‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 155 sur 389 · II. CARACTERE COMPOSITE DU LIVRE NONOBSTANT L’UNITÉ · texte numérisé non relu

II. CARACTERE COMPOSITE DU LIVRE NONOBSTANT L’UNITÉ

iie plan. — Bien que le livre actuel de Néhémie présente une unité incontestable, tant par son contenu, puisqu’il raconte le double gouvernement de l’échanson royal et les réformes religieuses exécutées soit par lui seul soit avec la collaboration d’Esdras, que par son but qui est d’exposer la suite de la restauration sociale et religieuse des Juifs revenus de l’exil, il apparaît à la simple analyse comme une compilation de documents divers. L’unité de contenu et de plan révèle la main d’un auteur ou rédacteur, qui groupe les documents, les relie, les complète en les adaptant à son but. Tout en donnant à l’ensemble son empreinte propre, ce rédacteur a laissé aux documents qu'il utilisait leurs caractères distinctifs, qui les rendent encore aujourd’hui aisément reconnaissables.

Les sept premiers chapitres se distinguent des trois suivants par le ton, le genre d’exposition et le style. L’auteur y parle â la première personne, et le récit présente une originalité qui décèle l’écrivain contemporain et l’acteur des faits racontés. C’est Néhémie lui-même qui a tenu la plume et qui a laissé, dans des Mémoires d’une authenticité inattaquable et avec un accent personnel très fort, l’exposé des actes de son premier gouvernement et l’expression saisissante de ses sentiments intérieurs. Son individualité s’y reflète, et la formule : « Souvenez-vous de moi, Seigneur, » etc., répétée, v, 19; vi, 14, est comme sa véritable signature. Lui-même a ajouté, vu, 6-73, un document de l’époque de Zorobabel, qu’il venait de retrouver. A partir du ch. vin jusqu’à la fin du ch. x, il y a interruption brusque, le ton change; le récit à la première personne cesse, et il n’est plus parlé de Néhémie qu’à la troisième personne, vm, 9; x, 1. On lui donne aussi le titre perse d’athersatha, porté par Zorobabel. 1 Esd., ii, 63; II Esd., vu, 65, 70. Bien plus, le célèbre gouverneur cède presque la place au scribe Lsdras, qui joue, comme scribe et comme prêtre, le rôle principal. Dans le récit lui-même, la personnalité de l'écrivain n’est plus si apparente; la forme est moins individuelle et moins plastique. La plupart des critiques ont conclu de ces différences que les ch. vm-x étaient d’une autre main, et faisaient partie soit des Mémoires d’Esdras, soit d’autres Mémoires contemporains, x, 29-39. Ceux qui les rapportent à Esdras considèrent qu’ils contiennent un récit vivant et détaillé comme les autres parties des Mémoires d’Esdras, et ils rapprochent I Esd., x, 6, de II Esd., xii, 23, où il est parlé de Jonathan, fils d’Eliasib. Stade pense que ix, 9-x, 40, ont été extraits directement de ces Mémoires, parce que dans les Septante on lit : Kod eîtcev ’Ecopaç, îx, 6. Cependant M. A. van Iloonacker, Nouvelles études sur la restauration juive après l’exil de Babylone, Paris, Louvain, 1896, p. 258-263, estime que ces chapitres figuraient

dans les Mémoires authentiques de Néhémie. Selon lui, Néhémie avait des raisons spéciales de ne pas se donner comme l’inspirateur des mesures et des décisions prises dans l’assemblée de Jérusalem. C’est la communauté elle-même qui prend des engagements et qui établit des réformes. En sa qualité de laïque, Néhémie n’avait pas mission pour restaurer le culte et pour agir comme chef spirituel. Rapportant les faits, il s’efface et fait parler et agir la communauté. Son récit prend tout naturellement un tour plus objectif et plus impersonnel. Le document, contenant la liste des compagnons de Zorobabel, vu, 6-73, qu’il avait reproduit, servit de transition à la narration faite à la troisième personne. L’exorde luimême, vm, 1, fut imité du récit d’Esdras, I Esd., iii,

I, qui fait suite à la liste des premiers rapatriés. I Esd., ii, 1-70. D’ailleurs, n’écrivant pas cette partie de ses Mémoires au moment où les événements s’accomplissaient, Néhémie a pu donner à l’expression de sa pensée une spontanéité moindre que dans la narration des faits, dont il avait été le principal acteur. Enfin, la suite des Mémoires authentiques de Néhémie, xm, 4-31, suppose les décisions qui ont été prises à l’assemblée de Jérusalem et dont elle ne raconte que les applications à l’exécution desquelles le gouverneur civil apportera plus tard l’énergique concours de son autorité. Cf., pour les termes eux-mêmes dans l’original, x, 40; xm, 11. Un autre morceau des Mémoires, xii, 27-43, présente de nouveau le passage de la troisième personne, f. 27, à la première, y. 31. Il n’y aurait donc pas de raison suffisante d’attribuer les ch. vm-x à un auteur distinct du rédacteur des Mémoires.

Les ch. xi-xii i contiennent des documents d’origine différente. Le ch. xi se rattache par le contenu au recensement décidé, vu, 5, et continue immédiatement le ch. vu, quoique le récit ne soit pas de la même teneur.

Les critiques ne sont pas d’accord sur l’époque à laquelle se rapporte cette liste d’habitants de Jérusalem et de la Judée. Cette liste est en partie identique à celle qui se trouve I Par., ix, 3-17. Désigne-t-elle des contemporains de Zorobabel ou de Néhémie? La place qu’elle i occupe dans le livre de Néhémie permet de la rattacher aux dispositions prises à l’assemblée de Jérusalem pour la repopulation de la capitale. A. van Hoonacker, op. cit., p. 263-267. Aussi les critiques admettent-ils généralement que cette liste, dont le texte ne nous est pas parvenu inlact, a fort bien pu figurer dans les Mémoires de Néhémie. La liste des prêtres et des lévites, xii, 1- 26, n’a pas fait partie de ces Mémoires. Les cinq grandsprêtres nommés, y. 10, 11, dépassent l’époque de Néhémie, quelle que soit, d’ailleurs, l’époque de Jeddoa, que Josèphe, Ant. jud., XI, vu, 2, fait contemporain de Darius Codornan, le dernier roi des Perses (336-332).

Voir Jeddoa. De plus, la liste des lévites aurait été dressée sous le règne de ce prince, xii, 22. Enfin, la situation décrite est rapportée « aux jours de Néhémie, I le gouverneur, et d'Esdras, le prêtre et le scribe », xii,

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