AIGLE S
fauve, son attitude fière, son vol rapide.— L’aigle moucheté (fig. 52) est d'un tiers plus petit; il n’attaque que les animaux les plus faibles.— L’aigle impérial (fig. 53) ἃ des ailes plus longues et un corps plus trapu que l'aigle royal. — Le circaëte est long de soixante-cinq à quatre-vingts centimètres ; il ἃ un mètre quatre-vingt-dix d'envergure. Le
54, — Le circaète (Circaelos gallicus).
dessous du corps est blanc; le reste est brun cendré. Vu de face, il ressemble à la buse; quand il vole, on le prendrait pour un héron (fig. 54). Le mot hébreu né$er s’applique indifféremment dans l'Écriture aux diverses espèces dont nous venons de parler. Dans quelques passages, il désigne même le vautour. Voir VAUTOUR.
ὅδ, — Airc de l'aigle,
Les mœurs de l'aigle sont intéressantes à étudier, à cause des allusions qu'y fait la Sainte Écriture. Le nid de aigle porte le nom d'aire (fig. 55). On croit que la même aire lui sert de demeure pendant toute sa vie. Elle est placée ordinairement au midi, entre deux rochers à pic, sur le rebord d'un précipice, dans les lieux du plus difficile accès. Le nid est construit avec des branches d'un mètre quatre-
vingts à deux mètres de longueur, entrelacées de rameaux et recouvertes de plusieurs couches de joncs, de bruyères et de peaux d'animaux. Il est abrité par quelque saillie de rocher. La mère pond deux ou trois œufs, quelquefois quatre. Elle les couve pendant trente jours. Comme les aiglons sont très voraces, dès qu'ils sont éclos, les parents font pour eux la chasse et leur apportent d’abondantes provisions de gibier. Les petits quittent le nid, pour n'y plus revenir, au bout de trois ou quatre mois.
Si l'aigle est le roi des airs, il en est aussi le tyran. Son adorat est faible, mais sa vue perçante lui permet d’apercevoir sa proie de fort loin. Ses yeux, très grands, sont enfoncés dans une cavité profonde, que la partie supérieure de l'orbite recouvre comme un toit avancé. Ils sont pourvus d'une sorte de seconde paupière transparente, qui se relève et s’abaisse à volonté, de sorte que l'aigle peut fixer le soleil sans en être aveuglé. Dès qu'il ἃ découvert une proie, il replie ses ailes, il se laisse tomber sur elle, les serres ouvertes, et il la saisit avec une telle force, qu'il la rend incapable de tout mouvement, I] la pose alors à terre, avant de l'emporter, comme s’il voulait se rendre compte du poids. Il l'enlève ensuite sans peine, si c'est une oie, une grue, où même un lièvre, un agneau, un chevreau. Si c'est un faon ou un veau, une brebis ou un cerf, la charge est trop lourde; il se contente alors de déchirer les chairs et d'en prendre une provision dans son aire. Il dévore ordinairement sa proie sans la tuer. Le circaëète fait particulièrement la chasse aux volailles, aux perdrix, aux jeunes lapins, aux petits oiseaux, aux insectes, et surtout aux serpents et aux divers reptiles qui abondent en Palestine et sont sa principale nourriture.
L’aigle, en général, est vorace et glouton, mais il peut néanmoins supporter un jeüune prolongé, et demeurer une vingtaine de jours sans prendre de nourriture. Son jabot est susceptible d'une dilatation considérable, et peut emmagasiner par conséquent une très grande quantité de viande ; son gésier, au contraire, est fort petit, et il ne peut recevoir que par petites doses les aliments dont 1] doit faire la digestion. Il commence sa chasse régulièrement le matin au lever du soleil, accompagné presque toujours par la femelle. Quand il ἃ réussi à s’approvisionner, il revient vers le milieu du jour dans son aire, s'il n’en est pas trop éloigné, et là, immobile, les plumes pendantes, il se repait de sa proie. Après le repas 1] cherche à boire, et même, s'il le peut, dans la saison chaude, à se plonger dans l'eau. Il recommence ensuite sa chasse jusqu'au soir, et alors il se retire dans l'endroit où il veut passer la nuit.
Les écrivains sacrés font souvent allusion à ces habitudes de l'aigle. Ils rappellent dans leurs comparaisons la puissance et la rapidité de son vol, Exod., xIx, #; Deut. xxVIII, 49; IL Reg, .1, 255; Prov., XXII, D: ΧΧΧ, 19; 15. ΧΙ 31; Jer., 1v, 13; xLviir, 40; xzix, 22; Lament,, ιν, 19; Osee, vit, 1 (hébreu); Abdias, 4; Hab., 1, 8; son ardeur à chercher sa proie, Job, 1x, 26; Prov., xxx, 17; la manière dont il apprend à voler à ses aiglons, Deut., xxx11, 11, image de la sollicitude de Dieu envers son peuple; l'élévation de son aire, Job, xxxix, 27, dont la hauteur rappelle la fierté et l'arrogance des enfants d'Ésaü. Jer., xLIX, 16 ; Abd., #. Les cheveux de Nabuchodonosor, qui, atteint de la Iycanthropie et vivant comme les bêtes, les laisse pousser longs et incultes , sont comparés aux plumes de l'aigle. Dan., 1v, 30. La similitude du Deutéronome, Xxx11, 11, qui nous représente Dieu prenant soin de l’éducation de son peuple, comme l'aigle qui « excite ses petits à voler, et voltige au-dessus d'eux », est particulièrement touchante, et en même temps fort juste. Cf. Exod., x1x, 4. Une description de sir Humphry Davy peut servir de commentaire à ce passage : « Je vis une fois un spectacle fort intéressant au-dessus d'un des rochers du Ben-Nevis, où j'étais en chasse. Deux aigles enseignaient à leur progéniture, deux Jeunes aiglons, la manœuvre du vol. Ils commencèrent par s'élever du sommet de la montagne,