Onction du roi par les dieux
D'après Wilkinson, Manners ancl Customs, 2e édit., t. ni, pl. lxii.
Hébreux. — 2. La Sainte Écriture parle de plusieurs onctions royales. Samuel sacra Said en versant sur sa tête une fiole d’huile. I Reg.. IX, 16; x, J; xv, i, 17;
II Reg., i, 21 ; Eccli., xlyi, 16. La cérémonie n’eut aucun témoin, et quand ensuite Saul fut reconnu roi partout le peuple, I Reg., x, 20-24, il ne fut pas question d’onction. — Samuel sacra de même David au milieu de ses frères, en lui versant la corne d’huile. 1 Reg., xvi, 3, 12, 13. Plus tard, les hommes de Juda l’oignirent eux-mêmes pour régner sur eux. II Reg., ii, 4, 7; ni, 39. Enfin, tous les anciens d’Israël l’oignirent à Hébron, afin qu’il régnât sur tout le peuple. II Reg., v, 3, 17; xii, 7; I Par., n, 3; xiv, 8; Ps. lxxxix (lxxxviii), 21. — Absalom, révolté contre son père, fut oint par ses partisans afin de prendre la place de David. II Reg., xix, 10. — Quand Adonias voulut se faire proclamer roi, David chargea le prêtre Sadoc et le prophète Nathan d’aller oindre Salomon à la fontaine de Gihon. Le prêtre Sadoc prit donc dans le Tabernacle la corne d’huile et il oignit Salomon. III Reg., i, 34, 39, 45; v, 1; I Par., xxix, 22 — Élie reçut de Dieu l’ordre d’oindre Ilazaël comme roi de Syrie, Jéhu comme roi d’Israël et Élisée pour lui succéder comme prophète.
III Reg., xix, 15, 16; Eccli., xlviii, 8. Il ne parait. pas qu’il ait exécuté personnellement cet ordre. Ce fut Élisée qui, à Damas, prédit la royauté à Hazaël. IV Reg., vii, 13. Quant au sacre de Jéhu, ce fut un jeune homme, un fils de prophète, qui l'exécuta. Sur les indications d’Elisée, il se rendit à Ramoth-Galaad, prit Jéhu à part, lui versa sur la tète la fiole d'huile que lui avait donnée le prophète, et lui dit de la part de Jéhovah : « Je t’oins roi d’Israël. » IV Reg., ix, 3, 6, 12; II Par., xxii, 7. — Le grand-prêtre Joïda et ses fils, après avoir
ménagé la reconnaissance de Joas, dépossédé du trône par Athalie, lui mirent le diadème et lui firent l’onction dans le Temple en disant : « Vive le roi! » II Par., xxiii, 11. — Après la mort de Josias, le peuple voulut avoir pour roi .Toachaz, bien qu’il eût deux ans de moins que son frère Éliacim ou Joakim, et afin de légitimer cette substitution, on oignit Joacbaz pour le faire roi. IV Reg., xxiii, 30, 31, 36. — 3. II résulte de ces données historiques que l’onction royale n’était qu’exceptionnelle. On y recourait soit pour établir une nouvelle dynastie, comme c’est le cas pour Saiil, David, Jéhu, soit pour consacrer en faveur de quelqu’un un pouvoir contesté ou contestable, comme c’est le cas pour Absalom, Salomon, Joas et Joachaz. Cf. Munk, Palestine, Paris, 1881, p. 409. David lui-même, après son onction secrète, en reçoit deux autres pour l’inauguration de sa royauté sur Juda, puis sur tout Israël.
II en était donc de Fonction royale comme de Fonction sacerdotale; celle que recevait le chef de la dynastie suffisait pour toute sa descendance. II est remarquable que Fonction royale, même conférée en secret, constituait un droit qu’on ne songeait pas à contester. Ainsi, dès que Salomon est oint, le parti d’Adonias tombe dans un complet désarroi. II Reg., i, 43-50. Quand Jéhu raconte à ses compagnons ce que vient de faire l’envoyé d’Élisée, ceux-ci aussitôt le traitent en roi. IV Reg., ix, 11-13. — 4. Le roi désigné par le Seigneur est fréquemment appelé masiah, ypiarô;, christus, celui qui a reçu Fonction. Cette expression, qui conviendra par excellence au Messie, voir Christ, t. n, col. 717, Messie, t. iv, col. 1032, est appliquée à Saül, 1 Reg., xii, 3, 5; xvi, 6; xxiv, 7, 11; xxvi, 9, 11, 16, 23; Il Reg., i, 14, 16; à David, II Reg., xix, 21; xxii, 51; xxiii, 1; Ps. xvm (xvii), 51 ; xx(xix), 7; xxvm (xxvii), 8; Eccli., XL vi, 22; à Salomon, II Par., xi, 42; à différents rois, Ps. lxxxiv (lxxxiii), 10; lxxxix (lxxxviii), 39, 52; Lam., IV, 20; Ilab., ni, 13; et même à Cyrus. Is., xlv, 1. H est certain que Cyrus n’a pas reçu d’onction des mains d’un prêtre juif. II en faut dire probablement autant d’Hazaël, roi de Syrie, qui devait être « oint » par Élie.
III Reg., xix, 15. Le verbe mdsah signifie, d’après l’arabe, « effleurer avec la main, » d’après l’assyrien masâliu et l’araméen mdsah, « mesurer, » c’est-à-dire mettre la main sur un objet pour juger de sa dimension. Cf. Buhl, Gesenius’ Handwôrterb., Leipzig, 1899, p. 489. II marque primitivement une imposition de la main qui, par addition d’huile, peut devenir une onction. Le masiah est donc, en principe, l’homme sur lequel Dieu a mis la main pour l’investir d’une fonction. L’idée d'huile et d’onction est ici accessoire, parce qu’elle n’appartient pas au sens radical du mot. L’onction n’était que la manifestation extérieure du choix divin; mais ce choix constituait essentiellement le masiah, et plusieurs personnages portent ce titre sans jamais avoir reçu d’onction d’huile; tels Cyrus, le Messie des rois et des prophètes. — 5. 11 est probable que l’huile employée pour Fonction royale était une huile sainte, et non une huile profane. Pour oindre Salomon, Sadoc alla prendre l'huile dans le Tabernacle. III Reg., 1, 39. H est à croire que Samuel, pour oindre Saül et David, et Joïada, pour oindre Joas, firent de même. Quant aux onctions de David par les hommes de Juda et les anciens d’Israël, d’Absalom par le peuple, de Jéhu par l’envoyé d’Elisée, et de Joachaz par le peuple, rien n’indique la provenance de l’huile employée. En tous cas, il ne parait pas que la Loi permît Fonction d’un roi avec l’huile sainte destinée à la consécration du grand-prêtre. Exod., xxx, 32. L’huile qui servit à oindre David est appelée « huile sainte ». Ps. lxxxix (lxxxviii), 21. Pour quelle méritât ce nom, il suffisait qu’elle provint du sanctuaire, par exemple, des lampes qui brûlaient devant le Saint des saints. Les rabbins distinguaient entre « l’huile d’onc-
ONCTION
tion » contenue dans une corne, III Reg\, i, 39, et l'huile parfumée contenue dans la fiole. I Reg., x, 1. ■Cf. Gem. Jer. Scliekalini, 9, 1; Gem. Horaioth, 12, 1; Midr. Kohelelh, 104, 4. Cette distinction n’est que conjecturale. Les rabbins prétendent aussi que, pour faire fonction royale, on versait un peu d’huile sur la tête, et on l’étendait avec le doigt en forme de cercle ou de couronne. La Sainte Écriture est muette à ce sujet. Cf. Reland, Antiq. sacr., p. 129, 130; Iken, Antiq. hebr., p. 379, 380.
4° Onction des prophètes. — Élie reçut l’ordre d’oindre Elisée à sa place, III Reg., xvi, 16, et au Ps. cv (civ), 15; I Par., xvi, 22, les « oints » sont mis en parallèle avec les prophètes. Néanmoins, il n’apparaît nulle part que les prophètes aient inauguré leur ministère par une onction. On ne constate qu’un simple appel de Dieu pour Samuel, I Reg., m, 4-11, pour Nathan, II Reg., xir, 1, pour Isaïe, vi, 6-9, pour Jérémie, i, 5-9, pour Ezéchiel, n, 1-3, pour Jonas, i, 1, 2, etc. L’onction doit donc ici se prendre dans le sens général de mission, et d’effusion de l’esprit de Dieu sur celui qu’il envoie. On voit du reste qu’Élisée, le seul prophète au sujet duquel il soit parlé d’onction, fut investi de sa mission quand Élie jeta sur lui son manteau. III Reg., xix, 19. Si d’ailleurs une onction avait été nécessaire pour constituer le prophète, les vrais prophètes eussent toujours été facilement distingués des faux prophètes, et ces derniers eussent cherché à se faire accréditer en obtenant que leurs partisans les oignissent. Cf. Reland, Antiq. sacr., p. 135; Iken, Antiq. hebr., p. 15.
5° Onction messianique. — 1. Il était prédit que le Verbe incarné serait l’« oint » par excellence, « oint d’une huile d’allégresse, » Ps. xlv (xliv), 8; Heb., i,r9, oint par l’Esprit de Jéhovah descendu sur lui. Is., lxi,
1. Daniel, ix, 24, annonce que soixante-dix semaines ont été décrétées pour « oindre le Saint des saints ». L’expression qodés qâdâsim, « Saint des saints, » désigne ordinairement le debîr, la partie la plus sacrée du sanctuaire. Exod., xxvi, 33; III Reg., vi, 16, etc. Mais elle s’applique aussi à tout ce qui est spécialement consacré à Jéhovah, l’autel, Exod., xxix, 37, les oblations, Lev., ii, 3, 10, les sacrifices, Lev., vi, 18; vii, 1, 6; Num., xvm, 9, les victimes. II Par., xxix, 33; II Esd., x, 34, etc. Aaron lui-même est appelé qôdés qodasîm, I Par., xxm, 13, comme étant l’oint le premier et le plus solennellement consacré. Daniel n’a donc pas en vue le sanctuaire du Temple, qui d’ailleurs n’a jamais été oint après lui, mais un personnage, le Messie, que la Yulgate appelle Sanctus sanctorum. Le Syriaque traduit : « Jusqu’au Messie, le Saint des saints, » les Septante Vatic. : y^btx: âyiov âyiwv, « pour oindre le Saint des saints. » Les rabbins Aben-Esra, Abarbanel, Moïse ben Nachman, etc., admettent que ce « Saint des saints » est le Messie. Mêmes des auteurs qui prennent l’expression dans le sens abstrait, avouent qu’elle peut s'entendre du Messie, comme le x'o y-swa >p.svov b aoïi âvtov, quod nascetur ex te sanctum, de saint Luc, I, 35. Cf. Scholl, Comment, LXX hebdom. Danielis, Francfort-s.-M., 1831, p. 12; Corluy, Spicileq. dogm. bibl., Gand, 1884, t. I, p. 479. L’histoire éclairant ici la prophétie, on peut donc conclure que le Saint des saints appelé, d’après Daniel, à recevoir fonction, n’est autre que le Messie. Cf. Fabre d’Envieu, Le livre du prophète Daniel, Paris, 1897, t. n, 2e part., p. 915-924. —
2. L’onction reçue par le Messie ne fut pas matérielle, mais purement spirituelle. Elle lui était due à raison de son triple litre de prêtre, de roi et de prophète. A son baptême, l’Esprit de Dieu, que l'Église appelle spiritalis unctio, descendit sur lui. Matth., ni, 16; Marc., i, 10; Luc., ni, 22; Joa., i, 32. A Nazareth, faisant allusion à plusieurs textes d’Isaïe, xi, 2; XL1I, 1 ; lxi, 1, le Sauveur dit dans la synagogue : « L’Esprit du
Seigneur est sur moi, et c’est pourquoi il m’a oint. » Luc., iv, 18. 11 est encore parlé de cette onction dans les Actes, iv. 27 ; x, 38. Saint Augustin, De Trinit., xv, 47, t. xlii, col. 1093, fait remonter fonction du Christ à son incarnation même, opérée par le Saint-Esprit. Saint Hilaire, De Trinit., xi, 18, t. x, col. 412; saint Athanase, Oral. I cont. Arian., 47, t. xxvi, col. 110; saint Jérôme, ln Js., xvii, 61, t. xxiv, col. 599, etc., disent qu’elle n’eut lieu qu’au moment où le Saint- Esprit descendit sur le Sauveur à son baptême. C’est alors en effet que sa mission divine devint publique. Lui-même semble l'insinuer quand il dit, peu de temps après, aux Nazaréens : « Aujourd’hui vos oreilles entendent l’accomplissement de cet oracle, » l’oracle d’Isaïe. Luc., iv, 21 .
6° Onction spirituelle. — Saint Paul dit que Dieu a oint les chrétiens et les a marqués d’un sceau en faisant descendre le Saint-Esprit dans leurs cœurs. II Cor., vii, 21, 22. Saint Jean, I, n, 20, 27, rappelle aussi aux chrétiens qu’ils ont reçu fonction du « Saint », c’est-àdire de l’Esprit que leur a communiqué Jésus-Christ, et que cet onction leur permet de connaître la vérité, sans qu'il soit besoin qu’on la leur enseigne. Cf. Joa., xvi, 13.
7° Onction sacramentelle. — Il n’en est question que dans saint Jacques, v, 14, qui recommande d’appeler les prêtres de l’Église auprès du malade, « afin que