‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 154 sur 389 · IV · texte numérisé non relu

IV

NÉHÉMIE

à l’œuvre d’Esdras. D’autre part, même si le nom d’Esdras devait disparaître de vm, 9, 13, il resterait en d’autres passages qui affirment l’activité commune des deux réformateurs. L’identité des noms des prêtres signataires de l’alliance s’explique parce que, dans la plupart des cas, ces noms représentent, non pas des individus, mais les classes sacerdotales qui étaient les mêmes sous Zorobabel et Néhémie. Le peuple pouvait s’attrister à la lecture de la Loi qu’il n’avait pas observée aussi bien au temps de Néhémie qu’à celui de Zorobabel. Rien ne prouve que le jeûne, célébré au lendemain de la fête des Tabernacles, fut le jeune commémoratif du meurtre de Godolias; il fut plutôt observé comme préparation au renouvellement de l’alliance, dont le récit suit. La réforme des mariages mixtes n’avait pas été complète et Néhémie qui, durant la reconstruction des murs, en avait constaté les graves inconvénients, fit prendre des mesures plus sévères. Les généreuses promesses, faites par les Juifs rapatriés lors de la restauration du culte, ne furent pas régulièrement tenues. La ferveur première diminua, et il n’est pas étonnant qu’il fut nécessaire d’assurer la régularité du service et du paiement des dîmes et des revenus sacerdotaux. Les événements des ch. viii-x se sont donc produits au temps de Néhémie et pas à l'époque de Zorobabel. A. van Iloonacker, Nouvelles études, p. 237-254.

M. Kosters, Het Herstel van Israël in het perzische tijdvak, Leyde, 1894, p. 76-87, reporte les mêmes événements au second gouvernement de Néhémie après ceux qui sont racontés, xm, 4-31. Le critique hollandais transpose aussi les récits en plaçant celui du ch. vm après ceux des ch. ix et x. Ceux-ci décrivent l’organisation de la communauté juive et exposent ses préliminaires et ses conditions fondamentales. Or, selon M. Kosters, l’alliance solennelle fondée sur la pratique exacte de la Loi, aurait été contractée entre les Juifs rapatriés et ceux qui n’étaient jamais allés en exil. Mais cette distinction n’est pas fondée, voir t. il, col. 1940-1941, et les nobles du f. 30 sont les princes de Juda, les chefs des familles rapatriées, qui ont signé le pacte écrit et dont l’engagement a été ratifié par le reste du peuple. Les preuves de la postériorité des ch. ix, x et xm, 4-31, ne sont pas plus péremptoires. Si les lévites sont chargés eux-mêmes de lever les dîmes, en dehors de Jérusalem, x, 38, il n’en résulte pas que cette constitution soit postérieure aux abus réprimés, xm, 10-14. Ces abus ne concernent pas le prélèvement des dîmes, mais leur partage. Les lévites n’ayant pas reçu leur part, nonobstant la levée régulière, se retirèrent dans leurs maisons et ne vinrent plus faire leur service à Jérusalem. Néhémie les convoqua dans la ville sainte et les rétablit dans leurs fonctions; puis, il nomma une commission chargée de la juste répartition des dîmes. L’engagement de respecter le sabbat, x, 31, n’empêcha pas la violation constatée et réprimée, xm, 15-22. Les Juifs avaient promis de ne pas acheter ce jour-là aux marchands étrangers, x, 31. Mais ces marchands continuèrent à offrir leurs marchandises, et des Juifs oublièrent leurs promesses. Néhémie, revenu de Suse, dut fermer les portes de Jérusalem à ces marchands et leur interdire de vendre, même en dehors de la ville, xm, 15-22. De même, la fourniture du bois pour le Temple fut réglée une première fois, x, 34. Des négligences et des irrégularités s’étant produites, Néhémie dut, une seconde fois, établir une commission pour veiller à la fourniture du bois aux époques déterminées, xm, 31. Quant aux mariages des Juifs avec les étrangers, Néhémie constate, à son premier retour, leur existence et leurs funestes conséquences. Il 1 es fait interdire, x, 30. Mais la réforme ne fut pas complète, ou bien les abus recommencèrent, et après son retour, Néhémie s’indigna de la violation de l’engagement pris antérieurement et sévit contre l’exemple

donné dans la famille du grand-prêtre, xm, 23-28. La transposition du ch. vm à la suite des ch. ix et x n’est ni nécessaire ni démontrée. La succession des faits, telle qu’elle se présente dans le récit actuel, est naturelle, et le déplacement exige de prétendues altérations du texte ou se fonde sur des hypothèses gratuites. Voir A. van Iloonacker, op. cit., p. 204-237. Nous pouvons donc suivre la série des événements telle qu’elle est racontée.Cf. Fischer, Die clironologischen Fragen, p. 89-91.

Au septième mois, celui de tischri, d’une des années qui suivirent la reconstruction des murs, voir A. van Hoonacker, op. cil., p. 267-270, les Israélites, qui, après l’achèvement des murs, étaient rentrés dans leurs domiciles, se réunirent à Jérusalem. Le premier jour, le scribe Esdras lut solennellement la Loi. Néhémie consola le peuple que cette lecture faisait pleurer et le congédia en l’invitant à se réjouir en ce jour de fête, vm, 1-12. Le lendemain, Esdras lut ce qui concernait la fête des Tabernacles, qui fut célébrée très solennellement, vm, 13-18. Le 24e jour du même mois, eut lieu le jeune préparatoire au renouvellement de l’alliance, alliance qui fut signée en première ligne par le gouverneur Néhémie, x, 1. Diverses dispositions furent prises relativement à la reconstitution religieuse de la communauté, x, 29-39. Le sort décida quels seraient ceux qui habiteraient Jérusalem, les habitants de la ville devant former la dixième partie de la population juive totale, xi, 1-19. La dédicace solennelle des murs, xii, 27-42, avec les réglementations faites le même jour, xn, 43-xiii, 3, eut lieu peut-être seulement après le choix des habitants de Jérusalem. Voir t. n, col. 1930.

Cf. Nikel, Die Wiederherstellung , etc., p. 196-218.

IL gouvernement. — 1° Date. — Ayant atteint le terme de son gouvernement, après douze années de séjour et de réformes à Jérusalem, la 32e année du règne d’Artaxerxès Ier (433), xm, 6, Néhémie était retourné à Suse. Combien de temps reprit-il à la cour son office d’échanson et à quelle date revint-il une seconde fois à Jérusalem? on ne peut le fixer avec certitude. L’expression hébraïque n'a» y vb peut désigner un long

espace de temps. M. A. van Hoonacker, Nouvelles études, p. 195, la porte à cinq ou six ans. Comme Artaxerxès Ier a régné 40 ans (464-424) et comme Néhémie obtint de lui un nouveau congé, xm, 6, son séjour à Suse ne put se prolonger au delà de huit années.

2° Abus existant à Jérusalem. — A son retour, Néhémie constata le mal extrêmement grave qu’avait causé le grand-prêtre Eliasib par sa conduite à l’égard de Tobie. Pendant l’absence de Néhémie, il s'était allié à la famille de cet étranger, xm, 4, et lui avait donné un appartement dans le parvis du Temple. Le gouverneur jeta hors du trésor, auquel le grand-prêtre était préposé, les meubles de la maison de Tobie. Il fit reporter au trésor tout ce qu’Eliasib en avait enlevé pour donner un logement à Tobie, xm, 4-9. Les lévites, n’ayant pas reçu leur part des revenus sacrés, avaient , ' quitté Jérusalem et étaient retournés chez eux. Néhémie reprocha fortement aux magistrats leur négligence à veiller au service régulier du Temple. Il convoqua les lévites à Jérusalem et leur lit reprendre leurs offices ordinaires. 11 établit une commission d’hommes fidèles pour surveiller les greniers du Temple et les revenus qu’on y déposait. Il espérait recevoir du Seigneur la récompense de sa sollicitude pour la maison de son Dieu et les cérémonies saintes, xm, 10-14. Des Juifs violaient le repos du sabbat et amenaient à Jérusalem ce jour-là des fruits qu’ils mettaient en vente. Néhémie leur interdit le commerce défendu. Les Tyriens apportaient aussi au marché ce jour-là des poissons et d’autres denrées. Néhémie reprocha aux chefs de la ville cette profanation, qui avait attiré autrefois sur leurs pères la colère divine. Il fit fermer les portes

NÉHÉMIE

— NEHEMIE (LIVRE DE)

de Jérusalem dès le commencement du sabbat jusqu’à la fin de la journée et il y plaça des serviteurs de sa maison pour empêcher tout porteur de fardeau de pénétrer dans la ville. Une fois ou deux, les marchands restèrent hors des murs. Néhémie leur défendit de revenir, les menaçant de les punir s’ils revenaient encore. Ils ne reparurent plus. Les lévites furent chargés de garder les portes et de veiller à la sanctification du sabbat, et Néhémie demandait à Dieu de se souvenir de la mesure qu’il avait prise à cet effet, xm, 15-22. Malgré les défenses précédentes, des Juifs épousaient encore des femmes d'Azot, d’Ammon et de Moab, et leurs enfants parlaient à moitié la langue d’Azot et ne savaient plus parler l’hébreu ou l’araméen. Néhémie les maudit, en battit quelques-uns, en fit raser d’autres et leur fit jurer devant Dieu de ne plus tolérer ces mariages mixtes, leur rappelant le mauvais exemple de Salomon qui avait violé la loi divine. Il chassa un petit-fils du grand-prêtre Eliasib, qui était le gendre de Sanaballat, xm, 23-28. Il espérait recevoir de Dieu la récompense de son zèle pour la pureté de l’ordre sacerdotal et lévitique et pour le service du Temple, xm, 29-31.

III. Autres renseignements de la tradition juive. — En outre des faits précédents que Néhémie luimême a racontés dans ses Mémoires, insérés dans le livre dit de Néhémie, voir Néhémie ( Livre de), la tradition juive a gardé le souvenir du célèbre gouverneur et de quelques autres de ses actes. L’Ecclésiastique, xlix, 15 (13), célèbre la mémoire de celui qui « a relevé nos murs détruits, restauré nos ruines et rétabli les portes et les verrous » de Jérusalem, et d’après les Septante « a bâti nos maisons ». On lui a même attribué plus tard la restauration du Temple et du sacrifice, II Mach., i, 18-36, en lui donnant la qualité de prêtre. On l’a sans doute confondu avec le personnage du même nom, qui a fait partie de la caravane de Zorobabel. I Esd., n, 2. On lui a attribué des écrits et donné une part dans la formation du recueil des Livres Saints. Il avait établi une bibliothèque qui comprenait les livres sur les rois et les prophètes avec les livres de David et les lettres des rois perses sur les dons faits au Temple. II Mach., n, 13. Aroir Canon, t. n, col. 139, et Esdras (Premier livre d’), ibid., col. 1942. L’historien juif Josèphe, Ant. jud., XI, v, 6-8, résume à sa façon les actes de Néhémie qu’il place sous le règne de Xerxès 1er par une erreur manifeste et en contradiction avec le livre de Néhémie, et il ajoute que le célèbre restaurateur de Jérusalem mourut dans un âge avancé et comblé de gloire. On a attribué à Néhémie le Ps. cxxx (cxxxi).

Dans tous ses actes, Néhémie se montre à nous comme un Israélite rempli de piété et d’une fidélité inébranlable à son Dieu et à sa patrie malheureuse. A la cour royale, il n’oublia pas Jérusalem et les Juifs rapatriés, pas plus que Joseph chez Pharaon n’oubliait ses frères persécutés. Par ses prières et son habileté, il obtint du roi l’autorisation de rebâtir la ville du tombeau de ses pères. Prudent et intrépide, il surmonta tous les obstacles, évita les pièges qui lui étaient tendus et réussit dans toutes ses entreprises. Ses Mémoires nous révèlent son zèle pour la gloire de Dieu, pour la pureté et la régularité du culte, et sa filiale confiance dans la récompense du Seigneur pour qui il agissait et luttait. Sa principale mission fut de relever les murs de Jérusalem et de réparer les abus. Dans le domaine religieux, il s’unit au scribe Esdras et recourut à son concours pour la reconstitution de la communauté israélite. Cf. C. Holzhey, Die Bêcher Ezra und Nehemia, Munich, 1902, p. 33-45; P. Riessler, Ueber Nehemias und Esdras, dans la Biblische Zeitschrift, 1903, t. i, p. 232-245; 1904, t. n, p. 15-27.

E. Mangenot.

3. NÉHÉMIE, fils d’Azboc, delà tribu de Juda. Il était chef de la moitié du district (pélék ; Vulgate: viens) de Bethsur. Il vivait du temps de Néhémie et répara les murs de Jérusalem, au sud-est de la ville, depuis le voisinage de la piscine de Siloé dont Sellum, II Esd., m, 15, avait réparé les murs, et depuis les degrés qui descendaient de la cité de David jusqu’aux tombeaux de la famille de David et jusqu’à la piscine qui avait été construite « avec un travail considérable », ajoute la Vulgate, piscine dont la situation n’est pas connue avec certitude, et jusqu’à la maison des Forts. II Esd.. iii, 16. Voir Maison 3, col. 594.

4. NÉHÉMIE (LIVRE DE). Hébreu : Nehémaydh ; Septante : Aéyot Nespla uîoü ’A^aXta ou XsXxta; Vulgate : Liber Nehemiæ qui et Esdræ secundus dicitur.

I. Contenu et analyse. — Le livre de Néhémie, qui pendant longtemps n’a pas été distinct du Ier livre d’Esdras, dont il est la continuation, et qui en a été séparé à une époque inconnue et probablement par les chrétiens, voir t. n, col. 1933-1934, raconte le retour de Néhémie à Jérusalem pour relever les murs de cette ville, ses efforts pour aboutir, malgré les obstacles suscités par les ennemis de Juda, à l’achèvement de cette restauration et au repeuplement de l’ancienne capitale du royaume de Juda, l’action combinée du gouverneur et du scribe Esdras pour les réformes religieuses et la reconstitution de la communauté israélite dans toute sa pureté, enfin le second gouvernement de Téchanson royal et la correction des abus, qui s’étaient introduits pendant son absence.

Ce livre qui, dans son état actuel, est une compilation de documents divers, ne se partage pas logiquement en sections distinctes. Si on tient compte de la forme littéraire et du contenu, on peut y établir le sectionnement suivant : Iie section. Extrait des Mémoires de Néhémie qui parle à la première personne, i-vii. — Néhémie y raconte : 1° le retour de son frère Hanani à Suse et les informations qu’il en reçut sur la situation actuelle de Jérusalem, I, 1-3, sa propre douleur, sa prière, i, 4-11, la manière habile par laquelle il attira sur lui l’attention du roi Artaxerxès Ier, dont il était l’échanson, et obtint l’autorisation de relever les murs de Jérusalem avec les moyens de remplir sa mission, n, 1-9; 2° son arrivée à Jérusalem, son enquête nocturne autour des murs de la ville, la manifestation de son dessein et sa réalisation malgré les railleries des adversaires de Juda, n, 10-20; 3° la distribution des Juifs dans l’œuvre de la reconstruction des murs et la part que chaque famille releva, m, 1-31 ; 4° les railleries des adversaires et la prière de Néhémie, leur conjuration armée et les préparatifs pour leur résister et éviter une surprise, iv, 1-23; 5° la répression des accaparements des riches qui prêtaient à usure aux pauvres, le désintéressement de Néhémie et sa générosité à l’égard du peuple, v, 1-19; 6° les pièges tendus au gouverneur, quand les travaux touchaient à leur terme, et le reproche de rébellion contre le roi, la tentative de Séméias, complice des ennemis de Juda, et le complet achèvement des murs, nonobstant les oppositions suscitées à Jérusalem par une faction de Juifs alliés aux tribus voisines, vi, 1-19; 7° la garde des portes et le repeuplement de la ville, facilité par la découverte du recensement des familles rapatriées avec Zorobabel, vu, 1-73. — ID section. Continuation du récit, qui est fait dès lors à la troisième personne, vm-x. — 1° Assemblée du septième mois, durant laquelle Esdras lit la Loi au milieu des larmes du peuple, vm, 1-12; le lendemain, à la réunion pour l’interprétation de la loi, lecture des ordonnances qui concernent la fête des Tabernacles, vm, 13-15 ; 2° célébration de celte fête avec une solennité extraordinaire et continuation de la lecture de la Loi, vm, 16-18 ; 3° le 24e jour du même mois, jeûne préparatoire au renouvellement de l’alliance

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el lecture de la Loi, ix, 1-3; 4° prière des lévites, rappelant au Seigneur ses anciens bienfaits à l’égard d’Israël, les fautes du peuple et ses châtiments et renouvelant l’alliance avec Dieu, ix, 4-38, signée par les chefs, les prêtres et les lévites, x, 1-27 ; 5° promesses faites par tous d’observer la loi, de ne plus permettre les mariages mixtes, de ne pas acheter aux jours de sabbat et de fête, d’observer l’année sabbatique, de payer une imposition pour les sacrifices, d’offrir le bois nécessaire au service du Temple et de donner les prémices et les dîmes, x, 28-39. — IIIe section. Morceaux de nature et d’origine différentes, xi-xii. — 1° Liste des habitants qui repeuplèrent Jérusalem, des lévites et du peuple, qui demeurèrent dans leurs localités particulières, xi, 1-36; 2° liste des prêtres et des lévites revenus avec Zorobabel et Josué, xii, 1-26; 3° récit de la dédicace des murs rebâtis de Jérusalem, xii, 27-42; 4° commission nommée pour distribuer les revenus du Temple et séparation de tout élément étranger, xii, 43-xm, 3; 5° mémoires de Néhémie sur son second gouvernement, xm, 4-31.

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