‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 62 sur 389 · Vue de la mer Morte, prise de 'Ain Djidi (Engaddi · texte numérisé non relu

Vue de la mer Morte, prise de 'Ain Djidi (Engaddi

D'après le duc de Luynes, Voyage d’exploration à la mer Morte, Atlas, pl. 26.

et en expiant le péché qui méritait la mort, Jésus-Christ ! « a détruit la mort ». II Tim., i, 10. Par sa mort, il a j anéanti celui qui avait la puissance de la mort, c’est-àdire le diable. Heb., u, 14, 15. Ces paroles signifient | que, depuis le sacrifice du Sauveur, la mort, dans | quelque sens qu’on l’entende, ne peut plus exercer j d’action nuisible contre ceux qui profitent de la rédemp- I tion. Finalement, la mort sera jetée dans l’étang de feu, | c’est-à-dire que la mort corporelle et la mort spirituelle, | unies ensemble, auront abouti sans retour à la mort j éternelle, Apoc., xx, 14, et, en vertu de la victoire de Jésus-Christ, « il n’y aura plus de mort. »Apoc., xxi, 4. i Voir Morts. H. Lesêtre.

MORTE (MER) (app elée ainsi dans une glose de la Vulgate, Jos., m, 16, mais ordinairement en hébreu: ydm ham-mélah, « mer de sel ; » Septante : rj 0dtXai7<ja vô)v àXüiv ou ctXw.r, , Gen., xiv, 3; Num., xxxiv,3, 12, etc.), nom usuel du lac méridional de la Palestine, qui reçoit les eaux du Jourdain. 11 porte dans la Bible et les auteurs profanes d’autres dénominations; il présente dans !

terranée) ; xviii, 19. — 2° En raison de sa situation dans la profonde dépression de l’Arabah, elle est nommée ydm hâ-'Ar&bâh ; Septante : SaXcoraa "Apaêa, Deut., m, 17; Jos., iii. 16; xii, 3; 0aXâ<j<xa t!]ç "Apaêa, IV Reg., xiv, 25; Vulgate : mare deserli, Deut., m, 17; Jos., xii, 3; mare solitudinis, Deut., iv,49; Jos., ni, 16; IV Reg.,xiv, 25, le mot ' Arabah signifiant « plaine, solitude, désert ». — 3» Par opposition à la Méditerranée, elle est dite ydm haq-qadmôni, « mer orientale; » Septante : Ÿ) GàXaucra. ï| Ttpô; àvavoXà; 'ï'otviy.üvoç, Ezech., XLVIl, 18; OàXaucxa. ri 7tpd>7 r], Joël, il, 20; Zach., xiv, 8; Vulgate : mare orientale. — 4° Ézéchiel, xlvii, 8, l’appelle même simplement hay-yâm, « la mer, » en la distinguant de « la grande mer », la Méditerranée, xlvii, 10. — 5° Dans les Talmuds, on trouve les deux noms de « mer de sel » et de « mer de Sodome ». Ce dernier, dû à la proximité de la ville de Sodome, se lit également dans le IVe livre d’Esdras, v, 7. Cf. Reland, Palæslina, Utrecht, 1714, t. i, p. 237; A. Neubauer, La géographie du Talmud, Paris, 1868, p. 24, 26. — 6° Josèphe la nomme, en raison de l’asphalte qu’elle contient, « lac Asphaltite, »

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•?) ’Ai7<px),TtTi; XffAvr), Ant. jud., I, ix; IV, v, 1 ; IX, x, 1 ; Bell, jud., I, xxxm, 5; III, x, 7; IV, vm, 2; Xtjxv/] -I) à(7<pa),Tocpdpoç. Ant. jwd., XVII, vi, 5. Pour lui, comme pour le Talmud, elle est aussi r, SoSoginç Xîjj-vï), « le lac de Sodorne. » Ant. jud., V, i, 22. — 7° Le nom de « mer Morte » semble avoir été mis en usage, chez les Grecs, ÔàÀa'TTa vexpâ, par Pausanias, v, 7, et Galien, iv, 19, et, chez les Latins, par Justin, xxxvi, 3, ou plutôt par Trogue Pompée, dont il résume l’ouvrage. Il est aussi employé parEusèbe, Onomastica sacra, Gœttingue, 1870, p. 290, et S. Jérôme, Comment, in Ban., xi, 45, t. xxv, col. 574. Il se rencontre dans une glose de la Vulgate, Jos., ni, 16, et est motivé par l'absence de tout être vivant dans les eaux du lac. — 8° Au xne siècle, le géographe arabe Edrisi, Géographie, traduction Jaubert, Paris, 1837, t. i, p. 338, la nomme « mer » ou « lac de Za'rd (Zoar ou Ségor) », et ajoute qu’elle s’appelait également « mer de Sâdûm (Sodorne) et de Ghâmvra (Gomorrhe) ». — 9° Enfin les Arabes lui donnent communément le nom de bahr el-Lût, « mer de Lot, » patriarche, dont Mahomet a reproduit l’histoire dans le Coran, et dont le nom est resté pour eux comme inséparable de cette région maudite. Cf. Guy Le Strange, Palestine under the Moslems, Londres, 1890, p. 54, 64.

II. Description. — 1° Aspect général. — La mer Morte représente ordinairement à l’esprit l’image de la désolation, d’un c lieu d’horreur et de vaste solitude », Dent., xxxn, 10, où la nature, devenue l’instrument de la justice divine, a gardé l’ineffaçable empreinte de la malédiction. Tout contribue à donner cette idée : le nom même et les souvenirs qui se rattachent à ce petit coin de terre; les crimes des hommes que les éléments du ciel, unis à ceux de la terre, punissent par la plus effroyable catastrophe. Il est certain que, si l'on compare ce lac perdu dans un désert à ceux près desquels on va, en France, en Italie et en Suisse, chercher des rives enchanteresses, un air pur et la gaieté, on peut dire qu'il y a la différence de la mort à la vie. Deux murailles de montagnes dénudées l’enferment à l’est et à l’ouest. Fig. 355. Nulle ville sur ses bords, aucun mouvement de bateaux sur ses Ilots (un bateau à voiles fait aujourd’hui un service assez régulier entre l’embouchure du Jourdain et le Kérak), nulle vie dans son sein ; on croyait même autrefois que les oiseaux du ciel ne pouvaient s’aventurer au-dessus de ce lac empoisonné sans être frappés de mort. C’est faux, mais il n’en est pas moins vrai qu’il y a là le silence du désert, presque un tombeau. Cependant la première impression n’est pas toujours si triste. Il en est ainsi souvent pour les choses dont on s’est fait d’avance un idéal de beauté ou un type de laideur. La réalité apporte un correctif à l’idée préconçue. Cette nappe d’eau tranquille, dont la limpidité, sur les bords, vous tenterait d’en boire, brille au soleil comme un miroir de cristal. Les crêtes qui l’entourent se reflètent dans ses flots tantôt bleus, tantôt verts, et, sous les rayons d'une lumière éblouissante et pure, les rocliers prennent une variété de coloris, du rouge sombre à la blancheur éclatante, qui donne au tableau un aspect grandiose. L’aridité des montagnes et la teinte sévère des rocliers nus sont adoucies çà et là par des bouquets de verdure, saules, tamaris, acacias, qui forment couronne autour des fontaines ou dans certains bas-fonds bien arrosés.

2° Situation; forme; bassin. — La mer Morte est le plus bas et le plus considérable des trois lacs qu’entretiennent les eaux du Jourdain. Elle occupe la partie la plus profonde de cette longue et extraordinaire vallée qui court depuis les pentes méridionales du grand Herrnon, au nord, jusqu’au golfe d’Akabah, au sud, et qu’on appelle VArabah ou le Ghôr. Voir Arabah, t. i, col. 820. Par un phénomène unique sur la surface du globe, son niveau est à 392 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée et de la mer Gouge. De

forme allongée, elle va directement du nord au sud, avec une légère inclinaison de la pointe septentrionale vers le nord-est. Voir flg. 356. Cette forme serait régulière, bien arrondie aux deux bouts, si le bassin n’était divisé dans sa longueur en deux parties inégales par une presqu’île que les Arabes ont appelée d’un nom pittoresque et juste el-Lisdn, « la Langue. » C’est, en effet, une bande de terre qui se détache de la côte orientale et coupe le lac aux deux tiers, projetant à son extrémité deux pointes orientées du nord-est au sud-ouest, et formant avec la rive opposée un détroit large de 4 à 5 kilomètres. La portion septentrionale est longue de 45 kilomètres; celle du sud constitue un petit bassin ovale, dont nous aurons à étudier la disposition particulière. Dans son ensemble, le laça une longueur de 75 kilomètres et sa plusgrande largeur est de 16 kilomètres. Sa superficie peut être évaluée en moyenne à 920 kilomètres carrés. Deux chaînes de montagnes ou de collines le bornent à l’est et à l’ouest. D’un côté elles tombent à pic jusqu’à ses flots, qu’elles dominent de 1000 à 1200 mètres, profondément déchiquetées par d’étroites fissures, qui servent de passage à de nombreux torrents; ce sont les monts de Moab. De l'autre, elles descendent en plan incliné, moins abruptes, mais plus arides, moins profondément coupées, mais fendillées aussi par les ouadis dont les eaux temporaires courent sur des lits de galets, à travers des ravins sauvages; c’est le désert de Juda. Ses rives en zigzags longent le pied des falaises, ne laissant en certains endroits qu’un peu d’espace où l’on puisse cheminer. Au nord et au sud, il se termine par deux baies dont la grandeur varie suivant les saisons. Au nord-ouest, la montagne se rapproche du rivage, avec lequel elle fait un angle aigu. Le sol de la plaine est formé d’un lit de cailloux, qui s’élève rapidement, et qui est couvert de bois flottés, troncs d'arbres dépouillés de leur écorce, que le flot a poussés çà et là (fig. 357). Le bord de l’eau est marqué par une frange de roseaux qui se rétrécit et vient se terminer à un petit cap nommé Rds Feschkhah, dont les rochers abrupts plongent dans la mer, à une hauteur de 400 mètres environ. Au-dessous de ce cap, les roches s’éloignent à l'ouest, et la plaine côtière, s’élargissant peu à peu, se rétrécit ensuite jusqu’au Râs Mersed, près duquel on rencontre l’oasis d’Ain Djidi, l’ancienne Engaddi. Voir Engaddi, t. ji, col. 1796. Au delà, une longue plaine, élevée de 30 à 90 mètres au-dessus de la mer, large de 2 à 5 kilomètres, court entre les collines stériles et le rivage découpé en plusieurs petites baies. A peu près en face de la pointe méridionale de la Lisdn, les montagnes se rapprochent et ne laissent plus qu'un étroit sentier jusqu’au Djébél Usdum. Le long de cette côte occidentale, on trouve un certain nombre de sources, les unes fraîches, les autres chaudes, plusieurs saumâtres, d’autres sulfureuses, citons Ain Feschkhah, Ain el-Ghuéir, Ain Terâbéh ; Ain Djidi. Les principaux torrents qui descendent à la mer sont, du nord au sud, Vouadi en-Ndr ou torrent de Cédron, Vouadi ed-Déradjéh, Vouadi el-Aréidjéh, Vouadi el-Khabera, Vouadi Suféisif, Vouadi Nimréh, Vouadi Halhrurah, Vouadi Zuéirah. — La baie méridionale conline aux marais salins de la Sebkhah, dont nous parlons plus loin, et à travers laquelle les deux ouadis Djcib et Fiqréh amènent les eaux de l’Arabah et des plateaux voisins. Au delà des fourrés de roseaux qui bordent le lit de plusieurs ouadis, s’étendent, vers le sud-est, les plaines fertiles du Ghôr es-Safnjéh et du Ghôr el-Mezra'a. A partir de ce dernier point, les rochers du plateau de Moab tombent à pic dans la mer, et forment une énorme muraille ininterrompue, à travers laquelle quelques torrents se sont creusé un lit. Les plus importants, qui se déversent dans la mer sur celle rive orientale, sont, du sud au nord. Vouadi el-Hessi, Vouadi Neméirah, Vouadi Modjib, l’ancien Arnon (voir Arnon, t. i, col. 1020), Vouadi Zerqa Main, près duquel

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se trouvent les sources thermales de Callirrhoé (voir Callirrhoé, t. ii, col. 69), l 'oitadi Anazèh, Youadi Ghuéir. Enfin l'embouchure du Jourdain est située à peu prés au milieu de la baie septentrionale, penchant du côté de l’est. La mer Morte reçoit ainsi toutes les eaux d'une région considérable; son bassin présente un développement de 360 kilomètres dans sa longueur, avec une largeur qui va jusqu’à 100 kilomètres. Sur le pourtour de la mer Morte, voir O. Kersten, Umwanderung des Todten Meeres, dans la Zeitschrift des Deutschen Palcistina Vereins, Leipzig, t. ii, 1879, p. 201-244.

3° Dépression. — Le niveau de la mer Morte, avonsnous dit, est de 392 à 393 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée et de la mer Rouge. Ce phénomène géologique, unique au monde, n'avait été soupçonné ni par les anciens ni par les modernes jusqu’en 1837. Au commencement du xixe siècle, en 1806, Seetzen, explorant à l’ouest et à l’est les bords du lac, disait qu’il serait intéressant de savoir la hauteur de sa surface au-dessus de la Méditerranée. Cf. U. J. Seetzen, Reisen durch Syrien , Palcistina, édit., Fr. Kruse, Berlin, 1854, t. i, p. 425. Le premier, il a tracé une assez bonne esquisse de la carte. Voir le môme ouvrage, à la fin du tome iv, la carte n° 2. Mais il n'a eu une connaissance exacte ni des dimensions de la mer, dont il exagère la largeur, ni de la forme de la Lisàn, ni à plus forte raison de la profondeur des eaux. C’est H. Schubert, Reise in das Morgenland, Erlangen, 1840, t. ni, p. 87, qui, en 1837, a fourni la première indication de l’énorme enfoncement de la vallée en cet endroit. « Nous ne fûmes pas peu étonnés, dit-il, lorsque, déjà près de Jéricho, et encore plus sur les bords de la mer Morte, nous vîmes le vifargent de notre baromètre, qui n’était pas construit pour une pareille pression, dépasser de beaucoup la limite de l’échelle graduée. Nous fumes obligés d’évaluer à vue d’œil la hauteur de la colonne de mercure; et bien que nous eussions fait cette estime aussi juste que possible, à cause du résultat si inattendu qui en ressortait, la dépression de la mer Morte au-dessous du niveau de la Méditerranée se trouva cependant être au moins de 598 pieds et demi, ou, en chiffres ronds, 600 pieds français, c’est-à-dire environ 640 pieds anglais (195 mètres). Nous cherchâmes par tous les moyens imaginables à infirmer ce résultat. Nous voulûmes l’expliquer d’abord par une perturbation atmosphérique le jour de notre observation; mais le violent orage de la veille aurait fait baisser plutôt que monter la colonne. Nous rejetâmes ensuite la prétendue faute sur le dérangement de notre baromètre lui-même, qui avait supporté tant d’épreuves; mais pendant notre retour à Jérusalem, le mercure revint à la même hauteur moyenne qu’avant notre départ pour Jéricho. Ce n’est qu’après mon retour en Bavière et avec bien de l’hésitation, que j’osai rendre publique une mesure qui bouleversait tant les idées reçues... A peine cette publication était-elle faite, que la dépression extraordinaire de la mer Morte se trouva confirmée, d'abord par M. Beek, puis par M. Russegger et d’autres observateurs ; et notre appréciation même, donnée avec tant de réserve, resta alors beaucoup au-dessous des autres. » En cette même année 1837, MM. Moore et Beek purent faire en bateau, pendant deux semaines, quelques expériences sur le lac. Ils arrivèrent au même résultat que Schubert, en ce qui concerne la dépression bien déterminée, mais la nature très peu certaine de leur moyen d’observation, l’ébullition de l’eau, ne leur donna qu’un chiffre même inférieur à celui de l’explorateur bavarois, c’est-à dire environ 500 pieds anglais, équivalant à 152 mètres, soit 240 mètres de moins que le chiffre vrai. Un an plus tard, 1838, M. le comte de Bertou, doutant encore de la réalité du fait, de l'exactitude des chiffres que lui avait communiqués M. Moore, vint chercher sur les lieux mêmes la solution du problème. Les résultats barométriques qu'il obtint à Jéricho

et à la mer Morte lui causèrent la plus grande surprise. « J’étais préparé, dit-il, à reconnaître une dépression assez considérable; mais j’étais loin de penser qu’elle pût être de 273 mètres dans la première localité et do 406 mètres dans la seconde. Je fus donc conduit à penser que les différences de niveau n’étaient pas les seules causes qui agissaient sur la colonne de mercure, et que peut-être les circonstances atmosphériques, modifiées par d’abondantes évaporations, pouvaient y jouer un rôle important. De retour à Jérusalem, je pus me convaincre que mon baromètre n’avait pas cessé d'être exact, car le mercure y reprit le niveau auquel il s’était maintenu avant que je l’eusse transporté à la mer Morte, et je savais que ce niveau différait peu de celui que d'autres voyageurs avaient remarqué précédemment. » Cf. Bulletin de la Société de Géographie, Paris, octobre 1839, p. 113; tirage à part, p. 6. M. de Bertou contrôla, l'année suivante, ce premier nivellement par une seconde opération, qui l’amena à la même conclusion, avec une légère exagération du chiffre, 419 mètres. En regard des évaluations données par les explorateurs plus récents, dans des conditions d’exactitude bien supérieures, celles du savant français ne gardent plus qu'une valeur historique. Les observations barométriques du lieutenant Lynch, de la marine des États-Unis, en 1848, donnèrent 401 mètres 15. M. Vignes, de l’expédition du duc de Luynes en 1864, après des expériences faites à Jaffa, au bord de la mer, à Jérusalem et à Ain Feschkhah, au bord de la mer Morte, conclut au chiffre de 392 mètres. Cf. Duc de Luynes, Voyage d' exploration à la mer Morte, Paris, t. n, p. 4. Enfin, peu après, le capitaine Wilson et les officiers de VOrdnance Survey, par une suite de nivellements géodésiques de la Méditerranée à Jérusalem et de Jérusalem à la mer Morte, lixaient le niveau à 1292 pieds anglais, ou 393 mètres. Cf. Survey of | Western Palestine, Memoirs, Londres, 1881, carte, t. i, p. 23.

4° Niveau. — Il est clair que ce niveau n’est pas invariable. Nous verrons plus tard ce qu’il fut dans les temps préhistoriques et historiques. Aujourd’hui ses variations dépendent des saisons pluvieuses ou sèches. Comme la mer Morte n’a pas d’issue, il n’est autre chose que la balance qui s’établit entre la quantité d’eau déversée et la quantité d’évaporation. Or, le Jourdain, à lui seul, verse journellement dans ce bassin, au moins à certaines époques de l’année, 6 500 000 tonnes d'eau. Ajoutons à cela un volume à peu près égal fourni par tous les torrents réunis qui y aboutissent de l’ouest, du sud et de l’est, et nous aurons ainsi douze ou treize millions de tonnes d’eau qui y arrivent chaque jour.

I D’autre part, la chaleur intense qui règne, en été, dans cette profonde dépression, fermée à l’est et à l’ouest par de hautes parois de rochers, fait du lac une sorte de chaudière dont l’évaporation est extrêmement puissante. Lorsque, à certains moments, on l’observe des hauteurs de Bethléhem et de Jérusalem, on voit pendant le jour d’immenses masses de vapeurs blanchâtres s’en dégager continuellement et se dissoudre lorsqu’elles sont arrivées dans l’atmosphère sèche des régions supérieures. M. Lortet, La Syrie d'aujourd’hui, dans le Tour du monde, t. xliii, p. 174, estime cette évaporation à au moins 6500000 tonnes d’eau par jour, c’est-àdire la quantité fournie par le Jourdain. Mais elle est naturellement moins forte en hiver, alors qu’au contraire les torrents, nourris par des pluies plus ou moins abondantes, donnent un apport plus considérable. Le niveau monte donc généralement de décembre à avril. 11 baisse progressivement dans l’autre partie de l’année, où les ouadis sont presque toujours à sec et les rayons du soleil brûlants. Les anciens voyageurs ont jugé, j d’après les lignes de bois flotté qu’on trouve sur le j rivage, que la crue pouvait aller de quatre à six mètres. Des observations faites en ces derniers temps, au moyen

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d’une marque pratiquée dans le roc entre 'Ain et Râs Fesclikhah, n’ont pas donné une cote aussi élevée dans le changement de niveau. Du 30 mars 1901 au 31 décembre 1902, on a constaté une baisse d’un mètre environ. En 1903, la crue et la baisse ont été à peu près égales et n’ont guère dépassé 65 centimètres. Certaines années de sécheresse, surtout consécutives, peuvent amener une baisse que des années pluvieuses auront peine à compenser, et vice versa. Cf. E. W. Gurney Masterman, Observations of the JJead Sea levais, dans le Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, Londres, 1902, p. 155-160, 297-299, 406; 1903, p. 177- 178; 1904, p. 83-95, 163-168. Pour établir une échelle de proportion qui permit d’évaluer les variations importantes de la mer Morte, il faudrait que les expériences s’étendissent à un certain nombre d’années. Il est cependant plusieurs faits qui prouvent que, depuis une cinquantaine d’années, le niveau s’est élevé. L’histoire de l’ilot appelé Rudjm el-Bahr et situé tout à fait au nord est curieuse à ce point de vue. A l’époque où Lynch visita la contrée, 1848, c’était une petite presqu'île bien marquée. En 1851, M. de Saulcy le mentionne comme une petite île séparée de la terre par une eau peu profonde, que les chevaux traversent sans difficulté. Le Frère Liévin, Guide-indicateur de la Terre- Sainte, Jérusalem, 1887, t. n, p. 282, note 2, dit de son côté ; « En 1860, j’ai pu me rendre deux fois à pied sec jusqu’à l’ilot. En 1861, mon cheval avait de l’eau jusqu’aux genoux; en 1862, il en avait, dans certains endroits, jusqu’au ventre, et en 1863 les eaux avaient crû davantage. Depuis lors il m’a été impossible de m’y rendre si ce n’est en nageant. » En 1882, il mesura la distance qui existait entre le rivage et les restes d’un mur placé vers le milieu de File, et il trouva 243 mètres. Depuis 1892, l’ilot a disparu. La même crue se manifeste à la digue qui unit la Lisân au rivage occidental. On a remarqué également que les passages qui existaient autrefois au pied du Rds Fesclikhah et du Djebel Usdum, du côté de la mer, sont aujourd’hui submergés. Cf. Gray Hill, The Dead Sea, dans le Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement, 1900, p. 273-282; E. W. Gurney Masterman, dans la même revue, 1902, p. 159.

5° Profondeur. — La profondeur de la mer Morte n’est pas moins étonnante que sa dépression; elle présente des phénomènes qui nous aideront singulièrement à découvrir l’origine du lac. Nous la connaissons aujourd’hui, grâce surtout aux sondages pratiqués par 1 expédition scientifique de Lynch. Voir la carte qui se trouve à la page 268 de son ouvrage, Narrative of the United States’ Expédition ; les cotes sont marquées en brasses, nous les réduisons en mètres à la figure 356. Plusieurs lignes de sonde ont été établies en forme de zigzags d’une côte à l’autre. Voir fig. 357, 358 (d’après Lynch, p. 268). En suivant le bord occidental, nous trouvons, jusqu’à deux kilomètres de la côte, un fond qui se maintient à 25, 35 et 45 mètres, pour tomber immédiatement à 115, 210, 219, 283, et arriver au point le plus enfoncé de la cavité, à 399 mètres. A moins d’un kilomètre de la côte orientale, au contraire, la profondeur est déjà de 100, 200 mètres, et la progression, beaucoup plus rapide que sur le côté opposé, descend vers le fond de la cuve par des pentes de 331, 336, 347 mètres. La ligne de dépression est donc bien plus accentuée à l’est qu’à l’ouest. C’est aussi sur la rive orientale que les montagnes qui encaissent la mer Morte en sont le plus rapprochées et présentent un escarpement plus raide, ce qui est, du reste, conforme à une loi orographique bien connue. Le point le plus profond est à la hauteur du Nahr Zerqa Ma in, au tiers environ de la largeur du lac à partir de la côte orientale : la sonde accuse là 399 mètres. En descendant vers le sud, du côté de la Lisân, les plus grandes profondeurs sont de 356, 344, 254 et 196 mètres. Elles se ter-

minent à la presqu’île. A l’entrée septentrionale du détroit, en effet, au milieu même de la passe, on n’arrive plus qu’à 102 mètres au maximum, et la dépression diminue graduellement à mesure qu’on avance vers le sud. A l’issue méridionale, elle n’est plus que de 5 à 6 mètres. Enfin, dans la cavité qui termine la mer, au sud de la Lisân, le fond, même au centre, n'est guère

que de 4 mètres. Ce n’est qu’une nappe d’inondation,, prolongement du gouffre qui, seul, par ses abîmes, ses courants et les mouvements de ses flots, mérite le nom de mer. Il y a donc deux parties bien distinctes dans le lac que nous étudions. La première est une cuve très profonde, dont la pente est presque à pic au long de la côte orientale, et plus inclinée vers la côte opposée. La seconde n’est en somme qu’un petit étang. Avant de rechercher la cause de ce lait, étudions la nature des eaux du Bahr el-Lût.

6° Eau. — Tout est vraiment extraordinaire dans la mer Morte. Ses eaux sont, au premier aspect, d’une limpidité qui surprend; elles n’ont cependant point

3û7. — Extrémité septentrionale de la mer Morte. D’après une photographie.

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