ALCIME — ALCUIN
cour intérieure du sanctuaire », probablement celui qui séparait la cour intérieure du parvis des Gentils, il fut frappé de paralysie et mourut dans de grands tourments, I Mach., 1x, 54-56. C'était en l’an 160 ou 159 avant notre ère. F. VIGOUROUX.
ALCUIN, illustre écrivain anglais, né vers l’an 735 dans Ja Northumbrie, d’une noble famille anglo-saxonne, mort en 804. Confié à l'archevêque Egbert, il fut élevé à l’école ecclésiastique d’'York, et eut pour maître Aelbert, Celui-ci emmena son disciple à Rome, dans le double but d'y faire un pélerinage et d’y acheter des livres. Au retour, ils virent Charlemagne, roi des Frances. Après l'élection d’Aelbert au siège d’York, en 766, Alcuin fut chargé de la direction de l’école de cette ville ; il la garda jusqu’en 780, Durant un nouveau voyage fait à Rome, en 781, pour rapporter le pallium d’'Éanbald, successeur d’Aelbert, il se présenta à Parme à Charlemagne, qui l’invita à se fixer dans ses États. Avant d'accepter, il voulut obtenir l’approbation de son archevêque et de son roi. L'autorisation accordée, Alcuin, resté diacre, arriva, dès 782, avec quelques élèves à la cour, et enseigna le érivium et le quadrivium à l'école palatine. Charlemagne se fit son disciple, et plus tard lui donna successivement les abbayes de Ferrières en Gâtinais, de Saint-Loup de Troyes, de Saint-Josse dans le comté de Ponthieu, et de Saint-Martin de Tours. Alcuin prit le surnom de Flaccus. En 790, il revit son pays natal; mais bientôt Charlemagne le rappela en France pour combattre l’adoptianisme. La controverse lui fit produire ses principaux écrits théologiques. Vers 796, Alcuin, retiré à Saint-Martin de Tours, y enseigna lui-même, et son école devint célèbre. Une riche bibliothèque fut constituée, et un grand nombre de manuscrits copiés par ses ordres. Une querelle avec l’évêque d'Orléans, au sujet d'un prêtre condamné à l’emprisonnement par Théodulfe et réfugié à Saint-Martin, troubla ses derniers jours. Charlemagne le traita sévèrement. Alcuin mourut le 19 mai 804, à l’âge de 69 ans, et fut enterré dans l’église Saint-Martin.
Ses ouvrages exégétiques sont : 10 Jnterrogationes et responsiones in Genesim, courtes réponses d’après saint Isidore de Séville aux 281 questions posées par Sigulphe. — 9 Enchiridion seu Expositio pia ac brevis in Psalmos pœnitentiales, in Psalmos CXv1II et graduales, composé à la demande d'Arnon, archevêque de Salzbourg. L’auteur suit saint Augustin et Cassiodore. — 3 Le Compendium in Canticum canticorum n'est qu’un court exposé d’après Cassiodore. — 4° Commentaria super Ecclesiasten. Sur le désir d'Onias, de Candide et de Nathaniel, Alcuin y résume le commentaire de saint Jérôme. — 5° Jnterpretationes nominum hebraicorum progenitorum D. N.J. C., selon le sens littéral, allégorique et moral. — 6° Commentaria in sancti Joannis Evangelium , en sept livres, écrits par ordre de Gisèle et de Richtrude, l’une sœur, et l’autre fille de Charlemagne. — 7 Tractatus super tres sancti Pauli ad Titum, ad Philemonem et ad Hebræos epistolas. — 8° Commentariorum in Apocalypsim libri quinque, édités d’abord par le cardinal Maï, et réédités par Migne dans les Œuvres complètes d'Alcuin. Patrol. laë., t. G et cr. Alcuin y cite une traduction latine de l'Apocalypse différente de la Vulgate. — 9 Un commentaire sur saint Matthieu, resté inédit, se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, ancien fonds latin, n° 2384, Francis Monnier, Alcuin et Charlemagne, appendice, p. 361-369, en ἃ publié quelques fragments. Tous ces travaux contiennent peu d'idées personnelles à l’auteur. Alcuin ne fait que développer ou abréger les commentateurs précédents, souvent même il se contente d’aligner leurs témoignages. « Dans le commentaire sur saint Matthieu, s’il ose quelquefois exprimer ses propres sentiments, souvent aussi il se contente d’arranger à sa manière le commentaire et les homélies de Bède sur le même évan= géliste. » Τὶ Monnier, ouv. cit., % partie, ch. 11, p. 214. Trois de ses lettres roulent sur des questions scripluraires;
la crxrr, t. CG, col. 492, traite des deux glaives, Luc., xx11, 36, la CLxIV*, col. 428, de l'hymne chanté après la Cène, et la ccrrre, col. 476, de comparatione numerorum Veteris et Novi Testamenti.
Pendant sa retraite à Tours, entre 800 et 802, Alcuin, sur l’ordre de Charlemagne, revisa la Bible latine : «Totius forsitan Evangelii expositionem direxissem vobis, écrit-il à Gisèle et à Richtrude dans la préface du tome vr de son commentaire sur saint Jean, t. €, col. 923, si me non occupasset domini regis præceptum in emendatione Veteris Novique Testamenti. » Sigebert de Gembloux, Chronicon, ad ann. 790, t. cLx, col. 700 ; De Scriptoribus ecclesiasticis, ibid., col. 566, mentionne ce travail de correction. La nature de cette emendatio n'est pas déterminée avec certitude. Comme Alcuin était un helléniste habile et avait quelque connaissance de l’hébreu, Beronius, Annales, ann. 778, et Hody, De Bibliorum textibus originalibus, p. 409, ont supposé qu’il remonta aux originaux. Mais Vallarsi, Opera sancli Hieronymi, præfatio, t. Χχνπι, p. 15-16, et Bianchini, Vindiciæ Scripturarum canonicarum , p. 318, ont prouvé que les textes de la veritas hebraica, cités par Alcuin, étaient empruntés par lui à la version de saint Jérôme. Ils en ont conclu que, pour corriger la Bible latine, Alcuin s’est borné à collationner les manuscrits de la Vulgatè, et à choisir parmi les leçons différentes celle qu'il jugeait la meilleure. Richard Simon, Histoire critique des versions du Nouveau Testament, Rotterdam, 4690, ch. 1x, p. 101, les auteurs de l'Histoire littéraire de la France, t. 1V, p. 19, et après eux Vercellone, Analecta Juris pontificii, 1858, p. 686, et M. Trochon, Essai sur l’histoire de la Bible dans la France chrétienne au moyen âge, Paris, 1878, p. 12-13, ne voient même dans la recension d'Alcuin qu'une revision orthographique et grammaticale de la Vulgate. Alcuin, il est vrai, a composé un traité De orthographia, t. ci, col. 902-990, réintroduit l'emploi de la ponctuation, Epist. cr, t. c, col. 315, établi à Tours une école calligraphique dont les manuscrits sont reconnaissables par l'emploi de la demi-onciale caroline (Léopold Delisle, Mémoire sur l’école calligraphique de Tours au 1x° siècle, dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XXXII, re partie, p. 29-56), et répandu l'usage du petit caractère romain, qui est plus beau et plus lisible que la pesante écriture des Mérovingiens. Il s’est donc certainement préoccupé des règles de l'orthographe et de la grammaire dans la copie des Livres Saints; mais il est probable qu'il fit davantage pour la correction du texte sacré. Une étude complète des manuscrits alcuiniens de la Bible permettrait seule d'émettre des conclusions certaines sur les principes suivis et les textes consultés par Alcuin.
Il est démontré que toutes les Bibles dites d’Alcuin n'ont pas été écrites par son ordre ou sous sa direction. Des copistes postérieurs ont reproduit les préfaces d’Alcuin ; ‘son nom en tête d'une Bible n’est pas un indice certain d'un manuscrit alcuinien, voir Die Trierer Ada-Handschrift, Leipzig, 1889, p. 55-36. L'étude comparative des manuscrits des Evangiles, copiés par l’école de Tours, a fait constater qu'ils ne reproduisent ni le même texte ni toujours un bon texte. Ils se rangent en deux classes générales : ceux qui se rapprochent du Vallicellianus, manuscrit du 1x£ siècle, conservé à la bibliothèque Vallicellane de Rome, et contenant le meilleur texte, et ceux qui s'en éloignent. Le sentiment le plus répandu est que la première classe représente la recension d’'Alcuin, corrompue ou peut-être même abandonnée par les copistes du ΙΧ’ siècle, principalement à Tours. M. Corssen, Die Trierer Ada-Handschrift, p.59-61, regarde Alcuin comme l’auteur des mauvaises copies, et il croit que le texte alcuinien a été corrigé plus tard sur des manuscrits italiens du vie siècle, d'accord avec l'original grec. Mais nous savons qu'une partie au moins des manuscrits consultés par Alcuin venaient d'York. La Bible, en effet, est mentionnéc au preruicr rang des livres que l'archevéque Aelbert
ALCUIN — ALÉGRIN
lui avait légués et qu'il envoya chercher. ÆEpist. XLIm, ἵν G, col. 208. Or les manuscrits northumbriens de la Bible étaient vraisemblablement apparentés à l'Amiatinus, copié au vire siècle par les moines de Wearmouth, et offert au pape Grégoire IT par l'abbé Céolfrid. Alcuin avait donc à sa disposition de bons manuscrits de la Vulgate, et il est plus probable que les meilleurs textes latins du 1x° siècle sont alcuiniens. Samuel Berger, De l’histoire de la Vulgate en France, 1887, p. 5 et 6; Bulletin critique, 1890, t. ΧΙ, p. 229. Voir aussi, sur la recension d’Alcuin, Kaulen, Geschichte der Vulgata, Mayence, 1868, p. 229-933 et 236-243 ; J.-P.-P. Martin, Saint Étienne Harding et les premiers recenseurs de la Vulgate latine, Théodulphe et Alcuin, Amiens, 1887, p. 59-6%.
Sur Alcuin, voir Mabillon, Acta sanctorum ordinis Benedict., t. et v; Vie d’Alcuin en tête de ses Œuvres, et prolégomènes de D. Froben Forster ; Dom Ceillier, Histoire générale des auteurs sacrés, Paris, 1862, &. ΧΙ, ch. xx1 ; Lorentz, Leben Alcuins, Halle, 1829 ; F. Monnier, Alcuin et Charlemagne, 2 édit., Paris, 1864; F. Hamelin, Essai sur la vie et les ouvrages d'Alcuin, Rennes, 1873; J.-B. Laforet, De Alcuino litterarum in Occidente restauratore, Louvain, 1851 ; C.-L. Tuefferd, Essai sur Alcuin, Strasbourg, 1830 ; K. Werner, Alcuin und sein Jahrhundert, in-8, Paderborn, 1876; Δ. Ebert, Histoire générale de la littérature du moyen âge en Occident, trad. française, Paris, 188%, ἢ, 11, p. 17-43, E. MANGENOT.
ALDABBI Mir, rabbin espagnol, qui vivait à Tolède dans la seconde moitié du xive siècle, composa en 1360 Sebilé ‘èmünäh, Les sentiers de la foi, imprimé à Riva di Trento, in-4°, en 1559, ouvrage très estimé des Juifs ; il traite de l'existence de Dieu, de la création du monde, de la création d'Adam et d'Eve, de l'âme, de ses facultés. C'est plutôt un traité philosophique qu'une œuvre exégétique. Il a été souvent réimprimé, en particulier à Amsterdam, in-4°, 1567, et in-8, 1708; in-8°, Wilna, 1818.
ALEANDRO où ALÉANDRE Girolamo, savant italien, surnommé le Jeune, pour le distinguer de son grand-oncle, le cardinal Aleandro Girolamo, né dans le Frioul, mort à Rome en décembre 1631. Il fut d’abord, à Rome, secrétaire du cardinal Octave Candini. Le pape Urbain VIT le donna ensuite en la même qualité à son neveu le cardinal Francesco Barberini, qu'il accompagna en France, lorsque ce personnage s’y rendit en qualité de légat & latere. Aléandre mourut après son retour à Rome. Gaspard de Simeonibus prononça, le 31 décembre 1631, son oraison funébre, qui fut ensuite imprimée à Paris en 1636. Parmi les œuvres d’Aléandre, on remarque : Epistola ad Joannem Morinum de variis exemplaribus necnon characteribus Samaritanorum; au même, de siclis quibusdam samaritano charactere exaratis, forma litteræ Tau, apud Samaritanos ; encore au même deux autres lettres, de aliis siclis Samaritanorum simulque de Pentateucho samaritano. Ces Lettres ont été imprimées dans les Antiquitates Ecclesiæ orientalis de Jean Morin, in-8°, Londres, 1682, p. 142 et suiv. Voir Louis Jacob, Bibliotheca pontificia, 1.11, in-4°, Lyon, 1643, p.336; G. Mazzuchelli, Scrittori d'Italia, t. 1, p. 424-431.
ALÉGRIN Jean, cardinal français, docteur de Paris, né à Abbeville en Picardie vers le milieu du ΧΙ siècle, mort le 23 septembre 1233, fut successivement professeur de théologie, doyen de la cathédrale d'Amiens, archevêque de Besançon, cardinal et évêque de Sabine, Nommé patriarche latin de Constantinople, il refusa cette dignité. On ἃ de lui: Commentaire des Psaumes de David ; Exposilions sur les Epitres et les Evangiles des dimanches, Paris, 1521, etc. Voir Ignace de Jésus-Maria, Histoire ecclésiastique de la ville d'Abbeville, in-4°, Paris, 1646; Lorandre, Biographie d'Abbeville, in-8°, Abbeville, 1829, p. 7-10,