‹ Dictionnaire de la Bible (volume 3)Chapitre 97 sur 389 · I. Description. — Comme le baume de la Mecque · texte numérisé non relu

I. Description. — Comme le baume de la Mecque

la myrrhe est sécrétée spontanément ou après excision, sous forme d’un liquide visqueux et d’une odeur agréable par un arbrisseau du genre Balsamodench'on. Elle en diffère par la faible proportion d’huile essentielle et par la prédominance d’une matière gommeuse. C’est donc une gomme-résine en concrétions mamelonnées, qui, à l’état sec, prennent une teinte brun foncé ou rougeâtre : la saveur en est âcre, et l’odeur fortement balsamique. — L’arbre à myrrhe dans son aspect général reproduit le baumier décrit plus haut, t. i, col. 1519; il fait partie de la famille des Burséracées, dont toutes les espèces ont une écorce riche en canaux secréteurs dans sa région profonde au contact des fibres péricycliques. Appelé d’abord Balsamodendron Myrrha par Nees d’Esenbeck, il a été plus exactement défini par O. Berg sous le nom de B. E hrenbergianuni, en souvenir du naturaliste, qui le premier le rapporta d’Arabie. — Plusieurs autres Balsamodendron répandus dans la zone tropicale fournissent des gommes-résines, appelées Bdellium d’Afrique ou de l’Inde, très voisines de la myrrhe et souvent mélangées avec elle, mais celte dernière à l’état pur provient exclusivement des régions avoisinant la mer Rouge. F. Hy.

II. Exégèse. — 1° L'identification du rnôr hébreu avec la myrrhe ne présente aucune difficulté : les Septante rendent toujours ce mot par «rfrupva et les Latins par myrrha. Le nom même se retrouve en arabe sous

la forme morr, qui sans nul doute désigne la myrrhe. Les Grecs emploient aussi le synonyme p/jppa, qui comme le latin myrrha a la même origine que le mot hébreu. O. Celsius, H ierobotanicon, in-8°, Amsterdam, 1748, t. i, p. 520-535.

2° Les parfums ont toujours tenu une grande place dans la vie des orientaux; or, dans les compositions aromatiques dont ils parfumaient leurs habitations, leurs vêtements, et dont ils couvraient leur corps, la myrrhe entrait pour une large part. Aussi les textes de l’Ancien et du Nouveau Testament qui font allusion à ces usages, mentionnent fréquemment la myrrhe. A la cour d’Assuérus, les femmes pendant six mois se purifiaient avec de l’huile de myrrhe. Esth., il, 12. On en répandait sur les vêtements, dans les lits :

La myrrhe, l’aloès et la casse s'exhalent de tes vêtements, est-il dit dans l’épithalame sacré du]Ps. xlv (Vulg., xliv), 9.

J’ai parfumé ma couche De myrrhe, d'aloès et de cinnamome,

dit la courtisane des Proverbes, vu, 17. La myrrhe revient souvent dans le style imagé et symbolique du Cantique des cantiques. Ici, I, 13, c’est l’époux qui pour l’épouse du Cantique est comme un sachet de myrrhe; là, iii, 1, c’est l’épouse « qui monte du désert »,

Comme une colonne de fumée Exhalant la myrrhe et l'encens,

Tous les aromates du parfumeur.

Plus loin, iv, 14, l’épouse est comparée à un jardin fermé, où l’on trouve la myrrhe et l’aloès et toutes les plantes embaumées, où, iv, 6; v, 1, l’époux vient cueillir sa myrrhe et son baume.

De mes mains a coulé la myrrhe,

De mes doigts la myrrhe répandue sur la poignée du verrou,

dit l’épouse v, 5. Au f. 13, les lèvres de l’époux sont comparées à des lis rouges,

D’où découle la myrrhe la plus pure.

De même au chap. xxiv, 15, de l’Ecclésiastique, la sagesse personnifiée exprime son éloge en ces termes : Comme une myrrhe choisie, j’ai répandu une odeur suave.

Cette substance précieuse était portée par les marchands d’Orient en Occident, à Rome. Mais à l’époque que décrit l’Apocalypse, xvm, 13, à Rome personne n’achètera plus de myrrhe, d’encens. Elle entrait dans les présents qu’offrent les Orientaux en abordant de grands personnages. Ainsi les mages présentent à l’enfant Jésus de l’or, de l'encens, et de la myrrhe. Matth., n, 11.

3° La myrrhe employée si fréquemment pour parfumer les vivants servait aussi à embaumer les morts. On en faisait un usage journalier en Égypte : Hérodote, n, 86, indique la myrrhe parmi les substances aromatiques, dont on remplissait les corps. Le rituel de V embaumement publié par G. Maspero, dans Notices et extraits des manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. xxiv, 1er partie, 1883, p. 31, 56, mentionne « les grains de •

* , khari, « myrrhe, » venus en profusion du Tonouter », t. il, col. 1727. Des fragments de myrrhe ont été trouvés dans les tombeaux d’Égypte. V. Loret, La flore pharaonique, 2e édit., 1892, p. 95. Les Juifs employaient également la myrrhe dans leurs embaumements. Aussi pour l’embaumement de Jésus-Christ, Nicodème avait apporté cent livres d’un mélangede myrrhe et d’aloès. Joa., xix, 39. Voir t. iii, col. 1729.

4° Un parfum si précieux devait naturellement être employé dansle service du culte. Ainsi entrait-il dans la composition de l’huile parfumée réservée à l’onction sainte, et qu’il était absolument interdit de reproduire pour les usages profanes. « Prends parmi les meilleurs aromates, est-il dit, Exod., xxx, 23, cinq cents sicles de myrrhe vierge, » im no, môr deror, myrrhe vierge ou liquide qui coule d’elle-même de l’arbre et supérieure à la myrrhe résineuse ou sèche qu’on obtient au moyen d’incisions. Mélangée dans l’huile d’olive au cinnamome, à la canne odorante, à la casse, cette myrrhe devait former un parfum composé selon l’art du parfumeur. La myrrhe entrait de même en Égypte pour une large part dans la composition du fameux parfum sacré, appelé kyphi. V. Loret, Le kyphi, parfum sacré des anciens Égyptiens, dans le Journal asiatique, juillet-août 1887, p. 128, 132.

5° D’après saint Marc, xv, 23, on offrit à Jésus au moment de le crucifier du vin mêlé de myrrhe, âojjAisvto-piévov olvov. Selon saint Jérôme, Comm. in Matth., xxvii, 48, t. xxvi, col. 212, suivi par Maldonat, Beelen, Bisping et en général la plupart des exégètes modernes» ce breuvage était donné au condamné à mort pour assoupir ses douleurs. Mais la plupart des Pères pensaient que le vin avait été rendu amer en le mélangeant de myrrhe par la malice et la cruauté des Juifs. Ce sentiment leur paraissait vérifier davantage l’accomplissement de la prophétie du Ps.lxix (Vulgate, lviii), 22.

Pour nourriture, ils me donnent l'herbe amère,

Dans ma soif, ils m’abreuvent de vinaigre.

La question est de savoir si c’était la coutume de donner aux condamnés une boisson assoupissante. Ce qui est certain, c’est qu’on ne voit nulle part cette coutume chez les Romains et les Grecs. Sans doute ils aimaient à mêler à leurs vins des herbes aromatisées. « Les vins les plus estimés, dit Pline, H. N., xiv, 15, étaient chez les anciens parfumés avec de la myrrhe. » Voir Boisson, t.i, col. 1842. Ils ne mettaient que la quantité de myrrhe suffisante pour aromatiser les vins, et l’on voit que leur intention n’était pas de faire une boisson assoupissante. Au contraire c’était une coutume juive attestée par les anciens rabbins. « A celui qui va à la mort, dit le Talmud de Babylone, Sanhédrin, 6, 1, tu donneras à boire un grain d’encens dans un verre de vin, afin qu'il perde conscience de lui-même. » Il ajoute que cette boisson était préparée et offerte souvent par les femmes de Jérusalem. Cf. Bamidbar-Rabba, 10, 5,

MYRRIIE

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