I. Situation. — 1° D'après l’Écriture et Joscphe
vis-à-vis d’Ékrébel, qui est près de Chus, sur le torrent de Mochmur, et le reste de l’armée des Assyriens était campé dans la plaine. » Les noms propres Mochmur et Ékrébel sont peut-être altérés. L’ouadi appelé Mochmur devait être situé au sud-est de Dothaïn.
MOCHQNA (hébreu : Mekônah; manque dans les Septante), ville de Juda qui fut habitée après la captivité par des hommes de cette tribu. II Esd., xi,28. Elle parait avoir eu une certaine importance, car le texte mentionne ses dépendances. D’après le contexte, elle était dans le voisinage de Siceleg et, par conséquent, dans le sud de la Palestine, mais son site n’a pas été identifié. Reland, Palæstina illuslrala, 1714, t. n, p. 892, croit que Mochona est le Mechanum (ou plutôt Machamim), mentionné par saint Jérôme ( Onomaslic au mot Bethmacha, édit. Larsow et Parthey. 1862, p. 117), entre Éleuthéropolis et Jérusalem. Cette hypothèse est inconciliable avec le contexte de II Esd., xi, 28.
MOCHORI (hébreu: MÆW/Septa n te : M a /Jp ; Alexandrinus : Mo yopé), fils d’Ozi, de la tribu de Benjamin.
Modin appartenait à la région montagneuse de la Judée, bien qu’elle fût peu éloignée de la plaine. La Vulgate, I Mach., ii, 1, la place dans la montagne, en rendant l’expression èv Mco6eiv, par in monte Modin. Le récit biblique, I Mach., xvi, 1-10, indique d’ailleurs cette situation indirectement. Simon Machabée averti par son fils Jean Hyrcan des menées de Cendebée, dont la résidence était à Jamnia, contre les .Juifs, chargea Jean et son frère Juda d’attaquer cet adversaire de leur peuple. Jean vint passer la nuit à Modin et le lendemain descendit dans la plaine. Arrivé au bord d’un torrent, il se trouva en face de l’ennemi qui se tenait sur la rive opposée. Jean passa le ravin à la tête de ses troupes et livra le combat. Battus, les Grecs se réfugièrent à Cédron (ou Gédor, probablement Qàtrah, entre 'Aqir et Esdûd, l’Azot des Grecs). Voir Cédron 2, t. n, col. 386-387. Jean les y poursuivit et jusqu’aux forts d’Azot qu’il livra aux flammes. Il résulte de ce récit que Modin était au nord de Youddi-Surâr, l’ancien Sorec, qui paraît être le torrent auquel l'histoire de cette expédition fait allusion. D’après l’interprétation la plus commune d’un autre passage, I Mach., xm, 29, le monument sépulcral élevé
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par Simon sur la tom!je de ses parents, à Modin, était en vue de la mer, d'où il apparaü que cette ville était en un lieu élevé et dominant, pas trop éloigné de la côte. Elle semble avoir été sur le seuil de la Judée, d’après II Mach., xiii, 13-15. Josèphe l'appelle « un village de la Judée », y.cojxr) ty); ’louSaia;. Ant.jud., XII, VI, 1.
2° D’après le Talmud et les anciens documents chrétiens. — Le Talmud de Babylone, Pesahim, 3, b, indique Modin à quinze milles de Jérusalem ; l'expression de « distance éloignée », employé ailleurs, 93, b, permet de croire que les milles auxquels ce texte fait allusion sont plus considérables que le mille romain. Cf. Neubauer, Géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 99; Estori ha-Parchi, Caftor va-Phérach, nouvelle édit., Jérusalem, 1897-1899, p. 291. — Eusèbe place « le bourg de Modeim près (tiXïi<tcov) de Diospolis (Lydda) », Onomasticon, édit. Larsow et Parthey, Berlin, 1862, p. 290. Sur la carte-mosaïque de Madaba, Modin, figurée par un groupe de maisons avec cette inscription : « Modeim qui est maintenant Moditha d’où étaient les Machabées, » se trouve au nord de Nicopolis (Emmaüs) et à l’est de Diospolis (Lydda).
3° D’après les pèlerins et écrivains du XIIe siècle et des âges suivants. — A partir de l’époque des Croisades, les indications sont différentes des précédentes et contradictoires entre elles. D’après Jean de Würzbourg (vers 1130) copiant Fretellus (vers 1120) Modin est à sept milles de Jérusalem, sur la route de Ramatha (Ramleh), et à huit milles de Lydda. Descriptio Terræ Sanctæ, c. vi, t. clv, col. 1071. Cette distance équivalant à 15 kilomètres nous conduirait au khirbet Kebâra, situé entre Qaslal et Qariat él-Enab. Théodorich, vers 1172, la place dans les montagnes appelées alors Belmont, entre la patrie de saint Jean (’Aîn-Kârim) et Fontenoid-Emmaüs ( Qariat el-Enab). De locis sanctis, édit. Tobler, Saint- Gall et Paris, 1865, p. 87. La localité indiquée peut être la précédente, ou Sùbâ ou Qastal. De Villamont (1589) désigne, 1. II, c. xi, assez clairement Qastal, en indiquant « le château de Modin » entre Qariat que l'on prenait alors pour Anathoth et la vallée de Qoloniéh, sur une cime dominante, et en les distinguant, c. xii, de la localité bâtie également sur une haute montagne et appelée par les Turcs Soba, qu’il identifie avec Ramatha, Voyages du seigneur cle Villamont, Lyon, 1611, p. 212. Depuis cette époque et presque jusqu’à nos jours, la grande multitude des pèlerins nomment ou indiquent Soba. — Burchard, Marin Sanut, et plusieurs des cartes du xiii0 siècle ou du xive semblent confondre Modin avec Tell es-Sdfîéh. Au Juif Ishaq Helo, en 1334, on l’indiquait à Ramléh. Les chemins de Jérusalem, dans Carmoly, Itinéraires de la Terre-Sainte, Bruxelles, 1847, p. 247. Le cordelier Jean Thenaud (1512) parait s’arrêter au même lieu. Le voyage d’Oultremer, édit. Schefer, Paris, 1882, p. 117. Toutes ces indications et d’autres encore, qui sont données comme l’expression de la tradition locale, sont de simples hypothèses, souvent naïves, dont l’une ou l'autre plus ou moins généralement acceptée, s’est transmise pendant une période assez longue pour prendre l’apparence d'une tradition.
IL Identification. — Le rabbin Schwarz, en 1833, pensait avoir retrouvé le nom de Modin dans une localité située à l’ouest du khirbet Djéba , à quatre heures de marche à l'ouest de Jérusalem et à une heure de Qastal, dont le savant israélite se figurait avoir entendu prononcer le nom Mêdà'n. Tebuoth ha-Arez, édit. Luncz, Jérusalem, 1900, p. 116. A l'endroit indiqué on trouve une ruine appelée Baten (non Mêdân ) e.j -çeghir, ou Bathen-le-Petit. Robinson, en 1838, combattant la prétendue tradition de Sôbâ, proposait Lalroûn, fondé sur les seules données scripturales et sur Eusèbe. Biblical Researches in Palestine, Boston, 1841, p. 64, note. V. Guérin avait accepté, en 1863, cette identification; mais, ayant eu plus tard connaissance de l’existence d’une
localité appelée él-Mèdiéh, dans laquelle le P. Emmanuel Forner, curé franciscain de Bethléhem, avait déjà reconnu, en 1866, le nom de Modin, il se rallia à celte identification et la soutint énergiquement. Médîéti, ou Modiéh, a pu en effet dériver de Modeim ou Modiilh, comme el ’Azarîeh de Lazarium, Tabarîéli, de Tiberias, etc. El-Medîéh est d’ailleurs près de Lydda, dont il n’est distant que de 10 kilomètres, ausud-sud-est. De Mediéh, V. Guérin avait distingué très clairement des navires passant près delà côte, ce qui lui permettait de conclure que de la mer on avait pu apercevoir le monument sépulcral des Machabées. A ces trois arguments, l’illustre palestinologue en ajoute un quatrième. Ayant découvert en 1870, près d ’el-Medîéh, des tombeaux qui paraissaient avoir été recouverts d’une construction monumentale, il crut pouvoir les identifier avec les sépulcres des Machabées, et conclure de là à l’identification indubitable d ’el-Medîéh avec Modin. Samarie, t. ii, p. 403. Plusieurs savants contestèrent l’exactitude de la conclusion de V. Guérin à propos des tombeaux, mais, à cause des autres raisons, l’identification de la localité avec la patrie des Machabées fut généralement adoptée. — Cette identification a été combattue cependant dans la Revue biblique, en 1892, dans l’article intitulé : La Bible et les études topographiques en Palestine, p. 109-111. Selon l’auteur de l’article : 1° il est douteux qu.’el-Medîéh, qui dut faire partie de la tribu de Dan, appartînt à la Judée au temps des Machabées; 2° le passage I Mach., xiii, 25-30, doit s’interpréter : « it fit sculpter des navires dont les navigateurs sont à même d’apprécier le fini de l’œuvre; » 3° Modin doit se trouver assez près de Jérusalem, sur la route directe de Jérusalem à Cédron et non à plus de 20 kilomètres au nord de cette route; 4° le nom d ’el-Mediéh, n’ayant pas la troisième consonne de Modin, ne peut en dériver; 5° on conteste en outre l’identité des tombeaux découverts par M. Guérin avec ceux des Machabées. — « Ces arguments ne sont nullement concluants pour la thèse, » dit M. Is. Abrahams dans l’article Modin, de 1 ’Encyclopeclia biblica de Cheyne, t. nr, Londres, 1903, col. 3181. 1° Le territoire de Dan, en effet, avait certainement été occupé par les Juifs, au retour de Babylone, avec les villes de Hadid, aujourd’hui Haclitd, Neballat (Beit-Ncbdlâ) et Lod (Lydda), situées au nord ou à l’ouest d ’el- Mediéh. Cf. II Èsd., xi, 34. El-Mediéh avait été inclus à la Judée avec ces localités. La cession ou plutôt la restitution faite aux Juifs par Démétrius Nicator des villes de Lydda, Ramathaïm et Éphraïm (I Mach., xi, 34), qui avaient été enlevées aux Juifs et rattachées à la Samarie, démontre qu ’el-Mediéh n’en avait jamais été distraite. — 2° Quelle que soit l’interprétation que l’on puisse donner à I Mach., xiii, 25-30, la marche militaire de Jean et de Judas, de Jérusalem à Modin, suppose une distance de 30 à 40 kilomètres et amène sur le bord de la plaine où le récit les montre descendant de suite le lendemain matin. — 3° Les circonstances obligent souvent les armées en campagne à prendre des détours, et l’on peut supposer mille raisons pour expliquer celui d’Hyrcan et des Juifs; rien d’ailleurs dans le récit n’indique une marche directe. — 4° Il n’est pas possible de nier qu ’cl- ./ ^
Medièh ou Modiéh qui se prononce devant
une voyelle Medîèt, avec t articulé, ne soit bien dérivé de Moditha usité aux Ve et vi° siècles, comme e$-$âfîch est dérivé de Saphilha et que le Moditha de cette époque ne soit pas le site de l’actuel Mediéh. — 5° On peut contester actuellement l'identité de tels tombeaux d ’el-Mediéh avec ceux des Machabées; mais leur monument existait encore, comme en témoignent Eusèbe et saint Jérôme, aux iv° et ve siècles de l’ère chrétienne et avant l’invasion arabe, et il n’est pas possible de rejeter l’identification de la Moditha d’alors avec la Modin de la Bible, identification garantie par la présence du mo-
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nument sépulcral des Machabées. — La carte de Médaba, découverte en 1896, en témoignant de cette dernière identification, et en montrant Moditha dans la situation générale où se trouve el-Mediéh, a achevé de confirmer l’identification proposée par le P. Forner, soutenue par V. Guérin et adoptée par la généralité des palestinologues. Toutefois, par suite de l’extension du nom à plusieurs places ditlérentes de la même région, il est moins facile de déterminer l’emplacement précis de la ville antique, comme on va le voir parla description du lieu.
III. Description. — Le territoire auquel s’applique le nom d’el-Mediéh s’étend sur les deux côtés d’un ravin assez profond appelé ouâd'el-Mediéh. Il est en grande partie couvert d’oliviers, parmi lesquels se trouve le petit village d 'el-Mediéh, et plusieurs ruines. Le village, situé à l'ouest de l’ouâdi, se compose de trente à quarante maisons mal bâties où habitent environ 200 fellah! n musulmans. Les citernes, taillées dans le roc, que l'on voit soit au village, soit aux alentours, indiquent qu 'el-Mediéh occupe la place d’une ancienne localité et que cette localité était plus étendue que le village actuel. Au sud et à peu de distance se dresse un monticule en forme de cône tronqué, en partie artificiel, dont la hauteur au-dessus de la mer Méditerranée est de 243 mètres. Son sommet est couvert de ruines informes. Les fellahîn appellent ces ruines el- Arba'in, « les Quarante [martyrs], » nom attribué, en Palestine, à une multitude de ruines d’anciens monastères ou de monuments religieux; le monticule est désigné sous le nom de rds el-Mediéh, « le sommet de Mediéh. » Au pied, au nord-ouest, est une ancienne piscine et dans son voisinage on remarque plusieurs grottes sépulcrales d’aspect judaïque. — Le terrain onduleux situé en face du village d 'el-Mediéh, au côté occidental de la vallée, est désigné généralement du nom de Khirbet el-Mediéh, à cause des ruines qui le recouvrent. Une nécropole remarquable, entièrement creusée dans le roc, attire d’abord l’attention lorsqu’on arrive du sud. Une première grotte sépulcrale affectant la forme ordinaire des tombeaux juifs anciens, montre son entrée tournée vers l’orient. Une douzaine de grands blocs monolithes, de 2 mètres environ de longueur sur 1 de largeur, sont épars sur le sol rocheux supérieur. Destinés à fermer l’entrée des autres chambres sépulcrales, pratiquées horizontalement dans le roc, plusieurs d’entre eux gardent leur place, tandis que quelques-uns en ont été écartés par les violateurs des tombeaux. La plupart de ces chambres renferment deux tombes formées chacune d’un arcosolium cintré recouvrant une auge sépulcrale. Cette nécropole est connue sous le nom de qobûr el-Yahûd, « les tombeaux des Juifs. » Tout à côté se voit un pressoir à vin à plusieurs compartiments, différent par ses formes des pressoirs antiques de la Judée. Le sommet de la colline dans laquelle ont été pratiquées ces tombes, du côté du sud-est, est couvert de débris de poterie, de maçonnerie, de cubes de mosaïque et on y observe quelques arasements de constructions. Selon V. Guérin, cet emplacement est appelé khirbet el- Yehûd; il est inscrit sur la grande carte anglaise du Palestine Exploration Fund, 1887, sous le nom de khirbet Mediéh. C’est le nom qu'à plusieurs reprises j’ai entendu employer, bien qu’il serve encore à désigner l’ensemble de toutes les ruines que l’on trouve à l’ouest de l’ouâdi. Plus au nord, au bas de la colline, se trouve une piscine en partie creusée dans le roc et en partie construite, et, à côté, les restes d'une construction bâtie en blocage. Les habitants d' el-Mediéh leur donnent le nom, ainsi qu’au reste des débris de constructions qui les avoisinent, de khirbet el-Iiammâm, t< la ruine des Bains. » En cet endroit, M. Clermont-Ganneau, alors chancelier du consulat de France à Jérusalem, a découvert un baptistère chrétien, avec une inscription grecque relatant le nom de la donatrice Sophronia, et non loin une grotte sépulcrale avec une autre
inscription grecque. Cette dernière partie des ruines a été désignée à M. Guérin sous le nom de khirbet Zakariéh. — Ces ruines occupent un col assez large formé par la colline dont nous venons de parler et une autre située au nord-nord-est, dominée par un petit sanctuaire musulman à coupole appelé scheikh el-G harbaouy . L’altitude du lieu est de 233 mètres. Parmi les restes d’habitations arabes construites autour du monument précédent, on remarque, sur une belle plate-forme, les arasements d’un grand édifice rectangulaire mesurant 27m77 de longueur sur 6m7 1 de largeur. « Un certain nombre de magnifiques blocs encore en place dominent cette enceinte et permettent d’en déterminer l’étendue, t> dit V. Guérin. Les Arabes l’appellent el-Kala'h ( qala'ah ), « le Château. » Il s’y trouve divers tombeaux, comme on le verra plus loin. — « Le tombeau dont on voit les ruines à cet endroit, » ajoute M. Mauss qui visita le khirbet Mediéh, en 1870, quelques jours après V. Guérin, « est complètement isolé... L’importance des ruines permet de supposer qu'il a appartenu à une famille puissante dans le pays. Il devait avoir un aspect monumental à en juger par les dimensions de ce qui a été conservé. Il y a place pour sept tombes, ainsi qu’on peut s’en assurer par l’examen du plan. J’ai supposé à l’extrémité occidentale du rectangle un sépulcre double, comme celui de l’extrémité est. Si l’hypothèse est juste, on peut facilement dans l'intervalle placer trois autres sépulcres simples qui pouvaient avoir chacun son vestibule ou corridor de dégagement. » Dans V. Guérin, Samarie, t. n, p. 411-412.
IV. Emplacement précis de la ville de Modin. — Parmi les diverses ruines dont nous venons de parler, les palestinologues se demandent lesquelles sont celles de l’antique Modin. Rien de ce que Ton voit au village d' el-Mediéh ou au sommet du monticule voisin ne parait annoncer à V. Guérin une ville de quelque importance, comme dût être la ville des Machabées. Le scheikh de la localité lui a en outre assuré que le village était nommé autrefois el-Miniêh. Il faut, selon ce savant, chercher le site de la ville ancienne à l’occident de la vallée. Modin, dans cette hypothèse, aurait occupé la colline méridionale dans laquelle sont creusés les qobûr el-Yahûd et ces tombes seraient la nécropole de la ville. Le khirbet el-Hammâm ou Zakariéh serait les restes d’un laubourg de la ville byzantine qui succéda à la ville juive. — Pour d’autres au contraire, tous ces débris, au milieu desquels on rencontre des inscriptions grecques, des emblèmes et des monuments chrétiens, sont purement romains ou byzantins. Le pressoir décrit et d’autres que Ton voit non loin sont différents des pressoirs anciens que Ton rencontre si fréquemment dans les montagnes de la Judée, et Ton constate à la fraîcheur de leur état qu’ils appartiennent à une époque relativement récente. Le site d’el-Mediéh est bien celui de la ville juive, Rien dans l’Écriture ou l’histoire n’attribue à Modin une grandeur spéciale. Elle est qualifiée du nom de ville comme tant d’autres localités, qui dans notre manière de parler seraient appelées des villages. Josèphe, Eusèbe et saint Jérôme ne la nomment du reste pas autrement : y.oqj.r|, viens. Les citernes constatées au delà du périmètre du village actuel la montrent cependant plus étendue que celui-ci, et la forme de ces citernes et des tombeaux voisins atteste son antiquité. Seule la piscine et les ruines du monticule, qui ressemble lui-même à une acropole, indiquent qu’elle pourrait bien avoir eu une certaine importance. Meniéh est une prononciation défectueuse de Mediéh, et l’existence simultanée de deux noms différents de consonance si rapprochée pour deux localités voisines paraîtrait bien peu probable. — A défaut de documents historiques, des fouilles faites au Rds el-Mediéh pourraient donner la solution de la question. Bien qu’il ne soit pas absolument absurde de placer la ville de Modin à Test de la
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vallée et son monument sépulcral à l’ouest, il est plus naturel de chercher celui-ci, conformément aux usages des Hébreux, dans le voisinage immédiat de la ville; sa découverte, si toutefois elle est encore à faire, pourrait fournir un argument prépondérant. Nous toucherons a cette dernière question après avoir relaté les quelques faits historiques qui constituent l'histoire de Modin, parmi lesquels l’érection de ce monument est un des plus importants.
V. Histoire. — La gloire de Modin est le reflet de l’éclat dont brille l’illustre famille des Machabées : cette ville fut leur berceau, le centre où ils levèrent l’étendard de l'indépendance religieuse et politique en face du despotisme cruel de l’hellénisme, où plus d’une fois ils réunirent leurs forces pour les organiser, et enfin le champ de triomphe où le monument sépulcral élevé sur leurs tombes célébra longtemps devant les générations leur foi, leur sublime patriotisme et leur héroïque vaillance. — La famille sacerdotale des Machabées ou des Asmonéens aurait été originaire de Jérusalem et serait venue s’établir à Modin vers le commencement de la persécution religieuse d’Antiochus IV Épiphane, d’après I Mach., Il, 1, du moins selon l'interprétation qu’en donne l’historien Josèphe, Ant.jud., xii, vi, 1, suivi par un grand nombre d'autres. L’écrivain juifa mal lu, ce semble, ce passage. L’expression « il fut enseveli par ses fils dans le tombeau de ses p'eres à Modin », formulée I Mach., n, 70, une première fois à propos de Mathathias le père des Machabées, répétée pour Judas, ix, 19; et celle analogue employée, xm, 25, pour Jonathas, « il [Simon] recueillit les ossements de son père Jonathas et les ensevelit à Modin sa ville, » ne permettent pas de douter que leur famille, à supposer qu’elle eût d'abord été établie à Jérusalem, ne fût depuis longtemps fixée à Modin. Au lieu de lire : « En ces jours-là se leva Mathathias... de la famille de Joarib de Jérusalem et il vint s’établir à Modin, » le verset de I Mach., n, 1, doit se lire : « Mathathias... delà famille de Joarib, quitta Jérusalem (où il pouvait être pour son ministère) et se relira à Modin, » àvéarri emb 'IspO'j'TX/.v'q et non ’lwapfo ànb 'Ispovaalrni. — Aux premiers temps de la persécution hellénique, un certain nombre de personnes s’étaient réfugiées à Modin où elles pensaient peut-être demeurer tranquilles, en raison de son éloignement de la capitale de la Judée; mais l’agent d’Antiochus chargé d’imposer aux populations le culte de la Grèce les y suivit. I Mach., n, 15. Mathathias, qui était selon toute apparence le principal personnage de la localité, fut appelé; l’employé chercha à le séduire pour entraîner les autres par son exemple. Mathathias répondit par un refus catégorique, et comme en même temps un Juif se présentait pour apostasier, Mathathias indigné l’égorgea sur l’autel même élevé par les païens où il venait immoler, tua l’envoyé royal renversa l’autel et appela tous les Juifs fidèles à s’unir à lui et à ses fils pour défendre la religion. Ibid., il, 15-27. La situation de Modin n’était pas assez forte pour qu’ils pussent s’y maintenir contre les dominateurs du pays; Mathathias l’abandonna pour se retirer dans les régions plus escarpées des hautes montagnes. Ses succès paraissent lui avoir permis de revenir en sa patrie pour y mourrir; du moins ses fils purent y ensevelir sa dépouille mortelle. Si les triomphes de ses fils et l'intérêt de leur cause les obligèrent à se tenir plus au centre de la Judée, ils aimèrent à retourner de temps en temps à leur patrie, pour s’y retremper dans les généreux sentiments qui avaient donné l’impulsion à ce mouvement. C’est ainsi que Juda vint organiser à Modin la petite armée qu’il voulait opposer à Antiochus Eupator et à Lysias, son lieutenant, qui venait d'envahir de nouveau la Judée; en face du tombeau de son glorieux père il pouvait, plus éloquemment qu'ailleurs, exhorter ses compagnons « à combattre vaillamment et jusqu’à la mort pour la loi, le temple, la ville [sainte], la patrie et le
peuple ». II Mach., xm, li. Pour la même raison peutêtre, Jean Hyrcan et son frère Juda amenèrent-ils leur troupe à Modin, avant d’attaquer Cendebée sous les murs de Cédron. I Mach., xvi, 4. Le monument élevé, par leur frère Simon, comme un temple sur le sépulcre de Mathathias et de ses quatre autres fils, tous tombés victimes de leur patriotisme religieux, ne pouvait qu’exciter le courage dans les cœurs et le noble désir de les venger.
VI. Le monument sépulcral des Machabées. — C’est après avoir enseveli à Modin la dépouille mortelle de son frère Jonathas, que Simon songea à honorer la mémoire de ses parents par un mausolée monumental. L’Ecriture raconte ainsi cette œuvre : « Simon construisit sur le sépulcre de son père et de ses frères un monument élevé aux regards, de pierre polie de face et en arrière. Il dressa au-dessus sept pyramides, celles (en mémoire) de son père et de sa mère en face l’une de l’autre et les quatre autres (en mémoire) de ses frères. Il les entoura d’une vaste construction formée de grandes colonnes et fit sur les colonnes des panoplies en souvenir éternel, et près de ces groupes d’armes des navires sculptés de nature à être vus de tous ceux qui naviguent sur la mer. Tel est le sépulcre qu’il fit à Modin [et qui subsiste] jusqu’aujourd’hui. » I Mach., xm, 27-30. La septième pyramide, Simon se la réservait sans doute. Le monument était encore debout vers la fin du Ier siècle, après la guerre de Judée, quand Josèphe écrivit ses Antiquités judaïques, XIII, vi, 5. Au IVe siècle, Eusèbe atteste que « le mausolée des Machabées se montrait jusqu’alors ». Onomasticon, p. 290. Au Ve siècle, saint Jérôme constate encore leur permanence et s’étonne que l'on puisse montrer leurs reliques à Antioche. De nominibus et locis hebraicis, t. xxiii, col. 911. Ou bien saint Jérôme accuse les Antiochéniens de confondre les sept frères martyrs de II Mach., vu, dont les restes paraissent en effet avoir été vénérés à Antioche, avec la famille de Mathathias, ou bien il confond lui-même celle-ci avec les premiers. Cette confusion a été invoquée pour expliquer la présence d’une croix dans la mosaïque des tombeaux découverts par V. Guérin au khirbet Scheikh el-Gharbaouy, et identifiés avec le monument des Machabées. — Depuis le Ve siècle ce monument s’était perdu de vue, à cause sans doute de la situation de Modin, en dehors des routes suivies par les pèlerins. Au moyen âge on en parle quelquefois, mais si ce n’est pas une simple mention historique c’est une confusion. Il n’est pas douteux qu’il n’ait été détruit dans la triste période qui suivit les croisades, si déjà il ne l’avait été auparavant. En 1870, V. Guérin pensait que la construction rectangulaire du khirbet el-Gharbaouy avait contenu sept chambres contiguës, construites en belle pierre de taille et contenant chacune une auge sépulcrale pratiquée dans le roc dont le fond était tapissé de petits cubes de mosaïques ; ces sept chambres auraient été surmontées d’une série de sept pyramides dressées sur la même ligne et qui reposaient chacune sur le plafond de chaque chambre. Selon lui, le rectangle aurait été lui-même environné d’un portique soutenu par les colonnes monolithes que décoraient les ornements dont parle le livre des Machabées; les tronçons découverts auraient été les débris de cette colonnade et l’attestation de son existence en cet endroit. Le docte explorateur concluait: « Il n’y avait plus de doute possible, j’avais définitivement retrouvé le tombeau des Machabées, et la fosse que j’avais rencontrée avait peut-être reçu les cendres de l’héroïque et saint vieillard Mathathias, qui, étant mort le premier, avait occupé probablement la première chambre sépulcrale. » Le rapport de M. Mauss, bien que supposant aux tombes une disposition relative un peu différente, confirmait la plupart des détails relevés par M. Guérin. — Cependant la même année 1870, le Dr Sandreczki