‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 3)Chapitre 59 sur 323 · CRU · texte numérisé non relu

CRU

il est vrai qu'un Chrétien animé de l'esprit de foi et pratiquant les vertus commandées par l*Evan,ile e*l propre a devenir uo vail- Lot militaire. Il y a en effet une très-grande similitude entre' l'état du soldat et celui du Chrétien; l'un ei l'autre doivent pratiquer jfesque les mêmes vertus pour être fidèles à leurs Jevoirs respectifs. En sorte queleChréiieft appelé par son prince à prendre les armes contre les ennemis de la patrie, se trouvera, jour ainsi dire, tout façonné à la discipline militaire par les sentiments que lui inspire sa foi; et un militaire rompu par la discipline n'a, pour ainsi dire, qu'a s'inspirer intérieurement des pensées de la foi pour être on parfait Chrétien. C'est sans doute ce rapprochement entre ces deux professions qui , en apparence , semblent si opposées , aussi bien que les habitudes guerrières du rooven Age, qui ont tant multiplié, jusqu'au mi* siècle, les ordres de chevalerie ayant en but religieux. Us n'ont disparu des contrées catholiques que lorsque les hérésies d'une part, et la philosophie de l'autre, net affaibli dans tes cœurs l'esprit de foi qui animait nos pères.

CROISADE ( Cm v aubes de la).

11 y eut des guerres entreprises par les Chrétiens, soit pour le recouvrement des lieux saints, soit pour l'extirpation de l'hérésie et du paganisme. Ces guerres ont été *r>pelées croisades, parce que ceux qui s'y «nageaient, portaient une croix d'étoffe >ur l'épaule droite, ou du chaperon, et sur loors étendards. On compte huit croisades lour la conquête de la Terre-Sainte, et l'extinction des infidèles. La première fut concilie au concile de Clermout, tenu l'an 1095, auquel le Pape Urbain II présida. La seconde m fit 11U ; la troisième en 1188, la quatrième en 1195, la cinquième en 1198; la sixième en 1213; la septième eu 12V5; la huitième et la dernière fut résolue par lt Pape Clément IV, par saint Louis, qui mourut dans le «-ours de celte expédition, le 25 :u mois d'août de l'an 1270. tas croisades »»e sont pas è proprement parler, do véritables ordres de chevalerie. Néanmoins comme milice conspirait è la même fin, qui

était de combattre les ennemis de l'Eglise, h qu'elle portait la même marque qui les (iutingua il des autres, elle a été considérée M>rume une espèce de chevalerie; et le Pape l'rUain II, qui publia la première croisade, * été regardé comme l'instituteur des religions militaires, qui se sont rendues célèbres dans les siècles suivants.

Croix des croisés. C'était le pape Urbain II lui-même qui avait ordonné que tous les ptlerins qui s'enrôleraient sous la bannière m la guerre sainte porteraient sur eux une croix. A l'exemple de Notre-Seigneur Jésus- Carist, qui porta la sienne sur ses épaules jus- ;uaulieu deson supplice, on plaça généralel ient la croix sur l'épaule droite, ou sur la |>arue supérieure du dos du vêtement. Ou la p»rta aussi sur lu bras et sur le front du casque . Perrdaut longtemps, et jusque sous Ricjwd 1", roi d'Angleterre, cette croix fut

communément rouge. Elle était en drap ou en soie. En recevant la croix des mains de l'archevêque de Tyr, à l'assemblée de Gisors, en 1188, Philippe-Auguste, Richard Cœur-de- Uon et le comte de Flandre, décidèrent que ies croix d'étoffe portées par les croisés seraient rouges pour les Français, blanches pour les Anglais, et vertes pour les Flamands. A leur retour en Europe, les pèlerins portaient

§énéralement la croix sur le dos, en signe 'accomplissement de leur vœu, et conformé ment à ce qu'avait prescrit le pape Urbain IL Les peintures des vitraux de l'église de Saint- Denis, gravées dans les Monuments de la monarchie française de Montfaucon, représentent les guerriers de la première croisade avec des croix peintes sur les banderolles de leurs lances, ou sur le devant de leurs casques. Quelques pèlerins s'imprimaient des croix sur la peau, au moyen d'incisions, ou avec un fer chaud. La bénédiction de la croix et l'imposition aux pèlerins de ce signe distinclif des croisés étaient faites par les évêques des diocèses, ou par les prêtres des paroisses. Le PontiûcaJ romain a conservé les formules des prières qui étaient usitées dans cette cérémonie. L'évèque ou le prêtre disait, en attachait la croix au pèlerin : « Recevez ce signe de la croix, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, en mémoire de la croix, de la passion et de la mort du Christ .pour la défense de votre corps et de votre âme, afin qu'après avo'r accompli votre voyage, par la grâce de la bonté divine, vous puissiez revenir auprès des vôtres sauf et meilleur. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur, etc. » L'Uistoire de Sablé de Ménage nous montre les gentilshommes du Haine recevant, en 1152, la croix des mains de Guillaume, évêque du Mans, qui fait le signe de la croix sur le front de chacun d'eux, en disant : Rcmittanturtibi omnia peccata tua, si facis quod promittis: Que tous vos péchés tous soient remis, si vous faites ce que vous promettez.

Privilèges des croisés. L'état social et politique de l'Europe, à l'époque des croisades, exigeait, pour qu'elles devinssent possibles, oue certains privilèges spirituels et temporels fussent attachés à Fa qualité de croisé. Le premier, le plus important des privilèges spirituels, fut celui de l'indulgence plénierc qu'Urbain II accorda, par un canon du concile de Clermont, è tous les fidèles qui feraient le voyage de Jérusalem, et qui concourraient à la délivrance de la ville sainte, uniquement

{>ar dévotion, et non par des motifs d'ambiion ou de cupidité : Quicunque pro sota dcvotione, non pro honoris tel pecuniœ adoptione, ad liberandam Dei Jérusalem fecerit iter illud, pro omni patnitentia reputetur. La personne, la famille et les biens de quiconque Rengageait dans la croisade furent en même temps placés sous la protection de l'Eglise, et le maintien des décrets qui garantissaient ces privilèges fut confié et recommandé h la vigilance du clergé. Ces mêmes privilèges fui ent renouvelés et confirmés par plusieurs oapes.

33a cno

Les privilèges temporels acaordés aux croisés leur ont été successivement concédés, et durant lo cours des guerres saintes ils ont subi quelques légères modifications, mais leurs principales dispositions n'ont point varié, et elles s'appliquaient a quatre objets : 1' Les croisés furent dispensés de payer la taille personnelle pendant la première année de leur voyage; niais ils ne cessèrent pas d'être soumis aux redevances foncières, qui, étant inbérenles à la possession du fonds, n'auraient pu être supprimées sans injustice. 2" Les dettes des croisés, quoique échues, ne furent point exigibles ; les créanciers ne purent en exiger le payement qu'au retour de la sainte expédition. 3° Les possessions des croisés furent mises sous la protection de l'Eglise. 4" Les croisés ne furent justiciables que des cours ecclésiastiques.

CROIX (Congrégation des dames de SAINTE-),

Muison mère à Saint-Quentin, diocèse de de Soissons (Aisne).

En 1G22, un attentat horrible commis par un inailre d'écolo dans te ville de Roy en Picardie, causa une telle indignation que le doyen du chapitre obligea cet instituteur dépravé à quitter la ville.

Mais les désordres que le télé doyen venait de faire cesser pouvaient se renouveler; il résolut donc d'employer toute son autorité pour détruire le mal dans sa racine, et chargea messire Claude Buquel, curé de Saint-Pierre de Roy, de travailler à rétablissement «l'une école où les jeunes tilles pussent apptvndro, sans danger pour leur innocence, les choses nécos>aires a leur sexe et à leur condition. Le saint prêtre entra dans les vues du doyen et songea sérieusement a la réussite d'un si louable projet. Après avoir bien réfléchi sur les moyens a prendre, cl avoir beaucoup prié, il parla de son dessein à quatre tilles qui se trouvaient sous sa direction, et qui lui semblaient très-propres a commencer l'œuvre projetée. Dociles à la voix de leur saint directeur, toutes montrèrent une grande bonne volonté pour faire ce que l'on demandait d'elles. El le i août 1625, fête de saint Dominique, Françoise Unalet, Charlotte de Lancy, Marie Fannier et Anne de Lancy se réunirent dans une pauvre maison toulo ruinée, dit une chronique, où elles ouvrirent des classes sous la protection de la sainlo Vierge et de saint Joseph à qui la société fut toujours très-dévote.

Ces faibles commencements étaient loin de faire présager une congrégation qui s'étendrait rapidement, et se perpétuerait jusqu'à nos jours. Cependant M. le curé de Rov en jugea mieux, et voulut que de sages règlements fussent dressés pour donner une forme plus régulière à la petite société. Avec la permission de Mgr d'Amiens il chargea de ce travail, M. Pierre Guérin, ecclésiastique aussi distingué par ses talents que par ses vertus.

La vie de ces pieuses filles partagée en-

CRO Bt

tre la prière , l'éducation des enfams et le travail des mains, parut admirable a tous et chacun s'empressa de leur confier de nouvelles élèves.

« Tout allait au mieux quand l'ennemi du bien, avec sa malice ordinaire, souleva contre ces innocentes filles et leurs sages directeurs, une tempête qui eut tant de retentissement dans le royaume, » dit un auteur contem|)orain, « que le roi et les magistrats en furent informés; mais comme c'était machination du diable, leur innocence fut reconnue, les calomniateurs confondus, et l'œuvre n'en fut que plus estimée. » Ces contradictions et plusieurs de différents genres firent dire à leur saint fondateur que puisque cette société avait été formée et dressée, en l'Eglise de Dieu, avec des filles en tribulations cl persécution, on l'appellerait société de la Croix. » Ce nom, si justement acquis et si chèrement conservé, désigna dès lors la société naissante.

L'odeur des vertus cachées de ces bonnes filles, pareille au parfum de l'humble violette, se répandit au loin à la gloire du Seigneur. Bientôt on envia aux habitants de Roy leurs modestes institutrices : Brie comte Robert , Barbezicux , Paris , Aiguillon , Chauny, Saint-Quentin, etc., voulurent avoir des sœurs de la nouvelle société, et partout on s'applaudit de les avoir appelées.

Ce lut pendant le fameux procès qui faillit renverser la société à son début, que Marie Fannier, fille douée d'une candeur et d'une prudence rares, fut envoyée a Paris pour informer la Sorbonne du genre de vie de ses sœurs et du motif qui los avait réunies. M. Guérin leur supérieur l'avait adressée à Mme de Villeneuve dont la piété et la charité lui étaient connues. Cette dame reçut en etTet avec beaucoup de bonté la jeune sœur qui lui était envoyée. Elle l'entretint plusieurs fois du but de son institut et charmée de ce qu'elle lui entendait dire, elle résolut de fonder une maison de la société de la Croix. Cet établissement eut lien en effet, lorsque Marie L'Huilier, dite dame de Villeneuve, ayant embrassé l'institut dej filles de la Croix fonda la maison appelée le séminaire, parce qu'elle la destinait à former des institutrices pour les campagnes.

Mais telle n'était pas la manière des premières filles de la Croix, aussi tour a tour elles se retirèrent d'auprès de cette dame, et la laissèrent continuer son œuvre que protégèrent, de tout leur pouvoir, saint Vincent de Paul et plusieurs autres grands personnages : quant a la société établie à Roy, elle se maintint dans son premier institut, et continua à former des maisons indépendantes les unes des autres, et presque toutes dans les villes plus ou moins considérables.

Les troubles excités par Mme de Villeneuve ayant amené un autre ordre de choses, chaque maison se sépara de Ja maison mère, dite le séminaire, pour ne dépendre que de l'évêque diocésain. Alors parurent de nouvelles constitutions, mais toujours

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