‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 353 sur 389 · II. l’ÉIi EX DAXS L’INDE SUR LE PLATEAU DE PAMIR · texte numérisé non relu

II. l’ÉIi EX DAXS L’INDE SUR LE PLATEAU DE PAMIR

Quelque extraordinaire que puisse paraître l’identification faite par les anciens du Phison avec le Gange, elle a été cependant renouvelée de nos jour par des savants qui ont voulu placer dans l’Inde l’origine de l’espèce humaine. Ils ont cru découvrir dans les livres hindous l’explication véritable du récit de la Genèse et ils ont ainsi reporté TÉden à l’orient de la Baby lonie. Voici de quelle manière. J. -B. -F. Obry, qui a écrit sur ce sujet un livre, Du berceau de l’espèce humaine selon les Indiens, les Perses et les Hébreux, in-S°, Paris, 1858, p. 100, expose son système : « L’auteur sacré faitd’Eden une haute région, placée entre deux autres, TJavilah et Kouch, qu’arrosent les lleuves qui en font le tour; ensuite il place au centre d’Éden le jardin, Gdn, du même nom, baigné par un lleuve unique ; enfin il dirige vers les quatre points de l’horizon les quatre canaux dérivés de la source commune. Cette manière de voir... suppose que la contrée d’Éden reste identique à celle de Y Aivyanem-Vaêdjo, telle que les Médo-Perses l’entendaient, c’est-à-dire que, tout en partant des sources de l’Oxus, du Kameh et du Tarîm, où l’avaient placé les Bactro-Mèdes, celte région se prolonge au sud-ouest. Le jardin de délices est... le district du lac Sir-i-Kaoul, au centre du petit plateau de Pamir, où trois des quatre fleuves ont leurs sources. Je suppose d’ailleurs qu’on y ramenait aussi celles du quatrième à l’aide de l’expédient des conduits souterrains. »

Obry n’identifie pas le Phison avec le Gange, mais Ewald Ta fait, Geschichle des Vol k es Israels, 2e édit., t. i, p. 376-377. Benfey, article Indien, dans Ersch et Gruber, Allgemeine Encyklopâdie, n° sect., t. xvn, p. 13-14; Renan, Histoire générale des langues sémitiques, 1863, t. i, p. 476-478; De l’origine du langage, 4e édit., 1864, p. 229-230. prennent le Phison et le Géhon pour l'Indus et l’Oxus. De même François Lenorrnant, Origines de l'histoire, t. n, part, i, 1882, p. 141. Cf. aussi

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Viçwâ-Mitra, Les Chamites, in-8", Paris, 1892, p. 687- 725. Ces identifications sont inconciliables avec le récit génésiaque. Singulier paradis terrestre que celui de Pamir! Les rares voyageurs qui l’ont visité nous le représentent comme un des endroits du monde les plus inhabitables à cause de sa température. G. Bonvalot, Du Caucase aux Indes à travers le Pamir, in-4°, Paris, 1889, p. 291-355. — Sur le Pamir et ses glaciers, voir R. Pumpelly, Explorations in Turkestan, in-8°, Washington, 1905, p. 123-155.

in. l’éden en Arménie. — Un grand nombre de commentateurs ont placé lé Paradis terrestre en Arménie, dans les riches vallées de cette région qui est encore aujourd’hui l'une des plus fertiles du monde. « Cette opinion sur la situation du Paradis terrestre, dit H. Brugsch. lieise der k. preussisehen Gesandtschaft nach Persien, 2 in-811, Leipzig, 1862-1863, t. i, p. 146, trouve un grand appui dans la tradition populaire de l’Arménie, d’après laquelle l'oasis d’Ordubâd, au-dessous de Djulfa, sur la rive gauche de P Aras, marque le site du paradis édénique. » Les quatre ileuves mentionnés par la Genèse arrosent celte riche contrée.

1° L’Euphrate, que la Genèse désigne simplement par son nom, comme étant suffisamment connu des lecteurs, tandis que les trois autres ileuves édéniques, y compris le Tigre, sont déterminés par l’indication des contrées qu’ils baignent, l’Euphrate prend sa source en Arménie. Voir Euphrate, t. ii, col. 2046. — 2° Le Tigre naît à une heure environ de l’Euphrate, au nord de Diarbékir. Voir Tigre. Le Phison et le Géhon sont le Phase et J’Araxe. — 3° Le Phase, cf. Xénophon, Anab., îv, 6, prend sa source au pied du mont Ararat, non loin des sources de l’Euphrate et du Tigre. Voir Calmet, Comment, litt. Genèse, 1715, p. 61 ; E. F. C. Rosenmuller, Scholia in Gen., 1821, p. 101. La terre d’Hévilath, que baigne le Phase, est la Colchide, le pays des métaux précieux, où les Argonautes allèrent chercher la toison d’or. Calmet, Gen., p. 63. Strabon, XI, n , 19, dit que les Ileuves et les torrents de cette contrée roulent des paillettes d’or. Cf. Pline, H. N., xxxm, 3. Pour le bdellium qu’on trouvait dans le pays d’Havilath, voir Bdellium, 1. 1, col. 1527, et pour l’onyx, voir ce mot, col. 1823. — 4° Le Géhon est l’Araxe des auteurs classiques; son nom arabe actuel Djeichoun-er-Ras et son nom persan Djàn rappellent encore le nom hébreu de Géhon. Ebers, Aeggpten und die Bûcher Moses, t. i, p. 29. Voir Calmet, Genèse, p. 66. Le Géhon sort du voisinage de la source occidentale de l'Euphrate et se jette dans la mer Caspienne. La terre de Chus, qu’arrose le Géhon, ne désigne pas l’Éthiopie africaine, qu’habitèrent plus tard les Couschites, mais la région asiatique où vivaient d’abord les descendants de Chus. Voir Éthiopie, t. ii, col. 2607, 2009, c’est-à-dire le pays desKossiens, Cassiotis, regio Cossæorum. Cf. Diodore de Sicile, xix, 3; Ptolémée, vi, 3, 3; Polybe, v, 44; Strabon, XI, xm, 6. Ce sont les Kas'si des textes cunéiformes. Voir Eb. Schrader, Keilinschriften und Geschichtsforschung, p. 176.

On peut objecter contre le système qui vient d’être exposé qu’il n’explique pas cette partie de la description du Paradis donnée parla Genèse, ii, 10, d’après laquelle a un lleuve sortait de l’Éden... et se divisait en quatre bras (rd'shn, littéralement : têtes). » Ces mots signifient naturellement que le Tigre, l’Euphrate, le Phison et le Géhon avaient une source commune et unique. Or, le Phase et l’Araxe n’ont pas la même source que le Tigre et que l’Euphrate. A cette objection on n’a répondu que par une hypothèse contestable, à savoir que des révolutions diverses ont pu modifier notablement la topographie des lieux où était situé le Paradis terrestre. Quoi qu’il en soit, la Genèse, en plaçant l’Éden aux sources de l’Euphrate et du Tigre, nous indique naturellement l’Arménie comme site du Paradis terrestre.

iv. l’êüen en dabylonie. — Une opinion qui a re-

cruté dans ces dernières années de nombreux partisans est celle qui place en Babylonie le paradis terrestre. Elle n’est pas tout à fait nouvelle et remonte à Calvin. Il est le premier qui ait placé l’Éden en Babylonie, sans en préciser le site (fig. 561). Il identifie le Phison et le Géhon avec le Tigre et l’Euphrate : ces deux Ileuves portent deux noms différents au-dessus et au-dessous de leur confluent au Schatt-el-Arab. Duo sunt amnes qui in unum coeunt, deinde abeunt in diversas partes, lia flumen unum est in confluente ; duo autem in superioribus alveis sunt capila, et duo versus mare postquam rursus longius dividi incipiunt. Commentarius in Gen., n, 14, Opéra (édit, du Corpus Reformatorwn, t. li), t. xxiil, 1882, col. 43. Sur ce dernier point, Calvin ne prend pas garde que son opinion est inconciliable avec le texte biblique et il ne se préoccupe pas de savoir si la double embouchure de l’Euphrate et du

D'après Calvin, dans son Comm. in Gen., p. 42.

Tigre dans le golfe Persique est ancienne. En réalité, elle ne l’est pas. Voir Frd. Delitzsch, Wo lag das Parodies? p. 39-40.

Mais quoi qu’il en soit des quatre fleuves, Huet accepta pour le fond l’opinion de Calvin, dans son Traité de la situation du Paradis terrestre, 2e édit., Amsterdam, s. d., p. 16-18, de même que Joseph Scaliger, les théologiens de Louvain et beaucoup d’autres. Les découvertes assyriologiques faites depuis un demi-siècle ont fourni des arguments nouveaux en faveur de ce système. On pouvait même espérer qu’elles trancheraient définitivement la question. Elles ont prouvé que les Chaldéo-Assyriens avaient des traditions semblables à celles des Hébreux sur les origines de l’humanité, sur la création, sur le déluge. Il y avait donc lieu de penser qu’on découvrirait aussi dans les documents cunéiformes quelque tablette décrivant le séjour du premier homme. Cet espoir ne s’est pas jusqu’à présent pleinement réalisé. Cependant on a retrouvé quelques traces du premier homme de l’Éden assyrien, et, de plus, les monuments reproduisent souvent l’image de l’arbre sacré qui avait été placé dans le paradis.

Line tablette de Tell el-Amarna, conservée aujourd’hui à Berlin, raconte la légende d’un certain Adapa, où l’on remarque plusieurs traits qui ne sont pas sans analogie avec l’histoire d’Adam. D’abord le nom d’Adapa a quelque ressemblance avec celui d’Adam, voir H. Sayce, Higher Crilicism, p. 94, et il est aussi le premier homme. Il

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est fils du dieu Éa. Son père lui a donné la sagesse, mais non l’immortalité. Il habite le pays d’Éridou, où il prend soin du sanctuaire du dieu. Un jour il se querelle avec le vent du sud et lui brise les ailes. Anou, dieu du ciel, le cite alors à son tribunal. Avant qu’Adapa se rende à la citation, Éa lui recommande entre autres choses de ne point manger le pain de mort qui lui sera otïert et de ne pas boire l’eau de mort qui lui sera -apportée. En réalité, Anou lui fait présenter un pain de vie et une eau de vie, de sorte qu'Adapa, parce qu’il suit fidèlement les avis que lui a donnés son père, perd l'occasion de devenir immortel. Il se revêt néanmoins du vêtement qu’il reçoit en présent du dieu Anou. Adapa und der Sildivind, dans la Keilinschriftliche Bibliothek, t. VI, 1900, p. 92-101. On ne peut méconnaître quelques points de contact entre l’histoire d’Adam et celle d’Adapa, malgré des différences notables. Le trait |

509. — M. Sayce, The Higher Criticism and tlie Verdict of the Monuments, in-12, Londres, 1894, p. 101, a une opinion un peu dilférente. Il place le Paradis terrestre dans le voisinage d’Éridou, la ville sacrée d’Éa, aujourd'hui Abou-Sharein. Éridou est actuellement au milieu des terres, mais elle était autrefois près de l’embouchure de l'Euphrate sur le bord de la mer et.Icpsen, Kosmologie der Babylonier , p. 213, cite une inscription relative à une localité où « la bouche des Iteuves » (de l’Euphrate et du Tigre) est mentionnée à propos d’Éridou.

Dans le voisinage d’Éridou était un jardin, lieu sacré où croissait l’arbre de la vie, un palmier dont les racines de lapis-lazuli étaient plantées dans l’abîme cosmique; sa position marquait le centre du monde; son feuillage formait la couche de la déesse Bahou et le dieu Thannnouz habitait dans le sanctuaire placé à

562. — Arbre sacré assyro-chaldéen. D’après Layard, Monuments of Nineveh, i, pl. 25.

principal à retenir ici c’est que le premier homme, d’après la légende babylonienne, habite Éridou. On peut donc se demander si Éden et Éridou ne désignent pas la même contrée et rechercher où était situé Éridou. ■C’est ce qu’ont fait divers assyriologues, en particulier Frd. Delitzsch qui a étudié la question ex professa. Dans son livre intitulé Wo lag das Paradies? p. 45-83, il soutient que l’Eden était situé auprès de Babylone et au sud de cette ville, à l’endroit appelé Kar-Dounias ouGan Dounias, «jardin du dieu Dounias », remarquable par sa fertilité et par l’abondance de ses eaux. Henri Rawlinson avait le premier développé cette identification, Report of the forlieth Meeting of the British Association for the advancement of science, Liverpool, p. 173. Kar Dounias est surtout arrosé par l’Euphrate, dont le niveau est là plus élevé que celui du Tigre, mais il jouit aussi des eaux de ce dernier fleuve. Le Phison et le Géhon sont, d’après Delitzsch, deux canaux, •dérivés de l’Euphrate en dessous de Babylone. Le premier est le Pallacopas à l’ouest; le pays d’Hévilath qu’il arrose est la partie du désert de Syrie qui confine à la Babylonie et où l’on trouvait autrefois de l’or. Le second, c’est-à-dire le Géhon, est le canal Arahtu, qui baigne les ruines de la ville antique d'Érech. Cousch désigne les Couschites de la Susiane. Pour la critique de l’opinion de Frd. Delitzsch, voir P. Jensex, Die Kosmologie der Babglonier, in-8°, Strasbourg, 1890, p. 507-

l’ombre de ses brandies et dans lequel aucun mortel n’était jamais entré. Cuneiform Inscriptions of Western Asia, t. iv, pl. 15, verso, lig. 62-64. Cf. Sayce, dans Haslings, Dictionarg of the Bible, t. i, p. 643; Id., Higher Criticism, p. 101. Cet arbre sacré est souvent représenté sur les monuments assyro-chaldéens (fig. 562), et Ton ne peut s’empêcher d’y reconnaître l’arbre du Paradis terrestre de la Genèse, Eb. Schrader, Semitismus und Babylonismus, dans les Jahrbücher fur protestanlische Théologie, 1875, p. 124-125, quoiqu’il soit figuré sous des formes différentes (fig. 563). Voir E. Bonavia, The Flora of the Assyrian Monuments, Westminster, 1894, p. 45-57. Sur les idées assyro-chaldéennes relatives à l’arbre de vie, voir Wünsche, Die Sagen vom Lebensbaum und Lebenswasser, in-8°, Leipzig, 1905.

M. Sayce explique ce que dit la Genèse, de la rivière édénique qui se partageait en quatre lleuves de la manière suivante. L’Éden-Éridou était sur les bords du golfe Persique. Deux mille ans avant notre ère, les Babyloniens considéraient le golfe Persique comme une rivière, qu’ils appelaient nar marralum, « la rivière amère », c’est-à-dire la rivière ou l’eau salée. A cette époque, non seulement l’Euphrate et le Tigre, mais aussi d’autres cours d’eau, se déversaient dans le golfe. Comme la marée faisait remonter assez haut l’eau salée dans le lit des rivières, on put donner à l’embouchure de ces rivières le nom de sources et ainsi le Tigre, l'Eu-

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