LI. Lesétre
N EM RA (hébreu :Nimràh; Septante : Nagpà), nom, dans les Nombres, xxxii, 3, d'une ville de la tribu de Gad, qui est appelée ailleurs, sous sa forme complète, Bethnemra. Voir t. i, col. 1697.
NEMRIM (EAUX DE) (hébreu : Mê-Nimrîm, « eaux limpides ou salutaires, » d’après Gesenius, Thésaurus, p. 195, au mot Bêt-Nimrâli; d’après Bochart et autres : « eaux des Nemêrim ou des panthères ; » Septante : to ùSwp vïjç NepiYipelp.; Alexandrinus : Nîu.pEip., dans Is. , xv, 6; -b Coc o Nsêpslv ; Alexandrinus : ’Egptpi, dans Jer., xlviii, 34), eaux du pays de Moab, mentionnées dans les deux passages cités d’Isaïe et de Jérémie.
I. Nom. — Le mot maîm, mê à l’état construit, indique souvent dans la Bible, un cours d’eau : ainsi Is., m, 8 et 13, mê hay-Yardên, « les eaux » pour « le
fleuve du Jourdain »; Is., vin, 6, mê has-Siloah , « les eaux » pour « le ruisseau de Siloé ». Parfois, il semble plutôt désigner un réservoir d’eau soit naturel, comme « les eaux de Mérom », mê Mérôm, Jos., xi, 5 et 7, pour « le lac Mérom », « les eaux de Gennésar, » tô uScop toü rew^o-âp, I Mach., xi, 67, pour « le lac Génézareth »; soit artificiel, comme « les eaux de Dibon », mê Dîmôn, Is.,xv, 9, pour « les piscines et les citernes de Dibon » et, probablement « les eaux de Gihon », même Gihôn, II Par., xxxn, 30, pour « le réservoir de Gihon ». Il paraît encore signifier « une région arrosée » ou « marécageuse » : ainsi « les eaux deMageddo », mê Megiddô, Jud., v, 19, 'pour « le territoire mouillé par les cours d’eau de Maggedo »; « les eaux de Maserephat, » Misrefôt maîm, Jor., xi, 8, pour « le territoire arrosé de Maserephoth ». C’est cette dernière signification qu’il semble avoir, Is., xv, 6, et Jer., xlviii, 34. — Bien que les prophètes ne le disent pas expressément, il n’est pas douteux que le nom de Nemrin n’ait été portée par une ville ou bourgade établie sur le territoire auquel la prophétie fait allusion et que celle-ci ne s’adresse pas à la fois à l’un et à l’autre.
Les « eaux de Nemrim » désignent celles de la rivière appelée aujourd’hui Nemeirâ qui se jette dans la mer Morte au sud-est (voir Moab, col. 1151, et carte, col. 1145), et non celles de l’ouadi Nimrim, qui se jettent dans le Jourdain après avoir arrosé Bethnemra. Voir la carte de Moab, col. 1145, et la carte du Jourdain, t. iii, col. 1726. Isaïe, xv, 6, dans sa prophétie contre Moab, prédit que les eaux de Nemrim tariront et que le gazon et la verdure qu’elles entretenaient seront desséchés. Jérémie, xlviii, 34, annonce également le dessèchement des eaux de Nemrim. Les deux prophètes placent les eaux du Nemrim dans le voisinage de Ségor, par conséquent au sud-est de la mer Morte, et on ne peut les confondre avec celles de l’ouadi Nimrin qui sont au nord de cette mer.
IL Identification et description. — Les prophéties d’Isaïe et de Jérémie, où Nemrim est nommée, regardent exclusivement Moab et les villes de Moab, il ne peut y avoir le moindre doute que cette localité et son territoire n’appartiennent eux-mêmes au pays de Moab. Mais de quel Nemrim s’agit-il? car on trouve dans l’ancienne Moabitide deux localités auxquelles convient ce nom : l’une à l’extrême nord connue autrefois sous le nom de Bethnemra et Nemra, Num., xxxii, 36, et Is., xm, 26, aujourd’hui tell-Nimrin sur 1 ’ouâdi Nimrin et l’autre presque à l’extrême sud et au-dessous de Kérak, l’ancien Kir-Moab, appelé Khirbet-Nemeirâ, à l’embouchure de Youâdi Nemeirâ. Dans les deux endroits l’eau est abondante et dans les deux on signale la présence du léopard ou du guépard et de la panthère. — Le courant d’eau qui arrose le tell-Nimrîm (fig. 429) prend son origine près du Sali, la capitale du Belqa, au cœur des montagnes de Galaad méridional. La source est abondante et forme immédiatement un ruisseau qui bientôt est grossi par une multitude d’autres petits courants. La rivière, sur un parcours de six à sept kilomètres, arrose de nombreux vergers d’arbres fruitiers plantés sur ses rives et fait tourner plusieurs moulins. Il en est de même de plusieurs de ses aflluents. En approchant du Ghôr, le courant devient plus rapide, mais il n’arrose plus qu’une double haie de lauriers-roses. Au delà d’une gorge étroite, située entre des rochers à pic, à travers laquelle la rivière se précipite en grondant, la vallée s’élargit pour laisser son courant pénétrer dans la plaine du Jourdain. Appelé jusqu’ici, l’espace de vingt-cinq kilomètres environ, ouâdi Sa'ib, du nom donné par les Arabes au beau-père de Moïse, il prend dorénavant sur le territoire du tell-Nimrîm, et jusqu’au Jourdain où il se jette, dix kilomètres plus loin, le nom de nahar- Nemrîm et son lit celui d 'ouâdi Nimrim. Les bédouins 'Adouân qui occupent ces régions utilisent ces eaux
NEMRIM (EAUX DE)
NEMROD
pour arroser quelques oliviers et les champs de blé ou de doura, dont ils ensemencent tou te la région. Les secler ( Zizyphus Spina Chris ti), les Zaqqüm (Eleagnus angustifolius), et les oser (Xsclejnas gigcmtea), arbustes spontanés du sol, en bénéficient en même temps. Jadis elles devaient entretenir de superbes plantations de palmes et d’arbres fruitiers de toutes espèces, car le territoire de Nirnrin pouvait se prêter aux cultures les plus variées et les plus riches. Plusieurs palestinologues ont penéé que les allusions d’Isaïe convenaient admirablement à ce quartier dans lequel on pourrait entretenir une verdure perpétuelle. Voir Robinson, Biblical Researches in Palestine, Boston, 1842, t. n, p. 249; Socin- Baedeker, Palestine et Syrie, Leipzig, 1882, p. 411; Armstrong, Wilson et Conder, Names and Places in lhe Old Testament, Londres, 1887, p. 134; Bethnemra, t. i,
en-Nemeirâ et plus haut un troisième édifice carré, mais de moindres dimensions. Bien que l'ouâdi Nemeirâ et lë (jchôr ne puissent être comparés pour la fertilité à Youâdi Sa'ib ou Nirnrin i, ils sont cependant supérieurs sous ce rapport à la plupart des vallées qui s’ouvrent sur la mer Morte. — En nommant Nemrim avec Segor, Luith, et entre Oronaïm et Gallim, villes qui paraissent toutes appartenir à Moab méridional, il semble bien que le prophète Isaïe la place dans la même partie. Jérémie est peut-être plus catégorique encore. En l’unissant à Ségor et à Oronaïm il parait la mettre en opposition avec le groupe certainement situé au nord formé par Hésébon, Éléaléh, et Jassa. Eusèbe et saint Jérôme voient aussi la Nemerim (Eusèbe : Neoyipe!» dont parlent Isaïe dans la vision contre Moab, et Jérémie, dans le « bourg appelé Bennamarin
col. 1697. — Toutefois la plupart des explorateurs inclinent plutôt à reconnaître le territoire et la ville dont parlent les prophètes dans Youddi-Nemeirâ et des ruines situées à l’issue de la vallée et désignées du nom de Khirbet-en-Nemeird. Cette vallée commence, sous le village des Dja'afar, à quinze kilomètres au sud du Kérak. Le Djebel-el-Khanâzîr, « la montagne des sangliers », la domine au sud. Elle suit la direction du nord-ouest. La rivière qui la baigne est abondante, non toutefois cornne le nahar Nirnrin, et son parcours n atteint pas vingt kilomètres. La région qu’elle arrose, belle et fertile dans sa partie orientale, devient plus rocheuse et plus stérile en se rapprochant de la mer Morte. A l’issue des montagnes, la rivière se divise en plusieurs branches. La bande de terrain qu’elle traverse est de plus d’un kilomètre et est connue sous le nom de ghûr ou saliel-Nemeirâ. Parmi les mimosas dont la plaine est recouverte, on heurte à chaque pas des débris de constructions. On remarque spécialement, au sud de la rivière, un tertre couvert de ruines et, dans son voisinage, un édifice carré de six mètres de côté, bâti avec de grandes pierres. Plus loin, est un autre mamelon également couvert de décombres et au nord de la rivière parmi les débris, on rencontre un second édifice carré ilanqué de quatre tours à ses angles et appelé Bordj
(Bï|vva!j,aps:(j.), situé au nord de Zoara », la Ségor de la Bible. Onomasticon, édit. Larsow et Parthey, Berlin, 1862, p. 298 et 299. Ségor ou Zoara est constamment indiquée par les anciens à l’extrémité sud-est de la mer Morte. Voir Ségor. Vouddi Nemeirâ , est distant à son embouchure de six kilomètres seulement de ce point. La ruine dont il a été parlé parait occuper le site de la Bennamarim de YOnomasticon dont le nom est sans doute une transcription pour Beth-Nemèrim, et dont l’identité étymologique avec Nemeirâ est incontestable. Voir F. de Saulcy, Voyage autour de la mer Morte, t. I, p. 281-289; Tristram, Bible places, p. 353; E. H. Palmer, The clesert of lhe Exodus, 1871, t. ii, p. 465.