. En effet le local, bien qu'agrandi , de la Neuville, ne pouxantplus conlcnirle nombre toujourscroissant «les aspirants, on avait dit ouvrir une nouvelle maison «lans la ville d'Amiens, puis à quelques lieues de là, «lanslancienneabbaye «le Notre-Dame du Card, afin «le séparer les différentes espèces de sujets, novices, scolasli pies, fieres , tous primitivement réunis à la Neuville, l.e moment païut donc venu, où devait s'accomplir sa réunion avec In congrégation «lu S. -Esprit, depuis longtemps pressentie par le vénérable M. Dcsgcnetîes, «jia avait sui\iavec beaucoup d'attention et d'intérêt les phases diverses des deux sociétés. Seulement, ce qui eut lieu alors, ce ne fut jilus cette simple union d'actum proposée par les premiersl'ondateurs delà congrégation du saint Cu-ur de Marie plusieurs années auparavant/ainsi qu'on l'a vu ci-dessus, niais bien une véritable et entière fusion. Celte réunion fut amenée comme tout naturellement, lors- «ju'on s'v attendait le moins, u'csi-à-diro au i. minent où M. Leguay, ancien vicaire général «Je Perpignan, et supérieur de la isongrégalnm du Saint-Esprit depuis la mort de M. l'our- Uinier. semblait lui avuii donné un nouvel es-

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sor. et lui faire présager un avenir florissant, surtout après avoir obtenu du Sflint-Siége une nouvelle approbation desHèglcs. Et, choie digne de remarque, ce furent les événements de 1 8 iS qui levèrent tous les obstacles, et fournirent loccasionde cette fusion complète.

M. Monet, qui pendant longtemps avait vu de près, à Bourbon, le z«;le des Pères, du Saint-C<eur «le Marie pour l'œuvre des noirs, vint à être élu supérieur de la congrégation du Saint-Esprit. Voyant la moisson devenir plus abondante «pie jamais dans les colonies, par suite surtout de l'abolition de l'esclavage, qu'on venait de promulguer, il crut qu'il n'y avait rien de mieux à faire pour répondre à tant de besoins, que de reunir le personnel des deux sociétés, pour n'en former plus qu'une seule et même congrégation. Nommé , sur ces entrefaites, vicaire apostolique de la mission «le Madagascar, ou il mourut en mettant le pied sur ces rivages, il se démit de la supériorité en faveur du R. P. Libcrmann, fondateur «le la société du Saint-Cœur de Marie, qui fut élu à l'unanimité des suffrages, supérieur général «l« s «leux congrégations réunies.

Le Saint-Siège apostolique, qui avait vu avec plaisir et encouragé cette fusion, l'approuva et la confirma par un décret en «late du 2G septembre 1848. En outre, pour perpétuer le souvenir de chacune de o > deux congrégations primitivement distinctes, il autorisa la nouvelle société à substituer le nom de l'Immaculé Cœur do Marie h celui de l'Immaculée Conception, et par suite à n'être plus désignée désormais quo sous le vocable de congrégation du Saint- Esprit et de l'Innnaculé Cœur de Marie.

Le R. P. Libermann ne survécut que de quatre années à peine à cette fusion, où il déploya le plus grand désintéressement et la plus rare prudence. Il vécut toutefois encore assez pour achever de l'affermir et de la cimenter ; dissiper les préjugés qui, jusque-là, comme on 1 a vu plus haut, n'avaient pas laissé «le planer toujours un peu sur l'ancienne société du Saint-Esprit ; préparer une nouvelle rédaction des règles et constitutions de la congrégation, pour les faire harmoniser avee le nouvel état de choses provenant «le la réunion des deux sociétés ; donner un nouvel essor et pourvoir d'une manière durable aux intérêts religieux des colonies, par la création de trois sièges épiscopaui à la Martinique, la Guadeloupe et l'île delà Réunion, œuvre capitale dont il fut le premier et principal instrument, non moins par sa rare prudence que par sou zèle, bien secondes d'ailleurs par les circonstances; enfin allermir et développer, tant en France qu'au delà «les mers, les «euvres entreprises, sans oublier le bien spirituel de ses enfants, pour lesquels il composa une série d'instructions admirables, sous le titre d'Instructions aux missionnaires, outre un petit traité sur JVjiscopat pour les évêques uiissionuaiics de l lntilut, «pie la mort ne lui permit pas d'achever.

K u'.t e aulies faits accomplis dans celte do-

DES ORDRES RELIGIEUX

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