‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 6 sur 323 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

pression n'y avait-il plus aucun janséniste dans la congrégation de Saint- Vannes. On n'en peut pas dire autant de la congrégation de Saint-Maur, où l'esprit de nouveauté introduisit un dissolvant, qui, après l'avoir troublée, relâchée, fautait probablement détruite, quand môme elle n'eût pas été supprimée comme tous les corps religieux, par l'Assemblée législative. Dès les premiers temps des disputes entre les écrivains lie Port-Royal et les théologiens catholiques, elle avait généralement montré sa sympathie pour ceux-la; mais pour ne parler que de ce qu'elle fut au xvur siècle, il faut d'abord rappeler le grand nombre de ses membres opposés & la bulle Unigenitus. Le supérieur général (et depuis lui, plusieurs autres, montrèrent leur soumission et leur soin pour dompter les opposants), le supérieur général, ilom Thibaud ût, en 1727, de vaines tentatives pour amener les religieux des Blancs-Manteaux à recevoir la constitution. Des particuliers, en grand nombre, tels que dom Chaspel, dom Crespat; des supérieurs, tels que le prieur du Bec, le sous-prieur de Saint-Calais, etc., se laissent disgracier plutôt que d'obéir. I>es abbayes tout entières» telles que la communauté de Dijon, celle d'Auxerre, celle de Sainte-Colombe de Sons, adhèrent, par acte capitulaire, à la lettre de l'évèque d'Auxerre en faveur de Soanen, évéque schismatique de Senez; et, pour faire comprendre en deux mots l'esprit dominant alors cette malheureuse famille, j'ajoute que plus de quatre cents membres de la congrégation se déclarèrent pour les deux prélats fanatiques de Senez et de Montpellier. Le mal était bien plus ancien dans les matières que je signale, que les faits que je viens de rapporter; il avait commencé, du moins s'était fortement accru, par l'activité d'un religieux fanatique, dom Louvard, qui mérite le stygmate d'une mention particulière dans l'histoire des désordres de sa congrégation. Il lut en effet le premier opposant à la constitution Vnigenitui. Celte bulle date, comme on sait, de 1713; dès 17U il refusa de la recevoir au monastère de Corbie, où il était exilé et où elle avait été envoyée par le supérieur général dom Lhotallerie, ainsi que dans toutes les maisons, pour la faire recevoir en chapitre. Il «Hait le porte-drapeau des révoltés. A Saint-Denys-en-France, outre ce que son zèle lui fit livrer à l'impression, il dressa une requête signée de trente-deux moines de ce monastère pour la présenter aux députés du chapitre général, dans le but d'obtenir la permission d'adhérer incessamment à V Appel de quatre évéques, adhésion qu'il ûl en effet, peu de jours après, avec la communauté. Cet exemple fut suivi par la plus grande partie de la communauté de Saint-Germain des Prés. Son fanatisme, enfin, alla au point de ne pas signer l'acte d'adhésion de la communauté de Saint-Denis et de prêt de quinze ccnt$ Béné~ die tins à l'appel du cardinal de Noailles, et pourquoi? parce que cet acte ne lui paraissait pas encore ce qu'il devait être; il y eut un acte particulier de sa parti Relégué dans un monastère, puis dans un autre, puis dans un nouveau, partout il porta les mêmes dispositions, et occasionna ou fomenta l'esprit d'opposition. Il finit par se réfugier en Hollande, où longtemps auparavant il avait adressé A l'archevêque Barkraan une lettre latine, souscrite par trente-deux prieurs religieux, curés, etc., et là, il mourut, en 1739, dans ses dispositions schismatiques.

A côté de ce tableau, plaçons du moins celui d'un autre religieux de la même congrégation, qui suivit, grâces è Dieu, une route toute différente, mais qui, malheureusement, n'eut pas assez d'imitateurs parmi ses frères! Dom Vincent Thuillier avait eu la faiblesse d'interjeter ap[iel de la bulle, à Saint-Germain des Prés. Mais il se releva bientôt, et joignant l'action à ses sentiments orthodoxes, il mit tout son zèle à obtenir une rétractation .de ses confrères de Saint-Germain, et a répandre partout la bonne doctrine. Il composa, dans ce dessein, plusieurs bons ouvrages, qui lui méritèrent l'estime de Tournely, de Rngnet, et celle du clergé, et il eut, sur ce corps, une pension de quinze cents livres. Personne mieuxque lui et plus fortement que lui ne caractérisa Quesnel et son livre des Jt/flexion» morale». L'archiduchesse gouvernante des Pays-Bas l'appelait l'autre des Bénédictins. Ceux-ci, cependant, ne respectèrent pas tous l'apôtre, car plus de huit cents de ses confrères dénoncèrent les lettres qu'il avait publiées en faveur de la vérité. Sa carrière méritante ne fut pas sans contradictions, mais il eut le bonheur de faire des discipies, (dont le P. de Larue ne fut pas le seul), de soutenir ceux qui pensaient et agissaient bien dans la congrégation, qui perdit ce membre honorable et utile en 1736.

« DH L*ETAT RELIGIEUX. ti

Quoique les supérieurs généraux, les diètes et les chapitres aient toujours été en faveur oe la soumission et de l'orthodoxie, jamais cependant, depuis l'invasion du jansénisme dans ce corps respectable, on n'y vit régner unanimement l'orthodoxie et la soumission, ni par conséquent la paix. Le chapitre général de l'année 1733, auquel assistait, en qualité de commissaire, pour le roi, Mgr de Rastignac, archevêque de Tours, fut, pendant sa tenue, et après sa clôture, un véritable champ de bataille. Les chapitres triennaux qui suivirent n'eurent guère plus d'efficacité pour ramener et universaliser la saine doctrine dans la congrégation, dont l'autorité première et la saine partie demeurèrent néanmoins toujours défenseur». Plût à Dieu que celte corporation, si édifiante et si utile au siècle précédent, n'eût compté alors que des hommes animés des sentiments dont se faisaient honneur les dom Thuillier, les dom La Taste, les dom Jamiu et autres de l'époque dont j'ai à traiter

A la suite et en conséquence de tant de troubles, les études étaient ralenties dans la congrégation, à un tel point, que le public en devint surpris, et que des zélateurs adressèrent à la Diète, tenue le 20 mai 1756, à Saint-Germain des Prés, un Mémoire énergique pour en demander le rétablissement. Entre les motifs d'engagement ou de reproche que contenait celte pièce motivée, on voyait l'observation attirée sur plus de cent volumes d'ouvrages d'érudition ecclésiastique, demeurés imparfaits dans la bibliothèque de la célèbre abbaye. On allègue l'exemple des Capucins que tout Paris, dit-on, voit étaler avec gloire let dépouilles de Saint-Germain des Prex. En effet, l'abbé de Villefroi, après avoir échoué chez les Mauristes, trouva, chez les enfants de Saint-François, si fort engagés néanmoins dans les travaux du ministère des âmes, mais réguliers et respectueux envers Rome, « une jeunesse docile à ses vues et des supérieurs zélés pour les seconder. » De là naquit cette école d'hébraisants dont j'ai parlé ci-dessus. Dans l'état où était la congrégation de Saint-Maur, les hommes réfléchis, les Bénédictins eux-mêmes ne purent donc regarder comme une palingénésie ou ardeur pour les sciences, cette sorte d'académie ou bureau littéraire que quelques membres voulurent alors former, non pour ramener dans la maison le règne des lettres, mais pour trouver dans ce spécieux prétexte une occasion de se livrer au monde et au relâchement.

C'est ici le lieu de parler du véritable scandale que donna celle famille dégénérée, dans la personne de .quelques-uns de ses membres (non de lous, grâces è Dieu), et qui lit gémir le* gens de bien.

En 1705, vingt-huil Bénédictins de Saint-Germain oes Prés présentèrent au roi une requête contre leur règle. Ils y demandaient à être débarrassés de leur babil, qui était, selon eux, singulier et avili aux yeux du public; à n'être plus astreints à dire leurs Malines à minuit, à être affranchis de l'obligation de l'abstinence. Le roi leur fit témoigner son tfidt- •jtmiion, lepublicgémit; et les supérieurs ainsi que la plus nombreuse partiede la congrégation s'élevèrent contre la requête. Celle réprobation presque générale occasionna delà part des vingt-huit une rétractation entre lesmainsde l'archevêque de Paris, mais ne changea rien à leurs dispositions; ils avaient d'ailleurs été excités, dit-on, à l'éclat qu'ils avaient donné par un homme en place, qui aurait dû être des plus ardents à les en détourner. Le mauvais «prit, le germe des divisions, était semé à dessein dans ces contestations malheureuses par des hommes qui voulaient y trouver un motif pour réduire un corps si longtemps célèbre par la piété et le savoir. Cette influence fui du moins soupçonnée dans le temps ; et d'ailleurs la philosophie n'avait-elle pas trouvé depuis longtemps des victimes et des adorateurs jusque dans les cloîtres? Mais cette philosophie destructive ne leur fut jamais plus nuisible alors que par la fameuso commission qu'elle flt créer et qui est connue par la désignation de Commission pour les réguliers. A l'assemblée du clergé de la même année 1765, ce corps vénérable crut devoir fixer son attention sur les besoins spirituels des monastères en France, et, pour initier dès ce moment Je lecteur aux faits que je veux rapporter avec quelques détails (car rien ne fut plus influent alors sur Je sort de l'état monastique), il est au moins important que je lui rappelle que cette attention légitime du clergé fui attirée par le fameux Brienne , archevêque de Toulouse , frappé des abus qui s'étaient introduits dans la plupart des ordres religieux. C'était Brienne qui voulait remédier aux

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ahiisî L'assembh'-c [ir:l ^es plaintes eu considération, déti héra le 30 septembre sur ion rapport, et arrêta qu'il fallait incessamment recourir au Pape pour le supplier de nommer une commission de cardinaux ou d\\è|ues « qui, par son autorité, pussent y rétablir l'ordre et la régularité. (Prorh-rerbal de lasstmbhe de 1765. p. W6.) C'était la voie canonique. L'assemblée écrivit en uième temps au r«»i pour le prier de faire appuyer, par son ambassadeur, les démarche» auprès du Souverain Pontife, aiin de le disposer à accueillir la demande respectueuse quelle se propuviit de lui faire. Le roi Louis XV ne répondit que le 26 mat 1766, et dit qu'il approuvait la délibération du clergé dans tous ses points : mais le roi ajoutait que pour rendre plus efficaces les sollicitations du clergé auprès da Saint-Siège, il avait, par son arrêt du 23 mai 1766, établi une commission, composée de prélats et de ditrérents membres de son conseil, chargée de lui remettre sous les yeux un tableau des désordres introduits dans les Ordres religieux. L'assemblée vit cette commission avec- effroi ! Elle ne se dissimula |>as l'esprit qui l'avait conseillée au roi, ni les dispositions hostiles qui dirigeraient les opérations. Elle délibéra de nouveau de s'adresser directement au Pape, comme au seul moyen rjui pàt é;re canoni^uement employa, et fit rédiger une lettre en ce sens pour être présentée en instance a Sa Majesté. Sous Louis XIII, sous Louis XIV, on avait en recours au Pape pour le même obj«?t.

Cinq prélats de l'assemblée, y compris Brienne , avaient été choisis par le prince pour composer la commission. Ces commissionnaires envoyèrent-ils au Pape la lettre de leurs confrères, de laquelle ils craignaient l'effet ? On a lieu de croire que celte lettre ne fut point envoyée. Quoi qu'il en soit, celte commission rowile, qui semblait n'être chargée» que d'indiquer les abus, étendit bientôt ses droits jusqu'à réformer elle-même, sans trop s'embarrasser si elle dépassait les bornes de sa compétence. Elle amena le funeste édil du mois de mars 1768, qui portail, entre autres choses, qu'on ne pourrait recevoir les vo&ui des religieux avant leur âge de 21 ans, (on avait, à ce qu'on crut, voulu reculer jusqu'à la 25* année) et celui des religieuses avant 18 ans, comme >i le concile de Trente n'avait pas eu assez de sagesse pour admettre les novices plus lût à la profession , disposition devenue règle en France depuis l'ordonnance de Blois. Le nouvel édil portait encore suppression des couveuls où il y aurait moins de quinze religieux, et statuait que le même ordre ne pourrait avoir plus d'une maison en chaque ville. En un mot, toutes les dispositions de cet édit annonçaient plutôt le désir de détruire que l'envie de reformer. Les esprits sages et attentifs lurent émus. A la réunion quinquennale de 1770. le clergé de la province de Paris, et à sa réunion do 1772, dressa des réclamations à l'asseuiblét générale, qui se tint la même année, et qui fut présidée par le cardinal de La Roche-Aimon, archevêque de Beims; il se plaint dans celte réclamation de ce que, « depuis l'époque do rétablissement de la commission (des réguliers) l'esprit d'indépendance et de révolte, d'irrégularité, d'aversion pour les sainles pratiques de l'état icligieux, de goût et d'attachement pour leschoses du siècle, parait s'être emparé de presque toules les congrégations des religieux, et même de chaque maison particulière. » La commission avait donc déjà occasionné plus de mal que de bien. L'assemblée générale, par déférence ou trop de complaisance révérencieuse envers son président, membre de la fameuse commission, n'osa s'occuper sérieusement de cet objet, mais l'un des présidents, parfaitement instruit des vœux de l'assemblée, fit part aux ministres des justes inquiétudes qui alarmaient le clergé, et les ministres promirent de supprimer la commission dans le cours de l'année. Néanmoins, elle subsista longtemps encore. Nouveaux efforts, en 1775, de l'assemblée provinciale de Paris pour éveiller l'attention de l'assemblée générale sur un objet si intéressant pour le bien do l'Eglise. Il ne fut plus possible aux archevêques de Reims et de Toulouse de distraire l'attention de l'assemblée générale sur les plaintes si souvent réitérées de l'assemblée provinciale de Paris, mais on fit jouer assez de ressorts pour en reculer l'examen jusqu'aux dernières séances de celle assemblée générale, qui se vit, par conséquent, forcée de l'ellleuror. Le préambule de l'édit de 1768 était spécieux, faisait un éloge de la vie religieuse, et môme avouait qu'elle présentait encore che* nous d'excellents modèles

de vertu dans uo grand nombre de ses membres. Mais que le dispositif était loin de répondre à ce beau début 1

J'sidit les trots coups principaui qu'il portait contre les notices et les maisoos, et même on donnait cette mesure à l'égard des prétendants comme un provisoire de dix ans, qui peut-être aurait été suivi d'une plus rigoureuse mesure. Est-ce qu'un jeune homme attend, à prendre un état, qu'il ait 21 ans? Et même dans le cas d'une constance incertaine, ne prendra-t-il pas toujours, en attendant l'âge, des occupations qui ne le confirmeront guère dans une vocation, dont le détourneraient déjà beaucoup les tentations extérieures, les conseils des parents, des amis, etc. En 1778, les admissions avaient été partout beaucoup moins nombreuses ; le but des astucieux prélats de la commission était déjà atteint en partie; l'âge de 21 ans fut donc jugé suffisant et fixé pour toujours. Je ne parle même pas ici d'une autre disposition hostile, celle qui défend d'admettre dans nos cloîtres des religieux non français, ou des français qui auraient fait profession dans des pays étrangers. Quoi, nos seigneurs, vous, évêques, ne saviez-vous pas, mieux que personne, la latitude que doivent avoir les supérieurs généraux dans la distribution des obédiences! Il serait trop long de discuter ici sur les dispositions de l'édit sur la suite de l'évacuation des monastères supprimés, relativement aui biens et à leur possession. Il eût porté atteinte aux droits de l'épiscopat, auquel on réservait son action canonique sur ce qui concernait l'Eglise et le cloître, laissant le reste des possessions aux décisions de l'autorité civile, comme si les biens d'un monastère n'étaient pas tous biens ecclésiastiques ! Et encore, c'est le roi seul que cette commission rend juge de la validité des causes qui amèneront une suppression, sans s'astreindre aux formalités préparatoires exigées par les saints ca-» nous, et conformes d'ailleurs à l'équité naturelle. Les évêques diocésains ne sont pas même consultés ! Que leur laisse-t-on? L'exécution contrainte et aveugle d'une simple forme dt procédure et d'une forme devenue illusoire dès que l'évacuation des religieux est consommée. L'ordonnance ne se bornait pas à cet empiétement de juridiction, elle se donuait le droit de soumettre aux évêques, dans un temps fixé, des monastères exempts.

L'esprit qui animait les rédacteurs de l'édit ne fut méconnu |»ar personne, et dans les cotres on eut encore plus d'intérêt à l'apprécier. Il jeta le trouble, la méfiance dans les maisons religieuses, où on ne s'était pas mépris sur le terme auquel devait aboutir l'exécution de la nouvelle loi. Ceux qui étaient mécontents de leur étal crurent y découvrir une ressource pour en sortir ou secouer le joug de l'obéissance et de la régularité. Ils {•crièrent des plaintes aux prélats de la commission. Leurs Mémoires furent accueillis; ils furent eux-mêmes protégés. D'autres, témoins du discréJit où tombait la vie religieuse, craignirent pour leur avenir; l'iuquiélude amena l'indifférence, le relâchement, le désordre... Les supérieurs ne virent jamais tant de désobéissance à leurs ordres; les inférieurs o« portèrent jamais tant d'appels comme d'abus devant les tribunaux séculiers!! En un mot, la commission, établie en apparence pour réformer, ne tendait qu'à la destruction. Die avait ordonné les réunions des chapitres monastiques pour que les membres des diverses congrégations y dressassent des statuts nouveaux, mais les prélats de la commission eurent soin de présider eux-mêmes ou de faire présider par des commissaires de leur choix ces diverses assemblées. Il y eut en effet des constitutions nouvelles dans presque tous les corps réguliers. Elles étaient loin d'être d'une rigueur excessive. Plût à Dieu, néanmoins, qu'on eût pu les mettre en pratique 1 quelques-unes étaient vraiment curieu- >e*l Qu'on voie, par exemple, celles que dressèrent les Ermites de Saint-Augustin, dans lo préambule où l'on déprécie, en quelque sorte, la congrégation réformée qui s'éteint et s'absorbe dans la commune observance. Même effet chez les Cordeliers. Qu'on relise ce que j'ai dit, à leur article, sur la fusion des réformés avec les conventuels. D'ailleurs, dans plusieurs sociétés, les nouveaux statuts, quoique imprimés et revêtus de toutes les formalités civiles, demeurèrent à l'état de simple projet, et les anciennes constitutions subsistèrent.

Euûn, la commission avait été établie pour la réforme des ordres religieux. Si tel était

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son but, pourquoi, lorsqu'il semblait atteint par tous les chapitres réguliers qu'elle flt tenir et influença, conliuuait-elle son existence?

Cette existence n'eut jamais une plus fatale influence que pour anéantir celle de plusieurs congrégations qu'elle flt éteindre tout à fait. Je commence par dire ce qui concerne Tordre de Saiot-Ruf, chanoines réguliers, dont la maison-mère était à Valence. Ces chanoines, par des motifs peu louables, ayant déjà subi assez le poids de l'atmosphère philosophique dès avant la commission, avaient cherché à s'unir avec les chevaliers de Saint- Lazare, en embrassant leur ordre et prenant leur habit. Les chevaliers de Saint-Lazare eurent alors une certaine activité à s'ingérer dans la possession des biens ecclésiastiques ; ils avaient fait des offres d'union à l'ordre des chanoines de Saint-Antoine, offres séduisantes, qui furent écoulées, mais qui. grâces à Dieu, n'eurent point d'efficacité; ils avaient été autorisés par brevet à traiter avec les Célestins. Mais leurs projets avec l'ordre de Saint- Ruf eurent bien plus de suite et obtinrent un quasi-succès. Les tentatives et les demandes des chanoines de Saint-Ruf remontent à 1761 et furent longtemps infructueuses. Mais sous le pontificat de Clément XIV, époque fatale aux ordres religieux, leur demande fut écoutée; plus tard une bulle unit eux et leurs biens aux chevaliers militaires de Saint-Lazare. Cette bulle d'union fut môme revêtue de l'autorisation d'exécution par lettres patentes du roi. Mais à l'assemblée générale du clergé, en 1772, des réflexions et des réclamations molivées furent faites sur cette opération; elles furent présentées, et par quiT par l'archevêque de Toulouse (Brienne) lui-même I L'éclat de celle réclamation contre l'union et l'envahissement des biens d'église par l'ordre de Saint-Lazare, qui fut déclaré inapte a les posséder, eut assez de retentissement et de puissance pour arrêter l'union, qui n'eut point de suite et fut anéantie par un décret subséquent de Rome (a). Penserait-on que la commission, qui venait de blâmer, par l'organe de son membre le plus influent, et cette- mesure malheureuse, et l'empressement qu'avaient mis les chanoines de Saint-Ruf à s'affubler du coutume de Saint-Lazare, sans que l'union eût été définitivement effectuée selon les usages ecclésiastiques, croirait-on que cette commission se soit permis aussitôt après, d'obtenir du Saint-Siège l'extinction entière de Saint-Ruf! ce qui a eu lieu en effet.

L'extinction a été aussi prononcée contre la congrégation des Bénédictins, qu'on appelait Congrégation de» Exempts. Après l'assemblée solennelle qu'elle avait tenue à l'abbaye du Mas d'Azil, conformément à ce qui avait été ordonné à tous les ordres, elle avait cru pouvoir espérer une exception aux rigueurs de l'édit; elle n'obtint de l'arrêt porté par l'influence de nos prélats qu'une défense de recevoir des sujets, de continuer son existence, et toute la faveur qu'on lui accorda consista dans les pensions assurées à tous ses membres, sur ses propres biens, pensions assurées même à ceux qui se feraient séculariser, |*>ur qu'on n'eût pas appréhension de celte mesure, apparemment.

Le chapitre de l'Ordre de Sainte-Croix (fondé dans le pays de Liège), et qui avait quelques maisons en France, se lint le 12 septembre 1769, et Brienne y assista en qualité de commissaire du roi. Le procès-verbal fait foi qu'on y avait exprimé le désir extrême qu'ils (Us chanoines) avaient tous d'être maintenus dans la jouissance paisible de leur état, et dans la liberté d'y vivre jusqu'à la fin de leurs jours, conformément aux saints engagements qu'ils y avaient contractés. Brienne s'était muni de lettres de cachet, qui défendaient de recevoir provisoirement des novices; et après des séances ajournées, des promesses flatteuses, tout ce qu'on accorda à cette société, qui ne contenait pas cinquante membres, fut de laisser mourir les sujets dans leurs maisons; et encore, quelque temps après, ne laissa-l-on pas à la congrégation l'administration de ses revenus.

Un Ordre plus connu et plus répandu que celui de Sainte-Croix de la Bretonnerie , l'Ordre des Célestins, n'eut pas un sort plus heureux. Il comptait, en France, dix neuf maisons. La maison de Paris, jadis habitée par les Carmes, occupée aujourd'hui par une caserne, qui |torte encore le nom des Célestins, la maison de Paris était comme le chef-lieu

(«) Il fini modifier en ce sens ce que j'ai dit à union que j'ai présentée comme avant été effecl'artit-le île l'Ordre de Saint-Ruf dan» le corps du lueV. Dictionnaire de* Ordres religieux relativement k celte

des contents du royaume, et là se tenaient les chapitres triennaux. Les moines Bénédictins blancs, à peu près sur le pied des Cisterciens, dans la famille de Saint-Benoît, portant le nom de Célestin V, Pape, qui les avait fondés au xui* siècle, n'étaient plus guère éditants par leur régularité, et à une pareille époque, qui ne chorchait que des prétextes, ils ne paraissaient guère utiles, mais aussi ils n'avaient donné, en général, aucun scandale criant. Dans cet état» victimes pius que bien d'autres des idées et de l'indifférence qui avaieat envahi même les cloîtres, les Célestins entrèrent dans les vues de la commission, vues qu'il leur avait été facile de saisir. Le P. Camille-Marie Saint-Pierre, prieur de Lyon, fit une sorte de mission dans toutes les maisons de l'ordre, pour propager I«aroji ses frères le dégoût de l'état religieux, dont il était lassé, et gagner des partisans par la perspective de pensions et de vie libre. Il vint à Paris, où il passa trois mois, oéguisé en ecclésiastique séculier, changeant d'hôtel garni quand Mgr do Beaumont, prélat vénérable et affligé des désastres causés par la commission, pouvait découvrir son gîte et arrêter ses démarches ou sa personne. Le P. Métrac, proviucial, sentant bien qu'il était appuyé, n'osa agir contre lui. Enfin le P. Saint-Pierre eut le crédit de faire changer le lieu du chapitre, qui se tint alors à Limay, près de Mantes, et de s'y faire élire provincial, avec le titre meusonger de supérieur général de la province de France 1 II faut en être moins surpris, quand on se rappelle que ce chapitre fui présidé par l'évêquede Rhodez, membre de la commission. Ce prélat était M. de Cicé, qui s'y conJuisit avec fourberie, en affectant de ne rechercher qu'à ramener l'institut à la réforme, et excitant les religieux s demander leur dispense personnelle et la dissolution de leur corps en France. Le chapitre, tenu en 1770, décréta les mesures les plus bizarres dans les maisons de l'ordre, et fut néanniots confirmé par un arrêt du conseil du 21 mai 1771, sous l'influence des sieurs commissaires, qui demandaient aux évôques des diocèses où étaient situés les monastères des Célestins, des inventaires et renseignements sur le spirituel et les biens desdits monastères, pour, sur l'avis desdits sieurs commissaires, être ordonné ce qu'il apparliendroit.

La pensée de la commission était si bien arrêtée, que son président (c'était alors M. de la Roche-Aymon, car la commission changea de président et même de membres, sans en devenir meilleure,) M. de la Roche-Aymon écrivit à Mgr l'archevêque de Paris, le 18 mai 1T71, en lui envoyant l'arrêt et une lettre circulaire aux évôques, qu'on ne voulait (tas trop effrayer, des confidences de cette nature : « Je crois devoir vous prévenir, mais vous « seul, s'il vous plaît, que le roi a cru devoir, sur notre avis, faire solliciter le Pape pour

• dissoudre ladite congrégation, et remettre toutes les maisons qui pourraient subsister « sous la juridiction de l'ordinaire. Ce moyen me parait entrer dans vos vues, par rapport « a la maison de Paris. J'ai lieu de croire que le Pape ne tardera pas à donner satisfaction

• sur cet objet. Vous sentez de quelle importance il est que le secret soit gardé. En atten-

• dant, nous prenons le parti de faire nommer au roi des commissaires dans chaque dio- ■ cèse..., qui aillent faire des inventaires de tous les effets mobiliers de chaque maison, « sans quoi vous sentez que ces religieux ne manqueraient pas de les distraire. » Les mesures annoncées dans cette lettre étaient si peu du goût du vénérable archevêque de Paris, qu'il fit tous ses efforts pour ramener les Célestins à de meilleurs sentiments, et leur envoya, à cet effet, son grand vicaire. M. Lecorgne de Launay ( qui ne réussit point ), et qoe, lors de la sortie des Célestins, il excommunia les Cordeliers, installés illégalement dans leur maison. Les gens de bien gémissaient sur le spectacle que les Célestins donnaient. Leur P. général, l'abbé de Murrhon, en Italie, fit des protestations, à Naples, et voulait venir en France agir auprès du roi pour détourner le coup qui fut enlin porté. Je dis, pour être jnste, qu'il y eut quelques réclamations de la part d'un petit nombre de moines, fidèles à leurs engagements. Le P. Edmond-Nicolas Cabillet, procureur de la maison d'Ambert, protesta vouloir vivre et mourir dans son institut; et le Pape , dans le bref d'extinction, loue ce cher fils, et commande de lui donner facilité de suivre son attrait. Le P. Grenot, procureur de la maison de Paris, avait fait, (tour empêcher le naufrage, un bon Mémoire, au nom du général, abbé de Murrhon, Mémoire auquel était jointe une cod-

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