MINISTRE
MIPIIIBOSETH
l’a été. Rom., xv, 8; Gai., n, 17. Ils sont en général les ministres de Jésus-Christ, ses envoyés, ses représentants et ses aides immédiats. I Cor., ni, 5; iv, 1;
II Cor., vi, 4; xi, 23. Parmi eux, saint Paul à été spécialement constitué ministre auprès des Gentils. Act., xxi, 19; xxvi, 16; Rom., xi, 13;xv, 16; Eph., ni, 7; Col., i, 23, 25 ; I Tim., I, 12; II Tim., iv, 11. — 2. Les ministres institués par les Apôtres avec la plénitude des pouvoirs pour la prédication, le gouvernement et la distribution de la grâce. Act., xi, 29; xn, 25; xm, 5; lICor.,vi, 3; xi, 8; Eph., iv, 12; vi, 21; Col., i, 7; iv, 7; I Thés., ni, 2;
I Tim., IV, 6; II Tim., iv, 5; Apoc., il, 19. Voir Évêque, t. n, col. 2121; Prêtre. — 3. Les ministres inférieurs, particulièrement chargés du soin des pauvres et de l’administration temporelle des biens de l’Église. Act., vi, 1 ; Rom., xn, 7; I Cm-., xvi, 15; Il Cor., vin, 4; ix, 1, 12, 13; Col., iv, 17. Ce ministère était rempli par des hommes choisis, voir Diacre, t. n, col. 1401, et quelquefois, dans une certaine mesure, par des femmes. Voir Diaconesse, t. n, col. 1400. — 7° Jésus- Christ, de qui tous ces ministres reçoivent le pouvoir et la grâce, a été excellemment le ministre des choses saintes, lleb., vin, 2, le ministre delà réconciliation, Rom., xv,
8, et le ministre de la médiation toute-puissante auprès
du Père. Ileb., vin, 6. — 8° Les anges sont les ministres de Dieu auprès de ceux qui sont appelés au salut, lléb., i, 14. — 9° Saint Paul emploie plusieurs fois, et même conjointement, les mots Xsixoupyla et Staxovla- Le premier a surtout trait au culte direct de Dieu. Cf. Luc., i, 23; lleb., vin, 6; ix, 21; x, 11. Les Gentils sont invités à faire l’aumône aux pauvres de Jérusalem, XeiTO'jpyïprai, minislrare. Rom., xv, 27. L’Apôtre appelle 8nr/.ovfa ty)ç Xeixoupyîa;, ministerium of/icii, la remise qui est faite aux pauvres de Jérusalem des aumônes des Gentils. II Cor., ix, 12. Il emploie le mot Xeixoupyla, obsequium, pour caractériser le dévouement qu’Épaphrodite a exercé à son égard. Phil., il, 30. Enfin il appelle du même nom la prédication par laquelle il a amené les Philippiens à la foi. Phil., Il, 17. En se servant ainsi d’un mot qui, dans la Sainte Écriture, se rapporte d’ordinaire au culte de Dieu, saint Paul donne à entendre que l’aumône, la prédication, le dévouement envers les ministres de Dieu, ont pour terme suprême non pas l’homme, mais Dieu lui-même qu’ils honorent indirectement. IL Lesètre.
MONNDM (Septante : yépoai ; Vulgate : chordæ). Le mot hébreu, pluriel de ]a, mên, « partie, corde, » désigne d’une manière collective les instruments à cordes. Ps. CL, 4. Voir aussi Ps. xlv, 9. Dans le Ps. xlv (xliv),
9, les Septante ont traduit minnî simhûkd par ÈÇ <Lv Y)u®pavctv ue ; Vulgate : ex quitus delectaverunl te, (les maisons d’ivoire) « dont vous ont réjoui... » La traduction du texte original adopté par la plupart des modernes est : « (dans les maisons d’ivoire,) les instruments à cordes (te réjouissent). » Voir Musique.
J. Pari sot.
MINUIT, dans le sens du milieu de la nuit, et non de la douzième heure de la nuit. — Le Seigneur annonça à Moïse qu’il frapperait les premiers-nés d’Égypte, dans la dixième plaie, « au milieu de la nuit » (hébreu : kahâçôt hal-layeldh ; Septante : 7isp\ piuaç vûxraç; Vulgate : media nocte). Exod., xi, 4. — Rooz s’éveille « au milieu de la nuit » (hébreu : ba-hâfi hal-layelâh, Septante : èv xà> p,euovuxxio> ; Vulgate : nocte media) pendant qu’il dormait dans son aire. Ruth, ni, 8. — La veille qui commençait au milieu de la nuit est appelée dans les Juges, vu, 9, r'ôs hâ-a'smôrét hat-tikonâh (Septante : èv àpyvj xrjç <puXa x-pç p.éupç; Vulgate : incipienlibus vigiliis noctis mediæ). C’est le moment que choisit Gédéon pour attaquer les Madianites avec ses trois cents hommes. — La tradition populaire place à minuit la naissance de Noire-Seigneur. Saint Luc, n, j
8, dit qu’un ange annonça aux bergers qui veillaient la nuit sur leurs troupeaux que le Sauveur venait de naître à Bethléhem, d’où il résulte que la Nativité avait eu lieu pendant la nuit, mais l’évangéliste ne spécifie pas davantage. C’est sans doute au texte de la Sagesse, xvm, 14-15, que la tradition a rattaché l’heure de la naissance de Jésus. Cum enim quielum silenlium conlineret omnia, et nox in suo cursu medium iter haberet, omnipotens sermo tuas de cælo, a regalibus sedibus, durus debellator in mediam exterminii terram prosilivit. La liturgie romaine reproduit ce texte avec quelques légères modifications, comme antienne du Benedictus, à l’office de la veille de l’Epiphanie. L’auteur de la Sagesse fait allusion dans ce passage à l’extermination des premiers-nés des Égyptiens et aux paroles de l’Exode, xi, 4, mais l’Église, qui voit avec raison dans la délivrance des Hébreux du joug de l’Égypte la figure de la délivrance par Jésus-Christ de la servitude du péché, ne précise point par là l’heure de la Nativité. Voir Nuit.
MINUTUM (grec : Xeitxdv; Vulgate : minutum), petite pièce de monnaie de cuivre. C’est le mot par lequel les Évangiles désignent les pièces que la veuve mit dans le trésor du Temple et qui fut l’occasion de la remarque de Jésus qui loua cette femme de sa générosité, puisqu’elle donnait de son nécessaire, tandis que les riches ne donnaient que de leur superflu. Marc., xii, 41-44; Luc., xxi, 1-4. Elle déposa dans le tronc deux minuta ce qui, d’après saint Marc, xn, 42 est l’équivalent d’un quadrans. Le quadrans valait, au temps de Jésus- Christ, le quart de l’as sexlantarius, c’est-à-dire environ trois centimes. Le minutum valait donc un centime et demi. Le Xeitxév désigne en grec le quart du /aXxoü;, soit le trente-deuxième de l’obole ou quart de centime en monnaie attique. Les mots minutum ou Xsnxôv ne sont donc pas employés ici comme des termes techniques, mais comme signifiant la plus petite monnaie. Du reste, la veuve, suivant l’usage des Juifs, a dû mettre dans le trésor, non une monnaie étrangère, mais une petite pièce nationale, par exemple une pièce de cuivre de Jean llyrcan, voir lig. 211, t. m, col. 1155. On traduit souvent en français 'le minutum de l’Évangile par « obole » et T « obole de) la veuve » est devenue proverbiale, mais cette traduction n’est pas rigoureusement exacte. — Le ).etcx6v, minutum, se lit une autre fois dans saint Luc, xii, 59. Notre-Seigneur engage le débiteur à payer sa dette à son créancier avant d’être traîné en justice et condamné à la prison, d’où il ne pourrait sortir qu’après avoir payé le dernier minutum. E. Beurlier.
MIPHIBOSETH (hébreu : Mefibôsét ; Septante : Meg-tpigouÉS ; Josèphe; Msp.cp!ëou0oç), nom d’un fils et d’un petit-fils de Saül. Le second élément du nom, bôsét, se trouve trois fois dans l’onomastique de la famille de Saül, dans les deux Miphiboseth et dans Isboseth (t. ni, col. 986), mais ils ne sont ainsi appelés que dans les livres des Rois; dans les Paralipomènes, la terminaison Baal estsubstituée à bôsét ; le Miphiboseth, fils deJonathas, devient Meribbaal, I Par., vm, 34 ; ix, 40, et Isboseth devient Esbaal (t. n, col. 986), I Par., vm, 33; ix, 39. D’une manièreanalogue, le surnom donné à Gédéon, Jérobaal (t. ni, col. 1300), se transforme aussi, en hébreu, II Sam., xi, 21, en Yerubéset, « celui qui combat contre Baal ou la honte. » Le nom de Miphiboseth est aussi un nom outrageant pour Baal. Saint Jérôme l’interprétait : ex ore ignominia (dans P. de Lagarde, Unomastica sacra, 2e édit., in-8°, Gœttingue, 1887, p. 69). Aujourd’hui, plusieurs hébraïsants dérivent Mefi de pa'âh, « souiller. » Gesenius, Thésaurus, p. 813, 1085. Un grand nombre de commentateurs modernes pensent que le vrai nom des descendants de Saül était Meribbaal et Esbaal et que leur nom a été changé à cause de 1 horreur qu’inspirait
MIPHIBOSETH
MIRACLE
aux Juifs fidèles le nom de Raal. Cette explication paraît assez plausible. Le nom de Bôsét, « chose honteuse, » était donné par mépris au dieu Baal. Voir Idole, 8°, t. ni, col. 818. Mais peut-on en conclure, comme le font divers interprètes (M. Grundsvald, Die Eigennamen des Alton Testamentes, in-8°, Breslau, 1895, p. 71,73), que Saül et la tribu de Benjamin rendaient un culte à Baal ? Rien, dans l’histoire du premier roi d’Israël, ne légitime cette conclusion. Il désobéit aux ordres de Dieu, mais les auteurs sacrés ne lui reprochent point de s’être livré à l’idolâtrie. Le nom de Meribbaal, porté par un de ses fils et un de ses petits-fils, loin de prouver que la famille de ce prince adora Baal, établit le contraire, Meri ou Mcrib Ba'al signifiant « celui qui combat Baal ». Gesenius, Thésaurus, p. 819. Mefî bôsét, contracté de maf'i bôsét, ibid., p. 1085, peut être expliqué d’une manière analogue, avec F. Mühlau et W. Volck, Gesenius’ Handwôrterbuch, 8e édit., 1878, p. 496 (cf. W. von Baudissin, S Indien zur semilischen Religionsgeschichte, 2 in-8°, Leipzig, 1876-1878, t. i, p. 108), dans le sens de « celui qui souille sur Baal » ou son image, c’est-à-dire le traite avec mépris. Quant à Esbaal, il est vrai qu’il pourrait se traduire par « homme de Baal », en conservant le premier élément ’is, qu’il a dans ’is bôsét, mais cet élément ’is ne se trouve nulle part dans les noms théophores, et il est remplacé par ’ês, « feu, » dans les deux passages des Paralipoménes où le fils de Saül est nommé; cette traduction n’est donc pas naturelle. Il faut remarquer enfin que ba'al fut primitivement un nom commun, signifiant « maître ». Un des ancêtres de Saül portait ce nom de Ba'al, 1 Par., vin, 30, dans le sens général, car il ne pouvait porter le nom d’un dieu. Cf. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6° édit., t. iv, p. 461.
1. MIPHIBOSETH, fils du roi Saül et de Respha. 11 fut livré par David, avec son frère Armoni, t. i, col. 1017, et cinq autres descendants de Saül, aux Gabaonites qui les crucifièrent, afin de se venger du mal que leur avait fait Saül et d’obtenir de Dieu la fin d’une famine. Les restes de Miphiboseth, protégés pur l’admirable dévouement de sa mère, furent ensevelis avec ceux des autres victimes dans le tombeau de Cis, leur ancêtre. Il Reg., xxi, 8-14. Voir Respha.
2. MIPHIBOSETH, fils de Jonathas et petit-fils de Saül. Il n’avait pas cinq ans lorsque son père et son grand-père tombèrent sur le champ de bataille de Jezraël. Quand la fatale nouvelle arriva à Gabaa, où se trouvait l’enfant, sa nourrice s’enfuit précipitamment en l’emportant sur son épaule, selon la coutume orientale. Josèphe, Ant. jud., VII, v, 5. Voir t. ii, fig. 568, col. 1787. Elle tomba avec son précieux fardeau ; le jeune Miphiboseth fut grièvement blessé dans sa chute et privé pour tout le reste de sa vie de l’usage de ses jambes. II Reg., iv, 4. Ce fut là le commencement des malheurs de cet infortuné prince et cet accident nous explique en grande partie ce qui lui arriva plus tard. Son infirmité, jointe à la déchéance de sa famille, le rendit fort timide ; il parlait de lui dans les termes les plus humbles, il s’appelait « un chien mort», II Reg., IX, 8; «un esclave boiteux. » II Reg., xix, 26. Emmené avec ses autres parents à l’est du Jourdain, dans le pays de Galaad, il fut élevé par Machir de Lodebar (voir Machir 2, col. 507), dans le voisinage de Mahanaïm, où résidait son oncle Isboselh, qui avait succédé à Saül. David avait promis solennellement à son ami Jonathas de protéger sa famille. I Reg.,xx, 15, 42. Quand il régna sur tout Israël après la mort d’Isboseth, le fils de Jessé songea à tenir sa promesse. Il s’enquit de ce qu'étaient devenus les enfants de Jonathas et il apprit par un ancien serviteur de Saül, nommé Siba, l’existence et la demeure de Miphiboseth. Celui-ci s’était marié et avait un fils appelé Micha. David le fit venir avec sou fils à Jérusalem, lui rendit les biens de
Saül, lui fit partager sa table et chargea Siba de prendre soin, avec les siens, de ses possessions. Siba, qui avait acquis une certaine fortune, peut-être aux dépens des héritiers de Saül, avait quinze fils et vingt esclaves. 11 fut sans doute mécontent de devenir le serviteur de Miphiboseth, mais il ne pouvait résister aux ordres du roi et s’y soumit, quitte à se venger plus tard. II Reg.,ix, 1-13. Dix-sept ans après, David était obligé de s’enfuir au delà du Juordain devant son fils Absalom. Siba l’avait accompagné, emmenant les ânes et les provisions de son mailre pour les offrir au roi. Celui-ci lui ayant demandé où était Miphiboseth, le serviteur infidèle l'accusa d’être resté à Jérusalem pour remonter sur le trône de son grand-père. Le caractère faible et sans énergie du fils de Jonathas rendait invraisemblable le récit de Siba, mais David le crut et lui donna tous les biens du malheureux prince. II Reg., xvi, 1-4. Ce ne fut qu’après le retour de David que Miphiboseth put se justifier en lui faisant connaître ce qui s’était passé. La vérité, c’est que Siba avait trompé et trahi le fils de Jonathas; il lui avait dérobé son âne et l’avait mis ainsi dans l’impossibilité de partir, à cause de son infirmité, mais il avait passé lui-même ce temps dans le deuil. David lui rendit la moitié de ses biens et laissa l’autre à Siba. II Reg., xix, 24-30. Nous ne savons plus rien sur le fils de Jonathas, si ce n’est que David ne voulut point livrer son fils aux Gabaonites, lorsqu’ils crucifièrent d’autres descendants de Saül. II Reg., xxil, 7,
MIRACLE (1 lébreu : ’ôt, niôfêt, ma'àlâl, miflâ’âh, pélé’; chaldéen: ’dt, temah; Septante : <7/)usïov, tspaç, Oav- [j.àcnov, 8ôvap.tç; Vulgate: signum ,portentum,prodigium , miraculum, mirabile, ostentum, virtus), acte qui, dans sa substance ou son mode de production, dépend d’une cause étrangère aux lois de la nature. L’acte peut être au-dessus de ces lois, s’il les dépasse, comme la rétrogradation de l’ombre sur le cadran d’Ézéchias, IV Reg., xx, 10; contre ces lois, comme la préservation des trois jeunes hommes dans la fournaise, Dan., ni, 25; en dehors de ces lois, comme la guérison d’un infirme par un seul mot. Act., ni, 6. La Sainte Ecriture donne le nom de miracle non seulement aux actes qui ne peuvent provenir que d’une intervention directe et extraordinaire de Dieu, mais encore à ceux qui sont attribuables à des agents intelligents supérieurs à l’homme. La Vulgate n’emploie le mot miraculum que dans l’Ancien Testament. Encore n’apparait-il qu’une seule fois avec le sens de miracle, Is., xxix, 14. Partout ailleurs, il traduit des mois hébreux qui signifient signe, terreur, épouvante, etc. Exod., xi, 7; Num., xxvi, 10; I Reg., xiv, 15; Job, xxxm, 7; Is., xxi, 4; Jer., xxm, 32; xliv, 12.
1. Principes Généraux. — 1° Possibilité du miracle, — 1. Cette possibilité est la conséquence de deux vérités incontestables, affirmées dans toute la Sainte Ecriture : Dieu est le Créateur tout-puissant, le Maître absolu de la nature; les choses qu’il a créées dépendent totalement de lui, en outre que, quelles que soient les lois établies pour régir l’ordre de la nature, il peut toujours accomplir des actes qui dépassent, laissent de côté ou même contrarient ces lois. Il ne le fait jamais sans raison conforme à sa souveraine sagesse. « Il fait tout ce qu'il veut. » Ps. cxv (cxm), 3. « Rien n’est impossible à Dieu. » Matth., xix, 26; Marc., x, 27; Luc., i, 37; xvm, 27. Cette puissance est affirmée aussi bien dans l’ordre physique que dans l’ordre moral. Pour marquer que Dieu intervient dans certains cas d’une manière extraordinaire, la Sainte Écriture dit qu’il agit « avec une m ain forte et le bras levé ». Exod., vi, 6; Deut., vu, 19; xxvi;8; Ps. lxxxix (lxxxviii) 11, 14; cxxxvi (c.xxxv), 12, etc.
2. Les lois de la nature impliquent elles-mêmes celte possibilité du miracle. En dehors des lois mathématiques, que la raison ne conçoit pas autres qu’elles sont, toutes les lois qui régissent le monde visible ne sont
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telles qu’en vertu d'ü'rié Volonté qui les a établies dans letat que nous constatons. Elles ne portent pas en ellesmêmes la raison d’être ce qu’elles sont. Voilà pourquoi elles ne peuvent pas être connues a priori , comme les lois mathématiques; elles ne le sont que par observation. Cf. Pauvert, La vie de N. -S. J.-C., Paris, 1867, t. i, p. 90-95. Il n’y a donc pas à s’étonner si la volonté qui a primitivement fixé à son gré les lois de la nature soumet en certains cas la nature à des lois différentes, issues de la même initiative divine. L’auteur de la Sagesse, dans ses quatre derniers chapitres, s’appuie sur cet ordre d’idées pour montrer comment les mêmes forces naturelles, soumises aux ordres de Dieu, favorisent les Hébreux et châtient les Égyptiens. « La créature, soumise à vous, son Créateur,... se pliant à toutes les transformations, était aux ordres de votre grâce. » Sap., xvi, 24-25.
2° Raisons d'être du miracle. — Ces raisons sont multiples. La convenance du miracle ne peut guère être déterminée a priori; car il y a toujours quelque présomption à déclarer que Dieu doit agir de telle ou telle façon, dans les choses qui dépendent de sa libre volonté. Mais étant données, d’une part, la puissance, la justice, la bonté et la sagesse infinies de Dieu, de l’autre la fragilité, les illusions et les défaillances de la volonté et de la raison humaine, il est aisé de saisir quelques-uns des motifs qui ont porté Dieu à faire des miracles. La Sainte Écriture manifeste ou insinue ces motifs.
1. Dieu fait des miracles pour rappeler à l’homme qu’il existe, en dehors et au-dessus de la nature, un Créateur et un Maitre tout-puissant. « Ce qu’on peut connaître de Dieu est manifeste pour les hommes, car Dieu le leur a rendu manifeste. Depuis la création du monde, ses perfections invisibles, sa puissance éternelle, sa divinité sont visibles à l’esprit au moyen des créatures. Aussi sont-ils inexcusables,... pour avoir changé la gloire du Dieu incorruptible en images représentant l’homme corruptible. » Rom., i, 19-23. « A travers les biens visibles, ils n’ont pu comprendre celui qui est, et, en considérant ses œuvres, ils n’ont pas reconnu le Créateur... Charmés de la beauté » des êtres créés, «ils les ont pris pour des dieux. » Sap., xm, 1-3. « C’est pourquoi ils ont été tourmentés comme ils le méritaient par des êtres semblables à ceux-là. » Sap., xvi, 1. Le Seigneur fait donc des miracles pour rappeler à l’homme sa personnalité oubliée. 11 dit au pharaon d’Égypte, par l’organe de Moïse : « Je vais envoyer toutes mes plaies contre ton cœur, contre tes serviteurs et contre ton peuple, afin que tu saches que nul n’est semblable à moi sur toute la terre. » Exod., ix, 14. Cette pensée revient souvent chez les écrivains sacrés. Cf. Exod., ix, 29; x, 2; xiv, 4, 18; xxix, 46; Deut., iv, 35; xxix, 6; Ps, c (xcix), 3; Is., xlv, 3, etc. Cf. P. de Broglie, Les prophéties messianiques, Paris, 1904, t. n, p. 29-45.
2. Le miracle est aussi destiné à rappeler à l’homme, même croyant et fidèle, l’action perpétuelle de Dieu dans le monde. La Providence agit régulièrement, mais invisiblement. Son action continue passe inaperçue aux yeux des hommes inattentifs. Dieu se sert de merveilles extraordinaires pour attirer l’attention sur les merveilles ordinaires de son action directrice et conservatrice à l'égard de l’humanité. C’est ce qu’explique saint Augustin, In Joa., xxiv, 1, t. xxxv, col. 1593, à propos du miracle de la multiplication des pains. Pour obtenir ce résultat, Dieu se contente d’opérer lui-même immédiatement et instantanément des effets habituellement tributaires du temps et des causes secondaires. Cf. S. Thomas, Cont. Gcnt., tu, 99.
3. Très souvent le miracle a pour but d’accréditer les hommes auxquels Dieu confie une mission particulière. 11 en est ainsi pour Moïse, Exod., iv, 2-9; vu, 8-10, etc. ; pour Josué, .Tos., ni, 7-13; pour Gédéon, Jud,, vi, 36- 40; pour Samuel, 1 Reg., m, 20, 21 ; pour Élie, 111 Reg.,
! xviii, 19-39; pour Elisée, IV Reg., n, 13-15; pour Isaïe, Is., xxxviii, 7, 8; pour Daniel, Dan., n, 28, 47; pour les Apôtres et les disciples du Sauveur. Matth., x, 8; Marc., xvi, 17, 18; Act., m, 7, etc. Notre-Seigneur luimême présente très formellement ses miracles comme preuve de sa mission divine. Voir Jésus-Christ, t. m, col. 1504-1507.
4. Enfin les miracles servent à confirmer la réalité soit des choses qui sont annoncées pour un avenir plus ou moins lointain, soit des faits d’ordre surnaturel que l’expérience ne peut constater directement. Ainsi l’ombre rétrograde sur le cadran d’Ézéchias pour attester la prolongation de vie qui lui est accordée. Is., xxxvm, 7, 8. Zacharie devient muet et donne par là à conclure qu’il a eu une vision dans le sanctuaire. Luc., i, 20-22. La maternité d’Élisabeth, avancée en âge, est indiquée à Marie pour la confirmer dans sa foi au mystère de l’incarnation accompli en elle-même. Luc., I, 36, 37. Les anges apparaissent à la crèche, Luc., n, 9-14, et au sépulcre, Matth., xxvm, 2-5, pour manifester la divinité du nouveau-né et plus tard la réalité de sa résurrection. C’est pour cette raison que les miracles sont si souvent appelés des « signes » ; ils constituent des preuves visibles de faits qui échappent provisoirement ou définitivement à toute constatation immédiate.
3“ Constatatioyi du miracle. — Dans tout miracle, il y a à distinguer l’effet et la cause. L’effet peut tomber sous les sens ou rester inaccessible à tout procédé d’observation. - 1. Si le miracle, d’ordre purement spirituel, n’est pas constatable par les procédés ordinaires d’observation, il est ordinairement appuyé par des faits observables, qui lui servent de garantie. Ainsi, Dieu assistait invisiblement sou peuple à la sortie d’Égvpte, et la colonne de nuée était le témoignage sensible de cette assistance. Exod., xiii, 21-22. La présence invisible de Dieu dans le temple de Salomon fut indiquée, au jour de la dédicace, par le feu et la gloire de Jéhovah que le peuple vit descendre sur l’édifice. II Par., vu, 2, 3. L’accomplissement du mystère de l’incarnation en Marie eut pour preuve sensible la maternité d’Élisabeth. Luc., i, 36. Le miracle invisible de la rémission des péchés du paralytique fut garanti par la guérison de l’infirme. Matth., ix, 6, 7; Marc., n, 10, 11 ; Luc., v, 24, 25. La présence du Saint-Esprit dans les Apôtres et les premiers fidèles se manifestait par le don des langues. Act., n, 4; x, 46; xix, 6. En pareil cas, il n’y a qu'à tirer cette conclusion: le fait surnaturel invisible est vrai, puisque le fait surnaturel visible, apporté en garantie du premier et en relation étroite avec lui, est régulièrement constaté.
2. Quand le miracle est accompli dans l’ordre physique, l’effet extérieur se constate exactement par les mêmes moyens que les effets purement naturels. Il n’est pasplus difficile à tout un peuple de voir que le Jourdain est à sec, de telle sorte qu’on puisse le traverser à pied sec, que de voir l’eau remplir ses bords. ,Tos., iii, 17. Quand Elisée eut ressuscité le fils de la Sunamite, celleci s’assura que la vie avait succédé à la mort avec autant de facilité et de certitude qu'elle en avait eu précédemment à constater que la mort avait succédé à la vie. IV Reg., iv, 20, 36, 37. Après sa guérison, la vision était aussi aisée à reconnaître chez l’aveugle-né que l’avait été auparavant la cécité. Joa., ix, 9, 10, 20, 21. Pour constater le côté sensible de l’effet miraculeux, les sens n’ont qu’à s’exercer dans leurs conditions ordinaires. Quelquefois le miracle a produit dès modifications qui changent complètement la nature d’un corps. Les sens n’en sont pas moins aptes à saisir ce qui, dans le corps ainsi transformé, reste à leur portée. Les yeux de Moïse voient très sûrement qu’un buisson tout en feu ne se consume pas. Exod., m, 2. Les serviteurs de Cana savent très bien qu’ils ont mis de l’eau dans les auges de pierre et les convives sentent parfaitement que ce qu’ils boivent est du vin. Joa., u,9. A la transfiguration, les trois Apôtres
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n'ont pas de peine à se rendre compte de la transforma- ; tien survenue dans la personne du Sauveur. Matth., xvii,
2. Après la résurrection, le corps de Notre-Seigneur n’est certainement plus dans la condition antérieure; il est devenu comme spirituel et échappe aux lois naturelles qui régissent les êtres matériels. Il n’en est pas moins certain qu’on peut le voir et le toucher, et qu’avec ce corps ressuscité, que les Apôtres ne trouvent plus dans le tombeau et qui porte encore les traces de la passion, Jésus-Christ accomplit des actes qui produisent sur les sens des autres hommes la même impression que les actes antérieurs à sa mort. Matth., xxvm, 9; Luc., xxiv, 15-30; Joa., xx, 17; Luc., xxiv, 41-42; Joa., xx, 27, etc. Les faits miraculeux ne sont donc nullement soustraits, dans leur matérialité sensible, à l’observation naturelle. Ils sont constatables, absolument au même titre que les faits les plus naturels.
3. Le fait matériel une fois constaté, la raison humaine se préoccupe d’en rechercher la cause. C’est ce que ne manquent pas de faire les témoins. Ils reconnaissent alors que l’effet n’est en proportion avec aucune cause naturelle et ils le proclament. A la vue des miracles opérés sous leurs yeux, les magiciens d'Egypte, qui se connaissent en merveilles surnaturelles, s’écrient :
« Le doigt de Dieu est là. » Exod., vin, 19. Nabuchodonosor tire la même conclusion lorsque Daniel lui rappelle le songe qu’il avait oublié. Dan., n, 47. Les Apôtres sont saisis d’étonnement à la vue de la tempête subitement apaisée. Matth., vin, 27; Marc., iv, 40; Luc., vm, 25. L'aveugle-né, après sa guérison, conclut judicieusement que celui qui l’a guéri ne peut venir que de Dieu. Joa., ix, 33. Jésus-Christ établit la vérité de sa mission» en accomplissant des œuvres qu’aucun autre n’a jamais faites. Joa., xv, 23. Après avoir vu la guérison subite du boiteux de Lystres, les païens proclament que les dieux sont descendus chez eux sous forme humaine, et, en Barnabé et Paul, ils saluent des êtres surhumains. Act., Xiv, 11, 12. Il y a une conclusion qui s’impose au bon j sens : tout acte qui dépasse les forces ordinaires de la nature est attribué instinctivement et légitimement à une puissance supérieure à la nature.
4. ün oppose cette difficulté que, pour admettre la | réalité du miracle, il faudrait coniaître toute la puissance des forces de la nature; autrement, dit-on, ce serait s’exposer à attribuer à une cause surnaturelle un ■effet simplement dû à une cause naturelle encore inconnue. « Si nous ne pouvons indiquer exactement où le naturel finit et où le surnaturel commence, nous pouvons néanmoins acquérir une connaissance assez exacte des propriétés de l’un et de l’autre pour distinguer leurs effets. Pour savoir que, dans un cas donné, on a transgressé une certaine loi, il n’est nullement nécessaire de connaître le recueil entier des lois... D’ailleurs, accepter ces faits tels qu’ils se sont passés, les reconnaître pour historiques, mais les attribuer à une connaissance exceptionnelle des forces secrètes de la nature, c’est supposer un miracle non moins grand que ceux qu’il s’agit d'expliquer. Il restera toujours à dire comment une science si singulière, si unique en son genre, s’est rencontrée une fois dans le monde pour n’y plus reparaître. » Hettinger, Apologie du christianisme, trad. De Felcourt et Jeannin, Paris, s. d.,
t. ii, p. 188-190. Les miracles attribués à Moïse, à Jésus- Christ, aux Apôtres, etc., sont en contradiction très nette avec certaines lois de la nature, et, comme deux lois naturelles ne peuvent être en contradiction mutuelle quand il y a identité de circonstances, il s’ensuit que j lesfaits qui impliquent une telle contradiction ne peuvent être d’ordre purement naturel. Telles sont les guérisons instantanées opérées d’un seul mot les résurrections de morts, l’obéissance des forces physiques de l’univers à une inlluence purement spirituelle, etc.