IV
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et que les noces du Roi-Messie avec son peuple devaient durer sept jours divins, soit 7000 ans, etc. Cf. Corrodi, Geschichte des Chiliasmus, Francfort, 1781, t. i, p. 324- 2° Origines chrétiennes. — 1. Notre-Seigneur eut à prêcher son Évangile au milieu d’un peuple qui, à l’exception de quelques âmes mieux éclairées, était imbu de l’idée d'un royaume temporel. Le Sauveur s’appuie sur cette espérance qui anime ses contemporains; mais jamais il ne dit rien qui puisse favoriser l'interprétation grossière qu’ils font des prophéties. Fils de l’homme, par conséquent Messie, il annonce le royaume, et en même temps il le fonde. Il dit aux pharisiens : « Si je chasse les démons par le doigt de Dieu, le royaume de Dieu est donc parvenu jusqu’à vous... Le royaume de Dieu est au milieu de vous. » Luc., xi, 20; xvii, 21. Il ne faut donc pas l’attendre sous une autre forme. De plus, le Sauveur se dispense de répondre directement aux questions qui visent le prétendu royaume temporel. Matth., xx, 21-23; Act., i, 6, 7, etc. On ne peut rien conclure à ce sujet des textes dans lesquels il promet le centuple « dans l’avenir » à ceux qui auront tout quitté pour le suivre. Matth., xix, 29; Marc., x, 29; Luc., xviii, 29. Il est visible que ces paroles ne sont pas à entendre dans un sens littéral, et que la récompense promise est « dans les cieux », Matth., v, 12, où tous seront « comme les anges ». Luc., xx, 36. Avant de mourir, il annonce non pas qu’il va fonder le royaume attendu, mais qu’il va retourner à son Père et que de là il enverra l’Esprit de Dieu. Joa., xvi, 5-7. Plus tard, sans doute, le Fils de l’homme reviendra sur les nuées; mais ce sera pour juger définitivement les hommes et régler leur sort éternel. Matth., xxv, 31-46. Dans tout cet avenir prédit par le Sauveur, aucune place n’est laissée à l’idée même lointaine d’un millenium. — Toutefois, l’on a cru trouver dans saint Jean, v, 25-30, au moins l’annonce de deux résurrections successives : tout d’abord, il y a des morts qui entendront la voix du Fils de Dieu et qui vivront; puis il y aura une résurrection générale pour tous sans exception, bons et mauvais. Celte première résurrection et la vie qui en est la conséquence ne constitueraient-elles pas une sorte de slade analogue au millenium? Cf. Prager, Das tausendjcihrige Reich, Leipzig, 1903, p. 33-40. Mais Notre-Seigneur explique lui-même que ce passage de la mort à la vie est l’effet de la foi qu’on a en sa parole et en sa mission, Joa., v, 24; il ajoute qu’il est lui-même « la 'résurrection et la vie », d’abord spirituellement, pour ceux qui croient en lui, Joa., xi, 25, 26, et même déjà corporellement, par exception, en faveur de ceux auxquels il rend la vie du corps afin de faire naître la foi dans d’autres âmes. Joa., xi, 44-45. Cette première résurrection est donc un phénomène spirituel qui appartient normalement au fonctionnement du royaume messianique. Quant à celle qui atteint le corps privé de vie, elle n’est alors ni générale pour les justes, puisque quelques-uns seulement ont été ressuscités par la puissance de Dieu, ni définitive, puisqu’ils sont ensuite retournés au tombeau. Rien ne serait donc plus gratuit, plus contraire à la lettre et à l’esprit de l’Évangile, que de prêter au Sauveur l’idée de composer son royaume avec les quelques privilégiés tirés par lui du tombeau. — D’ailleurs, Notre-Seigneur, dans sa description des derniers temps, exclut formellement toute possibilité de règne sur la terre. En eiïêt, c’est seulement quand le ciel et la terre sont déjà bouleversés que le Fils de l’homme apparaît, envoie ses anges rassembler les élus et procède au jugement. Matth., xxiv, 29-31; Marc., xiii, 24-27 ; Luc., xvi, 25- 27. — 2. Saint Paul, qui ne peut manquer de connaître les idées de ses compatriotes sur le régne temporel, n’écrit absolument rien qui puisse les accréditer. Pour encourager ceux qui sont persécutés, il rappelle que le Fils de Dieu viendra un jour pour le jugement, qui précédera le châtiment des méchants et la glorification de
bons avec Dieu. II Thés., i, 5-10. Jésus-Christ est ressuscité le premier; après lui viendront ceux qui ont cru en lui; puis ce sera la fin, quand il remettra le1 royaume au Père, après en avoir chassé les puissances adverses. I Cor., xv, 23. S’il n’est pas question ici des méchants, ce n’est pas qu’ils soient réservés pour une résurrection différente, c’est tout simplement que l’Apôtre ne s’occupe pas d’eux dans ce passage. Pour lui il ne connaît qu’une résurrection. I Cor., xv, 51. Ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord, puis les vivants seront emportés dans les nuées à la rencontre du Christ, pour être toujours avec lui. I Thés., iv, 16-17. Ici encore saint Paul procède par prétention, en ne faisant pas mention des méchants, mais il écarte formellement toute idée de royaume terrestre : ce n’est pas le Christ qui vient régner sur la terre, ce sont ses élus, morts et vivants, qui sont emportés dans les hauteurs, pour n’être plus séparés de lui. — Saint Pierre suppose, dans les derniers temps, un bouleversement de la terre qui ne permettrait pas d’y fonder un royaume temporel. Il Pet., m, 5-7, 10-13. Sans doule, il attend « de nouveaux cieux et une nouvelle terre »; mais quand le jugement sera déjà passé. Il ne s’agit donc pas d’un règne antérieur à ce jugement. Ces cieux et cette terre sont le royaume éternel. — 3. C’est l’Apocalypse de saint Jean qui semble fournir aux millénaristes chrétiens le meilleur appui pour leur système. L’apôtre dit que l’ange qui a la clef de l’abîme lie Satan pour mille ans et le jette dans l’abîme, d’où il ne doit être remis en liberté qu’au bout de mille ans, pour un peu de temps. Pendant ces mille ans, ceux qui n’ont pas reçu le caractère de la bête vivent et régnent avec le Christ. Ils ne régnent ainsi qu’après la première résurrection, qui les exempte de la seconde mort. Au bout de ces mille ans, Satan revient pour séduire les nalions; mais bientôt il est rejeté dans l’abîme avec le faux prophète pour les siècles des siècles. Apoc., xx, 2-7. A première vue, il parait être ici question d’un règne temporel de mille ans, réservé aux fidèles serviteurs du Christ, entre deux agressions de Salan. C’est à peu près l’idée que les Juifs se faisaient de ce règne. Seulement saint Jean rapporte au Christ Jésus ce que les Juifs attribuaient à leur Messie encore à venir. Le vrai sens du texte de l’Apocalypse ne favorise pourtant pas l’hypothèse du règne temporel. Ce sens, dégagé peu à peu, a été fixé à la suite des discussions auxquelles le texte apocalyptique donna lieu.
IL Le texte de l’Apocalypse. — 1° 11 est incontestable que le livre de l’Apocalypse est rempli de symboles, d’allégories et de métaphores. La plupart de ces éléments sont empruntés aux anciens prophètes, surtout à Isaïe et à Daniel, et même aux apocalypses juives, particulièrement au livre d’Hénoch, à tel point que quelques-uns se sont demandé si l’œuvre de saint Jean ne serait pas une adaptation chrétienne de documents juifs. Cf. Apocalypse, t. i, col. 754. Ces emprunts de l’auteur au symbolisme juif, tant biblique qu’apocryphe, sont manifestes. La teneur même de son livre avertit donc dès l’abord qu’il ne faut pas s’en tenir au sens littéral, et que, pour entendre un passage à la lettre, il faut avoir des raisons très positives. Autrement ce serait tomber dans la même erreur que les Juifs dans l’interprétation des anciennes prophéties. Or les raisons qui pourraient obliger à interpréter littéralement le passage sur le règne de mille ans font défaut. — 2° Tout d’abord, la durée précise de mille ans de règne doit mettre en garde contre une interprétation littérale. Cette mention est de telle importance, si on l’entend à la lettre, qu’il faut nécessairement que quelque chose lui corresponde dans le quatrième évangile. Or il n’en est rien. Dans l’entretien qui précède la résurrection de Lazare, Marthe fait profession de sa foi en la résurrection, « au dernier jour. » Le Sauveur n’ajoute rien, sinon pour déclarer qu’il est lui-même le principe de toute résurrection. Joa., xf, 24-
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26. Après la dernière Cène, Noire-Seigneur parle des demeures multiples qui sont dans la maison de son Père ; il va en préparer une à chacun de ses apôtres, puis il reviendra pour les prendre avec lui. Joa., xiv, 2, 3. Où les emmènera-t-il? Dans cette maison de son Père dont il vient de parler, dans le ciel. La parole adressée au sujet de saint Jean : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne..., » Joa., xxi, 22, suppose une venue du Christ au moment de la mort naturelle de chacun, d’après Joa., xiv, 3, ou une manifestation quelconque de sa puissance, comme la ruine de Jérusalem ou la propagation merveilleuse de l’Évangile. Cf. Matth., xvi, 28; Marc., vin, 39; Luc., ix, 27. Mais il n’y a pas là d’allusion à l’inauguration d'un règne temporel, et l’apôtre avertit lui-même que les paroles du Maître ne signifient pas :
« Il ne mourra pas. » Joa., xxi, 23. — Dans l’Apocalypse même, on trouve des manières de parler comme cellesci : « Au vainqueur, je donnerai à manger de l’arbre de vie, qui est dans le paradis de mon Dieu. » Apoc., n, 7.
« Le vainqueur n’aura rien à craindre de la seconde mort. » Apoc., il, 11. « Au vainqueur,... je donnerai pouvoir sur les nations,... comme moi-même j’en ai reçu le pouvoir de mon Père. » Apoc., n, 27. Le sens de ces expressions symboliques est expliqué par cette autre sentence : « Celui qui vaincra, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme moi aussi j’ai vaincu et me suis assis avec mon Père sur son trône. » Apoc., in, 21. Or ce trône du Père est dans le ciel; ce n’est pas le trône d’un royaume temporel. Le trône de Dieu, dressé dans le ciel, est ensuite décrit. Apoc., iv, 2-11. Puis | viennent différentes scènes préparant le jugement. Apoc., vi, 1-17. Immédiatement après, les élus sont introduits devant le trône de Dieu et devant l’Agneau. Apoc., vu, 9-17. Aucune mention n’est faite d’un règne temporel intermédiaire. D’autres symboles représentent la même idée. Ce sont les âmes vierges qui sont auprès de l'Agneau et l’accompagnent partout. Apoc., xiv, 1-5. C’est, dans le ciel, la grande voix de la foule immense qui célèbre la chute de Babylone. Apoc., xix, 1-8. Jusqu’ici, les scènes décrites par l’apôtre se déroulent sur deux théâtres, la terre, qui est celui de la lutte, et le ciel, qui est celui de la récompense. Dans une nouvelle vision, saint Jean introduit la mention de ce règne de mille ans réservé aux lidèles disciples du Christ, et au bout duquel Satan reprend sa liberté pour tâcher de séduire les nations. — 3° Avant tout, il faut se rappeler que ce texte est prophétique et qu’en général les prophéties attendent de l’événement leur meilleure explication, parfois même la seule qui soit possible. Aussi leur sens obvie n’est-il pas toujours celui qu’il faut préférer; si ce sens, clair en apparence, n’est pas en harmonie avec d’autres propositions certaines de l’Écriture, c'est qu’il n’est pas le vrai. Voir Herméneutique, 4e règle, t. ni, col. 618. Il faut remarquer ensuite, dans le passage en question, des manières de parler qui ne sauraient être entendues à la lettre, la clef de l’abîme, la grande chaîne, la porte scellée pendant mille ans. Apoc., xx, 1-3. Mais surtout les fidèles qui doivent prendre part au règne de mille ans sont des décapités, des morts, favorisés d’une première résurrection et n’ayant pas à craindre une seconde mort. Apoc., xx, 4-6. Il est difficile d’admettre qu’ils régnent mille ans avec le Christ en corps et en âme, car saint Jean ne le dit pas; Jésus-Christ a déclaré au contraire qu’il ressusciterait ses enfants « au dernier jour », Joa., vi, 39, 44, c’est-à-dire immédiatement avant le jugement. Saint Jean qui a consigné cet enseignement dans son Évangile ne peut le contredire ici; d’autre part, le règne de mille ans ne coïncide pas avec le dernier jour, puisque doit se produire ensuite, à l’instigation de Satan, une nouvelle insurrection des nations contre le Christ. Apoc., xx, 7-9. Ce sont donc seulement des âmes qui régnent avec le Christ durant mille ans. Dès lors, commentée règne peut-il être entendu d’un règne temporel ?
— Tout s’explique au contraire avec une harmonie suffisante si l’on interprète ce passage allégoriquement. Le démon est lié une première fois par la venue du Christ sur la terre, Joa., xii, 31, et par le pouvoir laissé à l’Église. Les mille ans désignent le temps qui doit s’écouler entre la venue du Christ et l’apparition de l’Antéchrist. Les âmes des martyrs et des saints sont celles qui, après une première mort, celle du corps, entrent dans la bienheureuse éternité, passage qui est appelé première résurrection. Il est à noter d’ailleurs que saint Jean ne place ni à Jérusalem ni sur la terre le règne de mille ans. La seconde mort est celle de la damnation qui frappera les impies. Enfin le dernier assaut de Satan et des nations contre le Christ sera le règne persécuteur mais éphémère de l’Antéchrist. « Concluons donc que tout ce qu’on dit de ce règne de mille ans, pris à la lettre, engage à des absurdités inexplicables; que le Fils de l’homme ne viendra plus visiblement qu'une fois, lorsqu’il paraîtra en sa gloire sur une nuée, et que ceux qui l’auront percé le verront prêt à les juger; que, lorsqu’il viendra en cette sorte, il ne sera pas mille ans à tenir ses saints sur la terre; qu’il prononcera aussitôt son irrévocable jugement et ira régner éternellement dans le ciel.» Bossuet, Explic. de l’Apocalypse, part, il, c. xx, Réflexion sur l’opinion des millénaires, Bar-le-Duc, 1870, t. n, p. 276. Cf. Hurler, Theolng. dogmat. compend., Insprück, 1879, t. ni, p. 527-533. Est-ce bien ce second sens qu’il faut préférer au premier, au sens littéral conforme à l’idée juive? C’est aux Pères à le dire, d’a'près une autre règle d’herméneutique. Voir t. m, col. 625.
III. Le millénarisme et les Pères. — 1° Le millénarisme se présenta tout d’abord sous une forme assez grossière avec l’hérésiarque Cérinthe, qui, s’inspirant surtout des apocalypses juives, rêvait d’un règne du Christ à Jérusalem, durant lequel ses fidèles pourraient s’adonner à la fois à tous les plaisirs de la chair et aux fêtes liturgiques. Eusèbe, H. E, ni, 28 ; vu, 25, t. xx, col. 270, 694, qui parle de ce système d’après Caïus et Denys d’Alexandrie, rappelle l’observation de ce dernier rapportant que plusieurs croyaient l’Apocalypse composée par Cérinthe lui-même, sous le nom supposé de saint Jean, en faveur de son système. Voir Apocalypse, t. i, col. 742-743. Il est plus que douteux que Cérinthe ait emprunté ses principales inspirations à l’œuvre de saint Jean, dans laquelle il apparaît trop clairement que « le royaume de Dieu n’est ni le manger ni le boire ». Rom., xiv, 17. Sa conception est bien plutôt juive. Duchesne, Les origines chrétiennes, Paris, 1878-1881, lithog., p. 53, 54, pense que Caïus, dont Denys d’Alexandrie ne fait que reproduire l’assertion, accuse Cérinthe de millénarisme plutôt par raisonnement que par tradition, sans que pourtant la théorie millénariste ait lieu d’étonner chez l’hérésiarque. Le millénarisme matérialiste et judaïque de Cérinthe fit horreur à l’Église. — 2° L’Épitre de Barnabé, vu, 13, pose en principe que Dieu exécute la fin des choses sur le modèle de leur commencement, et l’auteur en conclut que mille ans du règne glorieux succéderont à six mille ans de durée du monde, comme le septième jour aux six autres. Barn., xv, 4-8. — En Asie Mineure, l’évêque d’IIiérapolis, Papias, professait le millénarisme. A ce sujet, Eusèbe, H. E., m, 39, t. xx, col. 300, l’accuse de médiocrité intellectuelle et ajoute que, s’il a été suivi, c’est à cause de son ancienneté. Cf. S. Jérôme, De vir. illust., 18, t. xxm, col. 637. Mais le vieil auteur ne faisait que refléter les idées qui avaient cours dans son milieu et qui, après lui, furent admises par des esprits qu’on ne peut taxer de faiblesse. — Saint Justin déclare qu’il croit avec beaucoup d’autres au règne de mille ans, bien que de pieux chrétiens pensent différemment. Il appuie son opinion sur Isaïe, lxv, 17-25, et sur le texte de l’Apocalypse. Il va jusqu’à dire que le millénarisme est une
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opinion de tous points orthodoxe. Dial, cum Tryph., 80-81, t. vi, col. G64-669. — Saint lrénée, Adv. hæres., 32- 35, t. vu, col. 1210-1221, croit que le monde doit durer six mille ans et qu’ensuite viendront les mille ans du Christ. Il se réfère à l’autorité de Papias et invoque des textes d’Isaïe, xxvi, 9; xxx, 25; lviii, 14; de Jérémie, xxiii, 7; d’Ezéchiel, xxvm, 25; xxxvii, 12, et même de saint Matthieu, xix, 29. — Tertullien, Adv. Marc., ni, 24, t. il, col. 355-356, admet le régne de mille ans et dit qu’il a traité ce sujet dans un livre, De spe fidelium, aujourd’hui perdu. 11 invoque le témoignage d’Ezéchiel, xlviii, et de l’Apocalypse, xn, sur la nouvelle Jérusalem- Devenu monlaniste, il ne s’en attacha que plus étroitement à une opinion que professaient les sectateurs de Montan. Il repoussait pourtant l'idée platonicienne, d’après laquelle les hommes, après un long séjour dans la tombe, doivent revivre pour contribuer à la reconstitution de la race humaine. De anima, 30, t. il, col. 700. Cf. Platon, Respub., x; Phed., trad. Callet, Paris, 1845, p. 187, 492. — Méliton de Sardes pense que l’empire romain, converti au christianisme, établira un jour le règne millénaire. Cf. Eusèbe, H. E., iv, 26, t. xx, col. 393.
— 3° La réaction contre le millénarisme fut portée à l’excès par les Aloges, qui allèrent jusqu’à attribuer à 'Cérinthe le quatrième Évangile et l’Apocalyse, pour mieux combattre les théories que les Montanistes en tiraient. Cf. S. Épiphane, Hær. u, 2, t. xu, col. 892. Il faut avouer du reste que la faveur accordée par ces derniers au millénarisme contribua puissamment à le discréditer.
— S. Cyprien, malgré ses attaches avec Tertullien, ne dit mot des idées millénaristes de celui-ci et se contente d’affirmer que les âmes justes passent directement de ce monde à l’éternité bienheureuse. De montai., 14, 15, t. iv, col. 592. — A Rome, au début du me siècle, Caïus dispute contre le montaniste Proclus et combat le millénarisme de Cérinthe. Cf. Eusèbe, H. E., vi, 20, t. xx, col. 572; S. Jérôme, De vir illust., 59, t. xxm, col. 670; Théodoret, Hæret. fabul., ii, 3, t. lxxxiii, col. 389. Il semble qu’il rejetait l’Apocalypse. Saint Hyppolyte, partisan décidé du millénarisme, s’applique à combattre Caïus. Cf. Ebed-Jesu, Capita adversus Caium, dans Gry, Le millénarisme, Paris, 1904, p. 91-95. — Clément d’Alexandrie ne touche pas à la question; mais Origène, avec sa méthode allégorique, voit du plus mauvais œil le millénarisme, et, à travers bien des théories qui lui sont personnelles, conclut que les parfaits vont droit de la terre au ciel. De princip., II, xi, 2, 6,7, t. xi, col. 241, 246. — Avec saint Méthode, l’idée millénariste se modifie : c’est seulement après le jugement que les justes doivent goûter sur la terre un repos de mille ans avec le Christ. Eympos., ix, 1, 5, t. xvm, col. 178. — Au milieu du îir- siècle, Népos, évêque d’Arsinoé, en Égypte, compose un Elenchus contre l’interprétation allégorique d’Origène et cherche à remettre en faveurles théories millénaristes. Denys d’Alexandrie le réfute avec succès, mais, dans ce but, sacrifie la composition de l’Apocalypse par l’apôtre saint Jean. Cf. Eusèbe, H. E., vu, 25, t. xx, col. 696. Saint Jérôme, In ls., xxm, t, xxiv, col. 627, dit qu’Apollinaire de Laodicée réfuta Denys; saint Épiphane, Hær. lxxvii, 36, t. xlii, col. 696, ne croit pas qu’Apollinaire ait soutenu les idées millénaristes; mais le contraire est certain, puisque Vitalius et ses partisans suivaient les doctrines chiliastes d’Apollinaire. Cf. S. Grégoire de Nazianze, Ep. en ad Cledon., t. xxxvii, col. 197. — Bientôt la paix de l’Église et d’autres discussions autrement graves firent tomber dans l’oubli les doctrines du millénarisme en Orient. Au concile d’Éphèse, on ne les traitait plus que de « rêveries » et de « fables ». Labbe, Coll, conc., I. ni, p. 837. — 4° En Occident, le millénarisme est encore professé par Lactance, Divin. Institut., vu, 21, t. vi, col. 808; Jules Hilarien, Libel. de durât, mundi, 18, t. xm, col. 1105; Commodien, Carmen apol., 14, t. v, col. 235; saint Ambroise,
De bono mortis, 45-47, t. xiv, col. 560, qui s’appuie sur le quatrième livre d'Esdras, In Ps. I, 51-56, t. xiv, col. 951 ; In Ps. cxvm, 3, 16, t. xv, col. 1228; Victorin de Pettau, au rapport de saint Jérôme, De vir. illust., 18, 74, t. xxm, col, 638, 684, car son commentaire de l’Apocalypse, t. v, col. 317, a été retouché; Sulpice Sévère, Dial., Gallus, n, 14, t. xx, col. 211. Cf. S. Jérôme, In Ezech., xxxvi, t. xxv, col. 339. — Là s’arrêtèrent les conquêtes de l’idée millénariste. A l’exemple d’Eusèbe, In ls., lxv, 23, t. xxi, col. 513, de saint Cyrille d’Alexandrie, In Is., lxv, 10, t. lxx, col. 1420, etc., qui reconnaissent dans l’Eglise la Jérusalem nouvelle des prophètes, saint Jérôme est très ferme contre le millénarisme, sans toutefois le condamner absolument, à cause des saints et savants personnages qui l’ont professé. In Is., xvm, t. xxiv, col. 627. 11 reproche à ses partisans leurs conceptions terrestres et judaïques, In Is., lxvi, t. xxiv, col, 627, 651 ; In Ezech., xvm, 15, t. xxv, col. 339. Il explique que les prophéties d’Isaïe ont pour terme l’Église, In ls., i, 1; xm, 18; liv, 13; lxv, 13, t. xxiv, col. 23, 205, 526, 641, et que l’Apocalypse doit être entendue dans le même sens. In Is., xxx, 26, t. xxiv, col. 350. Il ne se dissimule pas que son interprétation ne sera pas du goût de tous, mais il a conscience d’être dans le vrai en se tenant entre deux excès opposés, le millénarisme judaïque et charnel et l’hérésie qui nie la résurrection des corps. In ls., xvm, t. xxiv, col. 627. — Saint Augustin avait d’abord admis le règne de mille ans. De civ. Dei, xx, 7, t. xu, col. 667; Serm. ceux, 2, t. xxxviii, col. 1197.11 se rattachait par là à son maître saint Ambroise. Mais ensuite, étudiant de plus près le chapitre xx de l’Apocalypse, il reconnaît et enseigne que, des deux résurrections dont parle saint Jean, la première doit s’entendre de la conversion des âmes et la seconde seule a pour objet les corps. Quant à la période millénaire, elle représente simplement le cours actuel des choses. De civ. Dei, xx, 6, 7, t. xli, col. 665-668. — S. Grégoire reproduit la même idée. Moral., xxxii, 22, t. lxxvi, col. 649. — Mais déjà l’hypothèse millénariste est discréditée en Occident comme en Orient, et le décret de Gélase range parmi les « apocryphes » les écrits de Népos, de Tertullien, de Lactance, de Montan, de Commodien, de Victorin, etc., qui font patronnée. Labbe, Coll, conc., t. ix, p. 1264. — 5° Le décret de Gélase, à le supposer authentique, est le seul acte officiel par lequel l’Église ait stigmatisé le millénarisme. Ce système disparut de lui-même devant l’argumentation des Pères et aussi quand la conversion du monde et d’autres questions théologiques beaucoup plus graves détournèrent les esprits de l’attente par trop judaïque d’un règne temporel du Christ. Il n’y a donc pas d’accord général, ni surtout définitif des Pères en faveur du règne temporel. C’est l’explication allégorique et spiritualiste du texte apocalyptique qui a prévalu. L’accord unanime s’est fait depuis longtemps dans ce sens. L’interprétation spirituelle des passages eschatologiques d’Isaïe et de l’Apocalypse ne peut plus être écartée et maintenant fait loi dans l’Église. — 6° Au xvie siècle, les anabaptistes et les mennonites ressuscitèrent le rêve millénariste et prétendirent établir « le royaume de Dieu sur la terre ». Théoriquement, la conception chiliaste fut reprise au xixe siècle par des luthériens allemands et, au moins en partie et avec certaines modifications, par quelques catholiques, Pagani, The End of the World, 1856; Schneider, Die chiliast. Doctrin, 1859; Chabauty, Avenir de l’Eglise catholique selon le plan divin, 1890; Rohling, de Prague, En route pour Sion, trad. franc, de Rohmer, 1902, etc. L’ouvrage de Chabauty a été mis à l’index le 13 décembre 1896. Cf- Le canoniste contemporain, Paris, 1897, p. 120.
Voir J. C. Romig, De chiliasmo præsenti, dans le Thésaurus de Hase et Iken, Levde, 1732, t. ii, p. 1042- 1054; Corr.odi, Geschichte des Chiliasmus, Zurich, 1794;
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