‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 34 sur 389 · IV · texte numérisé non relu

IV

MODIN

MOHOLITES

contestait indirectement les conclusions de l'explorateur français en présentant pour les tombeaux des Machabées, les qobùr cl-Yahûd. — M. Guérin fit observer que le nombre de 28 à 30 tombes renfermées dans cette nécropole est trop considérable pour que l’on puisse y voir le sépulcre dont parle le livre des Machabées. On ne voit ncn plus au-dessus aucune trace de construction rappelant le monument élevé par Simon, et l’état du sol ne permet pas d’en supposer. On peut objecter en outre la forme des tombeaux, plutôt grécoromaine que judaïque, et l’existence d’une croix taillée en relief sur le côté d’un des blocs monolithes destinés à fermer ces sépulcres. — Ces deux dernières objections sont aussi celles qui ont été faites contre l'identification du monument du lihirbet Scheikh el-Gharbaouy avec celui des Machabées. M. Clermont-Ganneau, ayant exécuté de nouvelles fouilles à cet endroit, en 1873, constata dans le fond blanc de la mosaïque du tombeau découvert par M. Guérin, une croix formée de cubes rouges, jaunes et noirs, et conclut à l’origine chrétienne du tombeau et du monument. — M. Guérin répliqua que les chrétiens ayant confondu avec la famille deMathathias les sept frères martyrs, avaient, à dessein d’orner les tombeaux vénérés par eux comme ceux de ces derniers, fait ultérieurement celte mosaïque. — Mais à cette première difficulté, M. Clermont-Ganneau joignit celte autre : les restes de la construction découverte, par la nature et la forme de leur appareil et par la disposition de celui-ci, sont identiques, à une multitude de constructions similaires, comme par exemple le monument sépulcral de Teïdsir, non loin de Beisân, qui sont certainement d’origine gréco-romaine ou byzantine et non judaïque. — Un grand nombre de savants, avec Conder, Is. Abrahams et d’autres, pensent que l'on devrait chercher les tombeaux des Machabées et les restes de leur monument au Rds el-Mediéh. Ce monticule, regardé comme un lieu saint, un maqdm, par les habitants du pays, et remarquable par sa forme, renferme incontestablement d’anciennes constructions dont la nature étudiée pourrait apporter quelque lumière dans la question.

VI. Bibliographie. — Victor Guérin, Description de la Samarie, 1875, t. ii, p. 51-64, 403-426; cl. Découverte du tombeau des Machabées au lihirbet el-Mediéh, dans la Revue archéologique, t. xxiv, 1872, p. 264-277; Clermont-Ganneau, Archæological Researches in Palestine, Londres, t. n, 1896, p. 358-377, 475-478; Fr. Liévin de llarnme, Guide indicateur de la Terre-Sainte, 2e édit., Jérusalem, 1887, p. 130-131 ; Survey of Western Palestine, Memoirs, t. m, p. 297-298, 340-352; Sandreczki, dans Palestine Exploration Fund Quarterly Statement, The Rock of el-Medyeh, 1870, p. 245-252, cf. p. 390; Ibid., 1873, p. 93; 1897, p. 221; Revue biblique, t. i, 1892, p. 123-124; Is. Abrahams, Modin, dans Cheyne, Encyclopædia biblica, t. m, Londres, 1903. col. 3180-3181. L. Heidet.

MOELLE (hébreu : moah ; Septante : gueï.ôç; Vulgate : medulla), substance jaunâtre ou rougeâtre qui remplit les cavités osseuses. Elle a les apparences de la graisse, mais elle en est très différente par sa composition, qui comprend des éléments propres et en outre des capillaires et des nerfs dont la section est très douloureuse dans les amputations. — Il est des hommes heureux qui meurent « avec la moelle de leurs os toute fraîche », c’est-à-dire sans avoir connu la souffrance qui dessèche les os. Job, xxi, 24. La parole de Dieu est pénétrante comme le glaive qui sépare les jointures d’avec la moelle. Heb., iv, 12. Voir Nerfs. Des mets succulents sont des mets « pleins de moelle », memuhâyîm , medullata. Is., xxv, 6. La moelle constitue en effet un aliment délicat. — Dans plusieurs autres passages, Gen., xlv, 18; Num., xvm, 12; Deut., xxxii, 14,

les versions mentionnent la moelle au lieu de la graisse, hcleb, nommée en hébreu. La laine, çammérét, des cèdres est la partie supérieure de leur frondaison, et non ta É7rl),ey.Ta, « les choses de choix, » ou la moelle, medulla, comme traduisent les versions. Ezech., xvii, 3, 22.

H. Lesètre.

M O H A R (hébreu môliar; Septante : «pEpvr,; Vulgate : dos), prix payé par les parents du fiancé, d’après la coutume orientale, aux parents de la jeune fille donnée en mariage à leur fils. Gen., xxxiv, 12; Exod., xxii, 16;

I Sam., xvm, 25. Voir Dot, ii, t. n, col. 1495.

MOHOLA (hébreu : Mahldh, « maladie f?j; » Septante : b Ma=).i), nom, dans la Vulgate, d'une personne dont le sexe est controversé : c’est, selon les uns, un fils, selon les autres, une fille de Hammôlékét (Vulgate : Regina, « Reine »), de la tribu de Manassé. Le nom de son père n’est pas mentionné, mais celui de deux de ses frères, Tshôd (Vulgate : Virum décorum, Homme Beau ou Bel Homme; voirlSHOD, t. m, col. 989) et Abiçzer (voir Abiézer 1, t. i, col. 47), nous est donné dans I Par., vii, 18. On ne connaît d’ailleurs que leurs noms.

— Dans le texte hébreu, l’aînée des cinq filles de Salphaad qui héritèrent de leur père est aussi appelée Mahldh, comme le personnage de I Par., vii, 18, mais la Vulgate a transcrit son nom Maala comme l’avaient fait les Septante. Num., xxvi, 30, etc. Voir Maala, col. 468.

MOHOLI (hébreu : Mahlî, « malade [?] »), nom de deux Lévites. Ce nom dérive de la même racine que Mahlah. Voir Moiiola.

1. MOHOLI (Septante : Moolel, Exod., vi, 19; MooV', Num., m, 20; I Par., vi, 19 (hébreu, 4); xxm, 21; xxiv,

26, 28; I Esd., vm, 18), fils aîné de Mérari et petit-fils de Lévi. 11 fut la souche de la famille des Moholites, une des branches de la grande famille lévitique des Mérarites. Voir Mérarites, col. 988, et Moholites. Nous ne savons rien de particulier sur sa personne, sinon qu’il eut deux fils appelés Éléazar et Cis, 1 Par., xxm, 21; xxiv, 28 (voir Éléazar 4, t. ii, col. 1651, et Cis 3, col. 781), et un troisième appelé Lobni, I Par., vi, 29 (hébreu, 14), s’il n’y a pas de lacune dans le texte. Voir Lobni 2, col. 319. — Un des descendants de Moholi est mentionné I Esd., vm, 18.

2. MOHOLI (Septante : Moo/.i), lévite de la famille de Mérari, de la branche des Musites, portant le même nom que son oncle, le fils aîné de Mérari. Il eut deux frères, Eder et Jerimoth, I Par., xxm, 23; xxiv, 30, et un fils appelé Sorner. I Par., VI, 46-47 (hébreu, 31-32).

MOHOLITES (hébreu : ham-Mahli ; Septante : 6r|U.o; 6 Mo gai'; Vulgate : Moholitæ, Num., m, 33, et par- | tout ailleurs : Moholi, familia Moholi), branche de la famille lévitique des Mérarites descendant de Moholi. Num., iii, 33; xxvi, 58. Lorsqu’on fit le dénombrement des deux branches de Mérarites au mont Sinaï, les Moholites et les Musites, elles comptaient ensemble six mille deux cents hommes. Num., m, 34. Les Moholites eurent, comme leurs frères, des fonctions particulières à remplir lorsque David les partagea entre les lévites. I Par., xxm, 21; xxiv, 26, 28, 31. — Esdras mentionne un descendant de Moholi parmi les Lévites qui retournèrent avec lui de captivité en Palestine. Il est d’ailleurs difficile de savoir quel était son nom. Esdras ayant envoyé des j messagers à Chasphia pour lui amener des ministres de la maison de Dieu, « ils nous amenèrent, dit-il, comme la main bienfaisante de notre Dieu était sur nous, 7s sékél, d’entre les fils de Mahli (Moholi), fils de Lévi, fils I d’Israël, et Sêrêbyâh. » I Esd., vm, 18. La Vulgate a traduit ’îs sèkél, par virum doclissimum, « homme très savant » ou homme de sens, et elle fait, comme le texte i

MOHOLITES

MOÏSE

hébreu, de Sêrêbyâh, qu’elle transcrit Sarabia, un personnage différent de 'is Sékél, distingué du premier par la conjonction et. Parmi les exégètes modernes, les uns croient que la conjonction et est fautive et ils prennent Sarabia pour le nom de l'homme de sens; d'autres supposent que ’ is- Sékél est simplement un nom propre signifiant « homme de sens » et distinct de Sarabia; d’autres enfin, tout en admettant que Sarabia est un second personnage, ne pensent pas que le premier s’appelait 'is Sékél, mais que son nom propre, qui précédait cette qualification, s’est perdu. L’explication la plus simple est celle qui regarde 'is Sékél comme un nom propre, désignant un lévite autre que Sarabia, mais elle a contre elle les raisons suivantes : 1° Esdras indique après chaque nom le nombre des personnes qui accompagnaient celui dont il vient de parler et le nombre n’est marqué ici qu’après le nom de Sarabia. ‘2° Il n’est pas question de ’is sékél dans la suite du livre d’Esdras, non plus que dans Nêhémie, tandis qu’il y est fait plusieurs fois mention de Sarabia. I Esd., vm, 28;

II Esd., vm, 7 (Sérébia); ix, 4; xii, 8 (Sarébias); ix, 5; x, 12; xii, 24 (Sérébia). Sans doute ’is sékél aurait pu mourir aussitôt après son arrivée en Palestine, mais on peut penser qu’Esdras ne l’aurait pas nommé le premier de la liste, I Esd., vm, 18, s’il n’avait pas joué un rôle important après son retour dans sa patrie. Quoi qu’il en soit, le contexte semble bien désigner Sarabia comme un Moholite. Les Septante ont fait du premier élément de ’is Sékél un nom commun et du second un nom propre (défiguré dans la dernière lettre) : àvrip Sa/ûv- Voir Sarabia.

MOINEAU. Voir Passereau.

MOIS (hébreu : liôdes, c’est-à-dire « nouvelle [lune] » ; yérali, qui signifie « lune », et par extension le mois qui était lunaire ; Septante : [r/jv qui signifie aussi « lune » et « mois » ; Vulgate : mensis), douzième partie { de l’année. III Reg., iv, 7; I Par., xxvii, 1-15. Comme les mois hébreux étaient lunaires, ils ne fournissaient pas en un an trois cent soixante-cinq jours. Pour les faire coïncider avec les saisons, nous savons qu’on intercalait en moyenne tous les trois ans, un treizième mois, mais il n’en est jamais fait mention dans l’Écriture. Pour la description des mois, voir Calendrier, iii, t. n, col. 65- 67, et chacun des noms de mois. Du temps des Séleucides, on se servit en Palestine des noms de mois macédoniens. II iMach., xi, 21, 30, 33, 38. Sur la manière dont les Hébreux célébraient le premier jour du mois, voir Néoménie.

MOÏSE (hébreu : Môséh; Septante : Vul-

gate : Moyses), libérateur et législateur d’Israël.

I. Depuis sa naissance jusqu’à sa mission. — 1° Naissance. — Au plus fort de l’oppression des Israélites en Égypte, alors que le roi avait ordonné de tuer à leur | naissance tous les enfants mâles du peuple opprimé, Exod., i, 22, un homme de la famille de Lévi épousa [ une femme de sa tribu. Celle-ci conçut et enfanta un fils. Exod., il, 1-2. De prime abord, il semblerait que ce fils est le premier-né du mariage de parents innommés, si la suite du récit n’introduisait sur la scène une sœur de l’enfant plus âgée que lui, f. 4. Une généalogie incomplète des fils de .Tacob nous renseigne plus loin, Exod., vi, 20, sur les noms des parents, Amrarn, voir t. i, col. 522, et Jochabed, voir t. ni, col. 1580, et sur l’existence d’un frère ainé, Aaron, ayant trois ans de plus que son puîné. Exod., vu, 7; cf. vi, 26-27. Le nom de la sœur, Marie, est donné Nurn., xxvi, 59. Voir col. 776. Pour expliquer comment le troisième enfant de cette famille avait pu être présenté comme un premier-né malgré la naissance antérieure d'Aaron et de Marie, le targum de Jérusalem a

imaginé un véritable roman. Selon lui, quand le roi d’Égypte eut ordonné aux sages-femmes égyptiennes de faire périr les petits garçons d’Israël, Exod., I, 15, 16, Amrarn quitta sa femme, déjà mère de Marie et d’Aaron, et la reprit plus tard. Moïse fut le premier-né de ce second mariage. Quelques commentateurs modernes, à l’encontre d’Exod., vi, 20, ont supposé qu’Amram avait eu deux femmes, dont la première aurait donné le jour à Marie et à Aaron. La mère, ayant vu que le nouveau-né était beau et bien fait, désobéit à l’ordre cruel du Pharaon, et au lieu de faire mourir l’enfant, elle le cacha pendant trois mois. Exod., n, 2. En agissant ainsi les parents étaient guidés par la foi, Heb., xi, 23, parce que Dieu avait sur cet enfant des vues spéciales. Act., vu, 20. Josèphe, Ant. jud., II, ix, 3, 4, raconte qu’Amram, voyant sa femme enceinte, avait imploré Dieu qui le réconforta dans une vision et lui prédit la naissance d’un fils qui délivrerait les Israélites. Celte prédiction remplit de crainte les époux; mais Jochabed accoucha sans douleur, ce qui présageait le grand rôle que son fils devait remplir. Le texte sacré ne mentionne rien de miraculeux dans la naissance de Moïse. 11 ne l’appelle pas a premier-né », et s’il ne parle pas d’abord d’Aaron, qui était né avant lui, c’est parce qu’il va raconter l’histoire de Moïse.

2° Exposition sur le Nil. — Quand la mère crut ne pouvoir plus cacher l’existence de l’enfant, craignant, dit Philon, De vita Mosis, 1. 1, Paris, 1640, p. 604, les perquisitions et la délation, elle résolut de l’exposer sur le lleuve, le confiant ainsi à la Providence. Elle fit une nacelle de papyrus, qu’elle enduisit de bitume et de poix ; elle plaça le petit enfant dans cette sorte de berceau, qu’elle déposa parmi les roseaux sur le bord du fleuve. Exod., ii, 3. Cf. F. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., Paris, 1896, t. ii, p. 282, 587-588. La sœur de l’enfant, retenue par l’amour fraternel, dit Philon, De vita Mosis, I. 1, in-f», Paris, 1640, p. 604, appostée par sa mère, pensent les commentateurs modernes, demeura sur la rive et se tint à quelque distance pour observer et voir ce qu’il adviendrait. Exod., n, 4. D’après les rabbins, elle attendit ainsi une heure. Talmud de Jérusalem, traité Sota, i, 9, trad. Schwab, Paris, 1885, t. vu, p. 240, 241. Or la fille du Pharaon, nommée ©Épjzo-j- 6i; d’après Josèphe, Ant. jud., I, ix, 5, Msppiç d’après Eusèbe, Præp. evang., ix, 27, t. xxi, col. 729, et Bathya selon les rabbins d’après I Par., iv, 18, vint au lleuve pour se baigner, ou, selon Josèphe, loc. cit., pour s’égayer sur la rive. Suivant Philon, elle était la fille unique du roi. Mariée et sans enfant, elle désirait ardemment un fils. Elle se tenait ordinairement renfermée dans son palais; mais elle en était sortie ce jour-là pour se baigner avec ses suivantes. Cf. Artapan, dans Eusèbe, Præp. evang., ix, 27, t. xxi, col. 729. Pendant que ses dames d’honneur allaient et venaient sur les bords du fleuve, elle aperçut la petite barque au milieu des roseaux ; elle envoya une esclave la prendre et la lui apporter; l’ouvrant, elle vit un enfant qui vagissait et, émue de compassion à ce spectacle, elle dit : « C’est un enfant des Hébreux. » Exod., n, 5, 6. Elle reconnut son origine, sinon à la circoncision que pratiquaient les Égyptiens, du moins aux circonstances de la persécution. Philon et Josèphe disent qu’elle fut t frappée de la grandeur et de l’élégance de l’enfant. Le premier ajoute qu’elle l’adopta dès lors pour son lils. Mais, parce qu’il n’aurait pas été prudent d’introduire tout de suite à la cour cet enfant hébreu, elle résolut de le faire élever avant de l'amener chez elle. Josèphe, Ant. jud., II, IX, 5, dit qu’elle fit appeler successivement plusieurs femmes égyptiennes pour l’allaiter, mais que l’enfant refusa leur sein. Marie, sa sœur, intervint alors comme par hasard et proposa de le confier à une femme israélite. Elle alla chercher sa mère, dont l'enfant accepta le sein. Sauf ce détail, qui semble peu

MOÏSE

d’accord avec le texte sacré, cette intervention de Marie est racontée dans l’Exode, n, 7, 8. La tille du roi confia l’enfant à sa mère, comme s’il lui était étranger; elle lui recommanda de le nourrir et lui promit un salaire. Cf. Act., vii, 21. La mère prit son fils avec joie et l’éleva. Philon signale le soin mis par la Providence de confier à la famille la première éducation du futur libérateur d’Israël. Voir t. ni, col. 1580. Quand l’enfant fut assez fort, quand il eut trois ans, selon Josèphe, Ant. jud., II, ix, 6, quand il fut sevré, vers trois ou quatre ans, selon Philon et les commentateurs, cf. Gen., xxi, 8, sa mère le rendit à la fille du roi, qui l’adopta. Exod., Il, 9, 10. L'enfant était plus grand que ne le sont les enfants de son âge; il était beau et bien fait. La fille du roi, au dire de Philon, avait simulé une grossesse en vue de faire passer son fils adoptif pour son véritable fils. Suivant Josèphe, Ant. jud., II, ix, 7, elle le présenta à son père, à qui elle le proposa comme son successeur au trône, si elle n’avait pas elle-même de fils. Elle déposa l’enfant dans les bras du roi, qui le serra sur sa poitrine et lui mit son diadème sur la tète. Mais l’enfant jeta bas le diadème royal et le foula aux pieds. Cet acte fut regardé comme un mauvais présage pour l’Égypte, et un scribe fit une prédiction de malheur. Pour effacer la fâcheuse impression produite sur le roi par ces incidents, Thermutis emporta bien vite son fils adoptif. Ce sont là des fables inventées plus tard par les Juifs.

3U Nom. — En adoptant l’enfant hébreu, la fille du roi lui donna un nom. Elle le nomma train, Môséh, « parce que, dit-elle, je l’ai sauvé de l’eau. » Exod., il, 10. Le récit de l’Exode rattache ainsi le nom de Moïse à la racine hébraïque nun, mâsdh, employée à la forme

hiphil. II Sam., xxii, 17; Ps. xvm, 17. Mais les critiques modernes rejettent celte étymologie pour deux raisons : 1° parce que la fçrme active du nom de Moïse signifie : « sauveur » et non « sauvé »; 2° parce que la fille du Pharaon, ne parlant pas hébreu, n’a pu donner à ce nom la dérivation et la signification indiquées dans l’Exode. Le nom de Moïse a donc plutôt, selon eux, une origine égyptienne. Les Juifs alexandrins s’en rendaient compte; aussi ont-ils recherché dans la langue copte l’étymologie de ce nom. Josèphe, Ant. jud., II, ix, 6, faisait dériver le nom de Moïse de deux mots égyptiens : gô), signifiant « eau », et ùoîjç, signifiant « sauvé », et il arrivait ainsi à la signification de l’Exode; Moïse voulait dire « sauvé des eaux ». Ailleurs, Cont. Apion., 1. I, n. 31, il indique seulement la dérivation de poti, « eau », en gardant le même sens : èx toü {jSoitoç cw6év rot. Philon, De vida Mosis, p. 605, tient le nom de Moïse pour un nom égyptien qui signifie : « sauvé des eaux, » p*; désignant l’eau. Cf. Clément d’Alexandrie, St rom., j, 23, t. vm, col. 897; Eusèbe, Præp. evang., ix, 27, t. xxi, col. 729. Eusèbe cite Artapan qui dit que les Juifs appelèrent Mouuaîov celui que la fille du roi avait nommé Mwüo-ov. Plusieurs savants maintiennent encore cette dérivation et font provenir le nom de nvin de mu, « eau, » et de ses, « tirer. » La plupart des égyptologues pensent aujourd’hui que rrJta est la transcription hébraïque du mot égyptien mes,' mesu, qui signifie « enfant » et qui était employé à l’état isolé ou en composition comme dans les noms propres Amosis, Tuthmosis. Ils se demandent seulement si la fille du roi égyptien s’est bornée à appeler son fils adoptif mes, l’enfant, cf. Exod., n, G, ou si elle avait fait entrer dans son nom celui de quelque divinité égyptienne, qui serait tombé plus tard pour écarter toute allusion idolàtrique du nom du libérateur d’Israël. Cf. Gesenius, Thésaurus, p. 824. — Quoi qu’il en soit de l’étymologie, les Hébreux ont conservé à leur libérateur le nom égyptien que sa mère d’adoption lui avait donné. On ignore quel nom ses parents lui avaient imposé à la circoncision, et si ce nom était vraiment

Joachim, comme le prétend une tradition juive recueillie par Clément d'Alexandrie, Strom., I, 23, t. vm, col. 897. Manéthon, cité par Josèphe, Cont. Apion., I, 26, 28, prétendait que le législateur des Hébreux était un prêtre d’Héliopolis, nommé ’Ouxçti'ç, nom dérivé de la divinité Osiris, et que, changeant son nom, il s’était fait appeler Morja-ïjç. Manéthon ajoutait, d’ailleurs, que ce prêtre, lépreux lui-même, s’était mis à la tête des lépreux relégués par les Égyptiens et s’était révolté contre l’Égypte. Voir col. 179.

4° Éducation. — La tradition juive, Act., vu, 22, rapporte que Moïse, à la cour royale, fut élevé dans toute la sagesse des Égyptiens, et qu’il était puissant en paroles et en œuvres. Philon, De vita Mosis, I, p. 606, énumère complaisamment les sciences que Moïse aurait étudiées, même la doctrine occulte des Égyptiens, cachée sous les hiéroglyphes, et les sciences des Chaldéens et des Assyriens. 11 vante aussi les vertus de ce jeune homme, qui était regardé comme le petit-fils du roi et son successeur, qui demeura chaste et modeste au milieu des richesses et des plaisirs, et qui se conduisait comme un philosophe digne de ce nom. Eupolème, cité par Clément d’Alexandrie, Strom ., i, 23, t. vm, col. 900, et par Eusèbe, Præp. evang., ix, 26, t. xxi, col. 728, fait de Moïse un sage, qui le premier connut l’alphabet et la grammaire. Josèphe, Ant. jud., II, ix, 7, ajoute que les Hébreux mettaient en lui leur espérance, tandis que les Égyptiens se tenaient en défiance. Il raconte ensuite, ibid., x, 1, 2, que Moïse fut placé par le roi à la tète de l’armée égyptienne pour marcher contre les Éthiopiens. Les Égyptiens pensaient le faire périr dans cette guerre. Moïse sut habilement garantir son armée contre les morsures des serpents, gagna une bataille et mit le siège devant Saba, qui fut plus tard Méroé. Tarbis, la fille du roi éthiopien, s’éprit d’amour pour lui et lui fit proposer de l’épouser. Moïse accepta sa main et revint victorieux en Égypte. Cf. Artapan, dans Eusèbe, Præp. evang., ix, 27, t. xxi, col. 729. On ne peut faire aucun fonds sur ces renseignements.

5“ Fuite au pags de Madian. — Lorsqu’il fut devenu homme, Exod., il, 11, âgé de 40 ans d’après saint Étienne, Act., vu, 23, Moïse sortit pour visiter ses frères, les fils d’Israël. Le diacre Étienne a compris cette démarche, non pas d’une visite passagère, mais bien d’une résolution définitive de partager leur sort. L’Épitre aux Hébreux, xi, 24-26, célèbre la foi de Moïse qui le pousse à renoncer à l’adoption royale de la fille du Pharaon et à préférer aux richesses et aux plaisirs de la cour l’affliction des siens, dans l’espoir de la récompense divine. Moïse constata l’oppression des Israélites, et Philon ajoute que, ne pouvant empêcher les sévices, il consolait les malheureux opprimés. Ayant vu un Égyptien maltraiter un de ses frères, il le tua et l’ensevelit dans le sable. Eupolème rapporte, d’après les apocryphes, que Moïse tua l’Égyptien ),ôyu> pôv<o, « par sa seule parole. » Clément d’Alexandrie, Strom., i, 23, t. vm, col. 900.

Il se croyait seul et sans témoin, quand il accomplit cet homicide, cédantà un mouvement d’indignation que saint Augustin, Cont. Faustum, xxn, 70, t. xlii, col. 444, n’excuse pas complètement. Au jugement de saint Étienne, Act., vu, 24, 25, Moïse, en frappant l’Égyptien oppresseur, pensait que ses frères comprendraient que Dieu voulait les sauver par son moyen ; mais ils ne le comprirent pas. En effet, cet acte de justice avait été remarqué. Moïse le sut le lendemain, quand, s’interposant entre deux Hébreux qui se querellaient, le coupable | lui reprocha cette ingérence et lui demanda qui l’avait constitué chef et juge sur eux, ajoutant : « Est-ce que tu veux me tuer comme tu as tué hier l’Égyptien? » Moïse [eut peur lorsqu’il se vit ainsi découvert. Exod.,

Il, 11-14; Act., vii, 26-28. Le Pharaon, probablement Ramsès II (voir ce nom), apprit ce qui s’était passé, et il cherchait à faire mourir Moïse. Mais celui-ci se cacha et

MOÏSE

s'enfuit au pays de Madian. Philon fait remarquer que le mécontentement du Pharaon ne provenait pas du meurtre accompli, le roi n’ayant pas un si grand respect de la vie de ses sujets, mais il lui déplaisait de constater que son petit-fils et successeur avait, au su jet de l’oppression des Israélites, des sentiments différents des siens. D’ailleurs, les grands du royaume calomnièrent Moïse, qui s’enfuit afin de mettre sa vie en sûreté. Cf. Artapan, dans Eusèbe, Præp. evang., ix,27, t. xxi, col. 732. Les rabbins ajoutent d’autres fables et racontent comment Moïse avait été sauvé de l’épée du Pharaon. Selon les uns, l’épée rebondit sur le cou de Moïse et tua par contre-coup le bourreau. Selon d’autres, un ange prit la forme de Moïse et fut arrêté à sa place. Selon d’autres encore, tous les hommes du Pharaon devinrent sourds ou muets, ou aveugles, et ne purent renseigner leur maître sur Moïse. Talmud de Jérusalem, traité Berachoth, ix, 2, trad. Schwab, Paris, 1871, t. I, p. 155. Ignorant les mœurs du pays de Madian, il se cacha quelque temps. Fatigué, il s’assit auprès d’un puits, Exod., ii, 15, n’osant pas entrer dans la ville de Madian, malgré la faim qui le tourmentait. Josèphe, Ant. jud., Il, xi, 1.

Les sept filles de Raguël ou Jéthro, voir t. ht, col. 1521- 1522, vinrent au puits abreuver les troupeaux de leur père. Des bergers survenant les en empêchèrent. Moïse se levant prit la défense des bergères et fit boire leurs brebis. De retour chez leur père, elles louèrent la belle conduite de l’Égyptien qui était venu à leur aide. Raguél l’envoya chercher et lui offrit l’hospitalité. Moïse consentit à demeurer avec lui; il épousa une de ses filles, la plus belle, dit Philon, nommée Séphora. Elle lui donna un fils, qu’il appela Gersam. Exod., ii, 16-22. Voir t. ni, col. 213. La Vulgate, Exod., ii, 22, mentionne immédiatement après la naissance d’Éliézer, second fils de Moïse; mais le texte hébreu ne contient pas à cet endroit cette mention, qui probablement a été empruntée à Exod., xviii, 4. Si, comme le dit saint Étienne, Act., vu, 30, Moïse passa 40 années au pays de Madian, il faut en conclure qu’il servit Raguël plusieurs années avant d’épouser Séphora ou que celle-ci n’enfanta Gersam qu’après un certain nombre d’années de mariage, puisque Gersam était encore petit enfant quand son père retourna en Égypte. Exod., iv, 20. Moïse eut la garde des troupeaux de son beau-père, et Philon admire dans -cette circonstance la sollicitude de la Providence qui faisait ainsi faire à Moïse l’apprentissage du gouvernement des hommes.

II. Mission de Moïse. -• 1° Dieu la révèle. — Longtemps après la fuite de Moïse, Exod., n, 23, après 40 ans, Act., n, 30, puisque Moïse avait 80 ans quand il se présenta devant le Pharaon, Exod., vu, 7, le roi d’Égypte, dont la fille avait adopté Moïse, mourut. Les Israélites qu’il avait opprimés crièrent vers le ciel, et au souvenir de son alliance avec leurs pères, Dieu eut pitié d’eux. Exod., ii, 23-25. Or, dans ces conjonctures, Moïse, qui faisait paître le troupeau de son beau-père, le conduisit au fond du désert et parvint au mont Horeb. Exod., in, 1. Voir t. ni, col. 753. Dieu (ou son ange) lui apparut dans un buisson ardent, qui ne se consumait pas. Exod., ni, 2. Voir t. i, col. 1969-1970. Attiré par cette merveille, Moïse s’approcha pour s’en rendre compte; mais Dieu lui interdit d’avancer plus loin et lui ordonna d ôter ses sandales, parce que le lieu que ses pieds foulaient était une terre sainte. Exod., m, 3-5. Dieu se fit connaître à lui comme le Dieu de ses pères, et Moïse se cacha le visage, n’osant regarder le Seigneur. Il lui annonce ensuite qu’il l’a choisi pour délivrer son peuple de 1 oppression d’Égypte et pour le conduire au pays des Chananéens. Exod., iii, 6-10; Act., vu, 30-35. Moïse décline modestement cet honneur; mais Dieu lui promet son assistance et l'assure du succès de sa mission, en lui donnant l'ordre de lui faire offrir, après la déli-

vrance de son peuple, un sacrifice sur le mont Horeb. Exod., m, 11, 12. Moïse accepte la mission qui lui est confiée; mais il demande quel est le nom de ce Dieu qui l’envoie. Dieu lui révèle alors son nom. Exod., m, 13-15. Voir t. m, col. 1223-1233. C’est au nom de ce Dieu que Moïse annoncera aux anciens du peuple la mission dont il est chargé. Ils l’écouteront et ils iront avec lui demander, au nom de leur Dieu, au Pharaon d’aller à trois journées de chemin dans le désert pour offrir un sacrifice. Le Pharaon ne cédera que par la force; mais Dieu frappera l’Égypte de grands coups. Les Égyptiens laisseront enfin partir les Hébreux et leur feront de grands présents. Exod., m, 16-22.

Moïse craint de nouveau de ne pas être cru par les siens. Dieu détruit sa résistance par des actes et lui fait produire les signes qui attesteront sa mission divine. La verge qu’il tenait à la main est changée en serpent, à l’aspect duquel Moïse prend la fuite. Dieu lui ordonne de saisir par la queue ce serpent qui redevient verge. La main de Moïse, mise dans son sein, se couvre de lèpre, et remise une seconde fois dans son sein, reprend son état naturel. Si ces deux signes, réalisés sur place, ne suffisent pas à convaincre les Israélites, Dieu dit à Moïse qu’il pourra changer l’eau en sang. Exod., iv, 1-9. Moïse recourt encore à un dernier refuge. 11 n’a jamais eu de facilité de parler, vraisemblablement par suite d’un défaut naturel qui rend sa langue épaisse (d’après Philon, sa voix était grêle et sa parole lente); mais depuis que Dieu converse avec lui, sa langue est encore moins libre et plus empêchée. Dieu lui rappelle sa puissance créatrice et lui promet de l’assister spécialement et de lui apprendre ce qu’il devra dire. Moïse récuse encore la mission et prie Dieu d’en charger un autre. Dieu s’irrite de tant de résistance. Il donne à Moïse un aide. Aaron, son frère, qui est éloquent, viendra à sa rencontre et parlera à sa place; il sera auprès du peuple son porte-parole et Moïse lui suggérera ce qu’il devra dire. Enfin, Dieu commande à Moïse d’emporter la verge, avec laquelle il opérera des miracles. Exod., iv, 10-17.

2° Moïse exécute sa mission. — Moïse retourne donc chez son beau-père, et sans lui divulguer la mission divine dont il était chargé, il lui annonce seulement qu’il retourne en Égypte voir si ses frères sont encore en vie. Les rabbins, Talmud de Jérusalem, traité Nedarim, ix, 1, trad. Schwab, Paris, 1886, t. vm, p. 226, ont conclu que le vœu, fait par Moïse, de demeurer toujours chez Jéthro, avait été annulé pour une cause survenue postérieurement. Jéthro laisse partir son gendre en paix. Moïse prend avec lui Séphora, sa femme, et ses fils, dit le texte actuel; mais si la naissance d’Éliézer, Exod., n, 22, est une addition, le récit original n’aurait parlé que de Gersam, et Moïse n’aurait eu alors qu’un fils, le seul mentionné. Exod., iv, 25. La mère et l’enfant étaient sur un âne, et Moïse tenait dans sa main la verge miraculeuse. Au début de son voyage, Dieu lui prédit l’endurcissement du Pharaon, qui ne sera vaincu que par la mort de son fils aîné. Exod., iv, 18-23. En cours de route survint un incident sur lequel nous ne sommes pas clairement renseignés. Durant une halte de nuit, le Seigneur se jeta sur Moïse pour le tuer. Exod., iv, 24. Le récit biblique ne dit explicitement ni pourquoi ni comment. Mais du contexte on conclut que la menace divine était provoquée par le fait que Gersam n’avait pas été circoncis. Le targum de Jérusalem a imaginé que Jéthro s’était opposé à la circoncision de son petit-fils. Les rabbins ne pouvaient admettre que Moïse ait négligé de remplir ce devoir; ils ont supposé que son unique tort fut de retarder la circoncision soit avant son départ de Madian, soit à cette halte en remettant l’opération au lendemain. Talmud de Jérusalem, traité Nedarim, m, 10, ibid., p. 187. Séphora comprit la raison du danger que courait son mari ou son enfant, d’après les mêmes

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rabbins, et prenant une pierre aiguë, elle circoncit son fils. Puis elle loucha ses pieds. De qui? De Dieu, ou de son ange, présent sous une forme sensible, suivant le targum d'Onkelos; mais plutôt ceux de Moïse ou de l’enfant, en faisant toucher, à dessein ou par hasard, du prépuce ou de la pierre ensanglantée les pieds de son mari ou de son fils. Targum de Jérusalem, loc. cit., p. 188.

B. Raentsch, Exodus, Gœttingue, 1903, p. 35, suppose que Moïse n’était pas circoncis (il interprète Jos., v, 9, dans le sens que les Israélites avaient cessé de circoncire leurs enfants pendant leur séjour en Égypte) et que Séphora lit toucher le prépuce de son fils aux pieds (euphémisme pour virilia) de son mari afin de lui appliquer le rite de la circoncision et le mettre à l'abri de la colère divine. Elle expliqua, en effet, son geste par ces paroles : « Vous m’êtes un époux de sang, » et Dieu laissa Moïse, quand elle eut dit ces paroles, à cause de la circoncision accomplie. Exod., iv, 25, 26. Quant à l’expression : « époux de sang, » les rabbins l’entendaient en deux sens différents. Selon une version, Séphora aurait dit à l’ange : « L’époux de sang (mon mari, pour qui j’ai circoncis mon fils et accompli l’alliance de sang), est recherché par loi, laisse-le-moi en vie. » Selon une autre, elle aurait dit à son fils : « Toi circoncis, grâce au sang versé, tu me restes vivant. » Talrnud de Jérusalem, loc. cit., p. 187. Le mot arabe, lialhan, signifie, en effet, « circoncis. » En outre, la phrase : « Et il le laissa, » qui est généralement entendue de Dieu qui, satisfait, épargna la vie de Moïse, est appliquée dans le Pentateuque samaritain à Moïse qui renvoya Séphora chez son père. Le P. de Hummelauer, Comment, in Exod. et Levit., Paris, 1897, p. 63-64, nonobstant la forme masculine du verbe, l’entend de Séphora, qui quitta Moïse. Il veut ainsi rendre compte de l’absence de Séphora dans la suite du récit et de son retour mentionné Exod., xviii, 2.

Cependant Dieu ordonnait à Aaron d’aller à la rencontre de son frère. Aaron vint dans la région de l'Horeb et ayant rencontré Moïse, il le baisa. Moïse lui raconta la mission qu’il avait reçue de Dieu et les miracles qui s’étaient réalisés. Dès lors, Aaron fut le compagnon et 1 interprète de son frère. Arrivés ensemble à la terre de Gessen, ils réunirent les anciens. Aaron leur rapporta tout ce que Dieu avait dit à Moïse et fit devant le peuple les miracles qui devaient confirmer la mission reçue. Le peuple crut et comprit que Dieu voulait le délivrer; aussi tous se prosternèrent-ils devant Moïse et Aaron. Exod., iv, 27-31.

3° Moïse devant le Pharaon. — Reçus par le peuple, ; Moïse et Aaron remplissent auprès du roi d’Égypte la difficile mission dont Dieu les avait chargés. Au nom du Dieu d’Israël, ils demandent au Pharaon la liberté pour les Israélites d’aller dans le désert offrir un sacri- I lice. Pharaon, qui ne connaît pas le Dieu d’Israël, refuse l’autorisation demandée. Moïse et Aaron insistent et déclarent qu’ils doivent sacrifier au désert sous peine d'être punis par la peste ou par le glaive. Le roi ne voit dans cette demande qu’un moyen détourné de faire chômer les Israélites; il congédie brutalement les deux frères et il surcharge les Israélites, exigeant la même quantité de briques, tout en refusant de fournir la paille nécessaire. Voir t. i, col. 1933. Les préposés des travaux furent battus de verges, parce que leurs ouvriers n’aboutissaient plus à satisfaire à la tâche imposée. Leurs réclamations ayant été vaines, ils se plaignirent amèrement à Moïse du sort que sa démarche leur avait attiré. Moïse, à son tour, se plaignit à Dieu que son intervention n’ait fait qu’aggraver les maux d’Israël. Exod., v, 1-23. Pour le réconforter, Dieu lui renouvela toutes ses promesses. ; Exod., vi, 1-8. Voir t. m, col. 1233. Moïse le rapporta aux Israélites, qui ne l’écoutèrent point, tant ils étaient accablés par l’angoisse et l’oppression. Exod., vi, 9. Dieu lui ordonna d’aller trouver de nouveau le Pharaon. Moïse,

rejeté par les Israélites, craint que le roi l’écoute moins encore, d’autant que ses lèvres sont incirconcises; mais Dieu réitère ses ordres. Exod., vi, 10-13, 27-30. Aaron sera le prophète ou l’interprète de son frère. Dieu endurcira le cœur du Pharaon et multipliera les prodiges pour l’amollir. Il n’aboutira que par la sévérité; mais les Égyptiens sentiront la puissance de son bras. Moïse et Aaron se soumirent aux ordres de Dieu. Moïse avait alors 80 ans. Exod., vu, 1-7. Artapan prétend que Moïse fut mis en prison par le roi d’Égypte, mais qu’il put s’échapper et parvenir auprès du Pharaon endormi. Il l’éveilla et lui dit à l'oreille le nom de Dieu; le roi tomba aussitôt sans vie; mais Moïse le ressuscita. Clément d’Alexandrie, Strom., i, 23, t. vin, col. 900-901; Eusèbe, Præp. evang., ix, 27, t. xxi, col. 733.

La suite du récit biblique nous apprend comment Moïse et Aaron remplirent leur mission auprès du Pharaon et par quels signes Dieu triompha de l’endurcissement du roi d’Égypte. Le premier prodige réalisé devant le roi fut le changement de la verge en serpent. C’est par la main d' Aaron qu’il eut lieu. Le Pharaon appela des sages et des magiciens, qui par leurs enchantements et les secrets de leur art changèrent, eux aussi, des verges en serpents. Voir t. n, col. 1444, 1445; t. îv, col. 564. La tradition juive a conservé les noms de deux de ces magiciens, Jannès et Mambrès. II Tim., ni, 8. Voir t. ni, col. 1119; t. îv, col. 635-636. Ce prestige endurcit le cœur du roi, qui resta insensible à la demande de Moïse et d’Aaron. Exod., vu, 8-13. Alors Dieu résolut de trapper de plus grands coups, et le récit sacré rapporte dix miracles successifs, connus sous le nom de « plaies d’Égypte ». Ces événements, quoique conformes à des phénomènes naturels à l’Égypte, sont miraculeux et sont présentés comme des fléaux ou des calamités publiques. Même ceux qui rentrent dans la catégorie des faits qui se produisent tous les ans en Égypte apparaissent comme des prodiges divins par leur caractère extraordinaire; ils ont lieu aussi au moment choisi et annoncé par Dieu. Ils ont toujours été considérés dans la Bible comme de véritables miracles de Dieu. Deut., vi, 22; vu, 18-20; xi, 3; xxix, 2-4; xxxiv, 11; Jos., xxiv, 5; Ps. civ, 26-38; cv, 12, 21-23; Act., vu, 36. Cf. F. Vigoureux, La Bible et les découvertes modernes, 6e édit., Paris, 1896, t. il, p. 305-313. On peut les partager en deux groupes : les uns sont des actes de vengeance ou des représailles par lesquels Dieu punit sévèrement le refus de laisser partir son peuple; les autres sont plutôt des prodiges, des signes, par lesquels Moïse et Aaron légitiment leur mission divine, et que les magiciens ne peuvent imiter. C’est ou bien Aaron sur l’ordre de Moïse, ou bien Moïse sur l'ordre de Dieu, ou bien Dieu lui-même qui les accomplissent tour à tour. Les deux premiers sont imités par les magiciens, dont l’art est impuissant à reproduire le troisième. Ils sont aussi gradués et deviennent de plus en plus forts. Les trois premiers s'étendent à toute l’Égypte; les suivants épargnent les Israélites. Les uns sont annoncés; les autres arrivent soudain et sans avertissement préalable. L’ensemble constitue entre Dieu et le Pharaon un combat, dans lequel se manifeste la toutepuissance divine sur la nature entière. L’impression produite va aussi croissant : si les premiers prodiges laissent le roi insensible, les autres l’ébranlent, l’épouvantent et le dernier le terrifie et le fait céder, de sorte que le triomphe reste à Ifieu.

1. La première plaie est celle de l’eau changée en sang. Elle a pour but d’amollir le cœur du roi et elle doit être annoncée au roi comme une preuve de la divinité du Dieu des Hébreux. Elle est opérée par la verge de Moïse et d’Aaron et elle a pour effet que l’eau du Nil et de ses bras, des canaux, des marais et des réservoirs est changée en sang dans toute l’Égypte. Il ne s’agit pas du phénomène annuel, connu sous le nom de « Nil rouge », voir Nil, mais du changement réel de l’eau eu

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sang véritable. La simple coloration rouge ne serait un miracle qu’autant qu'elle aurait eu lieu à une époque différente de celle où les eaux du Nil deviennent naturellement rouges. D’ailleurs, l’eau ainsi changée fit périr les poissons et cessa d’être potable non seulement dans le lleuve lui-même et ses canaux, mais encore dans les étangs et réservoirs de l'Égypte entière. Ces effets n'arrivent pas dans le phénomène du Nil rouge. Les magiciens imitèrent ce prodige par leurs enchantements, et le Pharaon ne fut pas touché. Il rentra dans son palais sans avoir accordé à Moïse ce qu’il demandait. Exod., vu, 14-24. Cf. F. Vigoureux, La Bible et les découvertes modernes, t. n, p. 314-322.

2. Sept jours après, Exod., vu, 25, Dieu fit annoncer par Moïse au Pharaon que, s'il ne laissait pas partir le peuple d’Israël, tout son empire serait envahi par des grenouilles qui, sortant du Nil, pénétreraient partout, même dans les maisons, et souilleraient le pain et les viandes. L’événement se réalisa comme il avait été prédit. Les magiciens imitèrent le prodige opéré par Aaron ; mais leur contrefaçon ne fit qu’aggraver le lléau. Le Pharaon dut recourir à l'intercession de Moïse et d'Aaron pour faire cesser la plaie. A l'heure fixée par le roi et sur la prière de Moïse, les grenouilles périrent. Pharaon, délivré de ce lléau, n’accorda pas à Moïse l’objet de sa demande. Exod., vm, 1-15. Voir t. ni, col. 347-348; F. Vigoureux, loc. cit., p. 323-325.

3. La troisième plaie, dont Dieu frappa l’Égypte pour vaincre l’obstination du roi, fut l'invasion des moustiques. Voir ce nom. Les magiciens ne purent imiter ce prodige et reconnurent son caractère divin. Exod.,vm, 19; Vigoureux, loc. cit., p. 325-327.

4. Le Pharaon, ne cédant pas, attira sur son royaume un quatrième fléau, qui lui fut annoncé; c’est celui des mouches (voir ce nom), qui couvrirent l’Égypte entière à l’exception de la terre de Gessen où habitaient les Israélites. L’événement se réalisa au lendemain de sa prédiction. Le Pharaon épouvanté permit à Moïse d’offrir à Dieu le sacrifice qu’il réclamait, mais sur la terre d’Égypte. Moïse refusa la transaction proposée et réitéra sa demande d’aller dans le désert à trois jours de marche. Le Pharaon céda et réclama l'intercession de Moïse. Celui-ci pria le Seigneur et le lendemain les mouches disparurent de l’Égypte. Mais le roi revint sur la parole donnée et ne permit plus aux Israélites de partir. Ëxod., vm, 20-32; F. Vigoureux, loc. cit., p. 327-328.

5. Un cinquième fléau, la peste des animaux, fut annoncé au roi pour l’amener à changer de résolution. Le lendemain de cette prédiction, les bestiaux de l’Égypte périrent, mais pas ceux des Israélites. Le prodige constaté ne suffit pas encore à vaincre la résistance du Pharaon. Exod., ix, 1-7.

6. LTne représaille divine vint punir l’endurcissement royal. Une poignée de cendre, jetée en l’air par Moïse devant Pharaon, produisit des ulcères chez les hommes et les animaux; le mal atteignit les magiciens euxmêmes. Mais le cœur du roi demeura dur et insensible. Exod., ix, 8-12. C’est pourquoi Dieu résolut de frapper de plus grands coups.

7. Il fit annoncer par Moïse au Pharaon une grêle extraordinaire qui tuerait les hommes et les bêtes restés dans les champs. Les Égyptiens qui tinrent compte de la menace divine firent rentrer chez eux leurs serviteurs et leurs bestiaux; les autres les laissèrent à la campagne. Moïse ayant levé sa verge vers le ciel, il tomba sur toute l’Égy pte une grêle, accompagnée d’éclairs et de coups de tonnerre, telle qu’on n’avait jamais vu la pareille dans le pays, où elle est rare et bénigne. L’orge et le lin lurent ainsi détruits; mais le froment et l’épeautre, qui étaient plus tardifs, ne furent pas hachés. La terre de Gessen fut entièrement épargnée. Voir t. ni, col. 336-337. Le Pharaon reconnut sa faute et supplia Moïse et Aaron d'intercéder auprès de Dieu pour obtenir la cessation de l’orage.

Mais quand ses vœux furent exaucés, il oublia sa promesse et refusa encore de laisser partir les Israélites. Exod., ix, 13-35. Sur ces trois dernières plaies, voir Vigoureux, loc. cit., p. 329-333.

8. Pour vaincre l'obstination du roi et manifester de plus en plus sa puissance, Dieu augmenta les coups de sa vengeance et envoya les sauterelles (voir ce mot) ravager le reste des récoltes que la grêle avait épargné. Cette huitième plaie fut annoncée à Pharaon pour le lendemain, s’il ne cédait pas. Sur les instances des grands de sa cour le roi consentait à laisser partir les hommes seulement pour offrir à Dieu dans le désert le sacrifice demandé; mais les femmes, les enfants et les troupeaux devaient rester en Égypte. Moïse n’accepta pas ces conditions; il fut congédié brutalement, mais aussitôt il étendit sa main et sa verge sur l’Égypte. Dieu fit souffler un vent d’est, qui souleva des essaims considérables de sauterelles, en quantité telle qu’on n’avait jamais vu une pareille invasion. Elles ravagèrent tout le pays. A la vue du désastre, le Pharaon reconnut de nouveau ses torts et pria Moïse d’intercéder encore. Dieu fit lever un vent d’ouest qui enleva les sauterelles et les jeta dans la mer Rouge. Le Pharaon, toujours endurci, refusa de laisser partir les Israélites. Exod., x, 1-20; voir Vigoureux, loc. cit., p. 334-340.

9. Par représailles, Dieu répandit sur l’Égypte pendant trois jours des ténèbres si épaisses qu’on pouvait les toucher, tandis que le soleil continuait à luire au pays occupé par les Israélites. Pharaon fit alors de plus larges concessions ; il ne retenait plus que les troupeaux. Moïse refusa, puisqu’il fallait des animaux pour le sacrifice. Le Pharaon persista dans son refus, et défendit à Moïse de reparaître devant lui. Exod , x, 21-29 ; voir Vigoureux, loc. cit., p. 341-347. Moïse déclara fièrement qu’il ne reviendrait plus et sortit du palais en colère. Exod., Xi, 9.

10. Une dernière plaie, plus terrible que les précédentes, devait vaincre l’obstination du roi. Dieu l’annonce à Moïse, qui recommandera aux Israélites de demander aux Égyptiens des vases d’or et d’argent. Le coup décisif sera la mort de tous les premiers-nés des hommes et des animaux durant la même nuit. Alors les Égyptiens supplieront les Israélites de partir. Exod., xi, 1-8. Dieu institua à ce moment les rites tant de la première Pâque que de sa célébration annuelle à l’avenir, Exod., xn, 1-20, voir Pâque, et Moïse communiqua aux anciens du peuple les ordres de Dieu. Exod., xii, 21-27. Les Israélites célébrèrent la première Pâque. Or il arriva qu’au milieu de la nuit le Seigneur fit mourir tous les premiers-nés d’Égypte, de sorte qu’il n’y avait aucune maison où il n’y eût un mort. Un cri de terreur s’éleva dans tout le pays, et le Pharaon, ayant fait appeler Moïse et Aaron cette nuit même, leur ordonna de partir et d’emmener même les troupeaux. Les Égyptiens pressaient les Israélites de s’éloigner au plus vite, et ils leur donnèrent de bon cœur des vases d’or et d’argent et beaucoup de vêtements. Exod., xii, 28-36.

4° Sortie d’Égypte. — Après un séjour de 430 ans en Égypte, les Israélites quittèrent ce pays; ils partirent de Ramessés et vinrent à Socoth, où ils firent cuire la pâte non levée qu’ils avaient emportée. Exod., xii, 37-41. C’est à cette occasion que fut instituée la fête de la Pâque, Heb., xi, 28, et que Dieu exigea la consécration des premiers-nés d’Israël. Exod., xn, 42-xm, 16. Les rabbins prétendaient que la voix de Moïse, lorsqu’il promulgua l’immolation de l’agneau pascal, fut entendue dans toute l’Egypte, longue de 40 jours de marche, comme celle de Pharaon, autorisant le départ des Israélites. Talmud de Jérusalem, traité Pesahim, v, 5, trad. Schwab, Paris, 1882, t. v, p. 76. Moïse emportait les ossements de Joseph pour se conformer à la recommandation de ce patriarche. Exod., x 1 1 1 , 1 9 . Les Israélites, guidés par la nuée lumineuse, se dirigèrent vers la mer

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Rouge et de Socoth vinrent camper àEtham.Exod.,xm, 17-22. Moïse reçut de Dieu l'ordre de changer la direction de sa marche et d'aller vers la pointe septentrionale de la mer Rouge. Le Pharaon (voir Ménephtah, col. 965), se repentant d’avoir laissé partir les Israélites, les poursuivit avec son armée. Il les rejoignit à Phihahiroth, en face de Béelséphon. Se voyant serrés de prés par les Egyptiens, les Israélites se plaignirent à Moïse, qui leur rendit confiance en leur annonçant la miraculeuse protection de Dieu. Exod., xiv, 1-14. Cf. Talmud de Jérusalem, traité Taanith, il, 6, trad. Schwab, Paris, 1883, p. 158. Dieu, en effet, donna ses ordres à Moïse et lui communiqua son plan de faire passer aux Israélites la mer Rouge à pied sec et d’y engloutir l’armée égyptienne. Exod., xiv, 15-18. Protégés par l’ange du Seigneur, qui se tenait à l’arrière du camp, les Israélites passèrent la mer, entrouverte sur un geste de Moïse, mais les Egyptiens périrent au milieu des (lots qui se rejoignirent. A la vue de cet éclatant prodige, les Israélites eurent confiance en Dieu et en Moïse, son serviteur. Exod., xiv, 19-31. Voir Rouge (Mer). Miellée, vi, 4, reconnaît Moïse, Aaron et Marie comme les libérateurs d’Israël et ses guides dans la sortie d’Égypte. Le passage de la mer Rouge est resté dans la tradition juive comme un des bienfaits les plus signalés de Dieu à l’égard de son peuple. Josué, xxiv, 6, 7; Deut., xi, 4; Ps. lxxvi, 17-21; civ, 39; cv, 7-12; Is., lxiii, 11-13; I Cor., x, 2; Heb., xi, 29. Moïse entonna un cantique d’action de grâces, que les Israélites chantèrent avec lui. Exod., xv, 1-21. Les rabbins ont imaginé des circontances extraordinaires sur la manière dont le chant de ce cantique fut exécuté, et ils ont prétendu que les enfants, sur les genoux ou dans le sein même de leurs mères, ont pris part à ce chant. Talmud de Jérusalem, traité Sota, v, 4, trad. Schwab, Paris, 1885, p. 287-288.

III. Moïse, chef et législateur d’Israël dans le Désert. — 1° De la mer Rouge au Sinaï. — Des rives de la mer Rouge, Moïse conduisit les Israélites dans le désert de Sur, où ils marchèrent trois jours sans trouver d’eau. Quand ils rencontrèrent une source, ils n’en purent pas boire parce qu’elle était amère; aussi appelèrent-ils ce lieu Mara. Le peuple murmura contre Moïse qui, au moyen d’un bois, adoucit miraculeusement les eaux et les rendit potables. Dieu éprouvait ainsi les siens, et il leur donna cette leçon que, s’ils lui obéissent et lui sont fidèles, ils n’ont rien à redouter. Exod., xv, 22-26. Voir col. 707-711. La station suivante fut à Élim. Exod., xv, 27. Voir t. n, col. 16S0-1683. Dans le désert de Sin, le peuple murmura de nouveau contre Moïse et Aaron; il regrettait les viandes d’Égypte et craignait de mourir de faim dans la solitude. Dieu lui promit un pain du ciel et de la viande à satiété. Le soir même, une quantité de cailles couvrirent le camp. Voir t. n, col. 33-37. Le lendemain matin, il y eut tout autour du campement une couche de rosée, qui fut appelée manne et qui servit de nourriture aux Israélites durant tout leur séjour au désert. Exod., xvi, 1-31. Voir col. 656-663. Cf. Ps. civ, 41; cv, 13-15; Joa., vi, 32; I Cor., x, 3. A Raphidim,il n’y avait pas d’eau. De nouveaux murmures s’élevèrent encore contre Moïse qui, craignant d’être lapidé, eut recours au Seigneur. Le rocher d’Horeb, frappé par la verge de Moïse, donna de beau en abondance. Exod., xvii, 1-7. Cf. Deut., vi, 16; I’s. lxxvi i, 15, 16; cxm, 8; I Cor., x, 4, Les Amalécites attaquèrent les Israélites à Raphidim. Tandis que Josii" combattait dans la plaine, Moïse priait sur la montagne. Tant que ses mains étaient élevées, Israël était victorieux; quand, vaincu par la fatigue, il les abaissait, Arnalec avait l’avantage. Aaron et Ilur firent donc asseoir Moïse sur une pierre et lui soutinrent les mains des deux côtés. La victoire fut complète au coucher du soleil. Moïse en écrivit le récit et dressa un autel comme mémorial éternel. Exod., xvii, 8-16. Cf.

Judith, iv, 13. Voir t. i, col. 430. Cf. Talmud de Jérusalem, traité Rosch haschana, ni, 8, trad. Schwab, Paris, 1883, t. v, p. 90-91.

Jéthro, ayant appris l’exode des Israélites, ramena à Moïse Séphora et ses deux fils. Si Gersarn seul était primitivement mentionné, Exod., il, 21; iv, 20, il faudrait conclure qu’Éliézer est né après le départ de son père. F. de Hummelauer, Exodus et Leviticus, p. 184. Moïse prévenu alla à la rencontre de son beau-père, le salua et le baisa. Il lui raconta ce que Dieu avait fait pour Israël en Égypte; Jéthro en bénit Dieu à qui il offrit des sacrifices. Le lendemain, Moïse s’assit pour rendre la justice et il y fut occupé du matin au soir. Jéthro s’étonne que Moïse seul remplisse la fonction de juge. En vain, Moïse allègue-t-il que le peuple le consulte et qu’il lui apprend les ordonnances de Dieu. Jéthro conseille à son gendre d’établir des juges pour le règlement des affaires courantes et de se réserver les questions religieuses. Moïse suit ce conseil et établit des juges et des chels en Israël. Exod., xvm, 1-27; Deut., i, 12-18. Voir t. ni, col. 1522-1523.

2° Au pied du Sinaï. — Le troisième mois après l’exode, les Israélites arrivèrent au pied du Sinaï et y dressèrent leurs tentes. Dieu appela Moïse du sommet de la montagne et le chargea de proposer au peuple une alliance spéciale. Le peuple accepta les propositions divines. Après trois jours de préparation, le Seigneur se manifesta au milieu des éclairs et du tonnerre, et dans cet appareil saisissant, il promulgua les conditions de l’alliance, le décalogue et un code spécial, nommé le livre de l’alliance. Exod.,xix, 1-xxiii, 33. Cf. Deut.,i, 6; m, 10-19, 33, 36; v, 5-22; Act., vu, 38; Heb., xii, 21. Voir t. i, col. 388. Moïse servait d’intermédiaire entre Dieu et son peuple. Deut., v, 23-31. L’alliance fut conclue par l’engagement du peuple à observer toutes les ordonnances divines et par un sacrifice solennel. Moïse lut le livre de l’alliance et il répandit sur le peuple la moitié du sang versé. Dieu se manifesta à Moïse et aux anciens. Exod., xxiv, 1-11. Moïse monta ensuite seul au sommet du Sinaï et y passa quarante jours et quarante nuits, Exod., xxiv, 12-18, durant lesquels il ne prit aucune nourriture. Deut., ix, 9. Dans cet intervalle de temps, Dieu communiqua à Moïse une série d’ordonnances sur les objets du culte et les vêtements sacerdotaux. Exod., xxv, 1-xxxi, 17. En le congédiant, il lui remit les deux tables de la loi, écrites de sa main. Exod., xxxi, 18.

Pendant le long séjour de Moïse sur le Sinaï, le peuple, ignorant ce qui lui était advenu, pria Aaron de lui fabriquer des dieux, une idole, et Aaron leur fit un veau d’or. Il éleva un autel et annonça pour le lendemain une grande solennité. Dieu avertit Moïse de cette apostasie, qu’il voulait punir par l’extermination des coupables. Moïse s’interposa et calma la colère de Dieu, en lui rappelant ses antiques promesses. Il descendit de la montagne avec les tables de la loi. Josué, entendant les cris du peuple, crut aux clameurs d’une bataille ; mais Moïse, mieux au courant, discernait le bruit des chœurs. En approchant du camp, il vit le veau d’or et les Israélites qui dansaient tout autour. Entrant alors dans une grande colère, il jeta les tables de l’alliance qu’il tenait à la main, et les brisa au pied de la montagne. Exod., xxxii, 1-19. Cf. Deut., ix, 8-21; Ps. cv, 19-23; Talmud de Jérusalem, traité Taanith, îv, 5, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 184-185. Saisissant ensuite le veau d’or, il le fit fondre au feu et le réduisit en poudre; il jeta cette poudre dans l’eau et la fit boire aux Israélites. Il adressa des reproches à Aaron. Comme le peuple était désarmé, il rassembla tous ceux qui étaient demeurés fidèles au Seigneur. C’était la tribu de Lévi. Moïse ordonna aux tils de Lévi de tuer les coupables, qui périrent au nombre de 23000 hommes, ou 3000 seulement, selon le texte hébreu. Moïse promit aux fils de Lévi une bénédiction

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spéciale en récompense de leur fidélité et de leur courage. Exod., xxxii, 20-29. Voir col. 202.

Le lendemain, Moïse reprocha au peuple son crime et s’engagea à en obtenir de Dieu le pardon. Étant remonté vers le Seigneur, il sollicita l'oubli de la faute, préférant plutôt être effacé du livre des vivants. Le Seigneur promit à Moïse son assistance pour l’accomplissement de sa mission, mais refusa de pardonner aux coupables. Exod.,xxxn, 30-35. Il tiendra ses promesses, mais il menace d’abandonner son peuple. Celui-ci se mit à pleurer. Dieu exigea la continuation du deuil. Moïse transporta sa tente hors du camp, où le peuple allait le consulter et où Dieu se manifestait à Moïse face à face. Exod., xxxiii, 1-11. (Ce récit est enchevêtré.) Moïse intervient de nouveau auprès de Dieu et le supplie de ne pas l’abandonner et de l'aider dans l'accomplissement de sa mission. Dieu cède à sa sollicitation et lui révèle sa gloire comme preuve qu’il le protège et qu’il ne délaisse pas son peuple. Exod., xxxiii, 12-23. Voir t. ni, col. 251.

Après avoir ainsi rendu sa grâce à son peuple coupable, Dieu voulut renouveler l’alliance violée par l’adoration du veau d'or. Il dit à Moïse de tailler deux tables de pierre pareilles aux premières et de monter seul le lendemain matin auprès de lui. Moïse obéit à son ordre et monta avec les deux tables. Exod., xxxiv, 1-4. Lin rabbin a imaginé que Moïse s 'était enrichi par les déchets de ces tables, taillées dans des matériaux fort précieux. Mais un autre rabbin expliquait autrement la richesse de Moïse; il disait que Dieu lui découvrit dans sa tente une mine de pierres précieuses et de perles. Talmud de Jérusalem, traité Scheqalim, v, 2, trad. Schwab, Paris, 1882, t. v, p. 295. Dieu descendit dans la nuée, et Moïse le priait humblement d’elfacer les iniquités de son peuple. Dieu renouvela ses promesses, promulgua de nouveau le décalogue et résuma les ordonnances du culte qu’il imposait. Exod., xxxiv, 5-26. Moïse écrivit ces paroles de l’alliance et demeura sur le Sinaï quarante jours et quarante nuits sans manger ni boire. Exod., xxxiv, 27,28; Deut., ix, 18, 25; x, 10. Il descendit de la montagne avec les deux tables écrites de sa main. Des rayons de lumière partaient de son visage, depuis qu'il s’était entretenu avec Dieu, et il l’ignorait. Aaron et les anciens d'Israël n'osaient l’approcher. Moïse les convoqua avec le peuple et leur communiqua les ordres qu’il avait reçus de Dieu. Moïse couvrit ensuite son visage d'un voile, qu’il enlevait pour parler à Dieu et qu’il remettait pour converser avec les Israélites. Exod., xxxiv, 29-35. Cf. II Cor., ni, 7, 13-16. La Vulgate disant que Moïse était cornutus, on a pris l’habitude de le représenter avec des cornes sur le front, en donnant à ce mot un sens qu’il n’a pas. Moïse renouvela les prescriptions relatives au tabernacle, aux vases sacrés et aux vêtements sacerdotaux. Les Israélites offrirent volontairement et surabondamment les matériaux nécessaires que des ouvriers habiles mirent en œuvre. Exod., xxxv, 4-xxxix, 42. Quand tout fut achevé, Moïse bénit le peuple. Exod., xxxix, 43. Dieu lui donna ensuite ses ordres pour la consécration du tabernacle et des prêtres. Moïse les exécuta fidèlement, érigea le tabernacle, le plaça dans l'arche, disposa tous les instruments du culte, et Dieu vint habiter le tabernacle. Exod., XL, 1-36. De ce tabernacle, Dieu promulgua les lois sur les sacrifices. Lev., I-V1I. Il régla aussi ce qui concernait la consécration d’Aaron et de ses fils. Moïse leur imposa les vêtements sacrés, oignit Aaron, Eccli., xlv, 18, et tous les objets du culte, et offrit un triple sacrifice pour la consécration des prêtres. Il ordonna enfin à ces derniers de demeurer dans le tabernacle pendant sept jours. Lev., vm. Le huitième jour, les prêtres inaugurèrent leurs fonctions. Lev., ix. Les deux lils aines d’Aaron, Nadab et Abiu, furent dévorés par le feu pour avoir mis un feu profane dans leurs encensoirs. Moïse fit porter leurs cadavres hors du carnp et délendi de prendre le deuil. Lev., x,

1-7. Dieu promulgua à Moïse et à Aaron les lois relatives à la pureté. Lev., xi-xv. Il communiqua à Moïse seul les rites de la fête de l’expiation, Lev., xvi, voir t. il, col. 2136-2139, les lois de la sainteté, Lev., xvii-xxvi, et quelques autres lois. Lev., xxvii. Les rabbins concluent de Lev., xxm, 44, que Moïse institua parmi les Israélites l'usage de lire le Pentateuque, les samedis, jours de fêtes, néoménies et jours de demi-fêtes, Talmud de Jérusalem, traité Mcqhilla, iv, 1, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 247.

Le premier jour du second mois de la deuxième année après l’exode, Dieu ordonna à Moïse de faire le dénombrement du peuple, tribu par tribu, sauf celle de Lévi. Num., i. Sur le procédé suivi par Moïse dans ce dénombrement selon les rabbins, voir Talmud de Jérusalem, traité Sanhédrin, I, 4, trad. Schwab, Paris, 1888, t. x, p. 241-243. Dieu régla aussi Tordre des campements et des marches. Num., n. Il associa les lévites aux prêtres, en ordonna le dénombrementet détermina leurs fonctions propres. Num., ni, 5-iv, 49. Voir col. 205-207. Diverses lois particulières furent encore promulguées. Num., v, vi. Les chefs des douze tribus firent des olfrandes au tabernacle. Num., vu, 1-88. Quand Moïse entrait dans le tabernacle, il entendait la voix de Dieu qui lui parlait du propitiatoire. Num., vu, 89. Il lui indiqua à quelle place il fallait mettre le candélabre et lui décrivit les rites de la consécration des lévites, et fixa la durée de leur ministère. Num., vm. Quand l’époque de la célébration de la seconde Pâque fut venue, Dieu renouvela ses ordonnances relatives à cette fête et régla quelques particularités de la solennité. Num., ix, 1-14. Il détermina aussi les signaux du départ et de l’arrêt dans les campements. Num., ix, 15-x, 10.

3° Les campements dans le désert. — Le vingtième jour du même mois, les Israélites quittèrent le Sinaï et vinrent camper au désert de Pharan. Num., x, 1 1-28. Moïse invita Hobab à s’associer au peuple d’Israël et à lui servir de guide dans le désert. Num., x, 29-32. Voir t. ni, col. 725-726. Pendant trois jours, les Israélites marchèrent guidés par l’arche, et Moïse priait au départ et à la halte. Num.. x, 33-36. Le peuple fatigué de la marche s’irrita contre le Seigneur, qui mit le feu à l'extrémité du camp. Deut., ix, 22. Il recourut à Moïse, qui intercéda pour lui auprès du Seigneur, et le feu s’éteignit. Num., xi, 1-3. La troupe des Égyptiens qui s’était jointe aux Israélites se dégoûta de la manne et se prit à regretter les viandes de son pays. Elle entraîna Israël dans sa convoitise. Moïse entendant les pleurs de ses frères se plaignit vivement au Seigneur irrité, préférant la mort à la lourde charge qu'il lui avait imposée. Dieu fit convoquer soixante-dix anciens et annoncer au peuple pour le lendemain la viande nécessaire à l’alimentation de tous pendant un mois entier. Pour vaincre l’incrédulité de Moïse, il lui assura que sa parole est toute-puissante; Moïse convaincu fit choisir soixantedix anciens et les plaça auprès du tabernacle ; Dieu leur communiqua une part de l’esprit qu’il lui avait donné à lui-même. Moïse ne fut pas jaloux des dons prophétiques faits à Eldad et Médad, et il répondit à Josué que son désir était de voir le peuple entier prophétiser. Num., xi, 4-30. Des cailles vinrent une seconde fois rassasier le peuple, qui fut puni de sa gourmandise. Num., xi, 31-34; Deut., ix, 22; Ps. lxxviii, 25-31 . Voir t. n, col. 33-34.

Marie et Aaron eux-mêmes parlèrent contre Moïse à cause de sa femme qui était Éthiopienne. Les commentateurs se sont demandé quelle était cette femme éthiopienne de Moïse. Quelques-uns ont cru qu’après la mort de Séphora, Moïse avait réellement épousé au désert une autre femme d’origine éthiopienne, et ils ont rapporté à ce mariage la légende de Moïse ayant, d’après Josèphe, Ant. jud,, X, n, pris pour femme la fille du roi d’Éthiopie. Voir t. n, col. 2013-2014. Mais

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on comprendrait diflicilement que Moïse, au lieu de choisir une femme de son peuple, ait pris une étrangère. Aussi d’autres commentateurs pensent-ils que cette femme est la Madianite Séphora, naguère ramenée au camp par Jéthro. Ils estiment ou que le nom de « Couschite » pouvait désigner une Madianite, ou que Séphora avait des Éthiopiens parmi ses ancêtres, et ils supposent que cette femme ayant pris de l’inlluence et de l’autorité sur Moïse, Marie et Aaron en conçurent de la jalousie et tirent ressortir qu’eux aussi avaient reçu des oracles divins. Moïse, qui était le plus doux des hommes, ne vengea pas son autorité contestée; mais Dieu intervint, affirma la supériorité de Moïse, à qui il parlait face à face, et punit Marie de la lèpre. Aaron avoua sa faute, et Moïse intercéda pour sa sœur. Mais Dieu voulut que Marie, comme lépreuse, demeurât sept jours hors du camp. Num., xii, 1-15. Voir col. 776-777.

Au désert de Pharan, Dieu ordonna à Moïse d’envoyer en Chanaan des explorateurs constater les forces et les richesses du pays. Auboutde quarante jours ils revinrentà Cadès et rendirent au peuple rassemblé compte de leur voyage. Si le pays était riche, il était occupé par de fortes races. Aussi la foule commença-t-elle à murmurer contre Moïse. Caleb essaya en vain de la calmer. Les autres explorateurs exagérèrent la taille et la puissance des Chananéens. Talmud de Jérusalem, traité Taanith, tv, 5, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 187-188. Le peuple se mit à crier et pleura toute la nuit. Il se révolta contre Moïse et Aaron, et voulut se donner d’autres chefs pour retourner en Égypte. Moïse et Aaron se prosternèrent devant lui, Cabeb et .Tosué tentèrent de calmer son effervescence; ils auraient été lapidés, si Dieu ne s’était montré dans sa gloire. Le Seigneur irrité voulait faire périr tous les rebelles. Moïse intercéda pour Israël coupable ; il fit appel à l’honneur de Dieu qui serait compromis aux yeux des païens par la mort de son peuple de choix ; il en appela aussi à sa miséricorde. Dieu mitigea sa sentence de mort et décida que tous les Israélites murmurateurs, depuis l’âge de vingt ans, sauf Caleb et Josué, mourraient dans le désert et n’entreraient pas dans la Terre Promise. Leurs enfants seuls y pénétreront après 40 années de vie errante dans le désert. Les explorateurs coupables moururent, frappés par le Seigneur, et le peuple reçut avec douleur. la sentence qui le condamnait. Num., xiii, 1-xiv, 39; Deut, i, 19-45; Ps. cv, 24-27; Heb., ni, 8-10, 15-19. Voir t. n, col. 57. Le lendemain, malgré les remontrances de Moïse, les Israélites tentèrent d’avancer vers le pays de Chanaan et attaquèrent les Amalécites et les Chananéens. Moïse et l’arche n’allèrent pas au combat, et les Israélites furent battus et repoussés. Num., xiv, 40-45.

Dieu communiqua alors à Moïsede nouvelleslois.Num., xv. Survint bientôt la révolte de Coré, de Dathan et d’Abiron. Les révoltés rejetaient l’autorité de Moïse et d’Aaron. Moïse en appela au jugement de Dieu. Dathan et Abiron refusèrent de s’y rendre. Moïse irrité supplia Dieu de ne pas agréer leurs sacrifices. Coré et sa troupe de lévites se présentèrent avec leurs encensoirs. Dieu ordonna au peuple de se séparer de Dathan et d’Abiron, qui furent engloutis en terre avec leurs familles et leurs biens, parce qu’ils avaient blasphémé contre le Seigneur. Les lévites furent brûlés dans le feu, et leurs encensoirs furent réduits en lames, qui demeurèrent attachées à l’autel comme un monument de la vengeance divine. Num., xvi, 1-40 ; Deut., xi, 6; Ps. cv, 16-18. Voir t. n, col. 969-972. Cf. Talmud de Jérusalem, traité Sanhédrin, x, 1, trad. Schwab, Paris, 1889, t. xi, p. 42-43. Le lendemain, le peuple murmura contre cette punition et reprocha à Moïse et à Aaron de faire périr le peuple de Dieu. Moïse et Aaron s’enfuirent au tabernacle, et aussitôt la gloire du Seigneur s’y manifesta. Dieu était décidé à exterminer le peuple entier que déjà le feu dévorait; mais Moïse envoya Aaron avec son encensoir

se placer entre les vivants et les morts et grâce à cette intervention, le châtiment cessa, après avoir atteint 14 700 hommes. Num., xvi, 41-50. Dieu confirma encore l’honneur sacerdotal d’Aaron par le miracle de sa verge fleurie. Num., xvn. Voir t. i, col. 7-8. Il régla alors les droits et les devoirs des prêtres et des lévites, Num., xviii, ainsi que la manière de se purifier de l'impureté contractée au contact d’un cadavre. Num.,

Ces événements s’étaient produits à Cadès. Voir t. n, col. 13-22. Les Israélites y demeurèrent longtemps. Deut., i, 46. Comme ils y manquaient d’eau, ils se mutinèrent de nouveau contre Moïse et Aaron, qui supplièrent le Seigneur de désaltérer son peuple. Dieu ordonna à Moïse de frapper le rocher, de sa verge miraculeuse, devant le peuple assemblé. Moïse interpella les rebelles et levant la main, frappa deux fois de sa verge le rocher. Il en sortit une grande abondance d’eau. Dieu cependant reprocha à Moïse et à Aaron de n’avoir pas eu en lui assez de confiance pour le glorifier devant le peuple, et en punition de ce manque de confiance, il déclara qu’ils n’introduiraient pas eux-mêmes les Israélites dans la terre de Chanaan. Num., xx, 2-12; Deut., xxxn, 51. En quoi a consisté leur faute? Est-ce parce que Moïse a frappé deux fois le rocher, comme si un seul coup n’eût pas suffi? Il semble plutôt que son discours, Num., xx, 10; trahit quelque défiance, non pas sans doute à l’égard de la toute-puissance divine, mais plutôt à l’égard de sa miséricorde, comme s’il craignait qu’à cause des murmures du peuple, Dieu ne voulût plus faire de prodiges pour lui. Moïse irrité parla inconsidérément, dit le psalmiste. Ps. cv, 33. Voir t. i, col. 8. Le P. de Hummelauer, Numeri, Paris, 1899, p. 154-220, a supposé à cet endroit du livre des Nombres une lacune provenant de la suppression du récit de ce qui s’était passé à Cadès-Barné pendant 37 années de séjour. Par respect pour Moïse et pour le peuple juif, on a fait disparaître l’histoire de la mésaventure du législateur d'Israël et d'une longue apostasie de la masse des Israélites. Moïse aurait frappé le rocher deux fois, non pas le même jour, mais à 37 ans d’intervalle. La première fois, l’eau ne coula pas, et le peuple, croyant qu’il avait perdu sa puissance, s’éloigna de lui et abandonna le culle du Seigneur. Après 37 années d’égarement, il revint à Moïse et au Seigneur. Moïse frappa une seconde fois le rocher et les eaux coulèrent en abondance. Le P. de Hummelauer a accumulé en faveur de son sentiment une longue série d’arguments qui sont loin d’être concluants. Laissant de coté les détails étrangers, recueillons seulement ce qui concerne le séjour des Israélites à Cadès-Barné.

Le P. de Hummelauer croit avoir trouvé une preuve de cette longue apostasie dans Amos, v, 25, 26. Le prophète demande aux Israélites si pendant les 40 années de leur séjour dans le désert, ils ont offert des sacrifices à Dieu et il leur reproche d’avoir pratiqué l’idolâtrie. Saint Étienne répète les mêmes accusations. Act., vu, 42-43. Josué fut obligé de faire circoncire tous les Israélites, parce que tous ceux qui étaient nés dans le désert n’avaient pas reçu ce signe de l’alliance. Jos., v, 4-7. Le P. de Hummelauer interprète encore dans ce sens Ps. lxxx, 8, et il pense que les lévites seuls étaient restés fidèles à Moïse durant cette longue et universelle apostasie; c’est pourquoi le sacerdoce leur fut maintenu. Deut., xxxiii, 8-10. Le Talmud de Jérusalem, traité Taanith, ni, 4, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 168, dit aussi « que durant les 38 ans du séjour d’Israël au désert, ce peuple mis pour ainsi dire au ban n'a pas parlé à Moïse ». Quoi qu’il en soit, il est certain que l’histoire de ces 38 années n’est pas racontée en détail dans le Pentateuque. L’auteur du Deutéronome, n, 14, la résume en disant que ces 38 années se passèrent dans les stations qui eurent lieu depuis le départ de Cadès-Barné jusqu’à l’arrivée au torrent de Zarod. Cf. n, 1-13. Or, quelle qu’en

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soit la cause, Moïse n’intervient que dans quelques inci- ! dents de cette période.

De Cadès, il envoya une ambassade au roi d’Édom pour lui demander de passer sur ses terres. Les envoyés rappelaient à ce roi la parenté des deux peuples, la sortie d’Égypte et s’engageaient à traverser directement le pays, sans se livrer au pillage et en payant leur nourriture. Le roi refusa le libre passage et déclara qu’il s’y opposerait à force armée. Les Israélites durent donc faire un détour. Num., xx, 14-21 ; Deut., n, 1-8. De Cadès ils arrivèrent au mont Hor. Là, Dieu annonça à Moïse la mort prochaine d’Aaron son frère et lui ordonna d’investir Éléazar du sacerdoce, sur la montagne même où mourut Aaron. Num., xx, 22-30; xxxm, 38-39; Deut., x, 6. Voir t. i, col. 8. Après avoir battu Arad, les Israélites contournèrent le pays d’Édom ; mais le peuple s’ennuya de la longueur du chemin et se récria contre Dieu et contre Moïse. Des serpents venimeux en firent périr beaucoup par leurs morsures. Reconnaissant leur faute, les Israélites prièrent Moïse d’intercéder pour eux. Le Seigneur ordonna à Moïse d’élever un serpent d'airain, ; dont la vue guérit les blessés. Num., xxi, 1-9. Cf. IV Reg., xviii, 4; Sap., xvx. 5-7 ; .Toa., ni, 14, 15 ; Talmud de Jérusalem, traité Rosch liaschana, iji, 9, trad. Schwab, Paris, 1883, t. vi, p. 91, 92 ; traité Aboda Zara, ni, 3, Paris, 1889, t. xi, p. 211.

Après diverses stations sur les confins de Moab, Num., xxi, 10-20; Deut., n, 8-25, les Israélites firent demander libre passage à Séhon, roi des Amorrhéens, qui refusa, livra bataille, mais fut taillé en pièces. Ils s’emparèrent de la contrée qu’il occupait. Num., xxi, 21-31; Deut., n, 26-37. Voir t. iii, col. 660. Moïse envoya prendre Jazer. Num., xxi, 32. Les Israélites délirent aussi Og, roi de Basan. Dieu avait déclaré à Moïse qu’il le leur livrait. Num., xxi, 33-35 ; Deut., ni, 1-11 ; xxix, 7,8; xxxi,

4. Cette double victoire fut pour Moïse une occasion d'encourager Josué, chef de l’armée. A cette époque, Moïse supplia le Seigneur de le laisser entrer dans la Terre Promise. Mais Dieu n'exauça pas sa prière et lui permit seulement de considérer cette terre du haut d’une montagne. Deut., ni, 21-27. Balac, roi de Moab, appela Balaam pour maudire les Israélites. Num., xxu-xxiv. Voir t. i, col. 1390-1398, 1399. A Settim, les Israélites péchèrent avec les filles moabites et adorèrent Béelphégor. Deut., iv, 3. Voir 1. 1, col. 1543. Dieu ordonna à Moïse de faire pendre les chefs du peuple. Phinées fut loué pour son zèle, et Dieu décréta l’extermination des Moabites. Num., xxv, 1-18. Dieu fit faire à Moïse un nouveau dénombrement du peuple. Aucun de ceux qui avaient été dénombrés au Sinaï, à l’exception de Josué et de Caleb, ne fut plus trouvé vivant. Num., xxvi. A l’occasion des filles de Salphaad, Moïse régla la succession des filles héritières.Num., xxvn, 1-11. A cette époque, Dieu interdit encore à Moïse d’attaquer les Ammonites. Deut., n, 16-23.

Dieu avertit Moïse de sa mort prochaine et le fit monter sur le mont Abarim pour contempler de là la Terre Promise, dans laquelle il ne devait pas entrer. Moïse demanda au Seigneur de lui donner un successeur. Dieu désigna Josué, que Moïse présenta au grand-prêtre Éléazar et qu’il intronisa. Num., xxvii, 12-23; Deut., iii, 28; xxxi, 7, 8, 14-21, 23. De nouvelles lois furent promulguées. Num., xxviii-xxx. Dieu prescrivit à Moïse d’attaquer les Madianites avant sa mort. L’armée envoyée par Moïse fut victorieuse et, dans son butin, elle ramena les femmes et les enfants madianites. Moïse fit tuer les petits garçons et les femmes qui avaient fait pécher les Israélites; il ne réserva que les petites filles et les vierges. Num., xxxi, 1-20. Dieu régla ensuite le partage du butin qui fut effectué par Moïse et Éléazar. Num., xxxi, 25-54.

Les Israélites occupaient des lors tout le pays situé à Test du Jourdain. Les fils de Ruben et de Gad demandèrent à Moïse cette portion du territoire chananéen pour leur part. Moïse leur reprocha vivement leur

égoïsme et compara leur conduite à celle des explorateurs qui découragèrent le peuple. Mais les Rubénifes et les Gadites promirent d'aider leurs frères à conquérir le reste de la Palestine. Moïse accepta leurs généreuses propositions et les fit agréer par les autres tribus. Le pays situé à Test du Jourdain fut donc attribué aux deux tribus de Ruben et de Gad et à la moitié de la tribu de Manassé. Num., xxxii, 1-33; Deut., iii, 12-20. Dans la plaine de Moab, Dieu donna à Moïse Tordre d’exterminer toute la population chananéenne et 1 de partager le territoire par le sort. Num., xxxm, 49-56. Il fixa aussi les limites du pays à conquérir, Num., xxxiv, 1-15, et les noms des chefs qui devaient présider au partage. Ibid., 16-29. 11 détermina encore les villes lévitiques et les villes de refuge, Num., xxxv, 1-15, ainsi que les lois sur l’homicide. Ibid., 16-34. Une démarche des descendants de Galaad fournit à Moïse l’occasion de régler le mariage des femmes héritières pour que le lot, une fois échu à une famille, ne passe pas à une autre famille. Num., xxxvi.

C’est encore dans les plaines de Moab et après la victoire remportée sur les rois Séhon et Og que, le premier jour du onzième mois de la 40e année après l’exode, Moïse résuma dans un discours les faits qui s’étaient produits depuis le départ de Sinaï, aussi bien que les principales obligations morales, imposées par Dieu à Israël. Deut., i, 1-iv, 43. Après ce discours Moïse désigna trois villes de refuge pour la partie du pays située à Test du Jourdain. Deut., iv, 41-43; cf. Num., xxxv, 14. Un second discours de Moïse exposa à tout le peuple réuni l’ensemble des prescriptions morales, données par Dieu au Sinaï, et les motifs de les observer. Deut., v, 1-xxvi, 19. Voir Pentxteuque. Cette seconde promulgation de la loi tut suivie de Tordre donné par Moïse d'en faire plus tard une solennelle proclamation sur le mont Hébal. On en gravera le texte sur un autel de pierre et on prononcera des bénédictions pour ceux qui l’observeront et des malédictions contre ceux qui y seront infidèles. Deut., xxvii, 1-xxviu, 68. Dans un autre discours, Moïse rappelle encore les bienfaits de Dieu à l’égard des Israélites et exhorte vivement ceux-ci à obéir aux commandements de leur bienfaiteur. Deut., xxix, 1-xxx, 20.

4° Derniers actes et mort de Moïse. — Moïse, âgé de 120 ans, déclare aux Israélites qu’il ne peut plus les conduire; il les fortifie dans la confiance en Lfieu et transmet ses fonctions à Josué devant tout le peuple assemblé. Deut., xxxi, 1-8. Il écrivit le Deutéronome et le remit aux lévites qui devaient le garder et le lire au peuple tous les sept ans. Ibid., 9-13, 24-29. Dieu dit à Moïse d’amener Josué au tabernacle. Il lui révéla les égarements futurs d’Israël et la vengeance qu’il en tirera. Ibid., 14-18. Il lui ordonna ensuite d’écrire un cantique qui témoignerait contre les Israélites prévaricateurs. Moïse l’écrivit et l’apprit au peuple. Ibid., 19-22, 30. Ce cantique est reproduit, Deut., xxxii, 1-43. Après l’avoir lu, Moïse recommanda au peuple de ne pas en oublier le contenu. Ibid ., 44-47.

Dieu ordonna ensuite à Moïse de monter sur le mont Abarim pour y mourir. Ibid., 48-52. Moïse bénit toutes les tribus d’Israël. Deut., xxxm. Gravissant la montagne, il contempla tout le pays de Chanaan, et Dieu lui renouvela la promesse faite aux patriarches, de le donner en possession aux Israélites. Deut., xxxiv, 1-4. Moïse, le serviteur de Dieu, mourut donc en ce lieu sur Tordre de Dieu. Le Seigneur l’ensevelit lui-même, ou plutôt, comme ont traduit les Septante, on ensevelit Moïse dans la vallée en face de Phogor, et personne n’a jamais connu l’endroit de sa sépulture. Moïse avait 120 ans. Sa vue n’avait pas baissé, et ses dents ne s’étaient pas ébranlées. Les Israélites portèrent le deuil de Moïse dans les plaines de Moab pendant trente jours. Deut., xxxiv, 5-8.

MOÏSE

Josèphe, Ant. jud., IV, viti, a défiguré le récit de la i mort de Moïse. D’après lui, quand Moïse eut remis la loi 1 aux prêtres, le peuple assemblé se mit à pleurer. En s’éloignant, Moïse fit signe qu’il ne fallait pas le pleurer et demanda à ceux qui étaient à côté de lui de ne pas le suivre. Seuls, Éléazar, Josué et les anciens l’accom- j pagnèrent. Parvenu au sommet du mont Abarim, il congédia les anciens et embrassa Eléazar et Josué. Soudain, la mort se jeta sur lui ; on cessa de le voir, et il fut emporté dans une vallée étroite. Il a écrit lui-même qu’il était mort, pour qu’on ne crût pas que, à cause de sa grande vertu, il était allé à Dieu. Philon, Vita Mosis,

1. ni, p. 696, dit aussi que Moïse, encore vivant, a raconté sa mort prochaine. Il a été enseveli sans témoin par les puissances immortelles et il n’a pas de sépulcre. Les rabbins ont pris à la lettre l’expression : « Il mourut sur la bouche du Seigneur, » Deut., xxxiv, 5, et ils ont prétendu que l’âme de Moïse s’envola après un baiser de Dieu. Ils disent aussi que personne n’a été autant honoré après sa mort que Moïse, dont Dieu lui-même daigna s’occuper pour l’ensevelir dans la vallée. Selon eux encore, il était pour ainsi dire étendu sur les ailes de la providence, lorsqu’il mourut à quatre milles du campement de la tribu de Ruben; il a été enterré sur le territoire de la tribu de Gad. Deut., xxxm, 21. Les anges de service et les Israélites dirent ensemble de Moïse : La paix viendra; ils reposeront sur leurs couches ceux qui ont marché dans le droit chemin. Is. , lvii, 2. Talmud de Jérusalem, traité Sola, i, 9, trad. Schwab, Paris, 1885, t. vu, p. 240, 242. Rabbi Abahou déclarait que Moïse s’était égaré et était monté au ciel, parce qu’il s'était dit fils de l’homme. Ibid., traité Taanith, n, 1, Paris, 1883, t. vi, p. 156. Dans l’Assomption de Moïse, soi-disant dernier entretien du patriarche avec Josué, voir t. i, col. 759, il était parlé de l’altercation de l’archange Michel avec le diable au sujet du corps de Moïse. Selon quelques exégètes, l'apôtre saint Jude dans son Épitre,

9, aurait emprunté à celte source apocryphe la mention de ce combat et notamment les paroles de l’archange : Imperet tibi Deits. Cf. Didyme, Enarrat. in epist. Judæ, t. xxxix, col. 1814, 1815. Quelques écrivains ecclésiastiques ont connu cet apocryphe et ont extrait de la partie qui n’a pas encore été retrouvée des détails sur le trépas de Moïse. Origène, In Josue, hom. n, 1, t. xn, col. 834, avait lu dans un petit livre qu’après la mort de Moïse, on avait vu deux Moïse, l'un vivant en esprit et l’autre à l’état de cadavre. Clément d’Alexandrie, Strom., vi, t. ix, col. 356-357, est plus précis. Josué vit en esprit deux Moïse, l'un enlevé avec les anges, l’autre emporté sur les montagnes pour être honorablement enseveli dans les vallées. Caleb avait eu la même vision, mais n’avait pas vu autant de choses que Josué. Il descendit le premier et raconta ce qu’il avait vu; Josué, descendu à son tour de la montagne, parla et du corps de Moïse et de la gloire de Moïse avec les anges; il avait vu davantage, parce qu'il était plus pur. Ailleurs, Strom., i, 23, t. vin, col. 897, 900, Clément dit, selon les apocryphes, que Moïse après son enlèvement se nommait MeV/g Dans une lettre à saint Augustin, Epist., clviii, n. 6, t. xxxm, col. 695-696, Evode parle aussi des deux Moïse d’après les apocry phes, auxquels il n’accorde pas créance. Œcuménius, Comment, in Epist. Judæ, t. cxix, col. 713, expliquant le combat de saint Michel avec Satan au sujet du corps de Moïse, rapporte que l’archange ensevelissant Moïse, en fut empêché par le diable qui reprochait à Moïse l’assassinat de l’Égyptien, crime pour lequel Moïse ne méritait pas une sépul- , ture honorable. Voir Michel, col. 1071. Les rabbins ont imaginé toute sorte de légendes sur la mort de Moïse. Sur cette littérature légendaire, voir Schürer, Geschichte des iüdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi,3“ édit., Leipzig, t. ni, 1898, p. 219-220. Le targum sur les hagiographies assure en deux endroits, l’s. lxviii; Cant., î, 5,

que Moïse a été enlevé au ciel. Quelques Pères semblent croire ou affirment positivement que Moïse n’est pas mort, parce que, comme Hénoch et Élie, il conversa avec Jésus transfiguré. S. Hilaire de Poitiers, ln Matth., xx, 10, t. ix, col. 1032; S. Ambroise, De Gain et Abel, I, 2, n. 8, t. xiv, col. 319. S. Jérôme, Comment, in Amos, t. xxv, col. 1089, dit que Moïse était monté au ciel. Mais la plupart distinguent le trépas de Moïse de l’enlèvement d'Élie et ne parlent que de la translation de l’âme de Moïse au paradis. Les commentateurs pensent généralement que Dieu a permis que le tombeau de Moïse fut ignoré pour empêcher les Hébreux, trop enclins à l’idolâtrie, de rendre à leur libérateur des honneurs divins.

IV. Jugement sur Moïse. — 1° L’Écriture a fait à plusieurs reprises l’éloge de Moïse. Selon la finale du Deutéronome, xxxiv, 10-12, « il ne s’éleva jamais en Israël de prophète semblable à Moïse, qui ait vu le Seigneur face à face, ni qui ait fait des miracles et des prodiges pareils à ceux que Dieu opéra par son intermédiaire en Égypte devant le Pharaon, ses serviteurs et tout son royaume, ni qui ait agi avec un bras aussi puissant et exécuté des merveilles comparables à celles que fit Moïse en présence de tout Israël. » Cf. Act., vii, 36. L’auteur de l’Écclésiastique, xlv, 1-6, a célébré l'amour que Dieu et les hommes ont eu pour Moïse. Dieu l'a glorifié devant les rois et lui a fait opérer des prodiges. Il l’a élevé devant son peuple, et à cause de sa foi et de sa douceur, l’a choisi comme son intermédiaire entre lui et Israël; il en a fait le législateur d’Israël. La mémoire de Moïse est en bénédiction parmi les siens. L’ épitre aux Hébreux, ni, 1-6, a comparé Jésus, l'apôtre et le pontife de notre foi, à Moïse. Tous deux ont rempli avec fidélité leur mission dans la maison du Seigneur. La gloire de Jésus est cependant supérieure à celle de Moïse, parce que sa mission a été supérieure à la mission de Moïse. Dans la maison du Père céleste, Moïse n’était qu’un serviteur; Jésus était le fils de la famille. Saint Paul a loué encore en Moïse sa foi ayant résisté à toute épreuve. Heb.,xi, 23-29.

2° La mission de Moïse fut double : il a été le libérateur et le législateur de son peuple. Le souvenir de l’oppression des Israélites en Égypte et de leur délivrance miraculeuse par le ministère de Moïse est demeuré très vivant dans la tradition juive, et l’exode est un fait dont la vérité historique est indéniable. Cf. abbé de Broglie, Caractère historique de V Exode, dans les Annales de philosophie chrétienne, mai 1887. Sur le rôle de Moïse comme législateur et sur les caractères de sa législation, voir Loi mosaïque, col. 329-347. Moïse a-t-il codifié cette législation et est-il l’auteur du Pentateuque? Voir Pentateuque. Si l'on en croit le titre du Ps. lxxxix (héb. xc), ce chant serait une prière, te/illdh, de Moïse, homme de Dieu. Origène, adoptant en cela l’opinion des rabbins, attribuait encore à Moïse les onze Psaumes suivants, qui sont anony mes. Selecta in Psalmos, t. xii, col. 1056-1057. Cf. S. Hilaire de Poitiers, Tract, super Psalmos, prol., n. 3, 4, t. ix, col. 233-235. Les rabbins rapportaient, en effet, au même auteur tous les chants anonymes qui dans le Psautier succédaient à celui qui lui était attribué par le titre1 Mais Cosmas Indicopleuste, Chronograplna, 1. v, t. lxxxviii, col. 248, rapportait le Ps. xc à un chef de chœur, nommé Moïse, de l’époque de David. Sur V Assomption de Moïse, voir t. i, col. 759, et sur VA pocahjpse de Moïse, ibid., col. 764- 765. Sur ces livres apocryphes et d’autres encore, attribués à Moïse, voir Fabricius, Codex pseudepigraphus V. T., Hambourg, 1722, t. i, p. 835-849; G. Brunet, Dictionnaire des apocryphes de Migne, Paris, 1858, t. n, col. 623-631. James a publié une prière que Moïse aurait faite le jour de son décès. Apocrypha anccdola, dans Texts and Studies, Cambridge, 1893, t. n, n. 3, p. 166- 173. Elle était imprimée déjà dans le Liber anliqui-

MOÏSE

tatum bibKcarum, publié sous le nom de Pliilon, Bâle, 1527.

3° Enfin, Moïse fut poète inspiré et prophète. Il a chanté le passage de la mer Rouge, Exod., xv, 1-18, le cantique des derniers jours de sa vie, Deut., xxxii, 1-43, adressé à son peuple. Apoc., xv, 3. La prédiction d’un prophète semblable à Moïse, qu'elle annonce toute la série des prophètes israélites ou le grand prophète messianique, Deut., xvm, 15-19, et la bénédiclion prophétique, prévoyant le sort futur des tribus d’Israël, Deut., xxxm, 1-29, placent Moïse à la tête des grands voyants, que Dieu a suscités au milieu de son peuple choisi. Au jour de la transfiguration, il apparut aux Apôtres s’entretenant avec Jésus et Elie. Matth., xvii, 3-4; Marc., ix, 3- 4; Luc., IX, 30. 33. Jésus en a appelé à son témoignage et a déclaré aux Juifs que Moïse les accuserait, parce que sur sa parole, ils n’avaient pas cru que Jésus était lui-même le fils de Dieu. Joa., v, 45-47. La parole de Moïse, comme celle des prophètes, suffisait par sa propre autorité à confirmer les doctrines qu’elle exprimait. Luc., xvi, 29, 31 ; Act. xxvi, 22. Les Juifs considéraient comme un blasphème toute parole qu’ils estimaient contraire à la loi et aux traditions dérivant de Moïse. Act., vi, 13-14. — Les Pères de l’Église n’ont pas seulement considéré ces prophéties comme étant de Moïse, ils ont reconnu encore dans le sauveur et le législateur d’Israël une figure prophétique du Messie, véritable sauveur et législateur de l’humanité entière. Ct. card. Meignan, De Moïse à David, Paris, 1896, p. 326-329. C’est le dernier trait, et non pas le moins beau, de la physionomie religieuse de Moïse. Les premiers clirétiens ont fréquemment reproduit dans les catacombes des traits de l’histoire de Moïse dans lesquels ils reconnaissaient des allusions prophétiques aux mystères de la religion chrétienne spécialement au baptême, symbolise par l’eau sortant du rocher. « Moïse frappant le rocher, figure aussi saint Pierre, le chef du nouvel Israël de Dieu. » Voir Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2e édit., Paris, 1877, p. 473-475; P. Allard, Rome souterraine, 2e édit., Paris, 1877, p. 367-368, 416-421; H. Marucclii, Éléments d’archéologie chrétienne, t. i, Notions générales, Paris, 1900, p. 281-282, 328; J. Wilpert, Die Malereien der Katakomben Roms, in-f°, Fribourg-en-Brisgau, 1903, p. 40, 143, 266-281, 388-389, 421-423.

Artapan, dans Eusèbe, Præp. evang, ix, 27, t. xxi, col. 736, retrace ce portrait physique de Moïse : « Ün dit que Moïse était de haute stature, de couleur blonde, couvert de longs cheveux grisonnants et majestueux. » reyovevat Zi çr,<jt tqv Mcovaov ga y.pov, Tïupfâxvjv, itoXiôv X0fJ.r|TY|V, aïuojxaTt v.dv.

Y. Moïse d’après les critiques’ rationalistes. — Les critiques rationalistes modernes accordent généralement peu de valeur historique à la tradition juive sur Moïse, telle qu’elle est consignée dans la Bible. La plupart, acceptant les conclusions de la critique littéraire du Pentateuque, distinguent diverses rédactions de cette tradition et prétendent que la plus ancienne est postérieure de plusieurs siècles aux faits qu’elle est censée rapporter. Voir Pentateuque. A une pareille distance des événements, la tradition est déjà embellie par la légende et elle représente non pas le Moïse historique, mais le Moïse tel que l’imagination populaire l’avait grandi aux cours des âges. IL Winckler explique par l'astronomie la légende historique de Moïse, qui n’est plus à ses yeux qu’une émanation du Jahvé-Tammouz de la steppe. Geschichte Israels in Einzeldars tellungen , 2e partie, Leipzig, 1900, p. 86-95; Die Keilinschriften und das Alte Testament, Berlin, 1902, p. 209-212. Pour Cheyne, Encqclopædia biblica, art. Moses, Londres, 1902, t. m. col. 3203 sq., Moïse était primitivement un clan, le clan de Jahvé, qui habitait au nord de l’Arabie. Ce nom ethnique a été appliqué par la tradition à un

individu, dont l’histoire légendaire reproduit quelques traits de l’histoire réelle du clan. Ordinairement toutefois les critiques regardent Moïse comme un personnage historique, dont l’existence est certaine ou au moins très probable, mais dont l’histoire a été embellie et le rôle grandi par la légende. Ils s’appliquent dès lors à dégager des embellissements légendaires le fond historique de la vie et de la mission de Moïse.

Moïse appartenait au clan hébreu qui avait pénétré en Égypte et qu’on appelle, soit le clan de Joseph, soit la tribu d’Éphraïm-Manassé. Ces Hébreux nomades s’étaient établis sur les frontières de l’Égypte, et avaient reconnu ou subi la suzeraineté des Hyksos ou rois pasteurs de cette contrée. Ils séjournaient dans les environs de Tanis et ils continuèrent à y mener la vie pastorale. Après un assez long séjour de tranquillité, ils furent employés par une nouvelle dynastie à de dures corvées, aux travaux de terrassiers et de briquetiers, dans les constructions publiques. Las enfin des exactions dont ils étaient l’objet et profitant peut-être de grands malheurs qui tombèrent sur l’Égypte, ils quittèrent le pays et se jetèrent avec d’autres bandes dans le désert de la péninsule du Sinaï, où ils étaient à l’abri des poursuites de l’Égypte, d’ailleurs affaiblie. Ils s’établirent ensuite à Cadès, où ils abandonnèrent peu à peu la vie nomade de bergers pour s’adonner à l’agriculture. Or Moïse fut le chef de cet exode de l’Égypte et l’organisateur de la nationalité et de la religion hébraïque tant au Sinaï qu’à Cadès. Plus tard, l’histoire et le rôle de ce chel d’expédition et de cet organisateur furent grandis par l’imagination. Les éléments légendaires se retrouvent notamment dans l’enfance de Moïse, ses miracles devant le Pharaon et sa fuite au Sinaï.

Pour les critiques, la circonstance de Moïse sauvé des eaux n’a aucun fondement historique. Le point de départ de cette légende est dans cette idée des Hébreux que leur libérateur avait dû la conservation de sa vie à un dessein providentiel de Dieu. D’autres personnages de l’histoire ancienne, Sémiramis, Œdipe, Cyrus, Romulus, ont été de même préservés de grands dangers à leur naissance. Voir A. Jeremias, Das Alte Testament im Lichte des alten Orients, Leipzig, 1904. p. 254-258. Le nom égyptien de Moïse, signifiant « enfant », a été interprété plus lard dans le sens de la légende et a reçu la signification de « sauvé des eaux » qu’il a dans le récit biblique. Cette étymologie, trouvée après coup, ne prouve pas la réalité du fait, dont elle prétend donner l’explication. De même, c’est pour glorifier leur libérateur que les Hébreux ont imaginé son adoption, fort invraisemblable en elle-même, par la fille du Pharaon et son éducation à la cour royale. On l’a fait aussi pour le même motif instruire dans la science et la sagesse des Égyptiens. Ses rapports réels [avec les Madianites et les Bénites (Cinéens) ont été enjolivés dans la légende de son voyage au pays de Madian et de son séjour auprès de Jéthro. Il avait peut-être épousé une femme d’une de ces tribus. La légende a fait de son beau-père le scheik et le prêtre de la contrée. Dans ses relations avec les Kénites, Moïse apprit à connaître Jahvé, le dieu du Sinaï, à moins que, comme quelques-uns le pensent, Jahvé n’ait été déjà le dieu de sa famille ou de son clan, ou même, selon d’autres, des quelques tribus nomades israélites en contact avec les Kénites. Moïse aurait présenté à ses contribules ce dieu comme le dieu des ancêtres. Il aurait fait peut-être delà sortie d’Égypte une affaire de religion. De là la légende des apparitions de Jahvé à Moïse au désert du Sinaï et la mission divine de délivrer les siens.

La tradition historique de Moïse libérateur de son peuple a, aux yeux de la plupart des critiques, un fondement historique. Mais la fable s’y est jointe au point qu’il est difficile de discerner exactement les faits réels. Il pourrait se faire qu’il n’y eût à retenir que le fait seul

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de la sortie d'Israël de l’Égypte et de son entrée dans la péninsule du Sinaï. Voir Valeton, dans le Manuel de l’histoire des religions, de Chantepie de la Saussaye, trad. franç., Paris, 1904, p. 190-191. Bien que la plupart des critiques maintiennent ce fait à la date traditionnelle, c’est-à-dire sous le règne de Ménephtah, quelques-uns en devancent la réalisation, parce que Ménephtah aurait battu les Israélites, lorsqu’ils étaient déjà établis en Palestine. Mais les premiers distinguent deux clans d’Hébreux, l'un, celui de Joseph, ayant émigré en Égypte, l’autre étant demeuré constamment au sud de la Palestine, et ils concilient par cette distinction tous les faits qu’ont révélés les inscriptions. Quant aux détails de cette sortie et notamment ceux qui concernent les plaies d’Égypte, ils sont légendaires. Leur caractère historique ne ressort ni de la triple attestation qui en est faite dans les documents E, J et P, ni de la couleur spécifiquement égyptienne de la plupart des plaies, ni de leur correspondance avec des phénomènes naturels. Ce serait faire acte de rationalisme que de les ramener à de simples phénomènes naturels, puisque les trois narrations les présentent comme des actes miraculeux, ayant une portée théologique et devant prouver au Pharaon la puissance de Jahvé. Les narrateurs, au courant des choses égyptiennes, ont donné à leurs récits la couleur locale. Mais leur triple témoignage ne prouve pas la réalité des faits. Une légende, répétée deux ou trois fois, cent fois même, n’en devient pas pour cela une histoire réelle. Toutefois ces rédacteurs n’ont peut-être pas inventé cette légende et il est possible qu’ils l’aient empruntée à la tradition antérieure. Mais on ne peut plus aujourd’hui rétablir l’état primitif de la tradition hébraïque sur la sortie d'Égypte, et Baentsch, qui développe ces idées, ne s’y intéresse plus. Exodus, Leviticus , Nunieri, Gœttingue, 1903, p. 57. Il se demande toutefois s’il y a, sous cette triple tradition, un fond historique. On a supposé qu’à l'époque où les Israélites préparaient leur départ d’Égypte pour se soustraire à la tyrannie du Pharaon, ce pays a éprouvé des calamités particulièrement graves, qui ont facilité aux Israélites la réalisation de leur projet et qu’ils ont attribuées à l’intervention de leur Dieu. Cette supposition ne parait pas à Baentsch absolument nécessaire. Les Israélites ayant toujours été persuadés que Jahvé les avait arrachés à la puissance égyptienne « d’une main forte et de son bras étendu », le peuple a donné libre carrière à son imagination, a inventé les événements par lesquels Dieu aurait manifesté sa puissance et les a présentés sous la forme d'un drame vivant, joué entre Moïse et lePharaon. L’imagination populaire a grandi aussi le passage miraculeux de la mer Rouge, qui n’a peut-être pour base qu’un accident de marée ayant englouti une caravane. D’ailleurs, la poursuite des fuyards israélites par l’armée égyptienne est la plus invraisemblable de toutes les fables qui remplissent cette légende. Renan, Histoire du peuple d’Israël, Ge édit., Paris, 1887, t. i, p. 163-164.

Pour des raisons tirées du contenu, de la forme poétique et du style du cantique chanté par Moïse après le passage de la mer Rouge, les critiques modernes nient généralement son authenticité. Les plus modérés, tels que Dillmann et Kittel, pensent que la tradition d’un cantique chanté alors par les Israélites est fondée et même qu’il a existé un cantique plus court, réellement composé par Moïse, mais retouché et développé pour former le morceau actuel. Cornill voit dans le poème entier une amplification récente d’Exod., xv, 4, renseignement qui appartenait seul à l’ancienne tradition. C’est d’ailleurs un chant liturgique, un véritable cantique pascal. Einleilung in das A. T., 3e et 4e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1896, p. 61. Kuenen, Wellhausen et Reuss, sans regarder le chant d’un cantique immédiatement après le passage de la mer Rouge comme absolument impossible, le tiennent toutefois pour in-

vraisemblable. Le genre et le style du cantique ne présentent aucun indice d’une haute antiquité, et les idées exprimées ramènent sa composition à l’époque de Salomon. Jülicher en rabaisse encore la date. La forme, le cercle des idées et la théologie exprimée répondent à l’âge deutéronomique. L’auteur est ou bien le rédacteur qui a combiné les documents élohiste et jéhoviste, ou même un rédacteur postérieur qui l’a composé sur la donnée jéhoviste. Exod., xv, 20, 21. Baentsch, op. cit., p. 128-129, attribue ce cantique au rédacteur deutéronomiste. Le P. Lagrange, Deux chants de guerre, dans la Revue biblique, 1899, t. viii, p. 532-541, reconnaît que le cantique actuel, de structure compacte, répond bien au temps qui a suivi le passage de la mer Rouge, et que rien n'empêche, absolument parlant, d’en attribuer la composition à Moïse. Mais un poème si régulier n’a pu être rédigé dans un moment d’enthousiasme, et l’auteur a dû se mettre dans la situation supposée et développer une donnée historique. Le fond du cantique serait donc de Moïse, mais la forme est un indice de modernité. Osée, il, 15, fait peut-être allusion à Exod., xv, 21. Isaïe, xii, 2, cite le cantique actuel; mais ce passage n’est pas un des plus anciens du recueil. Une inspiration semblable se retrouve, Is. , lxiii, 11. Ces souvenirs et l’espérance voilée de nouveaux prodiges de Dieu pour ramener Israël vers la sainte montagne du temple, font penser que le cantique est du temps de la captivité à Babylone. Le P. deHummelauer, Exodus et Leviticus, p. 152, attribue le cantique à Moïse, tout en reconnaissant, p. 160, qu’il suffirait que le fond provienne de Moïse, et qu’on pourrait admettre que la forme ou, au moins, la dernière strophe est d’un rédacteur postérieur, tel qu’Esdras. Cf. H. llol/.inger, EinleUung in den Hexaleuch, Fribourgen-Brisgau, 1893, p. 233-235.

Le séjour du clan hébreu fugitif au Sinaï sous la conduite de Moïse est un des faits dont les critiques reconnaissent généralement la réalité et qu’ils placent à la base de la légende mosaïque. Ils y rattachent même le | rôle qu’ils attribuent à Moïse dans la constitution de la religion d'Israël. Le voyage d’Israël au désert fut une traversée plutôt qu’un séjour; néanmoins limpression en resta très vivace dans la mémoire du peuple, et toutes les circonstances dont on avait gardé le souvenir plus ou moins déformé furent présentées comme des interventions miraculeuses du dieu protecteur du clan. Bien que Moïse n’ait pas reçu sur le Sinaï ou l’Horeb uneréj vélation surnaturelle de Jéhovah, il ne doit pas moins être considéré comme le fondateur et le premier organisateur de la religion du clan israélite. Que Jéhovah ait été le nom du dieu, honoré par les ancêtres, ou celui du dieu local du Sinaï, que Moïse aurait donné au dieu du clan, Moïse fit accepter son culte à la confédération de tribus placée sous sa direction. Le clan fugitif emmenait avec lui des mécontents égyptiens et il s’adjoignit d’autres tribus nomades de sa parenté, qui avaient toujours habité au désert ou sur les frontières méridionales de la Palestine. Moïse réunissant des populations si disparates en constitua un peuple, une nation compacte, sinon très homogène, par le lien religieux. Jéhovah, le dieu des Cinéens et peut-être le dieu des ancêtres du principal clan israélite, devint le dieu propre et exclusif d’Israël, qui fut dès lors son peuple spécialement consacré à son culte. Jéhovah n'était pas encore, pour l’Israélite, le Dieu unique, créateur du ciel et de la terre, mais seulement l’unique Dieu national. Moïse serait ainsi le fondateur, non pas du monothéisme qui sera l’œuvre des prophètes d’Israël, mais d’un certain hénothéisme qui lit de Jéhovah le dieu exclusif des Israélites, en sorte que pour Israël servir un autre dieu était un crime digne de mort. Moïse fut reconnu par les tribus confédérées comme l’envoyé et le mandataire de Jéhovah. 11 institua un sacerdoce, qui ressembla peut-être au sacerdoce des Cinéens, s’il est bien vrai que lui-même ait été

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le gendre de Jéthro, prêtre de la contrée sinaïtique. Pour quelques critiques, Moïse serait aussi l'inventeur de l'oracle sacerdotal par urim et tunv.nim, qui permettait de consulter Jéhovah dans toutes les circonstances de la vie ordinaire. Moïse aurait aussi organisé le culte et il faudrait lui attribuer l'ancienne fête de Pâque, qui n’était que l’offrande des premiers-nés des animaux et des prémices des fruits, et l'institution des néoménies ou nouvelles lunes. Moïse, qui fut le fondateur de la nation autant que delà religion israélite, dut donner à son peuple quelques règlements qui furent considérés comme provenant de Dieu. A cette époque, on ne faisait encore aucune différence entre le droit humain et le droit divin. Toutes les ordonnances étaient des préceptes ou des défenses divines ; on ne connaissait que des péchés et pas de délits. Mais les critiques sont en désaccord au sujet de savoir si l’ancienne tradition avait conservé le souvenir d’une loi morale édictée par Moïse et si notamment le décalogue avait été promulgué par Moïse durant le séjour d’Israël au désert. Wildeboer n’hésite pas à attribuer à Moïse la promulgation du décalogue. Mais plus généralement les critiques nient que le décalogue en tout et même en partie puisse remonter si haut. La principale raison qu'ils en donnent, c'est que les rédacteurs des documents élohiste et jéhoviste, qui reproduisent chacun un texte un peu différent des dix préceptes moraux, en relatant l’ancienne tradition, rapportent bien que Moïse a brisé les tables de la loi, mais ne disent pas qu’il en a fait de nouvelles ; dans leurs récits, la restauration de ces tables est une addition rédactionnelle. Les critiques cherchent par suite à fixer l'âge de la rédaction du décalogue ; ils n'aboutissent pas à des conclusions identiques. Le P. Lagrange, qui admet les résultats des critiques au point de vue de la composition littéraire du Pentateuque, est loin d’accepter toutes j leurs conclusions. Aussi n’éprouve-t-il aucune difficulté à reconnaître que le code de l’alliance, code à la fois civil, criminel, moral et religieux, Exod., xx, 1-xxni, 33, peut être aussi ancien que Moïse. La méthode historique, 2e édit., Paris, 1904, p. 175-176. D’ailleurs, il estime que le document élohiste, qui contient ce code, est un « document voisin des faits et véritablement historique ». Revue biblique, 1899, t. vin, p. 632.

Les critiques accordent encore un certain fondement historique aux événements qui se sont passés au désert, par exemple, aux révoltes et aux murmures dont la tradition avait gardé le souvenir. Ces faits s’expliquent par la difficulté de grouper en un unique corps social les éléments divers de la population. Le long séjour à Cadès, le plus loin possible de l’Égypte dans le désert, servit à l’organisation du peuple. Quelques-uns y rattachent la construction de l’arche faite à l’imitation des temples égyptiens, pour remplacer dans le camp la montagne de Jéhovah dont on s’était éloigné. Plus généralement, on pense que les Israélites, tout en continuant à mener encore la vie pastorale, s’y livraient de plus en plus à l’agriculture et s’y habituaient à la vie sédentaire. Ils y formèrent finalement un peuple, une nation ; et ayant conscience de leurs forces, ils attaquèrent les tribus chananéennes, leurs voisines, et battirent les rois Og et Séhon. Ils firent peu à peu la conquête de la Palestine, mais Moïse était mort et Josué, le chef guerrier, est le héros légendaire de l’expédition.

La mort de Moïse, comme celle de tous les grands hommes, a été entourée de circonstances extraordinaires. En particulier son dernier cantique, Deut., xxxn, et la bénédiction des tribus d’Israël, Deut., xxxm, sont des morceaux poétiques dont la composition est postérieure au séjour des Israélites dans les plaines de Moab. Si Dillmann rapporte le dernier cantique à l’époque des luttes d’Israël contre les Syriens au ix! siècle, les autres critiques le rabaissent d’un ou de deux siècles, en le rapportant aux guerres ou des

Assyriens ou même des Chaldéens. La bénédiction des tribus est regardée par Dillmann et Kittel comme antérieure à l’écrivain élohiste qui l’a insérée dans son œuvre. Reuss l’attribue au contraire au document jéhoviste et en place la composition à la fin du ixc siècle ou au commencement du vme. Kuenen y voit l'œuvre d’un lévite, qui ne peut pas être plus ancienne que le vme siècle. Cornill l’attribue à un Israélite du royaume du nord de la première moitié du vne siècle. Cf. IL Holzinger, Einleitung in den Hexateuch , p. 236-242; Cornill, Einleitung in das A. T., p. 63-65; Steuernagel, Deuteronomium und Josua, Gœttingue, 1900, p. 114, 122-123.

Sur l’ensemble des vues des critiques, voir H. Ewald, The History of Israël, trad. anglaise, Londres, 1883, t. ii, p. 35-42; J. Wellhausen, Israël, dans Encyclopàdi a britannica, reproduit à la suite de Prolegomena to the History of Israël, trad. anglaise, Edimbourg, 1885, p. 429-440; E. Konig, The religions history of Israël, trad. anglaise, Edimbourg, 1885, p. 27-40; B. Stade, Geschiclite des Volkes Israël, Berlin, 1881, t. i, p. 113- 141; Id., Die Entsteliung des Volkes Israël, 3e édit., Giessen, 1899, p. 7-15; Id., Biblische Théologie des A. T., Tubingue, 1905, t. i, p. 28-46; E. Renan, Histoire dit peuple d'Israël, 6e édit., Paris, 1887, t. i, p. 154-210; R. Smend, Lehrbuch der alltestamcnllichen Religionsgeschichte, 2e édit., Fribourg-en-Brisgau, 1899, p. 32-45, 280-285; Iv. Budde, Die Religion des Volkes Israël bis zur Verbannung, Giessen, 1900, p. 1-35; II. Cornill, Der israelitische Prophetismus, 4e édit., Strasbourg, 1903,

La réfutation de ces vues exigerait de nombreuses pages. Nous signalerons seulement l’arbitraire de la méthode. Après avoir traité de légendaire toute l’histoire de Moïse, les critiques rationalistes extraient de la légende ce qui leur paraît possible ou vraisemblable et abandonnent le reste comme inadmissible. Or on voudrait savoir quel critérium leur sert à ff>ire ce départ. Ils n’en ont le plus souvent d’autre que leur propre sentiment, fondé sur une conception spéciale de l’histoire et de la religion des peuples anciens en général et d’Israël en particulier. Ce n’est pas là la vraie critique. Ce qui est rationnel, c’est d’accepter la tradition d’Israël sur ses origines historiques et religieuses, quelle que soit d’ailleurs l’époque de sa rédaction que nous n’avons pas à étudier ici. Voir Pentateuque. Supposé même que la critique des sources pût servir à élaguer quelques détails ou à interpréter quelques événements, elle ne pourrait suffire à elle seule à contredire l’ensemble de la tradition israélite sur Moïse, le libérateur du peuple choisi et son législateur civil et religieux.

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