PARTICULIÈREMENT EN FRANCE AU DERNIER SIÈCLE ET A L'ÉPOQUE ACTUELLE
L ouvrage important que le P. Héiyot consacra à l'histoire des ordres religieux, et dont il enrichit la littérature ecclésiastique, était, on peut le dire, un monument admirable, bien supérieur à tout ce que Morigia, Maurolic, Beurier, Aubert Le Mire, Heroiant, Crescenze, etc., avaient essayé avant lui. Non-seulement la critique l'a éclairé des lumières nécessaires, mais les faits nombreux qui le composent, fruit de vingt-cinq années do recherches, d'altente$t et de rédaction, ont constitué ce monument admirable, élevé à la gloire de la religion et de la perfection évnngélique. Mais, hélas I ne pourrail-on pas dire que ce monument fut comme une colonne élevée sur un tombeau, ou du moins comme le souvenir d'un vaste édifice écroulé!
Ce serait là, peut-être, l'opinion générale.
A partir de l'époque où le P. Hélyot cessa d'écrire, il semble que la vie monastique perdit son éclat, et que les ordres religieux préludaient rapidement par leur décadence h la suppression sacrilège que la Providence permit en 1790.
D'où vint cette révolution dans les cloîtres, révolution qui les rendait , au xvm* siècle, ri différents de ce qu'ils avaient été au siècle précédent, grand en tout, mais principalement par les réformes édifiantes qu'on avait vues dans l'ordre ecclésiastique et dans l'ordre monastique?
Je vais essayer de le dire en quelques pages. Ces pages . écrites avec autant de sincérité que de simplicité, pourront peut-être dissiper quelques préventions, bannir quelques préjugés, redresser des erreurs et amener de nouvelles convictions.
Je veux, auparavant, montrer que les ordres religieux n'étaient pas ce qu'on croit généralement, et faire voir qu'il y eut d'abord une j>ersévérance dans la régularité plus prolongée qu'on ne l'imagine, et que, pendant toute cette période si fameuse par son déc/in. la religion vit toujours, dans des cloîtres réglés, d'édifiantes protestations.
Entre les anciens corps religieux plusieurs conservaient la même régularité dans l'observance de leur règle, et l'on ne voyait aucun relâchement introduit, par exemple, chez les Capucins, chez les Jésuites, chez les Camaldules. On peut en dire autant des ermitages des Carmes déchaussés, des solitaires de la forêt de Sônart, de ceux de Saint-Sever, etc., etc., etc. La Trappe et Septfons, conservant leur haute réputation, conservaient, à peu près, toute leur ferveur, et Septfons, surtout, donna, même vers la fin du siècle, un spectacle qui semblait être une réminiscence impossible des temps passés, oui, impossible à une pareille époque 1 11 est inutile d'exposer ici qu'à l'eiception de quelques chapitres et de quelques abbayes, et encore en très-petit nombre, toutes les communautés de femmes étaient demeurées dans leur premier état, sans relâchement sensible.
Mais ce que je veux rappeler, et même à ceux qui se sont laissé prévenir sans avoir étudié le siècle sons le rapport religieux, c'est que non-seulement la piété et la vie demeuraient dans les corporations anciennes, mais qu'on en vit alors de nouvelles, dans tous les genres, se créer ou s'affermir. C'est alors, en effet, que commencèrent ou se consolidèrent les sociétés ecclésiastiques des prêtres du Sacré-Cœur, dans le Midi ; des missionnaires de Saint-Laurent-sur-Sèvres; du Saint-Esprit, à Paris: ce fut alors que les Frè- Dictios*. des Ordres reug. IV. 1
11 INTRODUCTION ii
res des. Ecoles chrétiennes donnèrent surtout la forme à leur admirable et utile congréga lion, aujourd'hui plus étendue et plus importante (pie jamais.
Au pied des Pyrénées, l'allié de Lahtte-Maria, à l'instar des Raneé, des Berryer, des Beau fort, établissait en son monastère <Ie Saint-Polyearpe une réforme austère, qui aurait *lé. dans ces temps malheureux, un foyer de chaleur pour l'Eglise, si elle ne s'était pas presque aussitôt abîmée cl perdue dans les sentiers de la malheureuse secte qui agitait tous les lieux où elle portait les illusions de son hypocrite rigorisme et de son indépendance. Au môme temps, mieux inspirés et mieux conduits, les Ermites blancs du Mont- Valérhn formaient cette utile observance qui s'est maintenue la môme jusqu'au moment de la destruction des cloîtres.
Ce n'est pas seulement en France que nous pouvons montrer ces admirables institutions, se fondant d'une manière plus admirable encore aux yeux des hommes de foi, dans des temps si malheureux. En Italie, par exemple, furent alors fondées les religieuses appelées Xnrhertines : les Zocolcile, qui, sans être liées par engagement à la vie monastique, en portaient pourtant l'habit et vivaient en communauté. Quelques années après Pie VI créa, en Autriche, l'Institut des Frères de la Pénitence, projeté depuis lonçtcmps, même par l'impératrice.
Le goût et le renouvellement des études se ranimaient d'une manière aussi frappante qu'utile dans plusieurs monastères, par exemple, chez les Ptémonlrés de Lorraine; au chef-lieu de l'ordre, [très de Laon, sous la direction intelligente de l'abbé Lécuy ; chez les Capucins de Paris, où l'on vil naître cette académie d'hébraïsanls, etc., etc. A l'abbaye de Fulde, se forma une société de savants, dans le but de réunir les protestants et les catholiques. On connaît généralement ce qu'étaient les études alors dans les deux célèbres abbayes de Bénédictins de la Forét-Noire, et particulièrement tout ce que ranima, tout ce que créa, dans celle de Saint-Biaise, le docte abbé Cerbert.
Sur différents points de la France, se formaient encore, surtout dans les commencements du siècle, un grand nombre de sociétés de vierges chrétiennes, telles que les Sœurs d'Ernemoul au diocèse de Rouen; les Sœurs de ia Sagesse, a Saint-Laurent-sur-Sèvre; les Paulines, en Basse-Bretagne; les Sœurs «le l'Instruction chrétienne, dans la Haute- Bretagne, à Fougères et à Louvigné-du-Désert; dans les deux parties de celle religieuse province, un grand nombre de communautés, pour donner un asile aux fidèles des deux sexes qui voudraient faire une retraite de huit jours; les Sœurs de Saint-Charles et celles de la Providence, en Lorraine; celles de l'Union chrétienne, à Tours; et autres semblables en diverses localités. Jo veux surtout signaler la fondation do l'Institut de Sainle-Aure, à Paris, communauté édifiante, vouée à l'adoration du Sacré-Cœur; et encore plus veux-je parler de l'Institut des Passionisles, en Italie, dû au zèle du vénérable Paul de la Croix, et de celui du Saint-Rédempteur, fondé pour les deux sexes, par saint Alphonse de Liguori.
Assurément celle nomenclature, pourtant si incomplète, en dit déjà assez pour montrer aux plus prévenus, pour apprendre aux plus indifférents, qu'un siècle où se trouvent tant d'oeuvres dues à la vie religieuse, n'est pas un siècle où l'esprit de la vie religieuse soit absolument éteint.
Néanmoins, il faul en convenir, et c'est pour cela que nous traçons ces pages préliminaires, la flamme do ce feu divin, restreinte ou affaiblie, n'échauffa plus que quelque* Ames mieux disposées; n'éclaira plus, comme autrefois, les yeux les plus aveuglés 1
Si nous en cherchons les causes, nous trouvons la première dans les malheurscausés par la régence qu'exerça le duc d'Orléans à l'avènement de Louis XV à la couronne. Tout souffrit en France. Relâchement dans les ressorts du gouvernement, dans l'exercice de l'autorité civile et religieuse, dans la moralo surtout, et, par conséquent, un contre-coup porté à la discipline ecclésiastique. A un roi grand sous tous les rapports, venait de succéder un roi enfant; et quoi qu'en eût ordonné Louis XIV, l'administration du royaume passa entre les mains d'un prince dissolu, sans principes, sans aucune des qualités nécessaires à sa position, surtout à une pareille époque. Bientôt tout se rcsK-mit du chan-i
gernent qui s'opérait on France, et Ton vit dans tous les ordres un symptôme général de relâchement. Dès lors les écrivains audacieux, affublés Deu après du pseudonyme de philosophes, commencèrent à briser tout frein et a saper tout des coups de leur plume ironique. La Sorbonne, où couvait pour ainsi dire sous la cendre un certain feu de révolte, n'ayant plus à redouter cette barrière qui arrêtait ses membres les plus fougueux, renouvela dès lors celte résistance à Rome, qui ne s'affaiblit que quelques années après, et ne s'éteignit jamais. Les évêques opposants à la doctrine de l'Eglise, ainsi que les parlements redoublèrent d'audace, et sous la funeste influence du cardinal de Noailles, archevêque de Paris, nommé chef du conseil de conscience, des ecclésiastiques indignes, mais qui avaient suivi et soutenu Son Eminence dans ses résistances a Rome, furent élevés aux honneurs de l'épiscopat, et de ce nombre était le neveu de Bossuet, nommé ait siège de Troyes. L'Assemblée du clergé fit, il est vrai, des réclamations, et môme en fit «oorent sur différents sujets; mais le relâchement de la discipline se fil bientôt sentir au<si, et d'une manière scandaleuse, dans les rangs du haut clergé. Il serait donc injuste de ne jeter la pierre qu'aux habitants des cloîtres, et de les mettre seuls en cause.
Après celle observation générale, rappelons cependant qu'il n'est ici question que de l'état religieux, et nous montrerons une partie de ses plaies provenant de l'épidémie morale qui avait attaqué tous les rangs du corps social q
Il est loin de ma pensée de me ranger au nombre de ces frondeurs indiscrets, cl mémo peu soumis, qui veulent déclamer contre les concordats passés entre les Papes et les princes, et qui voudraient, par an sentiment de presbytéranisme incompris ou dissimulé, appeler une discipline, impossible aujourd'hui sur quelques points, dangereuse peut-être sur d'autres. Les élections peuvent mieux, sans doute, exprimer le consentement général, et disposer au respect et à l'obéissance : elles peuvent en certains cas amener des inconvénients indicibles. Mais n'est-il pas à regretter qu'on les ait abolies dans les monastères1.
Les fondateurs s'étaient-ils montrés généreux pour donner au roi le moyen d'enrichir, sans sacrifices, tel enfanl de famille, privé de fortune, et qui, sans aucun engagement religieux, jouissait, par nomination royale, du tiers des biens des religieux? Les abbés commendataires portaient rarement l'édification dans leur abbaye, et s'ils la connaissaient, ils y élaienl souvent une occasion de dissipation, et qoelquefcis de scandale. Ces nominations, toujours dangereuses et abusives, suivant moi, l'étaient surtout an temps funeste dont nous parlons. On spéculait sur une nomination mendiée; que dU-je, sur une! on ne craignait guère la pluralité des bénéfices (a), et les moines à qui on donnait un tel abbé, n'avaient à craindre de lui que des tracasseries relatives a la roense abbatiale.
Si de pareilles nominations avaient toujours des inconvénients, combien en présentaientelles dans un siècle où la retenue ne fut plus une bienséance nécessaire 1 Quelquefois ces bénéfices lucratifs furent donnés, il est vrai, au mérite et au travail, dont ils furent une honnête récompense, mais presque chaque semaine, la Gazette, ou le Mercure de France annonçaient une nomination en faveur d'un jeune homme, qui n'avait pour titre à ce bienlait que le nom de son père et le besoin de sa position, et, de là, jugez de ce que durent gagner les monastères 1
Une autre cause de démoralisation, un agent plus actif de relâchement et d'insubordination fut l'esprit janséniste, de tout temps ennemi des vœux monastiques et si facilement
(a) Tout le momie sait qu'on voyait quelquefois ■fosiror» nominations accumulée» sur une seule télé qai n'avait pu rendre aucun service a l'Eglise, el qui, plus tard, n'en rendait jamais. Je citerai un rit-mpl** , des plus forts il est vrai , mnis il est cuhem : — Henri de Lorraine, duc de Guise, étant eocoi* enfant, possédait les abbayes de Celles, de Sii:n-IVnys-en-France , de Sainl-Remi de Reims, de SainlNkaise, de Saint-Pierre de Corme , de
Fécamp, du Uonl-Sainl-Michel, de Saint-Martin-oe- Pontoise, d'Oreamp, de Chamhon et de ttonliraudé. A l'âge de quatorze ans, ce révérend Père fut nommé par le roi à l'archevêché de Kcims ! !... Il prit ensuite l'épée el sa vie ne (Ut plut qu'un tissu d'aventures qui ressemblent à un roman. Il obtint plus tard la tfiarce de grand chnmbcllun, et mourut à Paris, le 2 min 1661.
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alliablc avec J »-•>, fil dominant (ie lépoque, qui lui devait, en partie, son existence ou »<>u audace .
Quelques exemples, entre dix mille, suffiront pour prouver ce que j'avam e avec une conviction profonde; je les prends au hasard dans quelques congrégations relgieuses. Il s'en trouve un très-fr;q»pant dans l'abbaye d'Orval, qui avait été [ endant quelque temps», avec Septfoo* et La Trappe, une des gloires de Citcaux. Située dans le Luxembourg, celle célèbre abbaye attirait, par sa bonne odeur, des visiteurs édifiés, non-seulement .ni Brabant, des contrées voisines, mais de France et des provinces allemandes. Malheureusement, elle donna un asile trop libre successivement à deux solitaires de Port-Uoya!, qui, par leurs communications avec les religieux, y implantèrent l'esprit de la maison qui les avait égarés. L'égarement y monta au point que le maître des novices, dom Hotî'ieumeut, au lieu de disposer uniquement ses élèves aux qualités qui font un bon moine, leur inspirait la non-acceptation de la bulle L'niymitus : la division se mit dans la maison, et lors de la visite faite au nom de M. Spinclti, nonce du Pape h Bruxelles, nombre de religieux refusèrent de souscrire môme le formulaire d'Alexandre VII; préférèrent v ir l'excommunication lancée contre eu\, que de manquer à ce qu'ils croyaient de leur devoir, suivant la proposition dangereuse, si justement condamnée dans les Rr'flejions morales de Qucsnel. Les choses en vinrent au point qu'une partie de la communauté s'enfuit en Hullandr, à l'exemple des Cliarireux rétugiés, pour y vivre à l'aise, près de l'archevêque schisinaiique d'I liecbl, Barcbmaun, qui applaudit à leurs lolies. Or val, victime de ces innovations, dépérit au point que, vers le milieu du dernier siècle, c'était une maison méconnaissable, on peut ajouter scandaleuse.
Je viens de dire : à l'exemple des Chartreux; cet ordre admirable fut aussi ravagé par l'esprit novateur, qui tit surtout des dupes dans un grand nombre de maisons de religieuses, trompées par des directeurs aveugles et fanatiques. L'expression n'est pas trop forte; car que devait-on penser en voyant des hommes tels que les Chartreux de Paris, violer toutes les règles, eu s'inlroduisant la nuit par le clocher de l'église des Carmélites, pour endurcir les pauvres religieuses dans leur opposition à la hulie, et à la volonté des supérieurs ecclésiastiques l Plusieurs se sauvèrent aussi en Hollande, élevant autel contre autel, et nommèrent dom Aspais pour supérieur, et élurent d'autres officiers. Sur celle terre d'exil, où les conduisait l'apostasie, ils se lorlitièictit dans leur révolte, l'inspirèrent dans les correspondances qu'ils entretenaient en Fiance, et plusieurs de leurs confrères, qui ne les avaient pas suivis dans leur désertion, continuèrent de les suivre dans leurs erreurs, malgré les menaces, les ordres du Père général, et des supérieurs de l'Ordre, car la grande majorité de l'Ordre se montra respectueuse envers les décisions do l'Eglise.
Il n'en fut pas «le môme dans la congrégation de l'Oratoire de Jésus, dont la majeure partie se ressentit de la mauvaise administration de son régime, qui n'établissait qu'une subordination imparfaite, et des erreurs janséniennes, dont elle fut imbue des premières. Cai Jansénius fréquenta la société naissante et y rci;ut des encouragements à la composition (ie son fameux et funeste Auyustinus. Il faudrait un volume pour montrer, môme rapidement, tout co qu'a fait la désobéissance dans ce corps jusqu'à sa destruction, et presque tous les Oratoriens étaient appelants, suivant l'auteur de l'excellent ouvrage intitulé : Lettres à l'auteur du thomisme triomphant. Les supérieurs donnaient bien quelques satisfactions, et, en conséquence, quelques ordres de répression, ensuite des prescriptions de Home, et surtout de l'autorité civile, mais la répression était molle, la sujétion nulle, et l'esprit religieux était à peu près banni de celle congrégagion, qui donna ensuite du scandale par l'adhésion d'un si grand nombre des siens aux innovations qui perdirent la France à la fin du siècle.
Ou vil bien quelques symptômes des ravages du temps dans l'ordre des Cordeliers, par exemple à Castclnaudan, à Reims, à Saint-Quentin, etc.; mais en général les religieux de Saint-François se montrèrent comme toujours, plus respectueux envers l'Eglise, plus remplis de l'esprit véritable de leur saint Ordre. Il n'en fut pas de môme, en France, chez les
Dominicains, et leur institut donna, généralement parlant, l'exemple de la révolte contre les décisions du Pape, et même des supérieurs locaux. Le courent delà rue Saint Jacques, a Fuis, le premier de Tordre parmi nous, et celui duquel ils tenaient leur nom do Jacobins, appela unanimement, en 1718, de la bulle au futur concile. L'année suivante, les religieux étudiants du collège de l'ordre, établi dans cette maison, rejetèrent aussi la constitution à la pluralité des voix. Sur tous les points du royaume, des religieux de diverses communautés, faisaient, en nombre plus ou moins grand, cette scandaleuse résistance; ce funeste exemple faisait sentir ses résultats à Montpellier, à Poitiers, à Nîmes, où les couvents entiers furent quelque temps privés des pouvoirs du ministère ecclésiastique; ceux de Rhodez passèrent six ans entiers dans la même privation, et pour le même motif- Les chapitres pour les élections étaient des champs de lutte, dans lesquels il fallait souvent faire intervenir l'autorité du roi pour rétablir la paix et obtenir un résultat heureux.
Cette conduite des Dominicains français doit paraître d'autant moins compréhensible qu'ils auraient dû, ce semble, se montrer alors plus dévoués à l'Eglise de Rome, où venait de prendre le premier siège un membre de leur ordre, le Pape Benoit XIII, qui condamnait leur folie, et que son successeur, Clément XII, généreux à l'égard de leur institut, accordait, |»ar un bref, a leurs collèges ou écoles, les privilèges et prérogatives des universités. Il ne faut pas conclure de ce que je viens de rapporter, que parmi nous, tous les enfants de Saint-Dominique eussent ainsi prévariqué. La majorité fut toujours, au moins extérieurement, et je n'ai point le droit de juger les intentions, soumise aux décisions romaines; la plupart des supérieurs luttèrent en ce sens contre des subordonnés indociles; et si l'on vit alors dans les provinces de France des réfractaires enthousiastes, tels queles PP. Gautier, Maignant, Laurent, Lesage, Altique, Crozet, Vion, etc., etc. : on vit aussi avec édification le zèle que de bons religieux, tels que les PP. Boissière, Marcilier. Desvignes, Amicio, Vallet, Roux, etc., etc., etc., mirent à ramener les esprits è la soumission h l'Eglise et aux prescriptions de leur général, car le général de l'ordre fut toujours daos les dispositions d'obéissance que la foi lui prescrivait, et dont il donna toutes les preuves dans son administration. Les préventions et la résistance allèrent toujours diminuant dans cette corporation respectable, mais néanmoins ne disparurent jamais entièrement
I) restait peu de monastères de Bénédictins exempts. Ceux de l'abbaye de Saint-Cyran (ou plutôt Saint-Siran), du prieuré de Perrecy, etc., étaient à peu près inconnus, etl'onneserappelait guère les exemples de jansénisme qu'ils avaient pu donner pendant quelque temps. Presque tous les monastères de cet ordre étaient, dans nos contrées, affiliés ou a la congrégation de Cluni ou à celle de Saint-Vannes, ou à celle de Sainl-Maur, la plus nomï^ease et la plus remarquée.
Les Bénédictins de Cluni , divisés en deux branches, qui n'avaient de commun que la dépendance du même abbé général, ne cédèrent guère è l'esprit de nouveauté, et l'on pourrait peut-être dire qu'il n'y eut, chez eux, que les PP. Triperet et Parent et quelques autres, qui montrèrent de l'entêtement dans leur résistance à refuser les signatures exigées par l'Eglise. Il n'en fut pas tout à fait de môme dans la congrégation de Saint-Vannes, quoique le savant P. dom Calmct, président de cette congrégation, eût employé, pour amener à l'ol>éissance, ce qu'il pouvait tirer de son zèle, de sa sagesse et de son autorité. Les religieux de l'abbaye de Mouzon avaient rédigé une protestation contre tout ce qui pourrait être fait en faveur de la bulle; mais cette protestation envoyée è la Diète (Assemblée des députés de l'ordre) y avait reçu l'accueil qu'elle méritait et fut jetéeaufeu. Néanmoins, malgré tout ce que put faire l'évêque de Toul, commissaire du roi, et les mesures qui furent arrêtées au Chapitre général, la paix ne fut pas rétablie, et les opposants, qui recevaient mal les visiteurs nommés alors, protestèrent en grand nombre contre ce Cliaoitre, qu'ils qualifièrent, même par écrit, du sobriquet de brigandage de Toul. M. Begou, évéque de Toul, se vit forcé a s'établir comme général de la congrégation, à sévir contre les cévoltés, dont lo nombre diminua successivement, et peut-être, à l'époque de la sup-