‹ Dictionnaire ... de la BibleChapitre 30 sur 118 · DE L · texte numérisé non relu

DE L

Nous apprenons par le livre qui a pour tt*. Ire : ScudoinespKgnabile de Cavnglieri di scnta fedSf délia Croee ai san Pietro Martyre^ com^ posé par le P. Jean-Marie Cannepano de l'ordre de Saini-Dotninique, et imprimé à Milan Tan 1579, qu'il y a eu dans les diooAses de Milan, d*lvré^ et de Verceil, des personnes

Ïui prenaient la qualité de chevaliers de la oi et de la Croix de saint Pierre martyr. Mais ce n'était apparemment qu'une association de personnes dévotes de l'un et de l'autre sexe, qui en recevant une croix faisaient vœu de porter cette croix en l'honneur de Notre«Scigneor Jé>us-Christ pour l'exaltation de la foi catholique et la destruction des hérétiques, qui s'engageaient ii'ex* poser leur vie cl leurs biens pour la défense de la même foi, lorsqu'ils en étaient re<|uis, et d*obéir à rinquisiteor et à ses vicaires en tout ce qui concernait rin()uisition, comme il est marqué dans la formule de ce vœu qu'ils prononçaient en ces termes : Ego /!icio votum l/eo, B. Mariœ^ et B. Petro mnT'* tyri^ aeeipiendi et portandi crueem ad kono^ rem Jesu Christi Domini nostn\ fidei catholices exaltationem , et koeretieorum eorumque fau~ torum exterminium in tota diveesi Mediolanensi; et promittu exponere substantiammea»n temporalem et vitam propriam pro fidei defen» sione^ cum opus fuerit^ et fuero reifuisitus; et quod ero obediene A. P. tn^utstfori et sueces-^ soribus vel tieariis suis in omnibus quœ per* tinentad offieium inquisitionis. Ceux d'ivrée et de Verceil promettaient la même chose pour ces diocèses.

Le P. Cannepano rapporte les statuts de ces prétendus chevaliers avec les indulgences et les privilèges qu'il dit leur avoir été accordés iiar les souTerains ponllfis. Mais*

DlCTIONNAmE DES ORDUES RELIGIEUX.

comme parmi les balles qu*il cite il ; en a qurlqucs-unes qui ont été accordées en fa-* Tour (le ceux qui se croisaient pour les gner* res des Albigeois « et qui ne font nullnnent mention de ces chevaliers, il y a bien de Tappareuce que dans ce lcmps*là cniie prétendue chevalerie élait inconnue. C'est ce qui n)*a obligé d'écrire à Milan pour en avoir une connaissance plus parliculière; et la ré* |:oiise que j'en ai reçue l'an H 12 est qu'il y a dans le Milanais une compagnie de genlilsboromes qui sont ofGciersde rinquisition, et qui faisaient autrefois le vœu que uous avons rapporté; mais présentement ils ne font plus 'qu*un serment d» servir Tinquisiti )0, et de Vor ve tir de ce qu'ils sauront lui être préjudiciable. On n'a point de connaissance qu'ils aient jamais porté de croix sor leurs habits. Présentement lorsqu'ils arrêtent ou conduisent un prisonnier par ordre de l'inquisition, ils en portent une écartelée de noir ei de blanc, et selon le dessin que l'on m'en a envoyé, elle est à huit pointes comme celle des chevaliers de Malle, et non pas fleurdelisée, comme est ordinairement la croix de Tinquislliun. Ainsi ces prétendus chevaliers dont il est parlé dans le li\re du P. Cannepanoi que l'on me marque avoir été défendu par I inquisition , quoiqu'écrit en sa faveur , ne sont que des ofliciers de Citie même inquisition, semblables à ceux que Ton nomme en kspagne/amt/ierj, parmi lesquels il se irouve des seigneurs des plus qualiOés du royaume, qui se font honneur d*étre du nombre de ces orTicirrs, et dont la fonction est aussi ^'ar^réier I. s prisonniers par ordre de Tinqui- •ilion.

FOLIGNI .GonQEftQATioir dk). Voye* Unsu-

UXBS.

FONTAINE-JAILLISSANTE (Cuanoixbs m

Lk GONGRÊGITIOH DB LA).

Voici encore une congrégation de chanoines qui a pris son oriaine des clercs de la Vie commun» , institues par Gérard Groot. Nous avons dit que ces clercs avaient des maisons à Munster, à Cologne et à Wesel. Ces trois maisons s'unirent ensemble, et, voulant vivre à la manière des chanoines, ils formèrent une congrégation qui fut approuvée l'an 1^39 par le pape Eugène IV, et a laquelle ce ponlilc donna le nom de congrégation des chanoines de la Fontaine-Jaillissante. Ce fut à la prière d'un saint prêtre nommé Henri de Huys, qui avait non«seule* ment fondé ea ik2k la maison des clercs de la Vie commune dans la ville de Munster, mais était encore entré parmi eux. Après sa mort, qui arriva peu de temps après l'érecl on de cette congrégation , ces chanoines assemblèrent leur premier chapitre général à Munster, dans lequel ils dressèrent les constitutions pour l'observance régulière en vertu du pouvoir que le pape Eugène leur en avait donné par sa bulle.

Tous les ans ils devaient tenir ce chapitre généril dans la maison de Munster le diaian* che Jubilate, Les prévôts ou recteurs des uiaisoiks de Munster» de Cologne et de We-

sel, devaient s'y Iroaver avec quatre chanoioes députés par leurs comomnautés, les prévôts ou recteurs des autres maisons noies a ces trois chacun seulement avec an chanoine ; les recteurs des autres maisons qui n'étaient p^s de la çoncrégation (si res rec* leurs on avaient été'tiréÎB), et les confesseurs des religieuses qui étaient aussi membres de la méaie congrégation.

Us recev. lient trois sortes de personnes : des frères perpétuels, des chanoines et des domestiques. Ceux qui devaient être frères perpétuels étaient reçus de cette manier**. Le supérieur les làisail venir en chapitre, et, après les avoir instruits des observanc< s de la congrégation et des raisons qui poorraient les obliger à être chassés, il leur disait qoMs ne devaient plus rien avoir en propre « et qu'ainsi ils devairni faire cession par-devant notaire on donation entre-vifs â la miisos, de tous les biens qu'ils possédaient, toil \^^t héritage, soit de leur travail, on par qnri* qu'autre voie que ce fût; et que quand ils sortiraient de leur bon gré, ou qn'il y aurait d*''s raisons de les renvoyer, ils ne pourraie»! rien répéter de ce quils auraient donn**; mais qu1!s seraient obligés d'entrer dans une religion approuvée par l'Eglise, et c*e»t ce qu'ils promettaient en ces termes : Kg* (rater N* promiito fidelUaUm domui nostre AT. ei auxitianlê DeOf eaiiam^ eoncordem^ ei comtnunem vilam secunduin iiatuta capituii generalisn deineeps obstrvabo ; el, sj anuiytrit quaeunguB oceaiiong me de hae domo r^ eedere aut ierundttm prœdictn exp^llù p^c lit recedam nihil repêtêndo^ et eat tune oàUgaium me faciu ad inlrandam religionem approba:^ m ubi regulariler vivitur^ iie me Deu$ adjurti et hœc iancta Evangelia. Ceux qui étaient re> çus pour chanoines promettaient Gdèlitè aa chapitre général d*obéir à toutes ses ordonnances tjint qu'ils seraient membres de .'a congrégation , et d'en gar Jer le secret aos^i bieu que du chapitre local. Voici la fonnole do leur promesse. Ego frater N» eamomieui eceleiiœ If* promitto bona fide^ loeojuramm i et fÊigore ejus^ fidetitatem generati capituitf, ejueque orainationibuSf et statuiii faetu ei /« ci'enaû obedientiam guandiu efue membrmm fuerOf et etereta eiuidem eapiiuii generatii et partieutariê eelaho ad quemeunque elatum pervenerOf satva nUiilominui promiêtiome pridem per me facla in euo robore et ffigore. Os élisait dans le chapitre général d.ux chaaiM* nés pour visiteurs. des maisons de la congrégation.

Voyez Aubert le Mire, ReguL et ComstUnt* derievr. in eommuni viventium.

FONTE- AVELL\NE oa FONT-AVBLLANE,

présentement unie à V ordre dn Camaldut'ê

(COXGRÊSATION DC).

Morigia et Maurolic, parlant de la congregatiou de Fotite-Avellane ou Font-Avelijse disent que son fondateur fut le bienbenreui Ludolpbe, homme fort adonné à la coniea»plation,(]ui, ayant souffert une grande pers<*eiition d'un seigneur d'Ombrie, se retira dso> ics Apennins entre les monts Carrio el Cor-

FON

vo« où il mena ore vie solitaire ; el <|a'n y.inl fu en peu de temps des disciples qui voulurent iftiiler sa manière de vie, ii bàlîl au roéme lieu qd moaaslère qui fut dédié nu Sauveur do monde, sous le titre de la Sainte- Croix ; mais qu'après sa mort ses disciples étant tombés dans le relâchement , saint Pierre Dainien, qui était moine de Tabbayo de Classe de Tordre des Camaldules, vint à Foot-Avollane cinquante ans après la fondatfO'i de ce monastère ; que non -seulement il le réfiirma et j rétablit les observances qui y é aient prali iuées du temps du bienheureux Litdolphe» mais qu'il obliççea ces ermites à embrasser la règle de Saint-Benoit.

liais ilparaltque ces auteurs se sont trompés en cela aussi bien qu*cn beaucoup d*aaires choses; car saint Pierre Damien n'a point été religieux de Tabbaye de Classe, pnisqirelle n était point de Tordre des Camalila'es pour lors, et qu'elle ne fut unie à retordre que Tan 1133, comme nous avons dit à Tariicle Caualdules. Ce fut dans le monastère même de Font-A^ellane que saint Pierre Damien prit Thabit monastique, vers l'ao tOiOy où les religieux de ce mtmastère, qat avait été fondé il y avait environ quarante et un ans, étaient encore dans leur feaeor, comme nous allons le montrer. C'est ponrqaoi nous pouvons dire avec raison que Mint Pierre Damien n'a point été le réformateur de cet ordre, mais seulement le propagateur.

Je ne suis pas surpris que le P. Grandi ait fjit 0' e dissertation pour prouver que le lùenheoreux Pierre Damien a été Camaldule» puisque disputer ce saint à cet ordre, c'est lui enlever on de ses p!us beaux ornements, et lui dérober la gloire du monastère de Foiit-Avellane d*où est sorti Pierre Damien arec les autres cardinaux, pus de quarante prêt ils et autant de saints et de bienheureux. naïi il fallait que le P. Grandi donnât de bonnes raisons pour convaincre ses lecteurs : carde dire que Font-Avel'ane a été de Tordre des Camaldules à cause que son fondairur Ludolphe a été disciple de saint Rotnuald^etque Ton pratiquait à Fo;.t-Avellane à peu près les mêmes observances qu'à Camalduli, cette raison n'est pas suffisante, puisque saint Jean Gualbert établit aussi à ^ allonibreuse les mêmes observances qu'il ^«ait vocset qj'tl avait pratî<|uées lul-mémo <>ans le temps qu'il demeurait à Camaldoli ; ^^'i\ forma le monastère de Vallombreuso tnrli«pian de celui de Gumaldoli; que les c<?llules y étaient séparées les unes des auireSySans qu'on puisse dire cependant qu'il tut de Tordre des Camaldules. Il semble que Je P. Grandi n'ait différé la mort de saint Romoald jusqu'en Tan 1037 que pour donner a connaître que ce saint avait instruit luimême saint Jean Gualbert des devoirs de la vie érémiilqoe lorsqu'il demeurait è Camal- «'«'i; cependant le P. Grandi ne dit point que Vallombrenie ait été de Tordre des Camaldules; mais, comme les religieux de Vallombreuse auraient pu avec justice lui dis-* puter celte alliance, il a seulement attaque

FON

les religieux de Tordre de Font-Avellane, qui ne p<*ttvt ni plus défendre leur cause, ajraot été supprimés depuis environ cent cinquante ans ; et il les a incorporés d«ins son ordre dès le commencement de leur institution, quoique le monastère do Funt- Avellane el quelques autres do sa dépendance n'aient été unis à Tordre des Camaldules que Tan 1569, comme nous dirons ciaprèi).

Nous reconnaissons donc Tordre de Fonl- Avellane comme un ordre distinct et séparé de celui des Camaldules. Les fondements en furent jetés dans le monastère de Foru-Avellane vers Tan lùOd par le bienheureux Ludolphe, qui fut dans la suite évoque d*Eugubio. 11 est situé dans un lieu solitaire do I Onibric au diocèse do Faenza, en*rc les monts Catrio et Corno. Ludolphe y eut d'abord plusieurs disciples, avec lesquels il vivait en anachorèle. Ils demeuraient dans des crllules séparées les unci des autres, occupés conliuuelle:nent à la psa.'mod.e , à Toraison et à la lecture, lis vivaient de pain et d*eau quatre jours de la semaine. Le m.irdi el le jeudi ils mangeaient un peu de légumes qu'ils faisaient cuire eux-mêmes dans leurs cellules, où ils avaient aussi des balances pour peser leur pain, ne te premnt que par mesure les jours de jcAne. Ils n'avaient du vin que pour le sacrifice de la messe ou pour tes malades. Ils observaient trois carêmes, savoir de la Résurrection, de la Nativité de Notre-Scigneur et de saint Jean-Baptiste. Pendant ce dernier, qui durait depuis ToctHve de la Pen'.ecôie jusqu'à la Saint-Jean, on leur donnait, le mardi après none, une portion de Quelques légu^ mes. Ils mangeaient deux foisleiour le jeudi, aussi bien que le mardi après la fête do s.iint Jean-Baptiste. Depuis le 13 septembre jusqu'à Pâques ils jeûnaient tous les jours, excepté l'octave de Noël ; tous les dimanches de Tannée on leur donnait deux portions, excepté les dimanches des carêmes de Pâ^ ques et de Noël, qu'on ne lei^r en donnait qu'une; elaux fêtes de saint André, de saint Benoit et de l'Annonciation de Notre -D<ime, ils ne jeûnaient pas dans toute la (.erfcction. (Ils appelaientjeuner parfaitement, lorsqu'ils ne prenaient que du pain, de Teauotdu sel.) Ils marchaient toujours nu-pieds, prenaient la discipline, faisaient des génuflexions, so frappaient la poitrine, demeuraient les bras étendus, chacun selon ses forces et sa dévotion, et après TofOce de la nuit ils di»a:ent tous le psautier avant le jour.

Telles étaient les observances régulières qui se pratiquaient dans ce monastère , lorsque saint Pierre Damien y prit Thabit mo« nastiqne. 11 avait entendu parler de la ferveur de ces ermites; et comme il songeait à quitter le siècle, il en rencontra deux. S'étant ouvert à eux» ils le fortifièrent dans son dessein; et comme il témoigna vouloir so retirer avec eux, ils lui promirent que leur abbé le recevrait. Il leur offrit un vase d'argent pour por.er à leur abbé; mais ils le remercièrent et ne voulirent pas le r« ce voir.

2!îo

DICTIONNAIRK DES ORDRLS RELIGIEUX.

sous préteile qu'il les embarrasserait dans le chemin. Il fui fort éiliGédeleur désinléressemenl, et se rendît quelque temps après i Font-Avellano, où on lui donna Tliabit monastique. Son supérieur lui donna le soin de (aire des cxhnrlations aux frères, et sa rputallun venant à se répandret Gui « abbé de Pomposie près de Ferrare, pria Tabbé de Funl'Avellane ne le lui envoyer pour ins* truire quelque tempssa communauté qui élait de ceni moines. Picrro Damien y demeura deux ans, et son abbé, l'ayant rappelé, renvoya quelque temps après faire les mêmes fonctions au monaslère de Saint-Vincent près de Pierre-Pertuse. EnGn Tabbé le dé- Clara sonsucccsscur^du consentement de ses religieux. Ayant pris le gouvernement de cette congrégation après la mort de Tabbé, il l'augmenta de cinq autres monastères, qu'il fonda» un au diocèse de Camcrino, deux au diocèse de Facnza, un au diocèse de Rimini, et l'autre proche Pcrouse, où il Gt pratiquer les mêmes observances qu'à Font- Avellane. Nous avons dit qu'ils n'avaient du vin que pour le sacriGce de la messe ; mais Pierre Damien leur permit d'en boire un peu hors les cariînies de Pâques, de la Nativité et de saint Jean-llaptislo, où il n'était pas permis aux moim s, ni même aux laïques, de boire du vin ni de manger du poisson. Mais il semb'e qu'il ne leur permit de boire du vin que pour avoir plus de force à soutenir les disciplines rigoureuses auxquelles il l' s obligea, le plus souvent pour acquitier les pénitenc s des autres. Car on était alors persuadé que pour chaque péché on était obligé d accomplir la pénitence marquée par les canons : en sorte que s'il y avait dix ans pour l'homicide, celui qui en avait commis vingt , devait deux cents ans de pénitence; et, comme il était impossible Je r.tcquitiery on avait trouvé des moyens de In racheter en accomplissant, par exemple, reni ans de pénitence par vingt psautiers accompagnés de discipline. Trois mille coups de discipline valaient un an de pénitencct et mille coups se donnaient pendant dix psaumes : par conséquent les cent cinquante psau* mes valaient cinq ans de pénitence. Saint Pierre Damien leur fa sait souvent faire de ces pénitences pour les autres, et même quelquefois pour les péchés qu'ils avaient commis étant laYqucs, ne croyant pas que pour les péchés qu'ils avaient commis dans le monde*, ils en fussent quittes pour pratiquer la commune observance delà règle; mais qu'ils devaient y ajouter des pénitences proportionnées à hurs péchés. Us étaient outre cela obligés par la règle, lorsqu*un religieux était mort, de prendre sept disciplines de m Ile coups chacune, de jeûner sept jours, dédite trente psautiers, et de célébrer trente messes ; et si un novice mourait sans avoir accompli la pénitence, ils devaient partager entre eux ce qui restait pour l'accomplir.

Ces sortes de disciplines étaient fort en Usage dans ce temps-là. P.erre Damien avait

(ljRegîoo,lib. Il, rap. 4 2 et sctpieiu.

appris cette pratique de saint Dooint^ne, l'un de ses disciples, qui fut surnooimé VEncuirassé, à cause d'une cuirasse qu'il portait conlinuelletnent sur son corpe. Cet nomme, ;iyant su que saint Pierre Damiea avait écrit de lui qu'il avait récité an joor neuf psautiers avec la discipline, en fut lui-même éio^iné, et voulut en f.itre encore l'expérience. Il se dépouilla donc un mer« credi, et ayant pris des verges à set deoi mains, il ne cessa toute la nuit d'en réciter en se frappant : en sorte que le lendemain il avait dit douxe psautiers et plus. Quelques années avant sa mort, il redoubla encore sm austérités, et ayant trouvé que les lanières de cuir étaient plus rudes que les verges, il s'accoutuma à s en servir. Il portail loujouri avec lui, quand il sortait, un fouet de U nier s pour se donner la discipline, et se ronlentait même de repasser dans son esprit la paroles des psaumes sans les prononcer, aûn de se donner un plus grand nombre 4e coups. Saint Dominique et saint Pierre D^ mien ne furent pas néanmoins les «uleors do ces sortes do flagellations volontaires. Gui, abbé de Pumposic, mort en liM. H saint Poppon, abbé de Stavelo, mort m tO'»8, les avaient mises en pratique avant eux; et avant eux Réginon (1), abbé de Prum , qv vivait au commencement du dixième siècle, avait ordonné de se frappjr josqu*â faire da plaies sur son corps pour acquitter les pénitences.

Cette manière de déchirer son corps ne plut pas à tout le monde, il v en eut qai condamnèrent la disci,Jine volontaire, comme une nouveauté contraire aux cano&s.

Pierre Cérébrose et le cardinal Etienne, qui avait été religieux du mont Cassin, fure«: en cela les plus grands adversair(*s de Pierre Damien. Le premier ne condamnait pas lent à fa t l'usage de la discipline, mais II regar^ dait comme une folle ces longues OjgelUlions; il ne désapprouvait pas uonpins qns l'on récitât un psaume en se donnant ta dîsciplinci mais il regardait comme quelque chose d'excessif de la prendre pendant loel un psautier. Pour le cardinal Etienne, il croyait qu'il fallait plutôt macérer son corps par le jeûner et soutenait qu'il n'était p4S honnête de se dépouiller tout nu en présence d'une communauté. Pierre '^ — '""

écrivit contre ceux qui blâmaient ces sortis de flagellations; mais enGn convainco, »oit par les objections de ses adversaires, suit par sa propre expérience, qu'il v avait et l'excès dans ces mortiûcations, il j apporu un tempérament ; et, écrivant aux religirni de sa congrégation, il leur dit que celte flageJation, sur laquelle ils insistaient si vivement, pouvait être utile, lorsqu'on s*en ser* vait avec modération ; mais qu'en la poessant si loin, elle peut être indiscrète, puisqu'elle affaiblit le corps, le réduiten laD^vear. et le mt* t souvent hors d'état de saii»f«irs aux antres exercices de I» religion, sca trouvant parmi eux qui prenaient la dttu-

FON

plioe penilanl an p'aulier entier, et même pendant deax psaulieri, juaqa*â flncommolier considérablement, et ae rendre cfTertif fument malades, et que cela délonrnait même cens qoi ayaient envie de Tenir dans \vnr% ermitages. C*est pourquoi il ordonne qtio personne ne sera contraint à se donner soi* uiéme la discipline, mais que ceux qui au* root assez de ferveur pour se la donner, la pourront prendre en récitant seulement quarante psaumes pour chaque discipline, sans qu'ils puissent passer ce nombre, sinon pendant les deux carêmes de la Nativité et de la Résurrection de Notre • Seigneur , auquel temps il leur serait permis de prendre la discipline pendant soixante psaumes. Nous ne reiranciiona pas, dit-il, par ce moyen ce qoi est bon , mais seulement ce qui parait excessif.

L'éclat de sa sainteté et de sa doctrine le 6i créer cardinal et évéque d'Ostie par le pape Etienne IX, en 1057. On eut à la véiité de la peine à lui f<iire accepter cette dignité, et le pape fut obligé d'cmplojer toute son autorité pour Vy engager. Il 8*y soumit ce* pendant par une pure obéissance; mais, entraîné toujours par l'amour ie la solitude, lise retira quelques temps après dans son ermitage de Fonl-Aveliane; où étant arrivé, il alla premièrement au chapitre, où il s'ac* casa lui-méoie de ses fautes, et pour les ex* pirr il demanda qu*on le frapp&t de coups de iboet. Il se renferma dans une cellule, où il affligea cruellement son corps par des jeûnea et des flagellations fréquentes, se contentant d*eau et d'un peu de pain do son pour sa aoorrUure. Ses disciples Tayanl prié de corriger ce qu'il y avait de défectueux dans leurs observances, il retrancha IfS bonnets 00 chapeaux dont ils se couvraient la tétc, comme peu conformes à la simplicité et à la modestie religieuse, et leur ordonna de so contenter de capuces, qui étaient en usage parmi les religieux ; de quitter les étoffes qui tenaient dea pays étrangers, et de ne so servirque de celles que portaient les paysans. il écrivit encore plusieurs ouvrages dans la folitude, d*où il eut ordre de sortir une seeonde fois pour terminer des affaires preslanles; et revenant d'un voyage qu'il avait hit à Rome, il mourut à Faënza l'an 107S.

^ Noos ne aavons point si les religieux de Tordre de Font-Avellane se maintinrent longtemps dan^ la ferveur et Tobservance de leur institut; mais il est certain que dans le ivr siècle ils vivaient avec beaucoup de licence, qu*iU ne faisaient plus même de proreision religieuse, qu'ils vivaient plutôt en

lecoliers qu'en religieux et en solitaires. Ils avaient quitté l'habit monastique, qui é'ait Ici que vous le voyez représenté dans la

pnroière figure (1), et ne portaient plus

5u*une espèce de sootanelle blanche, qui ne escendait qu'aux genoux, avec un manteau l>leo, un bonnet carré blanc au lieu de cap, comme il est représenté dans la seconde figare (2). Le pape Pie V ayant donné l'ab-

(I) Fsf ., è hi Oo da vol., n* Gi.

baye de Font- A vcllane en commcnde au cardinal Jules de la Rovére, frère du duc d'Cr« bîn, ce cardinal voulut y^ rétablir la diiciptine monastique. Il y Bt venir pour cela l'an 1570 des moines camaldules do la congrégation de Saint*Micbel de Murano. Dieu toucha leurs cœurs, et la plupart des religieux de Font*Avellaue prirent l'habit de cet ordre, et en firent profession entre les mains du Père dom Pierre Balneoli de Bagnacavalli, qui en fut élu abbé régulier; et depuis ce temps les religieux camaldules ont toujoora possédé ce monastère.

Voyez la Vie de Pierre Damien^ écrite par Jeant ion diiciple; eiusdem Pétri Damian. Opuicul. ih et 15, et lib. vi, epist. 33; Joan. Mabillon, Aeta SS. ord, 5. Bened, eœcul. vi ; ejuid. Annal. Benediet. tom. IV; et Fleury, Èiêt. eecl, tom. XU et XIU ; Morigia, Hiit. di tutte le religioni^ eap. 58 ; Silvestr. Maurolic, Jfar. Océan, di tutte le Relig., lib. ii, pag. 158 ; Srhoonebeck, llist. des Ordr. re^ lig.: Guido Grandis, Dieeert. CamalduL^ di«sert. 4.

PONTEVRAULT (OnonB de).

§ 1*'. De Pordre de Fontenrault^ atec /« r je du B. Robert d'Arbriuelf fondateur de cet ordre.

L'on regarde Tordre de Fonte vrault comme une singularité dans l'Eglise, et on est sur* pris d'v voir une abbesse commander également a des hommes et à des filles sur les» quelsellea toute autorité; mais pour répondre à ceux qui sont étonnée du procédé de leur fondateur, d'avoir ainsi renversé en apparence l'ordre de la nature en rendant sujets ceux qui devraient commander, et maîtresses celles qui devraient obéir, il suffit (sans vouloir approfondir dans les raisona qu'il en a euesl de leur dire que s'ils veulent chercher dans I histoire, i's trouveront de quoi faire cesser ou au moins diminuer de beau» coup leur élonnrment ; car (sans parler de Judith, c ntre les mains de laquelle Dieu avait mis le salut de son peuple , et d'une pucello d'Orléans, à qui la France est redevable d'être présentemrnt l'Etal le plus florissant qu'il y ait en Europe, et cela par la soumission aveugle tant do son prince que de tous ses peuples, qui s'abandonnèrent entièrementà sa conduite) ils y trouveront beaucoup d'établissements st*mbiables é celui de Fonte* vrault. Car, dans Tordre de Sainte-Brigitte, princesse de Suède, dont nous avons déjà parlé, les hommes qui demeurent dans les monastères doubles sont sous l'obéissance des abbesses de ces mêmes monastères, excepté qu'ils sont soumis également, comme les religieuses, aux évéqnes dans les diocè'ses desquels ils sont établis, comme je l'ai déjà dit en parlant de cet ordre. Dans l'abbaye de Saint-Sulpice en Brelai;nc, le bien* heureux Raoul y établit un institut semblable à celui de Footevrault, imitant en cela plusieurs autres instituteurs qui longtemps

(S) Voy., ibid., n* «3.

DicTiomiiiu DBS Onoass mlioiiux* 11*

DICTiONNAIRC DRS OKDRES RELTGIF.liX.

p.rant lui avaient donné la même jaridiction i des monastrres de (illes. Les reti^icui de Fonlevrnulf , pour juslifier leur instituf , rap» portent les eiemples de plusieurs moiuis'èrcs doubles d.ios lesquels \U disent que les religieux étaient soumis au\ religieuses, et ils citnit plus particulièrement celui deSim-

tirgtiiini. Mais je croirais leur faire lort si *ë'<ib1issai$ mes preuves de Téquité do leur institut sur leur aulori!é; puisque ni dans le monastère de Simpegham, ni dans les autres, les religieuses n^nt jamais en aucaite juridiction sur les religieux» excepté celui «le Saint-Sulpice, qu'ils citent avec justice, p isqoo» comme je l'ai déjà dit, l'institut de celte abbaye était semblable à celui de Fontevrault. Le P. Lobinena n'a pas mieux rencontré lorsque, dans son Histoire de Bretagne, parlant de Tabbajo do Loc Maria, qui avait été fondée avant Tordre de Fontevrault par Alain Cagnard, comte de Cornouaille, dont la fille Uudicrne fut abbcsse, et qui était gouvernée au dehors par on abbé et des moiiK'S, il dit qu'ils étaient soumis aux abl)csscs parce qui s l 'ur rendaient co npte du revenu qui appartenait àTabliaye, à laquelle 8(* faisaient les dcnaiions, et qu'ainsi c*élait un institut semblable à celui do Fontevrault. Ce qui n'est pas une conséquence fort juste: car par la même raison on pourrait dire que les Rénédictins de sa congrégation qui sont à Chelles sont soumis à Tabbesse de ce monastère, parce qu'ils lui rendent compte des revenus de l'abbaje dont ils ont la direction ; ce qui n'étant pas vrai dans ceuxri, peut aussi être faux dan^^ les autres. Ainsi cette preuve de la conformité de Tinstitut de Loc Maria avec celui de Fontevrault et dô Saint-Sulpice, bien loin d'en convaincre, n'est pas môme sufBsanle pour en former le moindre doute. Ce qui serait le plu$ capable de la faire croire, c*est laréonioi qui fut faite quelques années après de cette abbaye de Loc Maria avec celle de Saint- Snlpico à lausede cette même conformité.

Ce qui est de plus particulier dans Tordre de Fontevrault, c'est que ses monastères sont exempts de la juridiction des ordinaires, et que toute l'autorité réside dans la personne de l'abbesse du monastère de Fontevrault, corn* me générale et chef de l'ordre; maissi l'on veut examiner les choses sans prévention, il n'j a pas plus d'inconvénient qu'une abbesse ait une égale autorité sur les religieuses et les religieux de son ordre, que d'avoir une juridiction presque épiscopale dans plusieurs lieux, comme l'abbesse de Montivilliers en Normandie, qui est dame et patronne de quinze paroisses, qui ressortissent de sa juridiction, qu'elle fait exercer par son grand vicaire et officiai , qu'elle établit de son autorité, vi qu'elle révoque quand bon lui semble, et dont les cnrés sont obligés de recevoir les approbations et les mandements, nnssi bien que les Capucins d'Harfleur, qui est on lieu de sa dépenilance. L'abbes<e do Coriversaoo en Italie a une pareille juridicolion dans la terre de Castellana. L'abbesse '*€ las Uuelgas en Espagne exerce une au'o-

rite sar les Frères Hospitaliers ié Borgtf, et il y a en de pareils exemptes en Angleterre. Ainsi l'étonnement doit cesser i l'égard de Tordre de Fontevrault, qui ne doit pas être regardé comme une singularité dans l'Eglise , cette espèce de gouvernement ayant été d'ailleurs approuvée par un grand notnbre de souverai^is pontifes.

Cet orireeut pour fondateur le btenheiH roux Robert d'Arbrissel, sur la fin do oozième siècle. Il naquit de parents paofrfs vers Tan 10V5on 1047, dans un village é^ Bretagne nommé alors Arbrissel, dont il prit le nom, et qui s'appelle à présent Albre* sec, au diocèse de Rennes, près de la Guier* cho. Son père, Damalioquo, qui embrasa dans la suite l'état ecclésiastique, et sa uièr^, Orvende, qui étaient gens de bien et craignant Dieu, Télevèrent dans la piété, jost)u'.t ce qu'étant en âge d'étudier, ils lui permirent d'aller chercher des maîtres où il voudrait, d ns l'espérance que Dion o;s Taban* donnerait point. En effet, il trouva mojfo de vivre et d'étudier dans quelques villes de Bretagne, sans être â charge à ses parents: ce qui lui donna courace de venir à Paris nù il Gt tant do progrès dans les étodes qu'après s'être distingué cq philosophie cl en théologie, de pauvre écolier, il fol do ccLcbre docteor en Tuniversitë de cette capitale de France, où il reçut le bonnet, aprè< avoir passé par tous les degrés et les charges de ci'tte célèbre académie.

En ce temps-là, Si Iveslre de la Goiercbe, qui avait été marié, et était pour lors cbao« celior de Conon 11, duc de Bretagne, fal placé sur le siège épiscopal de Rennes; et voulant se décharger du soin de son évéché sur un -ecclésiastique de grand mérite, il jeta les yeux sur Robert, qu'il fit son grand ncalrc, lui donnant un pouvoir absolu danf sou diocèse. 11 s'en servit pour j rétab'irla discipline ecclésiastique» y bannir les rice$, mettre la paix où il y avait des dissenslo-s, retirer les biens ecclésiastiques d'entre H mains des personnes laïques, abolir Tinta ne commerce de simonie, qui était publi:, et rompre les mariages incestueux qui se lr>iH valent entre les liiYques, et les conçu biaagci scandaleux de la plupart des prêtres.

Son évéque l'appuyait dans de si péniblet travaux, 1 1, par son crédit et son autorité, li le mettait à couvert des attaques des méchants; mais ce prélat étant mort quatre aof après, Robert, privé de son proticteor.s^ vit à la merci des ennemis que son lèle lui avait suscités : c'est pourquoi, aGn d'en* pécher le scandale qui pouvait arrivera son occasion» il quitta la Bretagne, et rini dans la ville d'Angers» on il enseigna quelque temps la théologie. Mais voulant se c s* sacrer entièrement a Dieu, il prit la résolo* tion d'abandonner le monde pour se retirer dans une solitude.

Il quitta donc la ville d'Angers, et alla $e cacher avec un compagnon dans la forêt de Craott eu Anjou , vers les frontières da Maine. La vie qu'il mena dans cette solitoJ« fut tout à fait admirable : il ne virait qui

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