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IV

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sans doute au judaïsme. Paul et Silas étaient à Bérée depuis près de deux mois, quand ils furent découverts par les Juifs de Thessalonique, qui vinrent les en chasser. La situation devenant intolérable en Macédoine, Paul résolut d’émigrer assez loin pour que ses adversaires le perdissent de vue. Il laissa Silas à Bérée avec Timothée qui venait de les rejoindre depuis peu de temps.

3. Mission d'Acliaïe. Act., xyii, 15-xvm, 18. — Paul, obligé de reprendre sa vie errante, tourna les yeux du coté du sud, vers le centre de la péninsule hellénique. Il allait rencontrer là une race plus vive, plus légère, plus curieuse, que la nature profondément bonne, sérieuse, calme des Grecs de Macédoine. Le voyage, cette fois, se fit par mer. Act. xvii, 14-15. Paul s’embarqua probablement à Méthone et fit voile vers Athènes. En suivant desyeux le rivage, il putcontemplerles ruinesque la conquête romaine avait accumulées et qui couvraient ce sol autrefois si privilégié. Epist. Sulpitii ad Cicéron, dans Cicéron, Epist., iv, 5. Depuis l’an 146, la Grèce était devenue province romaine sous le nom d’Achaïe. Corinthe en était la capitale. Athènes ne gardait plus d’autre prééminence que celle de l’art et du souvenir, lorsque Paul y débarqua. Dès que l'Apôtre eut mis pied à terre, il congédia les lidèles de Bérée et les chargea de mander à Silas et à Timothée de venir le rejoindre le plus tôt possible. Pendant près d’une semaine, Paul se trouva donc seul dans cette ville qui lui était totalement inconnue. Il se mit alors à la parcourir en tous sens. Il visita l’Acropole avec ses chefsd’œuvre de sculpture incomparables. Tout ce peuple de statues faisait un effet étrange sur son esprit. La multitude des temples et des autels, les cérémonies du culte païen, les fêtes en l’honneur des divinités, tout cela achevait de mettre Paul hors de lui. Act., xvii, 16. Quelques auteurs pensent que Timothée serait alors venu seul de Bérée près de l’Apôtre qui l’attendait à Athènes. Act., xvii, 15. De cette dernière ville le disciple aurait été envoyé à Thessalonique. I Thess., iii, 2. Mais cela ne s’accorde pas avec l’ensemble de l’Epi tre et les ch. xvii et xvm des Actes, qui s’opposent pour Timothée à l'hypothèse de deux retours de Thessalonique pour rejoindre l’Apôtre. Il est préférable, avec d’autres interprètes, d’entendre le verset 2 du ch. ni de la I1'8 aux Thessaloniciens d’un ordre transmis à Timothée, resté à Bérée avec Silas, d’aller visiter l’Église de Thessalonique avant de revenir près de saint Paul. Cette mission retarda son retour, et ne lui permit avec Silas de rejoindre l’Apôtre qu’à Corinthe seulement. I Thess., in, 6; Act., xvm, 1, 5. Msr Le Camus, L’œuvre des Apôtres, in-12, Paris, 1905, t. n, p. 262, 316.

A) Discours d’Athènes. — En attendant la venue de Silas et Timothée, Paul entreprit son œuvre habituelle. Il commença par ses anciens coreligionnaires et parla à la synagogue. On ignore le résultat de cette première prédication. L’auteur des Actes, tout entier à l’idée de mettre son héros en conlact avec un auditoire bien plus illustre, a oublié de le dire. Athènes, depuis la perte de son indépendance, n’était plus qu’une ville d’écoles comme Oxford ou Cambridge. On n’y voyait que professeurs, philosophes, rhéteurs, appliqués à instruire la jeunesse. L’Agora était, comme aux jours de Démos- Ihènes, le lieu le plus fréquenté d’Athènes. C’est laque Paul essaya, à plusieurs reprises, d’exposer ses idées. Il fut remarqué parles partisans des deux philosophies qui avaient alors le plus de vogue : les épicuriens et les stoïciens. La faveur du public allait, alors, en général, vers les divers systèmes de morale.

Les discours du prédicateur étranger firent sur l’auditoire des impressions différentes, tout en piquant au vif sa curiosité. Les uns, probablement les disciples d’Epicure, voyant qu’il s’agissait d’une question religieuse, exprimaient dédaigneusement leurs sentiments de mépris pour ce genre d’idées, disant : « C’est un

vain discoureur. » D’autres, apparemmentles stoïciens, prêtaient plus d’attention aux paroles de l’Apôtre, et ils en venaient à conclure qu’on leur proposait quelque nouvelle divinité. Enfin la curiosité l’emporta sur le scepticisme railleur, car pour mieux entendre l’exposition de la doctrine nouvelle, on invita l’étranger à monter à l’Aréopage, loin du tumulte de l’Agora. C’est à un auditoire si nouveau pour lui et en face de tout ce que l’hellénisme avait réuni de plus beau et de plus illustre au point de vue de l’art, de plus glorieux dans les souvenirs du passé, de plus vénérable et de plus sacré au point de vue de la religion, que Paul improvisa le petit chef-d’œuvre d’élégance rapporté par les Actes. Le mot résurrection, si étrange pour des esprits grecs, rompit l’intérêt mêlé de surprise qu’on avait d’abord accordé à une doctrine qui restait, par ailleurs, assez d’accord avec les traditions de la philosophie courante. Paul fut brusquement interrompu. Les uns se mirent à le plaisanter, les autres le congédièrent avec ces mots : « Nous t’écouterons là-dessus une autre fois. » Paul comprit qu’il n’aurait pas beaucoup de succès sur ces esprits blasés. Il songea d’abord à monter vers le nord, pour revoir ses chères Églises de Macédoine. Là, du moins, sa parole serait efficace. Mais divers obstacles qu’il mit sur le compte de Satan le détournèrent de son projet. Sans attendre le retour de Timothée, il se dirigea vers le sud et partit pour Corinthe. Il ne laissait à Athènes, en fait de disciples, qu’un groupe presque insignifiant; entre autres, un certain Denys, personnage de haute dignité, membre du célèbre tribunal de l’Aréopage, et une dame de qualité appelée Damaris ou Damalis. Le passage de Paul en cette ville fut, en somme, sans résultat appréciable pour la cause de l’Évangile. Découragé par cet échec relatif, le seul peut-être de toute sa carrière apostolique, l’Apôtre n’attendit point le retour de Timothée, et il se dirigea seul vers la partie méridionale de l’Achaïe.

B) Fondation de l’Église de Corinthe. Act., xvm, 1-19. — Ce fut vers le printemps de l’an 52 que Paul débarqua à Cenchrée, petite ville à deux lieues de Corinthe, qui servait de port à la grande métropole du côté de la mer Égée. II allait retrouver, dans la capitale de l’Achaïe, des conditions à peu près semblables à celles qui avaient fait son succès à Thessalonique : une juiverie importante, une nombreuse clientèle de prosélytes recrutée par les synagogues, une population cosmopolite travaillée par l’idée religieuse. Paul saisild’un seul coup cet ensemble de circonstances favorables. 11 songea donc à faire là un long séjour et se mit à la recherche d’un patron chez qui il pût exercer son métier. Or, en visitant un des quartiers habités par ses coreligionnaires, il rencontra un couple pieux de modestes artisans, Aquila et Priscille, nouvellement venus de Rome, à la suite de l’édit de Claude qui proscrivait tous les Juifs de la Ville Éternelle. Les deux émigrés étaient originaires du Pontet s’occupaient de la fabrication des tentes. L’Apôtre alla loger chez eux, s’associant à leur industrie. Le samedi, il partait à la synagogue, exposant les oracles prophétiques dans le sens de la thèse chrétienne. L’orateur, instruit par ce qui s’était passé à Thessalonique, préparait avec beaucoup de ménagements sa conclusion finale. Quand il jugea que les esprits étaient suffisamment disposés à recevoir toute la vérité, il se mit à prêcher ouvertement les mystères de Jésus crucifié.

L’arrivée de Silas et de Timothée, survenue dans les entrefaites, ranima l’ardeur de son zèle. Aidé par de si précieux auxiliaires, il se livra tout entier à son œuvre de prosélytisme, établissant que Jésus de Nazareth était le Messie attendu, promis aux patriarches. Tous les Juifs n’obéirent point à sa voix. Un certain nombrè d’entre eux s’opposèrent avec rage et fureur à la prédication nouvelle. On allait en venir aux insultes et aux

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coups, quand l’Apôtre, prévenant tout désordre, rompit officiellement avec la synagogue, secoua sur 'es incrédules la poussière de ses habits, en signe de rupture complète avec eux, les rendit responsables de tout ce qui pourrait leur arriver dans la suite, leur déclarant que, puisqu’ils résistaient à la vérité, il allait de ce pas la porter aux Gentils. A partir de ce moment, il enseigna dans la maison d’un prosélyte, nommé Tite Juste, Act., xvii, 7, dont la demeure était contiguë au local de la synagogue. Beaucoup de Juifs et « d’hommes craignant Dieu » suivirent l’Apôtre dans sa retraite. On compta de nombreuses et illustres conversions dans ce premier noyau d’Église hellénique, c’étaient, entre autres, les familles de Stephanas, prémisses de l’Achaïe, I Cor., xvi, 15, de Crispus, chef de la communauté juive de Corinthe, de Caïus, chez qui il logea lors de son troisième voyage en cette ville, et où il écrivit l'épître aux Romains, Rom., xvi, 23, de Chloë, riche veuve, dévouée à sa personne, I Cor., ni, 11, de Fortunat et d’Achaïque, I Cor., xvi, 15, d’Éraste, trésorier de la ville, Rom., xvi, 23, l’un des personnages les plus considérables de la communauté. Les trois premières de ces familles eurent un privilège dont elles se firent, dès lors, un grand honneur : elles furent tout entières baptisées par Paul, I Cor., i, 14, 16, ce qui était en dehors de ses habitudes.

C) Premières Épîtres cle Paul. — Au milieu de cette féconde activité, l’Apôtre n’oubliait pas ses chères communautés du Nord. Ne pouvant songer, en pleine période d’apostolat, à retourner en Macédoine, il eut l’heureuse idée de les visiter par des épitres ou lettres qui devaient être lues dans l’assemblée des fidèles. L’épître sera ainsi la première forme littéraire sous laquelle se manifestera la pensée chrétienne. Les premières de ces lettres furent adressées à l’Église de Thessalonique. Paul les remit sans doute aux frères de Macédoine qui avaient fait la conduite à Silas et à Timothée juqu’en Acliaïe et qui revinrent, à peu de temps de là, lui soumettre les doutes et les difficultés des fidèles de celte vaillante communauté. Ce qui est certain, c’est que la première de ces Épîtres suivit de très près le retour des compagnons de Paul. I Thess., ni, 6.

D) Fin du premier séjour à Corinthe. — - Encouragé par l’état florissant des nouvelles Églises qu’il venait de fonder, Paul redoubla d’ardeur pour fonder à Corinthe un centre chrétien de première importance. Il y passa dix-huit mois, appuyant sa doctrine des miracles et des phénomènes surnaturels les plus remarquables. I Cor., n, 4, 5; II Cor., xii, 15. Il eut la consolation d’arracher aux vices les plus dégradants une immense multitude de païens. I Cor., vi, 9, 10, 11. Tout cela ne se fit point sans de rudes labeurs. Mais le ciel fortifia, par des visions divines, le courage du zélé missionnaire. Corinthe devint, en peu de temps, une communauté des plus importantes, d’où la foi nouvelle rayonna sur toute l’Achaïe.

Les Juifs dissidents, à la vue de ces progrès, ne purent contenir leur fanatisme. Ils se saisirent de Paul et l’entraînèrent de force au forum, devant le tribunal du proconsul romain. Ils comptaient, comme d’habitude, sur 1 inexpérience de la justice romaine en matière religieuse, pour lui arracher une sentence contre la nouvelle croyance et ses adhérents. L’homme qui remplissait alors la charge de proconsul était un des esprits les plus sages et les plus instruits du monde romain, Marcus Annæus Novatus, frère aîné de Sénèque. Il avait été adopté par le rhéteur L. Julius Gallion et en portait le norn. Tacite, Ann., xv, 73; xvi, 17. Il fut très heureux que l’accusation des Juifs se présentât devant ce magistrat. Celui-ci, en effet, démêla, avec beaucoup de finesse, l’équivoque développée dans le réquisitoire du chef de la synagogue, Sosthènes. Il vit qu’il était question de dogme et arrêta court l’accusation. « S’il s’agis-

sait de quelque crime, dit-il, je vous écouterais comme il convient; mais, s’il s’agit de vos disputes de doctrine, de vos querelles de mots, voyez-y vous mêmes. » Act., xviii, 15. Cela dit, il donna ordre de congédier les deux parties. Les Juifs saisirent avec empressement l’occasion de se ruer sur leurs adversaires. Sosthènes fut, un moment, le point de mire de la bagarre : on le roua de coups sous les yeux de Gallion, sans que celuici s’en souciât le moins du monde. L’Apôtre, profitant de la situation, se retira parmi les siens et y travailla encore pendant un temps assez long.

E) Retour à Antioche. — L’Apôtre, désirant revoir les Églises de Syrie, s’engagea par vœu à célébrer la Pâque prochaine, celle de l’an 53 ou 54, à Jérusalem. Il se fit raser la tête à Cenchrée, pour commencer l’exécution de son nazirat; puis il dit adieu à l’Église de Corinthe. Mais ne trouvant pas de service direct entre Corinthe et Césarée de Palestine, il s’embarqua pour Éphèse, avec Aquila et Priscille, qu’il devait y laisser seuls quelque temps. Il est probable qu’il mit Timothée à la têle de la jeune Église d’Achaïe. Silas, dès cette époque, ne réparait plus dans la compagnie de l’Apôtre. On croit qu’il s’attacha plus tard à saint Pierre et lui servit de guide à travers les régions de l’Asie Mineure.

I Pet., v, 12. Paul le remplacera par Tite, que sa qualité d’incirconcis rendait particulièrement apte au ministère des Gentils. L’Apôtre séjourna quelques jours à Éphèse et ne put résister au désir de présider à de futurs combats dans la synagogue juive. Il plut à l’assistance : on voulait le retenir mais il allégua son vœu et se rembarqua pour Césarée de Palestine, d’où il monta à Jérusalem, accomplit son vœu au temple, distribua sans doute des aumônes aux pauvres de l’Églisemère, fit aux Apôtres et aux anciens le récit de ses travaux et reprit le chemin d’Antioche. Là, il rencontra Barnabe son ancien compagnon d’armes, avec qui il dut se réjouir de l’avancement du royaume de Dieu. Il retrouvait aussi Tite et les prophètes de la première Église des Gentils, C’est à ce moment, on peut le supposer, qu’eut lieu l’incident dont il est parlé dans l’Épître aux Galates, n, 12.

3° Troisième mission. — Le champ de cette nouvelle et dernière expédition ne s’étend guère, si l’on excepte la province d’Asie, au delà des limites du second voyage, en sorte que l’intention de Paul paraît avoir été d’organiser ses premières conquêtes plutôt que d’en agrandir le cadre. Avant d’entreprendre la seconde partie de son programme évangélique, c’est-à-dire de prêcher en Occident, en prenant Rome pour centre d’apostolat,

II Cor., x, 16; Rom., I, 13, il lui semblait nécessaire d’implanter sérieusement la foi du Christ dans ce qu’on appelait l’Orient.

Éphèse, placée en sentinelle à l’entrée des provinces d’Achaïe, de Macédonie et de Galatie, offrait une position exceptionnellement favorable pour compléter son œuvre et pour suivre de près le développement des communautés d’Asie et d’Europe. De là, il pouvait savoir, à bref intervalle, ce qui se passait dans les Églises environnantes, répondre à leurs demandes, résoudre leurs difficultés, donner des avis et des ordres, encourager les bons, frapper les indignes, surveiller la marche de la collecte prescrite en faveur des pauvres de l’Églisemère, envoyer dans toutes les directions des disciples et des catéchistes pour suivre ou pour accélérer la marche de la vérité. Une autre circonstance, celle-là de première gravité, exigeait maintenant de Paul une vigilance continuelle, s’il voulait conserver le fruit de ses premiers travaux.il s’agissait de mettre en garde les nouveaux convertis contre un péril beaucoup plus grave que celui des persécutions du dehors. Il fallait lutter contre des adversaires d’autant plus dangereux qu’ils paraissaient plus zélés pour la pureté de la doctrine évangélique et qu’ils combattaient l’Apôtre en son enseignement par les plus perfides insinuations. Ces enne-

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mis étaient des judaïsants’: ceux que Paul appelle des faux frères. II Cor., xi, 25. Ici, s’ouvre pour lui cette période de luttes qui va remplir le reste de sa carrière. Les Actes se taisent presque entièrement sur ce temps d’amères expériences et de cruelles douleurs. Mais les grandes épitres, celle aux Galates, les deux aux Corinthiens, celle aux Romains, sont pleines des échos de ces grandes luttes où l’âme de Paul se révèle tout entière avec ses trésors de foi héroïque, d’inlassable patience, d’amour tendre et profond, pendant que sa pensée, stimulée par l’ardeur du combat, déploie des ressources presque infinies et s’élève à des hauteurs jusqu’ici inconnues.

1. Second séjour en Galatie et en Plirygie. Act., xxiii, 23. — Après quelques mois passés à Antioche, Paul songea à reprendre le cours de ses missions. Il lui tardait d’évangéliser la province d’Asie. On pense qu’il s’adjoignit alors, pour compagnon de route, ce même Tite qu’il avait précédemment emmené avec lui à la conférence de Jérusalem. Les deux voyageurs suivirent, sans modification apparente, l’itinéraire de la seconde mission, visitèrent pour la troisième et même la quatrième fois, Derbé, Lystre, Icône, Antioche de Pisidie et, tournant dans la direction du nord-est, arrivèrent dans le pays des Galates (PaXocTixrj /ùoa. distingue le royaume celte de Galatie d’avec la province romaine du même nom), où l’Apôtre avait fondé pendant son second voyage un groupe d’Églises d’une certaine importance. Bien que saint Luc n’en ait pas parlé, Act., xvi, 6, d’une manière explicite, il le laisse entrevoir néanmoins par l’expression « affermissant tous les disciples », xvm, 23, qui, cela va de soi, suppose une première évangélisation. La Galatie, placée sur la grande artère qui reliait Byzance à l’Orient, était toute désignée pour être le centre d’une juiverie importante. Ancyre, capitale de l’ancien royaume galate, Tavium et Pessinonte, villes de second ordre, avaient des synagogues. La grande inscription d’Ancyre, conservée sur les murailles du temple d’Auguste, établit que les Juifs de ces contrées jouissaient de franchises et d’immunités considérables. Mommsen, Res gestædivi Augusti, p. x. Il y avait, dans ce pays, un point d’appui favorable pour la prédication apostolique et plus tard, hélas, un terrain préparé pour les entreprises des judaïsants.

La religion des tribus celtiques émigrées, depuis plus de trois siècles, dans ces plateaux montagneux que traverse le fleuve Halys, était le culte des anciens druides, amalgamé avec les cultes phrygiens de Zeus et de Cybèle. Quand, en l’an 26 avant J.-C., la Galatie devint province romaine, on ajouta à ces cultes celtes et grecs celui de l’empereur. Les trois tribus dont se composait la contrée des Galates avaient fait élever, dans ce but, à Ancyre, un temple au divin Auguste et à la déesse Rome, et ils ne crurent pus pouvoir mieux honorer la mémoire du monarque qui avait été leur bienfaiteur qu’en y faisant graver le testament politique qu’il avait composé lui-même. Tel était le milieu où Paul avait semé l’Évangile avec tant de fruit, où il avait reçu, de la part des néophytes, des marques de tendresse et de sollicitude. Après avoir consolidé son œuvre, l’Apôtre revint vers l’Ouest, et il revit les communautés qu’il avait laissées en Phrygie, probablement dans la partie de cette ancienne province qu’on appelait Phrygie- Lpictète et qui confinait à la Mysie. — Plusieurs exégètes appliquent les textes d’Actes, xvi, 6, et xvm, 23, à la Galatie romaine, c’est-à-dire aux régions évangélisées par saint Paul lors de sa première mission. Act., xmxiv. Cf. Le Camus, L’œuvre des Apôtres, t. n, p. 84.

2. Séjour à Épltèse. Act., xix, 1-40. — En descendant des hauts plateaux de la Phrygie septentrionale, Paul s’engagea dans la vallée du Méandre, la suivit quelque temps, puis, après plusieurs jours de marche, il entra dans la belle et vaste plaine où le Caystre se rapproche

de la mer et forme une sorte de lagune. « Là, en partie dans les marais, en partie accrochée aux pentes du mont Coressus, épaulée, d’ailleurs, au mont Prion et par ses faubourgs à une autre colline isolée, s’élevait la ville immense destinée à être la troisième capitale du christianisme, après Jérusalem et Antioche. » Renan, Saint Paul, p. 332. Au point où se trouvait, pour l'heure, le développement de la foi nouvelle, aucune ville d’Orient n’offrait plus de facilités pour être le centre des missions chrétiennes. Antioche, depuis le progrès des dernières missions, ne répondait plus aux nécessités de l’apostolat : elle était trop éloignée par rapport aux Églises de Grèce et de Macédoine. Du côté de la terre, Éphèse donnait accès sur une des plus riches provinces de l’Empire; de belles et nombreuses routes conduisaient le voyageur dans des villes florissantes comme Smyrne, Pergame, Magnésie, Thyatire, Sardes, Philadelphie, Colosses, Laodicée, Hiéropolis, Tralles, Milet, où le nom du Christ n’avait pas encore été prononcé. Par mer, on communiquait avec tous les grands ports de la Méditerranée. Éphèse était, de plus, le point terminus le plus direct entre Rome et l’Asie, ce qui amenait dans ses murs une foule de commerçants et de voyageurs de toutes les parties de l’Italie et de la Grèce. Le culte d’Artémis, ou Diane, célèbre dans le monde entier, Pline, H. N., xix, 27, avait fait de cette ville un centre de pèlerinage très fréquenté. Durant le mois artémisien, en mai, le concours des pèlerins était extraordinaire. Voir Éphèse, t. n, col. 1831. A côté de la population païenne, vivait depuis plus de deux siècles une colonie juive, active, fidèle à sa foi monothéiste et à l’austère pureté de mœurs de ses pères. Josèphe, Cont. A pion., n, 4. Les Juifs d’Éphèse occupaient même, dans la famille d’Israël, une situation privilégiée. En relations quotidiennes avec Rome, Alexandrie, Jérusalem, elle était un des principaux centres de la Dispersion et comme l’aboutissement du monde juif. Nulle part on ne pouvait être mieux placé pour savoir, au plus tôt, ce qui se passait dans la famille d’Israël tout entière.

A) Fondation de l’Église d’Éphèse. Act., xxvm, 24-xix, 20. — Les débuts du christianisme, dans la métropole d’Asie, sont assez obscurs. Il parait cependant qu’il s’était formé, autour d’Aquila et de Priscille, un noyau de fidèles de quelque importance, avant le retour de Paul en cette ville. Act., xvm, 24. Un des adhérents de la première heure fut sans doute cet Épénète que Paul qualifie de « prémices de l’Asie ». Rom., xvi, 5. Les Actes ne mentionnent, d’une manière expresse, que la conversion d’un Juif, nommé Apollo. Voir Apollo, t. I, col. 774. Quand Paul arriva à Éphèse, il alla loger chez ses anciens hôtes de Corinthe, I Cor., xvi, 19, et y reprendre la pratique de son état. Éphèse était alors célébré par ses tentes. Plutarque, Alcib., 12; Athénée, xn, 47. L’Apôtre prit ses dispositions pour un long séjour. Tout l’invitait à se fixer, d’une manière durable, dans un centre si important. 11 dut se renseigner au plus vite sur l’état religieux de la ville. Il fit d’abord connaissance avec les membres de l’Église : c’étaient sans doute des Juifs, qui, sans quitter la synagogue, s’étaient attachés à la foi d’Aquila et de Priscille. Or, il découvrit, parmi eux, un certain nombre de disciples (ils étaient douze) qui avaient reçu le baptême de Jean et n’en connaissaient pas d’autre. Paul compléta leur instruction, les baptisa au nom de Jésus et leur imposa les mains. Aussitôt l’Esprit descendit sur eux : ils se mirent à parler en diverses langues et à prophétiser comme les disciples, le jour de la Pentecôte. Après avoir éclairé et affermi ce petit cercle de croyants, Paul dirigea ses efforts vers la synagogue. Durant trois mois, il y parla tous les samedis du royaume de Dieu. Sa parole eut un grand succès. Mais, une fois de plus, il se heurta à l’incrédulité de quelques obstinés qui cherchaient à

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provoquer un éclat. Il se retira donc, pour prêcher, dans la Schola d'un rhéteur nommé Tyrannus, Act., xviii, 7, sans doute affilié à la nouvelle doctrine. Ce fut là que Paul fit entendre, tous les jours, pendant plus de deux ans, Act., xx, 12,1a parole évangélique, s’adressant, indistinctement, aux Juifs et aux Gentils. Il ajoutait encore, à ces discours publics, un autre genre d’apostolat, celui des visites à domicile et des conversations privées. Act., xx, 20, 31. Son zèle franchit bientôt les murs de la métropole et se répandit dans les peincipales villes de l’Asie proconsulaire, f. 37, où il dut fonder des Eglises florissantes. En même temps, d’étonnants miracles, fort au-dessus des pratiques de magie en usage à Éphèse, avaient créé, autour du nom de Paul, une réputation de thaumaturge divin. On exaltait surtout son pouvoir de guérison. Des exorcistes juifs, voyant l’efficacité merveilleuse des formules de Paul, essayèrent de les imiter et d’employer, dans leurs exorcismes, « le nom de Jésus que prêche Paul. » Mais le diable se jeta sur eux et les accabla de coups. L’événement fit du bruit. Bon nombre de ceux qui, même après leur conversion, avaient continué à se livrer à la sorcellerie, furent saisis de crainte et apportèrent à Paul leurs livres de magie et les brûlèrent.

B) Paul écrit l’Épître aux Galates. — Ce fut, à ce qu’il semble, dans les premiers mois de sa venue à Éphèse que Paul apprit les ravages exercés par les judaïsants dans le pays des Galates. Déjà, lors de son dernier voyage dans ces contrées, des tendances de ce genre s’étaient fait jour et avaient éveillé la vigilance de Paul. Gai., i, 9. On avait cherché à diminuer la confiance des fidèles dans l’enseignement de leur Apôtre. Paul avait tout remis en ordre et pouvait dire en les quittant : « Vous courrez bien. » Gai., v, 7. Mais, aussitôt après son départ, les troubles recommencèrent. Un phariséochrétien de marque, venu sans doute de Jérusalem, se mit à battre en brèche, avec la dernière violence, la doctrine et les titres de Paul à l’apostolat. Il réussit à ébranler la confiance des néophytes. Sous prétexte de stimuler leur zèle pour la perfection, il mettait tout en œuvre pour les amener aux observances légales, voire même à la circoncision. La séduction n’était pas encore arrivée à ses fins. Il restait, dans l’Église, un noyau d’hommes spirituels, VI, 1, qui parait avoir résisté à l’entrainement. C’est peut-être par quelqu’un d'entre eux que Paul avait appris la crise dont était menacée la communauté tout entière. Les relations entre la Galatie du Nord et la province d’Asie étaient très fréquentes. Sans tarder, Paul dépêcha un de ces disciples avec cette Épitre admirable qu’on peut comparer, sauf l’art d’écrire, aux plus belles œuvres classiques, et où son impétueuse nature s’est peinte en lettres de feu. Renan, Saint Paul, p. 314. Par la même occasion, il prescrivait aux fidèles de ces contrées la collecte en faveur des pauvres de Jérusalem. I Cor., xvi, 1. On ignore l’effet que produisit la lettre apostolique. Mais on a lieu de croire qu’elle ramena la paix au sein des Églises troublées, puisque, peu de temps après, ces dernières vinrent grossir, avec leur épargne, les aumônes destinées au soulagement de l’Église-mére, en Judée. Gai., il, 10; Act., xx, 34.

C) Relations avec l’Église de Corinthe. — Parmi les graves préoccupations qui ont pesé sur l’Ame de l’Apôtre durant ses trois ans de séjour à Éphèse, aucune n'a égalé, en importance et en intensité, celle qui lui venait de Corinthe.

1° Il faut, apparemment, dater des premiers mois qui suivirent l’arrivée de Paul en Asie la première lettre, aujourd'hui perdue (la nôtre est donc en réalité la seconde) qu’il adressa aux fidèles d’Achaïe. I Cor., v, 9. Elle avait été occasionnée, semble-t-il, par le retour de certains fidèles aux habitudes de la vie païenne. Pour ■couper court aux scandales de cette nature, Paul avait

ordonné de rompre toute relation avec de telles gens, et cela, dans des termes si absolus, qu’ils exigèrent plus tard des éclaircissements.

2° Quelques mois après, les Corinthiens députèrent à Éphèse trois délégués, chargés de porter une lettre où ils demandaient à l’Apôtre des explications sur divers points de morale. I Cor., vu, i. Dans l’intervalle, étaient arrivés les gens d’affaires d’une riche dame de Corinthe, qui révélèrent les désordres dans lesquels était tombée la jeune Église grecque.

3° Paul écrit une nouvelle lettre, qui est notre première Épitre aux Corinthiens, I Cor., iv, 47; xvi, 10, et peu après, il envoie Timothée à Corinthe afin de veiller à l’exécution des mesures qu’il avait prescrites dans sa lettre. Le fidèle disciple devait annoncer la collecte en Macédoine et la faire commencer en Achaïe, pour préparer le voyage de son maître à Jérusalem. Ici, la fin de l’épître, I Cor., xvi, rejoint la narration des Actes, v, 21, 22, et en précise la portée.

4° Timothée aborde à Corinthe au moment où l’orage allait éclater. Loin de calmer les esprits, sa présence les irrite. Les judaïsants profitent de cette situation embarrassée pour mettre à exécution leurs projets néfastes. N’y tenant plus, le jeune et timide disciple, I Cor., xvi, 10, revient à Éphèse apporter à l’Apôtre ces tristes nouvelles.

5° Celui-ci, a-t-on supposé, franchit par mer la distance qui le sépare de Corinthe, dans l’espoir de ramener l’ordre et la paix, mais si ce voyage eut lieu, ce que la plupart des exégètes n’admettent pas, son autorité fut méconnue. Il fut même gravement insulté dans une assemblée publique. I Cor., h, 1-10, Il se retira à Éphèse, l’âme accablée de tristesse et il adressa aux Corinthiens une lettre sévère, II Cor., vu, 8, lettre perdue, qu’il faut intercaler entre notre première et notre seconde Épitre aux Corinthiens. Inquiet de l’effet produit, il envoya Tile à Corinthe, peut-être à la suite d’une sorte de revirement qui s’était dessiné dans l’Église infidèle, et dont il venait de recevoir la confidence par quelque frère de passage ou par quelque messager. Vers ce même temps, il quitta lui-même Éphèse et se rendit, en Macédoine en passant par Troade.

D) Paul quitte Éphèse. — Un incident qui aurait pu avoir, pour Paul et ses Eglises d’Asie, des conséquences excessivement graves, vint le forcer à devancer son départ; ce fut l’émeute excitée par Démétrius, un des principaux orfèvres de la ville. Frappé d’une baisse progressive dans la vente des produits de son industrie — ce qui prouve, mieux que tout autre argument, le progrès de l’Évangile à Éphèse et dans les contrées avoisinantes — l’habile artisan ameuta les ouvriers contre la doctrine nouvelle. Voir Démétrius 3, t. ii, col. 1364.

3. Nouveau séjour en Macédoine. Act., xx, 1-2. — Dès que le calme fut rétabli, Paul fit ses adieux à la communauté d’Éphèse et prit la route du Nord. Il ne lui parut pas opportun de se rendre directement à Corinthe, par voie de mer, avant d’avoir reçu de Tile des nouvelles de sa troisième lettre. La prudence lui commandait d’aller attendre à Troade l’arrivée de son disciple et de n’agir qu’après l’avoir revu. Il partit donc, accompagné de Timothée ; peut-être même s’adjoignit-il, dès ce moment, les délégués d’Éphèse et de Galatie, v. 4, chargés de porter à Jérusalem les offrandes de leurs communautés respectives. La troupe apostolique dut arriver à Troade dans les premiers jours de juin de l’an 57. Paul comptait y trouver Tite. Mais contrairement à ses prévisions, il ne rencontra per- J sonne. Quelques semaines se passèrent ainsi, sans qu’il fût possible de savoir ce qu’était devenu Tite. L’âme de l’Apôtre fut alors livrée aux plus cruelles agitations. Par moment, il se croyait au bout de ses forces et de sa patience, au pointde désirer la mort. II Cor., i,8. Les plus graves appréhensions obsédaient son esprit. Il craignait

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que sa dernière lettre n’eût tout détruit à Corinthe.

Ce fut au milieu de ces inquiétudes qu’il évangélisa Troade, II Cor., n, 12, avec beaucoup de succès.

Il logeait, pendant ce temps, chez un certain Carpus, II Cor., iv, 13, dont la demeure paraît avoir été le centre de réunion des nouveaux fidèles. Act., xx, 7-9. Tite n’arrivant pas, l’Apôtre résolut de prendre les devants et de passer en Macédoine. Il revit ses chères Églises du Nord et de la Grèce, Philippes, Bérée, Thessalonique, si parfaites, si généreuses, si dévouées à sa personne. Sur ces entrefaites, Tite le rejoignit enfin et le consola de tous ses chagrins. II Cor., vu, 6. Les nouvelles qu’il apportait étaient excellentes. Les fidèles de Corinthe, un instant surpris, étaient revenus, avec la réilexion, à de meilleurs sentiments. Ce qui avait achevé de les ramener au devoir, c’était la lettre de l’Apôtre. Elle avait produit sur les esprits une impression profonde. On l’avait écoutée avec des larmes de douleur et de respect. La victoire était presque complète. Il ne restait, parmi ses fidèles, qu’un petit nombre d’irréductibles. Les autres regrettaient leur conduite passée, demandaient pardon à l’Apôtre, désiraient vivement le revoir. La collecte avait été retardée par les divisions intestines, mais avec le nouvel état de choses qui s’annonçait, elle promettait de devenir fructueuse. Tite avait tout rétabli avec une prudence consommée.

Ces nouvelles remplirent de joie l’âme de l’Apôtre. Il se sentit revivre. C’est dans ces dispositions qu’il dicta à Timothée une nouvelle lettre (la quatrième, par conséquent, celle que nous appelons la seconde), aux Corinthiens, le plus beau morceau d’éloquence qui soit sorti de la plume de Paul. On y retrouve le double courant d’impressions qui partageait alors son âme : sentiments de joie, de tendresse, de reconnaissance, presque de regrets pour quelques expressions un peu dures de sa lettre précédente : tout cela pour la majorité fidèle. (Quanta la minorité qui demeure, jusqu’ici, obstinément hostile à ses conseils, il l’accable de ses menaces et de sa mordante ironie. Cette lettre a donc été écrite en Macédoine, soit à Philippes, soit à Thessalonique, d’où Paul dut rayonner, sans doute, dans toutes les parties de la Grèce septentrionale, apportant aux disciples la joie de sa présence et les lumières de ses enseignements.

L’Épître, ainsi rédigée, fut portée à Corinthe par Tite, et par deux frères, choisis parmi les délégués des Églises. II Cor., vm, 6, 16, 18, 22, 23 ; ix, 5. Paul attendit, en Macédoine, l’effet de cette dernière missive. Tite avait ordre, durant ce temps, de préparer les fidèles d’Achaïe à la venue de son maître, de vaincre les dernières résistances, de rassurer les consciences, de faire achever la collecte. Pour stimuler la générosité des Corinthiens, l’Apôtre lui adjoignit deux députés très en vue dans les Églises. Leur présence forcerait les plus récalcitrants à s’exécuter de bonne grâce. En attendant, l’Apôtre s’édifiait au contact de ses églises macédoniennes. Il resta, parmi elles, une bonne partie de l’année 57, environ six mois, de la fin de juin au commencement de décembre. Quelques exégètes placent à cette époque un voyage de Paul en Illyrie. Voir Tite (Épitre a).

3. Troisième séjour à Corinthe. Act.,xx,2. — Quand Paul jugea que les esprits, à Corinthe, étaient suffisamment préparés à son retour, il se dirigea vers l’Achaïe, ayant avec lui les délégués des diverses Églises où il avait prescrit la collecte : Sopater ou Sosipater, fils de Pyrrhus, de Bérée, Aristarque et Secundus, de Thessalonique, Gaïus, de Derbé, et Timothée, originaires de Lycaonie, enfin, Tychique et Trophime, députés d’Ephèse. Toute cette pieuse caravane était fort imposante et devait faire impression sur les Églises helléniques. Paul et ses compagnons durent aborder, à Corinthe, dans les derniers jours de décembre. Ils y passèrent les

trois mois d’hiver (décembre 57 à février 58) attendant, pour se mettre en route, le retour du printemps. Cette fois, l’Apôtre, n’ayant plus à sa disposition la pieuse hospitalité d’Aquila et de Priscille, alla loger chez un certain Caïus, converti de la première heure, baptisé de sa propre main. Rom., xvi, 23; I Cor., 1, 14. Il y passa dans la paix et la joie, les derniers instants de repos de sa carrière si active. Ce fut alors qu’il rédigea, sous forme d’épitre, un exposé doctrinal de sa théologie. C’est de son troisième séjour à Corinthe qu’il faut dater l’épître connue sous le titre « d'Épitre aux Romains », la quatrième année de Néron, l’an 58.

4. Retour à Jérusalem. Act., xx, 3-xxi, 17. — Après avoir remis à Phœbé, diaconesse de Cenchrée, le message destiné à l’Église de Rome, l’Apôtre s’apprêtait à prendre la mer, dans l’espoir d’arriver dans la ville sainte pour les fêtes de Pâques, quand on découvrit un complot formé par les .Tuifs pour le tuer durant le voyage. Il fallut changer d’itinéraire. On résolut de repasser par la Macédoine. L’Apôtre en profita pour revoir sa chère communauté de Philippes et y célébrer la pâque. Il eut la joie de revoir le narrateur des Actes, qu’il y avait laissé, lors de sa seconde mission, et l’attacha de nouveau à sa personne. Le temps des azymes passé, Paul et Luc firent route vers Troade. Ils y retrouvèrent les délégués des Églises qui avaient pris les devants. On passa toute une semaine à Troade parmi les frères de la nouvelle Église. La veille du départ, un dimanche, on se réunit, le soir, pour rompre le pain eucharistique. On sait à la suite de quelles circonstances l’Apôtre eut à reproduire le miracle d’Élie et d’Elisée (IV Reg., iv, 34) pour un jeune homme, nommé Eutyque, qui, s’étant laissé aller à un profond sommeil pendant le discours d’adieu, était tombé du troisième étage sur le sol. A l’aube, le navire emportait les compagnons de Paul. Lui, prenait la voie de terre, voulant faire à pied le trajet de Troade à Assos où il rejoignit, pour ne plus les quitter, les délégués des Églises. A partir de ce moment, l’auteur des Actes relate, avec la précision d’un journal de voyage, toutes les stations que l’on fit avant d’arriver à Césarée. Le premier jour, on alla d’ Assos à Mitylène, où l’on fit escale; le lendemain on arrivait à la hauteur de l’ile de Chio; le troisième jour, on cinglait vers Samos et, après s’être arrêté à Trogylium, au pied du mont Mycale, entre Éphèse et l’èmbouchure du Méandre; le quatrième jour, on était à Milet. Là Paul eut du regret d’avoir passé devant Éphèse sans y aborder. Il avait craint que l’amitié des fidèles ne retardât son voyage, et il désirait célébrer la Pentecôte à Jérusalem. Il fit donc mander les anciens d’Éphèse pour leur adresser, avec ses derniers conseils, un suprême adieu. Le discours qu’il prononça, lorsqu’ils furent réunis, a gardé, sous la plume du narrateur des Actes qui était présent, la force d’attendrissement qu’il eut sur l’assemblée. Quand l’Apôtre eut fini de parler, il se mit à genoux pour prier. Tous l’imitèrent. L’émotion était à son comble. Un sanglot étouffé interrompit leur prière. La parole de Paul : « Vous ne verrez plus mon visage, » leur avait percé le cœur. Alors chacun à leur tour, les anciens d’Éphèse s’approchèrent de l’Apôtre, reposèrent longuement la tête sur son épaule, selon la coutume orientale, et l’embrassèrent. L’heure du départ venue, ils suivirent Paul jusque sur le rivage et là, dit saint Luc, il fallut nous arracher d’eux. Act., xxi, 1.

Le vaisseau se dirigea sur Cos où le portait un bon vent arrière. De là, 'marchant vers l’est, il arriva à Patare sur la côte de Lycie. Là, Paul et ses compagnons voulant abréger le voyage montèrent sur un vaisseau qui faisait voile vers les côtes de Phénicie. Après six ou sept jours, ils arrivaient à Tyr où ils visitaient l’Eglise. Cette communauté était un fruit des premières missions qui suivirent la mort de saint Étienne. Act.,xn, 19. Paul n’y était pas inconnu. Act., xv, 3. On l’accueillit avec joie

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et il promit de passer avec les frères sept jours entiers. On voulut le détourner d’aller à Jérusalem, mais il resta inflexible. 11 dit adieu aux fidèles, les laissant en proie aux plus tristes pressentiments, et nolisa une barque pour Ptolémaïde. Le soir même, il abordait à Ptolémaïde où il alla saluer le petit groupe de fidèles qui s’y trouvait.

Le lendemain, il partait à pied pour Césarée. Arrivés là, Paul et sa suite allèrent loger chez Philippe, l’un des sept diacres, qui depuis de longues années s’était fixé à Césarée. Sur ces entrefaites, arriva de Judée le prophète Agabus que Paul avait connu, quelques années auparavant, à Antioche. Imitant les actions symboliques des anciens prophètes, il entra silencieusement dans l’assemblée des fidèles, s’approcha de Paul, prit sa ceinture, s’en lia les pieds et les mains, puis s’écria, d’un ton inspiré : « L’Esprit-Saint dit cela : L’homme à qui appartient cette ceinture sera aussi lié à Jérusalem par les Juifs et livré aux mains des Gentils. » Effrayés, les fidèles de Césarée et les compagnons de Paul, euxmêmes joignirent leurs prières pour supplier l’Apôtre de ne pas monter à Jérusalem. « Que faites-vous, leur répondit-il, pourquoi pleurer ainsi et me briser le cœur? Je suis prêt non seulement à être lié, mais à mourir à Jérusalem pour le nom de Jésus. » Ses disciples comprirent qu’il serait inflexible et qu’il ne fallait pas insister davantage. « Que la volonté de Dieu se fasse! » La Pentecôte était proche : il fallait partir. Plusieurs des fidèles de Césarée tinrent à honneur de partager le péril : ils se mirent à la suite de Paul emmenant avec eux un certain Mnason de Chypre, 'très ancien disciple, qui avait une maison à Jérusalem. L’Apôtre et les siens devaient loger chez lui, y trouver un abri sûr en cas de danger.

5. Dernier séjour à Jérusalem. Arrestation. — Une journée de marche suffit à la pieuse caravane pour arriver le soir à Jérusalem. Les nouveaux venus furent accueillis avec joie par un groupe de frères amis. Le lendemain, ils faisaient leur visite au chef de l’Eglisemère, c’est-à-dire à Jacques et aux anciens. Les Apôtres étaient probablement absents de la ville sainte. Paul et ses compagnons se trouvèrent donc en face du parti judéo-chrétien. Il fallait s’expliquer. Les appréhensions que l’Apôtre témoignait déjà dans l’Épitre aux Romains, sur les dispositions avec lesquelles les saints de Jérusalem agréeraient son offrande, les lacunes des églises de Phénicie, les prédictions d’Agabus, sont autant de raisons graves qui laissent supposer, dans la communauté de Jérusalem, la mauvaise opinion, presque l’hostilité que l’on avait à l’égard de Paul et de son œuvre. 11 se peut que les anciens n’aient pas complètement partagé ces préventions. En tout cas, ils ne se méprennent pas sur les sentiments des fidèles. Ils prévoient les mécontentements, les colères, peut-être les vengeances que l’arrivée de l’Apôtre des Gentils va provoquer.

Aussi, à peine Paul avait-il présenté à Jacques et aux anciens les délégués des Églises, remis les sommes de la collecte, raconté les grandes choses que Dieu avait faites, par son ministère, dans le monde païen, que le chef de l’Église de Jérusalem, traduisant l’impression commune, s’écria: « Tu vois, frère, combien est grand le nombre des croyants parmi les Juifs; et tous sont d’ardents zélateurs de la Loi. Or, ils ont entendu dire que tu enseignes aux Juifs, dispersés parmi les nations, l’apostasie de la loi de Moïse, les détournant de circoncire leurs enfants et de marcher selon les coutumes juives. De tous côtés, ils vont apprendre ton arrivée. Fais ce que nous allons te dire. Nous avons ici quatre hommes ayant contracté un vœu. Prends-les, purifie-toi avec eux, supporte les frais qu’entraîne la cérémonie de consécration des nazaréens, et tous sauront alors que ce qu’ils ont entendu dire de toi n’est rien et que, toi aussi, tu observes la Loi. » Act.,xxi, 20-26. Paul pouvait, en toute bonne foi, consentir à ce qu’on lui demandait comme

une preuve de son respect pour la Loi. S’il n’admettait plus l’efficacité des rites mosaïques, il y avait un principe supérieur qui lui suggérait cette condescendance, celui de la charité. N’avait-il pas lui-même tracé cette règle de conduite : renoncer à sa liberté pour ne pas scandaliser son frère? I Cor.,ix, 19, 20. Une fois de plus, il se fit juif avec les Juifs, se rendit au temple avec quatre nazaréens dont il se chargeait de payer les frais de purification, satisfit à toutes les exigences de l’acte de dévotion qu’on lui avait demandé.

Il en était au cinquième jour de son vœu quand des Juifs d’Asie le découvrirent dans le temple, pendant qu’il y acomplissait les prescriptions du nazaréat. Ils l’avaient reconnu, quelques jours auparavant, en compagnie de Trophime qui était d’Éphèse. Leur fanatisme s’exalta. Ils supposèrent ou feignirent de croire que Paul, au mépris des prescriptions légales, avait introduit Trophime, un gentil, dans la cour intérieure du hiéron, lieu strictement réservé aux seuls fils d’Israël. « Au secours, enfants d’Israël, s’écrièrent-ils. Voici l’homme qui déclame partout contre le peuple juif, contre la Loi, contre ce saint lieu. Voici le profanateur du temple, celui qui a introduit des païens dans le sanctuaire. » Toute la ville fut bouleversée. Le peuple accourut au temple. Les Asiatiques s’emparèrent de Paul, l’entraînant hors du sanctuaire. A peine fut-il sorti que les lévites, redoutant la pollution du lieu saint, fermèrent les portes derrière lui. C’en était fait de la malheureuse victime, si le tribun de la cohorte qui représentait, à Jérusalem, le pouvoir romain, ne l’eût arrachée à ces forcenés. Claudius Lysias, c’était le nom du tribun, donna ordre, à ses soldats, de mener Paul à la tour Antonia qui se trouvait à l’angle nord-ouest du temple. Arrivé à la porte de la tour, Paul demanda au tribun de le laisser parler au peuple et fit en hébreu, sur les marches de l’escalier, l’histoire de sa conversion. On avait d’abord prêté une attention favorable à son discours, mais quand il en vint à raconter sa vocation à l’apostolat des Gentils, les cris recommencèrent avec plus de violence : A mort, à mort! criait-on de toutes parts. Le tribun effrayé avait d’abord essayé de calmer la foule en mettant le prisonnier à la torture. Mais quand celui-ci eut décliné son titre de citoyen romain, Claudius Lysias recourut à un autre moyen pour connaître la cause de l’émeute. Il convoqua, pour le lendemain, le haut sacerdoce et le sanhédrin. Paul, délivré de ses chaînes, comparut devant le grandprêtre Ananie et son conseil composé de pharisiens et de sadducéens. L’accusé tira un parti merveilleux des divergences d’opinions qui partageaient les deux groupes rivaux. « Frères, s’écria-t-il, je suis pharisien, fils de pharisien, savez-vous pourquoi l’on m’accuse? Pour mon espérance en la résurrection des morts. » Ces mots déchaînèrent la guerre dans l’assemblée, les uns défendant Paul, les autres voulant lui faire un mauvais parti. Le tribun fit alors reconduire le prisonnier à la tour. Ayant appris, par le neveu de Paul, que des zélotes avaient formé le projet de profiter d’une nouvelle audience pour tuer l’accusé, il résolut d’envoyer Paul à Césarée, se déchargeant, sur le procurateur, de cette affaire difficile. Une escorte de soldats, formée en hâte pendant la nuit, reçut l’ordre de conduire le prisonnier à Césarée où, peu de jours après, ses disciples le rejoignirent.

III. La captivité. — Une nouvelle période s’ouvre, dans la vie de Paul, du jour où il fut remis à l’autorité romaine. Désormais il ne pourra plus entreprendre de longues expéditions apostoliques. Mais, jusque dans les liens, l’Apôtre restera l’homme d’action éminent, l’âme forte, le conquérant, le missionnaire incomparable que rien n’arrête, ne décourage. La cellule du prisonnier deviendra un foyer de prédication ardente. L’Évangile du Christ va maintenant retentir dans les prétoires. Un monde nouveau entendra la doctrine du salut. Les chaînes elles-

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mêmes, qu’il montrera, avec une sorte d'ostentation, seront à elles seules une espece de prédication. Paul, en faisant de nouvelles conquêtes, n’ouliliera pas les Églises qu'il a fondées en Grèce, en Asie Mineure, en Macédoine. Une active correspondance, dont nous ne possédons •sans doute que des fragments, le mettra en relations suivies avec ses chères communautés d’Orient. Il continuera à veiller sur elles, à les défendre contre les insinuations de l’erreur, à ramener la paix, l’harmonie, l'union des âmes, lorsqu’elle menacera d’être troublée, à les stimuler dans la voie parfaite, à les élever jusqu’aux .plus hauts mystères de la sagesse chrétienne.

i° Captivité à Césarée. Act., xxm, 33-xxvi. — Dès «on arrivée, Paul fut remis, par le chef de l’escorte, à Félix, qui, suivant le mot célèbre de Tacite, gouvernait alors la Judée, avec les pouvoirs d’un roi et l’âme d'un •esclave. Après un interrogatoire très bref, le procurateur -déclara au prisonnier qu’il entendrait la cause, quand •les accusateurs seraienl arrivés. Pour l’instant, il le fit garder dans l’ancien palais d’Hérode le Grand, qui servait depuis de résidence aux procurateurs romains. Peu de jours après, le grand-prêtre Ananie vint en personne avec quelque sanhédrites. Il lit parler en son -nom un avocat nommé Tertullus. Celui-ci insista surtout sur la violation prétendue du temple, laquelle soumettait, de droit, le coupable, à la juridiction du sanhédrin. Paul, sur un signe de Félix, ayant pris la parole, n’eut pas de peine à prouver qu’il n’avait rien ■fait contre le Temple, qu’il n’avait ni prêché, ni discuté, ni fait d’attroupement durant son dernier séjour à Jérusalem. Puis, renouvelant la tactique oratoire qui l’avait si bien servi, en pareille circonstance, il dit qu’au fond, le seul crime dont on l’accusait était de croire à la résurrection. Le procurateur comprit, à ces mots, qu’il s’agissait de questions purement religieuses. Il leva brusquementla séance, prétextant qu’il ne jugerait l’affaire qu’après avoir vu Claudius Lysias. Il voulait, en réalité, renvoyer sinedie une cause qu’il jugeait embarrassante •et se ménager la faculté d’exploiter, à son gré, la captivité du prisonnier. Il ordonna au centurion de traiter Paul avec douceur, de le laisser sans chaîne, simplement gardé à vue par un soldat. On permit aussi à ses disciples et à ses amis de s’approcher de lui et de le revoir. Drusille, l’épouse de Félix, voulut entendre le prisonnier. Comme elle était juive — elle était la sœur d’Hérode Agrippa II — elle désirait connaître la nouvelle hérésie qui se réclamait de la Loi et des prophètes, •annonçant surtout la résurrection. Peut-être Félix attendait-il d’elle quelque lumière sur un sujet aussi étrange. Paul parla, devant eux, de la justice, de la continence, du jugement à venir, vérités trop dures pour des juges •sans conscience et une femme adultère. Félix arrêta soudain cet orateur cruellement troublant : « En voilà assez pour le moment, dit-il à Paul, je te ferai venir quand il sera temps. »

Dans l’intervalle, il cherchait à lui persuader qu’avec une somme d’argent convenable, il lui délivrerait un non-lieu. L’âme de Paul était trop haute pour y consentir. Félix le retint donc en prison et le Jit remettre à la chaîne. Cette aggravation ne priva pas totalement i’Apotre de sa liberté. Il pouvait voir ses frères et ses disciples et ses compagnons de route, il correspondait avec ses Églises. Ainsi il chargea Tychique et Trophime d’une mission pour Éphèse. Act., xxvu, 2, comparé à II Tim.,iv, 12; Tit. , in, 12. On a même supposé (Reuss, Meyer, Ililgenfeld, Duchesne, Lesêtre) que les Épitres à Philémon, aux Colossiens, aux Éphésiens, avaient été rédigées durant les deux années de captivité à Césarée. Il est assez vraisemblable que l’Apôtre ait fait porter, à ses Églises, des messages écrits qui avaient disparu sans doute quand on fit la collection des Épitres apostoliques; les trois lettres mentionnées plus haut sont, selon d’autres critiques, plus récentes : on

les date, plus volontiers, de la captivité romaine.

Félix ayant été rappelé en Italie pour se justifier devant l’empereur, son successeur, Porcius Festus, fut sollicité, par les Juifs, de reprendre la cause suspendue et de ramener le captif à Jérusalem pour y être jugé. Le nouveau procurateur consentit à entendre l’accusation, mais à Césarée. Il fit donc comparaître devant son tribunal Paul et ses adversaires. De nouveau, l’Apôtre soutint qu’il n’avait rien fait ni contre la Loi, ni contre le Temple, ni contre l’empereur. Comme Festus lui proposait de le reconduire à Jérusalem pour se défendre devant le tribunal religieux: « Je suis ici devant le tribunal de César, dit-il, je dois y être jugé. » Et, pour couper court à tout subterfuge, il déclara qu’il en appelait à l’empereur. Le citoyen romain, à quelque endroit du monde qu’il fût, avait le droit de se faire reconduire à Rome pour être jugé. Festus fut un peu surpris de l’attitude de l’accusé. Mais, après avoir pris l’avis de ses assesseurs, il rentra en séance et s’écria : « Tu en as appelé à l’empereur; tu iras à l’empereur. »

Sur ces entrefaites, Ilérode Agrippa II et sa sœur Bérénice étaient venus visiter le nouveau procurateur; celui-ci leur parla de son prisonnier, des doctrines étranges qu’il l’avait entendu exposer. « Justement, dit Agrippa, il y a longtemps que je voulais entendre cet homme. — Tu l’entendras demain, » répondit Festus. Le lendemain, en effet, Agrippa et Bérénice se rendirent dans la salle d’audience où, sous prétexte de s’éclairer sur le rapport dont on accompagnait toujours celui qui en avait appelé à César, Festus avait fait introduire le prisonnier. Sur l’invitation du roi Agrippa, Paul développa la thèse chrétienne, appuyant toutes ses déclarations de citations empruntées aux prophètes. Quand il en fut venu à la résurrection, Festus l'interrompit : « Tu es fou, Paul, lui dit-il, tes lectures t’ont fait perdre l’esprit. » Sans perdre contenance, l’apôtre se tourna vers le roi Agrippa, lui portant ce coup direct : « Roi Agrippa, ditil, crois-tu aux prophètes? Oui, je le sais, tu y crois. » Agrippa se déroba par une réponse évasive où se mêlait l’ironie. Paul répondit avec un à propos et une courtoisie qui lui valurent les sympathies de l'assemblée. « S’il n’en avait pas appelé à César, dit Agrippa, il aurait pu être mis en liberté. »

2° Voyage de Césarée à Rome. Act., xxvii-xxvm, 15. — Paul maintenant son appel, on dut songer à hâter son départ. On approchait, en effet, de la fin de septembre et la navigation cessait fin octobre. Il fut remis, avec quelques autres prisonniers, à la garde d’un centurion, nommé Julius, appartenant à la cohorte prima Augusta Ttalica. Deux disciples de Paul, Luc et Arislarque de Thessalonique, obtinrent de prendre passage avec lui. On s’embarqua sur un vaisseau d’Adramytte, qui avait fait halte à Césarée et qui retournait en Mysie. On comptait trouver, en route, un navire allant en Italie. Le vent était favorable, on arriva le second jour à Sidon, où l’on s’arrêta. Julius, plein d’égards pour Paul, lui permit d’aller visiter les frères. Act., xi, 19; xv, 3; xxt, 2, 4. On repartit de Sidon avec des vents contraires. On ne put prendre la haute mer. 11 fallut longer la côte orientale, suivre le canal entre Chypre et la Cilicie, traverser le golfe de Pamphylie et gagner Myre en Lycie. Cet endroit de la côte servait de point d’arrêt aux navires qui venaient d’Égypte quand les vents d’ouest les empêchaient de mettre le cap sur l’Italie. Julius trouva, dans ce port, un navire alexandrin en partance vers l’Italie. Il y transborda ses prisonniers. Le voyage, à partir de ce moment, devint très difficile. Le navire, retardé soit par le calme plat, soit par le vent contraire, n’arriva à la hauteur de Cnide qu’après plusieurs jours. Après avoir vainement tenté de s’abriter dans le port, on descendit vers l’ile de Crête jusqu’au cap Salmoné, qui en forme la pointe orientale. On longe la côte de l’ile assez péniblement de manière à atteindre le port

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de Ivali-Limenes (les Bons Ports), près de la ville de Lasæa ou Alassa. On fit, dans cette anse, un assez long mouillage, en attendant un vent plus favorable. Ce retard rendait encore la navigation plus périlleuse. On avait dépassé le grand jeûne de l’Expiation. C’était, pour les Juifs, la limite au delà de laquelle les voyages maritimes devenaient à peu près impraticables. Paul conseillait d’hiverner. Mais Julius se rangea à l’avis du capitaine et du subrécargue qui voulaient gagner Phœnice, port très connu des marins d’Alexandrie, sur la côte méridionale de Crète, où il serait plus facile de passer l’hiver. Une brise du midi venant à souffler, on leva l’ancre et on se mit à longer la côte. Tout à coup un ouragan d’est, l’Euraquilon, s’abattit du mont Ida sur les Ilots. Il fallut se laisser aller à la dérive. Après une course de vingt-deux milles, on passa près d’une île, nommée Cauda, où l'on prit toutes ses précautions en vue d’un naufrage qu’on jugeait inévitable. La tempête faisant rage, on jeta le lendemain la cargaison à la mer. Le troisième jour, on sacrifia les plus lourds agrès. La situation était affreuse. On passa plusieurs jours sans voir le soleil ni les étoiles : on ne savait où l’on allait. Les marins croyaient que l’on courait sur les Syrtes de l’Afrique. Tout le monde était désespéré. Seul Paul gardait son assurance. Il encourageait l’équipage et les passagers, leur assurant que, dans une vision, Dieu lui avait accordé la vie de tous. Il ne se trompait point. La quatorzième nuit, les matelots soupçonnèrent la proximité de la terre. Voyant ce que la situation gardait de critique, ils cherchaient à se sauver eux-mêmes aux dépens des passagers. Sous prétexte de descendre les ancres de la proue, ils mirent la chaloupe à la mer et cherchaient à prendre place, quand le centurion, excité par Paul, fit couper les amarres, ce qui égalisait le sort de tous. Paul se mit alors à relever leur courage, leur conseilla de manger afin de se donner des forces pour la manœuvre du lendemain. Donnant luimême l’exemple, il prit du pain, rendit grâces à Dieu et se mit à manger. On Limita. Le courage revint. A l'aube, on reconnut la terre : c’était File de Malte. La haie qu’on avait devant soi était sablonneuse. On résolut d’v aller échouer. Mais le navire n’alla pas jusque-là. Il donna sur un banc, entouré d’eaux profondes. Le vaisseau venait de se disloquer sous les coups de mer. Il ne restait plus qu’à se sauver à la nage ou sur quelque épave. Les soldats/croyant que leurs prisonniers allaient leur échapper, proposaient de les tuer. Julius, qui voulait sauver Paul, s’y opposa. Il ordonna à ceux qui savaient nager de se jeter les premiers à l’eau et de gagner la terre, pour aider au sauvetage des autres. Les autres s’échappèrent sur les débris du navire. Personne ne périt. C’est alors seulement qu’on apprit le nom de 1 île où l’on venait d’aborder : Malte, soumise aux Romains dès la seconde guerre punique. Les habitants se montrèrent hospitaliers. Us allumèrent un grand feu pour réchauffer les passagers qui étaient transis de froid. Comme Paul avait ramassé une vipère en prenant une poignée de broussailles, les gens du pays le regardaient d’abord comme un meurtrier, poursuivi par la vengeance divine. Mais quand ils virent qu’il ne lui arrivait aucun mal, ils le prirent pour un dieu. Un autre miracle acheva de répandre, dans File, sa réputation de thaumaturge. L’Apôtre guérit, par l’imposition des mains, le père d'un certain Publius, princeps du rnunicipe, qui souffrait de la fièvre et de la dysenterie. Aussi amenait-on à Paul tous les malades de File, durant les trois mois qu’il y séjourna. On était alors à la mifévrier. A celte époque de l’année, les navires qui ne faisaient que de courts trajets, se risquaient à reprendre la mer. Julius trouva un navire alexandrin, le Castor-et- Pollux, qui avait hiverné à Malte et qui avait hâte d’arriver à destination. On fit voile vers Syracuse où l’on demeura trois jours, on côtoya la Sicile, puis on vint

toucher à Reggio. Deux jours après, on arrivait à Pouzzoles, port où les vaisseaux d’Alexandrie venaient opérer leur déchargement. L’apôtre y trouva un groupe de fidèles qui l’accueillirent avec joie. Grâce à la bienveillance de Julius, il resta sept jours parmi eux. On reprit ensuite la marche vers Rome. Une première députation des fidèles de cette ville, prévenus de l’arrivée de Paul, alla à sa rencontre jusqu’au relais de poste appelé Forum d’Appius, sur la voie Appienne, à quarante-trois milles de Rome. A dix milles de là, aux Trois Tavernes, un nouveau groupe vint les rejoindre. L’Apôtre, réjoui par cet accueil fraternel, éclata en actions de grâces. On parcourut assez rapidement les onze lieues qui séparaient les Trois Tavernes de la porte Capène. Entouré de cette escorte de chrétiens, le prisonnier Paul entra dans la Ville Éternelle.

3° 7 'rentière captivité à Borne. Act., xxvm, 16-31 . — Dès son arrivée, Paul fut remis, avec les autres prisonniers, au préfet du prétoire. Ceux qui en avaient appelé à César étaient considérés comme les prisonniers de l’empereur et confiés à la garde impériale. Il est difficile de savoir l’endroit précis où Julius conduisit son illustre captif. La cohorte prétorienne, depuis Auguste, était dispersée dans les divers quartiers de Rome. On a le choix enlre le corps de garde du Palatin et les castra prætoriana, bâtis par Séjan, près de la voie Nomentane. Le préfet du prétoire était alors Burrhus qui touchait presque au terme de sa carrière. C’est à lui, sans doute, que Paul fut présenté. On décida qu’en attendant son jugement, le prisonnier serait mis en une sorte de demiliberté. Il fut confié à un soldat qui avait pour mission de le garder à vue, sans être enchaîné.

L’Apôtre put ainsi se choisir un logement où ses amis pourraient venir le voir. Suivant son habitude, il songea d'abord à se mettre en rapport avec les chefs de synagogue de la Ville Éternelle. Le troisième jour après son arrivée, il en lit convoquer quelques-uns pour leur expliquer son appel à César. Prenant les devants sur ses accusateurs que les Juifs de Jérusalem ne manqueraient pas d’envoyer à sa poursuite, il mit ses coreligionnaires au courant de sa situation. Il protesta qu’il n’avait rien fait et ne voulait rien faire contre une nation qui, d’ailleurs, était la sienne, que son appel à César n’avait pas d’autre but que de se soustraire à des ennemis acharnés à sa perte. « Ne vous trompez pas, dit-il en finissant, c’est à cause de l’espérance d’Israël que je porte ces chaînes. )> Les Juifs accueillirent le plaidoyer avec faveur, déclarant qu’ils n’avaient rien reçu de Judée à son sujet et lui témoignant le désir d’entendre l’exposé des nouvelles doctrines. On prit jour pour une seconde entrevue. La conférence dura du matin au soir. L’Apôtre parcourut la Bible en tous sens, énumérant tous les textes de la Loi et des prophètes qui prouvaient que Jésus était le Messie. Sa parole gagna plusieurs adhérents à la foi nouvelle, mais le plus grand nombre des auditeurs résistèrent à la grâce. Finalement, on se sépara sans avoir pu s’entendre. Paul comprit qu’une fois de plus il n'aurait pas raison de l’obstination de ses anciens coreligionnaires. Il répéta contre eux le passage d’Isaïe sur l’aveuglement volontaire des hommes endurcis qui ferment leurs yeux et leurs oreilles pour ne voir ni entendre la vérité, ajoutant qu’il allait porter aux Gentils, qui la recevraient mieux, la parole de salut que les Juifs ne voulaient pas accueillir.

Son apostolat parmi les païens réalisa, en effet, lesplus belles conquêtes. L’Évangile fit à Rome d’étonnants progrès. Les conversions furent nombreuses. Le Christ eut des adeptes jusque dans la maison de Néron, non seulement parmi les soldats, les esclaves, les affranchis, mais jusque dans les familles patriciennes, chez les consuls et jusque dans l’entourage immédiat de l’empereur. Phil., iv, 22. Les chaînes du prisonnier devenaient elles-mêmes une prédication du Christ dans le

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monde des prétoires. Animés par son exemple, ses disciples ainsi que les autres chrétiens de Rome se mirent à prêcher avec courage. La cellule de Paul devint ainsi le centre d’une incessante activité, le foyer d’un prosélytisme intense, comme aux plus beaux jours de ses missions.

A) Lettres aux Églises d’Asie. — Peu de temps, ce semble, après son arrivée à Rome, Paul éprouva une grande consolation. Apprenant sa captivité, les Églises de Colosses, de Laodicée, d’Hiérapolis envoyèrent Épaphras, leur saint et dévoué catéchiste, et quelques autres frères pour partager sa chaîne, l’assurer de l’amitié des fidèles, lui offrir les secours d’argent dont il pouvait avoir besoin. Col., i, 7. Paul, à la vérité, n’avait jamais évangélisé, par lui-même, cette partie de la Phrygie, mais il y était connu par ses disciples, notamment par cet Épaphras qui parait avoir été le fondateur de l’Église de Colosses. Les nouvelles apportées par Épaphras étaient excellentes, Col., i, 4, 9; la foi, la charité, l’hospitalité fraternelle, ilorissaient dans la vallée du Lycus. La vie chrétienne s’y développait avec une merveilleuse fécondité. Pourtant l’ivraie commençait à se mêler au bon grain. Sous l’iniluence de certains faux docteurs, commençait à s’opérer, dans ces contrées, un singulier mélange des doctrines les plus disparates; un ascétisme très rigoureux uni à des hardiesses spéculatives des plus dangereuses. La Phrygie avait toujours été célèbre pour son mysticisme étrange. Aujourd’hui elle alliait aux données de la prédication nouvelle des abstractions métaphysiques, des généalogies d’éons, des pratiques de théurgie, des fragments des vieux mystères phrygiens, des abstinences qui rappellent l’essénisme. L’Apôtre résolut de s’opposer, au plus vite, à ces dangereuses nouveautés. Voulant garder près de lui Épaphi’as, dont il songeait à utiliser l’activité, il écrivit une lettre pour remercier les Colossiens de leur générosité, leur marquer son affection, les préserver de l’erreur, barrer la route à ces rêveries maladives par le dogme de la transcendance du Christ. Tychique fut chargé de porter cette Épître à Colosses, Col., iv, 7, 8; Eph., vi, 21, 22; II Tim., iv, 22, et de visiter les Églises d'Asie, surtout celles de la vallée du Lycus, de leur donner des nouvelles dé Paul, de leur dire de vive voix ce qui touchait à sa situation personnelle, à l’égard des autorités romaines, détails qu’on ne pouvait confier par écriture, enfin remettre à chacune des Églises les lettres séparées que Paul leur adressait. Il avait mission, à Colosses même, de rendre à son maître, Philémon, un esclave infidèle nommé Onésirne. Voir Philémon et OnéSime, Tychique portait encore une sorte d’encyclique destinée en particulier à l’Église d’Ephèse. Voir Épiiésiens (ÉPÎTRE AUX), t. II, col. 1849.

B) Épître aux Philippiens. — Cependant Paul subissait, en prison, les lenteurs de la procédure impériale. La désorganisation des services publics, qui marqua les dernières années du règne de Néron, dut se faire sentir dans les affaires judiciaires. Si, par un appel à César, l’Apôtre avait cru abréger cette longue captivité préventive, il avait vu ses espérances trompées. On ne s’était guère plus préoccupé de lui à Rome qu'à Césarée. Il continua donc dans les chaînes l’œuvre d’un apostolat déjà couronné de si heureux résultats,. Ce fut, d’après ce qui résulte de plusieurs indices, vers la fin de la première captivité, que Paul reçut une députation de l’Église de Philippes. Elle vint dans un moment où l’apostolat de Paul était traversé par de douloureuses épreuves. Bien des chrétiens qui auraient dû le consoler, commençaient à le méconnaître et à le renier. Il parait avoir, un instant, souffert de l’isolement. Des adversaires, des judaïsants, cherchaient à entraver son œuvre, à la détruire. Ils allèrent jusqu’à lui susciter toutes sortes d’ennemis, pour aggraver sa position de prisonnier. La venue des délégués de Macé-

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doine le consola de tant d’amertumes. Épaphrodite, envoyé de l’Église, ne lui apportait pas seulement des secours d’argent, il lui faisait connaître l’état prospère de l’église de Philippes, la vive amitié des fidèles pour leur Apôtre bien-aimé. La paix, l’union, la concorde animaient la communauté; à peine quelques froissements entre les deux diaconesses Évodie et Syntyque. Épaphrodite séjourna quelque temps auprès de l’Apôtre, l’aidant dans son ministère avec un zèle qui faillit le conduire à la mort. On s’en émut à Philippes. Pour rassurer les fidèles, Paul renvoya en Macédoine le précieux auxiliaire, avec une lettre pleine de tendresse pour* les Philippiens. Il exprimait l’espoir d’être bientôt délivré de prison. Il attendait donc l’issue prochaine de son procès, non sans émotion, mais dans la résignation la plus complète. En effet, après deux ans d’attente, Paul comparut devant l’empereur ou du moins devant le conseil auquel ressortissait son appel. Il fut acquitté et, selon son expression, sortit délivré de la gueule du lion. II Tim., v, 17.

IV. Dernières années et mort de Paul. — La fin des Actes laisse l’historien dans une obscurité presque impénétrable. A peine quelques vagues lueurs très incertaines. On quitte le terrain solide de la certitude pour entrer dans celui des hypothèses et des vraisemblances. On reste généralement d’accord pour dire que l’Apôtre est mort à Rome, qu’il y a subi le martyre. Mais à quelle date et dans quelles circonstances? Faut-il placer cette lin tragique immédiatement après les deux ans de captivité mentionnés par les Actes, ou faut-il admettre un intervalle entre cette captivité et la mort de l’Apôtre, intervalle de liberté et d’activité, après lequel il aurait été arrêté de nouveau, puis condamné et exécuté? Eusèbe est le premier qui parle explicitement des deux captivités de l’Apôtre à Rome, H. E., ii, 22, t. xx, col. 196; mais pour utiliser son témoignage, il resterait à décider s’il se fonde sur l’exégèse, d’ailleurs inexacte, de II Tim.,

iv, 17, ou s’il la tient d’une autre source. De nos jours, les avis, sur la libération de l’Apôtre, sont très partagés, Tillemont, Fabricius, Mosheim, Neander, Gieseler, Michaëlis, Berlholet, Hug, Credner, Ewald, Bleek, Renan, l’admettent; tandis que Petau, Lardner, Eichhorn, de VVette, Reuss, Baur et toute son école la rejettent. L’opinion dominante dans l’Église depuis le IVe siècle a été que saint Paul, mis en liberté à Rome, après deux ans d’emprisonnement, reprit ses courses apostoliques jusqu’à sa seconde captivité. Cf. Nicéphore Calliste, H. E., il, 34, t. cxlv, col. 841.

1° Délivrance de V Apôtre. — On n’a, pour résoudre le problème, que des indications indécises, mais on peut en tirer les conclusions suivantes.

1. Le rapport de Festas. — D’après la narration des Actes, on peut inférer que le successeur de Félix aura envoyé à Rome un compte rendu favorable sur un prisonnier dont il avait reconnu l’innocence et qu’il aurait certainement relâché sans l’appel à l’empereur. Act.,xxv, 25; xxvi, 32. Dès lors, il est permis de conclure à l’heureuse issue de sa première captivité. L’acquittement officiel aura pu être retardé pour diverses raisons, mais il y a lieu de croire qu’il n’aura pas dépassé les deux années dont parle l’auteur des Actes, xxm, 30.

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