AÎNESSE (DROIT D
Cf. Michaelis, Mosaisches Recht, $ 8%, t. 11, p. 110. Cette soumission des frères à leur aîné est exprimée d’une manière frappante par ces paroles d’Isaac à celui qu’il croyait son premier-né, et qu’il bénissait comme tel : « Sois le maître (gebir) de tes frères, et que les enfants de ta mère s’abaissent profondément devant toi. » Gen., xxvir, 29. Cf. xxv, 29, Voilà pourquoi Jacob, sur son lit de mort, disait à Ruben, qu'il déclarait déchu de son droit d’aîinesse : «Ruben, toi, mon premier-né, et le premier fruit de ma force, tu étais le premier par la dignité, le premier par la puissance , » etc. Rosenmuüller, In Gen.; xLix, 9. Cf. Menochius, De republica Hebræorum, V, 1x, 5, p. 480; Heidegger, Historia Patriarcharum , τ. 1, Exerc. 1, p. 15-16; Jahn, Archæologia biblica, 8 16%, dans Migne, Cursus completus Scripturæ Sacræ, t. 11, col. 926
Les trois privilèges que nous venons de signaler étaient généraux, c’est-à-dire appartenaient à tous les ainés; dans certains cas, ils avaient des privilèges spéciaux très importants. Ainsi le roi avait pour successeur son fils aîné, II Par., xx1, 3; Cf. Schickard, Jus regium Hebræorum, Leipzig, 1674, p. 444-445, à moins qu'une circonstance exceptionnelle ne donnât lieu à une disposition différente, comme il est arrivé à Salomon, qui succéda à David, quoiqu'il ne fut pas son fils aîné, IT Reg., 1; c'était le fils aîné du grand prêtre qui le remplaçait dans ses fonctions, Boldich, Pontifexæ maximus Hebræorum, dans Ugolini, Thesaurus, t. ΧΙ, p. 127. Il en était de même de toutes les autres fonctions ou dignités; après la mort du père, c'était le fils aîné qui en était revêtu. Maimonide, Halach. Melakim, 1, ΝΗ, traduction de Leydekker, Rotterdam, 1699, p. 9. Signalons le privilège par excellence chez les Hébreux : c'était l’ainé qui, dans la race royale de David, descendant de Juda, succédait à son père dans la promesse d’être ancêtre du Messie ; cf. Heideoger, Historia Patriarcharum, t. ΤΙ, Exerc. χα, p. 399. Voilà pourquoi les Hébreux ont employé le mot « premier-né », pour signifier une dignité éminente, ou simplement le superlatif. Jésus-Christ est appelé « le premier-né de toutes les créatures », parce que, par sa divinité, il est supérieur à toutes, Col., 1, 15; une maladie terrible est appelée le € premier-né de la mort », Job, χυπι, 13. Cf. Is., XIV, 80; Gesenius, Thesaurus, p. 207.
IT. Raisons, translation, charges et autres particularités du droit d'uinesse. — 1° Raisons. Il y en ἃ deux principales ; la première nous est donnée par le texte sacré, Deut., xx1, 17: « Parce qu'il est le premier fruit de sa force [de la force du père], à lui revient le droit d’ainesse. » C'est la méme expression que nous avons vue, Gen., XLIX, 3: « Ruben, toi, le premier fruit de ma force. » Le premier-né est donc la première manifestation et comme les prémices de la force virile du père; et c’est pourquoi, chez ce peuple surtout, el à une époque où les prémices de chaque chose revêtaient un caractère Joyeux et sacré, le père aimai beaucoup plus tendrement son ainé que ses autres enfants, le regardait comme un autre lui-même, et voulait se survivre en lui le plus complétement possible après sa mort. Une seconde raison, c'est le maintien des grandes familles dans leur dignité et leur opulence ; les patriarches israélites eurent bientôt remarqué que la division à l'infini et l'émiettement des propriétés sont l'amoindrissement progressif, et bientôt la ruine des familles ; pour écarter ce malheur, ils établirent le droit d’ainesse restreint que nous avons exposé, et que Moïse n'eut qu'à maintenir dans son code. Tout le monde sait qu'en Angleterre et dans plusieurs autres nations, la principale cause de la conservation des grandes familles, c'est le droit d’ainesse absolu ; les propriétés se transmettent intactes, indivisibles, et ainsi assurent aux chefs de famille une puissance qui ne peut que s’accroitre. P. Viollet, Précis de l'histoire du droit français, Paris, 1886, p. 225, 723. Quelques auteurs ajoutent une troisième raison : les aînés étaient les types de Jésus- Christ, qui est le «premier-né » par excellence. Ps. LXXXVIIT (héb. LxxxIX), 28; Heb., 1, 6. Jésus-Christ ἃ toutes les prérogatives que nous avons signalées ; il ἃ le sacerdoce,
et même le sacerdoce suprême, Heb., ν, 5-10; vir, 1-27; vin, 1-3; x, 12, 14, etc; il a l'héritage des nations, Ps. 11,8; de toutes choses, Heb., 1, 2; surtout de la gloire céleste, Rom., vtr, 17-18; il a l'autorité, même royale, Ps. 11, 6; Joa., ΧΥΠῚ, 37, etc. C'est pourquoi les aînés, figures de Jésus- Christ, ont réuni sur leur tête tous ces privilèges au degré qui leur était possible. Heidegger, Hist. Patriarch., t.1, Exerc. 1, n° 31, p.17, 18; Zepper, Leges mosaicæ forenses, Herborn, 1714, p. 32. Quoi qu'il en soit de cette raison mystique, il est certain que les auteurs sacrés, en représentant Jésus-Christ comme le premier-né par excellence, parlaient un langage très bien approprié à leurs lecteurs, et très apte à leur faire comprendre la dignité suprême de cel qu'ils leur annonçaient.
2 Translation. Avant la loi de Moïse, le père de famille avait le pouvoir, pour des raisons graves, de transporter le droit d’ainesse de son premier-né à un autre fils. Isaac transféra ce droit d'Ésaü à Jacob, son frère jumeau. Sans
‘doute il le fit d’abord par erreur, mais lorsqu'il eut reconnu sa méprise, et qu'il aurait pu la rétracter, il ne le fit pas, malgré les vives instances d'Esaü, et confirma ainsi, le voulant et le sachant, ce qu'il avait fait inconsciemment. Jacob, à cause du crime qu'avait commis Ruben, son premier-né, Gen., xxxv, 22, lui enleva son droit d’ainesse et le transporta en partie à Joseph, Gen., XLIX, 3-4, 22, 20 ; en effet, celui-ci, lors du partage de la Terre Promise, qui était l'héritage d'Isaac et de Jacob, reçut dans la personne de ses descendants deux parts, attribuées à ses deux fils, Ephraim et Manassé. Cf. I Par., v, 1-2. Remarquons, à cette occasion, une singularité : en transférant ce droit d’ainesse, Jacob le dédoubla ; il donna la double part à Joseph, comme nous venons de le dire, et la prééminence avec la promesse du Messie à Juda. Gen., xix, 8-12. Les rabbins ajoutent qu'il donna le sacerdoce à Lévi; mais ce point n’est pas prouvé; ce n’est que plus tard que la tribu de Lévi fut exclusivement appliquée aux fonctions du culte. Ce pouvoir de transférer le droit d’ainesse, qu’avaient les pères de famille avant la loi, fut supprimé par Moïse. Deut., xx1, 17. On en comprend la raison. Si l'exercice de ce droit paternel était dans certains cas, comme ceux d’Isaac et de Jacob, très légitime, et même voulu de Dieu, on ne peut nier cependant que ce pouvoir ne fût l’occasion de beaucoup de troubles dans la famille; l’ainé pouvait craindre constamment que le fils d'une autre femme ne lui füt préféré, et que celle-ci ne mit tout en œuvre auprès du père pour obtenir une translation tant désirée. Voilà pourquoi Moïse supprima ce droit, Michaelis, Mosaisches Recht, 8 79, t. 11, p. 80:
3° Charges. L'ainé avait des privilèges, il avait aussi des charges ; ainsi lorsqu'il y avait lieu à l'exercice des droits du goël (voir ce mot), par exemple, si l’un des enfants de la famille était tué, c'était l’ainé surtout qui avait l’obligation de venger son sang sur le meurtrier. Leydekker, De Republica Hebræorum, VI, 1x, Amsterdam, 170%, p.398. De même, comme les filles, d'après la loi de Moïse, n'avaient aucune part dans la succession de leur père, si l'une d'elles, pour quelque cause que ce fût, n'était pas mariée, elle était à la charge de ses frères ; mais c'était surtout l'ainé qui en avait le soin et la responsabilité; sa double part ne lui était attribuée qu'afin qu'il püt plus facilement faire face à toutes les charges de la famille. Michaelis, Mosaisches Recht, ὃ 78, t. 11, p.77; Saalschütz, Das Mosaische Recht, k.109, p. 821.
4 Diverses particularités. Quand l’ainé mourait avant son père, ses droits d'ainesse n'étaient pas pour cela perdus; ils passaient, non pas à un de ses frères, mais à ses enfants, qui sous ce rapport le représentaient. Selden, De successionibus, Ὁ. 2%. Que s'il mourait avant d'être marié, son droit d'ainesse disparaissait avec lui; c'était probablement le cas de 1 Par., xxvi, 10. Cf. Cornelius ἃ Lapide, in hunc loc. Les filles ne succédant pas au père, il ne pouvait être question pour elles de droit d'ainesse, Nous trouvons dans l'histoire d'Lsaü, Gen., xxv, 29-34, un
AINESSE (DROIT D’) — ATP.
exemple bien connu de cession du droit d’aînesse par contrat privé; tous les interprètes font remarquer que ce contrat fut illicite de la part d'Ésaü ; mais plusieurs ajoutent qu'il était par lui-même invalide, et que, si le droit d’ainesse d'Ésaü fut réellement transféré à Jacob, c’est bien moins en vertu de ce contrat que par suite d’une disposition libre de la volonté divine. Gen., xxv, 22-93. Cf. Heidegger, Historia Patriarcharum, t. 11, Exerc. ΧΙ, p. 233. S. MANY.
AINSWORTH Henri, théologien anglais, mort en Hollande vers 1623. Il est connu par un ouvrage plein d'érudition, Annotations on the five books of Moses, the Psalms and the Song of Solomon. La meilleure édition est celle de Londres, in-f, 1639. Outre les notes, on y trouve une traduction littérale de tous les livres mentionnés dans le titre; elle ἃ le défaut d'être trop servile. Le commentaire ἃ de la valeur, à cause de la connaissance profonde que l’auteur avait des Écritures et de la littérature juive. Il ἃ été résumé dans la Synopsis Crilicorum de Matthew Poole. Voir POOLE.
AÏON. C'est ainsi que la Vulgate écrit, IV Reg., xv, 29, le nom de la ville de Nephthali qui est écrit ailleurs Ahion. Voir AHION.
AIR, fluide invisible, transparent, composé d’azote et d'oxygène, qui forme autour de la terre une couche appelée atmosphère. — 191] n’y a pas de mot, dans la Bible hébraïque, qui corresponde exactement au mot« air». La Vulgate s’est servie plusieurs fois du mot aer, «air, » dans l'Ancien Testament. Num., ΧΙ, 31, elle dit que les cailles miraculeusement envoyées aux Israélites dans le désert du Sinaï « volaient dans l'air à deux coudées de hauteur ». Les mots « volaient dans l'air » sont ajoutés par saint Jérôme, qui interprète ainsi le texte, tandis que d’autres commentateurs pensent plus naturellement que les cailles tombées dans le camp étaient, d’après l'original, si abondantes, qu’en certains endroits elles atteignaient deux coudées de hauteur. Voir Keil, Pentateuch., trad. Martin, t. ΠΙ, p. 73. — Deut., xxvII1, 22, un des fléaux énumérés par Moïse est appelé : aer corruptus. En hébreu, on lit: Siddäfôn, mot qui désigne «la rouille » des blés, produite par le vent brülant de l’est, Gen., xLI, 23. Saint Jérôme lui-même ἃ rendu ailleurs, IL Par., vi, 28, fiddäfôn par ærugo, «rouille. » — ΠῚ Reg., vit, 37, dans le passage parallèle à IT Par., vi, 28, aer corruptus répond de nouveau à Siddäfôn. (Le mot ærugo, qui se lit dans le même verset, traduit l'original häsil, espèce de sauterelle, appelée par les Septante : βροῦχος ; bruchus, comme ἃ traduit saint Jérôme, 1 Par., vi, 28.) — Il n’est pas non plus question d’air en hébreu, Job, xxxvir, 21, là où notre version latine porte : aer cogetur in nubes; il faut lire : « On ne voit point la lumière [du soleil]; elle est cachée par les nuages ($ehäqim). » Ce même mot $ehäqim, qui signifie « nuages » et « ciel », est aussi rendu par aer, Ps. xvii (XVII), 12, où on lit nubes aeris, « nuées de l'air, » au lieu de « nuées du ciel ».
90 Le mot grec ἀήρ, d'où viennent le mot latin «er et notre mot français & air », est employé plusieurs fois dans le Nouveau Testament et dans deux livres deutérocanoniques de l'Ancien Testament qui ont été composés en grec, le second livre des Machabées et la Sagesse, — II a le sens d'air que nous respirons dans Sap., VII, 3 : ÇEn naissant, dit le Sage, J'ai reçu l'air qui est commun à tous. » — Dans la plupart des autres passages, « air » désigne l'atmosphère, la région de l'air (par opposition à la région du ciel, plus élevée et plus pure, appelée par les Grecs αἰθήρ. Homére, Iliade, χιν, 288). I Thess., 1v, 16 (17); Act, ΧΧΙΙ 295 ADOC., 1X, 25 XVL, l1:.Sap., v, 11-19; II Mach., v, 2. — Le livre de la Sagesse se sert du mot «air » dans quelques autres sens particuliers. Il signifie, comme quelquefois en français, « souffle, vent léger, » Sap., 11, 3; XII, 2; « ne pas voir l'air, » Sap., XVI, 9,
signifie « ne pas voir la lumière ». — Saint Paul se sert de deux locutions proverbiales : « parler en l'air, » 1 Cor., χιν, 9, c'est-à-dire parler en vain, inutilement; « battre l'air, » 1 Cor., 1x, 26, agir sans obtenir aucun résultat, sans porter coup, par allusion à l’athlète dont le coup se perdait en l'air sans atteindre son adversaire. — Enfin le même Apôtre, dans l'Épiître aux Éphésiens, 11, 2, appelle le démon «le prince du pouvoir (ou des puissances) de Pair », des esprits mauvais qui habitent dans l’air, qui sont en grand nombre dans l’air. Cf.S. Ignace, Ep. ad Ephes., 13, t. v, col. 748. Quelques commentateurs ont voulu donner sans raison au mot aer de ce dernier passage le sens de « ténèbres ». F. VIGOUROUX.
AIRAIN. On traduit souvent par ce mot l’æs de la Vulgate, qui correspond au χαλκός des Septante, et qui est la traduction de l’hébreu nehô$et. Le mot latin, comme le mot grec, a le double sens de cuivre et de bronze. Dans l'Écriture, il peut avoir aussi les deux sens de cuivre et de bronze; mais il a le plus souvent celui de cuivre; il ne signifie jamais l’airain proprement dit. Ce métal, en effet, est un composé artificiel de cuivre et de zinc, qu’on croit n'être connu que depuis le x11° siècle de notre ère. Le nehô$et biblique primitif est certainement un métal simple, et non composé, comme le prouvent plusieurs passages des Livres Saints où nous lisons qu'on le trouvait à l’état naturel : € Des montagnes [de la terre de Chanaan 1 tu tireras le nehô$et (le cuivre), » dit Moise à son peuple.
Vin1,9. 1] vavait, en effet, des mines de cuivre
Va 2.0 20)
= de T
Deut.,
Deut.,xxx111,25; Job, ΧΧΥΠΙ, 2.
Dans les plus anciens livres de la Bible, nehôëet doit donc incontestablement se traduire par € cuivre », et le serpent dit d'airain, Num., xx1, 4-9, était un serpent en cuivre. Nous savons d’ailleurs qu'il y avait des mines de cuivre dans le désert du Sinai, où fut fabriqué le serpent d’airain, et qu'elles avaient été longtemps exploitées par les Égyptiens. Cf. F. Vigouroux, Les inscriptions et les mines du Sinaï, dans les Mélanges bibliques, 2e édit., 1889, p. 257 et suiv. Voir SERPENT D'AIRAIN. — Dans les livres de l’Ecriture moins anciens que le Pentateuque, nehôSet peut signifier le bronze, c’est-à-dire un alliage de cuivre et d’étain, qui a été connu des anciens, comme le prouvent les nombreux objets, armes et instruments en bronze de toute espèce, qu'on ἃ trouvés dans les tombeaux et dans les ruines des cités antiques. Voir BRONZE, CUIVRE.
Quoique le mot Çairain » soit impropre, l'usage oblige de l’employer comme terme noble dans un grand nombre de comparaisons scripturaires où les mots cuivre et bronze ne seraient point acceptés. Le nehô$et est souvent employé comme une image de la force, Ps. cvr (ανπ), 16; Jer., 1, 18; xv, 20; Mich., 1v, 13, parce que la plupart des armes anciennes élaient en bronze, et dans tous ces passages, comme dans 165 suivants, on ne peut traduire le mot hébreu en français que par airain, par exemple, dans ce passage d'Isaie, XLVII, 4: « Ton front est d'airain, » c'est-à-dire tu es dur, insensible, obstiné, par allusion à la dureté du cuivre ou du bronze. Nous retrouvons une allusion analogue dans le Lévitique, xxvr, 19 : «Je rendrai votre ciel comme du fer, et votre terre comme de l’airain; » et Deut., ΧΧΥΠΙ, 23 :