‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 153 sur 389 · NÈGRES · texte numérisé non relu

NÈGRES

NÉHÉL AMITE

africaine, et aussi quelquefois la partie de l’Asie occupée primitivement par les Couschites. Voir Éthiopie, t. h, col. 2007. Mais, parmi les textes bibliques qui se rapportent à l’Éthiopie, il en est qui pourraient viser l’Éthiopie asiatique, l'Élani la région de Suse, peuplé par les négritos. plutôt que l'Éthiopie africaine. Isaïe, xviii, 1-3, annonce à l’Éthiopie le futur désastre des Assyriens. L’Éthiopie, Kûs, n'est-elle pas plutôt ici l’Élam, d’abord écrasé par Assurbanipal, qui prit et détruisit Suse, mais destiné à reprendre sa revanche contre l'Assyrie à l’avènement des Mèdes? Sophonie, il, 12, décrit le châtiment futur de Moab, d’Ammon. des Éthiopiens et de l’Assyrie, peuples qui ont été les ennemis d’Israël; puis, iii, 10, il annonce aux futurs exilés de sa nation que Dieu fera revenir ses serviteurs

classique, t. iii, p. 373, 374. Or, nul doute qu’il n’y eût des nègres parmi ces débris des troupes égyptiennes. Nahum, iii, 9, signale les Éthiopiens, les Lybiens et les Nubiens au nombre des défenseurs de l’Égypte. Il en fut probablement de même dans l'armée de Nécliao, quand celui-ci traversa la Palestine, sous Josias, pour aller se faire battre par les Chaldéens à Carchemis. — L’épouse du Cantique, i, 4, 5, dit d’elle-même :

Je suis noire ( Sehorâh ) et belle, filles de Jérusalem, [mon;

Comme les tentes de Cédar, comme les pavillons de Salo-

Ne prenez pas garde que je suis noirâtre (Seharhorét),

Que le soleil m'a brûlée.

Le noir du visage est ici comparé à la couleur des tentes de Cédar, qui sont faites en étoffes de poils de

428. — Ramsès II met en fuite une tribu nègre. Beit-Oualli. D’après Champollion, Monuments de l’Égypte, pl. lxxi.

d’au delà des fleuves de l’Éthiopie. N’est-ce pas encore le kûs asiatique, la Susiane, dont il est question dans ces textes? Ce n’est pas en effet dans l’Éthiopie africaine que les Israélites ont été déportés, c’est en Chaldée et dans les pays situés au delà, particulièrement dans la Susiane.

4° Le Kùsi, « Éthiopien, » qui ne peut pas changer sa peau, pas plus que le léopard ne peut changer son J pelage tacheté, Jer., xm, 23, est un noir proprement dit, bien plutôt qu’un simple Abyssin. La couleur de ce I dernier ne diffère pas notablement de celle du bédouin; or le terme de comparaison employé par le prophète, pour marquer l’incurabilité de Juda dans le mal, a beaucoup plus de relief s'il porte sur une couleur de peau à la fois indélébile et tranchant foncièrement avec la couleur habituelle aux Sémites. Les noirs n’étaient pas inconnus en Palestine à l’époque de Jérémie. Déjà, à la suite de sa campagne contre l’Éthiopien Tharaca, maître de l’Égypte, Asarhaddon, voir t. i, col. 1059, avait ramené avec lui un butin immense et des convois innombrables de prisonniers ; il s’étail plu à parader avec eux à travers la Syrie, pour faire la leçon, aux princes qui avaient cru à l’invincibilité du pharaon. Cf. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l’Orient

chèvre ou de chameau et paraissent toutes noires. Voir Cédar, t. ii, col. 357. L’épouse ne se présente pas comme une négresse, mais comme une personne qui a vécu en plein air, et que le soleil a brunie, a rendue seharhorét, « noirâtre, » mot qui est un diminutif de sdhar, « être noir. » Il serait bien difficile de s’expliquer ce visage hâlé et noirci, s’il s’agissait de l'épouse de Salomon, qui, malgré ce défaut apparent, prétendrait encore être belle et s’en vanterait auprès des filles de Jérusalem. En donnant au Cantique le sens allégorique qui seul lui convient, les interprètes voient dans ce noir visage de l’épouse l’effet de la persécution, qui ménage à l’Église un nouveau genre de beauté ajoutée à sa beauté native. Cf. Bossuet, Œuvres compl., Bar-le-Duc, t. ii, p. 11; Le Ilir, Le Cantique des cantiques, Paris, 1883, p. 78 ; Gietmann, Eccles. et Cant. cant., Paris, 1890, p. 439-441. H. Lesétre.

NÉHÉLAM1TE (hébreu : han-Néhélâmi ; han-Neh- Idmî; Septante : AlXap.ivq;; Alexandrinus et Situations : ’EXagif^ç; Complote : NssXarj.rrriç), qualificatif qui accompagne le nom du faux prophète Séméias dans Jérémie, xxxix, 24, 31, 32. 11 était avec les captifs à Babylone. Ce surnom de Néhélamite doit venir soit du

NÉHÉLAMITE

NÉHÉMIE

lieu de sa naissance ou de son séjour, soit d’un de ses ancêtres, mais il est impossible de résoudre le problème, parce nous ne connaissons aucune localité ni aucune personne du nom de Néhélam. Le Targum voit dans ce nom abri, Hâldm, ville située entre le Jourdain et l’Euphrate. Voir Hélam, t. ni, col. 564. L'orthographe des Septante peut favoriser ce rapprochement, ou celui que font divers commentateurs avec le descendant d’Aser appelé Hélem. Voir IIélem, t. iii, col. 566. Mais il est purement conjectural — Hâlâm en hébreu signifie « songe, rêve » et Jérémie traite plusieurs fois de « rêveries et de songes » les oracles des faux prophètes, Jer., xxiii, 25, 27, 28; il les appelle eux-mêmes nibëê hâlômôt, « des prophètes de songes » (Vulgate : prophetæ sommantes), f. 32. Cf. xxix, 8. En rappelant trois fois le surnom de Séméias, il a pu voir dans ce mot de Néhélami, une allusion à ses « rêves », à ses fausses prophéties. De là le sens de « rêveur » qui a été attribué à Néhélamite par quelques rabbins et quelques commentateurs chrétiens. Voir J. Ivnabenhauer, Comment. in Jeremiam , Paris, 1889, p. 359.

NÉHELESCOL ou Vallée d’Escol. Num., xm, 25. Voir Escol 2, t. n, col. 1928.

NÉHÉM9E (héb reu : Néhémayâh; Septante : Neepiaç ; Vulgate : Neliemias), nom de trois Israélites.

1. NÉHÉMIE, un des chefs juifs qui revinrent en Palestine avec Zorobabel. I Esd., il, 2; II Esd., vu, 7. Ces chefs sont au nombre de douze en comptant Zorobabel, et ils sont désignés sous le titre de « fils de la province», ham-medînâh, c’est-à-dire du territoire dont

; Jérusalem était la capitale, cf. n, Esd., xi, 3, lequel forma la medinâh ou province de Juda dans l’empire perse. Cf. I Esd., v, 8. Ce Néhémie est différent du ills d’Helcias.

2. NÉHÉMIE, deux fois athersatha ou gouverneur des Juifs revenus de l’exil, restaurateur des murs de

I Jérusalem et réformateur de la communauté juive. Nous 1 sommes renseignés sur ses deux gouvernements et les I réformes qu’il a entreprises par ses propres Mémoires, [■ insérés dans le IIe livre d’Esdras, dit de Néhémie. Voir I Néhémie (Livre de). Il ne nous a rien appris sur sa fa-

1“ mille, qui était, conclut-on de ce silence, peu illustre et peu connue, quoique habitant Jérusalem où se trouvaient les tombeaux des ancêtres, n, 3, 5. Il nous dit seulement qu’il était iils d’Helcias, i, 1 (Hachelai, x, 1), échanson I du roi Artaxerxès à la cour de Suse, 1, 11. On pense qu’il I avait mérité par ses qualités personnelles d’être élevé à l> cette charge importante. Voir Échanson, t. n, col. 1559.

Ier gouvernement. — 1° Date. — Ce fut la vingtième |> année du roi Artaxerxès, i, 1; n, 1. Cette donnée, four-

Inie par les Mémoires authentiques de Néhémie, a été généralement tenue pour historique. Winckler, Altorientalische Forschungen, 2e série, Leipzig, 1899, t. n, p. 473, n’y voit qu’un emprunt mythologique A la légende I babylonienne et une allusion, à la fête du nouvel an I durant laquelle les dieux décident le' sort des nations, f et par conséquent celui d'Israël. L'unique raison de I cette singulière affirmation est que Néhémie adopte le I système chronologique de Babylone. Mais si on a com- I munément reconnu l’exactitude de cette date, on l'a I fixée de façons bien différentes. Le désaccord provient I de ce que Néhémie ne dit pas de quel roi perse, nommé I Artaxerxès, il était l’échanson. La plupart des commen- ■ tateurs reconnaissent dans ce roi Artaxerxès Ier Lon- I guemain (464-424). Voir Artaxerxès Ier, t. i, col. 1040. I Quelques-uns cependant y voyaient Artaxerxès II, dont f. la vingtième année du règne correspondait à l’an 385. V Cf. F. de Saulcy, Étude chronologique des livres d'Esi dras et de Néhémie, Paris, 1868, p. 47 sq. ; Kaulen,

Einleilung, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1890, p. 211. .1. Imbert, Le temple reconstruit par Zorobabel, Louvain, 1889, aboutissait à cette conclusion, parce qu’il rabaissait le retour de Zorobabel au règne de Darius IL Mais son système chronologique est inadmissible, le retour de Zorobabel ayant eu lieu sous Cyrus. A. van Iloonacker, Zorobabel et le second temple, Louvain, 1892, p. 12-25. Le P. Lagrange estime aussi que Néhémie reçut sa première mission la vingtième année d’Artaxerxès II. Ses principaux arguments sont tirés des données chronologiques de Josèphe, Ant. jud., XI, vu, 1, 2. Revue biblique, octobre 1894. Mais ces données ne sont pas fondées. A. van Hoonacker, Revue biblique, avril 1895; Id., Nouvelles études sur la restauration juive après l'exil de Babylone, Paris, Louvain, 1896, p. 187-194. L'argument établi sur la succession des grands-prêtres juifs, Neh., xn, 10; cf. xm, 28, n’a pas plus de valeur. Ibid., p. 194-202. On n’allègue aucune raison sérieuse contre l’opinion "générale que Néhémie vint à Jérusalem la vingtième année d’Artaxerxès I01', par conséquent en 444.

2° Occasion. — Cette année-là donc, au mois de casleu, Hanani, un des frères de Néhémie, ou, du moins, un de ses plus proches parents, qui était reparti à Jérusalem, vraisemblablement avec une des caravanes précédentes, revenu à Suse, rendit visite à son frère avec quelques hommes de Juda. Néhémie l’interrogea sur la situation des Juifs, sortis de captivité et rapatriés à Jérusalem. Hanani décrivit leur grande affliction et leur opprobre : les murs de la ville étaient rompus, brisés, et les portes avaient été consumées par le feu, i, 1-3. Cette description correspond à l’essai de reconstruction des murs de la ville, interrompu par ordre d’Artaxerxès.

I Esd., iv, 7-23. A. van Hoonacker, Nouvelles éludes, p. 161-181; J. Fischer, Die chronologischen Fragen in den Bïichern Esra-Neliemia, Fribourg-en-Brisgau, 1903, p. 83-88. En apprenant ces tristes nouvelles, Néhémie s’assit et se mit à pleurer; il demeura plusieurs jours dans une profonde tristesse; il jeûnait et priait nuit et jour le Seigneur tout-puissant, fidèle et miséricordieux.

II reproduit sa prière habituelle, dans laquelle il reconnaissait humblement les fautes de ses pères infidèles et justement punis par leur dispersion au milieu des païens II rappelait aussi à Dieu sa promesse de rassembler les captifs convertis et de les ramener à Jérusalem. Deut., xxx, 1-3. Il le suppliait donc de le protéger dans ses desseins et de lui faire trouver grâce aux yeux du roi qu’il servait comme échanson, i, 4-11. La suite du récit dévoile le secret dessein de Néhémie. Il voulait amener le roi à revenir sur la décision prise de faire cesser la reconstruction des murs de Jérusalem. I Esd., îv, 21, 22. Fortifié par la prière, il attendit une occasion favorable pour intervenir et adresser sa requête. Au mois de nisan de la même année, par conséquent après trois mois d’intervalle, il se trouva de service un jour que le roi était seul à table avec la reine, sa femme principale. Il s’y prit habilement pour se faire interroger par son maître. Contrairement à son habitude, il se tint auprès de la table royale, l’air abattu et défait. Le roi s’en aperçut et s’en étonna, puisque l’échanson ne paraissait pas malade. Il voulut connaître la cause de sa tristesse. Dominant sa crainte, Néhémie dit au roi : « Pourquoi mon visage ne serait-il pas abattu, quand la ville où sont les tombeaux de mes pères est dévastée et que ses portes sont brûlées? » Le roi encourageant sa requête, il pria Dieu et demanda expressément d’être envoyé en Judée pour rebâtir la ville de Jérusalem. Il semblait difficile de faire revenir le roi sur sa décision. Grâce peut-être à l’intervention de la reine, la demande de l’échanson fut agréée. Le roi et la reine demandèrent seulement quelles seraient la durée du voyage et la date du retour. Néhémie fixa un délai qui lui fut accordé et qui était de douze ans.

NÉHÉMIE

v, 14; xm, 6. Le roi accorda l’autorisation, n, 1-6. En fait, Néhémie avait le titre d 'athersatha, vu i, 9; x, 1 avec des pouvoirs étendus. Voir t. i, col. 1221.

Il demanda encore des lettres à présenter aux gouverneurs des provinces situées au delà de l'Euphrate pour qu’ils le fassent passer jusqu’en Judée, et l’autorisation de prendre dans les forêts royales le bois nécessaire aux travaux à faire au Temple et aux murailles aussi bien qu’à sa propre maison à Jérusalem. Parce que Dieu le protégeait, le roi lui accorda les faveurs demandées, n, 7, 8. Il lui donna aussi des officiers et des cavaliers pour l’escorter. Le voyage se lit heureusement grâce aux lettres présentées aux gouverneurs des provinces d’au delà de l’Euphrate, n, 9. Toutefois, Sanaballat et Tobie, de races ennemies des Juifs, ayant appris que Néhémie venait travailler à la prospérité des Israélites, en furent contristés, n, 10. Ils devaient bientôt mettre obstacle à ses projets.

3° Reconstruction des murs de Jérusalem. — Prévoyant cette opposition, Néhémie ne fit connaître à personne l’objet de sa mission, avant de s’être rendu compte par lui-même de la situation. Trois jours après son arrivée à Jérusalem, il alla de nuit, avec une faible escorte, inspecter l’état des murs. Le cheval qu'il montait était le seul qu’il y eût à Jérusalem. Il sortit par la porte de la Vallée, s’arrêta devant la fontaine du Dragon pour considérer les murs ébréchés et les portes incendiées. Parvenu à la porte de la fontaine de Siloé et à l'aqueduc royal, il ne put trouver au milieu des ruines un passage libre pour son cheval. Remontant la vallée du Cédron, il continua d’examiner l’état des murailles et rentra par la porte de la Vallée, après avoir ainsi fait le tour de l’enceinte extérieure, il, 11- 15. Les chefs qui commandaient au nom du roi ignoraient cette course nocturne et les projets de Néhémie, que celui-ci n’avait pas même révélés aux Juifs. Il les communiqua enlin à ces derniers, leur apprit la protection dont Dieu l'avait favorisé et l’autorisation royale. Il les décida de la sorte à commencer aussitôt la reconstruction des murs de la ville, n, 16-18.

Dès la reprise des travaux, les adversaires des Juifs, Sanaballat, Tobie et Gossem, se moquèrent des travailleurs et présentèrent leur entreprise comme un acte de rébellion et de désobéissance aux ordres du roi de Perse. Néhémie leur répondit que Dieu assistait ses serviteurs, qui continueraient à relever les murs de leur ville. Il en avait le droit et il remplissait un devoir. Quant à eux, étrangers à Jérusalem, ils n’avaient aucun droit sur cette ville. Les travaux ne furent pas interrompus, et le chapitre iii du livre de Néhémie trace un intéressant tableau du groupement des ouvriers et de la partie des murs qu’ils relevèrent. Les habitants de Jérusalem et des villages de la province, sauf les principaux de Thécué, ÿ. 5, s’employèrent avec ardeur à l’œuvre de la restauration et de l’achèvement des murailles. Ce ne fut pas toutefois sans opposition. Les ennemis d’Israël et les tribus voisines se liguèrent pour entraver la reconstruction. Les moqueries de Sanaballat et de Tobie sur la hâte des travailleurs et sur la qualité des matériaux qu’ils employaient ne firent qu’augmenter la confiance pieuse de Néhémie et l’ardeur des Juifs, iv, 1-6. Déjà, la moitié de la besogne était faite, quand les ennemis en colère passèrent des injures aux actes. Les Arabes, les Ammonites et les habitants d’AJ.ot se joignirent à Sanaballat et à Tobie et résolurent d’attaquer ensemble Jérusalem et de tendre des embûches aux reconstructeurs. Les tribus voisines voulaient par tout moyen s'opposer au relèvement de Jérusalem, parce que la restauration de la capitale juive devait fortifier les rapatriés et ruiner parmi eux l’inlluence étrangère. Néhémie n’eut pas seulement recours à la prière, il plaça

sur la muraille des gardes qui veillaient nuit et jour. Les travailleurs se décourageaient et craignaient de ne pas venir à bout de leur entreprise. Leurs adversaires avaient projeté de les surprendre et de les tailler en pièces; mais les Juifs, qui habitaient au milieu d’eux, vinrent de dix endroits différents prévenir leurs frères. Néhémie rangea tout le peuple en armes autour des murs et l’encouragea à la confiance en Dieu et à la lutte. Mais les ennemis, ayant appris que leur dessein avait été dévoilé, changèrent d’avis, et les Juifs reprirent leur travail. Dès lors, par crainte d'une surprise, la moitié des jeunes servileurs de Néhémie travaillait et l’aulre moitié restait sous les armes avec les chefs. Tous les travailleurs eux-mêmes étaient armés, ils avaient l’épée au côté et ils sonnaient de la trompette auprès de Néhémie. Celui-ci avait, en effet, décidé qu’en raison de l’étendue du chantier et de l’éloignement des équipes, le lieu d’où partirait le son de la trompette serait le centre du ralliement. Le peuple ne devait pas quitter Jérusalem, chacun travaillait à son rang, jour et nuit. Néhémie lui-même, ses parents, ses hommes et ses gardes ne quittaient pas leurs vêtements, pas même de nuit, iv, 7-23.

4° Plaintes du peuple contre les riches. — Cependant, au milieu même de ces travaux, Néhémie eut à réprimer de graves abus, qui soulevèrent les plaintes du peuple. Des riches accaparaient les biens de leurs frères et ils ne leur fournissaient les moyens d'existence et les sommes nécessaires au paiement des impôts, que s'ils recevaient en gages leurs champs, J leurs vignes, leurs maisons et même leurs enfants, v,

1-5. Néhémie irrité réfléchit sur la conduite qu’il devait , suivre. Il réprimanda les grands et les chefs, puis con- : voqua le peuple en assemblée. Dans sa harangue, il opposa sa manière d’agir à celle des coupables. Tandis qu’il avait racheté le plus possible de Juifs vendus aux | païens, eux vendraient-ils leurs frères pour qu’il dût i les racheter ? Les riches se turent, ne sachant que ré- il pondre. Néhémie continua ses reproches. Lui-même, ; ses frères et ses serviteurs avaient prêté de l’argent et I du blé à plusieurs. Que tous, d’un commun accord, s’engagent à ne rien réclamer à leurs débiteurs, et que ! les riches rendent les biens saisis et les intérêts touchés. ; Ils prirent généreusement l’engagement proposé. Les ;j prêtres firent la même promesse, et, frappant sa poi- ; trine, Néhémie attira les coups de la vengeance divine j sur quiconque ne tiendrait pas son engagement. Le , peuple répondit ; Amen, et loua Dieu. L’engagement pris avec cette solennité fut observé, v, 6-14. Néhémie rappela à ce propos que ses prédécesseurs et leurs t agents subalternes avaient pressuré et exploité les j, Juifs. Mais lui, il montra plus de désintéressement; |i non seulement il ne toucha pas, durant les douze années J de son premier gouvernement, les revenus de sa charge, il travailla lui-même avec tous ses serviteurs à la réfection des murs, et il n’acheta aucun champ. Il nour- t rissait à sa table 150 personnes, sans compter les Juifs ! i qui habitaient parmi les tribus voisines et venaient à Jérusalem. Tous les dix jours, il distribuait du vin et beaucoup d’autres denrées. Le peuple était pauvre et Néhémie espérait de Dieu la récompense de sa bonté à 1 l’égard des siens, v, 15-19.

5° Embûches dressées par Sanaballat, Tobie et Gossem. — N’ayant pas réussi à entraver la réédification des murs de Jérusalem, alors que les portes n’étaient | pas encore terminées, les adversaires de Néhémie lui tendirent de nouvelles embûches. Sanaballat et Gossem lui proposèrent de venir en quelque localité d’Ono pour j J conclure alliance avec eux; en réalité, ils voulaient s’emparer de lui. Néhémie s’excusa sur la nécessité de sur- : I veiller les grands travaux qu’il avait entrepris, de peur ; qu’ils ne fussent négligés pendant son absence. Par quatre fois, la même proposition fut faite, et la même

NEHEMIE

réponse donnée. Une cinquième fois, Sanaballat envoya à Néhémie une lettre dans laquelle il rapportait le bruit, répandu par Gossem, que la reconstruction des murs de Jérusalem était une révolte contre le roi perse. Néhémie voulait se déclarer lui-même roi des Juifs, et il avait suscité des prophètes qui proclamaient la nécessité de reconnaître sa royauté. Le roi de Suse devait être averti de ce bruit public, et Sanaballat invitait Néhémie à venir en délibérer avec lui. Néhémie envoya un courrier répondre qu’il n’y avait rien de vrai en tous ces bruits et que Sanaballat inventait ces fausses nouvelles à dessein. Ces démarches n'avaient d’autre but que d’effrayer Néhémie et de lui faire cesser les travaux. Comme il persévérait, au contraire, dans son dessein, ses adversaires ourdirent de nouvelles - intrigues, et eurent recours à la faction juive qui leur était favorable. Néhémie était entré en secret dans la maison du prophète Séméias pour le consulter. Celui-ci lui suggéra de s’enfermer dans le Temple, afin d’échapper aux coups des conjurés qui devaient venir de nuit pour le tuer. Néhémie refusa noblement de se cacher et de fuir ainsi le danger, et il comprit que Dieu n’avait pas inspiré à Séméias ce dessein, mais que celui-ci, soudoyé par Tobie et Sanaballat, avait feint d’être inspiré; il était payé pour l’intimider et lui faire commettre une faute qu’on pourrait justement lui reprocher. La prophétesse Noadia et d’autres prophètes avaient cherché aussi à l’épouvanter. Néhémie s’en remet à Dieu de leurs actes et de leurs embûches dressées contre lui par Tobie et Sanaballat, vi, 1-14. Cependant, les murailles furent achevées le 25 du mois d’élul. Les travaux avaient duré 52 jours. Quand ils l’apprirent, les adversaires des Juifs en furent consternés; ils y reconnurent la main de Dieu. Ils avaient été favorisés par plusieurs des principaux Juifs, qui correspondaient avec Tobie et qui avaient juré d’être de son parti, parce qu’il était allié, lui et son fils, à des familles juives. Ils venaient le louer devant Néhémie, et ils transmettaient à Tobie les paroles de Néhémie, vi, 15-19.

6° Peuplement de la ville et dédicace des murs. — Les murs achevés et les portes posées, Néhémie lit le recensement des portiers, des chantres et des lévites. Puis, il donna à Hanani, son frère, et à Hananias, chef d’une famille de Jérusalem, ses ordres concernant la garde de la ville ; les portes en seraient fermées de nuit et on ne les ouvrirait que lorsque le soleil serait déjà chaud. Ce soir-là, on les ferma et on les barra en leur présence, et les habitants de Jérusalem veillèrent tour à tour, chacun devant sa maison. La ville était étendue, mais elle contenait peu d’habitants et de maisons bâties, vu, 1-4. Elle n’était pas encore reconstituée comme cité. Dieu suggéra à Néhémie de faire le recensement des habitants rassemblés. Le gouverneur voulait donner à Jérusalem une population suffisante de véritables Israélites, afin d’avoir une cité réellement nationale, à l’exclusion d’éléments étrangers. Il retrouva la liste des familles revenues de Babylone avec Zorobabel, vu, 5-73, et reproduite I Esd., n, 1-70; III Esd., v, 7-39. Quelques familles, même des familles sacerdotales, n’avaient pu faire la preuve de leur origine juive ou aaronique. Néhémie reproduisit cette liste dans ses Mémoires, parce qu’elle contenait le nom des familles israélites officiellement reconnues. Le recensement projeté était dès lors inutile et ne fut pas exécuté; à l’aide de cette liste, le gouverneur pouvait discerner les personnes capables de prendre rang dans la population nouvelle de la ville sainte. Il ne restait plus qu’à les grouper et à les séparer entièrement de tout élément étranger.

J. Nikel, Die Wiederherstelltmg des jiidischen Gemeinwesens nach dem babylonischen Exil, Fribourgen-Brisgau, 1900, p. 196, tien! pour vraisemblable que, nonobstant l’éloignement du récit transporté, xii, 27-46,

la fête de la dédicace des murs de Jérusalem eut lieu peu après l’achèvemenl de leur reconstruction. Le récit, dont le début n’est pas relié aux précédents, semble hors de sa place naturelle. Tous les lévites et les chantres furent rassemblés à Jérusalem. Les prêtres et les lévites, s’étant purifiés, purifièrent le peuple, les portes et les murailles. Néhémie fit monter les princes de Juda sur les murs, et il constitua deux chœurs de chantres qui, suivis chacun d’une partie de la foule, partirent du même point en sens opposé pour se rejoindre, après avoir fait le tour de la moitié des murs, devant le Temple. Néhémie suivait le second chœur. Les prêtres offrirent de nombreux sacrifices au milieu de la joie universelle. Ce même jour, on établit des chefs pour veiller à la conservation des offrandes, des prémices et des dîmes, destinées à l’entretien des prêtres et des lévites. Cependant, la dédicace des murs a fort bien pu suivre les réformes religieuses et civiles, prises en commun par Néhémie et Esdras, le récit se trouverait alors à sa place chronologique. Quoi qu’il en soit, le scribe Esdras y figurait à la tète des prêtres qui sonnaient de la trompette, xii, 35.

7° Réformes religieuses opérées en commun par Néhémie et Esdras. — Les chapitres vm-xii, qui relatent ces réformes, constituent dans le récitactuel un tout lié et expressément rapporté au premier séjour de Néhémie à Jérusalem. Tandis que la majorité des commentateurs maintient cette date, quelques critiques replacent les faits dans un autre cadre historique. Schlatter, Z ur Topographie und Geschichte Palâstinas, Stuttgart, 1893, p. 405, a prétendu que les événements racontés, vm-x, se seraient produits du temps de Zorobabel et que leur récit aurait primitivement fait partie d’un document qui décrivait la réorganisation de la communauté juive après le retour de la première caravane. Néhémie l’aurait reproduit dans ses Mémoires, parce qu’il contenait la charte religieuse de la restauration israélite. On crut par suite que les événements ainsi encadrés s’étaient produits de son temps, et on fut ainsi amené à lui donner un rôle à lui-même et à Esdras. Ainsi le nom de Néhémie aurait été inséré, vin, 9, où le texte primitif ne présentait que le titre d’athersatha convenant à Zorobabel. Cf. III Esd., ix, 50. Au même passage, les mots : « Esdras et les lévites, » paraissent être une addition, puisque le verbe est au singulier. Au verset 13, les mots : « auprès d’Esdras et, » semblent avoir été interpolés, tant la construction actuelle de la phrase est étrange. Les prêtres et les lévites qui signent l’alliance, x, 3-27, sont en grande partie les mêmes que ceux du temps de Zorobabel, xii, 1-21. L’assemblée tenue à Jérusalem convient mieux à la situation de l’époque de Zorobabel qu’à celle de Néhémie. Les circonstances mentionnées s’y rapportent plus naturellement, ainsi la tristesse du peuple, vm, 9 ; cf. I Esd., iii, 12; la découverte de la loi concernant la fête des Tabernacles, vm, 14. Le jeûne du 24e jour du 7e mois, ix, 1, est le jour de pénitence institué au début de la captivité en expiation du meurtre de Godolias, et peu probablement usité encore à l'époque de Néhémie. Cf. Zach., vm, 19. Enfin, les résolutions prises sur les mariages mixtes et l’entretien du culte supposent le début de la restauration et se rapportent à la première réorganisation de la communauté.

Ces arguments ne suffisent pas à prouver l’hypothèse.

II n’y a aucune raison de considérer le nom de Néhémie comme interpolé, vm, 9; x, 2; dans le premier de ces deux passages, ce serait plulôt le titre : athersalha, exprimé dans une phrase incidente, qui aurait été ajouté, et il manque dans la version des Septante. Ed. Meyer, Die Emtehung des Judenlums, Halle, 1896, p. 200.

III Esd., ix, 50, n’a pas conservé le texte primitif; c'en est plutôt un remaniement, dont l’auteur omet le nom du gouverneur dans un récit consacré tout entier

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