‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 56 sur 389 · MORE H (COLLINE DE · texte numérisé non relu

MORE H (COLLINE DE

Les indications bibliques et la suite du récit ne permettent pas d’en douter. Le texte hébreu, en effet, place le camp de Madian au nord de la fontaine Harad et du camp de Gédéon : « Gédéon se leva, dit-il, et tout le peuple qui était avec lui, et ils campèrent à la fontaine Harad; et le camp de Madian était pour lui au nord, à partir de la colline Môréh, dans la vallée, » hâyâhlô mis-sâfôn. Jud., vu, 1. Les Septante ont lu de même : TTapsjj-ooVi; MaSiàp. yjv aurai àno [îoppâ ànb raêaaOp.wpat ev xoO.avt. C’est le Djebel Daliy clairement indiqué. Le camp de Madian se développait au pied de la colline, entre elle et la fontaine, dans la vallée, c’est-à-dire partie sans doute dans le Merci) et partie dans Youâta’ Djâloud. — Les allées et venues de Gédéon se comprennent ainsi facilement. Il en est de même de la suite du récit. Quand le bruit des trompettes et l’éclat des lampes de l’armée de Gédéon eurent répandu le trouble et la terreur dans le camp ennemi, les Madianites prirent la fuite en se dirigeant vers Bethsetta et la vallée du Jourdain. Jud., vii, 23-24. Le nom de ùitlah se retrouve aujourd’hui dans celui du petit village de Satta’, situé à 12 kilomètres au sud-est de Soulam, au pied des collines qui prolongent le Djébel Dahy vers l’est et sur le chemin qui, suivant leur base méridionale, se dirige toujours au sud-est, vers le Jourdain. C’est la direction que devaient suivre les fuyards pour regagner leur pays; leur point de départ pour fuir était donc au nord-est de Satla’ , là où est Soulam et le Dahy.

II. Le récit de la. Vulgate. — Le récit de la Vulgate est loin d'être aussi précis. « Gédéon, y lit-on, se levant de nuit, et tout le peuple avec lui, but à la fontaine qui est appelée Harad ; le camp de Madian était dans la vallée, au côté septentrional de la grande colline, in valle ad septentrionaleni plagarn collis excelsi. Au lieu de rattacher l’indication, rni?-sdfôn, « au nord, » à Gédéon et à son camp, le traducteur la rapporte à la colline et fait de liâyâli-lô, « se trouvait » au lieu de « était (avec le complément lô), par rapport à lui ». Avec cette interprétation la situation de la colline n’est plus déterminée, alors que le narrateur semble cependant avoir voulu faire connaître la positon respective des deux camps. Et puis, grammaticalement aussi bien que logiquement, lô, masculin, se rapporte nécessairement à Gédéon et non à mahânéh, féminin; pour traduire « se trouvait » il faudrait, hâyâli-lâh ; enfin le récit lui-même ne comporte pas cette traduction.

Malgré tout il faudra toujours chercher la colline de Môréh au Djébel Dahy ou à l’un des sommets du petit massif auquel il appartient. On ne peut en effet supposer une des collines de la chaîne de Carmel ni des monts de Nazareth bordant la plaine où les démarches de Gédéon seraient absolument impossibles; on ne peut davantage s’arrêter au Djebel Foqou'a ou mont de Gelboé, où la fuite. vers Satla', au nord, serait un contresens. Mais en plaçant le camp de Madian au nord du Djébel Dahy, le chemin de 12 kilomètres environ qu’a à faire trois fois Gédéon serait une course un peu longue avant le combat. Puis Gédéon avec sa petite troupe, arrivant du sud. coupait la retraite aux Madianites qui ne devaient plus fuir vers le sud-est, et vers Satta', mais se trouvaient contraints de s’échapper par le nord, pour gagner Youadi Sarrâr qui sépare le massif du Dahy du Thabor, et aboutit, par Youadi el-Bireh, à la vallée du Jourdain. De toute manière, il appparait que le traducteur a été induit en erreur par la particule mi, -, mig-gibeat Môréh, laquelle était peutêtre primitivement z, be-gibat, et qu’on lisait : « le

carnp de Madian était par rapport à lui (Gédéon) au nord, près du mont Môréh, dans la vallée. » En tout cas. et si l’on admet la lecture ., la seule interprétation

possible n’en est pas moins celle des Septante indiquant

clairement, avec le texte hébreu, le mont Môréh au Djébel Dahy , ou, si I on aime mieux (ce à quoi rien ne parait s’opposer), à tout le petit massil dont le Dahy fait partie.

III. Le NOM DE « PETIT HeRMON )) ATTRIBUÉ AU DAHY. — Le mont Môréh, si l’on devait s’en rapporter à l’appellation des pèlerins étrangers, qui désignent fréquemment et depuis assez longtemps le Djébel Dahy sous le nom de « petit Hermon », serait identique aux Hermoniim a monte modico de Ps. xli, 7. Cette désignation prétend s’appuyer sur le mot de saint Jérôme, Epist. cvm, ad Eustochium, t. xxii, col. 889, montrant à sainte Paule romaine, du sommet de Thabor, « contemplant au loin, les monts Hermon et Hermoniim et la vaste plaine de la Galilée, » inspiré sans doute par la parole du Psaume lxxxviii, 13 : « Le Thabor et l’Hermon tressailleront à votre nom. » Outre l’inexactitude de la traduction de l’hébreu : mê-érés Yardén ve-Hérmônîm , mêhar Mis'âr, « de la terre du Jourdain et des Hermoniim, [et] du mont Misar » (hébreu : xlii, 7), la double hypothèse n’est point fondée. Le rapprochement idéal du Thabor et d’Hermon dans le Psaume n’implique aucunement un voisinage physique et saint Jérôme nous montre les Hermoniim « loin », procul, du Thabor et du Djébel Dahy. Voir Hermoniim, t. ni, col. 637, et Mitsar, t. iv, col. 1135.

IV. Description. — Le Djébel Dahy est le principal sommet d’un petit massif de collines, à base calcaire mais couvertes de pierres volcaniques, complètement séparé du Thabor et des monts de la Clalilée inférieure par la large vallée du Sarrâr. Il s’avance sur la plaine semblable à un immense promontoire d’où l’on peut surveiller toute la contrée. Sa hauteur au-dessus de la Méditerranée est, d’après la carte de Palestine de Y Exploration Fund. de 515 mètres et 460 au-dessus du Merci j ibn-Amer. Le Tell 'Adjjoul qui le continue au nord-est n’a plus que 334 mètres d’altitude, la colline de Qoumiéh, au sud-est, et non loin de laquelle est le village de Satta', 255, et celle de Taiibch, à l’est, 126 seulement. A la partie supérieure du mont est un Maqâm , ou petit sanctuaire mahométan avec le tombeau d’un santon appelé néby Dahy. De là le nom donné à un village ruiné, situé tout auprès et à la colline elle-même. De ce point, la vue est des plus étendues et des plus belles. Au pied du mont se déroule l’immense et fertile plaine d’Esdrelon, prolongée vers l’ouest par le spacieux ouata Djâloud. Le Thabor, à la forme arrondie, la termine au nord-est. Au nord, se déroulent les montagnes de la Galilée inférieure au milieu desquelles apparaît Nazareth éclatante de blancheur. La chaîne de Carmel, par derrière laquelle étincelle comme un immense miroir d’argent la mer de Syrie, se développe à l’ouest, dominée par le Muhraqah, la montagne du sacrifice d’Élie. Au sud, en avant des montagnes de la Samarie se confondant avec l’azur du ciel, se dresse la seih Sibel, là où il faut chercher la célèbre Béthulie, et plus près le djebel Foqou'a, le Gelboé où Gédéon réunit ses braves et où .Tonathas tomba, avec son père Saül. A l’est, par delà la large issue de Youâta 'Djâloud où se développe la campagne verdoyante de Bessdn, arrosée par de nombreux courants, et au-dessus du Ghôr où le Jourdain décrit ses méandres, les monts empourprés du Djaulàn et de T Adjloûn ferment l'horizon.

Les pentes de la colline sont généralement pierreuses et dénudées; mais sa large base sur laquelle s’élèvent les villages de Nain, la Naïm des Évangiles, el-Foulëh, le castelluni Fabæ des Croisés, et Soulam, la Sunam souvent visité par Elisée, devient de plus en plus fertile à mesure qu’elle s’abaisse vers la plaine.

C’est là, aux abords de cette dernière localité, située en face du Gelboé au pied duquel jaillit la fontaine de Harad, que les Madianites avaient établi leur camp quand Gédéon, avec ses trois cents hommes munis de trom-

4279 MOREH (COLLINE

pettes et de leurs lampes, vint jeter parmi eux la terreur et le désordre et sauver son peuple de leurs incursions et de leurs déprédations. Jud., vu. Le camp des Philistins était au même endroit, entre Sunam et Aphec, cf.

I Reg., xxvm, 4; xxix, 1, quand le roi de Geth y vint avec David ; mais les chefs des Philistins obligèrent celuici à s’en retourner. David attendit la nuit pour s’éloigner de Môréh, tandis que dans le même temps Saül déguisé passait avec deux de ses hommes non loin du camp philistin, à l’est, et franchissait la colline pour aller sur le versant septentrional consulter la pythonisse d’Endor. I Reg., xxvm, xxix. — La hase du Djebel Dahy, à portée de sources abondantes, s’élevant audessus des marécages de ' Afouléh, se formant au principe de l’ancien torrent de Cison, et des terrains détrempés de Vouâta Djaloud, était des plus favorables aux armées passant dans la région pour y placer leur camp. Aussi semble-t-il que ce soit là que Débora et Barac, avant les jours de Gédéon, vinrent attaquer l’armée des Chananéens confédérés marchant sous les ordres de Jabin contre les Israélites, Jud., iv, 7, 14; v, 21, et que plus tard Bénadad, avec les Syriens, viendra s’établir pour provoquer le roi Achab. III Reg., xx, 26; cf. Apiiec 4 et 5, t. i, col. 729, 730. — Le nom à'Apoulou mentionné dans les inscriptions des monuments égyptiens parait indiquer que dès les temps antérieurs à la conquête de Josué, les Pharaons rencontrèrent plus d’une fois déjà les armées des rois d’Asie postées à la même place, pour leur fermer l’entrée du pays, quand ils débouchaient en face, par les défilés voisins de Mageddo. — A une époque plus rapprochée de la nôtre, les Croisés s’y heurtèrent souvent entre les troupes de Vislâm, et au seuil de nos temps, Bonaparte et Kléber y trouvèrent l’immense armée des Turcs à laquelle ils livrèrent, le 26 avril 1790, le combat appelé par eux la « bataille du mont Thabor », mais qui fut en réalité la bataille du mont Môréh.

Voir Rich. von Riess, Biblische Géographie, in-P, Fribourg-en-Brisgau, 1872, p.65; Id., Bibel-Atlas, ibid., 1882, p. 21; Armstrong, Wilson et Conder, N âmes and Places in tlie Old Testament and Apocrypha, Londres, 1887, p. 29; Bædeker, Palestine et Syrie, Leipzig, 1882, p. 363; V. Guérin, Galilée, X. I, p. 114-115; Buhl, Geographie des alten Palàstina, Fribourg et Leipzig, in-8°, 1896, p. 103. L. Heidet.

fvtQRÉSCHET-GATH (hébreu: Môréset Gat), ville de Palestine, patrie de Michée, I, 1 ; Jer., xxvi, 18, et nommée seulement une fois par ce prophète, Mich., X, 14, où nous lisons : « C’est pourquoi tu renonceras, [fille de Sion,] [à posséder] Moréscheth-Gath. » Dans les ÿ. 10, 15, Michée énumère plusieurs villes qui deviendront la proie des ennemis de Juda et il leur annonce leur malheur en faisant sur leur nom un jeu de mots : Môréset Gat veut dire « possession, héritage de Gath » (Vulgate : Geth), et la fille de Sion devra renoncer à la posséder. Les Septante et Vulgate ont traduit le premier élément du nom : y-X^povopia Fé0 ; hereditas Geth, quoiqu’il s’agisse de Moraslhi, comme l’observe saint Jérôme ln Mich., t. xxv, col. 1161. — Les sentiments sont très partagés sur Moréscheth-Gath. Les uns pensent que le nom indique une localité voisine de Geth ; d’autres croient que gat est ici le nom commun qui signilie « pressoir » et n’a aucun rapport avec la ville de ce nom ; d’autres encore supposent que Galli ne fait point partie du nom propre et traduisent : « Tu dois renoncer à Moréscheth, ô Gath (la ville de Geth) ; » d’autres enfin identilient Moréscheth-Gath avec Marésa. Voir Marésa 3, col. 757. Cette identification n’est guère conciliable avec le texte même de Michée, qui, f. 25, nomme Marésa séparément, dans son énumération. — Quoiqu’il en soit d’ailleurs des diverses opinions des commentateurs, Moréscheth-Gath était située dans la plaine de

Page 1