‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 379 sur 389 · Carte de l'ile de Patmos. D'après V. Guérin · texte numérisé non relu

Carte de l'ile de Patmos. D'après V. Guérin

verbe : « Nul n’est prophète dans sa patrie, » constate la jalousie locale qui fait que des hommes ne veulent pas reconnaître la supériorité de celui qu'ils ont vu vivre au milieu d’eux dans la simplicité. — 2° Dans les textes précédents, la patrie apparaît surtout comme le pays d'origine ou de séjour habituel. Au second livre des Machabées, l’idée de patrie se rapproche davantage de celle que nous concevons aujourd’hui. La patrie, c’est le pays des ancêtres, avec ses traditions, ses lois, ses coutumes, sa religion, sa langue, ses villes et ses monuments. II Mach., vi, 1, 6; vu, 2, 8, 21, 24, 27, 37; xn, 37; xv, 29. Simon est le délateur de sa patrie, iv, 1; Jason, le bourreau de sa patrie, dont il a banni un grand nombre de concitoyens, v, 8, 9; Ménélas, traître envers sa patrie, v, 15, n’a aucun souci de son salut, xiii, 3. Par contre, Judas Machabée exhorte ses frères à combattre et à mourir pour les lois, le Temple, la ville et la patrie, viii, 21; xm, 15; il fait prier Dieu pour ceux qui vont être privés de leur patrie, xm, 11, et il se bat vaillamment avec les siens pour l’indépendance et le salut de la patrie, xiv, 18. — 3° L’amour

de la patrie, sous forme d'amour pour la nation à laquelle il appartenait, se manifesta avec éclat en Notre- Seigneur, quand il pleura sur Jérusalem, à la pensée des maux qui châtieraient un jour son ingratitude, Luc., xix, 41-44, et quand, pendant sa passion, il invita les femmes de Jérusalem à pleurer sur le sort qui les attendait. Luc., xxm, 28-31. Bien que Sauveur du monde entier, il déclarait n’avoir été envoyé personnellement qu’aux brebis perdues de la maison d'Israël et donnait à ses compatriotes le nom d’enfants, par opposition aux étrangers idolâtres. Matth., xv, 24-26. — Saint Pierre, dans ses premiers discours, s’adresse aux « enfants d'Israël » avec une prédilection marquée. Act., il, 22, 39; ni, 17-21. — Saint Paul aimait tendrement ceux de sa nation; il eût désiré être sacrifié et maudit pour eux. Rom., ix, 2-5. Malgré tout les torts que les Juifs avaient eus à son égard, il ne songeait nullement à accuser sa nation. Act., xxvm, 19. — C’est surtout sous le nom de « nation » qu’il est question de la patrie israélite. Luc., vu, 5; Joa., xvm, 35; Act., x, 22. Les grands-prêtres et les membres du sanhédrin font du faux patriotisme, quand ils parlent de sacrifier Notre-Seigneur pour empêcher les Romains de détruire la ville et la nation, Joa., xi, 48, 50, et quand ils prétendent qu’ils l’ont trouvé bouleversant la nation. Luc., xxm, 2. — 4° L’Épitre aux Hébreux, vi, 13-16, en parlant des anciens patriarches, dit qu’ils se considéraient comme étrangers sur la terre et qu'ils cherchaient une patrie, non celle d’où ils étaient sortis, mais « une patrie meilleure, une patrie céleste. » Cf. Heb., xm, 14. La patrie ainsi cherchée a été d’abord la patrie spirituelle, le « royaume des cieux », que devait un jour établir le Messie attendu, puis la patrie définitive du ciel, le royaume du « Père qui est dans les cieux ». Matth., vi 9. H. Lesètre.

PATR5Z1 François- Xavier, exégète italien, né à Rome le 19 juin 1797, mort dans cette ville le 23 avril 1881. Il entra dans la Compagnie de Jésus le 12 novembre 1814, et enseigna l’Écriture Sainte à Louvain et au Collège romain. Nombreux sont les travaux qu’il nous a laissés sur l’Écriture Sainte. C’est d’abord un ouvrage préliminaire, Instilulio de inlerpretatione Bibliorum, édité en 1844-1852, in-8°, puis réimprimé en 1862 et 1876. L’auteur en résuma la Ire partie à l’usage des élèves, in-8°. — Viennent ensuite deux traités sur l’Ancien Testament : De consensu ulriusquelibri Machabæorum , in-4p, 1856; Cento salmi tradotti... e commentati, in-4°, 1875. Ce dernier ouvrage a été traduit en français par le P. Nicolas Bouchot, in-4°, 1890. — Ses écrits sur le Nouveau Testament sont : 1° De Evangeliis libri très, in-4°, 1852-53. Dans cet ouvrage l’auteur combat les erreurs répandues par les rationalistes modernes et détruit les principales objections soulevées contre les Saintes Écritures. 2" hi Joannern commentarium, in-8°, 1858. 3° hi Marcurn commentarium cuni duabus appendicïbus, in-8°, 1862. Le premier appendice a pour objet la thèse précédemment soutenue de l’existence de deux Marc. 4° In Actus Apostolorum commentarium, in-4°, 1867.-5° Diverses dissertations sur des points spéciaux : De interpretatione oracutorum ad Christum perlinenlium, 1853; De immaculala Mariæ origine, 1853; De prima angeli ad Josephum Mariæ sponsum legalione, 1876; Dette parole di S. Paolo « in quo ornnes peccaverunt, » 1876.

P. Bliaud.

PATROBAS (grec : Ilavpôfîaî, probablement contraction de TiaTpoêio?, « vie du père »), chrétien de Rome à qui saint Paul envoie ses salutations. Rom., xvi, 14. D’après le Pseudo-Hippolyte qui l’appelle 7taTpôëouXo;, De septuag. apost., 37, t. x, col. 956, il était du nombre des soixante-douze disciples et fut évêque de Pouzzoles. Le Martyrologe romain dit qu’il souffrit le martyre avec

PATROBAS —

saint Philologue et place sa fête au 4 novembre. Voir Acla Sanctorum, novembris t. il, part. 1, 1894, p. 222. Un affranchi de Néron qui fut mis à mort par ordre de Galba, Tacite, Hist., i, 49; n, 95; Suétone, Galba, 20; Martial, Ep., ii, 32, 3, portait le même nom. On trouve aussi ce nom dans les inscriptions.

PATROCLE (grec : rKrpovào;), père du général syrien Nieanor qui fut l’un des principaux adversaires de Judas Machabée. Il Mach., vin, 9. Le nom de Patrocle était commun parmi les Grecs.

PATURAGE (h ébreu : dobér kar, « agneau, » et par extension « pâturage »; migras et nahâlol, l’endroit « où l’on mène » le bétail; midbâr, mir'éh; naâh, ndvéh et navâh, l’endroit « où demeure » le bétail; Septante : vojj.Ÿ), pôcrxripa; àcpopi<r|j.aTa, Tteperaopia et 7tepi/a>pa, les « alentours » des villes, la campagne; Vulgate : pascua, pascuum, suburbana, les «alentours» des villes), terre sur laquelle le bétail trouve sa nourriture.

I. Au sens propre. — 1° La Palestine renferme des plaines fertiles dans lesquelles les troupeaux trouvaient autrefois d’abondants pâturages. Abraham et Lot, qui y faisaient paitre leur nombreux bétail, furent obligés de s’en aller l’un à droite et l’autre à gauche, pour éviter les querelles entre leurs bergers. Gen., xm, 5-12. Quand une sécheresse prolongée désola le pays de Chanaan, Jacob conduisit ses troupeaux en Égypte, dans les pâturages de la terre de Gessen. Gen., xlvii, 4. — C’est seulement quand Dieu répand la pluie et la fécondité sur la terre, que les pâturages peuvent se couvrir de troupeaux. Ps. lxv (lxiv), 13, 14. Cette bénédiction est habituellement accordée au juste. Job, v, 24. — Les animaux sauvages cherchent des pâturages dans la montagne. Job, xxxix, 8. Les pâturages du désert sont parfois desséchés, Jer., xxnr, 10, et dévorés par le feu, Joël, i, 18, 19; mais ensuite ils reverdissent. Jo., n, 22. — David était dans les pâturages quand Saiil l’envoya chercher, I Reg., xvi, 19, et quand le Seigneur le prit pour le faire roi. II Reg., vii, 8; I Par., xvii, 7. Les bergers de Bethléhem veillaient la nuitdans leurs pâturages de la montagne, quand les anges leur annoncèrent la naissance du Sauveur. Luc., u, 8. — Comme les lévites ne possédaient que des villes isolées et cependant avaient des troupeaux, Moïse avait réglé que des pâturages leur seraient attribués autour de ces villes. Num., xxxv, 3. — Éphraïm avait été établi dans un beau pâturage, c’est-à-dire sur un sol très fertile. Ose., ix, 13. — 2° L’existence d’un pâturage devenait une malédiction, quand ce pâturage remplaçait les habitations des hommes. Ainsi la Syrie et le paysd’Israël doivent être changés en pâturages. Is., vu, 25. Le même sort est prédit à la côte maritime habitée par les Philistins, Soph., n, 6, et à la ville ammonite de Rabbath. Ezech., xxv, 5. — 3° Les auteurs sacrés mentionnent spécialement les pâturages d’Achor, Is., lxv, 10, voir t. i, col. 147, de Cédar, Is., xlii, 11, de Gador, I Par., iv, 39, 40, voir t. m, col. 34, des environs d’Hébron, Jos., xxi, 11, et de Saron. IPar., v, 16. — Le mot ’âbêl, « verdure, prairie, » entre dans la composition d’un [certain nombre de noms propres et peut désigner des endroits propres au pacage. Voir Abel, t. 1, col 30.

II . Au sens figuré. — 1° Le Seigneur aimant à se dire le pasteur de son peuple, voir Pasteur, col. 2178,

I idée de pâturage se présente naturellement pour désigner le séjour de ce peuple. Les Israélites sont pour le Seigneur les brebis de son pâturage. Ps. i.xxv (lxxiv), 1; L.vax (lxxviii), 13; xcv (xciv), 7; c (xcix), 3; Jer., xxin , 1. Ce peuple avait été placé par le Seigneur dans un bon pâturage, sur une terre féconde, où il était comblé de biens et de grâces; mais il s’y est enorgueilli et révolté contre son pasteur. Ose., xm, 7. —

PAUL (SAINT

2° Alors le Seigneur justement irrité a sifflé les mouches d’Egypte pour qu’elles vinssent ravager son pâturage. Is., vu, 19. Jérusalem est devenue un pâturage brûlé et dévasté, Is., xxxn, 14; Jer., ix, 10; ses princes ont été comme des cerfs sans pâturage. Lam., 1, 6. Les pâturages des nations n'en seront pas moins ruinés à leur tour. Am., i, 2; Jer., xxv, 36, 37; xlix, 20. — 3° Mais, son châtiment subi, le peuple de Dieu sera ramené dans son pâturage. Is, v, 7 ; xxx, 23; xlix, 9; Jer., xxm, 3; l, 19; Mich., ii, 12. A Jérusalem, réduite à l’état de désert, il y aura encore des pâturages. Jer., xxxm, 12. Le prophète Ézéchiel, xxxiv, 12-15. développe cette image :

Ainsi, je ferai la revue de mes brebis...

Je les ramènerai sur leur propre sol,

Je les ferai paitre sur les montagnes d'Israël,

Dans les vallées et dans tous les lieux habités du pays.

Je les ferai paitre dans de bons pâturages,

Et leur pacage sera sur les hautes montagnes d’Israël;

Là elles reposeront dans un bon bercail,

Et paîtront dans un gras pâturage Sur la montagne d'Israël :

C’est moi qui paitrai mes brebis.

— 3° L’âme juste était traitée par Dieu de la même manière ;

Jéhovah est mon pasteur, je ne manquerai de rien,

11 me fait reposer dans de verts pâturages.

Ps. XXIII (XXII), 2.

Notre-Seigneur promet aussi à l’âme fidèle, qui entre dans le bercail par la vraie porte, qu’elle y trouvera des pâturages, c’est-à -dire toutes les grâces de la vie spirituelle. Joa., x, 9. IL Lesêtre.

PAUL (SASNT) (en grec Ila-j), oc, Vulgate : Paulus), l’Apôtre des Gentils, « l’Apôtre » par excellence.

I. Depuis sa naissance jusqu’à sa conversion. — 1. naissance. — Par ses origines comme par son édu-

579. — Saint Pierre et saint Paul. Médaillon de bronze (milieu du ir siècle). Musée chrétien du Vatican.

cation, Paul appartenait au plus pur judaïsme. Il a énuméré lui-même, à plusieurs reprises (Act., xxm, 6; II Cor., xi, 22; Philip., m, 5), avec une certaine fierté, ce qu’il appelle ses avantages selon la chair : circoncisle huitième jour, ileslde la famille d’Abraham ; de la race d’Israël; de la tribu de Benjamin, la plus fidèle, avec celle de Juda, à maintenir la tradition religieuse des prophètes; il suit le parti des Pharisiens, où il s’est distingué longtemps par son fanatisme. Les

PAUL (SAINT

parents de Paul, bien qu’établis à Tarse, en Cilicie, étaient « hébreux » et peut-être originaires de Giscala, aujourd’hui El-Djisch, en Galilée. Ainsi s’expliquerait, en partie, la méprise de saint Jérôme qui les fait émigrer en Cilicie, après la naissance de Paul, à la suite de la ruine de cette cité par les Romains : Paulus..., de tribu Benjamin et oppido Judææ Giscalis fuit, cjuo a Romanis capto, cum parentibus suis Tarsum Ciliçiæ' comniig ravit. De vir. ill., 5, t. xxiii, col. 615; Ad Philem., 23, t. xxvi, col. 617. Parmi les modernes, Krenkel est à peu près le seul qui adhère à une tradition entachée d’un anachronisme si évident, Beitrcige zur Aufhellung d. Gescliichte u. d. Briefe d. Apost. P., § I. En effet, Giscala ne fut prise qu’en 67, après les autres places fortes de Galilée, Josèphe, Bell, jud., V, 2, 5, près de soixante ans après la naissance de l’Apôtre, peut-être même l'année de sa mort. Paul reçut, au jour de sa circoncision, le nom de Saul (grec, SxO ).o;, Act., ix, 1; xm), le demandé, le désiré, nom connu ayant été porté par le premier roi d’Israël. Dans les Actes, xm, 9, le nom de Saul se change suintement en celui de Paul (riaû),oç, Paulus) au moment où commence le récit de la conversion du proconsul de Chypre, Sergius Paulus. Serait-ce un hommage rendu à l’illustre converti ou une manière de marquer sa première conquête apostolique? C’est l’opinion d’Origène, Comment, ad Boni, præfat., t. xiv, col. 836, de saint Jérôme, Ad Philem., 1, t. xxv, col. 604, de saint Augustin, Confess., viii, 4, t. xxxii, col. 753. Mais elle paraît mal s’accorder avec la modestie habituelle de l’Apôtre, I Cor., xv, 8-9 ; puis il prend ce nom, f. 9, avant la conversion qui n’est rapportée qu’au ÿ. 12. D’autres ont voulu retrouver, dans le nom de Paul, un souvenir de l'affranchissement de son père, par quelque membre de l’illustre famille des Paulus; plusieurs, une allusion à son apparence chétive (IlaûÀoç, UaOpoç), II Cor., x, 1. 2, 10, ou l’effet d'un sentiment d’extrême humilité, S. Augustin, Serm., cclxxix, 5 ; cccxv, 5; t. xxxvm. col. 1278, 1479; un grand nombre, la transformation latine de son nom hébreu. Les Juifs héllénistes ajoutaient volontiers, à leur nom juif, le nom grec ou romain qui s’en rapprochait le plus par la prononciation. Ainsi Éliacin se changeait en Alcime, Jésus en Jason, Joseph en Hégésippe, cf. col. 2087. De la sorte, Saul aura donné Paul. La forme grecque 2a0).o; prêtait, du reste, à un sens plus ou moins ridicule (SaOÀoç, celui qui se balance en marchant). Au contraire, le nom latin Paulus convenait à merveille à celui qui devait tant de fois se prévaloir du titre de citoyen romain et qui venait d’inaugurer, dans le monde officiel, sa carrière d’apôtre des gentils. Dès ce moment, les Romains l’appelèrent « Paulus », les Grecs, IlaOXoç, les Juifs seuls continuèrent à le nommer Saul. Act., xxvi, 14. Le père de Paul possédait un titre dont les prérogatives étaient alors considérables : celui de citoyen romain. Act., xvi, 37; xxii, 25, 28. On ne sait d’où lui venait ce privilège. En tous cas, ce n’était pas de la ville elle-même; Tarse n’était, à cette époque, ni un municipe, ni une colonie romaine, comme Philippe de Macédoine, par exemple, ou Antioche de Pisidie, Act., xvi, 12, mais tout simplement une cité libre, ayant la faculté de se gouverner par ses propres magistrats, et d'exercer elle-même ses droits de police. Fustel de Coulanges, La cité antique, p. 447; Dion Chrys., Orat., 2. Mais rien n’empêche de supposer que le père de saint Paul lui-même ou l’un de ses ancêtres ait acquis cet honneur, soit à prix d’argent, soit par des services de guerre, soit encore au moyen de l’affranchissement. Mar Le Camus, L'Œuvre des Apôtres, t. i, p. 136, soutient cette dernière hypothèse, déjà insinuée par Wieseler. Il suppose que dans la lutte entre Octave et Antoine contre Brutus et Cassius, Tarse, ayant pris parti pour les premiers, se vit obligée de capituler devant Cassius. En conséquence, un grand nombre de ses habitants furent

vendus comme esclaves pour payer l’impôt de guerre, dont la ville se trouva frappée. Or, ceux qui arrivèrent à Rome, furent affranchis après la victoire d’Auguste et purent rentrer, dans leurs foyers, avec le titre de citoyens romains. Parmi les Tarsiens rapatriés, se trouvaient sans doute un certain nombre de familles juives. Appien, Bell, civ., iv, 64; v, 7. Ainsi s’expliquerait, du même coup, l’expression des Actes, vi, 9, les affranchis de Cilicie. Paul, dans ce cas, aurait pu s’approprier la phrase d’Horace, libertino pâtre natus .

it. éducation. — Le judaïsme palestinien, sous sa forme la plus pure, la plus sévère, la plus ardente, le pharisaïsme, façonna l’âme de Paul. Act., xxiii, 6. Personne n’a plus hautement estimé que Paul les privilèges d’Israël, ni exalté davantage les prérogatives de son élection divine, Rom., m, 1, 2; ix, 4, 5; xi, xv, 8; Phil., ni, 7, ni si passionnément aimé la race juive, Rom., ix, 1, 5; xi, 14; personne ne s’est plus intimement assimilé les doctrines et les espoirs d’Israël. Act., xiii, 32, 33; xxiv, 14; Gai., ni, 7, 14; vi, 16; II Cor., xi, 22; Rom., iv, 16, 17; ix, 4, 6; x, 4; xv, 18- 12, ni poussé aussi loin les observances de la loi mosaïque. Act., xm, 33, 39; Rom., iv, 13-15; vu, 5-25; vin, 3; ix, 31 -x, 4; Gai., n, 15, 16; ni, 10-25; v, 2-3; I Cor., xv, 66, etc.

1° A Tarse. — Quant à la langue maternelle, Paul s’est trouvé sans doute dans la condition des enfants d’émigrés qui apprennent en même temps et parlent avec une égale facilité la langue de leur père et celle de leur patrie d’adoption. Le grec et l’hébreu paraissent avoir été, en effet, également familiers à l’Apôtre. Act., xxi, 37, 40; xxn, 2. Paul parlait habituellement et facilement en grec; il écrivait dans cette langue sans aucun effort; il possédait le vocabulaire et pouvait même, à l’occasion, l’enrichir de mots nouveaux. Mais sa phrase était, en ce qui regarde la syntaxe, chargée d’hébraïsmes et de syriacismes difficiles à saisir pour celui qui ignore le génie particulier des langues sémitiques. Il Cor., xi, 6. Voilà pourquoi on ne parvient à comprendre parfaitement le grec des Épîtres qu’en devinant le tour hébraïque que Paul avait dans l’esprit au moment où il les dictait. Il n’y a donc pas à chercher là les traces d’une éducation hellénique proprement dite. Le fait d’être né à Tarse, un des centres les plus brillants de la civilisation grecque d’alors, ne suffit pas pour établir que Saul ait reçu une culture classique. Philostrate, Apollonius , i, 7. Le zèle des Tarsiens pour la philosophie et pour les lettres dont parle Strabon, xiv, 10, 13-15; devait s’arrêter sur le seuil des quartiers juifs. L’effet produit sur l’âme du jeune pharisien par cette culture profonde ne fut pas celui de l’attrait, mais plutôt celui d’une répulsion profonde. Le levain d’idolâtrie qui pénétrait toute la vie grecque ne lui inspire qu’horreur et mépris. Insensible aux beautés de l’art, il s’aigrissait contre ce qu’il prenait pour un hommage rendu aux démons. Act., xvii, 16. En réalité, la Grèce n’a eu que peu d’influence sur l’esprit de Paul.

2° A Jérusalem. — Vers l’âge de quinze ans, c’est du moins l’hypothèse qui parait réunir le plus de probabilités, si l’on tient compte du passage des Actes xxii, 3, où àvatsôp ap.gevbç iv if tt6>, et Taort) est contrebalancé par l’épithète vsôtïjto;, Act., xxvi, 4, qui suppose toujours un adolescent, Paul fut envoyé à Jérusalem, pour y être instruit dans la science de la Loi. Son père le destinait sans doute à être scribe. Voir Scribe. Paul dut sa subsistance à l’exercice d’un art mécanique. 11 apprit à faire ou à coudre (l’expression <jvtYivo7toid; suggère plutôt l’idée d’un travail consistant à confectionner les tentes elles-mêmes) ces grosses toiles de Cilicie qu’on appelait cilicium et qui servaient spécialement à faire des tentes; c’était, sans doute, l’industrie dont vivait sa famille. Act., xvm, 3; I Cor., iv, 12; I Thess., n, 9; II Thess., in, 8. Il ne

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semble pas, d'après cela, que Paul ait jamais eu de fortune patrimoniale. Act., xvm, 3; xx, 34. Les Épitres aux Corinthiens, I, I, 26; II, xi, 27, éloignent encore plus toute idée de superflu et même de situation quelque peu aisée : c’est la vie au jour le jour. Il dut, plus d’une fois, faire part de sa détresse à ses chers Philippiens et consentir à recevoir leurs offrandes. Phil., iv, 14-16.

Au temps ou le jeune Saul arrivait dans la Ville sainte, les écoles juives étaient en pleine prospérité, tant à cause de la science et du talent de leurs chefs, que du grand nombre d’élèves qui suivaient leurs cours. Si l’on en croit le Talmud, Gamaliel aurait eu 1 000 disciples dont 500 étudiaient la Loi, 500 la sagesse grecque, philosophie et littérature, sous sa direction. Depuis la fin du règne d’Hérode le Grand, les écoles pharisiennes étaient divisées en deux factions rivales. Il y avait les Schammaïstes et les Hillélistes, ix, 16, les uns se réclamant du célèbre Ilillel, les autres se rattachant à son adversaire Schammaï. Le fond de l'opposition entre ces deux enseignements paraît avoir été, d’après le Talmud, dans la manière plus ou moins rigoureuse d’interpréter la Loi. En général, Schammaï préconisait, dans sa casuistique, les principes les plus sévères et les solutions rigoristes; c’était un homme violent, emporté, absolu, plus ardent, plus patriote, plus ennemi de l’étranger que le doux Hillel. Celui-ci, au contraire, penchait plutôt, sur nombre de points, vers la conciliation et vers les ménagements. Mais cette modération n’était que relative et n’enlevait guère qu’un degré d’exagération à l’intransigeance farouche des Schammaïstes. — Saul se mit à l’école de Gamaliel, petit-fils d’IIillelet continuateur de sa méthode et de son esprit. Act., xxn, 3. Voir Gamaliel 2, t. m, col. 102.

Ce que Saul apprit, pendant son stage à l’école du célèbre rabbin, fut cette dialectique subtile, cette exégèse ingénieuse et raffinée qui caractérisait l’enseignement rabbinique. Cette méthode d’interprétation, conservée dans la Mischna, Sanhedr., vi, s’appelait Schebal Middoth (sept règles) et contenait les principes d'herméneutique en usage pour déterminer le sens des textes sacrés. Cf. dans Herzog, Fucyclopadie, t. xv, p. 65, l’article de Pressel. Celte méthode d’enseignement a laissé, dans la composition des Epitres de saint Paul, des traces nombreuses et profondes. I Cor., ix; Gai., ni, 15; II Cor., in, 7; Rom., v, 12. A pareille école, le jeune scribe acquit une souplesse et une subtilité de raisonnement remarquable. En même temps, sa mémoire se développait à tel point, qu’elle pouvait dans la suite citer avec une égale facilité n’importe quel passage de l’Ancien Testament. Presque toutes les citalions de ses Epitres, on en compte près de 88, semblent faites sans l’aide d’un texte écrit. Ce qui se comprend lorsqu’on pense que dans les écoles juives, la Bible était le seul livre qu’on eût entre les mains.

On a conjecturé que son éducation rabbinique une fois finie, Paul retourna dans sa ville natale. Rien, en effet, dans les écrits de l’Apôtre, ne permet de supposer sa présence à Jérusalem en même temps que Jésus. La vision sur la route de Damas est présentée comme la première entrevue du maître et des disciples, I Cor., ix, 7; II Cor., v, 16, n’y contredit pas. Paul n’a donc pas connu le Jésus des Évangiles et n’a pas été mêlé aux scènes de la Passion. Car, avec la fougue de fanatisme qu’on lui connaît, il est difficile de croire qu’il fût demeuré simple spectateur des événements sans prendre ici, comme dans le meurtre d’Étienne, un des premiers rôles parmi les persécuteurs. Or, Paul ne s’est jamais reconnu d’autre tort que celui d’avoir persécuté les premiers disciples. I Cor.,xv,9; Act.,xxn,20.

III. PAUL PERSÉCUTE LES PREMIERS CHRÉTIENS. — On ne sait quelle cause ramena le jeune scribe dans la Ville sainte. Il dut s’y trouver vers le temps où le diacre

Étienne venait de commencer ses prédications dans lessynagogues hellénistes. En tout cas, il est, pour l’instant, parmi les plus avancés du parti pharisien, rigoriste et exalté, qui poussait jusqu’aux derniers excès le zèle pour la loi et les traditions du passé. Ce fut dans la synagogue des Ciliciens qu’il entendit, pour la première fois, l’exposition de la foi chrétienne, et qu’il défendit, avec acharnement, la cause du Temple et de la Loi. Act., vi, 9. Il prit une part active à la mort d’Étienne et se mit, dès ce moment, à organiser un système de violences contre ceux qui paraissaient adhérer aux doctrines nouvelles. 11 ne respirait, dit le texte, que mort et menaces, allait de synagogue en synagogue, forçant les gens timides à renier le nom de Jésus, faisant fouetter ou emprisonner tous les autres. Act., xxii,4 ; xxvi, 10, 11 ^ De Jérusalem sa rage se répandit sur les villes voisines. Quand il apprit, par des Juifs de Syrie, que les communautés dispersées se reformaient ailleurs, et qu’un groupe notable de fidèles s’était formé à Damas, il n’eut de repos qu’après avoir obtenu du grand prêtre — c’était peut-être déjà Théophile, fils de Ilanan — des lettres pour la synagogue de cette ville, afin qu’on lui livrât tous ceux qui appartenaient à la secte nouvelle Legrand conseil de Jérusalem n’avait, en réalité, -aucun pouvoir direct sur les Sanhédriens locaux, en dehors des limites de la Judée. Schürer, Gesch. des jud. Volk. im Zeit. J. C., 3e édit., t. il, p. 206, note. Mais il s'agissait, cette fois, d’une mission extraordinaire imposée par les circonstances, et on comptait sur le bon vouloir, sur l’esprit de prosélytisme des Juifs de Damas, pour obtenir cetle faveur. Il y avait du danger à laisser l’hérésie s’implanter dans une ville si importante. Les Juifs y étaient, nombreux. — Josèphe porte à 100001e nombre de ceux que Néron y fit massacrer, vers l’an 66. Bell, jud., II, xx, 2; VII, viii, 7. Ils avaient plusieurs synagogues et possédaient une influence considérable. C’est ce qui détermina le voyage du jeune fanatique. Une autre circonstance vint, sur les entrefaites, faciliter son projet.. Arétas ou Hareth, le roi nabatéen, s’était emparé de Damas avec l'aide des Juifs. Or, le meilleur moyen de payer leur concours était, on le savait, de leur donner pleine liberté dans leurs questions religieuses. Le moment d’agir était donc tout désigné. Saul se mit en marche vers la Syrie. Il emmenait avec lui plusieurs compagnons et, à ce qu’il semble, voyageait à pied. Act., ix, 4, 8; xxii, 7, 11; xxvi, 14, 16. L’hypothèse d’une chute de cheval, au lieu de la vision, n’est permise qu’à la peinture; elle n’est confirmée, en ce qui regarde l’histoire, par aucune particularité du récit : l'ensemble de la narration lui est même nettement hostile.

On ne saurait suivre, faute de détails précis, l’itinéraire de la petite caravane. Il y avait deux roules principales pour aller de Jérusalem à Damas : l’une venue d’Égypie, contournait quelque temps les frontières de la Samarie et de la Galilée, passait le Jourdain au pontdes- « Filles de Jacob », au nord du lac de Tibériade, et traversait toute la région déserte qui s’élève aux pieds des montagnes de l’Antiliban. L’autre route, celle que construisirent les Romains, peut-être vers cette époque, allait droit sur Néapolis, l’ancienne Sichem, gagnait Scythopolis, puis Gadara, à l’est du Jourdain, et se dirigeait vers Damas, après avoir parcouru les âpres et., brûlantes régions de la Gaulonitide et de l’Iturée. La distance à franchir, dans les deux cas, était à peu près la même, environ 200 kilomètres, et demandait une bonne semaine de marche. Paul dut régler les étapes de son voyage de manière à suivre les traces de ses victimes et à les persécuter jusque dans les villes étrangères où elles s’étaient réfugiées. Act., xxvi, 11. Mais c’est quand il se croit sur le point de réussir, que sa produit le fait miraculeux auquel il rapporte sa conversion et son apostolat.

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IV. caractère DE PAUL. — Pour comprendre la conversion de Saul, il faut s’être rendu compte, auparavant, de ce qu’était cette nature d’élite arrivée, en ce moment, avec l’âge viril, à la plénitude de son développement intellectuel et moral. A. Sabatier place l'originalité saillante du génie de Paul, dans l’union féconde de deux activités spirituelles, de deux ordres de facultés, qu’on a rarement trouvées réunies, à ce degré, dans une même personnalité : la puissance dialectique et l’inspiration religieuse, ou pour parler la langue de Paul lui-même, l’activité du voûç et celle du 7rv£0p.a. A. Sabatier, L’Apôtre Paul, p. 75. Rien ne donne mieux l'idée de la puissance dialectique de l’Apôtre que l’analyse approfondie de ses grandes Épitres : l’Épitre aux Romains et les deux Épitres aux Corinthiens. La marche des idées, la méthode d’argumentation, la facilité à tirer du fait particulier le principe général qui domine toute la question, y révèlent une force de logique qui classe leur auteur dans la famille des plus grands dialecticiens de l’humanité. Mais à côté de cette activité réfléchie de la raison, se placera plus tard une connaissance supérieure, surnaturelle, inspirée, celle des choses ineffables qu’il n’est point donné à l’homme d’exprimer. II Cor., xii, 4. C’est à elle que se rattachent les extases, les visions, les charismes de toutes sortes. La passion de l’absolu ne se manifestait pas seulement dans l’intelligence de Paul, elle imprégnait sa conscience morale et son caractère. De là cet ardent amour de la justice, de la sainteté, cette lutte sans trêve ni merci contre les convoitises de la nature, ce zèle pour la loi mosaïque. D'une volonté de fer, il était d’une infatigable persévérance dans les entreprises, ne se laissant arrêter par aucun obstacle. Avec cela, une sensibilité exquise, toujours prête à se répandre au dehors en une riche variété des sentiments les plus tendres, les plus délicats, une sympathie désintéressée et une puissance de dévouement qu’on ne trouve que rarement chez les hommes d’action et qui ne sont d’ordinaire que le privilège des plus nobles natures de femme. I Thess., ii, 7, 11. L’extérieur de Paul ne paraît pas avoir répondu à la grandeur de son âme. Il en convient lui-même dans ses Épitres avec une franchise qui peine et charme tout à la fois. 1 Cor., n, 3, II Cor., x, 1-10. Sa personne n’imposait pas, ii était chétif d’apparence, timide, embarrassé. Ses ennemis en prirent plus d’une fois occasion pour diminuer son prestige. Les Actes de Paul et de Thècle, au ive siècle, la Chronique de Malalas au VIe, renforcent encore à plaisir les traits sombres de ce portrait. Ils appellent l’Apôtre : « cet homme de petite taille, chauve, aux jambes courtes, corpulent, ayant les sourcils joints ensemble et le nez saillant. » Ces détails sont exagérés. Le seul qui paraisse exact est celui qu’insinuent les Actes, xiv, 12. En Lycaonie, la foule prend Barnabé pour Jupiter, et Paul pour Mercure, sans doute parce que le premier avait une stature plus imposante que le second. On ne sait s’il faut déjà rapporter à l’époque de sa jeunesse, l’épine, littéralement « l’écharde dans la chair » (ly/.ôlo'b r/j crapxc) dont parle l’Apôtre. II Cor., xii, 1-9. Il semble qu'il est préférable de ne la faire commencer qu’avec les visions et les extases auxquelles elle devait servir comme de contrepoids. Il est difficile, en tout cas, d’en préciser la nature. Toutes les hypothèses proposées jusqu’ici n’ont pu résoudre cette énigme. L’idée qu’en donne Paul semble être celle d’un mal qui se manifestait sous forme de crises subites, propres à humilier profondément celui qui en était atteint. Ce n’était donc ni des tentations spirituelles, orgueil, blasphème, ni des tentations charnelles comme le supposent couramment les auteurs ascétiques, en se basant sur la Yulgate, stimulus carnis, malgré la déclaration formelle de I Cor., vu, ni, à plus forte raison, des ennemis acharnés à sa perte. Il Cor., xi, 15. Les modernes conviennent géné-

ralement qu’il s’agit d’une maladie spéciale, sans qu’ils puissent s’accorder sur son nom. Quelques-uns (Rückert, Nyegaard, Farrar, St. Paul, t. i, Excursus x) ont pensé à un reste de cécité, à là suite de l’apparition lumineuse sur la route de Damas, ou à une inflammation périodique des yeux, qui l’empêchait d’écrire lui-même ses lettres et de voyager seul, sans compagnon, ce que contredisent les Actes, xx, 13, et l’épître à Philémon, 18, 19. D’autres (Ewald, Ilolsten, Lightfoot, Schmiedel, Ivrenkel) l’expliquent par quelqu’une des nombreuses formes de l’hystérie entendue au sens technique du mot, attaques, syncopes, crises d’épilepsie. Ce mal qui réduit tout à coup l’homme à un état d'inconscience, accompagné des symptômes les plus pénibles, répond assez bien à ces soufflets d’une main invisible qui atteignent et abattent subitement un homme au moment où il s’y attend le moins. Krenkel qui a le plus longuement traité ce sujet, dans ses Beitrage, p. 47-125, apporte, à l’appui de cette opinion, les exemples de Jules César, de Mahomet, de Milton, de Pierre le Grand, de Napoléon Ier. Enfin Ramsay a récemment parlé d’une fièvre causée par la malaria qui aurait arrêté, plus d’une fois, l’Apôtre dans ses voyages. Les anciens exégètes, Tertullien, Jérôme, Chrysostome, avaient cru qu'il s’agissait de congestions ou de névralgies.

Paul, à l’époque de sa conversion, était-il ou avait-il été marié? L’usage juif porterait à le croire. On se mariait de bonne heure chez les enfants d’Israël. Clément d’Alexandrie, Erasme, Renan ont pensé que l'expression o-jîjuys YV-qarte, Phil. , IX, 3, s’appliquait à l’épouse de Paul, oubliant que l’adjectif yvr)ijiE est au masculin et SûÇuye, très probablement un nom propre. Luther, Grotius, Ewald, Hausrath, Farrar ont prétendu, en se basant sur le mot ofyagoi opposé à yvjpai, « veuves, » I Cor., vu, 7. 8, que Paul devait être veuf, mais l’épithète ayap.oç indique, d’une manière générale, tous ceux qui ne sont pas mariés, qu’ils soient veufs ou célibataires. Il parait donc certain, surtout si l’on tient compte du passage de l’Épitre aux Corinthiens déjà mentionné, I Cor., viii, 7-8, que l'Apôtre ne s’est jamais engagé dans les liens du mariage, par une disposition providentielle qu’il considère comme un don, une faveur spéciaLe.

IL La conversion. — L’événement qui brisa en deux parties la vie de Paul, sur le chemin de Damas, faisant du plus farouche persécuteur de Jésus-Christ le plus ardent de ses Apôtres, est un des faits les plus considérables des origines du christianisme. Ce n’est pas en exagérer l’importance que d’affirmer que les motifs de crédibilité de la foi chrétienne reposent, en grandepartie, sur la réalité positive de ce point d’histoire et sur le caractère qn’on lui attribue.

1. historicité. — Le livre des Actes a conservé trois récits distincts de la conversion de Paul. Le premier, ix, 1-22, rapporte les détails que saint Luc a pu se procurer sur cet épisode, tant de la bouche de l’Apôtre que de celle de ses compagnons de route. Les deux autres, xvn, 1-21; xxvi, 9-20, sont empruntés à des discours où Paul lui-même eut à raconter la genèse de sa vocation à l’apostolat. Ces trois relations présentent entre elles des différences qui ont fait mettre en doute, par quelques rationalistes, la réalité même du fait qu’elles racontent. On verra, par le rapprochement des circonstances ou phénomènes, ce qu’il faut penser de ces divergences purement accidentelles. Inutile de se demander si elles proviennent de sources différentes (Schleiermacher) ou de versions dogmatiques diverses (Baur) ou d’une fantaisie littéraire (Zeller). Il est évident, pour tout esprit libre, qu’elles ne sont point voulues et qu’elles ont complètement échappé à l’attention de l’écrivain. Elles sont de même nature que ces variantes, que l’on constate, d’ordinaire, entre les répétitions les plus fidèles d’un même récit. Elles ne peuvent

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donc, en aucune façon, porter atteinte à la vérité essentielle de la narration : elles portent, tout au plus, sur les impressions subjectives que les compagnons de Paul ont reçues de ces circonstances, impressions qui n’ont pas dû être identiques chez tous ni chez tous exactement constatées. On en jugera par leur exposé.

1° Le lieu. — La scène se passe dans la grande plaine de Damas : c’est tout ce qu’on peut recueillir des indications du texte. Act., ix, 3-8; xxii, 6, 11. Des quatre endroits fixés par la tradition, deux seulement offrent de vraies probabilités, le village de Kaukab, à dix kilomètres au sud-ouest de la ville, ou celui de Dareya, qui est dans la même direction et qui se trouve encore plus rapproché du terme du voyage — une heure et demie de marche environ. MrJr Le Camus, L’œuvre des Apôtres, t. i, p. 178, note. Ce dernier endroit a pour lui I’ëyyiÇelv, ix, 3, du texte. 11 le serre de plus près et montre Paul déjà engagé dans cette zone charmante qui entoure Damas de fraîcheur et de bien-être.

2° L’heure. — Il était midi. Act., xxii, 6; xxvi, 13. Une lumière venue du ciel, distincte par conséquent, de celle du soleil, enveloppe subitement Paul (irepiriaTpa^ev, décrit un cercle) et ses compagnons. Act., xxvi, 13. Cette dernière addition ne modifie en rien la substance du premier récit; elle la précise par un nouveau trait. L’éclat de celte lumière, son degré d’intensité, ressort des deux épithètes, h/.avo'v, Act., xxii, 6, et Û7rèp ty|V >aij.upc)Tï)Ta toû 7)),iou ; elle éclipse le soleil d’Orient, à l'heure du jour où il est le plus étincelant. Act., xxvi, 13. Cette circonstance écarte l’hypothèse de l’orage et du coup de foudre que Renan faisait sortir des lianes de rilerrnon pour renverser Paul sur le chemin et produire en lui une forte commotion cérébrale. Il n'y a donc pas à parler d’éclair ni de phénomène naturel du même genre. Le rayon qui surpasse en blancheur la clarté du soleil, n’est autre, la suite du récit le confirme, Act., ix, 17, 27; xxvi, 16, que la gloire céleste dont s’environne le corps glorieux du Christ ressuscité. Cf. S. Thomas, IIIa, q. lvii, a. 6, ad l1"11.

3° La chute. — Paul tombe à terre. Act., ix,4. D’après le troisième récit, Act., xxvi, 14, ses compagnons, eux aussi, furent renversés sur le sol, alors que, suivant Act., ix, 7, ils semblent être restés debout. Mais Et<jTrjx£to-av ne signifie pas, comme on l’a prétendu, une attitude corporelle; lié à èvvcot, il exprime simplement l'état de stupeur qui s’empara des témoins du prodige et qui les priva tout à coup de la parole.

4 0 La voix. — Une voix, celle de Jésus, se fit entendre à Paul. Act., ix, 4 ; xxii, 7; xxvi, 14, le f. 7 du cliap. ix : « Les gens de sa suite entendirent la voix, mais ne virent personne, » parait contredire xxii, 9 : « Us virent la lumière mais n’entendirent pas la voix qui me parlait. » L’opposilion n’est qu’apparente. Il n’y a, en réalité, au fond de ces deux phrases, qu’une seule et même idée : c’est que l’apparition n’a été clairement perçue que par Paul : ses compagnons ont vu et entendu quelque chose, mais sans pouvoir se rendre compte ni de celui qui parlait, ni des paroles qu’il prononçait : tout se borne pour eux à voir une lumière extraordinairement brillante et à entendre le son d’une voix dont ils ne parviennent pas à discerner le langage. Voir un cas assez analogue, Joa., xn, 19.

5° L’appel direct de Jésus. — Dans le discours devant Agrippa, c’est Jésus en personne, qui appelle Saul à l’apostolat, tandis que, dans sa harangue au peuple, sur les degrés du temple, xxii, 14, c’est par l’intermédiaire d’Ananie, trois jours après la première vision. Cette légère variante vient de ce que Paul, pressé de fournir des preuves authentiques de son apostolat, aura rapporté en bloc, à la phase principale de sa conversion, tout ce qui s’y rattache de quelque manière, sans tenir compte des différences et des intervalles de temps. Au reste, peu importait, dans la circonstance

présente, le moment précis où lui avait été intimé l’ordre de porter l’Évangile aux nations. L’essentiel était que ce pouvoir lui vint de Jésus. Les autres paroles du dialogue (il se fit en hébreu, langue habituelle de Paul, xxvi, 14) sont les mêmes dans les trois récits, si l’on excepte pourtant la réflexion finale du Sauveur, Act., ix, 5; xxvi, 14, qui manque dans la deuxième narration, Act., xxii, 8-9, et, même parait-il, dans la première. Act., ix, 5, 6. L’image dont se sert Jésus, pour représenter au jeune fanatique l’inutilité de ses efforts, est très expressive. « C’est peine perdue, dit-il, de regimber contre l’aiguillon. » La victoire, en effet, devait rester du côté de la grâce. Qui peut résister à Dieu? En un instant, Saul comprit qu’il avait jusque-là fait fausse route et qu’il devait réparer ses torts. Il demande ce qu’il doit faire. Il le saura plus tard. Pour l’instant, Jésus lui commande d’entrer à Damas.

6° L’entrée à Damas. — Paul se relève de terre; mais comme il était devenu aveugle, Act., xxii, 11, par l’éclat de la lumière céleste dont il venait d’être environné, ses compagnons le prennent par la main et le déposent chez un certain Juda, sans doute un Juif de sa connaissance, qui demeurait dans la rue Droite, une des principales artères de la ville, qu’elle traversait de l’est à l’ouest, sur une largeur de plus d’un mille. Pendant trois jours, Paul, agité par le souvenir de cette vision, ne prit aucune nourriture. On se figure aisément les luttes intérieures, troubles, remords, incertitudes, auxquels son âme fut en proie pendant cette période d’attente.

7° Double vision. — La situation de Paul s’aggravait encore des conséquences de son passé. Les chrétiens, instruits de tout ce qu’il avait fait subir à leurs frères de Judée et de ce qu’il avait annoncé contre eux à Damas même, se tenaient éloignés de lui. Act., ix, 13. D’autre part, les Juifs de Syrie s’étonnaient de l’inaction du jeune fanatique et du changement de dispositions qu’on remarquait en lui. Tout cela constituait un état des plus embarrassants. Le Ciel pouvait seul résoudre cette difficulté. Il en prépara la solution définitive par deux visions qui paraissent avoir été simultanées; l’une à un certain Ananie, Act., xxii, 12, qui pouvait être le chef de la communauté chrétienne, l’autre, à Saul lui-même. Il fallait que Saul connût le nom et le visage de celui qui devait achever sa conversion. D’autre part, il ne fallait rien moins qu’un ordre d’en haut pour déterminer Ananie à une démarche aussi inattendue et aussi périlleuse, auprès d’un délégué du Sanhédrin, venu tout exprès de Jérusalem pour continuer son œuvre de fanatisme parmi les saints.

8° Ministère d’Ananie auprès de Paul. — La mission du pieux disciple comprenait trois choses : 1° guérir Paul de sa cécité; 2» lui conférer l’initiation chrétienne par le baptême de l’eau et de l'esprit; 3» lui faire connaître l’avenir auquel Dieu le destinait, la mission qu’il lui confiait. Ananie vint donc vers le malade, lui parla doucement, l’appela son frère et lui imposa les mains. Aussitôt Paul se sentit guéri. De petites croûtes ou écailles, cf. Tobie, n, 9; VI, 10; xi, 13, tombèrent de ses yeux; il mangea et reprit des forces. Les textes ne disent pas si Paul reçut alors l’Esprit-Saint d’une manière visible, mais on peut le déduire de quatre passages des Actes : il, 4; vin, 18; x, 45; xix, 6. Il faut noter, dans le ministère d’Ananie, l’absence de ce qui aurait pu s’appeler préparation spirituelle ou enseignement doctrinal. Rien de tout cela n’est insinué dans les Actes. Le contraire y est plutôt suggéré. Dieu qui a choisi son instrument t a y. eûoç; Vulgate : vas, Act., ix, 15), se réserve de lui faire connaître ce qu il aura à souffrir et, à plus forte raison, ce qu’il aura à prêcher. Paul pourra ainsi soutenir plus tard, Gai., i, 16, qu'il a reçu sa révélation particulière, qu'il n’a rien appris de personne, qu'il est

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apôtre au même titre que les Douze, par institution divine et par commission directe de Jésus. II soutiendra que c’est à dessein qu’il n’est pas allé à Jérusalem après sa conversion, afin de montrer qu’il n'a pas reçu sa doctrine des Apôtres, mais qu’il la tient directement de Jésus ressuscité. Ainsi se termine l’histoire de l’événement qui fut, dans la vie de Paul, la phase la plus décisive de son existence. On aura déjà conclu, par le simple exposé des circonstances, tel qu’il résulte de l’examen composé du triple récit des Actes, que le témoignage de saint Luc est très ferme, très consistant et que les divergences signalées ne sont que les différences que l'on constate toujours entre les répétitions les plus fidèles du même récit. Il n’y a donc pas à se demander quelle est, parmi ces trois relations, la plus exacte et la plus vraie. Rédigées par la même main, sorties de la même source orale, elles se complètent et s’éclaircissent mutuellement. Aussi la meilleure méthode pour reconstituer la scène de Damas, dans toute sa réalité, est-elle de fondre, dans un seul tableau, les images et les couleurs propres à chacune de ces descriptions.

il. NATurtE du phénomène. — L’exégèse rationaliste, ennemie du surnaturel, a mis tout en œuvre pour expliquer, sans aucune intervention miraculeuse, la conversion subite du jeune Saul. Ne pouvant nier ces faits que le témoignage de l’Apôtre lui-même a placés au-dessus de tout soupçon, elle a du moins cherché à les ramener à des causes] purement naturelles. Deux savants ont particulièrement étudié ce problème : Holsten et Plleiderer. Holsten, le plus fidèle ]et le plus hardi des disciples de Baur, a prétendu, Zum Evangelium des Petrus, und Paulus... Chris tusvision des Paulus, 1868; Das Evangelium des Paulus dargeslellt, 1880, que la crise du chemin de Damas était un simple problème de psychologie, et il a essayé de le résoudre par l’hypothèse de la vision. 11 établit, en principe, que Paul, nature; nerveuse, facilement excitable, sujette à des attaques d’épilepsie, II Cor., xii, 1-9, avait, par sa com- ■plexion hystérique, des dispositions naturelles à l’extase. L’apparition du Christ, en cette circonstance, n’aura été que la première en date de ses visions extatiques et celle qui aura donné naissance à toutes les autres. La meilleure critique de cette première hypothèse a été donnée par Beyschlag; elle est insérée dans les Studien und Kritiken de 1864, 1870. Le second essai d’explication psychologique, celui de Plleiderer, dans Urcliristenthum et dans Paülinismus, 2e édit., p. 4-15, s’appuie sur un travail de réllexion qui se serait lentement élaboré dans la conscience de Paul, depuis le meurtre de saint Étienne, et qui avait abouti à la crise finale de la conversion. Le souvenir de la mort du saint diacre, de son calme, de sa douceur, de sa face rayonnante, jeta dans le cœur de Saul les premiers doutes et les premiers remords. Dans ses discussions avec les premiers disciples qu’il avait arrêtés et qu’il avait mission d’interroger, il fut frappé de l’explication qu’ils donnaient de la mort de Jésus, surtout de l’oracle d’Isaïe, lui, sur les souffrances du serviteur de Jéhovah. Il n’était pas moins touché du témoignage plein de force qu’ils rendaient de la résurrection de leur Maître. Convaincu, comme il l'était déjà alors, de l’insuflisance de sa justice propre, de la stérilité de la Loi, il ne put s’empêcher de se demander si, dans la mort de ce crucifié, ne se trouverait point ce qu’il avait vainement cherché dans la pratique du pharisaïsme. Au moment où il approchait de Damas et où il se voyait sur le point d’accomplir sa mission de haine, ces impressions favorables se réveillèrent chez lui avec une puissance extraordinaire, et déterminèrent dans son âme une lutte terrible dans laquelle le cri de sa conscience revêtit la forme sensible d’un reproche du Messie. L’àme de Saul fut saisie par la puissance divine d’une vérité que jamais elle

n’eût pu produire d’elle-même, mais qui, sous l'empire des circonstances intérieures et extérieures, se dévoile à lui comme le mot de l’énigme, comme l’apaisement du conflit extrême, comme la puissance de Dieu pour le salut. Renan, en 1869, Les Apôtres, p. 178 sq., avait déjà combiné ces deux points de vue, mais en faisant une plus large part au fait extérieur.

Si ingénieuses que soient ces suppositions, elles ne résolvent pas le problème posé. La difficulté reste entière. On ne sort pas de ce dilemme : ou accumuler, comme Plleiderer, les impressions antérieures favorables, ou les diminuer. Or, dans le premier cas, le caractère brusque et violent de la crise devient inexplicable; dans le second, la transformation elle-même devient une énigme. Baur lui-même, Das Christentlium, p. 45, avait pénétré ces impossibilités quand il résumait ainsi sa manière de voir sur ce sujet : « On ne parvient, par aucune analyse, ni psychologique, ni dialectique, à sonder le mystère de l’acte par lequel Dieu révéla son fils en Paul. » Il ne reste à l’historien qu’une seule voie : c’est d’entendre la déposition du principal témoin, de Paul lui-même. Dans ses Épitres les plus incontestées, l’Apôtre revient sans cesse sur ce grave événement. On a de lui trois déclarations importantes qu’il importe d’analyser. 1° La première est un passage de l’Épitre aux Galates, i, 12-17 ; Paul y décrit sa conversion au point de vue intime (à7tox.aXôJ/ai tôv oî'ov aÙToO èv Ip.ol), en tant qu’elle servait à prouver l’origine divine et l’indépendance absolue de son évangile. Il ne rapporte pas, il est vrai, les moyens extérieurs dont Dieu s’est servi pour produire en lui cette œuvre de grâce, mais l’idée n’en est pas moins au fond de ces versets, car, tout on ramenant sa conversion à la grâce de Dieu, comme à sa cause première, Paul a soin d’affirmer, d’une façon très catégorique, qu’il la doit, comme cause prochaine et affective, à l’intervention personnelle de Jésus. Le verset 12, avec son antithèse, 7rocpà àvSpéuou et son génitif, subjectif, comme disent les grammairiens, 81’ àiroxaXvijieoùç ’Iv)<7&0 XpiaroO, indique, sans doute possible, que Jésus-Christ est, à la fois, l'auteur et l'objet de la révélation. Il faut ajouter, et c’est là un point essentiel, que rien, dans le contexte, ne se prête à l’idée d’un travail antérieur dans l’àme du jeune Pharisien ou d’un acheminement progressif vers l’Evangile. Toujours Paul représente sa conversion comme un coup de foudre qui l’a surpris en pleine période de fanatisme, l’a fait passer, en un instant, d’un extrême à l’autre. L’hypothèse naturaliste perd, de ce fait, un de ses meilleurs arguments. Que deviennnenl, en effet, ces remords cuisants dont on tire les vraies causes de la conversion? Où trouver le temps nécessaire pour préparer d’une manière normale le dénouement de la crise ?

2° La seconde déclaration est encore plus explicite et présente ce qu’on peut appeler le côté extérieur et objectif du phénomène. Paul en appelle à la vision du chemin de Damas pour établir la réalité de son titre d’apôtre. I Cor., ix, 1 : «Ne suis-je pas apôtre , s’écriet-il, n’ai-je pas vu le Seigneur Jésus? » Pour lui, ces deux faits s’enchaînent entre eux comme l’etfet à la cause. Lui refuser l’un, c’est nier l’autre. Et qu’on remarque ici la différence profonde qui, dans la conscience même de Paul, sépare cette apparition des visions extatiques dont il fut favorisé, quelques années plus tard, II Cor., xii, 1-5; celles-ci appartenant à la sphère de sa vie privée, il n’en parle qu’une seule fois, et encore avec une répugnance extrême, s’enveloppant, à dessein, d’expressions mystérieuses, comme lorsqu’il s’agit d’un secret qu’on a peine à dévoiler et sur lequel on se hâte de laisser retomber l’ombre de l’oubli. Or l’Apôtre n’éprouve rien de semblable, quand il est question de sa conversion. Il n’en fait pas mystère; c’est même un des thèmes habituels de ses Épitres. Il reven-

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dique hautement l’honneur d’avoir été, lui aussi, témoin de la Résurrection et, par là, d’être devenu l’égal des Douze. Enlin, tandis qu’il regarde ses extases comme des eilêts de l’Esprit, il n’attribue jamais sa conversion qu’à une intervention personnelle et corporelle de Jésus ressuscité.

3° Le troisième passage, I Cor., xv, 8, où Paul parle de sa conversion, est tout à fait décisif. L’Apôtre, énumérant les diverses apparitions du Christ ressuscité, met la sienne sur la même ligne que celles de Pierre et des autres disciples. « En dernier lieu, dit-il, et après tous les autres, le Christ m’est apparu, à moi aussi, comme à un avorton. » Celui qui accepte la réalité des premières ne peut mettre en doute l’objectivité positive de celle qui les clôture.

Ainsi, de tous côtés, se trouve fermement assise la conviction que l'incident de Damas ne peut s’expliquer, aux yeux mêmes de l’histoire, que par l’intervention personnelle du Sauveur ressuscité.

in. conséquences. — On retrouve, dans la conversion de Paul, toutes les lois fondammentales de sa vie spirituelle, de son activité extérieure, de sa pensée.

1° Une nouvelle vie s’est substituée à l’ancienne dans l’âme de l’Apôtre. Elle se résume tout entière dans cette belle formule : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Gai., n, 20; Phil., i, 21; Col., i, 4, Le moi ancien a disparu pour céder la place au moi nouveau, dont le principe vital est le Christ luirnême. Et ce Christ, qui est devenu l’âme de sa nouvelle conscience et de sa nouvelle vie, ce n’est pas, Il Cor., v, 15, 17, le Messie juif avec ses espérances charnelles, c’est le Messie chrétien, c'est le Christ mort et ressuscité. Désormais, toute la vie de Paul dépendra de la mort et de la résurrection de .Jésus. Voilà le centre organique de sa nouvelle existence, la source ou elle puisera incessamment cette sève si riche qui la rendra si puissante et si féconde. Ainsi s’est établie entre le Maître et son disciple cette communion mystique indéfinissable qui apparaît comme l'idéal de la vie chrétienne et le suprême honneur de notre nature.

2° Au point de vue de son ministère extérieur, c’est de l’apparition de Jésus ressuscité que Paul tient sa prérogative d’apôtre. Gai., I, 12, 17; I Cor., ix, 1; xv, 8. De là date aussi son mandat d’évangéliser les Gentils, bien qu’il ne paraisse pas l'avoir exercé aussitôt après sa conversion. Act., ix, 15, 20. Mais, lorsque l’heure sera propice, il accomplira sa mission et son activité se développera, de préférence, en dehors du judaïsme. Nul, d’ailleurs, n’était mieux préparé, dans la primitive Eglise, pour une pareille entreprise. Paul se trouvait être, en effet, comme le point de jonction entre les trois mondes où la foi devait pénétrer; celui de la légalité juive, celui de la culture hellénique, celui de la cité romaine. Transporté violemment, par la grâce divine, d’un extrême à l’autre, il était mieux placé pour saisir l’antithèse irréductible qui séparait le judaïsme du christianisme, l’Évangile de la Loi, la foi des œuvres, la sainteté légale de la sainteté véritable. Rien d’étonnant, non plus, que stimulé par le désir de réparer le mal qu’il avait fait à l’Église naissante, il ait déployé autant de zèle pour la cause de Jésus qu'il en avait mis à l’entraver. II Cor., xi, 23-29.

3° C’est surtout dans sa théologie que Paul a déposé l’empreinte profonde faite sur son âme ardente par la vision de Damas. L’idée qui paraît avoir primé toutes les autres, dans ses réflexions intimes, à partir de cet événement, c’est la gratuité de la justification. En faisant un retour sur lui-même et en consultant le fond de sa conscience, le jeune néophyte acquit bien ite la persuasion qu’il ne devait point sa nouvelle croyance et les biens dont elle était la source, à ses propres ellorts, mais à un acte de pure miséricorde de la part de Dieu. Il apprit ainsi à faire hommage de I

sa conversion à la grâce divine, qui l’avait amené à la lumière au moment même où il faisait tout pour s’en éloigner.

Une autre conclusion, suite naturelle de cette première expérience, se présenta presque aussitôt à son esprit : il reconnut l’inutilité des cérémonies extérieures de la Loi et leur insuffisance notoire pour arriver à la véritable justice. A quoi lui avait servi son zèle pliarisaïque? N’allait-il donc pas aux abîmes en suivant cette fausse route? C’est donc par une autre voie qu’il fallait aller à la justification, c’est-à-dire par celle de la foi en Jésus. N’était-ce pas proclamer la déchéance de la Loi et faciliter aux Gentils l’entrée dans le royaume? L’Épitre aux Romains est ainsi déjà arrêtée, quant à ses grandes lignes, dans l’esprit de Paul.

III. L’apostolat de saint Paul. — On peut diviser en quatre étapes principales la carrière parcourue par l’Apôtre, depuis le jour de sa conversion jusqu’à celui de sa mort : 1° les débuts; 2° les missions; 3° la captivité; 4« les dernières années d’activité apostolique.

/. LES débuts. — Les sept années qui suivirent la conversion de Paul peuvent être considérées comme un temps d’apprentissage et d’épreuve. Les Douze avaient eu une période de formation. L’Apôtre des Gentils devait avoir la sienne. Au reste, les circonstances ne se prêtaient pas, pour l’instant, à la grande œuvre de l’évangélisation des Gentils. L’Église devait, avant tout, affermir ses premières conquêtes en Palestine. L’heure n’est pas encore venue, pour l’Évangile, de se répandre dans le monde païen. Cette période de préparation est une des plus obscures de la vie de Paul par la difficulté où l’on est d’accorder les données des Actes, ix, 19; xxvi, 20, avec celles de l’Épître aux Galates. Saint Luc, qui ne fait pas à proprement parler une biographie de Paul, ne donne pas tous les renseignements qu’on pourrait souhaiter. Les distancesde temps, en particulier, s’effacent dans son récit. La préférence de l’historien va naturellement pour la chronologie et la succession des faits, tels qu’ils sont dans l’Épitre aux Galates. Or, en s’appuyant sur elle, il faut conclure que Paul ne reste que quelques jours à Damas après sa conversion.

A ) Séjour en Arabie. — Le nouveau converti se rendit presque aussitôt en Arabie. Les données du texte ne déterminent ni l’endroit, ni la durée exacte, ni le motif de cette excursion en paj s étranger. L’Arabie, dans l’Écriture, comme dans les lectures anciennes, n’a pas de frontières nettement décrites, elle désigne tantôt le vaste territoire situé à l’est et au sud de la Palestine, tantôt la province centrale du Hauran, au sud-est de Damas, avec les oasis adjacentes, l’Arabia prima de l’époque romaine et l’Arabaya des inscriptions achéménides. Dans la terminologie de Paul, ce mot parait s’appliquer, de préférence, à tout le royaume Nabatéen dont Pétra était la capitale. Gai., i, 17 ; iv, 25. Comme au temps d’Arétas, la Nabatée comprenait dans son territoire la péninsule sinaïtique, on a pu fixer, sans trop d’invraisemblance, la retraite de Paul sur la montagne où avait été promulguée l’ancienne Loi. Pourtant, il semble bien plus probable que le nouveau converti se soit dirigé non vers le sud de la Palestine, mais vers ces terres si tristement désertes qui, au-dessous de Palmyre et au delà du Hauran, s’étendaient vers l'Euphrate, sans oasis, sans abri, sans souvenirs, sans vie, laissant à l’âme l'impression de l abandonnement complet, afin de mieux l’ouvrir aux influences de la grâce. Voir Mgr Le Camus, L’œuvre des Apôtres, t. n, p, 202. Le retour à Damas, sans passer par Jérusalem, ne se conçoit bien que dans cette dernière hypothèse. Comment Paul aurait-il pu remonter vers le nord sans aller voir Pierre? Quant à ce que fit Paul en Arabie, il est impossible de le préciser. On a parlé de prédications

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