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' Voyages de Saint Paul
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PAUL (SAINT
mais nulle part, dans ses Épitres, il ne fait allusion à l’évangélisation de ces contrées désertes et l'on ne voit aucune trace d’église dans le Hauran avant l’émigration des chrétiens de Palestine, en l’an 70. Tout porte à croire, au contraire, que Jésus conduisit l’Apôtre dans ces solitudes pour l’instruire de ses doctrines et le préparer à sa future mission.
B) Retour à Damas. — Revenu à Damas, Paul s’attachait à prouver aux Juifs que Jésus était le Messie. Ceux-ci, exaspérés par le succès de leur contradicteur, voulaient le tuer. Ils s'entendirent avec l'ethnarque qui gouvernait la ville au nom d’Arétas, pour se saisir de sa personne. On plaça des gardes aux portes de la cité. Mais les frères le firent échapper la nuit, en le descendant dans un panier qu’on fit glisser le long des remparts. Act., ix, 24, 25; II Cor., xi, 32.
C) Premier voyage à Jérusalem. — Sorti de ce péril, Paul se rendit à Jérusalem. Il désirait voir Pierre. Gai., I, 18. Il reconnaissait donc son autorité et voulait s’entendre avec lui. Les premières entrevues avec les frères de Jérusalem furent, on le conçoit, extrêmement pénibles et pleines d’embarras. Tout d’abord, les disciples le tenaient à l’écart, nul n'osait approcher de lui; on craignait peut-être, de sa part, un horrible stratagème pour perdre ceux qu’il n’avait pu atteindre. Barnabé rassura leurs craintes, prit Paul par la main, le présenta aux frères et se fit son garant. A partir de ce moment, Paul fut admis dans l’intimité des disciples, on le regarda désormais comme un frère. Il vit peu de monde, apôtres et diacres étaient alors absents de Jérusalem, occupés sans doute à évangéliser les contrées voisines. Gai., i, 18, 19. Du reste, Paul ne demeura que deux semaines dans la Ville sainte. Les Actes attribuent ce départ précipité, ici comme à Damas, à de nouvelles embûches de la part des Juifs helléniques. Les frères, pour prévenir ce malheur, reconduisirent l’Apôtre jusqu’à Césarée au bord de la mer, d’où il s’embarqua pour Tarse, sa ville natale. Ailleurs, Act., xxii, 17, 21, Paul raconte qu’un jour, présent dans le Temple, il eut une extase, qu’il vit Jésus en personne et reçut de lui l’ordre de quitter au plus vite Jérusalem, parce qu’on n’était pas disposé à recevoir son témoignage. Le Sauveur lui promettait, en échange, un apostolat beaucoup plus fécond auprès des nations lointaines, mieux disposées à écouter sa voix.
D ) Retour à Tarse. — Le nouvel apôtre se mit à parcourir la Syrie, puis la Cilicie. Tarse devint alors pour un temps, deux années au plus, le centre de ses premières missions, d’où sortiront bientôt des églises llorissantes, Act., xv, 23, 41.
E) Séjour à Antioche. — C’est là que Barnabé vint, une seconde fois, tendre la main à Paul et l’amena à Antioche où venait de se former une communauté florissante. Durant une année entière, Barnabé et Paul furent unis dans la plus active collaboration. Ce fut une des années les plus brillantes et sans doute la plus heureuse de la vie de Paul. La féconde originalité de ces deux grands hommes éleva l’Église d’Antioche à une hauteur qu’aucune Église n’avait atteinte jusquelà. Les fruits de leur apostolat furent si abondants qu’ils attirèrent l’attention publique. Les regards se portèrent du côté de la communauté naissante. On comprit bientôt, à certains signes extérieurs, qu’on avait affaire à une nouvelle secte religieuse, distincte du judaïsme, dont elle était sortie et comme on entendait souvent les nouveaux convertis répéter le nom de XpuTféç, on crut que c’était là le nom de leur chef et on les appela /pisTiavoL Act., xi, 26.
F) Second voyage à Jérusalem. — C’est vers cette époque qu’il faut placer le voyage de Barnabé et de Paul à Jérusalem. Voici à quelle occasion. Une famine étant sur le point de sévir, les disciples de Syrie avaient immédiatement recueilli des aumônes en faveur de leurs
frères de Judée. Act., xi, 28-30. On avait choisi les deux apôtres pour en porter le montant aux églises de Judée. Leur séjour à Jérusalem ne parait pas avoir été de longue durée. Les deux envoyés n'y rencontrèrent point les Apôtres, ils ne trouvèrent que les anciens, sorte de sénat préposé, en l’absence des Douze, au gouvernement de la communauté. La plupart des critiques ont prétendu, il est vrai, que l’Épître aux Galates, i, 22, excluait la possibilité de ce voyage mentionné dans les Actes, xi, 30, car alors, disent-ils, Paul s’exposerait à être taxé de mensonge, s’il omettait une seule circonstance dans laquelle il aurait pu rencontrer les Apôtres. On s’exagère la difficulté. Dès que Paul a prouvé qu’à son premier voyage à Jérusalem il n’a pas eu besoin de se faire instruire par les Apôtres, il est évident qu’une pareille instruction ne lui a pas été nécessaire plus tard, puisque son apostolat à Anliocbe et ailleurs était des faits suffisamment connus. Peu importait de récapituler tous les voyages qui ont suivi celui-là. Il était surabondamment démontré que Paul avait prêché son évangile longtemps avant d’avoir rencontré un seul apôtre.
il. les missions. — Revenus à Antioche, Paul et Barnabé, qui avaient ramené avec eux le jeune Jean- Marc, cousin de ce dernier, Col., iv, 10, reprirent leur activité dans cette église où s’épanouissait une grande richesse de « dons spirituels », notamment ceux de prophétie et de didascalie. C’est alors que fut conçue l’idée d’une vaste propagande de l’Évangile dans le monde païen. Jusqu’ici l’annonce de la bonne nouvelle n’avait été que le résultat d’actions isolées, intermittentes, circonscrites dans un rayon relativement peu étendu. Maintenant l’apostolat va s’organiser, par l’initiative de Paul et de Barnabé, en un vaste système de forces et de dévouements, appliqués avec suite et méthode, à la conquête du monde juif, surtout du monde païen. La prédication chrétienne, limitée tout d’abord aux hauteurs de la Syrie, pénètre tout à coup presque simultanément dans les trois grandes péninsules d’Asie Mineure, de Grèce, d’Italie. Antioche est la base d’action de ces lointaines missions : c’est de là que les missionnaires partent; c’est là qu’ils reviennent, après quelque temps, se reposer de leurs fatigues. C’est au retour de Jérusalem que les Actes placent le début des missions chrétiennes.
La chronologie de Luc, en cet endroit, Act., xn, 24- 25, n’est pas assez précise (y.ax’ èxstvov xbv -xatpov, « vers ce temps-là ») pour qu’on ose fixer la date. Il semble pourtant que d’après la contexture du chap. xii, il faut retarder le départ de nos missionnaires jusqu’à la mort d’Hérode Agrippa, vers l’an 45. C’est pendant une assemblée liturgique solennelle, précédée, comme c’était la coutume chez les Juifs, lorsqu’on se préparait à quelque chose d’important, de jeûnes et de prières spéciales, que l’Esprit intima, par la bouche de quelque prophète inspiré, l’ordre de mettre à part Paul et Barnabé pour les consacrer à l’œuvre qu’il leur destinait. Dès ce moment, les deux élus furent donc détachés du personnel apostolique de l’Église d’Antioche. L’émotion fut grande, parmi les fidèles, quand il fallut se priver du concours et de l’amitié de ceux que l’Esprit envoyait à la conversion du monde. On se prépara à la séparation par des jeûnes et des prières, puis, le jour des adieux étant arrivé, on leur imposa les mains, et on les livra à la grâce de Dieu. L’imposition des mains était, dans l’Église primitive, le rite habituel auquel on soumettait celui qui recevait quelque fonction spéciale ou quelque délégation. II Cor., vin, 19.
— Les deux Apôtres s’adjoignirent, à titre de subordonné, pour les seconder dans les soins matériels de leur entreprise, Jean-Marc, cousin de Barnabé. Voir Jean-Marc, t. ni, col. 715.
1° Première mission. Act., xiii, 4-xiv, 28. — Le par-
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cours de la première expédition apostolique est, relativement aux autres voyages de l’Apôtre, le moins étendu en durée et en espace. Il ne comprend guère, déduction faite du trajet maritime, que l’ile de Chypre, dans le sens de sa longueur, de Salamine à Paphos, et, en Galalie, une ligne brisée d’environ cent lieues. On a toute latitude pour intercaler cette mission entre la mort d’Hérode (en l’an 44) et le concile de Jérusalem qui eut lieu vers 52. En faisant partir nos voyageurs au printemps de l’an 47, on trouve un temps largement suffisant pour les ramener deux années plus tard, vers la fin du mois de juillet. Pour se faire une idée de ce que furent ces excursions évangéliques, il faut se représenter les difficultés inouïes, les obstacles de tous genres, les dangers de toutes sortes que devait rencontrer, à cette époque, un voyageur pauvre, de la condition de Paul, obligé pour se suffire de s’arrêter là où il trouvait de l’ouvrage, II Cor., xi, 23-27. D’ordinaire, Paul allait à pied. Quand il le pouvait, il prenait la voie de mer, moins pénible, malgré ses surprises, et surtout moins coûteuse. La route est comme tracée d’avance par les juiveries échelonnées sur le littoral de la Méditerranée ou établies dans les centres commerciaux, à l’intérieur des terres. Il était d’usage dans les synagogues, quand un étranger assistait à l’office du sabbat, de l’inviter à dire quelques paroles d’édification. Paul en profitait pour exposer sa doctrine. Souvent on priait l’Apôtre de reprendre son discours le samedi suivant. Il y avait alors foule. Juifs et prosélytes accouraient pour écouter l’inconnu, et un grand nombre d’entre eux en sortaient convertis. Une scission s’opérait bientôt avec les synagogues. L’Apôtre et ses nouveaux adhérents se réunissaient alors dans un autre local et organisaient sur place une communauté à part. On disait alors qu’il y avait une église de plus.
4) Mission de Chypre. Act., xm, 4-13. — L’ile de Chypre, placée en face de la côte syrienne, à une distance d’une vingtaine de lieues, était comme marquée d'avance pour être la première étape des trois missionnaires qui venaient de s’embarquer à Séleucie, au sortir d’Antioche. C’était la patrie de Barnabé et d’un certain nombre de nouveaux chrétiens. Act., xi, 20; xxi, 16. Il semble même qu’on y avait déjà annoncé la bonne nouvelle. Les Juifs étaient là très nombreux, mêlés à des Grecs et à des Phéniciens. .Tosèphe, Ant. xvi, 4, 5, 51, Act., xm, 5. Saint Paul et ses compagnons abordèrent à l’ancien port de Salamine et prêchèrent dans les synagogues. Les Actes ne disent rien du résultat de cette première prédication. Mais elle dut être bien accueillie puisqu’elle se fit entendre dans les dillérentes synagogues de la ville. De Salamine le groupe apostolique traverse toute file, de l’est à l’ouest, s’arrêtant sans doute dans les villes de la côte du sud, Citium, Amathonte, Curium, pour aboutir à Paphos, résidence du proconsul romain. Depuis l’an 22, en effet, Chypre était devenue province sénatoriale. Dion Cassius, liv, 4; Mommsen et Marquardt, Organisation de l'empire romain, t. il, p. 328. Le proconsul qui gouvernait l’ile s’appelait Sergius Paulus, homme d’une naissance illustre, sceptique, comme la classe éclairée de son temps, à l’égard du culte officiel et cherchant une issue, pour ses instincts religieux, dans les superstitions et les sciences occultes de l’Orient. Il avait auprès de lui un magicien juif, nommé Barjésu, qui, pour ajouter à son prestige, se faisait appeler Llymas, ce qui, en arabe, signifie savant. Le proconsul, toujours en éveil du côté du merveilleux, entendit probablement parler de quelque prodige opéré par les nouveaux venus et voulut entendre d’eux la doctrine du salut. 11 les lit venir et les écouta avec beaucoup d’intérêt. Llymas, voyant son crédit en péril, s’efforcait, on ne sait trop par quel artifice, de neutraliser l’effet des paroles de Paul et de Barnabe sur l’esprit de Ser-
gius Paulus. Paul le frappa, pour un temps, de cécité et, devant ce prodige, le proconsul se convertit. Les Actes sont très brefs sur cette première mission de Chypre. On n’y signale que la conversion de Sergius Paulus. On ne parle ni d’églises fondées, ni de miracles éclatants, ni de discours particulièrement remarquables. Peut-être que Paul et Barnabé ne firent qu’explorer la contrée à titre d’essai, se proposant d’y revenir plus tard. C’est au sortir de Chypre que Paul prend définitivement le premier rôle. Barnabé ne parait plus désormais que comme un simple auxiliaire, laissant de plein gré à son éminent collègue les initiatives de l’entreprise commune.
B) Mission de Galalie. xii, 13-xv. — ■ Encouragés par un heureux début, les trois voyageurs résolurent de porter leur activité apostolique sur la côte voisine d’Asie Mineure. Ils s’embarquèrent à Néa-Paphos, firent voile vers l’embouchure du Cestrus, en tPamphylie et descendirent à Pergé. Mais leur dessein n’était pas d’y séjourner. Ils rêvaient de pénétrer jusqu’à l’intérieur des terres. Seul Jean-Marc, effrayé par la perspective d’un voyage aussi difficile et aussi périlleux, voulut quitter la mission et revint à Jérusalem. Paul en ressentit une vive contrariété dont il garda longtemps le souvenir. Cette rupture fut encore beaucoup plus pénible pour Barnabé qu’elle privait d’une compagnie qui lui était chère. Malgré ce fâcheux contretemps, les deux Apôtres reprirent leur expédition à travers un pays montagneux, peuplé de barbares, infesté de brigands.
Après un parcours de quarante lieues, ils arrivèrent à Antioche de Pisidie ou Antioche-Césarée, sur le versant méridional des montagnes qui séparent la Phrygie de la Pisidie. Cette ville, depuis l’occupation romaine, faisait partie de la province de Galatie, mais, en réalité, elle était située en Phrygie et elle en suivait les traditions. Élevée par Auguste, au titre de colonie romaine, elle avait pris, depuis ce jour, un développement extraordinaire. Les Juifs, attirés par la prospérité de la nouvelle cité, s’y étaient fixés et avaient construit une synagogue. Selon leur habitude, les deux voyageurs s’y rendirent, dès leur arrivée. On était au samedi. Paul y prononça un discours — le premier dont les Actes nous donnent l’analyse — qui fit une profonde impression sur l’assemblée. On pria les nouveaux venus de se faire entendre une seconde fois. Dans l’intervalle, un nombre considérable de Juifs et surtout de prosélytes s’attachèrent à Paul et à Barnabé, qui les engagèrent à persévérer dans leurs bonnes dispositions. Toute la ville ne parlait plus que de cet incident. Le samedi venu, une foule énorme envahit la synagogue, ce qui irrita, au plus haut point, les notables de la communauté juive et changea en une violente animosité leur première bienveillance. Paul et Barnabé, s’étant rendus compte de l’obstruction systématique que les Juifs faisaient à leur prédication, soutinrent quelque temps l’orage, puis ils se retirèrent en disant à leurs contradicteurs : « Nous devions commencer par vous prêcher la parole de Dieu. Mais, puisque vous la repoussez, et que vous vous jugez indignes de la vie éternelle, nous allons nous tourner vers les paiens. » Ce mauvais accueil confirma Paul dans sa vocation d’apôtre des Gentils. Il se tourna résolument vers la population païenne et y fit de nombreuses conversions. Ce fut le noyau de la première Église au pays galate. La foi eut un centre d’où elle rayonna dans les contrées voisines. De toutes parts, on recevait avec joie une religion qui contentait les aspirations monothéistes des âmes élevées, sans leur imposer le joug du légalisme juif. L’enthousiasme des néophytes était à son comble. Il acheva de mettre les Juifs en fureur. Cette propagande devait nuire à leur prosélytisme et leur faire perdre du terrain. Aussi allèrent-ils jusqu à
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faire décréter, contre Paul et Barnabe, un décret d’expulsion par l’autorité municipale.
Les deux bannis avaient devant eux plusieurs routes à choisir. S’ils se dirigeaient vers l’ouest, ils entraient aussitôt dans la Phrygie proprement dite, du côté de Colosses, d’Hiérapolis, de Laodicée; au nord, ils avaient devant eux l'ancien royaume de Galatie. Ils préférèrent se tourner vers l'orient, se rapprochant ainsi de la Cilicie. Ils se dirigèrent donc vers la Lycaonie et, au bout d’une marche d’environ cinq jours, atteignirent la ville d'Icone, située dans un pays riant et fertile, près de l’endroit où la chaîne de Taurus forme la limite entre la Cappadoce et la Lycaonie. Au temps de Paul, Icône était la capitale de la Lycaonie, région comprise, depuis l’an 25 avant J. -C., dans la province romaine de Galatie. Peu considérable au temps de Strabon, cette ville s'agrandit dans la suite. Sous Claude, il s’y forma une colonie romaine, et elle changea son nom en celui de Claudia et Claudiconium. Les Juifs y possédaient une synagogue fréquentée par de nombreux prosélytes. Paul et Barnabé y prêchèrent avec beaucoup de fruit. L’affluence des conversions fut telle, malgré les tracasseries des Juifs, que les deux Apôtres se résolurent à faire là un long séjour. En peu de temps, une Église florissante fut fondée. C’est à Icône que l’auteur des Actes de Paul et de Thècle a placé le théâtre de son pieux roman. Cependant la haine des Juifs orthodoxes essaya d’ameuter, contre les zélés missionnaires, toute la population païenne. La ville se divisa en deux parties. Il y eut une émeute. On voulait lapider Paul et Barnabé et ceux-ci quittèrent la cité d’Iconium, ils se réfugièrent dans deux petites villes obscures, dont on a peine à retrouver les traces et qui sont à environ huit lieues l’une de l’autre. La civilisation n’avait pas encore pénétré, à cette époque, dans ces vallées sauvages, vrais repaires de brigands, fermés à toute influence du dehors, gardant leur langue et leurs habitudes provinciales. Un fait singulier arriva à Lystre. Paul ayant guéri un boiteux, ces populations crédules crurent que Paul et Barnabé étaient deux divinités qui avaient pris la forme humaine pour se promener parmi les mortels. Voir Lystre, Mercure, col. 460, 991. Paul leur prêcha l’Évangile et c’est là qu’il rencontra celui qui devait être son disciple Timothée et qui pouvait avoir alors une quinzaine d’années. Act., xvi, 1-3; II Tim., ni, 11.
Quand les Juifs d’Antioche de Pisidie et d’Icone apprirent toutes ces conversions, ils envoyèrent à Lystre des émissaires pour provoquer une émeute contre les missionnaires et détruire, d'un seul coup, leur œuvre de prosélytisme. Paul fut reconnu dans la mêlée, traîné hors de la ville par des fanatiques, accablé de coups de pierres et laissé pour mort sur le sol. Fort heureusement, ses disciples vinrent le relever, il rentra dans la ville, protégé par eux, et partit le lendemain pour Derbé. Tout cela se fit à l’insu des ennemis de la veille. Les deux Apôtres, à l’abri de tout retour oflensif, évangélisèrent en paix la ville où ils s’étaient réfugiés. Paul s’y remit de ses blessures, et, après avoir jeté les bases d'un centre chrétien, il résolut de revenir sur ses pas. Son dessein était de donner aux Églises fondées une organisation régulière. Sur leur chemin, Paul et Barnabé établissent, dans chacune d’elles, un corps de presbyleri (îïpô<7o'jTcpoe), comme à Jérusalem. Ces anciens étaient, auprès des convertis, les dépositaires de l’autorité de Paul et gouvernaient l’Église en son nom. C’est eux qui recevront les lettres de l’Apôtre, les liront dans les assemblées liturgiques, en feront observer les prescriptions.
I Thess., v, 27; II Thess., m, 14. Au retour les deux missionnaires suivirent à peu près l'itinéraire de leur première route. Ils visitèrent pour la seconde fois Lystre, Icône, Antioche de Pisidie, confirmant les fi-
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dèles dans la foi, les exhortant à la persévérance, à la patience, leur apprenant que c’est par la tribulation qu’on entre dans le royaume de Dieu... D’Antioche de Pisidie, ils descendirent à Pergé et s’y arrêtèrent, cette fois, pour annoncer l’Évangile. Puis, au lieu de repasser par Pile de Chypre, ils gagnèrent le grand port d’Attalie et de là s’embarquèrent pour Séleucie d’où ils rentrèrent à Antioche, après une absence assez longue, mais pleine de succès pour la cause du Christ. L’Église d’Antioche revit, avec une joie indescriptible, les deux apôtres qu’elle avait envoyés à la conquête d’un nouveau monde et qui lui rapportaient les prémices d’une abondante mission. On ne se lassait point d’entendre, de leur bouche, les merveilles que Dieu avait faites pour eux. On en concluait, une fois de plus, que Dieu lui-même avait ouvert aux Gentils les portes de la foi.
C ) Conférence de Jérusalem. — Entre la première et la seconde mission, se place un fait très important qui exerça, sur les destinées de l’Église naissante, une influence définitive. Au point où était arrivé le développement du christianisme, à la suite des travaux de Paul et de Barnabé, il s’agissait de savoir si le judaïsme imposerait ses rites particuliers aux nouveaux venus de la gentilité. De là dépendait tout l’avenir de l’Évangile. Un incident vint poser la question d’une façon inattendue, dans l’église d'Antioche. Des phariséochrétiens, descendus de Judée, sans aucune mission du corps apostolique, étaient arrivés jusque dans la capitale de la Syrie, disant partout, sur leur chemin, qu’on ne pouvait être sauvé sans la circoncision. Accepter cette injonction, c’était, pour Paul et Barnabé, donner le coup de mort à leur œuvre déjà accomplie et à celle qu’ils rêvaient d'entreprendre. Us s’opposèrent donc, de toutes leurs forces, à ces nouveaux venus. Il y eut de longues disputes. Pour y mettre un terme, on décida que les deux missionnaires iraient à Jérusalem s’entendre avec les Apôtres et les anciens à ce sujet. Paul et Barnabé se mirent en route, emmenant avec eux un néophyte incirconcis, Tite, dans l’intention d’arriver, par la conduite que l’on tiendrait envers lui, à la solution de la question de principe. Le récit des conférences qui eurent lieu à Jérusalem, est relaté dans deux documents parallèles, le chap. xv des Actes et les dix premiers versets du chap. ii, dans l’Épitre aux Galates.
Deux questions étroitement liées se trouvaient par la force des choses dans l’ordre du jour : 1» reconnaître les néophytes venus de la gentilité comme vrais membres de l’Église, sans leur imposer ni la circoncision, ni les prescriptions légales ; 2° approuver officiellement l’apostolat de Paul et de Barnabé, leur mode particulier d’évangélisation. La première intéressait directement l’Église-mère de Jérusalem : c'était à elle de décider si elle voulait admettre dans sa communion les églises nouvelles. La seconde était plus spécialement du ressort des Apôtres. Ainsi s’explique la diversité du récit des Actes comparé à celui de l’Apôtre aux Galates. Chacun d’eux raconte la conférence à son point de vue. Saint Luc mentionne la reconnaissance officielle des églises de gentils; saint Paul, la confirmation de son titre d’apôtre, l’orthodoxie de son enseignement, l’approbation de son œuvre. Voilà pourquoi le même événement apparaît tantôt comme une assemblée publique, Act., xv, 22, tantôt comme une suite d’entrevues et de colloques privés avec les Apôtres. Gai., ii , 2. Là où les deux récits se rejoignent, c’est dans l’heureuse issue des négociations engagées. D’abord, Tite ne fut pas obligé de se faire circoncire. Gai., il, 3. Il put prendre part aux assemblées, voir dans l’intimité ses frères, sans se soumettre aux prescriptions mosaïques. Comme les intransigeants avaient pensé l’y contraindre, Paul s’y opposa, parce qu’il prévit le parti qu’en tireraient
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ses adversaires contre son apostolat et contre l’avenir des Églises nouvelles. On 'exploiterait le cas de Ti te comme un précédent contraire à l’admission libre des païens dans l’Église. L’Apôtre ne voulut donc pas, contrairement à ce qu’il fit plus tard pour Timothée, dont la mère était juive, Act., xvi, 2-3, que Tite se soumit à la circoncision. C’était trancher, par un exemple pratique, la question en litige. Les discours de Pierre et de Jacques mirent encore mieux en relief les principes qui avaient réglé cette conclusion. Deux points restèrent acquis devant toute l’assemblée: 1» On reconnut le droit des gentils d’appartenir à 1 Église; 2° on les dispensa des observances légales, surtout de la circoncision, leur enjoignant en échange quelques abstinences de première nécessité. Afin de faire disparaître toutes les traces de trouble qui avaient agité l’église d’Antioche et les communautés voisines, on rédigea pour elles une réponse écrite, par manière de décret, où l’on relatait les décisions pratiques de la conférence. Deux personnages iniluents de l’Église-mère, Jude Barsabas et Silvain ou Silas, furent délégués par l’assemblée générale pour porter aux communautés de Syrie et de Cilicie le précieux document. Ils avaient, en outre, la mission de désavouer les frères de Judée qui avaient semé la discorde, Act., xv, 24, et de rendre témoignage à Paul et à Barnabé dont on reconnaissait les services, le dévouement. La lecture de cette Épitre remplit de joie les fidèles d’Antioche. Jude et Silas qui étaient prophètes, firent entendre leur parole inspirée, ajoutant ainsi à l’allégresse commune. Silas en fut si enthousiasmé qu’il laissa son collègue, Jude Barsabas, reprendre seul la route de Jérusalem, et s’attacha à Paul pour partager ses travaux. Dans l’intervalle, Paul désirant revoir ses chères Églises de Galatie, proposa à Barnabé de reprendre leurs expéditions apostoliques. Mais ce dernier voulait emmener Jean-Marc avec eux. Paul s’y refusa. Il craignait sans doute depuis l’incident de Pergé, la versatilité du jeune jérosolymitain. Chacun alla donc de son côté: Barnabé et Jean-Marc vers Chypre; Paul et Silas vers le nord d’Antioche, par la voie de terre. Paul se rapprocha plus tard de Barnabé. I Cor., ix, G; Gai., n, 9, et de Marc. Col., iv, 10; II Tim., iv, II.
A partir de cette rupture les Actes perdent de vue les deux Apôtres de Chypre. Voir Barnabe, 1. 1, col. 1461 . Pour l’heure, Paul prend pour compagnon de route Silas, le prophète de l’Église de Jérusalem qui était resté à Antioche. Silas, comme Barnabé, était en relation étroite avec Pierre, I Pet., v, 12, et possédait en outre le titre de citoyen romain. Act., xvi, 37, 38. Les deux missionnaires se dirigèrent vers la Cilicie, qu’ils traversèrent en partie, du côté de l’Orient, passèrent probablement à Tarse, puis, franchissant les célèbres Portes ciliciennes, ils pénétrèrent en Lycaonie et atteignirent Derbé, Lystre et Icône, communiquant à tous les nouveaux convertis les résultats de la conférence de Jérusalem.
Toutes ces Églises de Lycaonie s’étaient développées et allaient tous les jours croissant en nombre et en ferveur. A Lystre, Paul retrouva Timothée, entouré de l’estime de tous. Il se l’attacha, dès ce moment, et en fit le plus fidèle et le plus aimé de ses disciples. Pour lui donner accès dans les milieux juifs, il le circoncit lui-même. 11 n’y avait pas en cela inconséquence de principes. Timothée, fils d’une femme juive, appartenait, aux yeux des juifs, au peuple israélite et, d’après le décret de Jérusalem, il pouvait recevoir la circoncision.
2° Seconde mission. Act.., xvi, 5-Xvni, 23. — La période comprise dans les limites du deuxième voyage est peut-être la plus brillante et la plus féconde dans la carrière apostolique de Paul. Cette fois, l’itinéraire de la mission dépasse le cercle de la Grèce d’Asie et s’étend
jusqu’à la Grèce d’Europe, progrès immense, quand on songe qu’il s’est accompli dans l’espace d’environ trois ans.
1. Séjour en Galalie. — - La première étape de Paul et de Silas, en sortant d’Antioche, avait pour but de promulguer, dans les Églises de Galatie, précédemment évangélisées, les décisions du concile de Jérusalem. Les deux missionnaires visitèrent, de la sorte, les communautés naissantes de la Lycaonie : Derbé, Lystre et Icône. A Lystre, la troupe apostolique s’accrut du jeune Timothée. D’Icone Paul dut se rendre, bien que le texte ne le dise pas formellement, à Antioche de Pisidie, au cœur des hauts plateaux de la péninsule. Là, plusieurs routes s’olfraient au voyageur. En allant vers l’ouest, on entrait dans l’Asie proconsulaire; devant lui s’ouvraient les régions encore inexplorées de la Phrygie Épictète et au nord-est l’ancien royaume de Galatie. La caravane apostolique eut d’abord l’idée d’entamer les brillantes provinces de l’Asie occidentale : c’était la partie la plus riche et la plus civilisée de toute la contrée. Mais l’Esprit-Saint, on ne sait par quel signe, la détourna de ce projet. Elle s’enfonça donc dans la direction du nord, inclinant d’abord à droite vers les parties supérieures du pays galate, puis, revenant sur ses pas, elle traversa la Phrygie Épictète et arriva en Mysie. Se trouvant près des frontières de la Bithvnie, Paul et ses compagnons essayèrent d’entrer dans cette province pour l’évangéliser. L’Esprit s’opposa de nouveau à leur dessein. Ils continuèrent donc leur route du côté de l’ouest, traversèrent la Mysie d’un bout à l’autre et arrivèrent à Alexandrie de Troade, port considérable, placé en face de la Macédoine, non loin des ruines de l’ancienne Troie.
Conduit là par l’Esprit de Jésus, l’Apôtre hésitait en ore sur la route qu’il devait choisir. Allait-il descendre vers cette Éphèse, qui déjà l’attirait, ou bien évangéliserait- il la Mysie? Jusqu’au dernier instant, il resta dans l’incertitude. Mais il vit en rêve un Macédonien debout près de lui, qui l’invitait et lui disait : « Viens à notre aide... » Grotius assimile cette vision à celle de Daniel, x, 13, et pense qu’il s’agit de l’ange de Macédoine. Pourtant l’apparition ne représentait pas un habitant du ciel, mais un vrai Macédonien. Quoi qu’il en soit, Paul comprit que l’ordre de Dieu était qu’il allât en Europe; il n’attendit plus qu’une occasion favorable pour partir. Une particularité, digne de remarque, vient de se mêler au récit. La troupe apostolique, prête à franchir la mer, compte désormais parmi ses membres le futur historien des origines chrétiennes.
2. Mission de Macédoine. — En deux jours, l’embarcation qui portait Paul et ses compagnons aborda à Néapolis, sur le continent européen. Néapolis servait de port à l’importante ville de Philippes, dans la province romaine de Macédoine. Voir Néapolis, col. 1542 ; Philippes. Nos voyageurs durent faire en peu de temps, sur la voie Égnatienne, les trois lieues qui séparaient les deux villes l’une de l’autre.
A) Fondation de l’Eglise de Philippes. Act., xvi, 12xvn. — Depuis l’occupation romaine, Philippes appartenait à la Macedonia prima, dont la capitale était Amphipolis. La ville était bien plus latine que grecque. La majeure partie de la population était romaine, provenant des débris du parti d’Antoine. Elle s’était mêlée à l’élément thrace et surpassait en nombre les familles de race grecque. Les Juifs paraissent avoir passé presque inaperçus en cet endroit. Ils ne pouvaient que trouver peu d’avantages dans un milieu où il n’y avait ni industrie, ni commerce, et qui tirait toute sa renommée de son importance militaire. Thessalonique et les autres villes du littoral leur convenaient mieux. A Philippes, il n’y avait pas même de synagogue. Les réunions du culte se faisaient en plein air, dans un espace
PAUL (SAINT
à peine clos, sur le bord d’une petite rivière, le Gangas ou Gangitès. Paul, Silas, Timothée, Luc, s'étant informés du lieu où se célébraient les exercices du sabbat, se rendirent à l’endroit qu'on leur indiqua. Ils ne rencontrèrent là que des affiliés du judaïsme. Ils avaient établi leur oratoire, appelé 7tpo<xeuxm près de la rivière, afin de faciliter les ablutions. Josèphe, Ant., XIV, x, 23. L’Évangile fut accueilli avec empressement de toutes ces âmes dévotes. L’une d'elles, appelée Lydia, se fit baptiser avec toute sa maison. Ce fut le premier noyau de cette Église, qui compta tant de cœurs généreux. Act., xvi, 3; Phil., tv, 2-3. Lydia obtint, à force d’instances, que les missionnaires demeurassent chez elle. Un incident tout à fait imprévu vint arrêter subitement l'activité de Paul et de Silas dans un champ si bien préparé. Cette fois, du moins, les Juifs ne portèrent point la responsabilité de l’émeute. Elle eut pour cause une misérable question d'argent. Un jour que Paul se rendait avec Silas à la « proseuque », située hors des faubourgs, il exorcisa une jeune esclave, possédée du mauvais esprit, à qui ses maîtres faisaient pratiquer le métier de pythonisse. La jeune fille avait pris, depuis quelque temps, l’habitude de suivre les hommes de Dieu, criant à haute voix qu’on devait leur obéir comme à des messagers célestes. Délivrée de celui qui lui faisait prédire l’avenir, elle mettait fin à l’exploitation sordide dont vivaient ses maîtres. Ceux-ci, furieux d’avoir perdu leur gagnepain, amenèrent Paul et Silas à l’agora, devant les duumvirs. Ne pouvant poursuivre les deux Apôtres comme exorcistes, délit inconnu au code romain, ils les accusèrent d’apporter des divinités nouvelles et de semer le trouble dans la ville. Act., xvi, 20. Le titre de Juif, sur lequel ils insistent, était à l’heure présente très mal vu des autorités romaines. Claude venait, par un édit, de chasser de Rome toute la colonie israélite. Aussi, sans information et sans enquête, ordonnaient-ils aux licteurs, sous la pression de l’émeute, de frapper de verges les deux prévenus et de les mettre ensuite, ceps aux pieds, dans un cachot reculé. Tout cela se fit si rapidement que Paul et Silas n’eurent pas le temps de faire prévaloir leur titre de citoyen romain.
On ignore le motif qui décida les duumvirs à ordonner, dès le jour, l’élargissement des prisonniers. Avaient-ils été prévenus de la qualité de Paul et de Silas, ou voyaient-ils, dans le tremblement de terre qui avait eu lieu pendant la nuit, une vengeance du Ciel? Tout cela est probable. En fait, le geôlier, à qui ces événements avaient valu la foi, vint annoncerais Apôtres leur délivrance. Mais Paul se refusa fièrement à accepter ce qu’on aurait pu regarder comme une grâce. Il voulait surtout qu’on ne renouvelât pas contre l’Évangile pareil déni de justice. Il exigea donc une réparation d’honneur de la part des magistrats eux-mêmes. Ceux-ci, fort embarrassés, craignant les suites fâcheuses de cette affaire (la loi Valeria et la loi Porcia qu’ils avaient violées, portaient des peines très graves contre ceux qui frappaient de verges un citoyen romain. Cicéron, In Verr., ii, 62), vinrent en personne faire leurs excuses et les prièrent comme étrangers de quitter la ville, afin d’éviter de nouveaux troubles. Paul et Silas y consentirent. Mais, avant de s’éloigner de Philippes, ils se rendirent chez Lydie, où les frères paraissent avoir été rassemblés; ils leur dirent un dernier mot d'exhortation et ils partirent. Luc et Timothée, qui n’avaient pas été impliqués dans ces poursuites, restèrent à Philippes.
B) Fondation de l’Église de Thessalonique. Act., xvii, 1-10. — En quittant Philippes, Paul et Silas suivirent la voie Égnatienne et durent faire étape à Amphipolis, puis à Apollonie, avant d'arriver à Thessalonique. Toutes ces villes célèbres sont à peu près à égale distance l’une de l’autre, une quarantaine de kilomètres
environ. Les Apôtres franchirent en quelques jours ces pays pleins de souvenirs historiques. Thessalonique, capitale de toute la province de Macédoine, résidence du proconsul, ville très peuplée et très commerçante, possédait une juiverie des plus considérables qui servait de centre religieux à tous les prosélytes de Macédoine. Pendant trois sabbats consécutifs, Paul exposa, avec un grand luxe de citations tirées de l’Écriture, sa thèse habituelle, à savoir, que le Messie devait, d'après' les prophètes, souffrir une mort violente et ressusciter ensuite, que Jésus de Nazareth était ce Messie, puisqueseul il avait réalisé ces deux conditions. Paul exposaaussi sans doute ses aperçus personnels sur la Loi, ce qui excita la fureur du parti zélote. A la suite de quelque éclat, l’Apôtre dut quitter la synagogue.il se retira chez un certain Jésus, israélite de race, qui, selonl’usage des Juifs, avait grécisé son nom et s'appelait Jason. Son séjour dans cette maison hospitalière seprolongea au delà de trois semaines, le temps suffisant pour lui permettre de travailler parmi les Gentils,
I Thess., i, 9, de nouer de solides affections, de donner l’exemple du désintéressement, I Thess., n, 9; II Thess., I, 9, et de recevoir, à deux reprises, les secours d’argent de ses chers Philippiens. PliiL, iv, 15; I Thess.,. ii, 5, 7, 9.
La parole de Paul, tombant sur ces âmes avides devérité, fit des merveilles. U se forma, dans la métropolemacédonienne, une Église modèle, composée de prosélytes, de païens, de quelques Juifs et de l’élite de lasociété féminine. Act., xvn, 4; I Thess., i, 9. On vit se reproduire, avec une profusion extraordinaire, tous les prodiges de l’Esprit-Saint, glossolalie, prophétie, don des miracles, etc. 1 Thess., i, 5; v, 19, 20. La communauté de Philippes eut une émule en piété, en ardeur, en attentions délicates pour l’Apôtre. C’est là que Paul fit sans doute la connaissance d’amis très chers et très dévoués : c’étaient, outre Jason, Gaïus, Aristarque et Secundus. Act., xix, 29; xx, 4; Aristarque le suivit à Rome en captivité, Col. iv, 10, 11. La fureur des Juifs vint interrompre, comme de coutume, la formation de l’église nouvelle. Les fanatiques ameutèrent contre les Apôtres ces piliers de l’agora qui, dans les villes anciennes, étaient toujours prêts à manifester dans la rue. Tout ce monde vint assaillir la maison de Jason. Pour attirer l’attention de l’autorité civile, les Juifs faisaient crier de toutes parts que les deux missionnaires auxquels Jason avait donné l’hospitalité, étaient des révolutionnaires dangereux, venus pour prêcher la révolte contre les édits de l’empereur. Bientôt toute laville fut bouleversée. Les politarques s’en émurent. Ilsforcèrent Jason ainsi que les fidèles arrêtés avec lui, de verser en caution une forte somme d’argent. La nuit suivante, les frères menèrent Paul et Silas hors de la ville et les firent conduire à Bérée.
C) Fondation de l’Église de Bérée, U 10-14. — Après avoir franchi en deux ou trois jours une vingtaine de lieues, les Apôtres arrivèrent à Bérée, ville d’une certaine importance, appartenant à la troisième Macédoine. Tite-Live, xlv, 29. La présence d’une colonie juiveles invita à séjourner quelque temps en cet endroit. Comme d’habitude, ils se rendirent le samedi à la synagogue pour y prêcher l’espérance messianique. L’accueil1 fut des plus bienveillants. Les Juifs de Bérée, moins bornés que ceux de Thessalonique, écoutèrent la thèse de Paul avec avidité. Se tenant à égale dislance du parti pris et d’une crédulité trop facile, ils s’appliquaient après chaque discours à contrôler les textes prophétiques qu’on leur alléguait, marque évidente d’esprits qui cherchent le vrai avec loyauté. Beaucoup d’entre eux se laissèrent convaincre et se convertirent. De ce nombre fut un certain Sopater ou Sosipater, fils de Pyrrhus. Act., xx, 4. Avec lui, un grand nombre de païens ainsi que des femmes de haut rang déjà affiliées-