‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 109 sur 389 · Salle souterraine. Médaïn Salih · texte numérisé non relu

Salle souterraine. Médaïn Salih

D’après Perrot, Histoire de l’Art, t. iv, p. 390.

figures grossièrement dessinées au trait sur les murs, rien de plus. C’est, dans ce district, la seule construction qui n’ait pas de caractère funéraire. On l'appelle le Divan. Sur la paroi opposée de la gorge, au même niveau et dominant le précipice, on découvre toute une série de niches dans lesquelles se trouvent des pierres

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dressées, tantôt isolées, tantôt réunies par groupe de deux ou trois. » Pii. Berger, L’Arabie avant Mahomet d’après les inscriptions, Paris, 1885, p. 19. Téïma, petite ville située au nord-est de Médaïn Sdlih , fut aussi un centre religieux important, comme le prouvent les intéressantes découvertes qu’on y a faites. Voir Thèma. Cf. G. Perrot, Histoire de l'art dans l'antiquité, t. iv, Paris, 1887, p. 344-346, 389-394.

V. Inscriptions. — Les Nabatéens ont laissé des traces de leur passage tout le long des chemins qu’ils ont parcourus. On connaît les fameuses inscriptions sinaïtiques, dont le déchiffrement et l’explication ont si longtemps préoccupé le monde savant. Voir Sinaï. Le mystère qui les recouvrait a été singulièrement éclairci par les inscriptions nabatéennes qu’on a retrouvées ailleurs, dans les autres pays où se concentra davantage la vie du peuple dont nous résumons l'histoire, l’Arabie Pétrée, le Ifauran et les contrées voisines du Iledjàz. L’épigraphie du Hauran ne date réellement que du voyage de MM. Waddington et de Vogüé, dans le cours des années 1861 et 1862. Cf. M. de Vogüé, Syrie centrale, Inscriptions sémitiques, Paris, 1869, p. 100- 124. Avant eux, Burckhardt, Travels in Syria and the

lerins, de pâtres, de marchands, de nomades désœuvrés. M. Clermont-Ganneau, Recueil d’archéologie orientale, t. iv, p. 191, a été amené à se demander si elles n’avaient pas, en général, un objet plus pratique : l’affirmation de droits de propriété ou de jouissance individuelle dans les terrains de pacage, les palmeraies et même les maigres maquis où pouvaient brouter les chèvres. Elles ont sans doute leur intérêt, mais elles ne fournissent que de maigres indices sur la nationalité et le culte de leurs auteurs. Les autres se rencontrent sur les monuments et sont plus importantes. On en a retrouvé depuis l’Italie jusqu’aux contrées désertes de la Syrie et de l'Arabie que nous avons signalées. Ce sont exclusivement des ex-voto religieux ou des souvenirs funéraires; les premiers nous apprennent que tel personnage a élevé une stèle à tel dieu ou bâti ou réparé son temple; les seconds indiquent le nom de celui que renferme la tombe ou de celui qui a fait construire le mausolée, et sont en même temps des titres de propriété. Ce droit de propriété est assuré par une double sauvegarde : la malédiction des dieux et l’amende payée au roi.

VI. Langue et écriture. — La langue de ces inscriptions est l’araméen, qui, sous l’empire perse, prit une

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395. — Inscription nabatéenne de Hégra sur la porte d'un tombeau. D’après Ph. Berger, Histoire de l'écriture, 1891, p. 274. Traduction. — Ceci est le tombeau qu’a fait Aïdou, fils de Kohailou, fils d'Elkesai, pour lui-même et ses enfants et ses descendants,, et pour quiconque apportera dans sa main un écrit en forme de la main d'Aidou, valable pour lui et pour tout autre à qui aura accordé d’être enterré ici [Aïdou de son vivant] etc. (Pour l’alphabet nabatéen, voir t. i, col. 409.)

Holy Land, Londres, 1822, et VVetzstein, Reisebericht iïber Hauran und die Trachonen, Berlin, 1860, n’avaient pris que des copies très imparfaites de quelques inscriptions. De nos jours encore, de nouvelles explorations ont enrichi les recueils épigraphiques. Cf. Dussaud et Macler, Missiott dans les régions désertiques de la Syrie moyenne, extrait des Nouvelles archives des Missions scientifiques, t. x, Paris, 1903; séparément in-8° de 342 pages avec planches. En 1876-1877, un intrépide voyageur anglais, M. Ch. Doughty, découvrit dans la vallée d ’el-Hedjr, au milieu des monuments dont nous avons parlé, de nombreuses et longues inscriptions. Cf. E. Renan, Documents recueillis dans le nord de l’Arabie, par Ch. Doughty, dans les Mémoires présentés par divers savants à l’Académie des Inscriptions, t. xxix, lte partie; tirage à part, Paris, 1884. Peu après, Ch. Huber visita ces lieux à deux reprises, de 1880 à 1884. Cf. Ch. Huber, Journal d’un voyage en Arabie, Paris, 1891, avec atlas. Grâce à eux, nous possédons l’ensemble des inscriptions d ’el-Hedjr, reprises et publiées par M. Euting, qui accompagnait Ch. Huber lors de son second voyage. Cf. Euting, Nabatâische Inschriften aus Arabien, Berlin, 1885. Chose singulière, Pétra a fourni moins d’épis à la moisson épigraphique. Cf. Revue biblique, Paris, 1897, p. 231-238; 1898, p. 165-182 ; 1905, p. 580-590. On trouve les inscriptions nabatéennes réunies dans le Corpus inscriptionum semiticarum, t. i, part, il, p. 183 sq.

Ces inscriptions sont de deux sortes. Les unes ne sont que des graffiti, qui se composent presque exclusivement de noms propres. Elles se trouvent un peu partout, mais elles sont innombrables dans la péninsule du Sinaï. On les considère généralement comme des proscynèmes, ou même de simples griffonnages de pè-

très grande extension et devint l’idiome vulgaire de presque toutes les nations fixées entre la Perse et l'Égypte. C’est ainsi que les monuments funéraires nous offrent à chaque instant les mots : >n3p, qabrâ’, indiquant le tombeau dans son ensemble; tws;, nafsà’, la stèle ou pyramide qui le recouvre; jwin, ’arna, le sarcophage, etc. Outre les noms propres, qui sont arabes, on a cependant relevé dans la langue nabatéenne un certain nombre d’arabismes, que l’on considère, non comme des particularités dialectales qui auraient vraiment pénétré dans l’araméen, mais comme un élément exotique. Les arabismes, qui se manifestent surtout à Hégra, montrent que l’araméen perdait de son influence à mesure qu’on avançait vers le sud. Voir Syriaque (Langue). — La découverte des inscriptions nabatéennes a fait une révolution, non seulement dans l’histoire des peuples sémitiques, mais encore, et du même coup, dans l’histoire de l’écriture. « Le nabatéen franchit le dernier pas qui séparait l’ancien alphabet de l’écriture cursive, par la création des ligatures (fig. 395). L’écriture araméenne avait recourbé les lettres par en-dessous, le nabatéen les soude l’une à l’autre, si bien que désormais la partie essentielle de l’écriture consistera dans la ligne continue qui les rattache par le bas. Ces ligatures ont pourelfet de modifier profondément l’aspect des lettres, par la nécessité de chercher un point d’attache commode pour les relier les unes aux autres, si bien qu’un même caractère peut être alternativement très grand et très petit. En même temps, les lettres s’arrondissent par en haut et perdent leurs dernières arêtes; tantôt elles s’élèvent au-dessus de la ligne, tantôt elles descendent au-dessous, mais toujours elles restent unies par ce lien qui groupe les éléments d’un même mot... Ces soudures ne se produisent pas seulement d'une

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lettre à l’autre, mais souvent dans l’intérieur même d’une lettre, surtout dans les lettres finales. La queue de Vm, ne trouvant pas d’autres lettres où s’accrocher, se replie sur elle-même et se ferme par en bas. Le hé fait de même; dans les anciens centres nabatëens de Souéidéh, de Siah, découverts par MM. Waddington et de Vogüé, on remarque déjà la tendance des deux branches de la lettre à se rapprocher; à El-Hedjr, la jonction est accomplie et le hé prend à la fin des mots la forme d’une pochette. » Ph. Berger, Histoire de l’écriture dans l'antiquité, Paris, 1891, p. 277. De l’écriture nabatéenne est sortie l’écriture arabe, par une série de transformations successives. Voir Alphabet, Tableau de l’alphabet arabe et de l’alphabet nabatéen, t. I, col. 409.

VII. Religion. — Les inscriptions funéraires et votives nous fournissent sur la religion nabatéenne des renseignements utiles, bien qu’ils soient encore incomplets. Nous ne connaissons pas toutes les divinités de son panthéon. Le dieu qui semble occuper le premier rang est Dusara, Nium que les auteurs grecs et latins nomment Ao’juâprii;, Dusares. Les historiens arabes écrivent 1^3, Dhû essara, c’est-à-dire « le maître

du Scliara ou Scherra », district montagneux, qui s'étend de la mer Morte au golfe d’Akaba. Il paraît donc avoir été le dieu particulier du pays d’Édom. Son culte cependant était répandu dans toute l’Arabie, spécialement à Adraa, à Bosra, où des jeux avaient été institués en son honneur. Il était adoré sous la forme d’une pierre rectangulaire, deux fois plus haute que large, et posée sur une base. Cf. M. de Vogüé, Syrie centrale, p. 120-122. — ’El, qui appartient au plus ancien fonds des langues sémitiques, représente la nature divine devenue, dans le polythéisme, le partage de plusieurs, mais non une divinité, objet d’un culte spécial. Il se retrouve cependant dans une foule de noms propres nabatéens, comme bsam, Uahab’el, correspondant à Dieudonné, b>ni03, Natar’el, « que El garde, » bNan, Hann’el, « Grâce de El, » semblable à l’hébreu Hânan’êl, etc. Les inscriptions grecques nous donnent : ’AvvvAo;, O-iaëvAo;, NaTctgsXoç, 'Pàër^o;. Comme tout dieu sémitique, El se dédoubla et la forme féminine 'Elût, 'liât ou 'Allât a mieux gardé la valeur d’un nom propre que le masculin, qui est le nom impersonnel de l’être divin. Devenue un être distinct comme les autres déesses sémitiques de la Syrie, Astarté, Mylitta, Allât avait ses autels spéciaux et ses adorateurs attitrés. Les inscriptions nous montrent qu’elle avait à Salkhad ou dans les environs un temple et un collège de prêtres; de plus, sa présence dans la composition des noms propres et surtout du nom caractéristique Uahballât prouve la place qu’elle occupait dans l’esprit du peuple. Son culte, répandu dans toute la péninsule arabique, existait au Ve siècle avant notre ère et ne fut détruit que par Mahomet; son simulacre était une pierre blanche carrée, souvent aussi elle était adorée sous la figure d’un arbre, comme ’Uzza, autre forme de la déesse arabe. Cf. M. de Vogüé, Syrie centrale, p. 107-111; M. J. Lagrange, Etudes sur les religions sémitiques, Paris, 1905, p. 70-83. — Avec DuSara, deux autres divinités, Manùtu, irnso, et Qaisah, rro>p, étaient adorées à Hégra. Cf. Corpus Inscr. sem., part, n, 1. 1, p. 223. La première est mentionnée dans le Coran avec Allât ; la seconde devait aussi être connue des Arabes, comme on le suppose d’après le nom d’un poète antérieur à l'hégire, Amru’l-Qaîs. On trouve encore Mulaba, que Hommel, Die altisraelitische Veberlieferung, p. 320, rapproche du dieu sabéen Môtab-Nalijân, et Ilobal, qui est également un ancien dieu arabe. Cf. Corpus inscrip. sem., part, n, t. I, p. 225. Il est d’autres noms douteux dont nous ne disons rien.

Le caractère de la religion nabatéenne participe du caractère du peuple lui-même : les dieux y ont une vie sédentaire et une vie nomade, leur culte a quelque chose de plus personnel et de moins local. Ainsi Dusara

est « le dieu de notre seigneur », c’est-à-dire du roi. On a trouvé à Salkhad une inscription qui se rapporte à un monument élevé par deux personnages du nom de Rôhù, « à Allât leur déesse. » Cf. M. de Vogüé, Syrie centrale, p. 107. Ailleurs on parle du dieu de Sa'idu, du dieu de Qaisu. La stèle de Téima nous montre un personnage introduisant dans cette ville son dieu Salm ; les divinités locales, non seulement agréent le nouveau venu, mais encore lui constituent une redevance. Cf. Lagrange, Éludes sur les religions sémitiques, p. 501- 504. La famille aussi bien que la tribu emmène donc avec elle le dieu qu’elle adore spécialement. Les rois nabatéens recevaient, sinon de leur vivant, du moins après leur mort, les honneurs de l’apothéose et étaient traités comme de véritables dieux, si bien que leurs propres noms figuraient comme éléments théophores dans la composition de ceux qui étaient portés par un bon nombre de leurs sujets; tels sont les noms d”Abdmaliku, ' Abd'obodat, ' Abdlyarétat, formés sur le type 'Abdba’al, « serviteur de Ba’al, » 'Abd'alahi, « serviteur de Dieu. » Cf. Clermont-Ganneau, Recueil d’archéologie orientale, t. n, p. 368-371. On élevait au dieu des temples, qui étaient sans doute des enceintes sacrées avec un édicule pour recevoir sa statue ou son symbole. On érigeait un peu partout des stèles votives, NiiDD, mesgida’, lieu d’adoration, d’où est venu mosquée. « Une forme très authentique a été copiée par Euting, Nabatâische Inschriflen, p. 61, à Hégra. C’est une stèle, surmontée d’un rebord comme un autel, taillée en relief dans le rocher et placée daus une sorte de niche. La largeur est sensiblement plus grande au sommet. Le but n’était pas de placer là une statue ; c’e^t la stèle qui est consacrée et elle l’est à un dieu étranger, comme les cippes votifs phéniciens à un dieu de Bosra... Chez les mêmes Nabatéens, la mesdjida a encore plus nettement le caractère d’un autel. Et en effet ils étaient Arabes d’origine et nous avons vu chez les Arabes une tendance à confondre l’autel avec la pierre sacrée elle-même. » Lagrange, Eludes sur les religions sémitiques, p. 209-210. On a l’exemple d’un lit ou siège divin, offert à Dusara, et de deux chameaux peut-être dorés, consacrés au même dieu en action de grâces. Cf. Corpus inscrip. sem., part, n, 1. 1, p. 184, 188. La stèle et un bas-relief trouvés à Téima nous offrent d’intéressants détails sur le culte religieux nabatéen. Cf. G. Perrot, Histoire de l’art dans V antiquité , t. iv, p. 392, 393. Voir Tiiéma.

Pour la numismatique, cf. duc de Luynes, Monnaies des Nabatéens, dans la Revue numismatique, 1858. p. 292-316, 362-385, pi. xiv, xv, xvi ; de Vogüé, Monnaies des rois de Nabatène, même revue, 1868, p. 153-168, pl. v; de Saulcy, Numismatique des rois nabatéens de Pétra, dans V Annuaire de la Société française de Numismatique et d’archéologie, t. iv, lre part., 1873, p. 1-35 ; Sorlin-Dorigny et Babelon, Monnaies nabatéennes inédites, dans la Revue numismatique, IIIe série, t. v, 1887, p. 369-377; Dussaud, Numismatique des rois de Nabatène, dans le Journal asiatique, mars-avril 1904, p. 189- 238, avec trois planches.

Les découvertes modernes ont donné lieu à de très nombreuses études sur les Nabatéens, surtout au point de vue épigraphique. Ces études sont disséminées dans les revues scientifiques ou dans les recueils que nous avons signalés; il est impossible de les indiquer ici. Le Corpus inscrip. sem. renferme, sous ce rapport, une bibliographie complète. Voir aussi pour l’ensemble de cette histoire, E. Quatremère, Mémoire sur les Nabatéens, dans le Nouveau journal asiatique, 1835, t. xv, p. 5-55, 97-137, 200-240, ou dans ses Mélanges d’histoire et de philologie orientale, Paris, s. d., p. 58-189; Eb. Schrader, Die doppellen Nabatâer, dans ses Keilinschriflen und Geschichtsforschung, in-8°, Leipzig, 1878, p. 99-116; Clermont-Ganneau, Les No.batéens dans

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