NÉOMÉNIE
la Sunamite parle d’aller trouver le prophète Elisée, son mari s’en étonne en disant : « Ce n’est pourtant ni la nouvelle lune ni le sabbat. » IV Reg., iv, 23. On se rendait donc ces jours-là près du prophète pour entendre parler de Dieu et de sa loi.
II. La célébration civile. — l°La néoménie était considérée comme une fête, mais elle n’entrainait pas l’obligation d’un repos rigoureux. Il est nommément prescrit de ne faire aucune œuvre servile à la néoménie du septième mois. Num., xxix, 1. Ces œuvres n’étaient donc pas défendues aux autres néoménies. Néanmoins on s’abstenait généralement des plus considérables. Le gros commerce était suspendu. « Quand la néoménie sera-t-elle passée, pour que nous vendions du blé? » disaient les accapareurs du temps d’Amos, vin, 5. C’étaient surtout les femmes que l’on exemptait de tout travail ce jour-là. Par cette exemption on prétendait rappeler le souvenir des femmes qui avaient livré leurs anneaux d’or à Aaron pour la fabrication du veau d’or. Exod., xxxii, 2, 3. De diverses indications du texte sacré, Exod., xix, 1, 16; xxiv, 18, on conclut que la livraison des anneaux se fit à peu près à l’époque de la néoménie. Cf. Iken, Antiquitates hebraicæ, Brème, 1741, p. 304, — 2° Le jour de la néoménie, on se livrait à la joie et aux festins. Il y avait réception à cette occasion à la cour de Saül. I Reg., xx, 5, 18, 24. Judith, vin, 6, s’abstenait de jeûner aux néoménies. Ces jours étaient si bien connus comme jours de fête pour les Juifs que, pour se concilier leur amitié, le roi Démétrius Ier leur promettait d’ériger les sabbats, les néoménies et les solennités en jours d’immunité et de franchise. I Mach., x, 34. — 3° Les Juifs de la dispersion célébraient les néoménies comme on le faisait en Palestine, hors de Jérusalem, par des lectures de la Loi dans les synagogues, cf. Mischna Megilla, ni, 5, 6 ; iv, 2, et par des réjouissances. Horace, Sat., I, ix, 69, et Commodien, Instr., I, 40, 3, parlent des tricesima sabbata des Juifs, qui ne sont autre chose que les néoménies. Cf. Schürer, Geschichte des jïidischen Volkes im Zeit J. C., Leipzig, t. m, 1898, p. 95.
III. Raison cle l’institution des néoménies. — 1° Quelques auteurs, à la suite de Maimonide, More Nebouchim, ni, 46, ont pensé que les néoménies furent instituées en opposition avec le culte qui était rendu à la nouvelle lune par certains peuples, et particulièrement par les Égyptiens. Cf. Spencer, De leg. Hebræor., Cambridge, 1685, m, 4, p. 1045; J. D. Michaelis, Mosaisches Recht, Francfort-s.-M., 1775, t. iv, p. 170. La lune était l’objet d’un culte en Égypte, en Syrie, en Chaldée, etc. Voir Lune, col. 420. Mais il n’apparaît nulle part que ce culte ait été rendu à la lune précisément à l’époque où elle devient invisible. Rien d’ailleurs, ni dans les textes sacrés ni dans la tradition juive, ne permet d’établir une relation positive entre la néoménie et une opposition quelconque à des cultes lunaires. — 2° L’institution des néoménies s’explique simplement par la nature du calendrier en usage chez les Hébreux. Les mois étaient lunaires. C’est donc le cours de la lune qui réglait la vie religieuse et la vie civile. Is., lxvi, 23. La même division du temps faisait que les Germains fixaient leurs assemblées à la nouvelle lune ou à la pleine lune, comme à des jours favorables, Tacite, Mor. Germ., Il, et que les Romains célébraient par des festins les calendes, les ides et les nones. Aulu-Gelle, Nocl. Atlic., ii, 24. Dès lors il était naturel qu’au début de chaque mois la pensée des Israélites fût ramenée à Dieu par des holocaustes qui rendaient hommage à son souverain domaine, par un sacrifice d’expiation qui reconstituait la nation en état de pureté légale devant Dieu, et par des réjouissances qui étaient une forme de la reconnaissance pour les bienfaits reçus. — 3° Rien que la néomenie ne fût pas à proprement parler une fête, puisqu’elle n’est pas inscrite au catalogue des fêtes, Lev., xxm, 2-43, mais qu’elle est seulement indiquée comme occasion de sacrifices, l’usage
s’en perpétua parmi les Juifs et les judaïsants que saint Paul trouva en face de lui en Asie-Mineure. Aux Galates, iv, 10, il reproche des observances de jours, de mois, de saisons et d’années, toutes choses qui se rattachaient au judaïsme, et n’avaient plus de raison d’être dans la religion nouvelle, alors surtout que les sacrifices mosaïques constituaient le fond essentiel de la néoménie. Aux Colossiens, n, 16, il recommande de ne pas se laisser juger et inquiéter au sujet des fêtes, des néoménies et des sabbats. Peut-être les néoménies étaient-elles rattachées par les hérétiques au culte asiatique du dieu Lunus. Voir Lune, col. 420. A la fin du vne siècle, le concile in Trullo, can. 62, croit encore devoir prohiber les fêtes des calendes, dont l’usage s’était conservé en certains pays. Cf. Héfélé, Hist. des Conciles, trad. Delarc, Paris, 1870, t. iv, p. 219.
IV. Fixation de la néoménie. — 1° Il était très important pour les Hébreux de fixer le premier jour de la lune, parce que de ce jonr dépendait la date de fêtes solennelles. Ainsi la Pâque se célébrait le quinzième jour de nisan et la Pentecôte dépendait d’elle; la fête de l’Expiation tombait le dixième jour du septième mois et la fête des Tabernacles cinq jours après, etc. Pour qu’il y eût uniformité dans la célébration des fêtes, il était donc indispensable que le premier jour de la lune et du mois fût indiqué officiellement. — 2° Comme la révolution delà lune dure 29 jours, 12 heures et 44 minutes, les phases ne se reproduisent jamais après un cycle entier de jours. Les anciens Hébreux étaient incapables de déterminer l’apparition de la nouvelle lune par le calcul astronomique. Ils procédaient donc empiriquement. Voici comment se passaient les choses à l’époque des traditions consignées dans la Mischna, par conséquent encore du temps de Notre-Seigneur. Le trentième jour de la lune, des membres du sanhédrin se tenaient dans un endroit déterminé depuis le matin jusqu’au sacrifice du soir, attendant les témoins qui auraient pu découvrir la nouvelle lune la veille au soir. C’est en effet au soir du vingt-neuvième jour qu’on pouvait commencer à l’observer, si les conditions atmosphériques étaient favorables, et si la nouvelle révolution lunaire datait déjà d’un nombre d’heures suffisant pour que le croissant pût être aperçu. Quand deux témoins capables et sérieux attestaient l’avoir vu, le président du sanhédrin s’écriait: meqûddos, « consacré; » le peuple répétait deux fois l’exclamation, et, si la journée n'était pas trop avancée, on offrait les sacrifices et on célébrait la néoménie. Si, au contraire, le trentième jour les témoins faisaient défaut, ou n’étaient pas dignes de foi, ou arrivaient trop tard, c’est à la journée du lendemain que la néoménie était fixée de droit, sans qu’il fût besoin d’autre constatation. Les Assyriens attachaient eux aussi une grande importance à la constatation de la disparition ou de la réapparition de la lune, à la fin du mois, et leurs observatoires s’en occupaient avec soin. Les néoménies et les pleines lunes étaient l’occasion de fêtes à Rabylone, ce qui explique l’absence d’une fête annuelle en l'honneur du dieu Lune. Cf. Lagrange, Études sur les religions sémitiques, Paris, 1905, p. 291. Macrobe, Saturnal., i, 15, parlant des institutions religieuses de l’ancienne Rome, raconte également que, « dans les anciens temps, un pontife subalterne était chargé d’observer l’apparition de la nouvelle lune et d’informer le grand sacrificateur quand il l’avait vue. » — 3° Quand le jour de la néoménie était fixé à Jérusalem, on le faisait connaître au reste du pays au moyen de grands feux allumés sur les hauteurs, ou de torches fixées à l’extrémité de longues perches. Rosch-Hasschana, fol. 22, 23. De la montagne des Oliviers, on correspondait ainsi avec le mont Sartabéh, à peu près à quarante kilomètres à vol d’oiseau, sur les bords du .Jourdain, au nord-est de Jérusalem. Cette hauteur n’a que 379 mètres au-dessus de la mer, et 679 au-dessus de la plaine du Jourdain; mais la
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vue qu’on a du sommet est des plus étendues, et l’on comprend que ce point ait été choisi, comme le rapporte le Talmud, pour transmettre les signaux des néoménies. Cf. Revue biblique, 1895, p. 615. Trois autres hauteurs servaient à constater l’apparition de la nouvelle lune, les monts Gerophna, Chavran et Baltin. Mais on n’en connaît pas l’emplacement; on ignore même s’ils se trouvaient tous en Palestine. Cf. Reland, Palæstma illustrata, Utrecht, 1714, 1. 1, p.346. Lorsque les Samaritains, pour tromper les Juifs, se furent mis à faire de faux signaux, il fallut prendre un autre moyen pour notifier les néoménies. On expédiait des courriers dans les provinces. Cf. Rosch Hasschana, n, 2, 4; Gem. Betza, 4, 2. Mais comme ceux-ci avaient peine à arriver à temps dans les endroits éloignés, on se résignait, dans beaucoup de localités, à célébrer deux jours de néoménie, afin de se trouver d’accord avec Jérusalem. Le second jour n’était pourtant pas considéré comme aussi saint que le premier. On a cru trouver dansl Reg., xx, 24-27, l’indice d’une célébration de la néoménie pendant deux jours. De la double célébration de la néoménie de nisan serait dérivé, conjecture-t-on, l'usage de consacrer deux jours à la célébration de la Pâque, afin que cette fête coïncidât toujours avec le quinzième jour de la lune. Cf. A. Zanolini, De fest. et sect. Judæor., 1, 2, dans le Theol. eues, compl. de Migne, Paris, 1842, t. xxvx, col. 24. Les divergences ou les incertitudes qui se présentaient fatalement avec ce système n'avaient pas grande importance. C’était seulement à Jérusalem qu’on offrait les sacrifices; puis, s’il y avait erreur d’un jour pour la néoménie, on avait tout le temps d’être renseigné avant le jour où une solennité devait être célébrée, s’il en tombait quelqu’une dans le mois. Cf. Iken, Anliquitates hebraicæ, p. 131, 132; Reland, Anliquitates sacræ, Utrecht, 1741, p. 256; Munk, Palestine, Paris, 1881, p. 183; Schürer, Geschichte des jïidischen Volkes im Zeit J. C., t. i, 1901, p. 750. Plus tard, bien postérieusement à l’ère chrétienne, les rabbins se servirent du calcul astronomique pour fixer les néoménies ; mais les Caraïtes s’en tinrent toujours à la méthode empirique.
IL Lesètre.
NÉOPHYTE (Grec : veo'çwoç ; Vulgate : neophytus), celui qui est nouvellement planté dans la foi. — Le mot est emprunté aux Septante, qui l’emploient pour traduire néta' , « jeune plant, » veôçutov, cum primum planlatum est. Job, xiv, 9; Ps. cxliii, 12; Is. , v, 7, etc. La foi et la vie chrétienne sont comparées à une plantation. Matth., xv, 13; I Cor., ni, 6. Le chrétien est enraciné dans le Seigneur Jésus, Col., il, 7; il participe à sa racine et à sa sève divines. Rom., xi, 17. Il est donc naturel d’appeler néophyte ou jeune plant celui qui n’est entré dans la vie chrétienne que depuis peu de temps. — Saint Paul ne veut pas qu’on élève un néophyte aux dignités ecclésiastiques, de peur que, peu affermi encore dans la vertu, il ne cède à l’orgueil et n’encoure condamnation. I Tim., ni, 6. C’est le seul passage de l’Écriture où se lise le mot « néophyte ».
NÉPHATH-DOR, la ville de Dor, aujourd’hui Tantourah. Voir Dor, t. ii, col. 1487.
MEPHEG (héb reu : Néfég), nom de deux Israélites.
1. NÉPHEG (Septante: NatpÉ-/.), second fils d’Isaar, frère de Coré, de la tribu de Lévi. Exod., vi, 21.
2. NÉPHEG (Septante : Na;péy., II Reg., v, 15; Par., ni, 7 ; Na»ÿ.0, I Par., xiv, 6), fils de David, né à Jérusalem. On ne connait de lui que le nom. II Reg., v, 15; I Par., m, 7 ; xiv, 6.
NÉPH1 (grec : NeipQaei'), nom dans la Vulgate, I Mach., i, 36, du lieu ou plutôt du liquide qui est appelé aussi
Nephthar. Néphi, comme le grec Ne?0aiî, est probablement une corruption de Naphtba. Voir Nephthar.
NEPHTHALI, nom d’un patriarche, de la tribu qui en descend, et d’une montagne de Palestine. Ce nom est uniformément en hébreu Naftâli (pour l’étymologie, voir Nephthali I) et généralement en grec NEtpBaXst ou NEcp6a).t. On trouve cependant NscpBoO.djj. ou NsipSaXig dans quelques endroits de l’Ancien Testament, Gen., xxxv, 25; III Reg., iv, 15; vu, 14; Is., ix, 1; Ezech., xlviii, 3, 4, 34, et dans l’Évangile de S. Matthieu, iv, 13, 15. Josèphe, Ant. jud., I, xix, 8, donne la même orthographe, qui vient du pluriel hébreu : Naftalim.Ld, Vulgate porte également Nephlhalim, Matth., iv, 13,15; partout ailleurs elle a Nephthali. Dans les manuscrits et certaines éditions de la version latine on lit aussi Neplali, Nephtali: mais les éditions clémentines, après Robert Estienne ont constamment écrit Nephthali. Cf. C. Vercellone, Variée lectiones Vulgatæ latinæ, Rome, 1860, t. i, p. 106. A. Legendre.
1. NEPHTHALI, sixième fils de Jacob, le second qu’il eut de Bala, servante deRachel, Gen., xxx,8. Son nom, comme celui de ses frères, repose sur la paronomase qui fut faite au moment de sa naissance. Rachel, qui avait tant porté envie à la fécondité de sa sœur, et heureuse de se dire, même par substitution, mère pour la seconde fois, s’écria (d’après l’hébreu) : Naftûlê ' lAôhhn niftalti im-âhôti gam-yâkôltî. Et elle appela le nouveau-né Naftâll. La difficulté de connaître l’étymologie exacte de ce nom vient de l’obscurité des mots naftûlê, niftalti, ou plutôt de la racine fâtal. Il est facile de constater ici l’embarras des versions. La Vulgate traduit : « Dieu m’a comparée avec ma sœur, et j’ai prévalu. » Elle omet donc le troisième mot, puis, faisant du premier un verbe, elle le met à la troisième personne avec le suffixe de la première, enfin elle donne à fatal le sens de « comparer». Telle n’est pas la signification du verbe, qui, en chaldéen, en syriaque, en éthiopien et en arabe, veut dire : « tordre, tresser, entrelacer ; » à la forme niphal : « se tordre, s’entrelacer, » d'où l’idée de « combattre » qu’on lui attribue généralement ici. Comme dérivé de la racine, l’on a fàtîl ou pdtil, « fil, corde. » La Vulgate a-t-elle tiré de là le sens d' « unir, comparer » ? Peut-être ; mais pdtil se rattache plutôt au sens de « tordre ». On lit dans les Septante : SuvavTsXaêero gou ô 0eô;, v.al <7uvave<j-pâc5ï)v T?j ào£/.ipÿj (j.ov, ■/. ai Y]3uvâiT0/|v, « Dieu m’a aidée, et jj’ai lutté avec ma sœur, et j’ai prévalu. » Us ont donc vu dans le premier mot un verbe à la troisième personne avec suffixe, et lui ont sans doute donné le sens de : c< Dieu a lutté pour moi. » Le Targum d'Onkelos offre la paraphrase suivante : « Dieu a exaucé ma supplication, lorsque j’ai supplié dans ma prière; j’ai désiré d’avoir un fils, comme ma sœur, et il m’a été donné. » La version syriaque s'en rapproche; omettant les deux premiers mots, au moins dans certaines éditions, elle traduit : « J’ai supplié avec ma sœur, et j'ai obtenu également. » Cette supplication est-elle simplement synonyme de « combat par la prière »? Faudrait-il voir j ici une confusion de mots, par exemple entre brra:, nif-
tal, et V^snn, hitfallêl, « prier, supplier? » Nous restons dans les conjectures. Josèphe, Ant. jud., I, xix,8, trouve aussi dans Nephthali l’idée de combat, mais par la ruse, allusion au moyen que prit Rachel pour avoir des enfants. Les auteurs modernes traduisent généralement la phrase hébraïque citée plus haut : « Des combats de Dieu j’ai combattu avec ma sœur, et j’ai prévalu ». Il s’agirait de combats pour obtenir la grâce et les bénédictions divines. Cf. Erz. Delitzsch, Die Genesis, Leipzig, 1887, p. 385; A. Dillmann, Die Genesis,
1 Leipzig, 1892, p. 343. Naftâli aurait donc le sens de
« ma lutte » ou « lutteur », comme les Romains disaient Luctatius, d'après J. Simonis, Onomasticum Veteris Testamenti, Halle, 1741, p. 320. Nous ne savons rien de la vie de ce patriarche. Frère de Dan par Bala, Gen., xxxv, 25, il eut quatre (ils : Jasiel, Guni, .léser et Sallem. Gen., xlvi, 24; 1 Par., vu, 13. C’est tout ce que la Bible nous apprend; ailleurs le nom s’applique à la tribu. Voir Nephthali 2. A. Legendre.