‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 162 sur 389 · L. IIeidet · texte numérisé non relu

L. IIeidet

NEMROD (hébreu : Nimrôd; Septante : NsêpcLô), nom d’un descendant de Chus (asiatique) fils de Cham, présenté dans Genèse, x, 8-12, comme fondateur de l’empire babylonien, chasseur puissant devant Jéhovah — ce qui peut s’entendre au sens littéral, les rois babyloniens et assyriens ayant été de grands destructeurs de fauves, ou dans le sens métaphorique, chasseur d’hommes, conquérant, le terme hébreu gibbôr ayant communément le sens de « héros, vaillant homme de guerre ».

Ce nom n’a pas encore été découvert dans les textes cunéiformes : les identifications proposées renferment

NEMROD

toujours une grande part de conjectures. Une ancienne liste babylonienne des « rois qui ont régné après le déluge » incomplète et sans chronologie, il est vrai, omet Nemrod. Cuneiform Inscriptions of the Western Asia, t. v, pl. xli v, 1. 20 c. Les textes et la glyptique assyro-babylonienne mentionnent et représentent souvent un héros dont le nom, écrit en caractères idéographiques Gis-du-bar, doit se lire Gilgamès: il appartient à l’époque primitive, presque à l’époque du déluge, c’est à la fois un prince puissant, qui dompte Éa-bani, l’homme à face de taureau, et en fait son compagnon, puis triomphe du tyran Humbaba, et égorge un monstre envoyé contre lui par Anu et Istar; comme le Nemrod biblique, il règne aussi sur la ville d'Érech : mais les textes ne disent pas qu’il ait régné sur les autres villes de la tétrapole du Sennaar, Babylone, Achad et Chaîné. Tous ces détails sont empruntés au poème babylonien nommé communément l’épopée de Gilgamès. La figure colossale de ce héros (fig. 430) ornait l'entrée des palais assyriens, à côté des nirgal-i et des qirubi, lions et taureaux ailés à face humaine : on le retrouve également sur un granp nombre de cylindres-cachets babyloniens fort anciens, tels que le sceau de Sargon l’ancien (voir t. I, fig. 18, (col. 125. On le représentait portant une barbe et une chevelure longues et soigneusement frisées, luttant contre le taureau de la déesse Istar, ou bien tenant à la main droite une massue, et enserrant et étouffant du bras gauche un lionceau. — La difficulté devient plus grande quand on tente de rapprocher les deux noms, Nemrod et Gilgamès. Frd. Delitzsch et Hommel ont essayé de donner aux caractères idéographiques, la lecture Namra-ucldu ou Namratsit, lumière de l’Orient, mais c’est une lecture purement conjecturale, et rien ne prouve que le composé idéographique se soit jamais lu autrement que Gilgamès. P. Haupt essaie d’arriver à l’identification en se basant sur un détail donné par l’épopée babylonienne : après sa victoire sur le taureau d’Anu, le héros en consacra les cornes, pour servir de coupes à libations, au dieu de Marad, soit qu’il fut lui-même originaire de celte ville, soit que le Dieu de Marad ait été sa divinité protectrice : Nemrod serait donc un surnom signifiant: le (héros) de la ville de Marad. Malheureusement les noms ethniques ou les appellations d’origine ne se forment pas par le préfixe N, mais par la désinence aa, etc. Delitzsch propose de lire nu-Marad, le héros de Marad. Quant à la ville elle-même, après G. Smith, il l’identifie avec la localité de Ptolémée ’Auopooxxia, au sud de Borsippa : Wo lag das Paradies, p. 220.

M. Sayce avait tenté d’assimiler Nemrod au roi kassite Nazi-Murutas; la ressemblance onomastique est loin d’être frappante; de plus les conditions historiques de temps et de situation sont totalement différentes .-Nazi- Murutas appartenait à la troisième dynastie de Babylone et fut vaincu par le monarque assyrien Ramman-nirari vers l’an 1330. T. Pinches, dans le Dictionanj of the Bible, de Hastings, t. ni, p. 552, s’est rallié à l’opinion de J. Grivel, qui confondait Nemrod avec Mardok, le grand dieu babylonien, dont il lisait le nom Amar-ut ou Amar-utuk, forme accadienne sémitisée dans la Bible, par l’adjonction du N préfixe. Cela est purement conjectural. Tout ce qu’on peut alléguer, c’est que Mardouk est représenté comme le roi du panthéon babylonien, et comme un guerrier qui triomphe de la déesse du chaos Tihamât; il est aussi le protecteur sinon le fondateur de Babylone : mais cela ne peut suffire pour identifier les deux personnages.

La notice hébraïque ajoute une seconde partie à l’histoire de Nemrod : elle nous apprend qu’après avoir établi son empire sur la tétrapole du Sennaar, Babylone, Arach, Achad, Chaîné, il gagna l’Assyrie, où il fonda aussi Ninive, Rehoboth- Ir, Calach et Résen. A la vérité on peut expliquer cette phrase d’une tout autre

façon, comme fait la Vulgate, en prenant Assur non comme une appellation géographique, mais pour un nom personnel ou ethnique, et traduire : » de (Sennaar) sortit Assur qui bâtit Ninive, etc. » Quelle que soit la traduction admise, nous y apprenons un fait reconnu comme exact par la science assyriologique, que l’Assyrie fut à l’origine une colonie babylonienne, que son em-

430. — Gilgamès étouffant un lion. Bas-relief de Ninive. Musée du Louvre.

pire fut fondé par Nemrod, qui représente ici la puissance et la civilisation chaldéenne. Langue, écriture, science, religion, beaux-arts, etc., l’Assyrie n’eut rien en propre, tout lui vint de la Babylonie. De temps en temps elle secoua la prépondérance politique de Babylone, elle soumit même sa métropole sous ses derniers rois, mais elle finit par succomber elle-même sous les coups d’un nouvel empire babylonien. Voir Assyrie, Ninive, Babylone, et les autres noms des villes assyriennes.

Le récit biblique donna naissance à quantité de

NEMROD

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