‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 135 sur 389 · NAZARÉEN · texte numérisé non relu

NAZARÉEN

d’un grand nombre de nazaréens, ce qui doit s’entendre probablement en ce sens qu’il fournit ce qui était nécessaire pour que ces nazaréens pussent oifrir leur sacrifice final. 11 raconte ailleurs, Bell, jud., II, xv, 1, que Bérénice, sœur du roi Agrippa, vint à Jérusalem, sous le procurateur Florus, pour accomplir un vœu de naz.aréat. Il remarque à cette occasion qu’on se vouait au nazaréat pour trente jours, pendant lesquels on priait dans l’espérance d’obtenir la guérison d’une maladie ou la délivrance d’un péril. Enfin, la Mischna, Nazir, ni, 6, dit que la reine Hélène d’Adiabène fit vœu de nazaréat pour sept ans, si son fils revenait heureux de la guerre. Cette condition ayant été remplie, la reine Hélène commença son nazaréat, sur la lin duquel une souillure annula ce qu’elle avait fait; elle recommença, et subit le même accident sur la fin de la seconde période; elle dut recommencer encore, de sorte que son nazaréat dura en tout vingt et un ans.

7° A la fin de sa troisième mission, saint Paul se trouvant en Grèce et tenant à se rendre à Jérusalem, fit un vœu de nazaréat, et, avant de s’embarquer à Cenchrées, coupa ses cheveux. Act., xxm, 18. Régulièrement, les cheveux du nazaréen devaient être coupés dans le Temple. Mais il est probable que, quand le vœu avait été fait à l’étranger, on pouvait se couper les cheveux là où l’on se trouvait à l’expiration du vœu, à charge de les porter à Jérusalem et d’y accomplir les rites prescrits. Saint Paul, qui se savait si jalousement surveillé par les Juifs, n’aurait pas voulu se permettre la moindre infraction aux usages reçus en pareille matière. 11 avait fait ce vœu soit par reconnaissance pour la protection divine qui l’avait préservé de tant de dangers, soit aussi afin de rendre irrévocable son départ pour Jérusalem. Cf. Fouard, Saint Paul, ses missions, Paris, 1892, p. 268; Knabenbauer, Actus Apost., Paris, 1899, p. 317, 318. Saint Luc appelle le vœu de saint Paul vh/ry/. Philon, De viclimis, édit., Mangey, t. il, p. 249, désigne le nazaréat sous le nom de r, vjyr ; g.;yâ),r), « le grand vœu. »

8° Saint Jacques le Mineur, d’après Hégésippe, se serait astreint à toute la rigueur de la discipline des nazaréens. Cf. Eusèbe, H. E., n, 23, t. xx, col. 197. C’est ce qui expliquerait la vénération que les Juifs eux-mêmes avaient pour lui et la facilité qui lui était laissée de pénétrer dans le Temple. Un Réehabite intervint en sa faveur au moment du martyre. Voir Jacques (Saint) le Mineur, t. ni, col. 1086, i087. Les Réchabites s’abstenaient de vin, comme les nazaréens. Mais là s’arrêtait la ressemblance entre les uns et les autres. D'ailleurs les Réchabites pratiquaient cette abstinence en la rattachant, non pas à la loi mosaïque, mais à l’ordre de leur ancêtre Jonadab. Jer., xxxv, 6. Voir Réchabites. H. Lesètre.

1. NAZAREEN (héb reu : nazi)', « séparé, consacré; » Septante : sùEâgevoç, ÿ'jyp.Évoç dans les Nombres, vi, 2 sq., Naï!p [NaÇipaîoç, NaÇ-ppaco;, NaÇsrpaîoç, dans divers manuscrits], dans les Juges, xm, 5, 7; xvi, 17; et dans I Mach., iii, 49; •pyiautj.Evoç, dans Amos, n, 11, 12; Vulgate : Nazaræus), 1° celui qui était consacré à Dieu par le vœu du nazaréat. Voir Nazaréat. — 2° Le mot hébreu ndzir a aussi le sens de « prince », dans Gen., xlix, 26, et Deut., xxxm, 16, où il est dit de Joseph,

« prince de ses frères, » et dans les Lamentations, iv, 7, où il est dit des princes de Juda. Dans ces trois passages, la Vulgate a traduit nâzïr par Nazaræus. — 3° Dans saint Matthieu, n, 23, nous lisons : « [Joseph] vint habiter une ville nommée Nazareth, afin que s’accomplit ce qu’avaient dit les prophètes : Il sera appelé Nazaréen (grec : NaÇwpaîoç; Vulgate : Nazaræus). » Certains commentateurs pensent, sans exclure la signification « habitant de Nazareth », que « Nazaréen » signifie ainsi ici « consacré à Dieu » par le nazaréat, mais cette explica-

NAZAREEN — NAZARETH

tion est difficile à défendre. Voir J. Knabenbauer, Comment ■ in Matlhæum, 1882, t. i. p. 113.

2. NAZARÉEN (grec : Na^ao^vô; et Naïiopaïo:; Vulgate : Nazarenus), 1° habitant de la ville de Nazareth. Dans le textus receptus grec, Nazaréen est écrit NaÇapr,voç dans Marc., i, 24; xiv, 67; xvi, 6; Luc., iv, 34;NaÇapxto: dans Marc., x, 47; NaÇtopaToç, dans Matth., il, 23; Luc., xviii, 37; xxiv, 19; Joa., xvnr, 5; xix, 19; Act., il, 22; in. 6; iv, 10; vi, 14; xxn, 8; xxvi, 9. L'orthographe varie, du reste, dans les divers manuscrits de ces passages. Le titre de la croix, à l’église de Sainte- Croix de Jérusalem à Rome, porte : NAZAPENOVZ avec les lettres écrites au rebours. Voir Vigouroux, Le Nouveau Testament et les découvertes archéologiques, 2° édit., p. 185, fig. 7. Ce mot n’est employé comme nom ethnique que pour déterminer le nom de Jésus, et marquer qu’il habitait Nazareth, dans les passages cités. Voir Nazareth. — 2° En un seul endroit, Act., xxiv, 5,1e nom de «Nazaréens » est donné parles Juifs aux sectateurs de Jésus-Christ, Naïoopaïoi, et il leur fut attribué plus d'une fois dans la suite (Tertullien, Adv. Marcion., iv, 8, t. n, col. 372), en particulier par les Juifs. Une secte apparentée aux Ébionites et composée de chrétiens convertis du judaïsme qui voulaient conserver la pratique de la loi mosaïque reçut aussi le nom de Nazaréens. Ils faisaient usage de l’Évangile de saint Matthieu, en araméen, to y.xô’ 'Egpaiou; EùayysXiov, Evangelium juxla Hebræos. Voir sur cet Évangile, Matthieu (Évangile le saint), col. 881-882. Cf. Wirthmüller, Die Nazorüer, Ratisbonne, 1864.

NAZARETH (Naïapx, Na'apér, NaÇapsd, NaÇapàT, Na^apâô), petite ville de Galilée, où s’accomplit le mystère de l’Incarnation, où Notre-Seigneur passa son enfance et sa jeunesse jusqu’aux débuts de sa vie publique. Matth., n, 23; iv, 13; xxi, 11; Marc., i, 9; Luc., î, 26; n, 4, 39, 51 ; iv, 16; Joa., i, 45, 46; Act., x, 38.

I. Nom. — Le nom de Nazareth ne se trouve ni dans l Ancien Testament, ni dans Josèphe. Il offre, dans les manuscrits du Nouveau Testament, une certaine variété d’orthographe, et son étymologie est douteuse. Nos meilleures éditions critiques même ne sont pas d’accord. Ainsi C. Tischendorf, Novum Testamentum græce, édit. 8a, Leipzig, 1869, t. i, sur les douze passages où le mot est cité, emploie trois fois seulement NaÇapéf, Marc., i, 9, et Joa., i, 45, 46, tandis que Westcott et Hort, The New Testament in the original Greek Londres, 1898, t. i, l’emploient huit fois, Matth., u, 23;, Marc., i, 9; Luc., i, 26; n, 4, 39, 51; Joa., i, 45, 46. Tischendorf a sept fois NaÇapéQ, Matth., ii,23; xxi, 11; Luc., i, 26; n, 4, 39, 51; Act., x, 38; Westcott et Hort, deux fois, Matth., xxi, 11; Act., x, 38. Mais, quelle que soit la lettre finale, la terminaison plr, p£0 est appuyée par les meilleurs témoins. La forme NaÇaoàt, NaÇapiO se rencontre principalement dans le Codex Alexanclrinus (A) et dans un manuscrit du ix° siècle, le Codex Sangallensis (A). On trouve enfin NaÇapà en deux endroits, Matth., iv, 13; Luc., iv, 16. Keirn, Geschichte Jesu von Nazara, Zurich, 1867, t. i, p. 319, t. n, p.421, a essayé de montrer que cette dernière était la forme originale. Hengstenberg, Christologie des allen Testaments, Berlin. 1854, t. n, p. 124, prétend que le nom était proprement et primitivement ~x:, Nêsér, auquel on ajouta en araméen la terminaison féminine N, a, et, à l’état emphatique, r. t. Il fait appel pour cela au témoignage des anciens Juifs, pour qui >~x:, N oser ï, est « celui qui est né dans la ville de Nêsér en Galilée, à trois jours de chemin de Jérusalem ». Dans le Talmud, le Christ est appelé ~ï; p, ben Nêsér, ou H2"n, han- Nôçerî, « le Nazaréen. » Cf. Buxtorf, Lexicon chaldaicum , p. 1383. Les chrétiens étaient également appelés 2nsn:n, han-Nôserîm, « les Nazaréens. » Du temps

d’Eusèbe, H. E., i, 7, t. xx, col. 97, et de saint Jérôme, Onomas lica sacra, Gœttingue, 1870, p. 143, le nom de la ville était Nazara. C’est de cette forme en tout cas que dérivent les adjectifs Naïapr,v6;, employé Marc., i, 24; x, 47, etc., et Luc., iv, 34; xxiv, 19, et NaÇwpaïo;, employé Matth., n, 23; xxvi, 71; Luc, xviii, 37; Joa., xviii, 5, 7; xix, 19, et Act., ii, 22; ni, 6; iv, 10, etc. On ne trouve nulle part NaïapETaïoç. On peut objecter sans doute que le s, tsadé, est ordinairement rendu en grec par cr, et que le Ç représente plutôt le t, za'in hébreu. Mais il est des exemples de noms dans lesquels les Septante ont traduit le tsadé par Ç; ainsi : yw, Vs, Ouï, Gen., x, 23; xxii, 21; v/2, Sô’ar, Zoyopa- Gen.,

xiii, 10. Ce qui confirme la racine T22, Nêsér, c’est le

nom actuel de la ville, En-Nâsirali, dans lequel

le seul arabe correspond au tsadé hébreu. Le mot nêsér signifie « rejeton » ; la Vulgate l’a traduit par flos, « fleur, » dans ce passage d’Isaïe, xi, 1, qui s’applique au Messie :

Un rameau sortira de la tige de Jessé,

Un rejeton poussera de ses racines.

C’est à ce passage que, suivant un grand nombre de commentateurs, saint Matthieu, ii, 23, ferait allusion en rappelant le nom prophétique de Naïwpaïo;, « Nazaréen, » qui devait être celui du Sauveur. Le latin Nazaræus et le français Nazaréen, traduisant également l’hébreu "Pts, « séparé, consacré » à Dieu, qui

désigne certains ascètes de l’Ancien Testament, ont apporté ici un peu de confusion. Voir Nazaréen 1, col. 1520. Quoi qu’il en soit, saint Jérôme, Onomastica sacra, p. 62, assignant au mot Nazareth l’origine que nous venons de mentionner, lui donne le sens de « fleur, rejeton », et sainte Paule et sa fille Eustochie, écrivant à Marcella, lui disaient : « Nous irons à Nazareth, et, suivant l’interprétation de son nom, nous verrons la fleur de la Galilée. » Cf. T. Tobler, Itinera et descriptiones Terræ Sanctæ, Genève, 1877, t. i, p. 46. Mais le verbe ndsar a une autre signification, celle de « garder, protéger », et elle est adoptée par certains auteurs. Ainsi Keim, Geschichte Jesu von Nazara, t. i, p. 319, et t. il, p. 421, préfère la forme mxi, Nôserâh, « celle qui garde, qui veille. » Delitzsch,

dans la Zeitschrift fur lutheranische Théologie, 1876, p. 401, est pour msi, Nesérét, qui a le même sens.

Enfin Ewald, dans les Güllingische Gelelirte Anzeigen, 1867, p. 1602, propose mx:, Nisôrét, « tour de garde. »

A. Neubauer, La géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 189-190, croit retrouver le nom de Nazareth dans celui de n>ns, Seriyéh, que le Talmud accole à celui de Bêt Léhem de Galilée pour dire : « Beth-Lehem près de Nazareth ou dans le district de Nazareth. » Seriyéh serait mis pour Naçeriyéh, le nun initial ayant pu être omis par un copiste. Malgré tout ce que ces conjectures ont de fragile, Nazareth, nous allons le voir, n’en mérite pas moins, par son gracieux aspect, le nom de « Heur de Galilée » et les collines qui l’entourent semblent former autour d’elle une couronne protectrice.

II. Situation et description. — Nazareth est située sur les derniers contreforts des monts de Galilée, qui, descendant du Liban, viennent fermer au nord la grande plaine d’Esdrelon. Une route carrossable la relie à Kha'ifa à l'ouest et à Kefr Kenna au nord-est; des chemins la rattachent à Seffuriyéh au nord, à Endor et Naïn au sud-est, à la plaine de Jezraël au sud. Voir le plan (fig. 415).

1° Aspect général. — Nazareth occupe le côté sudouest d’un vaste cirque, qui ressemble à un golfe j paisible dont une nappe de verdure remplacerait les | eaux disparues. Les collines crétacées qui l’environnent

NAZARETH

forment, de leurs croupes arrondies, comme les bords gracieusement contournés de l’immense coquille sur les parois de laquelle elle repose. Quelques-unes de ces hauteurs, élevées en moyenne de quatre à cinq cents mètres au-dessus de la mer, sont dénudées, mais, sur les autres, des Heurs mêlées à des plantes aromatiques percent les broussailles de leurs brillantes couleurs. Sur le versant de la montagne, dont le sommet domine la ville, les maisons, presque toutes bâties en pierre de taille, s’étagent en détachant leur blancheur sur le vert tendre des oliviers et les sombres baies de cactus (fig. 416). Des terrasses soutenues par des murs permettent de cultiver différents arbres, entre autres de magnifiques figuiers et quelques dattiers. Au printemps, comme l’ont remarqué tous les voyageurs, et en parti-

mouvement commercial qui donnait tant de vie aux bords du lac de Tibériade.

2° Population et quartiers. — La population actuelle de Nazareth est d’environ 7 500 habitants, dont près de 2 000 musulmans, et le reste composé de grecs orthodoxes, de grecs-unis, de latins, de maronites et de protestants. La plupart se livrent à l’agriculture, au jardinage, ou à différentes industries, en particulier à la fabrication de couteaux et au commerce du coton et des grains. Les charpentiers y sont assez nombreux (fig. 417) et travaillent toujours dans un atelier distinct de la maison où demeure leur famille. Cet atelier est toujours au rez-de-chaussée et n’a pas d’appartement destiné à être habité. L’amour du travail amène chez les habitants de Nazareth une aisance relative, mais leur

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