‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 50 sur 389 · MOQUERIE · texte numérisé non relu

MOQUERIE

n’ont souci ni du péché, Prov., xiv, 9; xxiv, 9, ni de la justice, Prov., xix, 28, méprisent tous les avis, qu’ils viennent de Dieu, Prov., I, 30; v, 12, ou de leur propre père, Prov., xv, 5, raillent ceux qui les reprennent, Prov., ix, 7, fomentent les querelles, Prov., xxii, 10; xxix, 8, et, bien loin d’arriver à la sagesse, Prov., xiv, 6, ne se plaisent qu’à leur propre moquerie. Prov., i, 22. L’auteur sacré rapporte plus au long les projets et les discours de ces moqueurs, Prov., i, 10-19, dont le livre de la Sagesse, n, 1-20, retracera un portrait plus détaillé. Saint Jude, 10, dira d’eux : « Ils blasphèment tout ce qu’ils ignorent, et, comme les bêtes sans raison, ils se corrompent dans ce qu’ils connaissent naturellement. ,» Ils ont été les libertins et les libres-penseurs de l’époque. Comme en définitive on ne se moque pas de Dieu, Gai., VI, 7, c’est Dieu qui se moquera des moqueurs, Prov., ni, 34; ils porteront la peine de leur faute, Prov., ix, 12, et trouveront leur châtiment. Prov., xix, 25, 29. — 2° Les moqueurs dataient de loin. Ceux qui se sont moqués de Dieu au désert ne virent pas la Terre Promise, Num., xiv, 23, et furent châtiés. Num., xvi, 30. Heureux qui fuit la compagnie de ces hommes impies, Ps. I, 1, qui méprisent Dieu. Ps. xi (x), 13. Ils se moquent de Dieu, Is., v, 24, mais Dieu les menace, Is., xxviii, 22, et les exterminera. Is., xxix, 20. Une des causes qui attirèrent les malheurs sur Israël fut que les princes eux-mêmes donnaient la main aux moqueurs. Ose., vu, 5. — 3° Notre-Seigneur voulut être luimême l’objet de la moquerie. On se moqua de lui quand il alla ressusciter la fille de Jai're. Mattli., ix, 24; Marc., v, 40; Luc., viii, 53. Les pharisiens se moquaient de lui. Luc., xvi, 14. Pendant sa passion, il fut en butte aux moqueries des valets du grand-prêtre, Mattli., xxvi, 67, 68 ; Marc., xiv, 65; Luc., xxii, 63-65; d’Hérode, Luc., xxm, 11; des soldats de Pilate, Matth., xxvii, 28-30; Marc., xv, 17-19; Joa., xix, 2, 3; des princes des prêtres, des membres du sanhédrin et des passants, Matth., .xxvii, 39-43; Marc., xv, 29-32; Luc., xxm, 35-37; des larrons, Matlh., xxvii, 44; Marc., xv, 32; Luc., xxm, 39; enfin des soldats de garde au pied de la croix et des autres assistants. Matth., xxvii, 47, 49; Marc., xv. 35.

IL La moquerie envers les hommes (hébreu : la'ag , m istêniâh, qélés, qallâsâh, sehoq, àerîqôt, èerêqdh; Septante : naiyvla, g.uy.T7)pi(7[j.ûç, ôvEt8tap.ôç, qé).wç, aa-ga, çauliap-ôç; cupiyga, <j-jpi<7p.oç; Vulgate : derisus, irrisio, suhsannalio, sibilus). — 1° Plusieurs verbes expriment l’acte de se moquer : hébreu : mûq, sâhaq, hâtai, ’ânag, tâ'a' ; Septante : y eX«v, xaxayEXâv, p.'jxvr,pc'leiv, ^Xsudi^Eiv, SiayTeuàÇsiv, -/.aTccppoveïv, Jvt puepâv; Vulgate : ridere, deridere, irridere, illudere, subsannare. — 2“ Jacob craint que, s’il se présente comme étant Ésati, son père ne pense qu’il se moque de lui. Gen., xxvii, 12. Job, xxx, 1, se plaint d’être la risée des plus jeunes, et ses détracteurs l’accusent de boire la moquerie comme Peau. Job, xxxiv, 7. Michol se moque de David qui danse devant l’arche. II Reg., vi, 20. Élie se moque des prêtres de Baal, qui ne peuvent faire intervenir leur dieu. III Reg., xvm, 27. Jérémie, xx, 7,8, constate que ses oracles attirent sur lui les moqueries. La captivité a puni les Israélites de leurs moqueries envers les envoyés de Dieu. Il Par., xxxvi, 16. La mère des Machabées se moquait du tyran en exhortant son dernier enfant. II Mach., vu, 27. Les Juifs se moquaient des Apôtres au matin de la Pentecôte, Act., n, 13, et les Athéniens se moquèrent de saint Paul sur l’Aréopage. Act., xvu, 32. —3° Eli général, la moquerie est le fait des méchants qui en veulent aux bons. Job, xii, 4; Ps. lxxiii (lxxii), 8 ; Is., lvii, 4. Mais arrivera un jour où les justes se riront de l’impie. Ps. lu (li), 8. — 4° Quand ils sont infidèles à Dieu, les Israélites deviennent la risée de ceux qui les entourent. Ps. xuv (xliii), 14; lxxix (lxxviii), 4. Samarie se moque île Jérusalem., Ezech., xxm, 32; Israël fait la risée des nations, Ezech., xxxvi, 4; l’Égypte

se moque des chefs israélites, Ose., vu, 16; tous rient de Jérusalem à cause de ses crimes, Ezech., xxii, 4 ; elle est l’objet des sifflets. ,Ter., xvm, 16; xix, 8; xxv, 9; xxix, 18. Mais ceux qui se moquent de Jérusalem viendront un jour à ses pieds. Is,, lx, 14. —5° On se moque des choses que l’on ne craint pas. La femme forte se moque de l’avenir. Prov., xxxi, 25. L’onagre se rit du tumulte des villes, Job, xxxix, 7, l’autruche se rit du cheval, Job, xxxix, 18, le cheval se rit de la peur, .Tob, xxxix, 22, et le crocodile se rit des piques. Job, xu, 20.

IL Lesètre.

MORALE, ensemble des règles qui commandent la conduite de l’homme envers Dieu, envers le prochain et envers lui-même.

I. Les principes généraux. — 1° La morale de l’Écriture Sainte suppose tout d’abord un Dieu créateur, qui commande à sa créature et a le droit d’en être obéi. Exod., xx, 2. Ceux qui disent : « Il rfy a pas de Dieu ! » sont des insensés qui tombent dans la corruption, commettent des abominations et ne font pas le bien. Le Dieu qu’ils nient tirera vengeance de leur folie volontaire. Ps. xiv (xiii), 1-4. — 2° Dès l’origine, Dieu, qui avait fait l’homme « à son image, selon sa ressemblance », Gen., i, 26, 27, par conséquent intelligent et libre, lui imposa sa volonté d’une manière expresse et positive, en annonçant que la transgression de cette volonté entraînerait une sanction. Gen., ni, 3. L’homme désobéit et fut châtié. Gen., m, 17-19. Néanmoins, dans sa déchéance, il ne perdit pas son caractère d’être moral, par conséquent intelligent et libre, et, bien qu’entamé par le mal, il garda le pouvoir et l’obligation de résister aux sollicitations du péché. Gen., iv, 7. Voir Liberté, col. 237. Dieu, du reste, à l’appel de la prière de l’homme, est là pour l’aider dans sa lutte contre le mal, Ps. çxli (cxl), 1-4, et, quelque difficile que soit cette lutte, la grâce divine le met toujours à même de triompher. II Cor., xu, 9. Voir Grâce, t. ni, col. 290. — 3° Une sanction est assurée à la morale. Cette sanction ne consiste pas seulement dans le sort ménagé sur la terre aux bons et aux méchants, voir Impie, t. m, col. 846; Mal moral, physique, col. 598-604; elle n’est complété et définitive qu’au moment où l’homme, par son âme immortelle, voir Ame, t. i, col. 466-472, entre dans son éternité. C’est pourquoi il est écrit : « En toutes tes actions souvienstoi de ta fin, et tu ne pécheras jamais. » Eccli., vu, 40 (36). Voir Jugement de Dieu, t. m, col. 1837-1843; Ciel, t. n, col. 751-756; Enfer, t. ii, col. 1795.

II. Les différentes sortes demorale. — Toute règle des mœurs a son origine dans la volonté souveraine de Dieu s’imposant à la créature. Cette volonté peut être essentielle, déterminant des règles qui découlent de la nature même de Dieu et ne sauraient être autres qu’elles ne sont : de là, la morale naturelle. Cette volonté peut aussi s’exercer librement, déterminant des règles qui découlent de la puissance, de la sagesse, de la bonté ou de la justice de Dieu, mais qui pourraient être autres qu’elles ne sont : de là, la morale positive.

1° La morale naturelle. — Cette morale tient à l’essence même de Dieu, à la nature de l’homme et aux rapports nécessaires de l’un vis-à-vis de l’autre. Elle est naturellement inscrite au cœur de l’homme, Rom., i, 18-23; H, 14, 16, et fait partie de sa conscience raisonnable, de sorte que l’homme ne peut l’ignorer, au moins quant à ses préceptes fondamentaux. Dieu d’ailleurs a jugé à propos de formuler cette loi au Sinaï, pour mieux la rappeler à son peuple et en faire la base de toutes ses autres prescriptions. Exod., xx, 2-17. Le Décalogue n’est autre chose en effet qu’un résumé de la loi naturelle. Seul, le troisième précepte, qui fait partie de la loi naturelle en ce sens que l’homme doit consacrer à Dieu une certaine portion de son temps et que lui-même, en vertu de sa constitution native, a besoin d’un repos régulier, est complété par la réglementation positive du temps

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à consacrer à Dieu et de la manière d’employer ce temps. Le Décalogue n’est pas le seul endroit des Livres Saints où il soit question de lois naturelles. Les Livres sapientiaux en particulier les rappellent fréquemment. Job, xxxi, 1-34, énumère différents devoirs à remplir vis-àvis de soi et vis-à-vis du prochain, la chasteté, la justice, la charité, la sincérité, etc. Les Proverbes forment un code assez détaillé de morale naturelle; on y trouve consignés les principaux devoirs envers Dieu, envers le prochain, envers soi-même, ceux de la vie domestique et de la vie civile, les exhortations à la fuite des vices, etc. Cf. Lesêtre, Le livre des Proverbes, Paris, 1879, p. 38-44.

Il en faut dire autant des Psaumes, de l’Ecclésiaste, de la Sagesse, de l’Ecclésiastique, et même des Prophètes, dans lesquels il est fait très souvent mention de préceptes de la loi naturelle et des conséquences graves que leur violation entraîne pour les individus et pour les sociétés. En permettant que ces préceptes tiennent une si grande place dans la Sainte Écriture, Dieu a voulu montrer qu’il ne jugeait pas indigne de lui de rappeler aux hommes que ces préceptes, si simple qu’en soit parfois l’objet, ont à ses yeux une très grande importance et qu’en somme ils constituent la base première et indispensable de toute la vie morale. Aussi, en plusieurs circonstances, les prophètes déclarent-ils que la pratique des vertus naturelles, justice, bonté envers le prochain, etc., l’emporte sur les préceptes de la morale positive. Is. , lviii, 3-7; Ose., vi,

6; Eccle., iv, 17; Matth., ix, 13; xii, 7. Saint Jacques, i, 27, dira même que la vraie religion, aux yeux de Dieu, consiste à prendre soin des orphelins et des veuves, et à se préserver pur de ce monde, par conséquent à pratiquer surtout deux préceptes naturels, la charité envers les déshérités et la fuite de la corruption.

2° La morale positive. — Elle comprend des préceptes ajoutés à la loi naturelle par la libre volonté de Dieu.

A vrai dire, Dieu n’a jamais laissé l’homme en face de la seule loi de la nature; mais il a pu arriver souvent que ses préceptes positifs fussent ignorés et que leur transgression n’entrainât par conséquent qu'une responsabilité atténuée sinon nulle. Trois législations successives ont manifesté la volonté divine imposée aux hommes.

— 1. La législation primitive. Un premier précepte positif fut imposé à nos premiers parents, celui de ne pas toucher au fruit de l’arbre défendu, et ils le trans- I gressèrent. Gen., ii, 17; m, 6. Après la chute, Dieu prescrivit à Adam le travail, que la loi naturelle lui imposait déjà ; mais la volonté divine intervint à ce sujet, parce qu’au travail s’ajoutait désormais la peine, et par conséquent une certaine répugnance delà nature.

Il faut également attribuer à une volonté positive de Dieu l’institution et la réglementation des sacrifices, qui apparaissent dès Caïn et Abel, Gen., iv, 3, 4, ainsi que l’invocation du nom de Jéhovah, mentionnée dès l’époque d’Énos, fils de Seth. Gen., iv, 26. Au temps de Noé existe déjà la distinction des animaux purs et impurs, au point de vue des sacrifices. Gen., vin, 20. Dieu intervient après le déluge pour ordonner à Noé et à ses entants de se multiplier et de remplir la terre, leur permettre de se nourrir des animaux, et leur défendre cependant de manger la chair contenant encore le sang. Gen., ix, 1-4. Cette défense n’eut cependant pas J le caractère de l’universalité et de la perpétuité, bien 1 que les Israélites l’aient observée rigoureusement et j que les Apôtres en aient rappelé l’obligation. Act., xv, j 29. Dieu manifesta encore ses volontés particulières à Abraham et aux patriarches, tantôt pour commander au père du peuple choisi des choses qui le concernaient personnellement et requéraient son obéissance en vertu de la loi naturelle elle-même, Gen., xii, 1; xxii, 2, 12, tantôt pour prescrire des institutions qui devaient s’imposer à toute sa race. Gen., xvn, 11-14. — 2. La législation mosaïque. Ce fut celle que Dieu fit promul- j guer par Moïse. Elle ne concernait que le seul peuple !

hébreu, quant à ses dispositions positives, et perdit son caractère d’obligation après l’accomplissement de la rédemption. Voir Loi mosaïque, col. 329-347. — 3. La législation évangélique. Promulguée parNotre-Seigneur, elle fixa la forme définitive que devait avoir la morale pour conduire l’homme au salut. Voir Loi nouvelle, col. 347-353. Cette morale comprend à la fois des préceptes auxquels tous sont rigoureusement tenus d’obéir sous peine de péché, voir Péché, et des conseils dont la pratique ne s'impose pas à tous, mais qui sont destinés à mener les âmes à une plus haute perfection. Voir Conseils évangéliques, t. n, col. 922-924.

III. Le progrès des idées morales. — 1° A l’origine. — Il ressort des premiers récits de la Genèse que la morale n’est pas le résultat d’une évolution de la conscience humaine, prenant peu à peu possession d’ellemême et s’imposant des lois d’abord rudimentaires, puis plus élevées et plus compliquées. Le premier homme apparaît au contraire comme le sujet intelligent d’un Dieu qui lui commande et qui châtie sa désobéissance, tout en lui ménageant le moyen de se relever. L’atteinte à la vie humaine, crime dont le premier fils d’Adam se rend coupable, n’a pas du tout le caractère d’un acte demi-inconscient, comme celui de la brute qui lutte pour la vie sans se soucier du droit que les autres ont à vivre, eux aussi. Cf. Horace, Sat., I, ni, 99-114. Caïn homicide n’a agi qu’après délibération consciente, Gen., iv, 5-7 ; il cherche à dégager sa responsabilité en quelque manière, Gen., iv, 9, mais il se rend très bien compte de sa culpabilité et se reconnaît digne du châtiment. Gen., iv, 13, 14. Aussitôt Dieu intervient pour formuler ce principe de haute moralité, qu’à lui seul appartient l’exercice suprême de la justice, et que l’homicide commis par Caïn n’autorise personne à ravir la vie à qui que ce soit. Gen., iv, 15. Ainsi, au point de vue de la moralité, l’homme n’est pas un sauvage qui s’élève peu à peu des régions de l’inconscience et de l’irresponsabilité; c’est un être intelligent, recevant dès le premier instant la loi de son Créateur, y contrevenant ensuite librement, se dégradant lui-même par cette première transgression, mais gardant toujours la claire notion du bien et du mal, avec la possibilité, ménagée par la grâce divine, de maintenir ou de relever sa vie morale à un niveau supérieur.

2° A l’époque patriarcale. — Pendant que, chez les peuples idolâtres, le niveau de la morale ne cessait de s’abaisser, Sap., xiv, 22-31, pour aboutir à des excès dont la conscience ne savait même plus s’émouvoir, cf. de Broglie, La morale sans Dieu, Paris, 1886, p. 1-65, des idées plus pures et plus élevées sur la nature et l’action de Dieu maintenaient chez les patriarches, ancêtres du peuple hébreu, une moralité bien supérieure. « Marche devant ma face et sois irréprochable, » Gen., xvil, 1, fut-il dit à Abraham. Se conduire en toutes choses avec la conscience d’être vu par Dieu constituait, en effet, une excellente règle de vie morale. Mais encore cette règle n’était-elle pas capable de déterminer et d’empêcher à elle seule dans le détail tout ce que le regard divin pouvait approuver ou réprouver. Aussi, à côté de la grande foi et de l’obéissance des patriarches, la Sainte Écriture signale-t-elle dans leur histoire des actes ou des pratiques répréhensibles. Telles sont les dissimulations d’Abraham à son voyage en Égypte, Gen., xii, 11-16, et pendant son séjour à Gérare, Gen., xx, 2, 3; les procédés employés par Rébecca pour assurer à Jacob la bénédiction d’Isaac, Gen., xxvii, 13-27 ; les fourberies de Laban à l’égard de Jacob, Gen., xxix. 21-30; la conduite des fils de .Jacob envers leur frère Joseph, Gen., xxxvu, 18-36, conduite dont la culpabilité n’éveille que tardivement les remords de leur conscience, Gen., xlii, 21; le meurtre par Moïse d’un Égyptien qui frappait un Hébreu, Exod., ii, 11. 12, dernier cas qui comporte, il est vrai, des circonstances très atténuantes, etc. D’odieux

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crimes sont commis par Simeon et Lévi, Gen., xxxiv, 25-31, et d'indignes libertés sont prises par Juda et Thamar, Gen., xxxvm, 13-26, sans que la pensée de Dieu arrive à contrebalancer l’influence de passions violentes. De plus, c’est à ces ancêtres d’un peuple à tête dure que remontent la polygamie et le divorce, dont la loi mosaïque sera obligée de tolérer l’usage.

3° Sous les Juges. — Dès l’époque des Juges, après la disparition de la génération qui avait vu les merveilles dont avait été accompagnée la conquête du pays de Chanaan, il s’éleva d’autres générations oublieuses de Jéhovah et de ses œuvres. Jud., il, 10. Les patriarches n’avaient servi que le vrai Dieu; ils s’étaient détournés fidèlement des fausses divinités adorées par leurs ancêtres ou leurs voisins. Des Chananéens idolâtres et grossièrement immoraux, qui continuèrent à vivre au milieu d’eux, les Israélites reçurent les pires exemples; ils ne furent que trop portés à les imiter. L’idolâtrie entra rapidement dans leurs goûts et dans leurs mœurs. Les châtiments répétés qu’elle leur attira ne les corrigèrent point. Le culte des idoles entraîna naturellement les plus lamentables conséquences pour la moralité des Israélites. Le crime de Gabaa, Jud., xix, 22-30, mit en mouvement toute la nation. Les Benjamites n’hésitèrent pas à prendre parti pour l’auteur de l’attentat, qui était de leur tribu; les autres Israélites entrèrent en lutte contre eux et exterminèrent presque totalement la tribu. La loi de Moïse ne réussissait pas à prévenir tous les crimes; les interventions divines elles-mêmes n’amenaient que des conversions momentanées. La conduite impie et avare des fils d’Héli et la coupable inertie de leur père montrent que, même parmi les membres les plus qualifiés du sacerdoce, la moralité était descendue à un degré inférieur. I Heg., il, 12-17, 22-29. Toutes ces circonstances étaient peu favorables au progrès de la morale. L'historien sacré résume cette époque en disant que « chacun faisait ce qui lui semblait bon ». Jud., xxi, 24. Ces paroles, sans doute, caractérisent l’état social. Mais on peut, au moins dans une certaine mesure, les appliquer aux mœurs, que devaient régler la loi naturelle et la loi mosaïque, mais dont aucune autorité vivante ne corrigeait efficacement les écarts et ne relevait le niveau.

4» Sous les rois. — Avec Samuel, modèle de religion et d’intégrité, I Reg., xii, 3-6, la loi morale reprit faveur en Israël. Samuel inaugurait le ministère que tant de prophètes devaient continuer après lui. Ce ministère exerça sur les mœurs d’Israël une efficace et heureuse influence, qui aurait encore été augmentée par la centralisation religieuse et administrative, si les exemples donnés par les rois n’avaient souvent produit un effet tout opposé. Samuel affirma solennellement la nécessité de l’obéissance à Jéhovah, en appuyant celte obéissance par la promesse des récompenses et l’indication des châtiments. Il prit soin que le roi ne concentrât pas dans ses mains le pouvoir politique et le pouvoir sacerdotal, ce qui eût pu mettre la morale à la merci du prince. I Reg., xm, 13, 14. 11 rappela à Saiil, en lui signifiant la sentence qui le rejetait, qu’aux yeux du Seigneur « l’obéissance vaut mieux que le sacrifice », I Reg., xv, 22, principe qui établissait péremptoirement la prééminence de la loi morale sur la loi cérémonielle. Le roi David avait certainement des idées morales très élevées, comme le prouvent beaucoup de ses Psaumes. Voir David, t. il, col. 1323. Il n’en commit pas moins de grands crimes, sous l’empire de la passion. Il resta près d’une année entière sans prendre souci de ses forfaits. Il fallut une intervention du prophète Nathan pour qu’il se décidât à dire : « J’ai péché. » II Reg., xi, 2-xii, 13. On doit admettre, en cette conscience royale, non l’ignorance de la loi morale, puisque David prend toutes les précautions pour cacher sa conduite, mais une inconcevable faiblesse de volonté devant les sommations de la passion. Néanmoins, en David apparaît ce qu’on n’a pas

encore vu dans les âges précédents : un repentir profond et sincère, une émouvante expression de ce repentir dans les Psaumes, une résignation humble et constante pour accepter les épreuves qui sont la condition de l’expiation et enfin un effort énergique pour faire remonter sa vie morale au niveau qui convient. On voit que, si le mal est encore puissant, même sur les meilleures âmes, celles-ci comprennent qu’il faut s’en dégager et faire effort pour assurer en soi le triomphe de la loi, expression de la volonté divine. Sur le point de mourir, David exhorte son fils Salomon à la fidélité envers le Seigneur,, mais il n’a pas d’autre motif à lui suggérer que celui de la prospérité temporelle. Puis, il lui recommande d'exercer après sa mort certaines vengeances dont lui-même a dû s’abstenir par serment. III Reg., n, 3-9. De la part du « saint roi », instruit de son devoir, pieux, repentant, arrivé au terme d’une carrière dans laquelle l’action de Dieu avait tenu tant de place, il y a là des actes qui montrent que bien des délicatesses commandées par la morale n’étaient encore ni comprises, ni senties. Son fils, Salomon, objet de tant de faveurs singulières de la part du Seigneur, scandalise et démoralise ses sujets par son luxe et ses complaisances inexplicables envers: l’idolâtrie étrangère. Après le schisme, les mœurs baissent sensiblement. La Sainte Écriture en fait porter la responsabilité aux rois impies qui ont « fait pécher Israël », Jéroboam, III Reg., xm, 34; xiv, 16, etc.; Baasa

III Reg., xvi, 2; Éla, III Reg., xvi, 13; Zamri, 111 Reg., xvi, 19; Amri, III Reg., xvi, 26; Achab, III Reg., xxi, 22;. Ochosias, III Reg., xxn, 53, et, en Juda, Manassé.

IV Reg., xvn, 21 ; xxi, 11. Sans doute, durant cette période, il ne manqua pas de vrais Israélites dont la vie eut une grande dignité morale. Chez plusieurs rois même, Josaphat, .Toas, Azarias, Joatham, Ézéchias, Josias, pendant tout le cours ou la plus grande partie de leur règne, on constate une piété et une vertu qui égalent celles de David ou ne s’en éloignent guère, sans connaître les graves écarts de ce dernier. Néanmoins, dans l’ensemble de la nation, la morale, peut-être mieux expliquée et mieux comprise, finit pourtant par être de moins en moins pratiquée.

5° Chez les prophètes. — C’est surtout dans les paroles et les écrits des prophètes que l’on peut constater, durant la période royale, le mouvement progressif des idées morales chez les Hébreux. Les prophètes en sont constitués les gardiens et les promoteurs. « Empêcher la Loi de tomber dans l’oubli, en recommander sans cesse l’exacte observation, réprimer l’idolâtrie et toutes les autres violations de la Loi, préparer ainsi Israël à la venue du Messie, qui est la fin de la Loi, telle était la mission des prophètes. Ils l’ont accomplie avec une parfaite impartialité; n’ayant en vue que l'honneur de Dieu et le bien du peuple, ils s’adressaient aux grands et aux petits... Presque toujours ils avaient à braver l’opinion de leur temps; mais ils étaient munis d’un courage invincible. » J. -B. Pelt, Hist. de l’Ancien Testament, Paris, 4e édit., 1904, t. il, p. 144. Dieu prit soin de les envoyer aussi bien à Israël qu’à Juda.

1. Le prophète Élie, à une époque où l'idolâtrie exerce une intluence prépondérante, a mission de restaurer le sentiment de la crainte de Dieu en annonçant ou en faisant exécuter les châtiments mérités. III Reg., xvn,

1 ; xviii, 40; IV Reg., 1, 16. En même temps, il récompense magnifiquement la charité d'une pauvre femme du peuple, 111 Reg., xvii, 44, 23, eta des ménagements pour le repentir momentané d’Achab. III Reg., xxi, 29. Elisée continue le ministère d'Élie, de manière à confirmer l’idée des conséquences temporelles attachées par Dieu au bien, IV Reg., iv, 5-7, 35; v, 14, ou au mal. IV Reg., v, 27, etc. — 2. Les prophètes écrivains insistent également sur l’idée de la sanction temporelle qui suit le bien ou le mal, surtout quand il s’agit des nations. Joël, i, 13-15, invite les pécheurs au repentir

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et à la pénitence effective, mais toujours en considération du châtiment à craindre. Il veut qu'on prie pour obtenir le pardon, et fait intervenir dans celte prière la notion déjà plus désintéressée de la gloire de Dieu : « Épargnez votre peuple, » car les autres diraient :

« Où est leur Dieu? » Joël, n, 17;cf. Ps. cxv (cxm), 1, 2. De fait, il ajoute immédiatement : « Jéhovah a été ému de jalousie pour sa terre. » Joël, il, 18. — 3. Avec Jonas s’introduit, d’une manière très concrète, cette autre idée, que Dieu s'intéresse au sort de tous les hommes et qu'il est sensible à leur repentir, quels que soient d'ailleurs leurs méfaits, leur nationalité, leur croyance. Jonas est personnellement rebelle à l’acceptation de cette idée de la pitié divine envers tous; il faut que Dieu lui fasse sévèrement la leçon. Jon., iv, 10, 11. — 4. Amos remet en lumière la pensée déjà formulée par Samuel, I Reg., xv, 22, que l’obéissance ponctuelle aux préceptes liturgiques ne signifie rien et ne sauve pas du châtiment, si l’on n’y joint la pratique des vertus morales. Am., iv, 4-12; v, 4-6, 21-25; vi, 12. — 5. Osée va plus loin ; il montre que le culte lui-même est profané, spécialement par les prêtres et les chefs du peuple, qu'on ne saurait par conséquent compter sur lui pour suppléer aux vertus absentes. Ose., iv, 1-v, 12; vu, 3-7. Et pourtant, observe-t-il. Dieu a témoigné à son peuple un amour incomparable, Ose., xi, 1-4; ce peuple ne devrait-il pas comprendre l'obligation d’aimer ce Dieu qui l’a prévenu depuis Abraham et Jacob? Ose., xn, 5-7. — 6. Isaïe proclame lui aussi la supériorité de la loi morale sur la loi cérémonielle. Is., i, 10-20. Il provoque la reconnaissance d Israël envers un Dieu qui a tout fait pour lui. Is., v, 1-7. Tout en annonçant les châtiments prochains, il fait entrevoir le Messie futur, modèle de bonté et de justice, Is., xlii, 1-4, sauveur de son peuple et de tous les habitants de la terre, Is., xlv, 14-25, par ses souffrances et sa mort volontaire etexpiatrice. Is., lui, 1-12. Tel est le divin idéal placé sous les yeux d’Israël ; pour en approcher, il faut se rendre digne de la rédemption par la pénitence qui expie, par la pratique loyale de la justice et delà charité, 1s., lviii, 5-7, et par cette largeur de vue qui, loin de restreindre aux seuls Israélites la possibilité du salut, l’étend à toutes les nations et à tous les hommes. Is., lx, 4-9. Avec le grand prophète, la morale commence donc déjà à être éclairée de quelques-unes des lueurs de l’Évangile. — 7. Après avoir attiré l’attention des grands et des riches sur la responsabilité que leurs exemples pervers leur font encourir, Miellée, vi, 8, reprend le thème de ses prédécesseurs sur l’insuffisance des observances rituelles et conclut que Jéhovah demande avant tout à son peuple « de pratiquer la justice, d’aimer la miséricorde et de marcher humblement avec son Dieu ». — 8. Ces prophètes ont écrit pendant la période des invasions assyriennes. Ils travaillaient à élever le niveau des idées morales, mais ne paraissent pas avoir été toujours compris. — 9. Pendant la période des invasions chaldéennes, Sophonie, n, 3, annonce encore les châtiments, mais recommande aux humbles du pays, restés fidèles à la loi divine, de rechercher la justice et l’humilité, afin d’échapper à la colère de Jéhovah. — 10. Cependant les mœurs ne s’amendent pas. Jérémie, vu, 1-28, reproche à ses compatriotes leur vaine confiance dans leur Temple et dans leurs sacrifices. Leur grand crime est d’avoir foi en l’homme et non en Jéhovah. .1er., xvn, 5-7. Un temps viendra cependant où Dieu mettra sa loi au dedans d’eux, l’écrira sur leur cœur et sera leur Dieu comme ils seront son peuple. .Ter., xxxi, 30. Ce sera le temps du Messie, par l’action duquel la morale atteindra sa perfection. Cf. II Cor., ni, 3-11. —11. Ézéchiel, xvm, 25-29, établit cette règle que « la voie du Seigneur » procure seule la justice et la vie, même pour le pécheur, et que ce n’est pas à l’homme à opposer sa prétendue rectitude à celle de Dieu. Dans sa description du royaume

messianique, il montre Dieu paissant lui-même son troupeau avec justice, Ezech., xxxiv, 15, 16, 31, le sauvant « par pitié pour son saint nom », donnant à ses enfants un cœur nouveau et un esprit nouveau, Ezech., xxxvi, 16-27, et régnant dans la cité restaurée qui s’appellera : « Jéhovah est là. » Ezech., xlviii, 35. C’est l’annonce de la loi de grâce, qui comportera la résidence du Dieu Sauveur au milieu de son peuple et dans le cœur même de ses enfants.

6° De la captivité au dernier prophète. — 1. Au sein de la captivité, Daniel élève très haut par ses exemples l'idéal de la morale. On le voit refuser les mets de la table royale pour ne pas se souiller, Dan., I, 8, prendre en main, avec une singulière énergie, la défense de la justice, Dan., xm, 48-62, garder fidélité à la loi de ses pères au péril de sa vie et prier trois fois le jour en se tournant vers Jérusalem. Dan., vi, 6-17, etc. Au milieu des grandeurs, le prophète reste un vrai serviteur de Jéhovah, soumis à la loi mosaïque, entendue dans son vrai sens, mais en même temps zélé pour la pratique des grandes vertus morales, charité, justice, humilité, détachement des biens de ce monde, etc. Le même idéal inspire ses trois compagnons, ainsi que Joakim et sa femme Susanne, comme il avait inspiré déjà Tobie et bien d’autres, sans doute. — 2. Zacharie rappelle que les pratiques extérieures, comme le jeune, n’ont de valeur morale que si elles sont accompagnées d’une vraie justice et d'une charité sincère envers tous. Zach., vu, 4-10; vin, 14-17. Il promet la venuede l’espritde grâce et de supplication, et la purification des âmes que procurera le Messie. Zach., xii, 10; xm, 1. —3. Enfin Malachie revient encore sur l’inutilité de rites cultuels que n’accompagne pas la pratique des grandes vertus morales; Dieu n’en veut décidément plus, et il se prépare un sacrifice qui sera digne de lui. Mal., I, 6-14 ; m, 1-4. — 4. Ainsi tout l'effort des prophètes tend à un double but : donner aux œuvres légales et liturgiques, qui sont commandées par Dieu, la valeur qu’elles comportent en y joignant la pratique sérieuse des vertus morales, sans lesquelles rien ne peut plaire à Dieu; puis, montrer dans le règne messianique l'idéal religieux et moral vers lequel doivent tendre les âmes.

7° Du dernier prophète à l’Évangile. — 1. Pendant le temps qui s’écoula entre le dernier prophète et la venue du Sauveur, les appels à une vie morale supérieure furent entendus par beaucoup d'Israélites, qui ne se laissèrent détourner du progrès spirituel ni par les exemples que donnaient les plus qualifiés de leurs compatriotes, ni par les séductions ou les violences des étrangers. Dans l’Ecclésiastique, le fils de Sirach rappelait avec autorité les préceptes de la morale traditionnelle et citait en exemple les Israélites illustres qui en avaient fait la règle de 'leur vie. L’auteur de la Sagesse montrait un idéal encore plus élevé, en entr’ouvrant plus largement les horizons de l’autre vie. Enfin, les Machabées, animés par le zèle de la Loi, pratiquaient certaines vertus au degré héroïque et sacrifiaient leur vie pour assurer à la fois l’indépendance de leur nation et leur liberté religieuse. Ce qui donne le mieux l’idée de ce que pouvait être la morale théorique et pratique chez les pieux Israélites des derniers temps, c’est le spectacle admirable que présentent tant de personnages qui apparaissent dans l’Évangile, après avoir été élevés sous la Loi ancienne, Zacharie et Élisabeth, Joseph, Siméon, Anne, sans parler de Marie et de Jean-Baptiste; puis, plus tard, Nicodème, Nathanaël, Lazare et ses sœurs, et d’autres en grand nombre dont la loi de grâce perfectionna la vertu. D’Abraham et de David à Jean-Baptiste, on sent que d’énormes progrès ont été opérés, bien que l’inlluence évangélique en prépare de plus grands encore. — 2. D’autre part, tous les efforts des maîtres en Israël tendirent, durant celte période, à confondra

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l’idéal du bien avec une fidélité minutieuse et servile à la Loi, celle loi « qui n’amena rien à la perfection ». Heb., vu, 19. Tout se résumait pour eux dans une obéissance scrupuleuse à la Loi, en vue d’une récompense prochaine que devait leur assurer le Messie temporel qu’ils imaginaient. C’était vraiment le zèle de la Loi, non le zèle religieux et désintéressé des Machabées,

I Mach., il, 27, mais un zèle qui n’était plus conforme à la sagesse. Rom., x, 2. De là les pratiques dont l’observance méticuleuse cevait conduire le vrai Juif à la perfection : le sabbat avec ses multiples conditions, la pureté et l’impureté légales, les marques extérieures de religion, phylactères, prières rituelles, etc., la distinction entre les aliments, etc. « C’était un formidable fardeau qu’une fausse légalité faisait peser sur les épaules du peuple. Matth., xxm, 4; Luc., xi, 46. Rien n’était abandonné à la liberté individuelle, tout était placé sous le joug de la lettre. A chaque pas, à chaque mouvement, l'Israélite zélé pour la Loi devait se demander : Qu’est-il ordonné? Pour aller et venir, pour le travail d’état, pour la prière, pour le repas, à la maison ou dehors, de l’heure la plus matinale jusqu’à la plus tardive, de la jeunesse à la vieillesse, un formalisme mort et mortel lui imposait sa contrainte. Une saine vie morale ne pouvait se développer sous un pareil faix Au lieu d’obéir à une impulsion intérieure, c’est surtout du dehors qu’elle recevait la règle qui la faussait. Pour celui qui prenait celle-ci au sérieux, la vie était un supplice continuel. Car, à tout instant, il était en danger de transgresser la loi, d’autant plus qu’à cause du formalisme extérieur dont il dépendait, il était souvent dans l’incertitude d’avoir réellement satisfait à la loi. D’autre part, l’orgueil et les ténèbres étaient presque inévitables chez celui que la connaissance et la réglementation de la loi érigeaient en maître.

II pouvait se dire qu’il avait satisfait au devoir, parce qu’il n’avait rien négligé et avait accompli toute justice. Mais il n’en est pas moins certain que cette justice des scribes et des pharisiens, Matth., v, 20, qui regardait de haut les pécheurs avec d’orgueilleuses pensées à l’égard de Dieu, Luc., xviii, 9-14, et faisait pompeusement parade de ses œuvres aux yeux du monde, Matth., vi,2; xxm, 5, n’était ni vraie ni agréable à Dieu. » Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes im Zeit J. C., Leipzig, t. n, 1898, d. 495, 496. Tel était l’idéal moral substitué à celui des prophètes et des pieux Israélites par les docteurs qui ont précédé immédiatement la promulgation de l’Évangile.

8° Bans l’Évangile. — Avec le Nouveau Testament, les lumières et les grâces se multiplient : la morale devient en conséquence plus élevée, d’une pratique plus difficile, et toutefois, à raison des exemples, des mérites et des secours spirituels venant de Jésus-Christ, plus universellement connue, comprise et suivie, non plus seulement parmi le peuple juif, mais chez les nations qui peuplent le monde entier. Il y a progrès au point de vue de l’élévation des préceptes, de l’esprit intérieur qui doit en inspirer la pratique, du nombre et de la diversité’des âmes qui en font la règle de leur vie. Cf. S. Irénée, Adv. hæres., iv, 11, 37, 38, t. vu, col. 1002-1003, 1103-1109. La morale évangélique, tout en s’élevant beaucoup plus haut que celles qui l’ont précédée, part pourtant du même principe naturel, le Décalogue. L’Église, interprète de la pensée du Sauveur et de son Évangile, n’apporte que deux modifications, moins à la lettre qu’à la disposition du Décalogue. Pour les Hébreux, le premier précepte commandait de considérer Jéhovah comme le seul Dieu, et le second défendait de faire des images taillées ou peintes pour les adorer. Sous la loi évangélique, le péril de l’idolâtrie est écarté et les deux anciens préceptes peuvent être réunis en un seul, qui commande l’amour et le culte de Dieu. Par contre, le dixième précepte du Décalogue est décomposé en deux, sous la loi évangélique, afin de réprouver distinc-

tement les désirs contraires à la chasteté et ensuite 1 ceux qui sont contraires à la justice. « Au peuple grossier que conduisait Moïse, il fallait interdire par un précepte spécial l’idolâtrie; il n’était pas opportun d’entrer dans trop de détails sur les péchés de pensée, j Au peuple chrétien, il n’est plus nécessaire de défendre l’idolâtrie extérieure; en revanche, il faut pénétrer plus avant dans le cœur. Ainsi la nouvelle division est justifiée. » De Broglie, Confér. sur l’Idée de Dieu dans VA. T., Paris, 1890, p. 178-190. Ainsi le progrès s’accuse jusque dans la formule des préceptes élémentaires.

IV. Les codes de la morale. — 1° La morale mosaïque est codifiée dans le Pentateuque, dont les quatre derniers livres ont précisément pour but de formuler les préceptes imposés aux Hébreux. Voir Pentateuque. Ces préceptes sont rappelés incidemment dans les autres livres de l’Ancien Testament, et surtout dans les écrits des prophètes. Certains autres livres, les livres poétiques et sapientiaux, s’occupent encore davantage de morale et entrent souvent dans le détail des devoirs naturels ou positifs. Voir Écclésiaste (Le livre de l’), t. ii, col. 1537; Ecclésiastique (Le livre de l’), t. ii, col. 1550-1553; Job, t. ni, col. 1575; Proverbes, Psaumes, Sagesse. — 2° La morale évangélique est beaucoup moins codifiée que celle de Moïse. Le discours sur la montagne en résume les points principaux qui avaient besoin d’être mis en relief au regard de la loi ancienne. Matth., v-vn; Luc., vi, 20-49. Mais les autres préceptes sont épars à travers les écrits des évangélistes. Sur l’ensemble de cette morale, voir Jésus-Christ, t. ni, col. 1486-1487. Dans leurs Épitres, les Apôtres rappellent l’enseignement moral du Sauveur ou touchent à d’autres points passés par lui sous silence. Voir t. n, col. 870, 991, 1861; t. ni, col. 75, 550, 1097, 1198. Mais ces documents écrits ne présentent la morale évangélique ni dans son ensemble, ni d’une manière didactique et complète. C’est par voie d’enseignement oral que les Apôtres, et par conséquent l’Église, ont reçu mission d’apprendre aux hommes à garder tout ce que le Sauveur a commandé. Matth., xxvm, 20. — Consulter aussi, au sujet de la morale, les articles qui traitent des vertus, Aumône, t. i, col. 1244; Charité, Chasteté, t. ii, col. 591, 624; Humilité, t. ni, col. 777; Miséricorde, t. iv, col. 1130; etc., et ceux qui traitent des vices et. des péchés, Adultère, Avarice, Blasphème, 1. 1, col. 242, 1285, 1806; Colère, Fornication, Fraude, t. ii, col. 883, 2314, 2398, Gourmandise, Ignorance, Incontinence, Ingratitude, Injustice, Ivresse, t. iii, col. 281, 837, 870, 877, 878, 1048; Luxure, Moquerie, t. iv, col. 436, 1258, etc.

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