NÈGRES
tos. On a cru, sur la foi de certains indices, que l’Asie avait été le berceau de la race nègre. Cf. Van den Gheyn, L'origine asiatique de la race noire, dans la Revue des questions scientifiques, Bruxelles, avril 1891, p. 428-462, et Congrès scient, internat, des catholiques, Paris, 1891, Anthropologie, p. 132-154. Différentes considérations ne permettent pas de tenir cette conclusion pour certaine. On ne s’explique pas, par exemple, comment, sous un même climat, certaines races seraient restées jaunes ou blanches, tandis que d’autres seraient devenues noires. Aussi le P. Van den Gheyn, Congr. scient, internat, des catholiques, Bruxelles, 1895, Anthropologie, p. 225, accorda-t-il ensuite moins de crédit à l’hypothèse d’une migration des nègres d’Asie en Afrique. On a cherché pendant longtemps à faire des caractères spécifiques de la race nègre une objection contre l’unité de l’espèce humaine. La plupart des savants n’ont pas admis la valeur de cette objection. Cf. Guibert, Les origines, Paris, 3e édit., 1902, p. 215-255; Vigouroux, Les Livres Saints et la critique rationaliste, Paris, 5e édit., 1902, t. iv, p. 1-119. Elle a, du reste, singulièrement perdu de son crédit depuis que la théorie de l’évolution est en faveur. Si, physiquement parlant, l’homme peut venir du singe, à plus forte raison le noir peut-il venir du blanc.
2° Les Égyptiens furent en rapport avec les nègres et les négrilles au sud de leur pays; ils eurent parfois à batailler avec eux, et leurs monuments représentent soit des noirs qui apportent-leurs tributs aux pharaons, voir t. n, fig. 619, col. 2009; cf. Lepsius, Denkni., Abth. iii, Blatt. 117; Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, Paris, t. u, 1897, p. 269, soit des scènes de guerre contre leurs tribus pillardes (fig. 428). Cf. Champollion, Monuments de l’Egypte et de la Nubie, pl. lxxi. En Asie, des négritos ont occupé la Susiane; leur type se retrouve encore dans la contrée. Cf. Dieulafoy, dans la Revue d’ethnographie, Paris, 1887, p. 400- 414; L’acro- pôle de Suse, Paris, 1892, p. 7-11, 27-33, 36, 37; Fr. lloussay, Les races humaines de la Perse, Paris, p. 28-45, 48; Maspero, Histoire ancienne, t. iii, p. 32. Ces négritos susiens servirent dans l’armée de Xerxès. Hérodote, vu, 70, les appelle des Éthiopiens orientaux, et les distingue des Éthiopiens d’Afrique par leur langage et par leurs cheveux, qui étaient droits et non crépus.
3° La Bible ne s'occupe pas directement de la race nègre, avec laquelle les Israélites n’ont pas eu de contact immédiat. Il se pourrait cependant qu’il y fût fait allusion dans un passage où Ézéchiel, xxvii, 11, parle de gammâdim postés sur les tours de Tyr. Les Septante traduisent ce mot par çûXaxsç, ce qui suppose la lecture somerim, « gardes. » La Vulgate rend le terme hébreu par Pygmæi, « pygmées. » La plupart des auteurs font de gammâdim un nom de peuple, peut-être les Gamdu égyptiens, les Kumidi des lettres de Tellel-Arnarna, peuplade voisine de l’Hermon. Cf. Buhl, Gesenius’ Handwôrlerbuch, p. 156. Mais déjà J. D.Michælis, Supplem ., Gœttingue, 1784, p. 326, adoptant le sens de la Vulgate, faisait venir gammâdim de goméd, « bâton, aune, » d’où hommes hauts d’une aune, hauts comme un bâton, pygmées. Quoi d’étonnant que Tyr, en rapports constants avec Carthage, ait eu à son service des négrilles d’Afrique, ou ait enrôlé des négritos de Susiane '> « De fait, on peut facilement admettre que des pygmées ont été enrôlés comme archers pour la défense de Tyr, puisque tel a été et tel est encore leur rôle sur certains points du globe. » Mil1' Le Roy, Les Pygmées, Tours, s. d., p. 8-10. Quelques auteurs ont tenté d’établir l'identité des nègres avec les Couschites, les Kassi babyloniens, les Cissiens et les Cosséens. Cf. Dessailly, Le paradis terrestre et la race nègre, p. 253- 301. Sur cette identification, voir Chus, t. n, col. 743- 746. Le pays de Chus désigne ordinairement l’Éthiopie