‹ Dictionnaire ... de la Bible (volume 4)Chapitre 74 sur 220 · RELIGIEUX. FAM · texte numérisé non relu

RELIGIEUX. FAM

implorer sa miséricorde sur les peuples et ses bénédictions sur les travaux des sœurs; d'auires enfin à faire l'école dans les paroisses délaissées de la campagne ou des classes gratuites, quand on les en jugerait capables, epuis plusieurs années, elle méditait ce projet, priait et faisait prier pour le recommander h Dien, cherchait une maison à acheter pour le réaliser; enfin n'en trouvant point de convenable, elle résolut de commencer cette œuvre dans la maison mère, en attendant que la Providence lui fournît un autre local, et au mois de juillet 182T, elle ouvrit ce noviciai du tiers ordre en grande cérémonie devant toute la communauté. £lle choisît IHMir cela un petit nombre de filles dont la sage conduite lui était déjà bien connue, les revêtit d'un ruban bleu pour les distinguer des autres, et les exhorta à s'avancer généreusement dans les voles de la perfection, afin qu'elle pût les agréger au plus tôt. Deux jours après cette précieuse institution, elle partit pour Aix en Savoie, oii les médecins renvoyaient prendre 'es eaux, afin de remettre sa santé épuisée. Mais là, au lieu de se reposer, elle employa tous ses moments à composer la règle de son tiers ordre et ne prit de distraction que pour visiter à Annecy les reliques de saint François de Sales et do sainte Chantai. Elle revint par Lyon où elle alla présenter ses hommages à Notre- Dame de Fourvières et lui recommanda avec la simplicité et la confiance d'un enfant tous ses besoins et ceux de sa nombreuse famille dans une lettre qu'elle déposa sur son autel. De retour à Bourg-Saini-Andéol, elle mit en retraite les novices du tiers ordre pour les préparer à leur réception, leur fit elle-même et leur fit faire de fréquentes instructions pour leur expliquer leurs devoirs; les remplir du désir de la perfection, les engager efliîacement à être des saintes, et pour mieux leur inculquer encore l'esprit de leur étal, elle leur fit lire une instruction qu'elle avait composée sur les vertus de Noire-Seigneur, la sainte Vierge et saint Joseph, ce qui toucha tel lement ces bonnes filles, qu'elles furent par leur modestie, leur piété, et leurhurailîté,un spectacle d'édification pour toute la communauté. A la suite de celte retraite sept novices furent reçues sœurs du tiers ordre par Mgr révoque de Viviers qui voulut lui-même prouver par là tout l'intérêt qu'il prenait à celle œuvre. Dès lors Mme Riviei, réalisant une des fins qu'elle s'était proposées dans cette institution, nomma parmi elles des adoratrices du saint Sacrement pour différentes heures de chaque jour, et, comme elles étaient en trop neiii nombre pour former I adoration perpétuelle, du moins pendant tout le jour, elle leur adjoignit d'auUes flmes pieuses de la maison, de manière è ce qu il y eût toujours quelque personne eu adoration devant les saints tabernacles pour implorer les miséricordes du Seigneur sur la congrégation et sur la France ; pratique qui, après avoir été fidèlement observée pciidant plusieurs années, n'a été interrompue que lorsque les occupations des sœurs Tout

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rendue impossible, mais qu'on se proposait de reprendre dès qu'on le pourrait, et à laquelle on suppléait, en attendant, par de pieux exercice.s. Pour animer puissamment ces sœurs à la perfection de leur état, elle les nomma Sœurt de la Sainte^Famille^ leur proposant pour modèle la Sainte-Famille de Nazareth, Jésus, Marie, Joseph, et la Sainte- Famille de Béthanie,Lazare,Harthe et Marie, leur faisant remarquer dans Tune et dans Tautre Tesprit de pénitence et de mortification, l'esprit intérieur et l'amour du travail, qu'elles oevaient retracer dans toute leur conduite. (1)

Vie ife Mme Rivier^ fondatrice et première tupérieure de la Congrégation des eœure de la Présentation de Marie^ Avignon, 1842.

FILLES D'ALCALA (Les), en Espagne.

C'est sous ce nom que nous désignons les religieuses fondées è Alcala par le cardinal Ximenès. Ce prélat, n'étant encore que provincial de son ordre, avait remarqué çiu'un grand nombre de religieuses, n'ajantd'autre vocation que la volonté de leurs parents, manifestaientconslammentleurmécontentement dans les monastères qui étaient pour el les comme des prisons, et qu*elles tombaient dans les désordres où porte une conscience forcée. 11 s'était convaincu par expérience qu'il j avait dans le monde beaucoup de filles qui, ayant toutes les qualités nécessaires pour entrer en religion, en étaient éloignées seulement parce qu'elles manquaient des ressources qu'on exigeait pour y être admises. Pour remédier a ces deux inconvénients, ce cardinal fit bâtir à Alcala deux monastères vastes et magnifiques; il les meubla et pourvut de tout ce qui était nécessaire; il leur assigna des revenus considérables et leur donna de quoi vivre une année entière sans y toucher, afin qu'ils eussent toujours des avances qui leur servissent à acquitter les charges ordinaires et à pourvoir aux dépenses extraordinaires et imprévues.

Le premier monastère était detstiné pour les filles pauvres dans lesquelles on pourrait remarquer des signes extraordinaires de vocation à la vie religieuse; il était expressément défendu non-seulement de rien exi» ger, mais encore de rien recevoir si on faisait des offres volontaires; il leur donna la règle de Saint- François, adoucie par des institutions particulières; elles eurent pour protecteur Jean le Pénitent.

Il destina le deuxième monastère, voisin du premier, h l'éducation d'un grand nombre de pauvres filles de qualité. La règle de Saint-François y était suivie comme dans l'autre, mais d'autant plus adoucie que les filles qui y étaient reçues avaient une liberté entière de s'y faire religieuses, ou de retourner dans le monde pour y vivre dans le mariage d'autant plus cbrétienncraent qu'on l'avait eu en vue dans leur éducation, et que la pratique des vertus chétiennes, les j>lus nécessaires dans une famille, n'y étaient

(I) Vof/. à la fin du vol., n» 91.

pas moins recommandées que celle des vertus religieuses.

Quatre règles établies par cet éminent it vertueux cardinal distinguaient cet établissement de tous ceux qui avaient existé jusqu'alors : la première était que les penstoonaires y seraient reçues et élevées gratuitement , sans qu'il fût permis d'exiger ou de recevoir aucune pension ; la deuxième, qu'elles seraient élevées dans toutes les habi^ tudes 'alors en usage parmi les filles de qualité; la troisième que les religieuses professes seraient .prises exclusivement parmi les pensionnaires; la quatrième, qu'on doterait tous les ans un certain nombre do filles qui auraient été élevées dans ce monastère et qui n'auraient pas de leurs famil* les des ressources suffisantes pour s'établir convenablement dana le monde.

Pour consacrer à jamais la mémoire de la bienfaitrice de ce monastère, la reine Isabelle, Ximenès voulut qu'il fût appelé Monastère d'Isabelle. Outre les sommes considérables qu'il avait fournies pour cette fondation, il lut laissa de plus grands biens par son testament. Philippe II, le plus magnifique de tous les rois d'Espagne, et qui affectait eu toutes choses de passer pour Fauteur des

S rends projets, laissant au cardinal la gloire '6tre le fondateur de ce Dimeux monastère, se contenta depuis d'en être le bienftiteur. Non-seulement il lui accorda beaueoup de privilège, mais il y fonda cinquante places pour autant de filles des premières familles de toute l'Espagne. Ximenès ne Tavatt d'abord fondé que pour la pauvre noblesse des deux Castilles

FILLES DE MARIE ( CoifOEioATion dbs ), maison mère à Agen (£o/-el-6orofiiia).

Mlle Adèle de Batz de Trenquelléon naquit le 17 juillet, au château de Tranqnelléon , près de Nérac, département de Lotet-Garonne.

L'orage révolutionnaire avant éclaté et rompu les liens sociaux, Mme de Trenquelléon profila de son isolement pour so livrer entièrement à réducation de ses enfants. Sa fille aînée, la jeune Adèle, décela dès ses premières années un caractère fort, entier, auquel s'alliait néanmoins une vî?e crainte du péché, et les sentiments d'nne tendre piété. Elle n'avait c]ue quatre à cinq ans lorsque sa petite imagination a'o^ivrit I des images de vie religieuse, et les pratiques qu'elle supposait être en usage oans les monastères devinrent aas jeux d'enfance.

La tourmente révolutionnaire allant toujours croissant, Mme de TrenquelléoD, que son mari avait devancée on exil, fut forcée à son tour de s'expatrier; elle emmena ses enfants avec elle : ce fut en Espagne que Mlle Adèle reçut notre doux Sauveur |»our la première fois, dans l'auguste sacrement de nos autols; les pieuses disposilions qu'elle apporta h Taction importante de sa première communion , furent récompensées par tant de grAces célestes» que tous ses débuts

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d*enfance disparurent, et elle devint un ange de piété.

Adèle était née arec un fond de tendre compassion pour les pauvres ; elle ne put pourtant en donner ae t)onne heure des marques effectives, car la plupart des biens de H. de Trenquelléon avaient été séquestrés ; le peu dont la famille avait Conservé la jouissance, était consacré k pourvoir h lentretien de la maison et aux besoins communs et généraux de ses habitants. Mme de Treuqueiféon était réduite à vendre ses robes de prix ponr pourvoir k son entretien et à celai de ses enfants. On comprend donc que la jeune Adèle n*avait pas de petite bourse , et ne pouvait suivre Télan de son cœur. Cependant une grande tante qu'Adèle ayait k Paris lui envoya SOO fr.; c'était une fortune pour le moment; mais la pieuse mère oublia ses besoins personnels, ceux de ses enfants, pour ne s occuper que du soin d'attirer sur sa fille les bénédictions du ciel, en offrant k Dieu les prémices de son

argent. Ha fille, lui dit-elle: ta tante L

t'envoie 200 fr.,que voici; il y a dans les prisons de Nérac de pauvres prisonniers esfiagnols, sans vêtements, sans couvertures ; ne serais-tu pas bien aise de donner une partie de cette somme pour les soulager, et le reste serait pour toi T Maman , donnezleur tout, fut la réponse de cette enfant alors âgée de quatre ans. Mme de Tranquelléon souscrivit volontiers aux désirs de sa fille. Klle attribua, dans la suite, les grâces dont Dieu l 'avait comblée k cette bonne œuvre. • ••••• •••••••••«•...••••

Qu'on n'aille pourtant pas croire que toutes les inclinations de la jeune Adèle fussent tournées vers le bien; si, k la vérité, on voyait dans son cœur le germe de la bonté, (le la générosité, d'une tendre compassion |K)urles malheureux; dans son âme, celui d'une rare droiture, de beaucoup de franchise, k cMé se montrait un caractère violent, impétueux, qui s'irritait de la moindre résistance; chez elle les accès d*humeurs étaient plus que quotidiens, et de petites colères n'étaient pas rares. C'est donc uniquement k l'ascendant de la religion une Mlle de Trenquelléon dut les vertus que plus tard nous aurons k admirer. Le ciel voulut qu'elle devtntune nouvelle preuve que les âmes passionnées sont les plus propres k correspondre kses divines opérations, et, comme le bois que Dieu emploie pour faire

les grands saints.

L'âme de la jeune Adèle n'était donc pas, ainsi que nous venons de le voir, un ciel sans nuages, ni une mer sans agitation ; mais dès que l'orage excité par ses petites passions était calmé, le remords se faisait sentir k sa jeune conscience, et elle allait tout éplorée trou ver une de ses tantes qu'elle avait choisie pour directrice de son âme : « Ma tante, ma tante, » lui disait-elle avec beaucoup de larmes, mon «ange pleure, j'ai offensé Dieu , » et elle racontait sa faute avec tant de véhémence que sa bonne tante

était obligée non d'exciter sa douleur, mais de la modérer en lui suggérant un moyen d*expiation par la récitation d*une prière, la formation d'un bon propos, etc. , etc.

M. de Trenquelléon qui, de l'Angleterre était nasse en Portugal |)Our y rejoindre sa famille, voyant que l'horizon politiaue commençait k 3'éclaircir en France, résolut de s'en rapprocher, et on arriva en Espagne la veille de Noël. Mme de Trenquelléon alla se confesser dans Tintention de se préparer k faire ses dévotions le lendemain. Adèle, âgée alors de onze ans et demi, s'était aussi préparée pour se confesser. Sa mère, au sortir du confessionnal, se retire dans le bas de l'église pour y faire ses prières ; elle entend, quoique assez éloignée, du bruit et comprend qu'il y a eu vif débat entre le confesseur et la jeune pénitente; enfin elle voit venir Adèle, toute rouge, les yeux très-animés et pleurant : «Maman^ maman, lui dit-elle , mon confesseur veut que je fasse demain ma première communion, et je ne m'y suis pas préparée. » Mme de Trenquelléon rentre dans le confessionnal pour faire valoir les raisons de sa fille; mais le bon ecclésiastique a de la peine k les agréer : « L'enfant Jésus serait si content, «oit-il, «d'entrer dans ce petit cœur. «Enfin, tout le délai que peut obtenir Mme de Trenquelléon est jusqu'à l'Epiphanie. Adèle comprenant , ainsi que nous venons de le voir, la grandeur et la sainteté du sacrement qu'elle allait avoir le bonheur de recevoir, comprit aussi la nécessité de s'y bien préparer.

Sa pieuse mère n'oublia pas de lui faire sentir que la préparation essentielle consiste surtout dans la correction de $es défauts ; Adèle goûta toute la justesse de cet avis et se prépara k sa première communion, non en enfant, mais en personne sensée, raisonnable, et surtout en personne animée d'une foi vive. Le ciel sourit aux préparations de ce cœur innocent, et cette époque de la première communion fut pour Adèle celle d'un changement total. Nous Pavons vue, dès sa plus tendre enfance, portée k la piété ; mais k cette piété s'alliaient de fréquents accès d'humeur, d'impatience , etc. Le divin Soleil de justice, en pénétrant dans cette jeune âme, dissipa tous ces nuages de petites passions , et la piété d'Adèle prit tellement le dessus qu'elle la rendit victorieuse de tous ses défauts. Cependant nous avouerons que ce ne fut pas sans avoir de grands combats k soutenir que la réformation s'opéra, et que si la transformation fut subite en quelque sorte, en ce sens qu'il n'y eut plus ce laisser-aller k ces petites colères d'enfant , qui, avant la première communion, avaient lieu assez fréquemment, Adèle conserva toujours une excessive vivacité. La grâce, comme on le sait, ne change pas le tempérament, mais seulement tourne au bien les éléments qui, sans son influence, auraient produit de fâcheux résultats. Mlle de Trcnouelléon conserva

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donc avec sa vivacii^ toute sa force de yo* lonté; mais leur action ne fut consacrée di^sormaîs qu'à rendre la grflce supérieure b la nature, et ce, h la pointe de Tépée.

L'amnistie accordée aux émigrés par le premier consul ayant ramené sur le sol natal Mme Trenquelléon et sa famille , Mlle Adèle continua à s*occuper i nourrir sa piété Qu^excitaieni les exemples édifiants dofit elle était entourée dans la maison paternelle.

La compassion d^Adèle pour les pauvres était si connue , qu'elle donna lieu à un trait assez singulier. Mme et Mlle de Trenquelléon ayant appris que dans un hameau, peu distant du château, un pauvre chiffonnier <^tait tombé malade, elles allèrent le visiter, l'engagèrent b se faire transporter à Thospice voisin. Les démarches que firent ces uaa^s eurent un heureux résultat; le chiffonnier fut transporté à l'hospice, et sa conscience recommandée è un vertueux curé du voisinage. Le pénitent se voyant aux portes du tombeau, fit part à son Ànanie de sa sollicitude pour deux pauvres enfants, filles naturelles, lesquelles, selon la loi, ne pouvaient hériter de sa succession : le bon curé lui donna pour conseil d'instituer pour son héritière Mllede Trenquelléon, que c'était un moyen assuréde faire passer la succession i ses filles; le conseil fut suivi: cet homme meurt , et Mlle de Trenquelléon reçoit la communicationdela succession qui lui estofferte; l'accepter est une bonne œuvre è faire; elle consent donc à 6tre l^héritièredu pauvre chiffonnier. La succession consistaitdans une pauvre roaison,'uno mauvaise couche et un fond de boutique qui fut vendu 2&fr. ; la maison fut vendue aussi, et les20Qfr. qu'on en retira furent placés chez un négociant qui Qt valoir ce netit fonds dans rintérêl des deux jnunes filles. L'aînée avait seîze Bns^ elfe tut placée chez une bonne et pieuse dame ; U seconde^ admise d'abord dans un dépôt de rorodiiité, en fut renvoyée par suite de ta dissoute dudit établissement. Elle revint 4 hez Mlle de Trenquelléon avec la teigne et la gale. La pieuse bienfaitrice ne voulut se décliarger sur personne d'aucun des soins détfoû^lants que réclamait l'état de la pauvre eniaiU. DJeu les bénit; la jeune fille guérit et fut placée, après sa guérison , dans une condition où l'on n'exigea pas un fort travail.

Une des plus douces consolations d'Adèle était de travailler pour les pauvres; aussi ta voyait-on occupée fréquemment h confec>tionner de petites layettes, h préparer des trousseaux pour ses*enfants d adoption; et elle en avait plusieurs.

Mlle de Trenquelléon avait, si l'on peut s'exprimer ainsi, une soif dévorante du salut des Ames qui ne lui permettait pas do laisser échapper aucune occasion de s'y employer. £ntendait-elle la voix d'un pauvre qui demandait l'aumône, vite elle courait la lui porter elle-même, 4iQn de joindre la spirituelle h la pécuniaire. Si le pauvre était une persoiinne Agée, elle lui faisait quelques questions sut les princiiales vérités dv la

religion ; les^ lui rappelait, si elle les avait oubliées; lui parlait de rim|)ortance du ^lut, de la mort, de la nécessité de fréoaenter les sacrements. Etait-ce un enCintr elle rengageait h venir tous les jours près d'elle apprendre le cati^cbisme ; et afin de rendre son invitation plus persuasive, elle employait l'apptt des récompenses. Un jour adressant ses questions habituées à une jeune fille de treize tns, celle-ci lui répond qu'elle est protestante. Mile de Trenùuelléon l'invite à venir à son catéchisme ; l'eafant encouragée par la promesse qui lui est faite d'une récompense, est fidèle au rendez-vous et vient le lendemain accompagnée d'un jeune frère, puis d'un second et enfin d'une sœur aînée. Les voilà tous quatredevenus lesdisciplesdeMllede Treiquelléon. Voulant donner de la stabilité ï la conversion de ses néophytes, elle prit le parti au bout de quelques mois de mettre la jeune fille, par qui la connaissance avait cornmencé, en |)ension chez une pieuse et brare ouvrière qui se chargea de lui apprendre la couture, et de la nourrir moyennant la somme de 3 francs par mois, voulant aussi avoir sa part de la bonne œuvre. Un des petits garçons fut placé domestique chez ua vertueux prêtre. Un petit cousin de ces enfants, protestant comme eux, et devenu aussi le disciple de Mlle de Trenquelléon, futégalement placé chez un respectable curé. Mais tous ces pauvres qui n'étaient que de petits mendiants n'avaient que des baillons; il fallut donc songer à faire un petit trousseau à chacun : la charitable Mlle Adèle pourvut à tout.

Cependant la mère de la petite fille allait parfois la voir , chez la bonne et pieuse ouvrière qui s'en était chargée. Pour s'y rendre, il faltait passer par Lompian, paroisse du vertueux M. Latribeau , pour qui elle était ordinairement chargée d une lettre de Mlle de Trenquelléon. Ca vertueux prêtre, plein de zèle aussi, essaya un jour de dire è la pauvre femme quelques mots sur ses erreurs religieuses t le terrain était préparé par la gr&ce, la bonne femme se rendit aux conseils du zélé ministre du Seigneur, et forma le désir de rentrer dans le sein de r£glise. Quelle heureuse nouvelle pour le zèle de Mlle de Trenquelléon) Quelle joie quand le lendemain cette femme alla lui Caire part de sa tdétermination 1... Mais il fallait instruire cette femme qui habitait une ferme distante du château d'une lieu; il fut convenu que tous les dimanches elle s'y rendrait. Elle ne rencontre aucune difficulté pour sa conversion du côté de son mari, car il était catholique; et, quoique assez indifférent en matière de religion, il fut content du parti que prenait sa femme. 11 fallut aussi faire régulariser le niaria^ qui n'avait eu lieu qu'à la commune; le mari vient, lui aussi, au château pour rerevoir quelques instructions. M. le curé du village exerça envers ses paroissiens son pieux ministère, et toute cette faniillc, rnmpojsée do huit personnes : le père, la mtre

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ei SIX enftints, rentra dans le sein ce PBglise» le fits atné excepté.

A Pëpoque où Mlle de Trenauelléon habita)^ la maison paternel ie, il n y avait pas (l*écoIe dans les villages d'alentour, les pauvres enfants n*avaient donc d'autres res* sources pour s'instruire que les catéchismes qu on leur faisait à Téglise et la plupart n*y assistaient jaaiais; habitant des hameaux isolés, {Plusieurs n'entendaient jamais , ou presque iamais, parler de Dieu, Mlle Adèle résolut ne s'établir institutrice ; elle ouvrit chez elle une petite école pour apprendre» soitauxpetits garçons» soitaux petites filles» les prières principales, le catéchisme et la ledure. Mais impossible de réunir à des lioures fixes des enfants des lieux différents; ils arrivaient donc à toutes les heures du jour» et dès qu'ils étaient rendus, Mlle Adèle quittait soit ses exercices de dévotion, soit SCS réunions de famille» pour aller près de ces paavres enfants. On comprend quel es* prit de renoncement exigeait une œuvre de cette natore, et orgnisée de cette manière. Quelquefois !e soir, à la veillée» elle instruirait de pauvres domestiques de fermes voisines» qut» occupés le jour aux travaux de Ui^mpague» n'avaient que leurs soirées de libres. On juge aisément que les domestiques de la maison n'étaient point oubjiés» qu*à eux étaient dus les premiers soins ; aussi instruisait-elle ceux qui ne connais* saienl pas sulQsamment les principes essen*. tiels de la religion, secondant ainsi sa vertueuse mère» qui tous les soirs en hiver les renaissait tous pour leur faire une lecture religieuse en rapport avec leur capacité. Quand Mlle de Trenquelléon rencontniit dans les filles de service de la maison» des liues sioiplés, inclinées à la dévotion , elle les cultivait» les associait même à quelquesunes de ses pratiques religieuses» et les aidait è répondre aux vues de Dieu sur elle. Imitatrice de la charité du bon Pasteuf» aile u*attendait pas que les brebis vinssent se présenter d *elles-m6mcs k la porte du bercail, elle courait sans cesse çà et là peur y ramener celles qui s'en étaient écartées. Quand elle accompagnait ses parents dans la visite des fermes de la famille, elle interrogeait les jeunes garçons, les ieunes filles qui y étaient employés comuie domestiques, s'ioformant s'ils avaient fait la première communion ; souvent la réponse était négative, quoiqu'ils fussent arrivés k un ftge où depuis longtemps ce précieux devoir eût dû être rempli» de suite elle prenait ses mesures pour qu*ils vinssent près d'cllese faire instruire.

Le dimanche, miand la famille se rendait en voiture à la Messe, jamais Adèle n'j nitintait; le trajet du chAteau au village étaU consacré k une sorte de petite mission : abordant les jeunes filles qui se rendaient aux Oflices» elle les entretenait de sujets de piété. Allait-elle k la promenade? nouvelle petite mission - tous les petits ^ardeurs de troupeaux qu'elle rencontrait étaient i^arelle

interrogés ;' c'était k chaque nouvelle rencontre de petits catéchismes.

Cependant le désir de la vie religieuse s*était affaibli chez Mlle Adèle; elle balançait sur le choix d'une vocation , le monde ne lui déplaisait (ras; une maladie qu'elle eut k l'Age de vingt ans» et qui la conduisit aux portes du tombeau, fit cesser seS irrésolutions; elle avait vu de si près le néant dea choses humaines, que revenue k la santé, elle résolut de ne plus vivre que pour Dieu. La simplicité de ses vêlements annonçait au monde qu'elle avait rompu avec lui; elle s'assujettit k un règlement de vie qui partageait son temps entre les exercices de piété, les devoirs de la famille et les bannes œuvres. La décoration des églises dépouillées de tous leurs ornements et même des objets indispensables au culte, l'instruction des pauvres enfants, la visite des malades, tels furent les objets de son dévouement.

M. de Trenquelléon ayant été ravi k sa famille» en 1815, sa fille voyant que le ciel avait rompu le lien qui la retenait dans le monde» prit la détermination de ne plus mettre de délai k l'exécution du pieux projet qu'elle méditait depuis longtemps, de concert avec de pieuses amies» qui devaient être ses collaboratrices. Mais elles étaient embarrassées pour trouver un homme de Dieu qui leurtraçAt des règles; cet homme. Dieu le suscita; des circonstances providentielles mirent Mlle de Trenquelléon en rapport avec M. l'abbé Chaminade, chanoine de Bordeaux. Ce digne prêtre» après avoir traversé avec courage les temps oragehx de la révolution, alla s'établir au retour de l'exil k Bordeaux, et s'y employa de tout bOn pouvoir k relever les ruines du sanctuaire. Des réuuTons de congrégations furent par lui établies pour les personnes des deux sexes» et contribuèrent puissamment k ranimer la foi, k faire renaître les principes religieux qu'avaient professés nos pères.

M. Chaminade, qu'animait une rare dévotîon envers la sainte Vierge» méditait le plan d'un douWe institut, dont l'un pour les filles chrétiennes, et Taulre pour les hommes pieux» et dont tous les membres seraient dévoués d'une manière spéciale au culte de Marie» et devraient s'efforcer de l'imiter dans sa vie intérieure et dans sa vie active. Mlle de Trenquelléon lui ayant communiqiié son désir de se consacrer k Dieu et au salut des Ames, H. Chaminade lui fit part k son tour du plan qu'il méditait, même avant d'avoir connu les pierres que le bon Dieu lui des» tinait pour les deux édifices.

Ce fut le 25 mai 1816 qu'un pieux essaim d'Ames d'élite, ayant k leur této Mlle de Trenquelléon, commença k Agen le nouvel institut des Dames religieuses. I.e fondateur avait annoncé qu'il voulait faire des Filh's

de Marie de petites missionnaires ; aussi la

clôture fut-elle modifiée et mise en rapport

avec les œuvres extérieures.

L'année 1818, M. Chaminade ayant enfin

trouvé les éléments nécce$saires,en de ieunes

gens pieux et dévpués, qu'il avait formés

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