‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 28 sur 220 · JÉSUS · texte numérisé non relu

JÉSUS

ET DU OOBUR IMMACULÉ DB MARIB,

Religieux du diocêit de Sens {Yonne).

Le R. P. Marie J.-B. Muard, successivement curé des paroisses de Joux-la-Ville et d'Âvallon, diocèse de Sens, fondateur de la société des Pères de Saint-Kdme à Ponti-) goy, et du monastère des Bénédictins du Sacré-Cœur de Jésus et du Cœur immaculé de Marie,à la Pierre-qui-vire, vint au monde le %k avril 1809, dans la plus pauvre maison de Yireaux, Tnn des plus modestes villages de la Bourgogne. Lorsqu'il était encore au berceau, sa mère disait de lui : «Mon enfant s*est montré jusqu'à présent si doux que je ne sai8s*ilsaitpleurer. «Bienjeune encore, Jean- Baptiste manifestait une forte inclination pour la solitude, le silence et le recueillement. Son âme, ^fondement et comme naturellement religieuse* l'entraînait loin des jeux et des bru van tes futilités du jeune flge. Son aïeule s en étant a|)erçue, elle en profita pour développer en lui ces précieuses dispositions. Lorsqu'il fut un pu plus Agé, le prêtre qui desservait l'éxlise abandonnée de cette paroisse, ayant rmiarqué la sagesse exemplaire de Jean-Baptiste, voulut qiril le servit à l'autel ; il Ut l'admiration des fidèles par sa modestie dans le lieu saint.

1 mesure qu'il crût en Age, Jean-Baptiste

(i) foff. k la fin dv vol., n«' \Ç, 19.

croissait et en grAce et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Par l'opiniAtrbté de son travail, il conservait toujours le premier rang parmi ses condisciples; mais c'est surtout dans la pratique des vertus qu'il les surpassait de bien loin. Ses petits compagnons d'étude» jaloux d'une vertu si précoce aui les condamnait et de ses succès, le gratiaient de dénominations injurieuses; iva'\» il demeurait impassible, il cédait toujours pour éviter les contestations et se montrait pieux sans affectation, sérieux sans tristesse, gai sans dissipation et toujours obéissant. Sa mère, qui vivait dans l'ignorance et la négligence de ses devoirs religieux, le maltraita un jour pour Tavoir trouvé disant le chapelet avec un morceau de bois sur lequel il avait marqué des crans qui désignaient les grains; il avait alors à peine neuf ans. Lorsqu'il allait assister au catéchisme pour se disposer à la première communion, M. l'abbé Rofley avait remarqué Jean-Baptiste, dont Ja modestie, le visage sérieux, la candeur et la foi naïve l'avaient frappé. Un jour l'ayant pris à part, il lui dit : «Voudrais-tu, mou ami, apprendre le latin pour devenir prêtre ensuite?»-- «Lorsquej'enlendiscetteparole,»

disaitencoredeuxansavantsamortM.Muard, « i'en éprouvai plus de bonheur que si l'on m eût offert tous les trésors du monde. »

Sa mère le maltraitait de temps en temps A cause de sa piété et parce qu'il ne voulait pas travailler le dimanche. Il supportait ses mauvais traitements sans se plaindre, et même sans pleurer. Dans une circonstance oCi ils furent encore plus rigoureux, Jean- Baptiste les supporta avec une patience inaltérable, qui reveilla des remords dans le cœur de cette mère irritée ; elle revint bientôt pour voir ce que faisait son fils. Après la scène qui venait d'avoir lieu» elle le trouve à genoux, les mains jointes, priant avec une ferveur inaccoutumée. Elle en est touchée et émue, elle garde le silence jusqu'au lendemain; mais sou cœur était agite de sentiments indéfinissables. « Voyons, dis-moi franchement, pourquoi ne veux-tu pas fréquenter tes petits camarades?—Ma mere,c*est parce qu'ils jurent. — Alors moi qui jure beaucoup, tu ne dois guère m'aimer? —Je voudrais bieu que vous pussiez ne plus jurer; mais je vous aime toujours, parce qu'un enfant doit aimer Dieu par-dessus tout et ses parents après Dieu.—» Eh bien! hier, après avoir été corrigé, qu'est-ce donc que tu bisais è genoux au milieu de ta chambre? — 0 ma mère, je priais pour vous, afin que le bon Dieu vous

()ardonnel» Heureuse mère! c'était Ih que 'attendait la grftce; elle se retire pour cacher ses larmes, et, à partir de ce moment, non-seulement elle ne le persécutei*a plus, mais elle marchera sur ses traces.

La première communion est un des actes les plus décisifs de la vie; l'expérience démontre chaque jour que, selon qu'il est bien ou mal accompli, il pèse d'un grand poids dans la destinée d'un homme pour le temps et pour l'éternité. Jean-Baptiste semblait tV

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voir compris; il se prépara à celte grande action avec une ferveur que Ton trouve rarement dans un enfant de son âge; l'onction de la grâce s'épanouit tellement sur tous les traits de son visage le jour de sa première communion que chacun, dans son admiration, disait avoir vu ce jour-là un ange en adoration au pied des autels; et l'impression qu'il produisit fut si grande que, longtemps après, on le citait encore comme modèle aui enfants qui fréquentaient le catéchisme.

Cette grande action terminée, le jeune Huard se livra avec plus d'ardeur a l'élude chez M. le curé de Sacy. Il aimait beaucoup les récits simples et sublimes de la vie des saints; c'est peut-être à cette lecture qu'il dut en partie ce courage étonnant que Ion admira en lui. Un jour qu'un de ses camarades lui demandait ce qu'il désirait le plus : « Verser mon sang pour Jésus- Christ, t répondil-il sans balancer. Le désir du martyre n'était point stérile en lui; il lui faisait produire de nombreux actes de mortiliciition; il était d*un calme imperturbable au milieu des plus grandes aifllcultés, et sa patience ne se démentait jamais au milieu des épreuves. A cet ftse, ses jeunes compagnons s'aperçurent qu*iT portait déjà un cilice; tout était pour lui une occasion de se mortifier. M. Rolley ayant remarqué cette tendance prononcée pour les austérités, et lui voyant une santé robuste et une volonté pleine d'énergie, le dirigeait dans cette voie. A cet flge se révéla pour la première fois sa noble passion pour les missions étrangères. Dans un voyage, il était dévoré d'une soif ardente, lorsqu il apergut un peu d'eau chaude et bourbeuse dans une ornière; il en but avidement; puis, se relevant, il dit: «Elle est bien mauvaise, cette eau; mais, si un jour je suis missionnaire chez les ^au- ▼flges, je n en aurai peut-être pas toujours d'aussi bonne.»

M. Rolley se servait de préférence du jeune Miiard pour enseigner le catéchisme aux enfants et pour les préparer à la première communion. HAme après sa mort, plusieurs de ceux qu'il avait évang(^lisés dans un flçe si tendre» se souvenaient avec bonheur ce sa bonté, de son zèle et de sa douceur à leur inculquer les principes de la foi et à leur développer les avantages de la piété. II rencontra beaucoup de difficultés quand il fallut aller continuer ses études au petit séminaire, mais il pria avec tant de ferveur et montra une telle fermeté que les difficultéss'aplanirent.Jean-Baptiste,aucomble de ses désirs, entra au petit séminaire d'Auxerre au mois de septembre 1823 : M. le curé de Sacy dit en le présentant: « C'est un enfant bien petit encore, cependant il est déjà un grand saint.» Il avait alors quatorze ans. L'esprit de Dieu QUI habitaiten lui comme dansson sanctuaire lui fit comprendre ie double but qu'il devait se proposer; l'étude des sciences divines et humaines, l'acquisition des vertus chrétiennes et sacer dotales.

Sonnntelligenco se développa de jour en jour; il conquit un rang de plus en plus

élevé à mesurequ'il avançait dans la carrière; il fit sa rhétorique avec distinction et remporta presque toutes les couronnes. Dans une composition de r>oésie latine sur la prise d'Alger, non-seulement il remporta' le premier prix sans concurrent, mais il mérita l'honneur, sans précédent, de faire imprimer son travail dans le programme de la distribution des prix. Mais pour le jeune Muard la première place était réservée à l'étude de la religion, à ta pratique de la vertu. I! savait déjà que la science des saints est bien plus nécessaire pour procurer la gloire de l'Eglise et le bonheur du peuple chrétien. Qu'on se représente un jeune homme doué du plus heureux caractère, observant les règlements en tous points, exemplaire et fervent dans les exercices de piété; doux et humble dans ses paroles, comme dans ses manières, studieux, complaisant et aimable avec ses condisciples, puis sup(>osez des progrès continuels dans toutes ces belles qualités et vous aurez une idée de ce que fut Muard pendant tes années qu'il passa au petit séminaire d'Auxerre. Mais son attrait pour les missions se manifestait de plus en plus. Il fut des premiers à participer à l'œuvre de la Propagation de la foi, et il faisait des Annales sa lecture de prédilection. 11 n'avait alors personne à convertir, mais il fallait un élément à son zèle ardent; après avoir bien prié Marie, sa t>onne .Mère, il proposa à quelques-uns de ses intimes amis de former une petite congrégation sous les auspices de Marie, pour avancer davantage dans la vertu. Il avait alors dix-sept ans. Dans le règlement qu'on a trouvé dans ses

Kpiers on voit qu'il insistait surtout sur mour de Dieu, le zèle du salut des Ames, la pénitence et l'humilité. Ce sont ces solides vertusqu'iJ s*etlorça toujours d'acquérir, en employant pour atteindre ce but une dévotion toute filiale à la sainte Vierge, la persévérance dans la prière, la puissance de rassociation.

L'étroite enceinte du séminaire ne sufiisait pas à celui dont l'Ame apostolique aurait voulu embrasser le monde entier de l'amour de son Dieu, il composa une collection de petits sermous à l'usage des gens.de la campagne, que sa mèrct devenue alors Catholique ardente, portait aux vuillées du village pendant les longues soirées de l'hiver et faisait lire par le plus jeune de ^es enfants devant un auditoire nombreux, qui en était souvent ému jusqu'aux larmes.

Pendant ce temps Jean-Baptiste ne s'occupait, au milieu du monde, cooiaie dans la solitude, que d'études sérieuses et d'œuvres de charité. Toujours doux, toujours bon et aimable, il faisait la joie de ses parents, l'édification de la paroisse et de son pasteur lui-même. Le supérieur du séminaire, qui est devenu vicaire-général de Tours, a dit de lui que nul ne lui a laissé un plus tou* chant souvenir; qu'il était le modèle de ceux avec lesquels il vivait. Il lui appliqua ce texte de l'Ecriture iConiuminalua tu 6reri, ixplcvU Umpora tnuila (Sap. iv, 13) : <« En

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peu de temps il parcoorut une longue carrière

Au mois d'octobre 1830 M. Muard entra au grand séminaire de Sens, Un trône venait de s'écrouler» celui oui le remplaçait devait bieolAt disparaître a son tour. L'impiété marchait tète levée, la religion avait à subir d*ioquiétanles persécutions, beaucoup de vocations furent ébranlées; la résolution de M. Iluard s'affermit davantage. 11 se livra à l'élude de la philosophie avec autant de zèle et de calme que si la France n'avait pas tremblé sous ses pieds. Mais le travail de son intelligence, si funeste à tant d'autres, ne cuisit point à son avancement dans la rertu ; elle ne Gt qu'en bflter les progrès. Quand il se dut consacrer d'une manière jiarticulière à Dieu par la tonsure cléricale, il s'y disposa en excitant dans son cœur les sentiments d'une profonde humilité, et en ranimaot son courage pour répondre à une si sainte et si sublime vocation, li éprouva de saints et doux transports en faisant ce premier pas dans la milice ecclésiastique ; ses résolutions écrites dans cette circons* lance sont empreintes d'un fe.u brûlant, d'un zèle ardent. Il s'excita à mener une vie pure et acgélique, à pratiquer l'humilité, l'abnégation* la pénitence, l'amour de Dieu, Tonioa avec Notre-Seigneur pour le payer de retour. Ce travail Incessant pour la sanctification qui prendra toujours de plus larges proportions, ne l'empêcha point de se livrer à Vétttde des sciences ecclésiastiques avec une ardeur qui ne se démentit jamais. Il $t livra i celle des Ecritures, de la théologie dogmatique, mora'e.ascétique, des SS. Pères, de J'instmction ecclésiastique, des orateurs d^fétiens, des sciences humaines. Il compo* sait et apprenait par cœur des instructions, eo les soumettant à son supérieur; en le priant de vouloir bien donner son avis et ses conseils. M. Muard se formait de plus en plus à la science et aux vertus sacerdo* taies. Il s'adressait à Dieu avec de nouvelles instances et réclamait les prières de toutes les personnes qu'il croyait avoir plus de crédit auprès de Dieu pour se préparer à contracter avec Dieu, par le sous-diaconat, UQ engagement irrévocable. Son &me ar* dente Te faisait passer des heures entières sous le charme enivrant de ravissantes pensées en se représentant les fruits du ministère sacerdotal pour la gloire de Dieu, lexaJtalion de la sainte Eglise, le salut des pécheurs, l'augmentation du règne de Jésus- Christ.

Quaod il se fut irrévocablement engagé en donnantsôp nom à la milice de Jésus-Christ, il renouvela le don de lui-même, de toutes ses facultés, de son existence; il se proposa plus que jamais de prendre pour modèle celui qui a bien fait toutes choses, et il dressa un plan admirable de conduite qu'il suivit fidèlement.

Lorsqu'il dut recevoir le diaconat et la prêtrise, longtemps il fut préoccupé de la nécessité d'un genre de vie plus parfait^ persuadé qu*ii n'y a point d'amour de Dieu

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sans mortifications ; il était ingénieux è trouver mille moyens invisibles de contrarier ses goûts et de se retrancher quelquefois du strict nécessaire; il se servait encore, pour crucifier sa (-hair,de toutes sortes d'instruments de pénitence. 11 est facile de se faire une idée des beaux sentiments qui l'animèrent quand il reçut de l'Eglise le pouvoir de servir de plus près au sacrifice de l'autel et de prêcher l'Evangile :

Union continuelle avec Jésus-Christ, •— offrande de ses actions à Dieu ,— fidélité à tous ses devoirs, — ferveur soutenue dans ses exercices de piété, — amour de l'étude et du travail, — saint emploi de temps, — vigilance très-exacte sur lui-même, — Aban* don total à la volonté de Dieu,-- oubli com-

Elet du monde et de ses biens créés, — soriété et mortification, — recueillement intérieur dans les circonstances et dans les occufiatious les plus propres aie dissif^r,-* inodestie dans 1 extérieur et le maintien, — fidélité, douceur, cordialité, charité env»»rs ses frères, — dévotion tendre k la irèssainteViergeetauxsaints patrons,— amour vif et généreux pour Notre*Seigneur sur la croix et au Saint-Sacrement. — Se proposer Dieu et sa gloire pour unique but de ses actions, y tendre de toutes ses forces, telles sont les vertus et les objets des constants et toujours plus généreux efforts de M. Muard. C'est avec ces sentiments qu'il monta, non sans crainte, les derniers degrés du sanctuaire, Ie24 mai 1834.

Aimer Dieu de toutes les puissances de son âme et croître tous les jovrs dans cet amour; persévérer courageusement dans la pratique de toutes ses résolutions; réciter son bréviaire avec la plus grande ferveur; offrir le saint sacrifice avec l'ardeur d'un sé^ raphin, voilà ce que fut M. Muard après sa promotion è la prêtrise.

Pendant six mois il mena la vie qu'il ai« mait tant, la vie d'un vrai missionnaire, prêchant, priant, catéchisant, confessant, préparant à la première communion des enfants qui n'oublieront jamais cette douceur inaltérable, ni ce zèle enflammé qui lui conf;ilièrent l'affection de toute la paroisse de Melissey, auprès de son ancien mattre. Le 18 juin il reçut de son archevêque une lettre qui portait cette snbscription : à M. Muard, curé de Joux-la-Ville.

Pour beaucoup d'autres c'eût été un coup de fciudre que cette nomination, car tout le * diocèse avait retenti des diflScultés sans nombre éprouvées dans cette paroisse par plusieurs ecclésiastiques, qui en avaient été successivement les pasteurs. Ce pa^s était vraiment à Vindex. Mais c'était précisément pour cela qu'il avait été choisi. Il partit; déjà le bruit de ses vertus l'avait devancé et le jour de son arrivée fut un jour de fête. A la vue de son affabilité charmante, tous comprirent que l'ange de paix était descendu dans la paroisse.

Bien persuadé que le meilleur moyen de régénérer une paroisse, c'est de s'attacher aux enfants» de semer des germes de la

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piété dans lours cœurs M. Muard ne négligea rien pour cultiver ces jeunes plantes. G*e»t surtout pour la première coffloninion . qu'il redoublait d*ardeûr pour les préparer

Gr des exhortations pathétiques, par de nnes confessions : il n*ignorait pas que le moment le plus dangereux pour les enfants lest celui qui s'écoule entre la première com* niuniou et leur établissement dans le monde. Il faisait réunir les jeunes Sries sous la suryeillance de quelque fille vertueuse et attirait chez lui les jeunes gens. Il cultiva la congrégation de la Vierge avec un zèle qu'enflammait sa tendre piété (K>ur celle qu'il aimait tant k appeler sa mère. Il dirigea ou établit les congrégations de Saint- Vincent de Paul et de Saint^Eloi pour réunir les hommes entre eux. C'était surtout quand ses paroissiens étaient malades, qu'il leur prodiguait les marques du plus vif intérêt. Aussitôt qu'il les savait arrêtés par ja souffrance, v allait s'informer de leur santé, leur témoignait le plus vif intérêt ; puis il abordait toujours avec succès la question des sacrements. On ne saurait croire combien cette conduite lui avait promptement concilié tous les cœurs.

Il avait compris l'éminente dignité des pauvres dans 1 église. Il en faisait souvent «mançer à sa table. Les plus nécessiteux recevaient chaque semaine ou chaque mois une aumêne flxe, ce qui n'empêchait pas qu'il ne leur distribuât des secours dans Tinteryalle.ll calculait si peu avec eux, qu'il craignait quelquefois de tenter la Providence; il avait pour eux une estime singulière. M. Muara continuait l'œuvre de la sanctification de sa paroisse par tous les moyens dont il espérait quelques succès, ne reculant de« yant aucun sacnSce de temps, de peine ou d'argent. 11 s'appliquait surtout à frapper les sens par la majesté du culte. C'est surtout pendant le temps consacré d'une manière spéciale au salut des fidèles, pondant ï'Avent et le Carême, qu'il redoublait ses efforts pour faire produire k la divine pa- TOie et a son zèle des fruits plus abondants; et comme entre Je bourg principal, il y avait un certain nombre de hameaux dont les habitants ne pouvaient assister aux instructions, le pasteur allait chercher les brebis qui ne pouvaient venir jusqu'à lui; il les réunissait le soir dans une chambre et leur prêchait avec son onction et l'entrain qui triomphaient de toutes les résistances.

La vertu de M. Muard n'était sévère que pour lui-même ; il y avait dans ses manières avec les personnes du monde et avec ses eoiifrèrest une fleur de politesse chrétienne exquise; il remplissait les devoirs de la société avec une aisance et une bonne grâce assaisonnées de je ne sais quoi de cordial, d'édiflant qui laissait toujours de salutaires impressions dans les Imes.

C'était au pied des autels que M. Muard alluit ranimer sa ferveur; il v passait de longues heures pour demander la conversion des pécheurs, la persévérance des justes et oour lui la parfaite conformité à la volonté

de Dieu. Il possédait è un degré éminentune autre marque de sa prédestination, la confiance à la sainte Vierge, confiance qui «fait auelque chose de si tendre, de si naïf, de si liai, qu'elle portaft à la dévotion tous ceux 3ui le voyaient la prier ou l'entendre parler 'elle. Outre Toraison qu'il faisait pendant une heure, il était le reste du temps dans un recueillement habituel. Aussi comme il était chéri dams sa paroisse! Quand il rentrait dans le pays après quelques jours d*absence, c'était une sorte de satisfaction semblable à celle que cffuse la vue d'un père qui revient dans sa famille.

M. Muard faisait de temps en temps des tentatives auprès de Mgr de Cosnac, archevêque de Sens, le conjurant de la manière la plus pressante, to plus humble, de lui permettre d'aller travailler à la conversion des peuples sauvages; la réponse fut contraire à ses dés.irs, à ses inclinations, à ses projets; il fut nommé k 4a cure d'A vallon. Il se regarda comme le plus malheureux des hommes; il employa supplications et instances, mais Sa Grandeur, qui cx>nnaissait ses vertus et son mérite, ne se laissa point fléchir; saint Martin d'Avallon avait besoin de son zèle et de son expérience pour se renouveler, comme Jodx-la-Ville, dans la connaissance et l'amour de ses devoirs. M. Muard se soumit. Ce fut avec des déchirements inexprimables; le pasteur et le troupeau f nrent plongés dans la { >lus profonde douleur. M. Muard ne pouvait plus s'arracher du pied des autels, tant il avait de grâces à demander et pour lui et pour ceux qu'il abandonnait malgré lui.

Les mêmes raisons qui causaient tant de regrets à Joux-la-Ville, excitèrent une joie indicible à Avallon oiï l'on connaissait le mérite, la vertu, le zèle, les talents de M. Muard; chacun s'en réjouit comme d'un bonheur public et particulier. H était tellement pauvre que Ton fut oblieé de lui prêter les meubles de son prédécesseur pour son nouveau presbytère.

A cette époQue il était quelquefois souffrant, mais il était plus souvent accablé des fatigues que son zèle lui im|)Osait; aux souf frances corporelles se joignaient des épreuves intérieures. Il dut recommencer à la ville ce qu'il avait accompli avec succès è la campagne; il établit à Avallon des c^nféren* ces quil rendit si intéressantes qu'elles n'attirèrent pas seulement ses paroissiens, mais que fréquentaient les habitants des Tilles voisines. Peu de mois s*étaient écoulés que déjà il était chéri et que sa paroisse était renouvelée.

D'oii venait donc k M. Muard ce prestige, qui l'accompagnait partout et qui lui attirait si promptement tous les cœurs? c'était la sublime vertu dont parle saint Paul, la charité et la fraternité. M. Muard, qui était envers lui-même si ausière, si dur, qu'il |^raissait être comme le t)Ourreaa de son propre corps, le martyrisant par toutes sortes de supfUices, était pour les autres Ta douceuri l'indulgencei la bienveillance persouuifiées.

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Il semblait que toutes les misères humaines se fussent ménagées un écho dans ce otBor vraiment sacerdotal.

Le zèle de M. Muard n'était pas limité par l'enceinte de sa paroisse. 11 donna à Pont- Anbert une mission qui produisit des fruits merveilleux. Elle eut lien pendant l'Avent eldura jusqu'à l'Epiphanie 18^0; il y précba tous les jours, tant les auditeurs du pays et des |)aroisses voisines furent considérables; la communion générale fut nombreuse; elle fut terminée par la plantation de la croix. Le nouveau missionnaire exalta dans an discours plein d'éclat et d'onction, tous les bienfaits qui s'écoulent de l'arbre sacré et ravit tout son auditoire. Il avait obtenu des fruits inespérés.

Ce fut dans cette occasion, et après une révélation qu'il avait eue peu de temps au* paravant, qu'il prit la résolution définitive de se vouer aux missions; elles, avaient fait lottjoors robjet de ses désirs les plus ardents et de ses suppliques les plus pressantes auprès des supérieurs ecclésiastiques. Dans une retraite pastorale que venait de donner Ugr Tévèque de Nevërs, il avait fait ressortir avec éclat les avantages des missions diocésaines et réfuté sans retour les objections que l'on opposait à ces moyens de salut» dont les effets sont cependant si incontestables; il ne devait donc plus rencontrer tes mêmes difficultés pour obtenir l'autorisaiioQ épiseopale. Sa lettre fit verser des larmes è Ugr de Cosnac, qui, vaincu cette fois par celle touchante persévérance, réponditcnfin :« 0 prêtre que voire zèle est grand! allez et âitest comme Dieu vous l'inspirera.» Oaet sujet de joie que cette parole 1 mais qoe lie nouvelles angoisses, que de nouveaux sacrîQces, que de nouvelles croix l Pour faire taire les plaintes de la nature, M. Muard se disait en lui-même : « Dieu le veut... tesalutdespeuplesle demande,» lagé- Dérosité de son amour en accepte les sacri- 6ces... les missions sont donc une œuvre décidée; il ne s'agit donc plus maintenant que d'aviser aux moyens d'exécution; pour ré- S3mer en quelques mots les regrets qu'excite le départ de M. Muard dans la paroisse d'Avallon, nous nous contentons de citer le propos d'un témoin, qui, après avoir énuméré tous les titres à l'affection de ses paroissiens, dit : « Enfin je pense qu'il a bien bit de sortir d'Avallon, car on 1 aimait tant qu'il aurait fini par faire tort au bon Dieu. » Go des premiers jours du mois d'octobre, deux missionnaires se dirigeaient vers Lyon où ils allaient chez les PP. Maristes faire une étude préparatoire des missions; ils allaient régler les ardeurs de leur charité à Técole des religieux expérimentés qui devaient plus tard leur servir de guides et de modèles.

Quinze jours après son arrivée, ils furent eo caîssion k Rive-de-Gier avec quatre autres Pères. On compta 7 à 8,000 communiants ; ils forent témoins de conversions qui tenaient du prodige; peu de personnes, disaitiif parmi celles qni suivent les missions qui

puissent y résister. Le 16 décembre ISfcOy ils en terminaient une deuxième, dont le succès fut plus heureux'encore, puisque sur 1800 âmes il n'y eut que 15 individus qui refusèrent de se confesser; ils en firent une troisième en janvier qui leur donna encore plus de consolation, à cause de l'affluence extraordinaire des habitants des villes voisines qui attendaient que la porte de l'église fût ouverte pour se précipiter vers les confessionnaux. Presque tous les habitants de trois paroisses voisines firent leur mission. A 11 heures, les Pères étaient encore au confes|ionnal. Le 5 février, ils partaient

I)ourune Station de Carême. En avril, ils alaient donner les mêmes exercices k Serrières. C'est lui-même qui raconte les fruits merveilleux des missions et les consolations indicibles qu'il éprouvait dans sa correspondance avec ceux de ses confrères qui devaient s'associer à l'œuvre qu'il méditait. Pendant les dix mois qu*il passa auprès des PP. Maristes, ces Pères firent leurs efforts pour attacher à leur maison ces deux prêtres si zélés et si embrasés du zèle de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. Mais M. Muard avait entendu la voix de Dieu, il devait se vouer entièrement au divin cœur de Jésus dans les missions diocésaines. Avant de les entreprendre, il voulut aller visiter à Rome le tombeau des saints apôtres. 11 en obtint la permission de Tarcnevêaue de Sens et partit de Lyon le 21 du mois cle mai ; ils furent de retour vers le mois de juillet.

Avant de quitter Lyon, il voulut aller visiter à Louvesc le tombeau de Tanêtre du Velay, saint Jean-François Régis, le prédicateur des pauvres, avec lequel il devait avoir tant de ressemblance. 11 arriva à Sens au mois d'octobre avec son collaborateur. Quatre missions leur étaient déjà demandées. Ils commencèrent par Meaux, sa paroisse natale, le 20 décembre 1841. Lechan- S cément qui s'v opéra excita l'admiration. H allait qu on eût une bien haute idée de sa vertu pour devenir prophète dans son pays. Après cet heureux résultat, tous les curés des environs demandèrent des missions pour leur paroisse. M. Mu|h-d désirait évioemment que le bon Dieu envoyât des ouvriers pour la culture de sa vigne. Ils en donnèrent plusieurs autres où les fruits ne furent ni moins abondants, ni moins consolants.

La moisson était mûre, auarante-cing paroisses avaient déjà demandé des missions. 11 fallait une maison pour cette œuvre nouvelle des missions. L'ancienne abbaye de Montigny, à quatre lieues d'Auxerre, célèbre par le séjour de plusieurs saints et il^lustres personnages, but d'un pèlerinage autrefois très-renommé, où le corps de saint £dme se conservait tout entier, avec sa chair, d*une manière merveilleuse depuis plus de cinq cents ans, était à vendre. 11 v avait une magnifique église. Que de motife pour en faire Tacquisiiion. Après beaucoup d'instances auprès de Monseigneur » l'archevêque donna son consentement.

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En altendanlqulls passenl entrer en jouissance de leur acquisition, nos deux ouvriers évangéliques continuaient leur œuvre, cha« cun de leur côté. Au ipois de mai 18ikd, H. Muard évangélisait le ctief-lieu du doyenné de sa paroisse natale, Ancy-le-Franc , puis Vermenton; plus de quarante hommes en ménage eurent le bonheur de faire )a première communion; le zélé missionnaire fut obligé de passer trois jours e( trois nuits sans presque dormir, lant fut grande Tafiluencc des personnes qui s^approctièrent des sacrements. Au mois de juillet de celte année 18^3, M. Muard vint prendre définitivement possession de ce qui restait de Tabbaye de Montigny, avec son premier collaboraleur ei deux jeunes prêtres qui étaient Tenus se joindre è eux pour partager leurs travaux et goâter le honneur de se dévouer SIX salut des âmes. Dans ce moment la tempête des révolutions avait purifié Tatmosphère; le ciel commençait a s*apaiser. De toutes parts, les ordres religieux germaient au milieu des épines dont le sol de France était couvert. Peu de temps après la petite compagnie se compostait de six orôtres tous animés du zèle le plus ardent. On s*occupa alors de donner à la société une existence régulière; M. Muard ne négligea rien pour «mpècber d*étre .nommé supérieur, mais on n*eut aucun égard à ses supplications, H 5*occupa de dresser les règles indispensables i une communauté bien organisée. £lles commençaient ainsi : « Le but que se proposent les prêtres auxiliaires est de travailler à la gloire de Dieu et au salut du prochain par la prédication. Ils forment une société sous le patronage des sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, sous Tinvocalion de saint Edme et de saint François-Xavier et sous la haute direction de Mgr Tarrhevéque de Sens. Elle sera une dans son but, car tous les membres doivent se proposer la même fin, avoir les mêmes vues, employer les mêmes moyens, enseigner la même docurine et tenir la même conduite.

« Le prêtre auxiliaire doit rappeler cette pa- Tdledel*Evangile:5oyexpar/at/«comm«t;o/re Pèt^^iUite e$t parfait. {Mattk. v,U.) La sainteté lui edt nécessaire, non-seulement pour opérer son salut, mais encore pour le succès de son uninistère. En effet le plus puissant moyen de conversion, c*est la sainteté du

Crédicateur. Bile sert plus que les plus eaux, les plus éloquents discours; elle attire sur ses travaux les bénédictions du bon Dieu; elle donne è fes avis, à sa parole, à sa personne «e ne sais quel charme, qui touche, qui ravit, enlève tous les cœurs et touche les pécheiM*s les plus endurcis. » Dans celte règle brillent la sagesse, le zèle, la piété. «I^sprêlresauxiliaires,i»continue-t-iU «exerçant le même ministère que lesapAtres, doivent avoir un esprit et un cœur d*apùtres. Ce qui distinguait par-dessus tout les hommes apostoliques dans tons les temps, c'était le zèle, mais un zèle de ieu qui voulait embraser Tunivers. Ce doit être l'objet de touies nos pensées, le sujet de toutes nos

paroles, le mobile de toutes nos actions. »

M. Muard passe en revue ensuite les vertus qui doivent principalement briller dans sa conduite pour se rendre semblables è leur divin modèle. 11 s*étend longuement sur la pénitence. « Vient ensuite, » dit-il, « l'abnégation, qui doit être comme le fond de la vie apostolique, en sorte que le missionnaire pratique aussi parfaitement que possible cette profonde maxime de TEvangile : Que celui qui veut venir après mot, renonce à lui-même^ quil porte $i\ croix et quH me suive, {Matth. xvi, 2i.)

c Mais cen*est pasassezpour un prêtre qui tend è sa perfection. Il faut encore qu*il se revête de l'homme nouveau, qui est Jésus- Christ, et cela ()ar la vie de foi, si opposée à la vie de la nature dans ses principes, dans ses moyens, dans ses conséquences. *

Voilj pourquoi M. Muard proposée sesfrères Jésus-Christ pour modèledanstoutesleurs pensées,dans tous leurs sentiments,dans toutes leurs œuvres.

M. Muard allait de temps en temps évangéliser les campagnes, où Ton soupirait après le bonheur de Tentendre. Il donna des missions aux paroisses de Sermisselles, d*Island« d*Asnières, de Fresne, etc., et c'était partout le même zèle, la même conduite admirable de prudence et de dévouement.

Le jour anniversaire de son baptême, le 25 avril 1845, il fut divinement inspiré, il vit une société composée de trois sortes de personnes, qui devaient suivre un genre de vie h peu près semblable, pour la DiOrtiQc^ticn à celle des Trappistes, les uns devaient se consacrer particulièrement è la prière, è la vie contemplative; les autres, À Vétude, ë la prédication; les derniers, en qualité de frères, au travail des mains. Leur vie devait être une vie de victime, et dMmmolation continuelle. Ils devaient faire pénitence pour leurs péchés et pour les iniquités des autres, et rappeler les hommes A la oiurtification et à la vertu par leurs exemples encore plus que par leurs paroles, etc. Celte société devait dédommager Notre -Seigneur des outrages qu'il reçoit de la part des pécheurs et surtout des personnes qui lui sont spécialement consacrées; elle devait prendre pour base la règle de saint Banott.

Cotte vue lit sur M. Muard une impression extraordinaire. C'était un ordre qu*il recevait d*établir cette société. De g^ave^ et mûres réflexions lui firent comprendre que cette institution et ce genre de vie, parfaitement en rapport avec les liesoins de notre époque, seraient très-propres h ré^iarer la justice de Dieu irrité contre les homu»0N et un moyen d*obteuir plus sûrement la conversion despécheurs.ll sentit qu*tl convenait d'opposer au suprême orgueil de notre ivmi»^ rhumilitéla plus profonde; à rinsatiabie pv*>* sion des richesses, la pauvreté la plus ab^ilue, et la mortification de la chair, au >ensualisme, qui place la souveriiine félicii<^ dans la satisfaction des sens* A la suite de ces rcMexions il sentit s*allumcr en lui un grand désir d'embrasser ce Kenre de vie. U

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DES ORDRES RELIGIEUX

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ne cessa de prier et de bire prier; il consulia les personnes les plus éclairées et plusieurs religieux, recommandobles par leur expérience et leurs vertus, et tous furent d*avi$ que cette idée venait de Dieu, qu'il fallait Ja suivre.

Tandis qu*un besoin presque irrésistible de dévouement s'était emparé d*un grand nombre d'âmes généreuses, qui sentaient la nécessité d'un travail énergique pour la reconstitution de la société, des hommes pervers continuaient avec acharnement l'œuvre de décoqiposition sociale qui devait éclater par une catastrophe. Tous les jours, la parole, dans les assemblées publiques, et la presse, par ses feuilles et ses brochures, versaient la calomnie, la luxure, l'impiéié dans toutes les veines de la société. Le peuple, circonvenu partant de mensonges colportés jusque dans les plus petits villages , se montrait impatient de toutes sortes de freins. Oh! qu'ils sont coupables, les hommes per- Ters qui s'efforcent de séparer le prêtre du peuple, qui ne peuvent vivre heureux l'un sans J^aufre! Que deviendrait le prêtre, si le peuple, qui compose le genre humain presque tout entier, s'éloignait de lui et le laissau solitaire dans son église déserte? Et le peuple, qui deviendrait-il sans le prêtre? qui va Je visiter quand il est malade? qui le console quand il est dans la peine? qui ne craint pas de pénétrer dans sa pauvre chaumière? qui instruit ses enfants? qui Taide à supporter les inévitables privations de la vie présente par l'espérance des biens à venir? en un mot, qui prête une oreille attentive et un cœur compatissant au récit de ses douleurs? qui, si ce n'est le prêtre?

il. M uard fit part à un de ses amis auquel il avait coutame de confier ses pensées les plus intimes, ia vocation nouvelle vers laquelle il se sentait presque irrésistiblement entraîné. Ils furent faire une retraite. M. Uoard voalait essayer ses forces en y menant dans toute sa rigueur le nouveau genre de vie qu'il devait embrasser. Cette retraite dura 14 jours, il se levait à 3 heures du uiatia. Oq a retrouvé dans ses papiers tout le plan de cette retraite et les exercices qu'il y suivit selon la règle de saint Ignace. 11 y lut favorisé de grâces extraordinaires, et il prit rengagement de se dévouer à l'exéeutioQ du projet que Dieu lui avait inspiré, à mener une vie humble, pauvre et morli-| liée, et à fonder un ordre d'une pauvreté absolue, d'une pénitence austère, d'une grande huoiilîté, qui aurait pour but de travailler à la gloire de Dieu, à la sanctification du prochain, et à leur propre sanctification par la prière, la pénitence et la prédication. Cette décision étant irrévocablement prise, il s'agissait de l'annoncer aux prêtres de la Mission et d'obtenir l'autorisation de Monseigneur. Pour triompher de ce dernier. obstacle, il sut joindre la prudence du serinent à la simplicité de la colombe, il eut la consolation d entendre de la bouche du saint l»asteur cette bonne parole, dont il fut toujours reconnaissant : « Eh bien ! mon cher

ami , suivez votre vocation, pourvu que cette œuvre nouvelle ne nuise pas à celle de Ponligny. 11 manifesta ses intentions à ses enfants à la suite d'une retraite générale; on fit toutes sortes d'instances pour le retenir. Il fit tout ce qu'il put |>our adoucir les amertumes de cette séparation, il désigna pour le remplacer, le P. Boyer, qu'il avait préparé, sans le faire connaître, à. remplir ces fonctions.

Le 22 septembre 184&, tout était prêt pour un nouveau départ. 11 venait de terminer une retraite à Avallon, deux compagnons de voyage , qui prirent le nom de P. Benott et de F. François étaient, arrivés. Sans rien connaître de ses desseins, ils savaient seulement qu'ils devaient suivre* avec lui un genre de vie extrêmement,austère. Voilà donc trois pèlerins, le sac de cuir sur le dos» le bréviaire sous le bras et lajoie dans lecœur, cheminant sur la route de- Lyon pour se rendre à Home. Ils montent à "^Notre-Dame de Fourvière, puis à Notre- Dame de la Garde, à Marseille, pour mettre leur entreprise sous la puissante protection, de la sainte Vierge.

Ils ne trouvèrent à Rome aucun gtte, pas même un abri dans les campagnes*environnanles au milieu de quelques ruines abandonnées qu'ils espéraient rencontrer. Après une neuvaine, il fut inspiré d'aller à Bubiaco, à 15 lieues de Rome, célèbre par lagrdlte de Saint-Benoit et par les monastères qu'il y fonda, où il reçut la visite de la sainte Vierge et des anges. Nos pèlerins remplis d'espérance se diligent vers le monastère de Saînt-Benott dont 1 abbé les accueillit avec une rare charité, et, pour les favoriser dans leur pieux dessein, leur offrit l'ermitage de Subiaco, lieu vénérable, sanctifié par les austérités de saint Laurent Flanello au xti* siècle, auprès duquel se trouvait cette grotte où saint Benoit avait reçu tant de précieuses faveurs. Elle est située au pied d'unrocher perpendiculaire de 150 pieds de hauteur, avant au-dessous un abîme de 8 à 900 pieds de profondeur; elle semble attachée au flanc de la montagne comme un nid d'hirondelles. Gréffoire XV], n'étant encore que cardinal, fut célébrer la Messe à cet ermitage, à l'âge de 73 ans et s'y rendit à pied.

La Providence avait évidemment conduit d'une manière admirable ces pèlerins dans cette retraite. Ils commencèrent aussitôt les exercices de la vie religieuse. Le P. Muard s'occupa de la règle et de la constitution; il adopta ia règle de saint Benoit qui passe généralement pour la plus* parfaite de toutes, pour la plus riche en détails et la plus féconde, se prêtant merveilleusement à toutes les fins de la vie religieuse; aussi est-ce la source où sont venus puiser tous les fondateurs d'ordre, qui ont paru dans l'Eglise depuis saint Benott. Le P. Muard seconvainquit de plusen plus qu'il ne faisait que suivre la main invisible qui le conduisait.

En outre des fréquentes visites du R. P. abbé de Saint- Benoit, la bonne odeur des vertus de nos solitaires attira de Rome nom*

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bre de personnages élevés en dignités, qui les encouragèrent dans leur projet; tous reconnaissaient que ce n'était qu*eii enchiitnant la sensualité, Torgueil et la cupidité, qu'on pourrait rendre les hommes heureux, la société tranquille et les royaumes florissants. Pendant son séiour à l'ermitage de Subiaco, ii eut le bonheur d'aller visiter le Pape Pie IX, qui, chassé de Rome par lesi révolutionnaires, s'était retiré è Gaêle. L'œil exercé de Sa Saintoté sut distinguer les splendeurs de TAmo ; il lui prodigua les marques de la plus tendre affection ; il ac* corda une audience de trois quarts d'heure h ce |)anvro volontaire de Jésus-Christ. 11 porta dès lors un intérêt tout particulier à cette œuvre naissante et promit d'accorder tputes les approbations nécessaires.

il est facile de comprendre tout ce que le P. Muard éprouva de bonheur et de jouissance. De Naples, les deux pèlerins retournèrent à Termitage, priant sans cesse en marchant comme c*était Thabitude du serviteur de Dieu. Le 9 février 1849 il déclara è ses compagnons qu'ils devaient retourner en France. En ce moment même on publiait à Rome la proclamation de la République. Ils arrivèrent à Marseille le 19 février, ils étaient sans asile et sans ressources; plus que jamais, ils étaient les enfants de la Proviésnce; ils se dirigèrent vers Aiguebelles, abbaye de Trappistes des plus sévères, des plus ferventes, où ils désiraient aller se façonner à une foule de petits usages, qui ne peuvent s'apprendre que dans une commutnauté toute formée. Le P. Muard y arriva dans un état pitoyable, couvert d'un vieux chapeau, v6tu d'une soutane grossière, rapiécée; on le prit d'abord pour un vagabond. Les trois pèlerins furent admis tout de suite dans l'hôtellerie, puis dans la communauté, lis étaient disposés è regagner Sens, en demandant l'aumône, si le R. P. abbé ne leur eût donné |)Our la dépense du Voyage ce qui restait dans la caisse du couvrent. Une communauté de 230 personnes, aui donne i un pèlerin tout ce qui lui reste 'argent I Arrivé è l'abbaye de Montigny au milieu de ses premiers enfants, qui le revirent avec un indicible bonheur, le P. Muard s'occupa bientôt de chercher un lieu solitaire où il pût planter sa tente et abriter ses nouveaux disciples; après bien des démarches pour visiter différents emplacements qui ne convenaient qu'à demi, le bon Dieu lui fait rencontrer le lieu le plus propice k leur dessein, une solitude parfaite, un autre Saint-Laurent de Flanello, une véritable Thébaïde, dans la forél de Saint- Léçer où se trouve une source qui ne tant jamais et qui tK)rte le nom de sainte- Marie.

Tandis qu'on construisait les appartements nécessaires, le P. Muard ayant appris que le choléra faisait des ravages dans les pays voisins d'Avallon, il courut leur jiorter du secours. L'épidémie sévissait avec une affreuse intensité; il part dans l'espé-

rance de cueillir la palme du martyre de la charité; il fut à Sainte-Colombe, de fà k Mussanguis, puis k Tonnerre, où ta mort multipliait ses victimes d'une manière effrayante; partout il n'épargna ni veilles ni fatigués pour prodiguer k ces infortunés les soins de l'ftme et du corps.

Il devait aller faire son dernier noviciat, k Aiguebelles, où Tattendaient ses deux compagnons ; mais auparavant il voulut bénir la première pierre de son monastère dont les fondements étaient creusés^. Au jour fixé, beaucoup de personnes étaient réunies pour assister k la cérémonie, lorsqu'on ap-

I)rit que le P. Muard était gravement maade. Déjk dès la veille il était en proie k d'horribles souffrances. Cette triste nouvelle se répand avec la rapidité de la foudre k la Pierre-qui-Vire, où il avait été trans|>orté, et y produit une stupeur générale. On commence une neuvaine k Notre-Dame de la Salette, on lui donne k boire de cette eau miraculeuse qui a déjk opéré de si étonnants prodiges, il acquiesce et prononce avec foi ces simples paroles : « Ma bonne mère, si vous me guérissez, je promets d'aller vous en remercier sur la montagne de la Salette. > On lui administra i^pendant les derniers sacrements, et le Père ne songea plus qu'k se préparer k la mort. A la suite de la réception des sacrements, les crises du choléra devinrent plus rares, l'esprit commença k renaître et le mieux continua les jours suivants; il était sauvé. Le Seigneur content de cette épreuve dit k la mort d'al>aDdonner sa proie.

A peine fut-il rétabli qu'il se dirigea vers Montelimart, et après avoir visité k Parayie-Monial le tombeau de la célèbre Marguerite-Marie il rentra dans ce ))aradis terrestre pour vivre encore quelque temps au milieu des anges du désert. « Exprimer la joie que je ressens, le bonheur que je goutte, » écrivait le P. Muard, « est chose impossible. H me semble être dans le ciel au milieu des bienheureux. En effet, s*il est sur la terre une image du ciel, c'est bien ici. » 11 voulut pratiquer lui-même et dans les plus humbles détails cette vie de renoncement qu'il devait enseigner k ses disciples.

Avant de quitter le monastère d'Ai^^uebelles, où il laissa deux de ses frères, il se rendit k pied avec deux autres pour acquitter son vœu sur la célèbre montagne sanctitiée par la présence de l'auguste Marie, où ils arrivèrent par les chemins les plus diilicites k travers la neige et avec le froid le plus rigoureux, n'ayant d'autre guide qu'une carte de géographie k travers ces sentiers perdus. Les consolations qu'ils y goûtèrent W^ dédommagèrent des souffrances de leur voyage.

Le P. Muard avait donné rendez-vous k ses futurs disciples k la Pierre-qui-Vire pour le vendredi avant la Trinité, personne n*y manqua; les membres de la nouvelle famille Bénédictine étaient au nombre de cina«

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rhabitatiOQ n^ pouYant encore )es recevoir. Ils commencèrent à observer leurs règles dans le presbytère de Saint-Léger distant d*une lieue» que M. le curé leur avait otTert avec bonbeiir. l>ès trois heures du matin ils étaient aux p^d» de Tautei, psalmodiant loffice^ célébrant les saints mystères. De là ils se rendaient h la Pierre-qui-Vire et ^r tous les temps, où ils revenaient le soir après UD travail opiniAtre pour prendre un fragal repas, regagnant leur gîte provisoire, le chapelet à la main.

Le jour de la fête de la Visitation 1850, ees hommes admirables prirent possession da désert, en s'installant dans Thumble demeure qu'on venait de construire et qui était'aussi pauvre que Tétable de Bethléem. Sur ces entrefaites un jeune homme à T&me ardente» qui u*eutendait parler qu'en- frémissant de la Pierre-qui-Vire vers laquelle cependant il se sentait entraîné malgré lui,.

Sioique effrayé et dégoûté de la vie aus-. re qu*on y menait, frappé de Tair de bonheur et de la sainte joie qui brillait sur tous les visages, fut les prémices du noviciat, et il apprit bientôt par l'expérience que les rigueurs de la pénitence ne sont |ias aussi terribles qu'elles, le paraissent d'abord.

Il est pour une congrégation religieuse UD autre édiGce que celui qui s'élève avec les pierres et le ciment^ c'est TédiGce moral. 1\ consiste dans la rè^le qjui détermine, en général, le genre de vie que l'on doit suivre d'après les conseils évangjéliques, dans les OQosfJtutions qui développent la règle en l'adaptant au but particulier qu'on se propose; dans les usages qui enseignent la manière dont on doit accomplir chaque devoir imposé, et enlin dans le règlement qui fixe les heures de chacun des exercises de la journée. Or cett^i; o&uvre était entièrement achevée. Cétait la règle de saint Benoit que l'on devait suivre. Les constitutions avaient été choisies parmi les plus autorisées des ordres les plus fervents; les usages et règlements étaient k peu près calqués Mir ceux d'Aiguebelles, et tous ces éléments araient été coordonnés par le P. Muard durant ses longues heures de solitude dans la grotte de Subiaco et dans sa cellule de la Trappe ; elles furent approuvées par Mgr Tarcbevèque de Sens, le 25 avril 185&. « Un jour, vendredi 25 avril ISitô, dit le P. Muard dans le discours préliminaire, que j'étais parfaitement libre de toute préoccupation, se présenta tout à coup le plan tout formé d'une société religieuse qui se consacrerait è la pratique et à la prédication de la pénitence, emorassant pour cela un genre de vie humble, pauvre et mortiGé, et dont les membres seraient employés, chacun selon son aptitude, les uns à la prédication,, les autres à la prière et à l'étude, d'autres au travail des mains. Je connus bientôt que dans le siècle où nous vivons, il était né-* cessaire que des sociétés religieuses vinssent au secours du clergé, mais des sociétés telles qu'elles étaient au temps des saint

Benoit, des saint Bernard, des saint Dominique, des saint François d'Assise, des so^ ciétés dont la vie fut une prédication conti-* nuelle de ce que la religion offi*e de plus parfait. Je compris qu'il faHait joindre l'eipiation à la prédication, s'unir è Notre^ Seigneur Jésus-Christ souffrant ev mourant pour les hommes, et s'immolant par le glaive de la mortification comme victime pour ses propres iniquités et pour les iniquités de ses frères, afin d'apaiser la justice de Dieu si prodigieusement outragée dans ce siècle et olitenir plus sûrement la- conversion des pécheurs. »-

Le P. Muard entre ensuite dans descon-sidératîons sur la nécessité d'opposeM'humilité, la pauvreté, la mortification pratitiquées, au suprême degré, è l'orgueil,. à la cupidité et au sensualisme effréné de notre époque.

Sa règle entre ensuite dans des détails sur le zèl^, la pauvreté, la pénitence, Phumilitéi l'obéissance, le travail; l'union avec Dieu, la charité fraternelle sur lesquelles le Pi Muard fait des considérations tendant' à la plus hauie perfection. Les Bénédictins ne devaient jamais voyager ni è cheval ni en voiture, >e monastère ne devait rien posséder, pas même le terrain sur lequel il était bâti. La communauté ne devait faire aucun emprunt. On devait donner en bonnes œuvres l'excédant de la dépense indispensable. On ne devait recevoir aucun honoraire pour les missions.

Les Bénédictins du Sacré-Cœur doivent se regarder comme les missionnaires de la pénitence, que Dieu envoie comme d'autres Jean-Baptiste pour prêcher la pénitence aux.

Îeuples et les préparer au grand événements >e jeûne dure toute l'année : è la collation, ils ont quatre onces de pain avec des légumes etdes fruits, s*il y en a. Rlleest au pain et et l'eau tous les jours déjeune ecclésiastique,^ tous les vendredis et quelques autres jourtf de l'année; pendant 1 A vent on ne donne, que du dessert.

Les Bénédictins font abstinence en^ tout< temps et en tout lieu, i'de vin et de liqueur;., 2* de toute espèce de chair; 3* de poissons;ft.' d'œwfs; 5* de beurre, de fromage,, de lai^tage; 6* d'huile ; T de sucre et de miel, et sa contentent d'eau pure pour boisson, de lé« gumes, de plantes ou d'herbes potagères, et de fruits pour leur nourriture. Outre ces privations, les constitutions ordonnent des austérités corporelles en mémoire de la Passion de Notre-Seigneur.. Telle est la fai blesse de la nature humaine qu'après avoir commencé le bien avec ardeur, elle se ralentit peu à peu eu face des difficultés qui s'élèvent. Or, à un si grand mal on ne saurait trouver de remèdo^gue dans la nécessité de la persévérance imposée è l'homme ou par la force physique, telle qu'elle se trouve, par exemple,, dans l'organisation mlr litaire, ou dans la force morale qui résulte principalement pour l'âme de 1 oblJg.ation des vœux. L*âme qui les prononce ne perd pas de sa liberté; mais bien plutôt jusqaà

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un certaio point la possibilité d'eu abuser» en opposant un rempart k sa faiblesse, une digue à son inconstance.

LA 3 octobre avait été fiié pour la cérémonie. La chapelle de Sainle-Marie de la Pîerrew]ui-Vire étant trop étroite, la cérémonie eut lieu à la paroisse de Saint-Léger de Fourcheret, patrie de Vauban, berceau de cette communauté naissante. Elle fut envahie jusqu'aux fenêtres par une foule nombreuse, accourue de toutes les paroisses d'alentour et même des pajs éloignés; les membres du clergé au nombre de quatre-vingts s*y rendirent nvecempressement. Mgr Parcnevêque, qui devait présider la cérémonie, ayant été empêché, délégua M. Tarchiprêtre d'Aval Ion pour recevoir les vœux. Af. le supérieur des prêtres auxiliaires de Pontigny fit Après TEvangile un discours remarquable. 11 esquissa à grands traits faction que Dieu, h tous les Ages, exerce sur le monde chrétien, par les ordres religieux.

Le P. Muard reçut Je nom de frère Marie-Jean-Baptiste du Cœur de Jésus. On conserva pour rhabit la couleur noire qui est la couleur primitive. Cette cérémonie qui dura quatre heures, présenta un spectacle attendrissant; le cortège plus nombreux et plus imposant encore que le matin , se disposa à accomf»agner les nouveaux religieux jusque dans leur solitude. Bientôt on vit cet immense cortège se dérouler dans les rues du village, descendre la colline et disparaître dans le chemin étroit et ombragé de .a forêt. Bien n*était ravissant comme ces ciiants religieux répétés par des milliers de Toiz, et redits par les échos des bois et des rochers. Après plus d*une heure de marche, quand on aperçut au loin, assise sur une roche, la modeste habitation, on entonna tout à coup le Lœtatui sum^ puis le magnifK^ue In txitu; lorsque ces paroles retentissaient dans le vallon : Pourquoi^ à montai gnest avex-voui bondi comme des béliers^ et VQus^ colUnes , comme da agneaux? ( PsaL r.xiii, 6) on croyait sentir ces vieilles roonlagnes tressaillir d'allégresse et se revêtir d*un air de fête, à l'approche de leurs nouveaux habitants.

Le frère Marie-Jean-Baptiste du Cœur de Jésus apporta dans les ditférentes paroisses quil évangélisa le même zèle, (e même esprit de pénitence, la même charité, le même dévouement, mais élevé à un plus haut degré de nerfection ; pendant Tannée J851 il évangélisa Avallon, Domroecy-sur Vault, Noyers, Saint-Martin et Duu-les- Places dans le diocèse de Nevers.

Le monastère est situé à quatre kilomètres de toute habitation au milieu des forêts coupées par des montagnes, des vallées et des ruisseaux, et cependant tel était le imrfuin de saintelé qui s'exhalait de ce désert que les Bénédictins étaient en pleine Mission à Sainte-Marie de la Pierre-qui-Vire. De nombreux fidèles s*y rendaient de tous les hameaux voisins jusqu'au nombre de Jeux ou trois cents, pour être évangélisés. I«e P. Muard fut ensuite faire entendre sa

parole toujours aimée, toujours per^^utives dans les paroisses de Poilly,Sa)nt-Fargeau et Saint- Clément.

L'année 18U le P. Muard fut appelé à Saint-Etienne en Forêt pour donner la station du Carême dans Téglise de Saint-Ennemond, l'une des plus importantes paroisses de la ville. Quoiqu'il vtnt de faire une maladie à la suite ae ses fatigues, emporté par le zèle qui dévora sa vie en si |»eii de temps. Son auditoire fut immense quoique, dans toutes les autres églises il y eût des prédicateurs de stations, distingués; deux d'entre eux passaient même pour des hommes d'une rare éloquence. H ne se couchait jaroaisavant minuit, il devait être en chaire h six heures du matin, confesser tout le jour, puis prêcher encore tous les soirs et ne sortait de église qu'aprèsdix heures. Les derniers jours il passait (|uatorze heures ou confessionnal avec une fièvre qui le consumait.

La fameuse pierre, oui a donné son nom k cette contrée ainsi qu au monastère, est un énorme rocher de grani t de forme presq ue ovale et très-plate; celte sorte de table, que l'on dit avoir eu jadis la facultéde tourner, e>t posée sur un rocher noirci par les siècles. Le P. Muard avait sanscesse sous les yeux celle ruine antic|uë d'un culte superstitieux sur l«quelleavaitcoulélesangdesanimaux et quelquefois un sang plus noble, te sang humain que versaient les druides. La vivacitede sa foi le pressait de la faire servir au culte du vr^i Dieu, pour le salut d'une flme en proie à de terribles tentations: il crut devoir faire vœu à la sainte Vierge, pour obtenir sa délivrance, d'ériger une btaïue à sa gloire sur la Pierrequi-vire; on se mit aussitôt à Toeuvre. Le 27 septembre 1853,on érigea une statue do Notre- Dame de sept pieds de haut appuyée sur un piédestal de granit, avec rinscription suivante : Virgini Deiparœ hominumque matri iine labe eonceptœ. Le monument dans son ensemble s'élève è plus de neuf mètres. De quelque point de l'horizon que vou5 abordiez dans cette Tbébaïde, vous voyez avec une sainte émotion cette douce ironie de ta Mère de miséricorde qui se lève écldtante de blancheur au-dessus des chênes qui c^oi^seiit h ses pieds et du monastère qu'elle domine; c'est vraiment la reine du désert. Une magnifique cérémonie eut lieu le jour de >a bénédiction. (In éloquent Dooainicain célébra avec tes louanges de Marie le prodigieux dévouement de ses enfants bien aimés; il commença par ces paroles si bien adaptées h icfn sujet : Quid existis in dtser* tum videre, « Quétes-vous venus voir dans cf désert » ( Mattk, xi, 7 }; ce discours produisit la plus vive impression sur ses auditeurs, qui étaient environ au nombre de quatre mille.

Pour s'acquitter d'une manière héroïque du triple ministère de la pauvreté, de la |k1iiilence, de l'apostolat, surtout quand un ennemi intérieur les attaque sans cesse, les Bénédictins prêcheurs avaient besoin d'une grâce, d'une protection extraordinaire : ils la

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ciierchèrent dans la Mère de Dieu ; ils tou* lorent qu'elle fût leur patronne, leur force, leur espérance, leur défense, leur gardienne, leur mère, et ces sentiments ils voulurent las manifester au monde pour la gloire de Marie.

Le frère Harie-Jean-Baptiste du cœur de Jésus méditait déjà de construire un monastère plus vaste et des maisons dépendantes |K)ar donner à ses religieux] situésf dans les centres des populations plus dé facililé d*évangéiiser les pauvres. Mais l'heure était venue où un autre de ses désirs devait être exaucé, c'est celui qui lui faisait dire avec saint Paul : Desiderium habens dis-lofoî, et esse eum Christo. ( Philip, i, 23. ) Mais avant que ce modèle vivant de toutes les vertus quittât cette vallée de larmes, il fut obligé de passer les six mois qui précédèrent le départ pour son éternité, à revoir tous ses amis, à parcourir tous les lieux où on aimait è le posséder; il fit ses voyages comme tous les autres prêchant et conlessant partout où il s'arrêtait un instant; le désir oe faire une bonne œnvre lui faisait oublier qu'il souffrait et qu'il aggravait sa fâcheuse position par d'incessantes fatigues.

Partout il adressait de brûlantes paroles. Il fut favorisé d'une révélation dans l'ancienne abbaje de Sainte-Colombe, le 21 juin 18511^. Il adressa au noviciat une instruction familière sur l'amour de Dieu, sur les moyens d'y parvenir et sur les marques auxquelles on peut connaître si on le possède; il terminait eo se plaignant d'avoir perdu les quarante-cinq ans qu'il avait passés sur la terre. Sofl cœur était continuellement brûlé du désir d'aimer et de faire aimer Notre Seigneur comme il mérite de l'être.

En retournant à Sainte- Marie de la Pierrequi-Vire, le P. Muard s'en allait mourir : il était épuisé, ses forces ne répondaient plus à l'ardeur de son âme. Il monta à l'intirmerie pour n'en plus descendre : une suette maligne s'était déclarée, on lui administra les derniers sacrements, il donna h ses disciples des avis remplis de sagesse, leur adressa les exhortations les plus pathétiques, éditia tout le monde par l'ardeur des sentiments qui l'animèrent j usa u'au dernier soupir. Toutes les vertus que le P. Muard avait pratiquées pendant sa vie vinrent lui faire cortège au moment de sà mort. Son âme lançuis.sait sur la terre de ne pouvoir se rassasier d'amour, comme elle le désirait. Dieu l'appela pour la désaltérer aux torrents ineCTables de ia Jérusalem céleste ; ce fut le lundi 19 juin

A l'annonce de cette mort soudaine un deuil générai se répandit dans tout le paj^s. C'est un saint de plus dans le ciel, se disaiton partout; une foule nombreuse assista à ses otisèques, de toutes parts on envoya à la Pierre des témoignages d'un inexprimable regret et chacun de raconter les différents traits ' de vertu dont il avait été témoin. Le 12 juillet, accoururent à Pontigny de tous les points du diocèse de Sens des représentants de toutes les classes de la société; on

ne comptait pas moins de cent trente prêtres, appartenant à tous les rangs de la hiérarchie: on allait célébrerun service solennel en présence du cœur du P. Muard déposé sur un catafalque en forme de pj^ramide, abrité par de longues draperies qui descendaient de la voûte; un des enfants du P. Muard, le P. Massé, fit un discours qui ressemblait plutêt au panégyrique d\in saint qu'è une orai-^ son|fnnèbre. Il fut suivi de larmes abondantes. ' Le monastère des religieux Bénédictins du Sacré-Cœur de la Pierre -qui- Vire n'était jusqu'ici qu'un simple bâtiment où les religieux trouvaient un modeste asile. Cette retraite empruntait toute sa grandeur et sa majesté è sa position si belle et si pittoresque. On a commencé cette année l'exécution d'un plan qui fera de la Pierre-qui-Vire un de ces monuments grandioses tels que le moyen âge nous en alaissés. Ces bâtiments, entièrement construits en granit, ont cinquante mètres de largeur sur soixante-dix mètres de longueur; le nâtiment actuel, qui se trouvera à l'entrée, sera exclusivement consacré h donner asileaux visiteurs; h gauche sera l'église; les voûtes du dottre seront soutenues par deux cent quarante colonnettes avec une cour simulant un préau; un étage souterrain sera consacré aux ateliers; le rez-de-chaussée comprendra les cuisines, réfectoires, noviciats, salles d'étude, salles de distribution de travaux, salles capitnlaires ; au premier étage cent cellules pour .^moines, bibliothèque, infirmerie, salle des morts, etc. L'église et un clocher avec flèche seront en granit.

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